Matinale spéciale - Résultats du 1er tour des Municipales 2026
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France Culture. Les matins de France Culture. Guillaume Herner. Les municipales, le premier tour avec la poussée des extrêmes, disent les échos, duels, alliances, barrages. Un second tour sous haute tension avec beaucoup de candidats qui vont pouvoir se maintenir, avec également une abstention très forte. La France des villes à son tour fragmentée, ça c'est la une de l'opinion. Et pour en parler, je vous présente mes invités. Gaspard Koenig, philosophe, on vous doit à quoi ? Paru aux éditions de l'Observatoire. Emilien Ouarvial, post-doctorant au Centre de recherche sociologique de l'Université de Versailles Saint-Quentin.
Vous êtes un spécialiste de la droite et votre thèse s'intitulait « Dire et produire l'idéologie partisane ». Et puis, Natacha Polony, vous êtes éditorialiste-essayiste et vous dirigez une revue intitulée « L'Audace ». C'est le numéro 2 de cette revue. C'est une revue à la télé. Bonjour. Et alors, si je prends cette revue, il est question justement des territoires. Il y a un dossier, un malaise dans les territoires. On peut lire par exemple ce modèle, le modèle français, en concentrant tout à Paris dans les très grandes métropoles, a donc rendu l'espace urbain invivable et généré un désert français. Vous le voyez, ce désert français, dans la municipale aujourd'hui ?
Oui, on le voit. On le voit par un chiffre, 23 700. 23 700, c'est le nombre de communes qui n'avaient qu'une seule liste. C'est gigantesque. Deux communes sur trois. C'est-à-dire que là, depuis hier soir, on entend des commentaires, comme d'habitude, sur les métropoles. Et c'est très intéressant. Mais il y a des pans entiers du territoire dont on ne parle pas, tout simplement parce que le changement de mode de scrutin a impliqué le fait que dans ces 23 700 communes, il n'y avait plus qu'une liste. C'est-à-dire que les chiffres de l'abstention que vous venez de citer, qui sont en effet très importants, sont en partie causés par cette absurdité.
C'est-à-dire qu'évidemment, on a retiré l'enjeu dans toutes ces communes-là.
Donc, Gaspard Koenig est en train d'opiner du chef. Mais moi, dans ma commune de la Drôme, il n'y avait qu'une liste. La démocratie se porte bien néanmoins. Ça signifie qu'il y a une vision peut-être moins politique, moins polarisée ?
Alors, justement, ce n'est pas une question de polarisation. C'est le fait que les citoyens peuvent être démotivés par le fait qu'il n'y a pas de choix et que donc il n'y a pas de possibilité de faire entendre différentes visions de leur ville. Alors, évidemment, ce n'est pas seulement en polarisant avec des oppositions claires qu'on crée de la démocratie locale, bien entendu.
Mais le deuxième facteur, en plus de ce phénomène qui a donc vidé quand même en partie de son sens ces élections, le deuxième facteur, c'est le fait qu'il n'y a pas eu de campagne et que donc tous les sujets qui intéressent vraiment les citoyens, en particulier dans des territoires où vous n'avez plus de quoi vous soigner, où vous avez des problèmes d'infrastructure, tout ça a disparu totalement. Gaspard Koenig. Oui, alors d'abord, peut-être, je voudrais revenir sur le... D'abord, je suis parfaitement d'accord avec ce que dit Natacha Pony.
C'est pour moi l'enjeu de cette campagne, puisqu'après tout, les municipales, c'est 36 000 communes et il y en a aujourd'hui 23 500 dont on ne parle pas, puisqu'on parlait de la Corée du Nord plus récemment. La Corée du Nord, c'est le seul pays où on est élu à 100 % des voix. Même Poutine n'est pas élu à 100 %, même le dictateur biélorusse s'arrange pour avoir 87 % des voix. Et nous, on demande à deux tiers des communes, des habitants de ces communes, de voter pour le papier qui est devant eux, en sachant qu'en plus, le vote blanc ou le vote nul n'est pas comptabilisé. Ah oui, mon maire a été élu avec 100 % des voix. Et on a supprimé le panachage.
Voilà, alors j'aimerais revenir justement sur le côté un peu technique de la chose qui n'est pas forcément perçue par tout le monde, c'est qu'auparavant, dans les communes de moins de 1000 habitants, et c'est pour ça que le phénomène s'était beaucoup moins produit lors des élections précédentes, on pouvait panacher, c'est-à-dire qu'on pouvait rayer les noms qui nous déplaisaient sur une liste, et on pouvait surtout, et c'est ça l'essentiel, déposer des listes incomplètes. Donc en fait, il y avait des noms un peu partout, et puis les citoyens panachaient, c'est-à-dire qu'ils enlevaient les noms qui ne leur plaisaient pas, ils en prenaient d'autres.
Puisque vous aviez la bonté de citer mon livre « À quoi ? », « À quoi ? » commence exactement par une scène de panachage qui ne serait plus possible aujourd'hui. C'est-à-dire que le maire historique cède son pouvoir à son neveu, qui l'a adoubé, constitue donc la liste avec ses fidèles habituels, et il est challengé par une néo-rurale qui arrive là depuis peu, mais qui ne peut que réunir que 4 ou 5 noms sur sa liste, parce qu'elle est nouvelle. Et ce qui se passe, c'est que le neveu en question est rayé, biffé par les habitants, qui choisissent de mettre au conseil municipal une partie de ceux qui se présentaient sur la liste principale, mais aussi Maria, qui va devenir maire, et voilà.
Tout ça ne peut plus avoir lieu. Ça veut dire qu'il ne peut plus y avoir de contestation. Alors on dira, mais ils n'ont qu'à faire des listes, des listes paritaires comme l'exige la loi. Mais le problème, c'est que dans un village de moins de 1 000 habitants, constituer une liste de 12 ou 15 personnes, c'est réunir 2% du corps électoral. Ça serait l'équivalent à Paris d'avoir 27 000 colistiers. Alors bien sûr, dans des villages très très motivés, c'est parfois possible. Dans le mien, par exemple, 700 habitants, il y avait deux listes. Néanmoins, dans la plupart des cas, c'est matériellement pratiquement impossible.
Et on voit très bien comment cette loi typique de la Macronie, qui est une loi bien intentionnée d'Urbain, qui dit qu'il faut des listes cohérentes, il faut des listes paritaires, a des effets terribles sur les territoires, parce que Tocqueville nous dit, nous rappelez bien que la commune, c'est l'échelon premier de la démocratie. Pour moi, c'est là où on peut se regarder les yeux dans les yeux, on peut s'engueuler, on peut accepter la défaite, on peut avoir un véritable impact sur le résultat des votes. On n'est pas obligé de passer au fond par l'intermédiation du parti politique et de ses grandes catégories, parce qu'on voit directement sur le terrain ce qui se passe.
Et que par ailleurs, contrairement à ce qu'on entend maintenant dans les médias en disant, il y a une démobilisation des citoyens parce qu'ils n'ont pas été votés, il y a énormément de choses qui se passent, de démocratie directe, locale, parfois non électorale, d'associations, d'initiatives pour prendre soin de l'eau, par exemple, pour prendre soin de son milieu. Et tout ça est totalement invisible.
Mais Natacha Polony, lorsque nous, dans votre dernier numéro de la revue L'Audace, vous évoquez le fait que les citoyens, justement, qui sont situés dans les territoires, comme on dit maintenant...
Oui, terme épouvantable. C'est-à-dire, en gros, il existe un endroit qu'on nomme, c'est Paris, et puis le reste,
les territoires, c'est absurde. Le territoire français n'ont pas de considération, etc. Vous pensez vraiment ? Moi, je trouve qu'au contraire, il y a un dynamisme. Il y a 600 000 personnes qui se sont présentées aux municipales cette année. Plus de 800 000. Voilà, vous voyez, je suis pessimiste. 860 000 à peu près, c'est ma mémoire. Donc, ça témoigne quand même d'une grande vivacité démocratique.
Mais bien entendu. Alors, je rejoins ce que vient de dire Gaspard Koenig, c'est-à-dire qu'il y a un terreau d'actions, de milieux associatifs, il y a un dynamisme absolument gigantesque. Et en effet, nous sommes dans un pays où près de 900 000 personnes ont envie d'agir pour la collectivité. C'est absolument gigantesque. Et c'est pour ça que moi, quand j'entends des discours technocratiques qui consistent à dire, mais de toute façon, 34 000 communes, parce qu'aujourd'hui, c'est 34 000, on en a rassemblées quelques-unes, fusionnées. Mais quand j'entends dire 34 000 communes, c'est beaucoup trop, c'est pas moderne, ça fait des années que j'entends ça. Regardez ailleurs, dans les autres pays.
Nous avons 900 000 personnes qui sont prêtes à donner de leur temps, de leur énergie, et pour la plupart, gratuitement, pour administrer le pays. Mais c'est gigantesque. Le problème, c'est qu'il y a un sentiment d'abandon, un sentiment de mépris de la part de beaucoup de citoyens français, parce qu'ils font ça, ils ont envie de s'engager, mais ils sentent bien qu'on ne les regarde pas, que tout se décide d'en haut, et, en effet, cette modification du mode de scrutin fait partie des décisions technocratiques venues d'en haut qui ne comprennent pas la réalité de la vie des citoyens. Émilien Ouarvial, qu'en pensez-vous ? Oui, c'est effectivement intéressant.
Je pense qu'il faut peut-être un petit peu nuancer, parce que la vie politique locale dans les très petites communes n'a jamais été d'une conflictualité et d'un pluralisme énorme. Souvent, la difficulté même à constituer des listes complètes, à avoir l'entièreté des candidats nécessaires, n'étaient pas forcément garanties. Souvent, on constate quand même qu'il n'y avait pas beaucoup plus de candidats qu'il n'y avait de postes.
Et puis, de toute façon, il y a aussi une réalité, c'est que les relations interpersonnelles jouent énormément dans les très petites communes, donc moins de 500, moins de 1000 habitants, et que donc c'est ça qui prévaut éventuellement dans le soutien ou la désapprobation des éventuels candidats pour le panachage. Mais c'est vrai que c'est quand même des listes où les étiquettes sont beaucoup moins importantes, où on a souvent des sans-étiquettes divers, divers centres éventuellement, diverses droites, etc. Mais ce n'est pas des endroits où la conflictualité est énorme. Moi, je pense qu'il faut attendre... Bien sûr.
La conflictualité interpersonnelle, mais la conflictualité politique dans le sens où on va compter des visions différentes de la politique, n'était pas forcément évident. Je ne dis pas que ce n'est pas souhaitable, mais à un moment donné, il y a aussi une question de vivier de candidats qui n'était pas là. Et moi, je pense qu'il faudrait attendre le résultat, les fichiers, on va dire, du ministère de l'Intérieur pour regarder si vraiment l'abstention était si forte que ça dans les petites communes où on sait qu'en fait, elle est souvent d'ailleurs meilleure, parce qu'il y a beaucoup de personnes âgées qui ont encore un sentiment de devoir de vote assez important.
Je pense qu'il faudra voir dans le long terme ce que ça donne. Natacha Polony. Alors, la question est de savoir de quelle conflictualité on parle. C'est-à-dire que ce n'est pas une conflictualité politique, parce que de toute façon, je pense qu'il y a aussi dans le pays, et on le voit aussi dans les métropoles, une lassitude de la part de beaucoup de citoyens de cette hyper-conflictualité, de cette polarisation très politisée. En revanche, il y a des visions différentes de la gestion de l'eau, de la gestion de la voiture, de la façon dont on va organiser les infrastructures, et ça, c'est la vie des gens. La gestion des déchets qui est un sujet essentiel dans beaucoup, beaucoup de villes.
J'ajoute à cela qu'on parle des villages de moins de 1000 habitants, mais on parle aussi de toute cette ville, de toute cette France, des sous-préfectures qui, là, pour le coup, avaient plusieurs listes, mais qui passent en dessous des radars, parce que, de fait, le réflexe est de regarder ce qui se passe dans les métropoles, et c'est d'ailleurs très souvent la cause d'une mauvaise lecture des résultats des municipales.
Moi, j'ai en tête les municipales de 2001, qui étaient très frappantes, puisque les médias s'étaient totalement focalisés sur le fait que Paris et Lyon étaient passés à gauche, et c'était un événement absolument gigantesque, et ça a occulté le fait que la gauche reculait largement dans l'ensemble des villes entre 20 000 et 200 000 habitants, et que derrière, ça racontait ce qui allait se passer un an plus tard à la présidentielle. Donc, il faut se méfier de ça, mais surtout, le sentiment de mépris dont je parlais, il existe, et il existe, je le disais, non seulement dans les territoires ruraux, mais dans ces sous-préfectures qui sont désindustrialisées et dont l'État se retire.
Et ça, c'est un sujet qui devrait être mis en avant, mais quand il n'y a pas de campagne électorale comme il y a eu là, eh bien, on ne peut pas parler de ça, la disparition des services publics, la destruction des infrastructures, et tout cela qui concerne la vie des gens. Gaspard Koenig. Moi, je pense que, justement, qu'on ne peut pas opposer de manière aussi tranchée les tensions interpersonnelles et la conflictualité politique.
Comme s'il y avait une politique noble qui se discutait sur des concepts, des termes abstraits, et qui, au fond, souvent, ne reflètent que des appartenances tribales, et une conflictualité de cloche-merle, de petits villages, un peu méprisés, parce que là, c'est machin, n'aime pas machin. Mais c'est aussi ça, le cœur d'une démocratie vivante. C'est justement de choisir les gens, de les choisir directement, parce qu'on les connaît.
Alors, peut-être qu'il y a certains qu'on aime, qu'on n'aime pas, peut-être qu'il y a des vengeances, mais il y a aussi la connaissance très concrète de ce qu'ils ont fait sur le terrain, et c'est le premier niveau de fabrique, justement, d'un collectif, d'un commun. C'est quand on connaît absolument les ressorts de l'ensemble des actions, quand on subit leurs conséquences, et qu'on a la possibilité de sélectionner. Alors, on nous dit, maintenant, il faut des listes cohérentes, c'était quand même assez intéressant, cette loi, cette réforme électorale qui nous dit, il faut des listes cohérentes. Comme si la démocratie, c'était ça, c'était la cohérence.
Et depuis que je dénonce cette histoire de liste unique, j'ai beaucoup d'élus qui me répondent, mais regardez, si on a une liste unique, ça veut dire qu'on est ensemble, ça veut dire qu'on a réussi à apaiser les tensions, c'est bien. Mais alors ça, c'était vraiment un discours soviétique. Oui, c'est bien, on a apaisé les tensions, il y a un parti unique et les autres n'ont plus rien à dire. Mais la démocratie, c'est aussi du conflit un peu chaotique. Il faut accepter le chaos. Oui, bon, dans le système soviétique, le non-choix était imposé par le dessus, ce qui est de facto différent d'un non-choix qui n'arrive pas parce qu'il n'y a pas assez de personnes.
Non, mais là, on parle d'une technicalité de la loi qui a conduit à cette situation. Tout à fait. Pour suivre. Mais il y a aussi une réalité qui est que dans les petites communes où il n'y avait pas cette obligation-là de faire des listes, le taux de femmes mères était absolument dérisoire. Effectivement, on peut juger que ce n'est pas à l'état de... Non, c'était moins que ça parce qu'au niveau national, on était sur du 20% de femmes mères. Je ne parle pas du nombre de conseils municipaux, je parle du nombre de femmes mères, ce qui aussi est un... Et 40% n'est pas la moitié de la population. Mais si c'est le choix des citoyens. Oui, bien sûr.
Mais à ce moment-là, on peut aussi ne faire aucun effort pour représenter quelconque citoyen que ce soit. Ce qui, effectivement, n'est pas facilité par le fait qu'il n'y a pas de parti forcément au niveau très local. Moi, quand même, je reviens par exemple de Lens. Alors, évidemment, le sujet n'a pas été couvert forcément par la politique nationale. Bon, dans la politique locale, dans la campagne, oui, la question des investissements de l'État, des services publics, de est-ce que l'État a respecté ses promesses de mettre tant de millions d'euros pour l'innovation de la place, bon, on était dans la campagne.
Donc, effectivement, ce n'est pas couvert parce qu'on est quand même aussi à moins de 12 heures du scrutin ou des derniers résultats et qu'on n'a pas eu l'occasion d'aller faire la synthèse des 35 000 communes, ce qui est un peu compliqué. Donc, on s'est concentré sur les grosses ou une grosse partie de la population vit, mais on pourra... C'est aussi la possibilité des médias en général après de ne pas s'arrêter aux 24 heures qui suivent, mais aussi de faire des analyses plus complètes et exhaustives et je n'en doute pas que ce sera le cas.
Analyse plus complète, justement, Natacha, à Polony, si on dépasse le cadre donc de la campagne, je veux dire, des territoires et comprend cette fois-ci l'ensemble, il y a eu l'abstention, il y a également une France très éclatée.
Je pense que c'est ça qui est extrêmement frappant, c'est-à-dire que la fragmentation de l'espace politique qu'on voyait à l'échelle nationale est en train de se déplacer, enfin, de gagner l'échelle locale. Et le fait qu'il y ait jusqu'à des sexes angulaires nous raconte le fait qu'il n'y a plus de projets majoritaires, même à l'échelle des municipalités, en tout cas, pour ce qui est des plus grandes villes. Je crois que nous sommes face à une démocratie qui dysfonctionne dans la mesure où l'ensemble des acteurs politiques sont arrivés à la conclusion que le principe pour se faire élire, c'était avant tout de limiter les...
on va dire le pouvoir de ceux d'en face et de faire en sorte que ceux d'en face soient plus détestés. C'est ça que nous lisons. C'est-à-dire que là, par exemple, on va avoir des fusions techniques de la part d'acteurs, que ce soit, par exemple, PS ou LFI, alors on verra ce qui se passera à droite, qui vont, en gros, n'être d'accord sur rien, se détester, mais faire en sorte d'empêcher ceux d'en face d'être élus. Mais en revanche, un projet majoritaire qui gagne l'ensemble des citoyens et qui permet d'exprimer une volonté, ça n'existe pas.
Natacha Polleny vous dirigeait L'audace, une revue qui titre sur La liberté d'expression à l'ère du numérique. Gaspard Koenig, on vous doit à quoi aux éditions de l'Observatoire ? Émilien Ouarvial, vous êtes post-doctorant à l'Université Versailles, Saint-Quentin, en Yvelines, 8h sur France Culture. 6h30, 9h, les matins de France Culture. Guillaume Erner. Nos invités, le sociologue Émilien Ouarvial, spécialiste des droites, Gaspard Koenig, philosophe, auteur d'Aqua aux éditions de l'Observatoire. Natacha Polleny, vous dirigez la revue L'audace, un commentaire par rapport à ce que vient de dire mon camarade Jean Lémarie.
Le commentaire, c'est qu'en effet, il faut essayer d'aller au-delà des apparences. Par exemple, le fait que LFI a une poussée parce qu'ils avaient plus de candidats, ils avaient décidé d'en présenter davantage. En revanche, il y a des endroits où ça patine. Mais surtout, premièrement, est-ce qu'ils ont dépassé leur socle qui est le socle fondamental de l'électorat de Jean-Luc Mélenchon ? Et ensuite, la stratégie, la fameuse stratégie front contre front. Mais ça n'existe pas. Ce que vous venez de décrire tout à fait justement, c'est le fait que la France insoumise en fait, est en conflictualité avec le Parti Socialiste. C'est entre partis de gauche que ça se joue.
Mais il n'y a aucun endroit quasiment en France où vous avez, par exemple, RN contre LFI. Ce n'est pas comme ça que ça se joue. Ça, c'est le discours de Jean-Luc Mélenchon. Donc, on en revient à ce que je disais tout à l'heure. La démocratie minoritaire et la fragmentation de l'espace politique. Sauf que ça, ça ne permet pas de gouverner ni une ville ni un pays. Gaspard Koenig. Oui, alors moi, j'aimerais juste faire un pas de côté par rapport à tous ces ismes qu'on va nous servir encore à gogo jusqu'à la présidentielle comprise et m'intéresser un peu au contenu des programmes.
Et ce qui est intéressant, c'est qu'on voit que les contenus sont beaucoup plus similaires que les discours des grandes superstructures partisanes et idéologiques et notamment sur les sujets qui m'intéressent. Le rapport du Chief Project fondé par Jean Covici il y a quelques semaines montrait que les préoccupations écologiques de transformation des milieux, de réappropriation de la ville, de végétalisation, etc.
étaient maintenant totalement transpartisans, étaient acceptés et même promus par 85% des élus locaux qui considéraient que c'était non seulement un sujet important mais en plus un sujet qui ne leur faisait pas perdre de voix vis-à-vis de leurs électeurs et c'est très intéressant parce qu'on voit qu'au niveau national il y a des partis entiers qui se définissent contre l'écologie aujourd'hui et qu'au niveau local mais c'est-à-dire au niveau de la vie de l'ensemble des français et bien c'est un sujet qui est approprié maintenant par le politique parce qu'il est demandé par les électeurs et toute tendance confondue.
J'ai failli tomber de ma chaise il y a un mois ou deux quand je lisais dans le Parisien un interview de Rachida Dati sur son programme écologique Rachida Dati n'est quand même pas connue pour sa passion de la biodiversité et elle faisait un sans faute en expliquant qu'elle allait désimperméabiliser la ville faire des pavés filtrants faire des plantations en sol plutôt qu'en bac et transformer Paris en ville éponge qui est le nec plus ultra Alors c'est quoi la ville éponge ?
La ville éponge c'est qu'on désimperméabilise beaucoup c'est-à-dire on enlève du bitume on remet de la terre du plein sol pour permettre à l'eau de circuler sans passer par l'intermédiaire de nos tuyaux et donc de stocker les crues en fait et rendre l'eau en été quand on en a besoin bon et donc je me dis mais que les candidats aujourd'hui de partis qui par ailleurs au niveau national se définissent contre eux les écolos bobos etc se sentent le besoin d'appeler en dernière minute un conseiller ou un consultant pour faire un programme hyper écolo bien léché
ça montre qu'il y a
un conseil qui signifie qu'en fait la bascule est en train de se faire et que comme toujours la superstructure arrivera en dernier c'est ce que disait Hegel que je me permets de citer puisqu'on est sur France Culture que la chouette de Minerve ne s'envole qu'à la tombée de la nuit mais on va pas citer toute Hegel
parce qu'on va laisser parler Emilien ou Arvial si Emilien vous voulez continuer sur Hegel
pas forcément je laisse ça plus qu'aller en philosophie que moi de loin effectivement je vais juste mentionner sur le cas de la LFI qu'il faudra regarder aussi parce qu'il y a eu le discours national de conflictualisation il y a aussi eu un travail parce que Minerville c'est des endroits où ils ont percé des grandes villes et puis des endroits plus populaires où en fait la LFI est implantée depuis longtemps et donc c'est aussi des candidats qui finalement s'ancrent y compris qui ont fait un travail mine de rien le municipal qui n'intéresse pas beaucoup à LFI en 2020 qui maintenant intéresse LFI et des gens comme David Guirou à Roubaix en fait ont fait ce travail là y compris de municipaliser le scrutin et de créer aussi de la conflictualité je pense à Saint-Denis c'est assez important entre le maire sortant et le maire nouvellement élu voilà pour y compris parler d'enjeux locaux on fera aussi regarder ce niveau là et sur les républicains effectivement et l'écologie ce qu'on constate c'est que ça fait maintenant même une décennie et plus qu'en fait il y a beaucoup d'acteurs à droite que ce soit centre-droit ou les républicains qui en fait parlent d'écologie voire même essayent de se mettre un peu devant je pense à des gens comme Christophe Béchuet Angers comme Serge Groir Orléans même Christian Estrosi en fait fait sa coulée verte au milieu de la ville donc en fait ce qui est effectivement intéressant c'est qu'aux républicains on reste sur une vision très réactive contre l'écologie de gauche et qu'en fait au niveau local où la vision est aussi un peu plus consensuelle de l'écologie parce que c'est des sujets qui sont un peu moins importants il n'y a pas de centrale nucléaire à mettre de la part des maires et bien effectivement on rentre dans cette écologie qui sur des points un peu clivés comme la voiture mais sinon en fait oui intéresse les gens et les maires de droite savent que il faut parler aussi aux modérés que les gens attendent ça quel que soit leur camp ils veulent un peu plus de verdure mais alors justement la droite
vous qui avez consacré votre thèse à l'UMP la droite est quand même dans un drôle d'état
aujourd'hui la droite est dans un état d'abord tout comme en fait l'ensemble du socle commun les centristes avec dans une situation un peu plus défensive parce que finalement la possibilité de l'emporter dans des villes nouvelles et importantes et un peu plus réduites quand même on voit d'ailleurs que les tentatives à Lyon et à Paris ont été soldées par grondés c'est quand même
assez intéressant je sais bien que je vais me faire gronder par Natacha et Gaspard si je parle de Paris et des grandes villes comme Lyon mais
il faut en parler quand même
mais c'est quand même étonnant de voir qu'il y a une difficulté pour la droite
la réalité aussi c'est que alors effectivement on verra dans le détail parce qu'il y a des villes comme Clermont-Ferrand qui pourraient tomber à droite il faudra voir ce qu'il y en sera des alliances notamment à gauche mais c'est vrai que sociologiquement en fait depuis maintenant plusieurs décennies on a une transformation de population de plus en plus diplômée notamment dans les grandes villes et qui bon ben on sait votent plutôt à gauche aujourd'hui et qu'on voit très à gauche et donc ça rend structurellement en fait compliqué pour la droite hors bassin méditerranéen de faire des bons scores dans les villes Natacha Polony puisqu'on peut quand même parler de Paris et de Lyon même si il suffit de se souvenir que ce n'est pas la France mais il y a à mon avis deux cas spécifiques sur Paris et Lyon Lyon enfin je veux dire la campagne des municipales a été totalement phagocytée par la mort de Quentin de Ranque et il va falloir regarder un petit peu la mobilisation mais la participation a été forte à Lyon et je pense que là il y a eu une mobilisation contre cette alliance de droite qui a gagné quelques candidats qui étaient vraiment proches de l'extrême droite et donc ça a mobilisé l'électorat du maire sortant et à Paris en revanche la question se pose on le sait très bien depuis très longtemps de savoir si Rachida Dati est la meilleure candidate pour représenter la droite parisienne et c'est ça qui se lie
pourquoi ou pourquoi pas
parce qu'elle n'est pas aimée parce que la droite parisienne est divisée parce que toute une part de on va dire des arrondissements plus bourgeois n'adhèrent pas forcément c'est-à-dire le 16ème arrondissement les choses comme ça il va falloir regarder où est-ce que Sarah Knafo a fait ses scores il y a aussi quelques affaires en effet
qui ne gênent pas tous les candidats David Racheline qui a été élu au premier tour
non mais on sait que la droite parisienne est divisée et que donc ce n'était pas forcément la meilleure manière de faire basculer la ville
Gaspard Koenig a un commentaire
pas tellement mais sur Paris ce qui est intéressant c'est quand même la seule candidate qui voulait remettre la voiture ouvrir les voies sur berge et aller à rebours de ce qui a été fait depuis 20 ans par la municipalité et par la mer sortante a péniblement conquis 10% des voies et en fait tous les autres maintenant s'installent dans la dynamique des pistes cyclables et de la végétalisation donc c'est non mais je veux dire c'est très important parce qu'en fait on a des débats politiques un peu abstraits en vérité sur le terrain les choses vont continuer dans le même sens Jean-Lébari non pour poursuivre sur cette question des grandes villes ou des villes les plus emblématiques face aux autres il y a une autre question dans des municipales comme celle que nous sommes en train de vivre qu'est-ce qui compte le plus finalement arracher quelques symboles qui vont être très commentés autour d'une table comme la nôtre ou s'ancrer continuer à s'ancrer rester ancré ou commencer à s'ancrer pour les uns et pour les autres où est l'essentiel aujourd'hui dans le jeu politique et j'emploie le jeu dans son acception la plus noble en fait peut-être un peu tristement j'aurais tendance à dire que c'est la première option qui pour les partis de facto est importante parce que le commentaire médiatique a pris énormément d'importance que en fait les partis se pensent plus ou moins dispensés d'avoir un ancrage local et militant important et de facto même quand les maires vont venir remporter des mairies ce sera des militants disponibles essentiellement pour le maire pas forcément d'ailleurs fidèles aux partenaires aux partis on sait qu'il y a énormément de coalitions d'étiquettes qui ne sont pas toujours très affichées donc effectivement ce n'est pas parce qu'on remporte une mairie qu'on crée un socle important de militants et c'est vrai que c'est ce qui manque aussi à quasiment tous les partis aujourd'hui il y a plusieurs problématiques il y a le fait que ce qui va compter aussi c'est le nombre d'élus tout simplement parce qu'il y a des sénatoriales qui viennent et que donc sans avoir forcément la mairie le fait de pouvoir peser dans ces sénatoriales est très important en revanche il faut garder à l'esprit qu'au-delà des quelques mairies emblématiques il y a toute une structure de ville entre 20 000 et 200 000 habitants où là vous avez quand même une persistance même si le PS et LR sont fragilisés il y a quand même une persistance et le RN et LFI évidemment s'implantent davantage mais ça ne suffit pas à faire une démocratie locale et en fait ce qui va compter là on est en train tous de lire cette élection comme une pré-présidentielle de 2027 sauf que ce que ça nous raconte c'est avant tout le décalage entre les électorats nationaux et les débats nationaux et puis ce qui se passe dans la vie concrète des français
Gaspard König vous évoquiez les écologistes vous disiez voilà aujourd'hui c'est un programme très consensuel mais les maires écologistes ont eu des succès divers disons
d'abord ils se sont quand même relativement bien maintenus même parfois en dépit des sondages ensuite je pense que les maires écologistes et l'écologie politique de manière générale n'est pas tellement jugée sur les sujets écologiques mais sur l'ensemble des autres thèmes qui sont abordés par ces maires là ou par ces personnalités là et moi je regrette que l'écologie politique se soit mise dans une niche à leur niveau national surtout aussi clivée politiquement et qui l'empêche en fait de réunir un électorat qui aujourd'hui devrait être beaucoup plus large parce que c'est quand même le sujet majeur de notre siècle que énormément de gens s'y reconnaissent et qui sont parfois bloqués par des propositions trop radicales sur des sujets qui n'ont pas grand chose à voir et qui en fait montrent que le 20ème siècle traîne et qu'on se repositionne sur des vieux trucs clivants du siècle passé du siècle industriel et qu'on n'a pas encore basculé complètement dans les sujets du nouveau monde
On n'a pas réussi à avancer selon vous Emiliens ou Arvial l'une des questions qui va se poser pour la droite c'est son alliance avec l'extrême droite c'est le cas à Paris mais dans beaucoup d'autres lieux
qu'est-ce que ça vous inspire ?
Pour l'instant des déclarations qui ont été faites par les candidats et les candidates et par Bruno Retailleau lors de sa prise de parole hier en fait il n'y a pas de bouger pour l'instant sur la position c'est-à-dire que c'est une union par le bas donc en fait c'est-à-dire que les gens de droite appellent les électeurs d'extrême droite à bien gentiment les rejoindre dans leur vote au second tour pour être bien raisonnable et faire barrage à la gauche ce qui pour une partie marchera sans doute je pense qu'on verra beaucoup de candidats RN pour quand même par reconquête à Paris descendre au second tour parce qu'il y aura une mobilisation autour du candidat de droite après ce qu'on voit quand même c'est que pour l'instant il paraît pas en fait y avoir de véritables ce qu'ils appellent l'union de la droite qui est en fait l'union de la droite l'extrême droite il n'y a pas de volonté de se désister vraiment les mains tendues par le RN ne sont pas vraiment suivies parce qu'aussi quel est l'intérêt forcément des républicains à laisser ce morceau-là au RN alors qu'il ne reste un peu plus que ça pour eux c'est compliqué quand même un résultat qui va être très commenté malgré tout c'est Nice avec Eric Ciotti mais Nice qui est perdu pas forcément perdu dès le début mais c'est vrai qu'il y a une avance déjà de l'extrême droite et en fait là Nice c'est un exemple il n'y a pas de fusion parce que finalement c'est Eric Ciotti qui n'est pas de fusion non mais la formule Ciotti semble mieux fonctionner que la formule Estrosi mais la formule Ciotti parce que c'est aussi le nom de Ciotti c'est une histoire de la ville qui est quand même marquée très à droite c'est la personne de Christian Estrosi qui est aujourd'hui assez ancienne dans la ville et voilà qui a suivi plusieurs polémiques donc il faut faire attention on voit quand même que Nice c'est un peu le seul endroit où cette formule marche vraiment dans les autres cas les UDR n'ont pas fait notamment à Lyon grand succès
Un mot de conclusion justement sur ces municipales peut-être sur la droite et l'extrême droite Natacha Poligny
Un mot de conclusion on s'aperçoit qu'il y a pour l'instant une attente de la part des citoyens de trouver une offre qui soit une offre qui leur parle à tous qui soit potentiellement majoritaire et qu'on a des appareils qui se battent avec une hypocrisie parfois terrifiante on voit le PS expliquer que l'LFI est infréquentable sauf quand on peut les fréquenter sur le terrain alors que finalement LR pour l'instant est en train de jouer sa survie c'est-à-dire que ils ont disparu à l'échelle nationale mais ils sont encore puissants dans les villes moyennes et donc ils n'ont aucun intérêt pour l'instant à se rallier à un RN qui veut les absorber mais tout cela nous raconte avant tout que nous avons un pays qui est en train d'attendre qu'on sorte de ces clivages et de cette polarisation et que visiblement les électeurs eux en ont un petit peu assez de cette polarisation brutale Gaspard Koenig D'abord que la démocratie locale ce n'est pas seulement tous les six ans on met un bulletin dans l'urne même parfois qu'on a un seul bulletin donc mais c'est tous les jours et moi je crois beaucoup enfin j'espère en tout cas j'ai foi dans la démocratie des communs qui se reconstitue sur les territoires qui n'est pas seulement une manière d'agir de faire des assos et de faire des petites fêtes mais vraiment de prendre soin de son territoire ensemble par des processus de délibération on a vu ça par exemple sur la question de l'eau en Ile-et-Vilaine où le SAGE qui est l'instance disons démocratique de décision pour la question hydrologique a abouti au bout de trois ans de discussion entre les citoyens les agriculteurs les associations les environnementalistes etc.
à une décision que cette décision a été contrecarrée par le préfet par le premier ministre en fait ça c'est de la démocratie très ancrée très vivante et primordiale pour nos milieux
merci merci beaucoup Gaspard Koenig à quoi c'est votre roman paru aux éditions de l'Observatoire merci à vous Natacha Polony on trouve donc en kiosque et en librairie oui les deux le second numéro de votre revue l'audace sur la liberté d'expression qui censure qui et répondre au malaise des territoires et puis Emilien Ouarvial j'espère que votre thèse sera rapidement publiée dire et produire l'idéologie partisane aujourd'hui le cas de l'UMP on lance un appel bien sûr aux bonnes volontés éditoriales dans quelques instants nous souhaitions en revenir sur la disparition du grand philosophe Jürgen Habermas et c'est Géraldine Mosna Savoie qui s'y colle de l'étoile
et c'est Géraldine et c'est Géraldine