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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 26 mai 2026 23 min

Présidentielle 2027, bilan du Macronisme, crise économique : le "8h30 franceinfo" d'Élisabeth Borne

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Info. Bonjour Elisabeth Borne. Bonjour. Merci d'être avec nous sur France Info. Bonjour Paul. Bonjour à tous. On va parler de votre livre, Réveillons-nous, cher Robert Laffont, du droit d'inventaire que vous dites vous autorisez, vous l'ancienne première ministre d'Emmanuel Macron. Vous nous direz d'ailleurs si c'est le livre d'une candidate. Mais d'abord, les répercussions de la situation au Moyen-Orient en France, la crise de l'énergie notamment. Vous connaissez bien ces sujets. Vous étiez à Matignon en 2022. Est-ce que vous dites aux Français ce matin, habituons-nous, notre futur, c'est une essence à 2 euros le litre ?

0:35
Élisabeth Borne

Je pense qu'on est finalement victime depuis maintenant des décennies de tous les chocs pétroliers qui peuvent intervenir. On a des problèmes géopolitiques assez loin de chez nous et ça se répercute très directement dans la facture des ménages. Donc à moyen terme, la solution c'est évidemment d'arriver à sortir des énergies fossiles. Il faut aussi des solutions de court terme et c'est ce à quoi le gouvernement s'en croit. Ça c'est sur le long terme.

1:02
Invité

Mais quand le gouvernement dit qu'il promet des aides pendant trois mois, quoi qu'il arrive, dans ce quoi qu'il arrive, il y a évidemment, même si un accord est trouvé entre l'Iran et les Etats-Unis, vous nous parlez d'à moyen terme, trouver des solutions. Mais à court terme, il faut se préparer à des aides indispensables ?

1:15
Élisabeth Borne

Alors pour être élu d'une circonscription rurale, je peux vous assurer que tous ceux qui doivent prendre leur voiture pour aller au travail ont besoin de ces aides. Beaucoup d'entreprises aussi qui réalisent beaucoup de transports ont besoin de ces aides. Et donc je pense que mettre en œuvre, mettre en place des aides ciblées, c'est indispensable.

1:33
Présentateur

Vous étiez première ministre en 2022, je le disais, en pleine crise énergétique déjà après l'invasion de l'Ukraine par la Russie. A l'époque, vous aviez mis en place une ristourne à la pompe pour tout le monde, sans distinction. Est-ce que c'est parce que votre gouvernement a trop donné hier qu'aujourd'hui, les caisses sont vides et qu'on ne peut plus se le permettre ?

1:50
Élisabeth Borne

Alors la ristourne, elle avait été mise en place avant ma nomination. Et on a essayé, vous savez, quand j'ai présenté un projet de loi d'urgence pour le pouvoir d'achat à l'été 2022, de baisser ces aides qui avaient vocation à s'éteindre à la fin de l'année 2022. Il se trouve qu'à l'époque, on n'avait pas la majorité. Mais vous avez assumé cette question. Il se trouve qu'on était amenés à composer avec, à l'époque, les Républicains qui avaient souhaité augmenter cette ristourne de carburant. Je pense qu'en termes de dépenses publiques, c'est naturellement mieux d'avoir des aides ciblées sur ceux qui en ont le plus besoin.

2:28
Présentateur

Et quand aujourd'hui Sébastien Lecornu, le Premier ministre, défend ses aides ciblées en disant, je cite, ne pas pouvoir reproduire, ne pas vouloir reproduire les conneries de ses prédécesseurs. Est-ce que vous avez le sentiment d'avoir fait des conneries ?

2:39
Élisabeth Borne

Je vous dis, moi j'ai été dans la continuité de ce qui avait été mis en place en 2021, début 2022. Je pense qu'à l'époque, sans doute, on n'imaginait pas que ça allait durer aussi longtemps. Malheureusement, on n'a pas pu mettre ces aides en extinction suffisamment vite. Et je n'ai pas de doute sur le fait que c'est mieux de mettre en place des aides ciblées comme le fait le gouvernement. Mais que feriez-vous de plus ou de mieux ? Écoutez, moi je pense que cibler sur les personnes qui ont des trajets en voiture, c'est l'aide gros rouleurs. Je crois que le guichet s'ouvre précisément demain. Cibler sur les professions qui en ont le plus besoin, c'est important.

Moi je note, je l'ai dit au ministre des Transports, que parfois il faut aussi être attentif au fait que notre territoire, il est divers. Et voyez, les taxis avec qui j'ai pu discuter, auxquels on dit, achetez une voiture électrique et qu'on vous aide, dans une circonscription urale où les taxis font des grands trajets, ils préfèreraient, comme les transporteurs routiers, comme les chauffeurs de car, avoir une aide aussi au carburant.

3:41
Présentateur

Donc ce n'est pas très pertinent de dire au taxi, on va vous aider à acheter ou louer une voiture électrique ?

3:45
Élisabeth Borne

Je dis que dans certains territoires, ça paraît difficile à court terme de passer à une voiture électrique. Et donc c'est important aussi de les aider.

3:54
Présentateur

La mesure la plus importante du plan du gouvernement, c'est la prime carburant qui repose sur les entreprises. Elle passe de 300 à 600 euros pour les salariés qui se rendent au travail. Une aide qui repose en bonne partie sur les entreprises et un pays, la France, qui a été un des derniers à agir dans l'Union Européenne, quand d'autres pays baissaient déjà les taxes. Qu'est-ce que ça dit ? Est-ce que la France s'est déclassée ?

4:18
Élisabeth Borne

Ça dit d'abord qu'on avait une inflation générale qui était plus faible qu'ailleurs. Ça dit aussi qu'évidemment, on doit être attentif à l'état de nos finances publiques, qu'il y a eu beaucoup d'aide pour accompagner les Français, les entreprises pendant la crise Covid, avec aussi l'inflation suite à la sortie du Covid, avec la crise énergétique qu'on a pu connaître en 2022. Et qu'aujourd'hui, on est amené à cibler les aides et qu'on n'a pas effectivement des finances publiques qui nous permettent d'avoir des aides très larges.

4:51
Présentateur

Parce que ce bouclier tarifaire, il a coûté 70 milliards d'euros, Elisabeth Borne. Est-ce qu'aujourd'hui, maintenant que vous avez du recul, rétrospectivement, vous vous dites que c'était ni fait ni à faire ?

5:00
Élisabeth Borne

Non, je ne dirais pas ça. Je pense qu'on a voulu protéger très fortement les Français. Et je vous rappelle qu'à l'époque, quand on disait aux Français, vous savez, votre facture augmente de 10% sur l'électricité, ça aurait pu être 50 ou 100% s'il n'y n'y avait pas eu ce bouclier tarifaire. Les Français trouvaient déjà que c'était beaucoup. Donc, je pense que simplement, il y a une réalité sur les finances publiques qui amène à mettre en place aujourd'hui des aides ciblées. Je pense que c'est une bonne chose. Et c'est une bonne chose aussi de garder des ressources précisément pour préparer l'avenir et accompagner l'électrification des usages. Et c'est ce que le gouvernement souhaite faire.

5:39
Invité

À propos de finances publiques et du prix de ces aides, le gouvernement a donc annoncé 6 milliards d'euros d'annulation de crédit. Mais pour Philippe Juvin, qui est député LR et rapporteur général du budget à l'Assemblée, qui était invité vendredi de France Info, l'État doit aller plus loin. J'avais dit il y a deux mois, au début de la crise, qu'on n'échappera pas à 8 milliards d'annulation de crédit. Avec la crise qui continue, maintenant, on est plutôt sur une tendance de faire 10 à 12 milliards. Donc je suis très favorable, moi, à ce que le gouvernement annule 10 à 12 milliards de ses dépenses pour franchir le cap.

Où faut-il couper et combien de milliards faut-il économiser, selon vous, Mme Borne ?

6:10
Élisabeth Borne

Oui, en fait, on a toujours beaucoup de personnes qui s'expriment pour dire qu'il faut supprimer davantage de dépenses. Ensuite, quand on balaie dépense par dépense, là, il y a moins d'idées en général.

6:21
Invité

Donc pas plus de 6 milliards ?

6:22
Élisabeth Borne

Non, le gouvernement appréciera les économies nécessaires pour tenir l'objectif qui a été fixé de 5% de déficit. Vous savez, on est dans une situation, et je pense que c'est un vrai sujet pour les prochaines élections, dans lequel, finalement, nos dépenses sociales consomment une part de plus en plus importante de nos ressources. Et du coup, ça nous prive de marge de manœuvre pour préparer l'avenir. C'était assez visible quand on a pu voter le budget de la sécurité sociale et puis qu'on s'est retrouvé face au budget de l'État, là où on peut investir dans l'innovation, dans la recherche, dans la protection des Français avec la défense, dans la formation, dans l'éducation.

Une fois qu'on a les dépenses sociales qui filent, évidemment, on a moins de marge de manœuvre pour préparer l'avenir. Et je pense que ce débat, il faut qu'on l'ait avec les Français à l'occasion des prochaines élections.

7:15
Présentateur

Moins de marge de manœuvre pour préparer l'avenir, pour la transition écologique aussi. La météo bat des records, records de températures pour un mois de mai battus hier, et ce n'est pas fini. Vous avez été ministre de la transition écologique, vous avez planché sur la planification. Que peut faire la France seule aujourd'hui ? Que peut faire le politique ?

7:37
Élisabeth Borne

Alors, je pense que c'est très important de poursuivre la planification écologique que moi j'ai portée comme première ministre. Je vois qu'aujourd'hui, il y a moins d'enthousiasme, on va dire, pour cette transition écologique. C'est-à-dire ? C'est-à-dire qu'on voit que la jeunesse est moins mobilisée sur ces sujets. On se rappelle qu'il y a eu des marches pour le climat. Aujourd'hui, les jeunes sont moins mobilisés sur ces sujets. Pour autant, le dérèglement climatique, il est là. Il a des conséquences catastrophiques.

8:07
Présentateur

Pourquoi les jeunes sont moins mobilisés sur ces sujets ?

8:08
Élisabeth Borne

Je pense que sans doute, ils sont sur d'autres sujets. Par exemple, le conflit au Proche-Orient qui les mobilise davantage. Mais le dérèglement climatique, il est là.

8:18
Invité

Est-ce que les jeunes manifestent plus pour Gaza que pour la planète ?

8:20
Élisabeth Borne

Je note qu'aujourd'hui, c'est plus le cas. Pour autant, le dérèglement climatique, il est là. Je pense qu'on peut se réjouir d'avoir doublé le rythme de baisse des émissions de gaz à effet de serre dans le premier quinquennat. On sait qu'il faut à nouveau doubler ce rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Et donc, si on veut être sur une planète vivable, il faut absolument poursuivre. Et ça ne peut se faire qu'à l'échelle européenne. C'est ce que j'évoque dans mon livre. Il faut absolument poursuivre cette transition écologique.

8:48
Présentateur

Qu'à l'échelle européenne. Mais il y a un gouvernement et un président élu en France. Qu'est-ce qu'il reste aujourd'hui de la Convention citoyenne sur le climat, à part un grand malentendu entre le président et les Français sur ce sujet ?

8:58
Élisabeth Borne

Alors, je pense qu'il reste des choses. Alors, vous avez vu notamment que certains ont voulu supprimer les zones à faible émission ou le zéro artificialisation nette, qui étaient deux propositions de la Convention citoyenne pour le climat. Il se trouve que c'était ce qu'on appelle des cavaliers législatifs. Donc, ça n'avait pas sa place dans le projet de loi de simplification dans lequel certains les avaient introduites. Et je pense que c'est une bonne chose de permettre aux collectivités de mettre en place ces zones à faible émission.

Et puis, je note que la nécessité de ne pas consommer des terres agricoles, d'être économe sur le foncier, toutes les collectivités avec lesquelles je discute maintenant en sont convaincues. Donc, je pense que c'est une bonne chose finalement que ces dispositions n'aient pas été supprimées.

9:42
Présentateur

Il faut assumer de bousculer les citoyens et parfois aussi les collectivités parce qu'on voit que ces mesures, elles ont été très mal accueillies dans différents endroits. Ça se fait dans la douleur.

9:51
Élisabeth Borne

Ces mesures, elles ont été mal accueillies au départ. Il y a eu, notamment avec le ministre de l'écologie de l'époque, Christophe Béchut, une adaptation de ces mesures. Moi, je vois beaucoup d'intercommunalités, puisque c'est elles qui sont concernées, qui ont désormais fait des documents d'urbanisme, qui tiennent compte de cette nécessité de sobriété foncière. Et donc, je pense qu'il faut tenir ce cap.

10:12
Présentateur

Avec Elisabeth Borne, ancienne première ministre, aujourd'hui députée du Calvados, vous publiez « Réveillons-nous, appel à un rassemblement républicain et démocrate » aux éditions Robert Laffont. Un livre dans lequel vous appelez « Républicain et démocrate à se rassembler » autour d'un projet commun en 2027. Mais avant cela, vous vous autorisez un droit d'inventaire, Paul.

10:38
Invité

Oh, que oui, Agathe, dans ce livre, Madame la Première Ministre, vous écrivez, je cite, « que les intuitions de 2017 étaient justes, mais que la pratique du pouvoir était inadaptée. » Je vous cite encore, vous parlez d'un pouvoir, évidemment, jupitérien, mot très à la mode, mais aussi de mépris, de distance. Est-ce que vous parlez du président de la République, de sa personne, Emmanuel Macron, ou du macronisme dans son ensemble, dont vous ?

10:57
Élisabeth Borne

Écoutez, je parle, effectivement, notamment de la pratique du pouvoir du président de la République. Je pense que c'est très important, dans un pays qui est fracturé, dans lequel beaucoup de nos concitoyens ont le sentiment de ne pas être considérés, d'être très attentifs aux mots qu'on emploie, et au fait de marquer qu'on comprend les difficultés que vivent une partie de nos concitoyens. Je pense aussi que c'est très important, moi, je pense nécessaire, de travailler avec les corps intermédiaires, avec les organisations syndicales et patronales. Je pense que c'est très important de travailler avec les collectivités locales.

Et puis, je crois, et moi, j'ai eu l'occasion de le faire dans une majorité relative, de savoir trouver des compromis. Parce que, finalement, si on veut démontrer que la démocratie est efficace, il faut absolument de la constance et de la continuité dans l'action. Et ça, ça suppose de savoir trouver des compromis.

11:53
Présentateur

Et ça, Elisabeth Borne, pardon, mais c'est un manuel anti-Jupiter que vous êtes en train de nous réciter. Là, vous êtes restée 7 ans dans cet exécutif. Est-ce qu'on peut vous croire aujourd'hui quand vous dites tout cela ?

12:05
Élisabeth Borne

Écoutez, c'est ce que moi j'ai pu pratiquer, par exemple, pour proposer la loi d'orientation des mobilités, où il y a eu énormément de concertations. On a fortement changé la politique des transports. Quand j'étais ministre du Travail, on a eu aussi beaucoup de discussions avec les organisations syndicales et patronales, avec un accord sur la santé au travail, avec un accord sur le télétravail. Et donc, je pense que c'est très important d'écouter ces corps intermédiaires, de les responsabiliser. Vous savez, moi, je l'écris aussi dans le livre. Moi, je ne crois pas à un homme providentiel qui va régler tous les problèmes du pays.

Et je pense que c'est très important de pouvoir associer, donner de la capacité d'agir au niveau local, au plus près des réalités.

12:50
Invité

Vous ne croyez pas à un homme providentiel, mais c'est aussi la constitution de la Ve République qui vous proposez de réformer. Vous voulez revenir à un septennat non renouvelable et faire présider le Conseil des ministres par le Premier ministre. Est-ce une façon de dire qu'Emmanuel Macron a eu trop de pouvoir ?

13:01
Élisabeth Borne

C'est une façon de dire que depuis la réforme de 2000, avec le quinquennat, avec l'inversion du calendrier, avec des élections législatives qui, finalement, apparaissent comme l'accessoire de l'élection présidentielle, je pense qu'on a perdu les équilibres de la Ve République. Et la Ve République, c'est bien un président qui préside et qui, à ce titre, incarne l'unité du pays et le garant de la constitution, de la continuité de l'action publique. Mais ce n'est pas un président qui gouverne. Ça, c'est le rôle du Premier ministre de déterminer et de conduire la politique de la nation. Et ça tombe bien parce qu'il est responsable devant le Parlement.

Donc, il est en contact permanent avec le Parlement. Et ça peut permettre de trouver des compromis. Vous savez, en majorité relative, moi, j'ai fait voter plus de 60 textes. Avec la droite, parfois, souvent même, et aussi avec la gauche. Et donc, je pense que cet apaisement de notre démocratie est indispensable. Et ça passe, effectivement, par le fait que chacun soit dans son rôle.

14:06
Présentateur

Oui ou non, est-ce que vous considérez aujourd'hui qu'Emmanuel Macron a eu trop de pouvoir ?

14:10
Élisabeth Borne

Je pense que n'importe quel président de la République ces dernières années a eu trop de pouvoir. Vous savez, on essaye de trouver l'homme providentiel. Et puis, au bout de quelques mois, on est déçu. Et, en général, les quinquennats se terminent en rejet. Et ça a été le cas pour Nicolas Sarkozy, pour François Hollande, qui n'a pas pu se représenter. Donc, je pense que c'est vraiment nos institutions

14:30
Invité

qui doivent être adaptées. Avant de passer à votre rivalité avec Gabriel Attal, une question de fond sur la retraite, vous défendez encore ce matin la réforme des retraites et l'idée qu'il faudra travailler plus longtemps. Mais quand vous croisez ce matin une infirmière, un artisan, une aide-soignante, qui vous disent qu'on est épuisé, qu'est-ce que vous leur répondez concrètement ce matin ?

14:45
Élisabeth Borne

Je leur réponds que je regrette que le conclave qui avait été engagé par François Bayrou n'ait pas pu aller à son terme. parce qu'il y a déjà un certain nombre de métiers dont la pénibilité est prise en compte pour le départ à la retraite. Mais il y a aussi d'autres métiers pour lesquels ça n'est pas le cas. Et je pense que c'est très important que tous ceux qui ont eu des métiers pénibles, tous ceux qui souffrent d'usure professionnelle, puissent en effet partir plus tôt. C'était les discussions qui ont été menées dans le cadre de ce conclave. Et je pense que c'est important d'avancer sur ce sujet.

15:21
Présentateur

Vous y revenez justement dans votre livre, vous qui avez porté les retraites à 64 ans et dans la douleur. Comment sauver notre système ? Est-ce qu'il faut faire contribuer les plus aisés ? C'est ce que propose Raphaël Glucksmann.

15:36
Élisabeth Borne

Les retraités les plus aisés. Moi je pense qu'on doit avoir le débat. Et vous savez, malheureusement, il n'a pas pu déboucher dans la dernière discussion sur le budget de la sécurité sociale, sur l'indexation des retraites. On aurait pu imaginer que les retraités qui ont les pensions les plus élevées, on aurait pu leur demander d'accepter une non-indexation de leur retraite. Malheureusement, on ne l'a pas fait. Ce qu'on voit, c'est que finalement, on a un modèle social qui repose largement sur des actifs. Et tout ça finit par amputer le pouvoir d'achat et la compétitivité de notre économie.

Donc je pense qu'à un moment donné, rééquilibrer le financement du modèle social, demander moins aux actifs et peut-être un peu plus surtraiter, ça me semble nécessaire.

16:24
Présentateur

Vous ne dites pas non à la proposition de Raphaël Glucksmann qui veut aussi, comme vous, faire contribuer les plus fortunés, les hauts patrimoines. Vous, vous proposez un impôt de 15% minimum sur les plus riches. Finalement, est-ce que vous qui avez commencé votre carrière à gauche, est-ce que vous vous sentez plus proche aujourd'hui dans ce débat de la social-démocratie de Raphaël Glucksmann que de certains de vos collègues au centre ou au centre-droit ?

16:48
Élisabeth Borne

Moi, je vois qu'à la fois dans une gauche réformiste et dans une droite modérée, on partage beaucoup. Et c'est pour ça que je pense que, enfin, que je fais cet appel au rassemblement sur cet arc-là. Ça peut être Bernard Cazeneuve, Raphaël Glucksmann. Ça peut être aussi Xavier Bertrand, Michel Barnier. Je pense qu'on, dans cet espace, il y a beaucoup de personnalités politiques qui peuvent se retrouver sur de nombreux sujets et c'est ce que j'essaye de tracer dans ce livre.

17:17
Invité

Et dans ce livre, vous écrivez « Ne pas avoir compris votre remplacement par Gabriel Attal ». Vous ajoutez, je le cite, qu'il était talentueux mais sans expérience du terrain. Honnêtement, avec deux ans de recul et en nous répondant franchement, s'il vous plaît, est-ce que vous pensez qu'Emmanuel Macron a sacrifié la stabilité du pays, donc vous, pour un pari de communication politique ?

17:34
Élisabeth Borne

Écoutez, moi, je ne suis pas dans la tête d'Emmanuel Macron, donc je ne sais pas ce qui est guidé son choix. Je le dis, on avait passé les réformes les plus difficiles de ce quinquennat et c'est vrai, je le disais, je suis convaincu qu'il faut de la continuité dans l'action. Je note qu'après mon départ, il y a beaucoup de sujets qui avaient été lancés et qui n'ont pas été menés à bien. Par exemple, il y a quelque chose qui me paraît fondamental et comme j'ai pu être ministre de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur, ça me conforte dans l'idée que c'est nécessaire, c'est notamment d'offrir plus de solutions d'accueil des jeunes enfants, de places de crèche.

Il y avait le service public de la petite enfance qui avait été voté fin 2023. Je note qu'il n'a pas été déployé. Donc, je pense qu'on aurait gagné, notre pays aurait gagné à avoir de la continuité et de la stabilité.

18:23
Présentateur

Vous appelez au rassemblement en vue de 2027. Ce n'est pas vraiment ce qui se passe pour l'instant. Il y a une nouvelle candidature, notamment celle de Gabriel Attal. qu'est-ce que vous inspire cette nouvelle candidature et est-ce que vous pensez qu'il a raison quand il dit que lui, à 37 ans, il sait comment il faut présider la France ?

18:45
Élisabeth Borne

Ce que je note, c'est qu'il y a beaucoup d'aventures individuelles, qu'on est dans des logiques personnelles et tactiques. Et quand on regarde les sondages, évidemment, on ne va pas prendre forcément les sondages au pied de la lettre, on voit que l'hypothèse d'un deuxième tour entre les extrêmes est loin d'être écartée, difficilement écartable. Et qu'est-ce que vous faites dans ce cas, justement ? Et donc, vous voyez, moi, je regrette qu'on ne puisse pas se rassembler, ne serait-ce que pour faire au moins le bilan de ce qui a été fait ces dernières années.

19:16
Présentateur

Mais se rassembler comment ? Elisabeth Borne, une primaire ? Ou se rassembler autour de la table et discuter ?

19:20
Élisabeth Borne

Je pense que déjà, de se dire qu'on pourrait porter ensemble un bilan, ça ne veut pas dire dire que tout a été bien fait, ça veut dire justement dire ce qui a bien marché, ce qui n'a pas marché, ce qui aurait dû être fait différemment. Et puis, proposer, construire ensemble des solutions pour les Français, je pense que ça serait très utile. Et qu'en tout cas, la division entre les extrêmes nous expose à un risque important d'avoir un deuxième tour entre RN et LFI.

19:46
Invité

Justement, si ça arrive, si dans un an, Marine Le Pen ou Jordan Bardella affrontent Jean-Luc Mélenchon, pour qui voterez-vous ?

19:52
Élisabeth Borne

Non, moi je l'ai dit, ni un candidat RN ni un candidat LFI, je ne peux pas voter pour ces deux candidats. Vous pouvez voter blanc ? Sans doute.

20:02
Présentateur

Il y a un dernier sondage au DOXA sur les intentions de vote à la présidentielle de 2027 dans lequel Édouard Philippe chute et se retrouve au coude à coude avec Jean-Luc Mélenchon. Il est un point devant Jean-Luc Mélenchon seulement. Est-ce que cela vous inquiète ? Et est-ce que quand vous voyez que Gabriel Attal et Édouard Philippe se sont mis d'accord sur un pacte de non-agression, c'est de nature à vous rassurer ?

20:24
Élisabeth Borne

Moi je ne suis pas rassuré. Quand je vois qu'on nous dit tout va bien se passer, vous allez voir, chacun va mener sa campagne et à la fin on se retrouvera de façon extrêmement harmonieuse. Vous ne croyez pas

20:34
Présentateur

à la compétition apaisée ?

20:36
Élisabeth Borne

Je ne crois pas à une compétition apaisée et toute l'énergie qu'on peut passer à effectivement être en compétition au sein de ce bloc central, c'est de l'énergie qu'on ne passe pas pour proposer des réponses aux Français et pour dénoncer les réponses qui sont présentées par les extrêmes. Donc voilà, je pense qu'il ne faut pas se tromper de combat. Il y a un risque d'avoir un deuxième tour entre RN et LFI et on devrait tous se concentrer et se rassembler pour éviter cette hypothèse.

21:04
Présentateur

Est-ce qu'il y a un club des machos comme le dénonçait Elbrun Pivet, la présidente de l'Assemblée nationale et est-ce que vous, vous pourriez être candidate pour féminiser un peu tout ça ?

21:12
Élisabeth Borne

Je crois qu'il y a assez de candidats vous voyez aujourd'hui vous aurez compris que mon objectif c'est d'abord de rassembler. Je note que curieusement effectivement il y a beaucoup de messieurs il y a assez peu de place qui est laissée aux femmes. Il est 8h57 sur France Info

21:24
Invité

c'est l'heure vous l'attendez peut-être de la question qui aujourd'hui la question qui veut désarmer l'IA le pape Léon XIV a lancé hier un appel à désarmer l'intelligence artificielle pour l'empêcher de dominer l'humain vous en parlez dans votre livre vous soulignez tous les deux le rôle crucial de l'éducation pour apprendre à en maîtriser les risques quel est votre rapport personnel à Tchad GPT ? Est-ce que vous avez déjà utilisé l'IA pour un discours ou dans votre vie privée ?

21:47
Élisabeth Borne

Alors moi j'utilise Tchad GPT ne serait-ce que pour comprendre et puis aussi Mistral et Claude pour comprendre puisque vous voyez quand on essaie d'expliquer à des jeunes qu'il faut faire attention qu'il peut y avoir des biais qu'on ne doit pas prendre au pied de la lettre les réponses de l'IA c'est important de regarder concrètement comment ça se passe

22:05
Invité

concrètement c'est pourquoi par exemple ?

22:06
Élisabeth Borne

Je pense que de temps en temps vous voyez je pose des questions pour voir si l'IA répond correctement mais du coup vous savez que moi j'ai demandé qu'il y ait une formation pour tous les élèves du collège et du lycée précisément et obligatoire en quatrième et en seconde je pense que c'est très important que chacun puisse se saisir du potentiel mais aussi des limites de l'IA qu'on est bien en tête que ça ne dispense pas d'acquérir des connaissances que ça ne dispense pas d'apprendre à raisonner au contraire ça nous oblige à développer l'esprit critique chez nos jeunes et c'est dans cet esprit là que moi j'ai porté le sujet en tant que ministre de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur

22:49
Présentateur

merci beaucoup Elisabeth Borne ancienne première ministre d'avoir répondu aux questions de France Info merci Paul

22:54
Élisabeth Borne

merci à demain

22:55
Présentateur

vous restez avec nous tout de suite les informés avec Renaud Delis merci à tous