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interviewFrance Culture (sur YouTube)· 16 janvier 2025 13 min

Joseph Aoun élu président : le Liban peut-il enfin changer ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

et ces enjeux ils nous conduisent au Liban après plus de 2 ans de vacances du pouvoir le Liban est enfin parvenu à élire un président et a nommé un premier ministre ces nominations insuffle un vent d'espoir dans un pays marqué par l'explosion du port de Beyrouth des années de crise économique et bien entendu plus récemment les bombardements israéliens mais les forces politiques traditionnelles pourrai encore présenter une résistance bonjour Karim Émile bitard bonjour Merci d'être là vous êtes politiste enseignant à sciencecesp et à l'Université Saint-Joseph de Beyou alors tout d'abord il faut revenir sur cette élection de Joseph haoun ce qu'elle signifie qui est cet homme c'est un homme dont les libanis connaissaiit uniquement la réputation de commandant en chef de l'armée qui a réussi à maintenir la cohésion d'une institution qui est peut-être la dernière institution transcommunautaire qui tenait encore au debout au Liban c'est un homme discret qui n'avait pas fait de grandes déclarations qui avait géré ses troupes de façon consciencieuse mais depuis son élection un vent d'optimisme souffle au Liban peut-être un peu le mythe du Sauveur le mythe de l'homme providentiel mais aussi parce que son élection marque quand même une rupture avec les pratiques du passé et cet enthousiasme des libanais a été décuplé après la nomination d'un Premier ministre qui est également un outsider qui ne vient pas de l'establishment qui étéit président de la cour international de justice donc ce duo donne na salam Nawaf salam absolument euh universitaire ancien ambassadeur à l'ONU président de la Cour internationale de Justice intellectuel de renaom donc ce duo donne au libanais un tout petit peu d'espoir pour la première fois même beaucoup d'espoir pour la première fois depuis très longtemps mais alors on narrête pas d'expliquer que le Liban est une mosaïque l'appartenance confessionnelle de ces deux personnages quelle est-elle est-ce quelle importe justement Karim mil bitard dans le cadre des institutions un accord tacite qui date de l'indépendance du Liban veut que le président soit un chrétien maronite et le Premier ministre un musulman sunnite mais ce qui est intéressant c'est que le président aujourd'hui élu est un homme qui n'est pas réputé pour son communautarisme et le Premier ministre est quelqu'un qui a élaboré un programme écrit très clair préconisant une transition vers un système fondé sur la citoyenneté démocratique et non plus sur les appartenances tribales claniqu communautaristes il propose une transition progressive vers un système qui ne serait peut-être pas une laïcité à la française mais qui serait un état fondé sur la citoyenneté et les Libanais ont soif de citoyenneté oui une soif de de citoyenneté alors il faut revenir donc sur ces 2 ans de vacances du pouvoir comment les expliquer et qu'est-ce qu'ils ont créé concrètement karimid Bitar ils ont mis l'État à genoux l'État au Liban était déjà assez faible de nature endémique depuis son sa naissance c'était une philosophie d'un État qui était là qui était une sorte de Pact entre des minorités associées on refusa tout volontarisme cela est appelé à changer espère les Libanais cette vacance présidentielle a montré qu'il n'y a pas de protecteur hors de l'État que les réseaux clientélistes des uns et des autres peuvent être des soins palliatifs mais n'assurent ni la sécurité physique ni les besoins sociaux de toutes les communautés donc il y a aujourd'hui une prise de conscience de la nécessité d'édifier enfin un état et des institutions dignes de ce nom oui parce qu' il y a vraiment une multitude de problèmes aujourd'hui au Liban alors le le le premier problème enfin je je ne veux pas les hiérarchiser mais disons que la situation économique du Liban est extrêmement précaire en effet euh et d'autant plus que la situation sécuritaire n'est pas encore stabilisée le premier c'était évidemment le second problème ou le premier mais enfin bon elles sont ces deux questions sont imbriquées car il ne pourra y avoir de relance économique que si la confiance revient et la confiance ne reviendra pas si ce cess le feu n'est pas respecté et si les résolutions des Nations Unies ne sont pas appliqué à la lettre si l'armée ne parvient pas à restaurer son autorité sur l'ensemble du territoire libanais il faudra que le Hezbollah joue le jeu et rien n'est moins sûr à ce stade ils ont mal digéré l'élection de ces deux hommes ils ont avalé deux coupleœuvre et il reste à voir quelle sera leur réaction dans les semaines qui viennent mais justement parce que il faut revenir historiquement sur cette situation Karim Emil bitard il y a deux armées au Liban l'armée libanaise et puis le hzbollah pourquoi et l'armée libanaise pourquoi les Libanais pourquoi les politiques libanais ont-ils laisser le hzbollah s'installer à la suite d'autres milices hein parce que c'est la raison pour laquelle je vous demande de nous l'expliquer historiquement parce que ce n'est pas la première milice euh depuis l'éclatement de la guerre en 1975 le Liban a été en effet sous le jou de milice communautaire après l'invasion israélienne du Liban en 1982 le Hezbollah a émergé avec progressivement un soutien de la République islamique d'Iran un soutien qui est devenu massif au cours des 10 15 dernières années sur qui a fait du Hezbollah une puissance hégémonique quasi hégémonique au Liban en tout cas beaucoup plus puissante que l'armée libanaise aujourd'hui l'équilibre des forces a considérablement changé il n'en reste pas moins que le Hezbollah conserve un ancrage populaire significatif dans la communauté chiite et qu'il faudra prendre en considération ces angoisses existentielles car tout au long de l'histoire ce sont ces angoisses existentielles qui ont inciter les communautés à se chercher des protecteurs au-delà des frontières parce que justement l'État libanais ne pouvait pas assuré n'était pas en mesure d'assurer la sécurité de tous ces citoyens et oui mais alors justement parce que aujourd'hui il faut se demander c'est à vous que je le demande d'ailleurs Karim émil bitard si le hzbollah est protecteur pour les Libanais ou bien au contraire une source de menace les Libanais sont extrêmement polarisés les partisans du Hezbollah continuent de recevoir 25 30 % des Libanais euh oui mais 65 ou 70 % de la communauté donc les 2 tiers d'une des communautés principales pour eux le Hezbollah leur offre une multitude de services environnementaux sociaux des systèmes de santé parallèles même des systèmes bancaires parallèles pour le reste des Libanais il y a eu en effet le sentiment que c'est l'état tout entier qui a été fagocité par le Hezbollah et que le Hezbollah succombé à un ubris c'est totalement aligné sur les intérêts de l'Iran quitte à ne plus voir euh l'impératif national de protéger ses propres partisans car aujourd'hui ce qui est intéressant c'est qu'on commence à entendre des voix des sons de cloche discordants à l'intérieur de la communauté chiite qui disent au Hezbollah vous vous êtes lancé dans une sorte de fétichisation de la lutte armée sans vous rendre compte que si vous voulez véritablement résister il faut que ce pays est une société une économie il n'y avait même pas d'abri pour accueillir les réfugiés alors qu'on nous a vendu depuis 20 ans idée d'un équilibre d' d'un d'une force dissuasive face à Israël mais alors justement parlons d'Israël puisque et on pourrait se dire peut-être ne serez-vous pas d'accord karimbitard que tant qu'il n'y aura pas de de paix dans la région le Liban sera l'une des premières victimes collatérale du conflit israélo-palestinien est-ce que est-ce qu'on peut imaginer malgré tout dans un le contexte terrible que l'on connaît un apaisement pour le Liban il faut l'espérer le Liban en effet souvent été le maillon faible la caisse de résonance des conflits extérieurs il y a une imrication avec la question palestinienne donc ce qu'il est possible de faire à court terme c'est d'insulariser le Liban par rapport aux guerres par procuration qui se déroule à l'échelle de la région s'il devait y avoir un affrontement entre les États-Unis et l'Iran le Liban pourrait en payer les frais c'est pour cela que le nouveau président a tenu à parleré dans son discours d'investiture de neutralité positive c'est-à-dire que le Liban dans un contexte de polarisation régionale de guerre des axes se devait de penser exclusivement à ses propres intérêts et interdire à tout parti de s'aligner sur un camp étranger mais alors justement parce que il y a ça mais bon on voit bien que vous évoquez une caisse de résonance on pourrait même dire que c'est le l'arrière de la scène qui se joue là avec le changement en Syrie qu'est-ce que l'on peut imaginer là aussi le Liban pourrait être être la victime collatérale de changements qui sont des changements évidemment porteurs d'instabilité à moyen terme il y a un véritable risque d'instabilité mais aujourd'hui on a quand même au Liban le sentiment que l'effondrement du régime syrien qui avait fait subir au Liban une occupation particulièrement inhumaine pendant des décennies et l'affaiblissement du Hezbollah offre une opportunité de bâtir enfin des institutions de sortir des allégeances tribales et claniques et de construire une citoyenneté libanaise chaque communauté libanaise a commis chacune à son tour les mêmes erreurs a eu euh des périodes où ils ont succombé à lubriss où ils ont été se chercher des parrains des protecteurs où ils sont entrés dans des alliances douteuses aujourd'hui la plupart des citoyens et des citoyennes du Liban ont pris conscience que seul l'état pouvait les protéger reste à savoir si nous serons en mesure d'édifier cet état parce qu'au-delà de ces puissances régionales il y a également au Liban même des intérêts privés et catégoriels des mafias en tout genre qui vont également s'opposer à au retour de l'État de droit alors mafia vous dites il y a aussi donc on parlait d'une mosaïque parmi donc les habitants du Liban pas forcément les Libanais d'ailleurs il y a entre 200000 250000 Palestiniens c'est ça près de 300000 réfugiés palestinien et il y avait 2 millions de réfugiés syriens on sait aujourd'hui que près de 500000 sont déjà partis soit durant la guerre soit après la chute du régime syrien mais alors qu'est-ce que l'on peut alors parce que ce sont deux types de de réfugiés bien différents sur le plan historique évidemment qu'est-ce que l'on peut imaginer pour ces deux communautés est-ce que les les Palestiniens dit-on sont dans une situation précaire au Liban depuis très longtemps les Syriens aussi mais cela est évidemment plus récent qu'est-ce qu'on peut imaginer à cet égard alors cela va nécessiter énormément de moyens parce que une partie des réfugiés syriens ne rentreront chez eux que s'il y a un incitatif économique tant que la Syrie n'est pas reconstruite certains experts estiment que la reconstruction de la Syrie coûtera pas moins de 500 milliards de dollars donc tant que la Syrie n'est pas véritablement stabilisée quelques centaines de milliers de Syriens vont rester au Liban mais c'était déjà le cas dans les années 90 les travailleurs saisonniers et cetera si il y a une relance de l'économie libanaise un retour de la confiance si la diaspora réinvestit ce pays si nous signons un accord avec le Fond Monétaire International nous pourrons quand même repartir sur de bonnes bases car c'est un petit pays où les choses peuvent aller très vite où il y a un véritable dynamisme un esprit entrepreneurial sur lequel le nouveau Premier ministre pourra miser Voon alors ça c'est donc pour les Syriens pour les Palestiniens maintenant alors certains de ces Palestiniens sont au Liban depuis 1948 depuis 3 générations mais leur situation leur situation demeure précaire un certain nombre nombre d'emplois leur sont interdits au nom du droit au retour au nom de la hantise de l'implantation de ces réfugiés palestiniens il faut dire toutefois que beaucoup d'entre eux ont émigré comme il y a énormément de Libanais qui émigrent dès lors qu'ils en ont la possibilité un certain nombre de ces Palestiniens un nombre significatif ont fini par quitter il y en avait 500000 aujourd'hui l'enu parle de 280 à 300000 euh la question principale n'est pas tant celle du nombre que celle de la sécurité car les camps de réfugiés Palestiniens étaient historiquement associés à l'instabilité il y avait des querelles entre factions palestinienne à l'intérieur de ces camps et ces camps échappai à la souveraineté libanaise ce qui est en train de changer car depuis un ou de mois l'armée libanaise cherche progressivement à réinvestir ses camp merci beaucoup Karim Émile bitard je rappelle que vous êtes politiste enseignant à Scien Po et à l'Université Saint-Joseph de beyouth