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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 5 janvier 2016 11 min

Anne Hidalgo

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Il est 8h22, le 7-9, Patrick Cohen, sur France Inter. Bonjour Anne Hidalgo, vous avez accompagné ce matin le Président de la République dans des lieux que vous avez parcourus il y a un an. Vous avez été en première ligne à chaque fois, les 7 et 9 janvier, et puis la nuit du 13 novembre devant le Bataclan. Qu'est-ce qui vous reste comme souvenir et aussi comme leçon à suivre de cette année terrible ?

0:25
Anne Hidalgo

Beaucoup de douleurs, de tristesses, parce que ces lieux, je ne les regarderai plus jamais comme avant. C'est aussi des visages, les attentats de janvier. C'est aussi un mouvement populaire extraordinaire, parce que c'est vrai que les Parisiens, les Français, n'ont pas répondu comme l'attendaient sans doute les terroristes, par de la haine ou de la volonté de se diviser. Ils ont été incroyables dans les manifestations spontanées qu'il y a eues. Je garderai tout cela, mais beaucoup, beaucoup la souffrance des familles que j'ai vues, que j'ai parfois accompagnées. Et puis ce besoin, cette envie de rester debout, de dire on ne va pas se laisser atteindre.

Vous savez, on apprend beaucoup sur cette ville, sur ce qu'elle renvoie comme à la fois illusion, comme fantasme, comme représentation dans le monde entier. Parce qu'on a tous été surpris. Moi, la première, même si je savais que cette idée, ce mythe de Paris est quelque chose de très puissant chez nous, d'abord en France, mais aussi à l'étranger. Mais je pense qu'à Paris, par exemple, les Parisiens ont ressenti ce que cette ville renvoyait au monde. Et beaucoup d'entre eux ont eu envie de mieux comprendre pourquoi. Et peut-être de mieux comprendre aussi leur enracinement dans cette ville, qui est quand même extraordinaire de ce point de vue.

Ce qu'elle révèle, ce qu'elle sollicite chez chacun d'entre nous, va au-delà de sa simple relation à une ville dans laquelle on habiterait, et qui serait quelque chose lié ou au hasard de la naissance, ou à des choix professionnels et autres.

2:14
Présentateur

Au-delà des plaques qui seront dévoilées ce matin par le Président de la République, est-ce que Paris gardera d'une façon ou d'une autre, non pas la trace, la mémoire des victimes des attentats de l'an dernier ?

2:24
Anne Hidalgo

Oui, bien sûr. D'abord, ce matin, on va dévoiler des plaques avec les noms de toutes les victimes sur chacun des lieux, les trois lieux des attaques du mois de janvier. Et puis, dimanche, nous allons avoir aussi un moment sur la place de la République. Je l'ai dit récemment, cette place, soit elle a changé de statut, soit elle est revenue à son statut initial. C'est-à-dire que, vraiment, elle a été spontanément, on n'a rien fait. Moi, j'ai accompagné les mouvements des Parisiens qui, spontanément, sont allés vers la place de la République. On va, dimanche, planter un très grand arbre, un chêne, pour l'ensemble des victimes, y compris celles du mois de novembre.

Et nous allons aussi mettre en lumière cette place et la statue pour lui donner encore plus de force, de présence dans notre ville. Ce sont des gestes, des actes de commémoration. Mais au-delà, bien sûr, que tout ça va rester très très présent dans nos mémoires. Vous savez, une ville, c'est un peu comme un corps vivant. Il y a des blessures, il y a des cicatrices, et les cicatrices continuent à se voir, même quand les blessures sont refermées.

3:38
Présentateur

La tristesse, l'émotion, évidemment. Vous venez d'en parler, Anne Hidalgo. Est-ce qu'il n'y a pas aussi de la colère face à des attaques, à une attaque, notamment l'attaque d'un lieu qui aurait dû être mieux identifié et mieux protégé ? Charlie Hebdo, qui voit disparaître sa garde statique en septembre, qui vient de déménager dans des locaux de la ville de Paris sans que personne ne soit au courant, même pas les policiers du quartier.

3:59
Anne Hidalgo

Alors, c'est vrai qu'a posteriori, et même dès le lendemain des attentats, toutes ces questions se sont posées. Elles se posent avec plus d'acuité aujourd'hui, maintenant qu'on connaît tous les détails de l'enquête. Mais moi, je ne veux pas revenir sur ces aspects-là qui relèvent plus de la police, de l'évaluation qu'on fait à un moment donné du risque.

4:23
Présentateur

Vous en avez parlé avec le préfet de police, avec le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve.

4:25
Anne Hidalgo

On a souvent parlé, parce que bien sûr, quand on est arrivé sur les lieux, la première chose qui nous a été rapportée, c'est celle-là. Le fait qu'il y a eu une baisse de la surveillance.

4:36
Présentateur

Et des locaux qui n'étaient pas du tout sécurisés ?

4:38
Anne Hidalgo

Alors, ils étaient sécurisés, plus que les précédents. Parce que vous vous souvenez, Charlie avait déjà eu un incendie, d'ailleurs dans des locaux qui avaient été aussi mis à disposition par la ville. Et les locaux du 11e arrondissement étaient aussi mis à disposition par la ville. Et avec un digicode, avec des locaux qui n'étaient pas en rez-de-chaussée, pas accessibles directement depuis la rue. Donc, qui avaient été envisagés comme des mesures de protection.

5:07
Présentateur

On sait aujourd'hui que les frères Kouachi ont mis une dizaine de minutes avant de trouver les locaux de Charlie Hebdo. Que la police avait été prévenue. Mais personne n'était en mesure de sécuriser Charlie Hebdo. ni même d'alerter la rédaction de Charlie de la présence de deux types avec des kalachnikovs.

5:23
Anne Hidalgo

Il faudra de toute façon, et il faut tirer les enseignements de tout cela. Il faut aussi, sur les attentats de novembre, faire ce même travail. Moi, je pense, vous savez, aujourd'hui, on est dans des débats qui sont des débats totalement théoriques. dont on sait qu'ils n'auront absolument aucun effet pratique. On y reviendra sûrement tout à l'heure. Pas tout à l'heure, là, dans 30 secondes. Mais je pense qu'il faut être pragmatique. Et on a besoin d'abord de services de renseignement qui soient peut-être encore plus outillés. On avait besoin, et on a toujours besoin, d'un parquet qui soit plus étoffé. Il a été étoffé après le parquet terroriste, après les attentats de novembre.

On a besoin encore de forces de sécurité. Vous savez, moi, en tant que maire de cette ville, j'ai demandé et j'ai obtenu le renfort des militaires, notamment avec l'opération Sentinelle. Je ne souhaite pas qu'il soit mis fin à la présence des militaires dans les mois qui viennent. Je souhaite que, comme beaucoup de parents dans ma ville, les patrouilles de police et de militaires soient plus visibles à proximité, par exemple, des écoles. Donc, il y a tout un travail à faire sur comment prévenir des actes terroristes, dont on sait que maintenant, cette menace, d'abord, elle est présente, mais elle prend des formes très, très diversifiées.

Et donc, il faut qu'on travaille là-dessus, en tirant, bien sûr, les leçons de ces actes dramatiques de janvier et de novembre.

6:55
Présentateur

La politique nationale, je ne supporte plus, avait-vous dit, il y a quelques jours à Libération.

6:58
Anne Hidalgo

Je le redis, je suis, comme beaucoup de Français, dans un état de rage. Je ne supporte plus les postures, parfois les impostures. Je ne supporte plus tout ça. Voilà, on est confronté à des problèmes.

7:12
Présentateur

Quel débat, précisément, vous avez fait dire que c'était insupportable ?

7:15
Anne Hidalgo

Ce qui me fait vraiment sortir de mes gonds, c'est cette question de la déchéance de nationalité. Franchement, tout le monde sait que ça ne sert à rien, d'inscrire ça dans la Constitution, qu'on pourrait très bien, je l'ai proposé avec Jean-Pierre Mignard, dans une tribune récemment, avoir une mesure d'indignité nationale qui permette, effectivement, de condamner des personnes françaises, binationaux ou pas, qui aient été dans des actes vis-à-vis de leur pays qui méritent ce type de condamnation. Mais pourquoi aller s'enferrer là-dedans ? Pourquoi ? C'est quand même la question que beaucoup de gens se posent. Pendant un mois, on ne va parler que de ça ?

Oui, question qui n'a pas été posée au lendemain

7:57
Présentateur

du discours de François Hollande devant le Congrès à Versailles. Il y avait un consensus pour dire que ce discours était formidable et qu'il répondait à la situation.

8:05
Anne Hidalgo

D'abord, quand j'ai vu cette information-là, comme beaucoup, elle n'était pas très précise. On ne savait pas quel statut ça allait prendre. Mais aujourd'hui, franchement, se dire qu'on est confronté, d'abord, à la menace terroriste, qui a besoin, effectivement, sur l'état d'urgence, de clarifier les choses. Et je suis pour la constitutionnalisation de l'état d'urgence. Qu'on a besoin, comme je disais tout à l'heure, de conforter la police aussi dans ses moyens. Qu'on a besoin d'avoir les idées plus claires sur comment notre pays fait face au terrorisme.

Et puis, sur le front du chômage, qui est aussi, quand même, un autre élément majeur dans le pays, on a besoin d'avoir des politiques qui produisent des résultats. Parce que, pour l'instant, on n'en a pas beaucoup, des résultats. Et on va s'enferrer pendant un mois sur une histoire de déchéance, de nationalité, de changement de la constitution, où tout le monde, gauche, droite, confondu, s'accorde à dire que ça ne servira à rien. Franchement, je crois qu'il y a de quoi être en colère. Donc, il faut sortir de là. Moi, j'ai proposé une piste, qui est quand même une piste qui permet... Et la piste, vous l'avez entendue ?

Y compris, symboliquement, d'aller vers une condamnation des personnes français ou pas.

9:16
Présentateur

Et d'un mot, la piste que vous avez entendue, la piste d'une déchéance pour tous, enfin, pour tous les terroristes, quitte à fabriquer des apatrides, ça pourrait vous aller ?

9:25
Anne Hidalgo

Le point de départ de tout ça est tellement incompréhensible que, franchement, fabriquer des apatrides, maintenant, on va se mettre à fabriquer des apatrides. Est-ce qu'on n'aurait pas pu réfléchir avant ? Vous savez, je pense que la politique, c'est en ça que je suis vraiment très en colère par rapport à la façon dont les choses se déroulent dans le pays, sur cette politique nationale dont je dis que je ne la supporte plus. Est-ce que vous ne croyez pas qu'on pourrait se dire que la politique, que ce n'est pas l'affaire de quelques-uns, c'est l'affaire de tous ?

Est-ce que vous ne croyez pas qu'on pourrait se dire qu'avant de grandes décisions comme celle-là, il faut consulter, il faut discuter, il faut écouter ? Je crois qu'il faut changer fondamentalement le logiciel de la politique dans notre pays, faire en sorte que les professionnels de la politique qui pensent que c'est à eux de décider de tout, comprennent enfin qu'on a une population, un peuple intelligent, qui a une capacité à décider et qui a lui-même des solutions à proposer.

10:25
Présentateur

Les retrouvailles vont être chaleureuses tout à l'heure avec François Hollande.

10:27
Anne Hidalgo

Ce n'est pas François Hollande, c'est notre système dans son ensemble. Je pense que les médias sont aussi pour beaucoup dans la façon dont la politique française...

10:35
Présentateur

Ah, c'est les médias !

10:36
Anne Hidalgo

Non, je pense que les médias sont pour beaucoup dans le fait que la politique française n'est vue qu'à l'aune de la présidentielle. Regardez ces milliers de gens qui font de la politique au quotidien, dans les municipalités, sur tous les territoires, ou même dans les associations. La politique, ce n'est pas que de l'acte partisan et le fait d'être engagé dans un parti politique, c'est au quotidien faire bouger la vie de sa cité et la vie de son pays. Parlez-en un petit peu plus. Enfin, vous me donnez la parole et je vous remercie.

11:02
Présentateur

Anne Hidalgo, en colère ce matin, mais pas contre François Hollande. Vous avez mal entendu le début de l'interview. Contre les médias et d'autres.

11:09
Anne Hidalgo

Ne caricaturez pas.

11:10
Présentateur

Invité de France Inter ce matin. On vous retrouve dans quelques minutes avec les questions des auditeurs qui ne manqueront pas. 01, 45, 24, 7000, il est 8h33. Sous-titrage Société Radio-Canada