Violences du 1er-Mai, budget 2026... Le "8h30 franceinfo" de Lucie Castets
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Bonjour Lucie Castet. Bonjour. Des élus socialistes ciblés, visés hier lors des manifestations du 1er mai à Paris. Le député Jérôme Gage pris à partie qui a même dû être exfiltré. Des plaintes vont être déposées, dit le premier secrétaire Olivier Faure. Les regards se tournent vers l'ultra-gauche, vers les black blocs, c'est ce qui a été dénoncé. Qu'est-ce que ça vous inspire ?
C'est intolérable, ce genre de violence n'a pas lieu d'être nulle part et encore moins en manifestation un 1er mai. Donc ça ne m'inspire que du rejet et de la condamnation. C'est vraiment intolérable, inacceptable d'assister à ce genre de violence.
Dans le cas de Jérôme Gage, il est agressé quasiment à chaque fois qu'il manifeste. Ce n'est pas la première fois, il a été exfiltré. Cette fois-ci, il a été exfiltré d'autres fois.
Je n'ai vraiment rien à en dire à part que je condamne absolument les violences, y compris contre Jérôme Gage. Dans ce genre de manifestation, ça n'est absolument pas acceptable.
Lucie Casté, est-ce que vous pensez que Jérôme Gage est ciblé à cause de ses origines juives ?
Je ne sais pas. Je ne sais pas pourquoi il est ciblé. Vraiment, encore une fois, je condamne absolument sans réserve le fait qu'il y ait des violences dans ces manifestations, y compris les violences contre Jérôme Gage.
Parce que Marine Tondelier, elle dit clairement les choses. Elle dit oui, il existe un antisémitisme d'extrême gauche.
Je pense qu'il existe un antisémitisme qui n'est pas résiduel en France. On voit clairement les actes d'antisémitisme ont explosé en France.
Contrairement à ce que dit Jean-Luc Mélenchon, pour qui ça reste résiduel.
On n'est pas obligé d'être d'accord surtout avec Jean-Luc Mélenchon, bien sûr. Je pense qu'il y a des actes d'antisémitisme en France. En tout cas, je les condamne tous sans réserve, y compris celles, les violences dont peut faire l'objet Jérôme Gage, qui doit pouvoir manifester s'il le souhaite.
C'est teinté d'antisémitisme, c'est de l'antisémitisme ou pas quand il fait exprimer une manifestation ?
Je ne sais pas précisément qualifier ces actes, puisque je ne sais pas quelles sont les motivations de ceux qui se rendent coupables de ces actes. En tout cas, quelle que soit leur motivation, et a fortiori si c'est de l'antisémitisme, je les condamne avec la plus grande fermeté.
Et vous ne pensez pas que les insoumis ont une part de responsabilité en attisant le climat politique sur ces questions-là ? Je pense que là, le climat politique est nauséabond à beaucoup d'égards
en ce qui concerne toutes les formes de racisme. Mais je condamne absolument sans aucune réserve tout ce qui peut être lié à l'antisémitisme. Je pense qu'il faut aussi regarder toutes les formes de violences qui existent. Et le meurtre, il y a quelques jours, de cette personne, M. Sissé, qui était en train de prier, qui manifestement a été tué parce qu'il était musulman, est un acte d'islamophobie. Il faut condamner absolument tous ces types de violences sans aucune réserve. et de manière égale.
Vous n'avez pas répondu à la question d'Alex Bouillaguet. La gauche et singulièrement les insoumis n'ont aucune responsabilité dans un certain climat.
Je pense que tout le monde doit œuvrer pour que la tension redescende. Et en particulier, les tensions qui concernent la pratique religieuse et l'appartenance religieuse avérée ou supposée des personnes qui sont visées.
En tout cas, sur l'aspect plus social de cette journée du 1er mai, puisque c'est quand même la fête du travail, fête des travailleurs, la gauche s'est retrouvée hier en partie, en tout cas partie de la gauche, en soutien aux salariés d'ArcelorMittal, 600 postes supprimés à l'échelle de la France, 300 du côté de Dunkerque, là où s'est donc retrouvée la gauche, le socialiste Olivier Faure, l'écologiste Marine Tondelier, Fabien Roussel pour les communistes. Quand Jean-Luc Mélenchon lui était resté à Paris, et il a plaidé pour la nationalisation, il n'est pas le seul d'ailleurs, d'ArcelorMittal, en tout cas de ses sites, est-ce que c'est quelque chose, une solution qui vous semble réaliste ?
Il y avait tous les représentants de la gauche, enfin de toutes les forces de gauche qui étaient représentées à ArcelorMittal, à Dunkerque,
y compris Aurélie Trouvé, effectivement.
Oui, Aurélie Lecoq aussi.
Il y avait les patrons, il y avait les têtes d'affiches écologistes, socialistes, communistes, il n'y avait pas la tête d'affiche insoumise.
Il y avait les représentants de toutes les forces de gauche hier matin à Dunkerque, et ils ont parlé, il me semble, d'une seule voix. Je pense que la question que vous soulevez...
Pas tous pour dire la même chose d'ailleurs, mais on va y revenir.
Ce n'est pas forcément un problème, ils peuvent avoir des positions différentes, ce n'est pas un problème, ils peuvent avoir des nuances dans leur position. Sur la nationalisation, Lucie. Sur la nationalisation, moi j'y suis plutôt favorable, d'ailleurs comme toutes les forces de gauche l'appellent. Mais ce qui me semble intéressant, c'est de discuter, la nationalisation, elle peut être temporaire ou pérenne.
Alors pardon, ce n'est pas exactement le cas. Le Parti Socialiste, par exemple, plaide plutôt...
Je pense que Patrick Cannaire a été assez clair sur ce sujet hier.
En tout cas, il va y avoir une proposition de loi du Parti Socialiste qui va être déposée, pour davantage plutôt une forme de prise de contrôle, qui n'est pas forcément une nationalisation. C'est vrai. La nuance n'est pas complètement neutre.
Il peut y avoir plusieurs formes, à la fois dans le temps et puis dans l'intensité de la réaction de l'État, de la prise de position, de la prise de possession de l'État de l'entreprise. En tout cas, ce que moi je considère, c'est qu'il faut absolument reposer la question en termes de stratégie industrielle et stratégie commerciale, de politique commerciale de la France. Arcelor est un énorme sujet, vous le savez, mais il y a aussi, ça pose une question plus générale de quelle est l'attitude et de la crédibilité de l'action publique dans le domaine industriel et commercial, de politique commerciale. Et là, on est dans un cas illustratif de ce qui ne va pas en France.
On a une entreprise qui a reçu des aides publiques à hauteur de quasiment 400 millions d'euros depuis 10 ans, avec aucune contrepartie. Et donc, on a un outil de production qui n'a pas été entretenu du tout et des actionnaires qui ont pourtant touché des dividendes à hauteur de aussi près de 400 millions d'euros. Et c'est massif.
Marc Ferracci, le ministre de l'Industrie, lui dit que la nationalisation, c'est ni à l'heure du jour, ni une bonne réponse, parce que pour lui, il existe toujours une solution industrielle, c'est-à-dire mettre la pression sur l'entreprise pour qu'elle investisse sur ses sites, et notamment en matière de décarbonation. Il estime qu'il y a une issue possible et qu'il pourrait aller jusqu'au bout.
C'est un peu la difficulté. C'est pour ça que je dis que le cas d'ArcelorMetal est absolument emblématique. C'est un peu la difficulté. On dit qu'il y a toujours une issue possible, mais on se retrouve toujours en tant que puissance publique à agir à la toute fin. Et ce qu'il faut, au contraire, c'est développer une stratégie industrielle de planification et une stratégie de politique commerciale qui permettent de ne pas se retrouver dans cette posture. En dix ans, c'est long. En dix ans, ça donne le temps à l'action publique de se déployer. En dix ans, ArcelorMetal a touché 400 millions d'euros d'aides publiques. On a laissé l'outil de production se délabrer totalement.
Et on se retrouve aujourd'hui à dire qu'il existe d'autres solutions que la nationalisation. Je veux bien avoir ce débat sur la nationalisation ou non, mais ce qu'il faut, c'est avoir une politique industrielle de planification de long terme qui permette notamment de faire bifurquer l'outil industriel vers du verdissement. Or, ça, ça n'est pas du tout prévu à ce stade. Ça ne l'a pas été. Et on se retrouve... Mais c'est emblématique. Enfin, on a le cas aussi dans les questions des batteries. Par exemple, on a investi des centaines de millions d'euros dans les batteries, mais on n'a pas été capable de créer vraiment une filière européenne.
Et donc, notamment, y compris en touchant aux droits de douane, on a aujourd'hui une situation qui n'est pas du tout satisfaisante.
On va revenir dans le détail sur ce que vous dites. Simplement, un mot encore sur la nationalisation. Vous avez une idée de combien ça coûterait ? Parce que certains auditeurs qui nous écoutent peuvent se dire, bon, il y a un petit côté baguette magique, hop, on nationalise.
Mais vous avez vu que moi, j'ai pas du tout considéré qu'il s'agissait d'un outil de baguette magique. J'ai dit qu'il fallait par ailleurs avoir une politique industrielle beaucoup plus générale qui ne concerne pas que ArcelorMittal.
J'ai un peu de mal à vous situer alors, parce que tout le monde à gauche ne dit pas la même chose.
Ce que je dis, c'est qu'il faut évaluer précisément combien ça coûterait. C'est un enjeu de finances publiques qui est important, mais c'est aussi un enjeu de souveraineté industrielle qui est très important. Je ne peux pas vous répondre immédiatement sur combien ça coûterait précisément, parce que je crois d'ailleurs qu'on ne le sait pas.
Plusieurs milliards.
Oui, mais donc il faut l'évaluer et il faut le préciser. Et puis on ne peut pas nationaliser l'ensemble des industries qui vont mal. Vous le savez très bien. On a aujourd'hui des plans sociaux qui se multiplient dans les industries lourdes comme l'acier, mais aussi par exemple dans des branches plus textiles. Par exemple, je crois que les salariés du groupe Jennifer sont extrêmement inquiets parce que des milliers d'emplois vont probablement être détruits. Il faut tout faire pour que ça ne soit pas le cas. Donc il faut développer une stratégie plus large. La nationalisation est un instrument de politique. Exactement, c'est ce que je disais sur notamment la fin de l'Afrique.
C'est une crise aussi européenne.
C'est une baisse de la consommation d'acier sur le continent, une surproduction de l'acier chinois à bas coût.
Et un enjeu de souveraineté, parce que si on veut pouvoir construire, il faut aussi produire en France. Et c'est un immense enjeu. Et donc ça ne se résume pas à la question « Êtes-vous pour ou contre la nationalisation de telle ou telle entreprise ? »
Vous parlez beaucoup du fait que l'État aide trop les entreprises. Je n'ai pas dit que l'État aide trop les entreprises.
J'ai dit que l'État avait massivement aidé les entreprises et que les effets n'étaient pas suffisamment évalués. Et surtout, lorsqu'on les évalue, ça a été le cas par exemple pour le Crédit Impôt Recherche ou pour le CICE, on ne tient pas suffisamment compte des réponses de ces évaluations.
Donc ça veut dire qu'il faut raboter quoi ? Par exemple, vous parlez du Crédit Impôt Recherche. Celui-là, il faut le remettre à plat ?
Je pense qu'il faut, oui, le remettre à plat. On a beaucoup d'évaluations d'organismes publics qui montrent que le Crédit Impôt Recherche coûte plusieurs milliards d'euros à la France chaque année et qu'en réalité, la grande majorité de ces milliards est touchée par des très grandes entreprises qui auraient innové sans ou alors qui n'innovent pas vers des technologies vertes liées au Crédit Impôt Recherche. Et donc, il y a des effets d'aubaine qui existent. Et il faut remettre à plat ce Crédit Impôt Recherche, notamment pour mieux cibler les petites entreprises qui en ont davantage besoin et mieux cibler le type d'innovation qu'on va susciter.
C'est une partie où on peut conditionner et puis mieux cibler le dispositif. C'est d'ailleurs ce que beaucoup d'économistes demandent. Étude après étude, on voit que ces Crédit Impôt ne sont pas suffisamment bien ciblés. Et ça coûte très cher.
Sur le budget, on parle de 40 milliards d'économies à trouver pour le prochain budget. Est-ce que déjà sur ce constat, vous êtes d'accord ou est-ce que vous dites après tout, c'est un peu plus compliqué que ça ?
Alors, on parle, je crois, de 40 à 50 milliards d'euros. Et ces 40 à 50 milliards d'euros d'économies à trouver, alors moi je conteste l'idée qu'il faut trouver seulement des économies, sont à trouver au regard de la dynamique qui est projetée par le gouvernement en matière de finances publiques. On sait que ces dynamiques-là, que ces projections, ont fait défaut, ont été défaillantes dans les dernières années.
Peut-être pour remettre en tête des ordres de grandeur, comme vous m'appeliez à le faire tout à l'heure, 40 à 50 milliards d'euros d'économies que le gouvernement appelle de ses voeux, c'est à mettre au regard des 60 milliards d'euros dont les finances publiques sont privées en recettes fiscales du fait des différentes réductions d'impôts qui ont été adoptées depuis 2018. 60 milliards d'euros par an.
Vous pensez à quoi ?
Aux impôts de production, à la taxe d'habitation, à la réduction de l'impôt sur les sociétés.
Donc ça veut dire qu'il aurait fallu garder la taxe d'habitation ? Je ne dis pas
qu'il faut revenir à l'État exactement avant. Il y avait des lacunes, des limites, des défauts dans cette fiscalité. Moi, ce que je pense, c'est qu'il faut faire une grande réforme fiscale qui permette de rationaliser notre impôt. On a aujourd'hui, vous le savez, un impôt qui est très misé.
Est-ce que ça veut dire baisser l'impôt ? Parce que ceux qui nous écoutent peuvent peut-être se dire « Ah, ben enfin, une réforme fiscale va permettre de baisser l'impôt ». Mais ce n'est pas sûr, ça, souvent.
Je pense qu'il faut faire une grande réforme fiscale qui permette de baisser l'impôt pour certains et de l'augmenter pour d'autres en fonction des capacités à contribuer de chacun. C'est l'objet de notre pacte social. Et en réalité, en France, on a un système qui est assez inefficace parce qu'il est mité. On appelle ça par beaucoup de niches fiscales qui créent des exceptions.
Et puis, il y a aussi, à la toute fin de la distribution, des très riches ou des très grosses entreprises qui payent moins parce qu'elles ont une capacité plus grande à éviter l'impôt, notamment du fait de dispositifs dérogatoires comme des niches fiscales et puis parce qu'elles ont accès à des gens qui peuvent les conseiller.
Les retraités, c'est une niche fiscale pour vous ? À l'abattement de 10% ?
Alors, les retraités ne sont pas une niche fiscale en même.
Sur la question des retraités,
moi, je pense que ce à quoi il faut faire attention, ce n'est pas traiter les retraités comme un ensemble homogène. Mais ils doivent participer aussi bien qu'ils actifs ? Il y a des retraités qui vivent très bien de leur retraite, d'autres qui vivent très mal de leur retraite. Et donc, moi, je pense qu'il faut pouvoir examiner cette question de la suppression de l'abattement. Mais il faut faire très attention à quel type de retraités vont être touchés. Vous savez qu'il y a des études qui montrent que la suppression de l'abattement ne devrait pas toucher, a priori, les retraités les plus modestes. Mais il faut faire attention au milieu de la distribution. Et donc, je ne suis pas...
Vous pensez aux retraités qui ont combien pour situer ?
Il faut regarder. Je pense que ceux qui ont au-dessus de 2 000 à 3 000 euros, on peut regarder la manière dont on traite cet abattement. C'est-à-dire qu'ils gagnent combien par mois ? Ça s'examine. Je dis ceux qui ont 2 000 à 3 000 euros de retraite par mois, minimum. Mais je pense qu'il faut faire très attention à la suppression de ces abattements pour ne pas avoir un regard uniforme.
On rappelle que la retraite médiane, pour information, c'est autour de 1 500 euros. Donc, ça veut dire qu'il y a 50 % des retraités qui ont moins de 1 500 euros, 50 % qui ont plus.
Alors là, la suppression de l'abattement s'applique à ceux qui payent de la fiscalité. Et donc, je ne suis pas défavorable au fait de regarder cette suppression. Mais il faut faire attention de protéger les retraités les plus modestes et les retraités, disons... À la limite.
Oui, exactement. C'est une petite question quand même. Ce que je vous entends là donner un petit peu les bons et les mauvais points. Vous avez été directrice financière de la mairie de Paris. 9 milliards de dettes d'ici à la fin de l'année. Donc, la gestion financière, elle n'a pas été pertinente ?
Alors, la dette en soi n'est pas une mauvaise chose. La dette de la ville de Paris, vous le savez, comme toutes les collectivités ne financent pas du fonctionnement mais de l'investissement. On a aujourd'hui une ville qui a financé massivement la transition écologique, notamment par le développement de pistes cyclables mais aussi du logement et du logement rénové, du logement social rénové qui investit aussi dans la rénovation des bâtiments municipaux. La ville de Paris, la note de la ville de Paris a encore été confirmée par les agences de notation.
Alors, on peut contester les méthodes des agences de notation mais force est de constater que la ville de Paris a la meilleure note de toutes les collectivités. Je pense que ça en dit long sur la façon dont la dette de la ville de Paris est gérée et elle est gérée avant tout pour investir dans l'avenir.
Nous sommes toujours avec Lucie Casté
aux fonctionnaires et économistes dans votre livre qui paraît aujourd'hui où sont passés nos milliards. Vous dites ne pas croire aux gauches irréconciliables. Vous voulez convaincre que la gauche est en mesure de gagner alors avec une primaire des gauches la plus large possible mais large jusqu'aux insoumis ? La porte est ouverte
à tout le monde. C'est l'objet de l'appel que j'ai lancé la semaine dernière à toutes les forces de gauche. L'appel est ouvert à tous, à tous les représentants politiques mais aussi à tous les électeurs et ça, c'est vraiment quelque chose que j'ai constaté moi partout sur le terrain cet été. Mais est-ce que vous
n'entendez pas déjà la réponse ? Vous imaginez vraiment une tribune avec, alors je cite, Fort, Hollande, Mélenchon, Glucksmann, Cazeneuve, Tondelier, Roussel, j'en passe parce qu'il y a aussi Clémentine Autain. C'est réaliste.
Ce n'était pas pour trouver un candidat à la présidentielle. Oui, certes, mais beaucoup de gens considéraient qu'il était impossible de former le nouveau Front populaire au lendemain des élections européennes dont la campagne a été difficile, vous le savez. Donc ça a pu se faire.
Moi, je m'approprierais la citation de François Hollande qui dit ce n'est pas l'union qui fait la force mais la force qui fait l'union si on crée une dynamique et j'insiste sur le fait que j'entends partout les électeurs de gauche appeler à cette union y compris des électeurs de la France insoumise sur le terrain qui disent il est important de s'unir pour porter un projet alternatif véritablement alternatif et c'est aussi l'objet de l'appel avec un programme vraiment ambitieux qui permet de rompre avec ce qui a été déployé dans la dernière décennie. Et vous seriez candidate ? A priori, non. Ce n'est pas l'idée.
Moi, j'essaye de porter la parole de ceux que j'entends sur le terrain et ceux qui aspirent vraiment à l'union et cette parole est très forte et très unanime sur le terrain.
Sauf que Lucie Castel, Jean-Luc Mélenchon, il fait déjà savoir et on comprend qu'il sera candidat quoi qu'il arrive. Donc c'est fini. L'idée est pliée.
Je ne sais pas si c'est aussi clair que ça puisque Jean-Luc Mélenchon n'a pas dit qu'il serait lui-même candidat. Il a dit et certes, c'est vrai que la France insoumise... Il espère trouver
quelqu'un qui sera mieux que lui.
Il a dit que la France insoumise porterait une candidature derrière son programme aux élections présidentielles mais il peut encore se passer plein de choses. En tout cas, moi, je...
Vous y croyez vraiment, Lucie Castel ? Vous n'êtes pas un peu naïf quand même ? Alors naïf, certainement pas.
Je pense que quand on regarde les statistiques, quand on regarde les sondages, notamment celui qui vient de sortir qui a été commandé par la revue Regards, je pense qu'il n'est pas naïf de considérer qu'il faut avoir foi et investir dans... Jean-Luc Mélenchon pourrait participer à une primaire de la gauche. Il faut avoir foi et investir dans l'union de la gauche mais si Jean-Luc Mélenchon ne veut pas participer à une primaire de la gauche, personne ne forcera Jean-Luc Mélenchon à participer aux primaires de la gauche. Pardon ?
Ça veut dire qu'il n'y a pas d'union.
Il y aura une union des gauches de toute façon et ensuite, le périmètre de l'union peut se former progressivement. Il faut créer une dynamique. Moi, je crois dans cette dynamique parce que les gens y croient. Ce n'est pas moi toute seule sinon je n'ai pas la force seule de faire mouvoir tout ça mais en tout cas, j'ai l'impression que les gens croient à cette union. Elle est crédible quand on regarde les sondages et c'est la plus à même de faire gagner la gauche et de la faire parvenir au second tour puis de la faire gagner.
Vous évoquiez les électeurs de gauche. Alors, vous proposez une autre méthode si jamais celle-ci échouait pour trouver un candidat commun c'est-à-dire organiser une convention citoyenne avec des représentants des partis, de la société civile mais aussi des électeurs de gauche qui seraient tirés au sort. Est-ce que ce n'est pas une machine à gaz votre convention ?
Ce que je mentionne dans l'appel c'est l'existence de plusieurs méthodes possibles pour désigner une candidate
ou un candidat. Non mais celle-ci là, celle-ci, ça ne nous emmène pas au-delà de 2027 cette convention.
Je ne prescris rien, je propose trois méthodes en disant même que si vous avez peur d'une usine à gaz en précisant même que ces trois méthodes peuvent être combinées. On peut injecter de l'aspect consultation citoyenne ou de l'aspect concertation entre parties dans une primaire. Primaire, ça ne veut tout et rien dire, c'est un mot valise. La primaire peut revêtir plein de modalités différentes. Ce que je dis simplement, c'est qu'il faudra s'assurer qu'on ne refait pas les défauts des primaires précédentes qui peuvent conduire par exemple à de la défiance des autres qui ont été écartés, qui auraient aimé être les candidats désignés et qui ne l'ont pas été.
Quand je vous entends, pardon Lucie Castel, mais je répète un petit peu ce que dit Alex Bouilleguet, mais il n'y a pas un petit peu de naïveté ? C'est le principe souvent de ces primaires que d'avoir...
La naïveté, c'est de penser qu'on va refaire la même chose et que cette fois,
on va arriver au second tour. Mais qui va vous écouter ?
Vous voyez à quel point le sondage... Parce qu'il y a ce que les gens demandent. Il y a aussi
ce que les responsables politiques veulent et font.
Pardon, mais vous avez vu le nombre de responsables politiques qui ont répondu favorablement à l'appel de rendez-vous du 2 juillet en disant oui, on sera là, oui, on discute. Vous avez vu comment ? Pour l'instant, il y a...
Rendez-vous que vous appelez, que vous organisez.
Oui, que j'organisez. Je ne suis pas toute seule à organiser. Il y a eu Johanna Roland et Olivier Faure, mais il y a eu aussi Clémentine Autain, tous les responsables de l'après. Il y a eu aussi François Ruffin. Il y a eu tous les écologistes. Pour l'instant, les insoumis n'ont pas répondu. C'est vrai. C'est vrai, mais ça, c'est une chose de le constater et puis ensuite, on verra comment ça se passe. Ce que je dis, c'est qu'il faut créer une dynamique. Mais en tout cas, la naïveté, à mon sens, c'est de croire qu'on va y arriver en refaisant la même chose, c'est-à-dire en ayant des représentants de tous les partis sur la ligne de départ. Ça ne fonctionne pas.
La dernière fois que la gauche est arrivée au pouvoir, c'était en 2012. Il y a eu une primaire. Pardonnez-moi de le constater.
Vous le dites très clairement ce matin, en cas de... Si la gauche part divisé, s'il y a deux candidats ou plus, la gauche ne gagnera pas.
C'est aussi ce que disent les études et les sondages et c'est ce que le passé nous enseigne. Ce qui est certain, c'est que si tout le monde met un représentant de son parti sur la ligne de départ, la gauche ne passera pas le cap du second tour et donc ne sera pas en mesure de gouverner ce pays. Or, c'est ça qu'attendent les électeurs de gauche, c'est qu'on prenne des mesures qui changent leur vie et qui portent un véritable projet politique.
Lucie Castet, d'où vous parlez ce matin ? Est-ce que vous êtes toujours, aujourd'hui, si François Bayrou, demain a été renversé, la candidate du nouveau Front populaire pour Matignon ? Là, je suis dans une posture un peu différente.
Le temps a passé, vous avez vu. C'est la question qui devra être posée au parti. Voilà, j'oeuvre à l'union de la gauche, je réfléchis, je travaille avec beaucoup de gens. Vous êtes où,
en termes de statut, vous êtes détachée de la mairie de Paris ?
Vous êtes payée par qui ? Je suis en disponibilité de la fonction publique d'État et je suis payée par des missions que je fais du conseil sur les sujets de criminalité financière.
Vous avez adhéré à un parti ?
Non, pas du tout.
Mais si, pour vous situer, là encore, vous vous sentez proche duquel ? Parce qu'il n'y a pas qu'un parti.
Mais vous imaginez bien que je ne vais pas répondre à cette question. J'ai joué une forme de rôle de tiers de confiance ou de trait d'union entre les différents partis de la gauche, non seulement, mais aussi avec la société civile organisée, avec les associations, avec les collectifs. Il y a bien des différences quand même entre chacun des partis. Comme beaucoup d'électeurs de gauche, je n'aspire pas à dire précisément dans quelle étiquette je me reconnais parce que simplement, il n'y a pas une étiquette dans laquelle je me reconnais davantage que les autres. Il y a des choses avec lesquelles je suis d'accord, plus ou moins, en fonction des partis, des méthodes. En fait,
vous voulez rester le plus petit dénominateur commun de cette gauche ?
Je ne sais pas si je suis le plus petit dénominateur commun, mais ce que je peux vous dire, c'est que moi, je rencontre énormément de gens qui sont très impliqués à gauche et qui n'aspirent pas à rejoindre un parti. Il y a de la vie politique en dehors des partis et je suis une partenaire de tous les partis. Je continue à parler à tout le monde, mais je n'ai pas vocation
à rejoindre un des partis. Parler à tout le monde, effectivement, vous voulez exercer un droit de suite, c'est comme ça que vous présentez les choses, mais est-ce que vous êtes audible ?
C'est ce que je vous ai répondu tout à l'heure. Vous avez vu que beaucoup, beaucoup, beaucoup de forces politiques, mais aussi des forces citoyennes, des forces organisées, des associations ont soutenu cet appel et disent oui, voilà ce qu'on veut. C'est une grande procédure de désignation et c'est un candidat unique ou commun à la gauche en 2027.
Cette semaine, en tout cas, Lucie Casté, François Bayrou a engagé une consultation des partis dans l'objectif d'instaurer peut-être l'élection des députés à la proportionnelle. Est-ce que ce n'est pas d'une certaine façon dans le contexte actuel faire un cadeau au Rassemblement national ?
C'est sûr que le fait majoritaire pouvait conduire pendant longtemps à réduire la place du Rassemblement national. On voit que c'est de moins en moins le cas aujourd'hui puisqu'il y a un risque et on l'a vu lors des dernières législatives que le Rassemblement national bénéficie lui-même de cette prime majoritaire. Je pense que, plus globalement, il faut réfléchir aux questions auxquelles cherche à répondre la question de la proportionnelle. Moi, je pense que ce sont des questions légitimes, notamment la question de la représentativité en politique et puis aussi la question de la déprésidentialisation du régime. Moi, je pense que ce sont vraiment des questions pertinentes et légitimes.
Avoir une assemblée éclatée grâce à la proportionnelle ou à cause de la proportionnelle, c'est selon, serait une déprésidentialisation du régime, d'une certaine façon ?
En tout cas, on parle souvent de la proportionnelle comme une réponse à l'hyperprésidentialisation de notre régime en France sous la Ve République. C'est une question que, moi, je trouve pertinente. On l'a vu, c'est très fort, surtout ces derniers mois, ces dernières années. Donc, c'est une question que, moi, je trouve très légitime.
Pour bien comprendre quelle est votre position, tout simplement, est-ce que vous êtes pour ou contre la proportionnelle ?
Parfois, la vie est un peu plus compliquée et on peut avoir des positions nuancées. Moi, je pense que c'est une réponse qui est... Elle tente de répondre à des questions qui sont très légitimes. Je pense que la proportionnelle porte en elle des risques qu'il faudra éviter si on décide d'aller plus loin, notamment la question de la rupture entre les élus et le territoire et les citoyens dans les territoires. C'est dans le débat, effectivement, ça part s'il y a
les départementales, nationales...
Et donc, par exemple, il y a... Là-dessus,
vous n'êtes pas d'accord avec les insoumis, par exemple, qui parlent d'une proportionnelle au niveau national ?
Moi, je pense que c'est intéressant d'avoir un lien avec le territoire et je pense, par exemple, à la proposition qui a été formulée par la sénatrice Mélanie Vogel qui dit regardons la possibilité de mettre en place cette proportionnelle à l'échelle régionale et départementale, notamment pour assurer ce lien entre les élus et les territoires. Ça me semble quand même très important de répondre à cet aspect.
En tout cas, si vous étiez parlementaire, vous la voteriez probablement.
Mais je regarderai ce qu'il m'est proposé précisément. Le diable est dans les détails et donc il faut regarder précisément et les Français méritent et les Français méritent qu'on regarde en détail ce qu'on leur propose.
Celle qui est plus ou moins vantée par François Bayrou et les socialistes, si je ne m'abuse, c'est celle de François Mitterrand, 86. Je crois qu'il n'y a pas de position univoque
des socialistes sur ce sujet. Je pense que le sujet est complexe et mérite des discussions approfondies et donc c'est difficile d'avoir une posture totalement univoque, oui ou non, binaire sur ce sujet. C'est un sujet qui est compliqué. En tout cas, moi, je suis très attentive aux questions que ce sujet pose mais il faut que les réponses soient très adaptées pour éviter les risques.
Merci à vous, Lucie Casté, haut fonctionnaire, haut fonctionnaire, économiste. Merci d'avoir été avec nous sur France Info. On se retrouve dans quelques minutes pour les informer.
Lucie Castets