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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 6 juillet 2022 21 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesSantéEnvironnement & énergieInstitutions & élections

"Ça va mal finir !" Inflation : Thomas Porcher dénonce les profiteurs de guerre

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 60 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:15OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'aujourd'hui, on peut demander aux consommateurs de s'ajuster comme le demandent les énergéticiens ?

  • 4:30OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'il y a des profiteurs de guerre et de crise, comme le dit Emmanuel Macron ?

  • 6:53OuverteRéponse directe

    Est-ce que l'idée de Leclerc de faire une enquête pour vérifier la hausse des prix est nécessaire aujourd'hui ?

  • 7:57OuverteRéponse directe

    Quelles sont les limites à ce type d'enquête ? Qu'est-ce qui devrait être fait par les politiques, selon toi ?

  • 10:53OuverteRéponse directe

    Comment les cabinets de conseil se sont installés à l'hôpital ?

  • 13:58OuverteRéponse directe

    Et pourquoi les hauts fonctionnaires n'ont pas fait entendre leur voix à ce moment-là ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:07Invité politiqueFait
    « T'as un milliard d'individus qui crèvent de faim »
  • 0:10Invité politiqueFait
    « il faut que les 10% les plus riches, les 1% les plus riches fassent des efforts »
  • 3:10Invité politiqueChiffre
    « le taux d'utilisation de la voiture pour aller travailler à Paris, il est très faible, il est de 14%. Quand dans le reste de la France, il est entre 75 et 85% »
  • 5:07Invité politiqueFait
    « Une grande entreprise comme Total a eu des très grands profits parce qu'elle profite de l'exploration de la production de pétrole qui a un prix extrêmement élevé à cause du conflit ukrainien et russe »
  • 9:29Invité politiqueFait
    « on savait que Total faisait probablement des marges plus grandes sur la distribution d'essence que Leclerc, qui en distribuait également, et qu'ils en faisaient encore plus que les petits indépendants, les petits pompistes indépendants »
  • 11:45Invité politiqueFait
    « si on en est arrivé à ce point-là, c'est que nos dirigeants, donc les gens que nous mettons au pouvoir, étaient persuadés que l'État fonctionnait mal »
  • 16:09Invité politiqueChiffre
    « on le voit sous nos yeux, c'est 70 000 lits supprimés en 15 ans »
  • 17:14Invité politiquePromesse
    « Pour qu'il y ait un investissement massif, il faut trouver des ressources et notamment des ressources fiscales chez les plus riches »
  • 18:25Invité politiqueFait
    « Macron, dès qu'il sent qu'il va perdre, il ne s'adapte pas à la situation. Il se renferme sur lui-même, il devient encore plus macroniste qu'il ne l'était au départ »

Temps de parole

  • Invité politique71 %
  • Présentateur29 %

0,5 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Invité politique

Moi, je pense que ça va mal finir cette histoire. T'as un milliard d'individus qui crèvent de faim, t'as la majorité de la population qui n'ont pas pris l'avion, qui ont une empreinte carbone extrêmement faible. Donc, disons la vérité, il faut que les 10% les plus riches, les 1% les plus riches fassent des efforts. Il y a une majorité de Français, vous savez déjà, qui ne chauffent qu'une partie de leurs pièces et pas d'autres pièces, qui ne chauffent pas quand ils ne sont pas là, qui ne prennent pas beaucoup de bain, qui minutent leur douche. Je veux dire, la France, elle est clairement là. Sur beaucoup de points, on voit de tiers-mondisation.

0:26
Présentateur

Bonjour tout le monde et bienvenue pour ce nouvel Instant Porchet. Je suis ravie de vous retrouver. Comme chaque semaine, on va avoir des choses à dire, décrypter et analyser avec tous ces discours qui gravitent autour de nous où parfois, on peut s'y perdre. Notre meilleure arme, c'est de les connaître et de les comprendre. Au programme aujourd'hui, à qui profite la guerre et la crise entre l'inflation et les prix de l'énergie ? Puis, comment les cabinets de conseil privés extérieurs ont peu à peu la main mise sur l'hôpital public ? En plus, Instant Porchet spécial aujourd'hui, on souhaite tous un jeudi anniversaire à Thomas. Jeudi anniversaire à Thomas !

0:54
Invité politique

Merci, merci Lisa !

0:56
Présentateur

Les profiteurs de guerre, les producteurs et les spéculateurs et leurs surprofits, c'est ce qu'a dénoncé Emmanuel Macron pendant le sommet du G7 en Allemagne la semaine passée. Il n'y a pas pire expression pour désigner le cynisme de ceux qui s'enrichissent pendant que le peuple ukrainien survit sous les bombes et pendant que l'inflation générée par ce conflit déferle sur toute l'Europe, écrit Renaud Delis dans son édito politique sur France Info. En effet, l'inflation s'emballe, les prix des carburants battent chaque semaine des nouveaux records, allant jusqu'à 2,10€, 2,20€ le litre parfois.

Ce profil, la fin du quoi qu'il en coûte, le ministre de l'Économie et des Finances a mis en garde sur les conditions de financement de la France qui ont changé, alors que la majorité va devoir trouver un accord avec l'opposition sur le pouvoir d'achat. Tout n'est pas possible, a indiqué d'avance Bruno Le Maire la semaine dernière sur BFM. Les PDG de Total, ENGIE et EDF, quant à eux, ont appelé à une prise de conscience, je cite, et à une action collective et individuelle pour que chacun d'entre nous, chaque consommateur, chaque entreprise, change ses comportements et limite immédiatement ses consommations énergétiques, électriques, gazières et de produits pétroliers.

Ils disent travailler ensemble au service de la cohésion sociale et de la transition durable de notre pays, fin de citation, donc dans la crainte de pénurie entre le peu de gaz russe qui arrive et les conditions climatiques qu'on connaît. Thomas, est-ce qu'aujourd'hui, on peut demander aux consommateurs de s'ajuster comme le demandent les énergéticiens ?

2:19
Invité politique

Je pense que non. En réalité, il faudrait qu'ils précisent un petit peu leurs pensées. Demander aux Français de s'ajuster, je pense qu'il y a une majorité de Français qui s'est déjà ajustée. C'est-à-dire qu'il y a une majorité de Français, vous savez déjà, qui ne chauffent qu'une partie de leurs pièces et pas d'autres pièces, qui ne chauffent pas quand ils ne sont pas là, qui ne prennent pas beaucoup de bain, qui minutent leur douche, qui font attention à toute leur consommation parce que la consommation énergétique, elle arrive souvent comme une surprise. Quand on voit notre facture arriver, on est souvent assez étonné parfois. Donc les gens se modèrent.

Et ils font pareil pour les carburants. Donc leur demander un ajustement supplémentaire, c'est un ajustement qui est irréalisable. C'est-à-dire qu'il y a une élasticité des prix. À un moment, quand les prix augmentent, vous ajustez votre consommation quand vous le pouvez. Mais au-delà de cet ajustement que vous avez déjà réalisé, ça devient de la punition. Il faut regarder l'essence pour la voiture. Quand vous devez faire, je ne sais pas moi, 50 km par jour, c'est le cas quand même d'une grosse partie de la France. Je rappelle des chiffres encore, parce qu'il faut que ça rentre dans la tête des gens.

C'est que le taux d'utilisation de la voiture pour aller travailler à Paris, il est très faible, il est de 14%. Quand dans le reste de la France, il est entre 75 et 85%. C'est-à-dire que la majorité des Français sont dépendants de leur voiture. Alors là, quel effort vous pouvez leur demander de faire ? Qu'est-ce qu'ils vont faire ? Ils vont couper le moteur dans des pentes ? On ne peut pas faire plus d'efforts qu'ils en font déjà. Donc faire peser tout sur les Français comme ça, faites des efforts. En réalité, la plupart des gens font déjà des efforts. Donc il faut cibler un peu ce qu'on dit. Et on devrait dire aux plus riches de eux faire des efforts.

C'est-à-dire ceux qui ont les moyens de se payer des vacances, de prendre l'avion plutôt que de prendre le train, de se payer un week-end en prenant l'avion, de se faire couler un ou deux bains, ou d'allumer la climatisation quand il fait chaud, ou d'allumer le chauffage quand il fait froid. C'est à ceux-là qu'il faut demander de faire des efforts. C'est-à-dire que c'est ceux qui doivent se contraindre naturellement et qui n'ont pas de contrainte de budget. Les autres qui ont leurs contraintes de budget, les efforts leur sont imposés naturellement et ils les font déjà. Et là, on est un peu comme à chaque fois, comme dans la lutte contre le réchauffement climatique.

On dit qu'il faut que l'humanité prenne conscience. Mais c'est qui l'humanité ? Tu as un milliard d'individus qui crèvent de faim, tu as la majorité de la population qui n'ont pas pris l'avion, qui ont une empreinte carbone extrêmement faible. Donc disons la vérité, il faut que les 10% les plus riches, les 1% les plus riches fassent des efforts. Ce n'est pas l'humanité qui doit faire des efforts. Il faut que ce soit une petite partie qui fasse ces efforts-là. Donc là, ils auraient dû un peu plus cibler leurs propos plutôt que de ratisser large comme ils l'ont fait.

4:30
Présentateur

Justement, ils parlent de la responsabilité des gens. On parle très peu de la responsabilité à eux. Il y a même Emmanuel Macron qui met en avant, qui pointe du doigt des profiteurs de guerre, des profiteurs de crise, en parlant justement des compagnies de gaz, de pétrole, d'énergie. Est-ce qu'il y a des profiteurs de guerre et de crise, comme le dit Emmanuel Macron ?

4:49
Invité politique

Bien sûr, il y a des profiteurs de crise. Là, vous regardez en fait, partout, les prix du pétrole ont augmenté. Tous les grandes multinationales. Les grandes multinationales, pas le pompiste du coin. Les grandes multinationales qui produisent et qui distribuent l'essence, qui produisent extrait du pétrole et distribuent l'essence, ont profité de la hausse des prix. Une grande entreprise comme Total a eu des très grands profits parce qu'elle profite de l'exploration de la production de pétrole qui a un prix extrêmement élevé à cause du conflit ukrainien et russe. Pareil pour les traders.

Les traders sur les matières premières, le pétrole, mais aussi le blé, profitent de la crise parce que les prix s'envolent. De toute façon, pour un trader, dès qu'il y a des grosses variations, il y a des opportunités de gagner beaucoup d'argent. Or, les grosses variations qu'il y a eu là, ils en profitent. Ils alimentent à la hausse les prix comme ils les alimenteront ensuite à la baisse. Donc, il y a des profiteurs de crise et il faut les identifier. Parce qu'en fait, cette crise ukrainienne, et là, Macron l'a très bien dit, hormis les aspects très graves, les morts, etc., déplacés en Ukraine, qui sont extrêmement graves, qui sont au top de la liste des choses les plus importantes.

Il y a l'inflation qui déferle sur l'Europe, c'est très clair. Mais vous avez aussi le spectre de la famine qui règne sur une quarantaine de pays dans le monde. Je veux dire, ils avaient des pays aujourd'hui qui importent 80% de leur blé de Russie et d'Ukraine. Donc, ils l'apportent à un prix extrêmement élevé. Et là, on sait très bien, les révoltes arables, on se souvient, ça avait commencé parce que vous aviez le prix du pain qui avait augmenté, vous aviez un jeune tunicien qui s'était immolé par le feu. Donc, tous ces pays sont très instables, avec la famine qui règne. Et ça, c'est dû à quoi ?

Dû à une grosse partie des prix qui ont explosé, c'est de la spéculation qui alimente ces prix-là. Donc, il y a des profiteurs de crise et je pense qu'il faut aussi les identifier parce qu'on pourrait faire un impôt spécial sur ces profiteurs de crise. Dans les années 70, quand vous avez eu les chocs pétroliers, vous avez eu les prix du pétrole qui ont augmenté, les bénéfices des multinationales américaines du pétrole ont explosé, les majors pétrolières, qu'a fait le gouvernement américain d'un pays libéral ? Il a taxé ces entreprises en disant « Voilà, c'est un profit imprévu, donc on le taxe ».

On pourrait faire exactement la même chose aujourd'hui pour les compagnies pétrolières qui profitent ou les grands vendeurs de commodities qui profitent de ces hausses de prix.

6:53
Présentateur

Justement, en parlant de ces marges, etc., tout autre sujet, enfin quand même, lit. Il y a le président du comité stratégique des centres Leclerc, Michel-Édouard Leclerc, qui a estimé sur BFM la semaine dernière que la moitié des hausses de prix demandées par les industriels de l'agroalimentaire ne sont pas transparentes et sont suspectes. Et il a d'ailleurs appelé, le Parlement a s'y penché, il a dit « J'aimerais bien que les députés ouvrent une commission d'enquête sur les origines de l'inflation, sur ce qui se passe sur le front des prix depuis les transports, jusqu'aux consommateurs », a-t-il expliqué.

« Jusqu'à beaucoup de hausses demandées, qui sont des hausses d'anticipation, voire de spéculation », c'est ce qu'il dit. TF1, lui, de son côté, il a montré que les prix qui ont le plus augmenté récemment sont ceux des grandes distributions et pas forcément ceux des grandes marques. Et la chaîne, elle pointe aussi un transport maritime qui est passé de 1 300 à 7 000 euros le conteneur en deux ans, avec des compagnies maritimes qui bénéficient de super profits. En tout cas, la montée des prix, cette idée que la guerre en Ukraine a bon dos, elle est quand même pas mal répandue. Et même notre président, on vient de le voir, vise les producteurs et les spéculateurs.

Thomas, est-ce que l'idée de Leclerc, de faire une enquête pour vérifier la hausse des prix, est-ce que c'est quelque chose de nécessaire aujourd'hui ?

7:57
Invité politique

Oui, je pense qu'il faut qu'on connaisse les marges. En fait, il y a une très grande méconnaissance des marges que font les entreprises. Il faut connaître ces marges-là. Il faut voir vraiment de l'amont. Parce que le commerce international a dilué en fait les contrôles. Avant, il y avait une entreprise qui produisait, on pouvait tout connaître. Surtout quand une entreprise est produite en monopole et que c'est un monopole public, normalement, on a accès à toute l'information. Même s'il y a eu des travers dans des entreprises publiques, comme l'affaire Elf, etc. On voyait qu'il y avait quand même beaucoup de caisses noires et ainsi de suite.

Mais si on veut enquêter sur quelque chose, voilà, on a une entreprise, c'est simple à trouver. Aujourd'hui, on a des entreprises qui ont beaucoup de filiales à l'étranger, dans des paradis fiscaux. On a le commerce international qui rend de plus en plus opaques les transactions qui sont faites. Donc, c'est très difficile de maîtriser en fait la marge complète d'un produit de l'amont à l'aval. C'est très difficile. Mais il va falloir qu'on s'y penche. Parce que là, on ne peut pas... Enfin, là, il y a des gens qui profitent, qui reportent, qui ne sont même pas touchés, mais qui profitent de cette hausse-là. Il faut qu'on ait à un moment cette transparence-là.

On a une transparence sur les bénéfices que font ces entreprises. Parfois, elles font des bénéfices en milliards. Mais on n'a pas de transparence sur le reste. Il faut savoir. Alors, ça va être difficile. Parce que moi, je me souviens que Hollande voulait bloquer les prix de l'essence, à l'époque, en 2012. Et qu'après son élection, il a lancé une commission, c'était sous Moscovici, pour comprendre quelle était la marge des pétroliers. Combien de centimes il faisait ? Parce qu'il nous disait, en fait, selon l'Union française des industries pétrolières, il nous disait qu'il faisait un centime de bénéfice sur chaque vente de litre de carburant. Un centime de bénéfice.

Donc, il disait que c'était extrêmement faible. Ils ont voulu enquêter pour savoir. Et on n'a jamais su, même après l'enquête, après l'enquête, le résultat, c'était qu'on ne sait pas trop, ça doit varier. Alors, on savait que Total faisait probablement des marges plus grandes sur la distribution d'essence que Leclerc, qui en distribuait également, et qu'ils en faisaient encore plus que les petits indépendants, les petits pompistes indépendants. Mais on ne savait pas réellement quelle était cette marge. On ne l'a jamais su, même après ce rapport-là. Donc, il faut quand même, à un moment, aller voir. Il faut interroger les industriels, il faut comprendre quelles marges ils font.

Et je pense qu'on gagnerait tous à connaître ça déjà dans cette période de crise, mais même de manière générale. Pour la transparence, c'est bien qu'on soit au courant de quelle est la marge de chacun et comment elle est ventilée. C'est intéressant.

10:03
Présentateur

Et c'est quoi les limites à ce type d'enquête ? Qu'est-ce qui devrait être fait par les politiques, selon toi ?

10:06
Invité politique

Ce que je viens de dire, c'est cet dossier de carburant, c'est-à-dire que cette limite, c'est de ne pas avoir de réponse concrète. L'autre limite, c'est d'avoir une réponse mais de ne rien faire. Parce qu'il y a beaucoup de gens qui font des rapports, mais super, à l'Assemblée, et puis ça n'aboutit à rien. C'est-à-dire qu'on découvre des choses. Moi, je vois des rapports, mais très très bons, sur plein de choses, sur l'hôpital, etc. Puis après, qu'est-ce qui est fait ? Rien. C'est ça la limite des rapports.

Parce que, par exemple, il y a même des rapports qui ont été faits par des comités d'évaluation, des réformes fiscales sur le CICE, sur la réforme de l'ISF qui ont montré que ça n'avait pas du tout eu les effets escomptés. Ça n'a pas empêché Macron de dire que ça avait marché. Pourtant, les effets étaient mauvais. Donc, il faut voir après, le rapport n'est pas la finalité, comme le dit Leclerc. Mais moi, je trouve ça bien pour la transparence d'avoir des informations. Puis ensuite, il faut en faire quelque chose quand même de ces rapports. Si on n'en fait rien, ça ne sert à rien. C'est une perte de temps.

10:53
Présentateur

Il est possible que l'on soit allé trop loin. Comment les cabinets de conseil se sont installés à l'hôpital ? C'est ce que raconte l'Arctique du Monde publié ce week-end. Depuis les années 90, les consultants ont progressivement étendu leurs toiles dans les établissements, en faisant notamment la promotion de la politique de réduction du nombre de lits. Ce recours à un cabinet de conseil privé très cher pour s'occuper de services publics, ce n'est pas nouveau. On se rappelle du scandale McKinsey pendant la crise Covid, pendant les écoles. On en avait parlé pas mal dans l'instant porché.

Dans cet article très intéressant que je vous invite à aller lire sur Le Monde, on apprend que les consultants extérieurs prennent de plus en plus de place dans les hôpitaux pour les transformer en véritables entreprises. Je cite, il nous expliquait que l'hôpital de demain serait un aéroport. On rentre, on opère, on sort. Utiliser des expressions comme redimensionnement capacitaire sans nous dire à l'époque que ça signifierait pour cent de lits en moins, raconte un médecin. Thomas, pourquoi l'État français s'est mis à embaucher comme ça des cabinets de conseil ?

11:45
Invité politique

Il faut bien comprendre que si on en est arrivé à ce point-là, c'est que nos dirigeants, donc les gens que nous mettons au pouvoir, étaient persuadés que l'État fonctionnait mal. Ça, c'est la première des choses. C'est ça qui est paradoxal. C'est l'État qui embauche des cabinets de conseil. Je veux dire, ce ne sont pas les cabinets de conseil qui font des notes en critiquant le fonctionnement. C'est l'État qui donne de l'argent public pour embaucher des cabinets de conseil pour qu'ils leur disent de faire grosso modo des économies. Le redimensionnement, c'est des économies. Parce que vous savez, quand on baisse les coûts, on augmente le bénéfice.

Donc là, le but, c'était de faire des économies. Donc c'est vraiment qu'il y a eu, dans les grandes écoles de formation de nos dirigeants, donc les nains, parce qu'ils ont beaucoup en fait les nains, il y a eu clairement des enseignements qui disaient que le public dépensait, que l'argent dépensait dans le public. C'était comme si on l'achetait dans un trou noir, que ça ne servait à rien, c'est à peu près ça, que si on laissait les grands médecins ou les grands chercheurs demander des moyens, ils allaient en demander plein pour ne rien faire avec. Il y a eu cette idée-là qu'il fallait qu'il y ait de la surveillance du secteur public.

Et pour qu'il y ait de la surveillance du secteur public, il faut qu'il y ait des plans. Et pour que les plans soient crédibles et pas des plans où on dépense tout le temps, il faut que ce soit fait par des cabinets privés. Ça commence comme ça. Voilà. Parce qu'en fait, les dirigeants, je ne parle pas de ceux qui sont dans les services, c'est que les dirigeants politiques et les cabinets de conseil, c'est presque les mêmes en fait. Ils sont quasiment interchangeables dans leur façon de penser. Donc ça a commencé comme ça. Et donc là, qu'est-ce que font les cabinets de conseil ? Ils font ce que l'on a dit encore depuis des années.

Comme les fonctionnaires sont improductifs, comme il faut dégraisser le mammouth, comme disait un ministre, ou qu'il ne faut pas que les enfants aient leur dette dans leur cartable, comme disait un autre ministre, il faut faire des économies. Des économies, des économies. Donc on se dit, tiens, cette infirmière, je ne sais pas moi, elle s'occupe de quatre malades, pour faire une économie de tant de temps, et ainsi de suite. Donc c'est des économies. Mais personne ne s'est intéressé à la dégradation en fait pour l'usager, parce qu'à l'époque, c'est ça un service public, ce n'est même pas un client, c'est un usager, la dégradation pour l'usager.

Et là, on paye en fait 20 ans à l'hôpital, mais partout, dans les transports, dans l'éducation, partout. On paye 20 ans en fait de logique d'économie imposée par des cabinets de conseil, mais aussi par la formation de nos dirigeants politiques.

13:58
Présentateur

Et pourquoi les hauts fonctionnaires, ils n'ont pas fait entendre leur voix à ce moment-là ?

14:02
Invité politique

Parce que justement, ils sont interchangeables. En fait, aujourd'hui, on a des hauts fonctionnaires, on le voit bien, on a des gens qui vont bosser en politique, et qui vont après se retrouver à la tête de grands groupes. C'est-à-dire, ça ne choquerait personne d'avoir un ancien dirigeant de la sécurité sociale qui se retrouve chez AXA. Ça ne dérangerait personne en réalité. On a même un président qui était aux finances qui a été banquier chez Rothschild. Ça ne choque plus personne. On a des commissaires européens qui vont passer du climat à Volkswagen, de l'Europe à Goldman Sachs. Ça ne choque plus personne. Et pourquoi, en fait, c'est normal ?

Parce que si j'en pense la même chose, vous regardez les rapports de Bercy, les rapports de la Cour des comptes, c'est des rapports qui vont toujours dans le même sens, le sens de la caste du secteur public. Les économies à faire, les postes de fonctionnaires à supprimer, les économies sur les suppressions de lits, les économies sur les collectivités locales qui fait qu'on n'a plus personne dans les crèches ou dans les cantines ou même dans les chauffeurs de bus. On est dans cette logique-là. Et au début, cette logique-là, elle a frappé très fort. En fait, les zones où il y avait moins d'activité, c'est-à-dire les zones des territoires. Maintenant, ça nous touche aussi à Paris.

Vous allez aux urgences, vous avez des temps d'attente énormes, vous avez trop peu de personnel et ainsi de suite. Ça touche tout le monde maintenant. Je veux dire, la France, elle est clairement là sur beaucoup de points en voie de tiers-mondisation. Il n'y a pas d'autre mot à dire. Ce n'était pas du tout le cas avant. On avait quand même le meilleur système de santé dans les années 2000. Aujourd'hui, c'est une catastrophe.

Et je ne vois pas, moi, dans les politiques qui sont mises en place, Macron en 2017, même Hollande avant et même le nouveau Macron, même si on ne connaît pas grand-chose de son programme, je ne vois pas, moi, quelque chose qui pourrait infliger un nouveau départ sur les services publics. On est toujours dans la même logique que, alors, on ne va pas peut-être économiser trop parce qu'on a vu que ça faisait du mal avec le Covid, donc on va économiser moins. On est toujours dans le terme de l'économie. On n'est pas dans le terme d'un vrai plan Marshall de relance du secteur public. Pourtant, là, tous les Français, on voit les conséquences tous les jours. Il y a de moins en moins de médecins.

Vous prenez un rendez-vous pour un dermatologue, il y a de moins en moins de dermatologues, il y a de moins en moins de puricultrices. C'est une vraie catastrophe, là. Donc, je ne sais pas quand est-ce que les Français vont se réveiller parce que les premières victimes de ça, c'est la majorité des Français, en fait. Il y a beaucoup de gens qui arrivent à contourner les services publics quand ils ont des moyens. Le service public, c'est le patrimoine du pauvre. Donc, quand vous faites des économies, en fait, vous tapez toutes les classes les plus populaires.

16:04
Présentateur

Et c'est quoi le bilan de tout ça, selon toi ?

16:07
Invité politique

Le bilan, c'est, on le voit sous nos yeux, c'est 70 000 lits supprimés en 15 ans. Là, on le voit bien. Quelqu'un de Capgemini qui est dans cet article du Monde, quelqu'un de Capgemini qui est très fier de devoir supprimer des lits, vous appelez aujourd'hui des services publics, on essaie que vous fassiez tout en ligne ou que vous ne vous déplaciez pas parce qu'il y a trop d'affaires à traiter pour un trop petit nombre de personnes. Donc, on la voit, la pénurie, elle est partout. Vous avez un enfant, vous allez à la mairie pour demander une place en crèche. La première chose pour les pubs et ainsi de suite.

Donc, on est vraiment dans un cercle vicieux qui fait qu'à la fin, en fait, les gens demandent la privatisation. Ils la demandent, ils disent non, non, mais c'est bon, privatisez-moi ça, on ne veut plus ce service public qui ne fonctionne pas, on préfère du privé. Mais le privé, ce sera la même chose, ce sera ce que l'on observe partout, c'est-à-dire on vous enverra des gens qui seront précaires pour vous installer chez vous des fibres et ainsi de suite, ça ne marchera pas, tu appelles, tu tombes sur un service qui est délocalisé, on sera toujours dans cette logique-là.

Donc, la vraie réponse à ça, moi, je pense que c'est plutôt de faire en sorte que le service public soit plus puissant et pour ça, il faut qu'il y ait un investissement massif. Pour qu'il y ait un investissement massif, il faut trouver des ressources et notamment des ressources fiscales chez les plus riches. Mais visiblement, ce type de débat n'intéresse personne. Même s'il a progressé dans la tête des gens et on voit Macron qui peut tenir des discours aujourd'hui un peu plus de gauche, dans les faits, on reste sur des logiques et moi, j'attends de voir le premier budget sur des logiques où on économise, etc. Moi, je pense que ça va mal finir cette histoire.

17:34
Présentateur

Et puis, dernière question bonus, c'est tombé hier par communiqué. Le nouveau gouvernement est en place. Beaucoup restent en poste. Il y a quelques changements de portefeuille. On assiste au retour de Marlène Schiappa, nommée secrétaire d'État chargée de l'économie sociale et solidaire et de la vie associative et le retour de Sarah Elahiri comme secrétaire d'État chargée de la jeunesse et du service national universel comme avant. On note le départ de Damien Abad, ministre des Solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, sous le coup d'une enquête pour tentative de viol remplacée par Jean-François Comte, directeur général de la Croix-Rouge.

Comme prévu, les ministres Amélie de Montchalin, Brigitte Bourguignon et Justine Bénin quittent, elles, comme prévu, le gouvernement après leur défaite aux législatives et Olivier Véran devient porte-parole du gouvernement. Les nouveaux venus sont de droite, de gauche ou plutôt macronistes. Thomas, qu'est-ce que tu penses de ce remaniement et ce qui reflète ces dernières élections législatives ?

18:24
Invité politique

Alors, moi, sur la psychologie de Macron, je me rends compte que Macron, dès qu'il sent qu'il va perdre, il ne s'adapte pas à la situation. Il se renferme sur lui-même, il devient encore plus macroniste qu'il ne l'était au départ. C'est ce qui s'est passé avec les gilets jaunes. Il commence par faire genre bon, je m'excuse, j'ai très bien compris, j'organise un grand débat complètement pipé et puis à la fin, je te donne un petit truc et puis je continue à faire du macronisme. Je parle de la réforme des retraites un mois après, on continue. Là, il a fait la même chose.

Bon, j'ai compris les législatives, j'essaie de faire un grand gouvernement de coalition, je fais genre, je rencontre les mecs, voulez-vous, ah, vous ne voulez pas, d'accord, ok, très bien. Donc, je fais mon gouvernement de macronisme très resserré, là, très resserré, avec des professionnels de la politique.

Madame Schiappa, elle a débuté il y a 5 ans et maintenant, elle est habituée à ça, elle va faire ailler sur les plateaux, voilà, on reprend ces gens-là et voilà, on dit, bon, ben voilà, maintenant, moi, le peuple a voté, je vous ai proposé l'alliance nationale, vous ne la voulez pas, je fais mon gouvernement et puis on va faire mesure, pas mesure, d'ailleurs, première mesure, la mesure du pouvoir d'achat, on va voir si les oppositions sont pour ou sous contre, puis après, on fera le budget, on ira tracter un peu à droite, et ainsi de suite, mais je reste sur ma ligne parce que moi, j'ai été élu par les Français et point barre, et à vous de vous adapter, il a toujours été comme ça, Macron, donc il continue à faire cette ligne-là, puis on verra ce que ça donnera, mais jusqu'à aujourd'hui, ça a assez bien fonctionné pour lui, donc c'est pour ça qu'il continue, je pense, voilà, donc on verra dans les premières mesures qui seront passées.

19:44
Présentateur

Merci beaucoup d'avoir suivi cet instant porché, et si Le Média tient, c'est grâce à vous qui avez choisi de soutenir un média différent et une information indépendante, rendez-vous sur lemédiatv.fr slash soutien, nous sommes ravis de décrypter l'actualité avec Thomas, à qui on souhaite son anniversaire encore, et avec vous en chaque semaine, merci de toujours nous suivre, merci pour tous vos commentaires et vos pouces en l'air sous la vidéo, spectateurs, abonnés, donatrices et sociaux, je vous dis à la semaine prochaine pour la dernière de la saison.

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