"Le carburant, c'est mes sensations, l'amusement, le voyage", explique Léon Marchand après ses titres européens
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Questions et réponses
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- 0:47OuverteRéponse directe
Pourquoi vouloir se raconter à 24 ans alors que c'est plutôt fait en fin de carrière ?
- 1:32OuverteRéponse directe
Pourquoi continuer quand on a tant gagné ?
- 2:09OuverteRéponse directe
Pourquoi dites-vous que vous n'avez pas le goût de l'or ?
- 3:02OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui vous fait vibrer, qu'est-ce qui vous fait nager ?
- 3:26OuverteRéponse directe
Avez-vous trouvé la réponse à 'qui je suis au-delà du masque public' ?
- 4:26OuverteRéponse directe
Comment gérez-vous ce nouveau statut de star ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:14Invité politiqueFait
« J'ai pas le goût de l'or. »
- 2:27Invité politiqueFait
« Le carburant du coup c'est mes sensations, c'est l'amusement, c'est le voyage, c'est des moments que je partage avec des nageurs avec qui je m'entraîne tous les jours. »
- 3:33Invité politiqueFait
« Il faut vraiment que je redevienne moi-même. Même si j'ai envie de vous donner de l'authenticité, etc., il faut quand même séparer. »
- 5:04Invité politiqueFait
« Je pense que je suis de plus en plus à l'aise avec tout ça. »
- 5:10Invité politiqueFait
« J'ai ma vie qui est aux Etats-Unis, je m'entraîne aux Etats-Unis. »
- 9:01Invité politiqueFait
« Mes parents m'avaient surtout prévenu sur les sacrifices d'une vie sportive de haut niveau. »
- 9:14Invité politiqueFait
« Il faut continuer à faire ses études. Il faut continuer à avoir un équilibre, etc. »
- 10:17Invité politiqueFait
« Moi, déjà, c'est ce que je suis venu chercher. Je ne vais pas vers quelque chose qui est facile. »
- 10:29Invité politiqueFait
« Quand il nous engueule, c'est qu'il y a un déclic à avoir et que c'est le moment d'y aller. »
- 12:01Invité politiqueFait
« D'intensité. Donc, ce qui est important, c'est de pouvoir recréer de la vitesse dans chaque nage. »
- 12:47Invité politiqueFait
« La brasse, après, c'est... Par exemple, à Paris, j'avais la chance d'avoir le public qui me poussait. »
- 13:28Invité politiqueFait
« C'est vraiment ma force. Je la travaille depuis déjà 6-7 ans, je pense. »
- 13:47Invité politiqueFait
« Ce que j'ai vraiment travaillé, c'est les ondulations, la vitesse et surtout l'endurance. »
- 18:41Invité politiqueFait
« Moi, je pense que ça a changé ma vie, le fait que je travaille sur mon mental, le fait que je travaille sur mon bien-être plus que sur la performance. »
Temps de parole
- Invité politique55 %
- Locuteur 519 %
- Locuteur 218 %
- Présentateur4 %
- Locuteur 42 %
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France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale.
Il nous a tous fait vibrer il y a deux ans aux Jeux Olympiques. Quatre médailles d'or et la France est embrasée pour le roi Léon. Son palmarès fait de lui l'un des plus grands athlètes français de tous les temps. Septuple champion du monde, il avale les records, s'impose aux championnats d'Europe cet été. Bonjour Léon Marchand.
Bonjour.
Merci d'être avec nous pour ce grand entretien exceptionnel sur France Inter. Vous avez choisi de vous dévoiler dans un documentaire formidable diffusé demain soir sur France 2. Déjà vu par plus de 2 millions de téléspectateurs sur la plateforme France TV. Ça s'appelle Léon au-delà de l'or. C'est votre vie quotidienne qui a été filmée pendant un an sous le regard de votre père qui co-réalise ce film. Alors on s'est posé la question, pourquoi vouloir se raconter à 24 ans d'habitude ? C'est un projet qu'on mène plutôt en fin de carrière. Qu'est-ce que vous avez voulu nous dire avec ce documentaire ?
Il y a plusieurs choses. Je pense que déjà c'était un moment qui était assez important pour moi, l'après-J.O. Un moment assez clé. C'est un moment aussi où je me suis posé des questions plus sur ma vie que sur ma vie sportive, en tout cas sur ma carrière. C'est un moment aussi où avec mon père on a eu cette idée, tout simplement. On a senti qu'il y avait quelque chose à raconter à ce moment-là. Ça s'est fait un peu comme ça.
Alors vous parlez des Jeux de Paris, on vous voit Léon Marchand raconter à quel point ça a été difficile de reprendre le chemin des bassins, d'avoir une raison de se lever le matin. Et c'est vrai, pourquoi continuer quand on a tant gagné ?
Oui, ça après il faudra voir le docu pour essayer de comprendre, mais c'est surtout un peu réaliser son rêve à 22 ans. C'est un peu ça qui est difficile.
Comment on fait quand on a réalisé son rêve à 22 ans ? On rêve de quoi ensuite ?
Oui, voilà, c'est ça. Et surtout vers où on va et de savoir pourquoi j'ai envie encore de continuer à nager, etc. J'y réponds un peu partiellement dans le docu, mais en tout cas la base c'est de revenir à ce que j'aime, pourquoi je nage quand j'étais petit.
Pour les auditeurs de France Inter, parce qu'effectivement qu'ils vont certainement regarder le documentaire, ils ont envie de savoir pourquoi est-ce que vous nagez encore ? Parce que vous avez cette phrase qui nous a interpellé, vous dites j'ai pas le goût de l'or. Vous racontez même effectivement, il y a cette anecdote où vous laissez une des médailles dans une petite voiture de golf, ça c'est quand même pas banal, alors qu'on vient de gagner une médaille d'or de l'oublier. Qu'est-ce qui vous fait vibrer, qu'est-ce qui vous fait nager ? C'est quoi le carburant ?
Le carburant du coup c'est mes sensations, c'est l'amusement, c'est le voyage, c'est des moments que je partage avec des nageurs avec qui je m'entraîne tous les jours, les coachs, pas mal de rencontres, des partages avec ma famille aussi qui voyage, qui me suit dans mes compétitions, etc. Tous ces moments-là en fait c'est des choses que je me souviens vraiment, par contre le podium, la médaille je m'en souviens beaucoup moins. Donc ça montre que c'est vraiment pas ça le carburant, c'est vraiment ce que je ressens même en termes de glisse, en termes de préparation, au moment où je me sens à mon meilleur potentiel.
Ça c'est des moments qui sont rares dans une carrière de sportif et c'est ça que j'adore.
L'autre difficulté qu'il y a Léon Marchand dans une carrière de sportif qu'on voit dans votre documentaire, c'est la notoriété qui vous tombe dessus comme ça, en particulier après les Jeux de Paris. Il y a votre maman qu'on voit dans le documentaire qui semble un peu regrettée comme une maman et c'est normal que vous ne lui apparteniez plus tout à fait. Et vous-même, il y a cette réflexion de qui je suis au-delà du masque public, c'est l'expression que vous utilisez. Est-ce que vous avez trouvé la réponse à ça ?
Oui, je l'ai la réponse. Après, c'est important de lutter pour la séparer. Par exemple, je vais faire une radio ce soir, quand je rentre à la maison, il faut vraiment que je redevienne moi-même. Même si j'ai envie de vous donner de l'authenticité, etc., il faut quand même séparer. Je ne peux pas complètement mélanger les deux. Surtout quand tu rentres chez toi et qu'il y a ta famille qui te connaît depuis que tu es là, depuis que tu es né. Donc c'est vraiment important de séparer.
Qu'est-ce qu'on ne voit pas du rayon que votre famille voit et que là, peut-être qu'on ne voit pas dans cette interview ? Ça, je ne vais pas vous le dire.
Justement, j'ai besoin d'avoir cette protection. Le fait d'avoir mon papa aussi dans ce docu, d'avoir mon père, ça a permis un peu de contrôler ça aussi, de gérer cette limite et de l'amener où on voulait l'amener. Il y a tout qui est naturel dans ce cul. Il n'y a rien qui a été forcé, etc. C'était vraiment le but, de montrer l'humain derrière le sportif. Mais du coup, il y a toujours cette limite qu'il faut savoir jouer avec.
Il y a un autre immense sportif qui connaît bien les affres de la notoriété. C'est votre ami Kylian Mbappé. Il nous a envoyé un vocal pour vous, Léon Marchand.
Salut Léon, j'espère que tu vas bien. Félicitations pour tes dernières victoires au championnat d'Europe. J'imagine que tu dois être fier et tu as raison de l'être. Tu es vraiment une véritable star pour nous les Français maintenant. Alors, je voulais savoir comment tu gères ce nouveau statut de personnalité importante pour nous en France. Mais sache que tu nous rends tous fiers, donc on est tous fiers de toi.
Voilà, c'est la première surprise de ce grand entretien. Il y en aura d'autres. Alors, comment vous gérez ce nouveau statut de star ?
C'est très gentil déjà. Merci Kylian. Comment je le gère ? Je fais comme je peux. Je m'améliore. Je pense que je suis de plus en plus à l'aise avec tout ça. J'ai une chance, c'est que je ne vis pas en France, on ne va pas se mentir. J'ai ma vie qui est aux Etats-Unis, je m'entraîne aux Etats-Unis. Ma routine est la même depuis, même avant les JO. Donc, ça n'a pas trop changé. Pour le coup, ma vie n'a pas trop changé là-bas.
C'est aussi pour ça que vous ne rentrez pas en France, pas maintenant ?
Oui, c'est ça. Après, comme je l'ai dit, ma structure d'entraînement, elle est déjà mieux là-bas. Et en plus, c'est une chance parce qu'avec la popularité, ça m'aide beaucoup à avoir une vie normale.
Parce que là, l'idée d'aller à la boulangerie et de signer 15 autographes, ça vous amuse moyen ?
Là, par exemple, ça fait trois mois que je suis en France. Et en soi, je peux vivre normalement. Je peux le faire. Oui, je peux le faire. C'est juste que, en fait, dans ma tête, j'ai toujours ce scanner de me dire « Lui, il m'a peut-être remarqué, j'ai envie de prendre une photo, etc. » Ce n'est pas grave, les gens sont gentils, c'est de l'amour qui est donné, etc. Mais je préfère quand même être incognito aux US. Je trouve ça plus calme et plus facile.
Un mot, Léon Marchand, sur Kylian Mbappé qu'on vient d'entendre. Vous vous entendez bien ? Vous êtes à peu près de la même génération, même si vous êtes un peu plus jeune que Kylian. On voit aussi la relation que vous avez avec le basketeur Victor Wembanyama dans le documentaire. C'est quoi ? Vous êtes amis ? Vous vous envoyez des messages ? Vous vous commentez vos prestations sportives ?
Oui, on essaie de rester en contact. On a des vies quand même qui sont assez chargées. Mais c'est assez génial de pouvoir déjà se rencontrer, de partager des idées, etc. Moi, j'ai eu la chance de le faire avec mon sponsor Nike. J'ai rencontré Victor. En plus, on n'habite pas très loin. Il est à Saint-Antonio, je suis à Austin. On s'est un peu reconnus aussi, à ce moment-là. Reconnus, c'est-à-dire ? Dans la façon de parler de nos ambitions, de nos objectifs, de notre discipline. Dans la façon dont on élargit un peu nos horizons, notre curiosité, etc. J'ai trouvé qu'on se ressemblait plutôt pas mal.
Et partagez vos doutes aussi parfois. Parce que si on prend Kylian Mbappé, évidemment adoré, adulé pendant la Coupe du Monde, à d'autres moments très critiqués, quand il est au Real Madrid, quand certains commandent d'issèques les moindres de ses propos. Est-ce que ça, c'est aussi quelque chose dont vous parlez entre vous, de cette difficulté d'être exposé comme ça, quand on est un jeune sportif et une jeune star internationale ?
Moi, en fait, c'est beau parce que j'ai rencontré la famille Mbappé avant les JO. Et je me rappelle que c'est quelque chose que Kylian m'avait dit, m'avait un peu préparé à tout ça. Il m'avait juste dit que j'allais perdre ma spontanéité, etc. Après, au niveau de Kylian, c'est vraiment le moindre fait des gestes qui est critiqué. Moi, j'en suis pas là. Mais c'est vrai que j'avais été prévenu quand même. Donc c'est cool, merci à lui. Et voilà, après on apprend à gérer comme on peut. On est jeune en plus.
Alors, il y a votre mère qui vous prévient aussi. Elle a des mots assez durs. Elle dit aujourd'hui tout va bien, mais le jour où ça se passera mal, tu vas te faire éclater. Est-ce qu'il faut vraiment penser à ça quand on est au sommet de sa gloire ?
Bah oui, je pense qu'il faut y penser en vrai. Ouais, je pense que ça m'aide aussi à redescendre un peu.
D'accord.
C'est-à-dire que ça va pas durer toujours ? Bah non, je sais très bien de toute façon que ça va pas durer. Mais ça, je le sais parce que j'ai été éduqué comme ça, je pense. Donc c'est grâce à mes parents, tout ça. Et elle me le rappelle. Elle a bien raison. Après, voilà, les mots sont durs, mais les mots sont vrais aussi. Il n'y a pas de mensonge là-dedans.
Parce que pour celui qui regarde le documentaire, il voit tout l'amour qu'elle vous porte. Il se dit aussi, c'est assez dur d'avoir une mère inquiète pour son fils. Mais vous, ça vous permet de garder la tête froide et de garder les pieds sur terre ?
Ouais, après, ça me fait aussi de la peine. Ça me fait de la peine. Je ne pensais pas qu'en fait, une carrière de sportif pourrait engendrer ça sur mes proches et sur ma famille.
Il faut qu'on parle de sport, Léon Marchand. Votre père, votre mère, votre oncle ont été des nageurs au plus haut niveau. Ils ont passé des heures à s'entraîner dans les bassins comme vous le faites aujourd'hui. Il vous avait dit que ce serait aussi difficile, voire ennuyeux. Je crois que c'est Bob Bowman, votre entraîneur américain, qui dit que s'entraîner à la natation, c'est effroyablement ennuyeux.
Ouais, ce n'est pas le sport le plus drôle. Après, c'est parce que c'est un sport individuel. Donc, il y a beaucoup moins de partage que dans un sport co.
On est enfermé. On voit le fond de la piscine ou le plafond de la piscine.
Ouais, c'est ça. On compte les carreaux, souvent. En fait, mes parents m'avaient surtout prévenu sur les sacrifices d'une vie sportive de haut niveau. Et aussi, ils avaient été très forts, je pense, sur le fait que être bon quand tu es très jeune, ça ne veut pas forcément dire grand-chose. Il faut continuer à faire ses études. Il faut continuer à avoir un équilibre, etc. Et ça, j'ai eu la chance de l'avoir, ces conseils. On ne les a pas tous.
Ils ont essayé parfois, vos parents, de vous dissuader d'être nageur ou pas ?
Ouais, mon papa, mon père a essayé de me dissuader. Et vous lui avez répondu quoi ? Je ne sais pas qu'il a essayé de me dissuader, mais il voulait être sûr que ça vienne de moi.
Et vous lui avez dit, tu n'es pas le mieux placé pour me dire de ne pas nager, c'est ça, non ?
Il y a un moment où il a compris que c'était vraiment ma passion et il m'a laissé faire. Mais il aurait préféré que j'ai une vie normale, en fait, tout simplement.
C'est vrai qu'on voit l'aspect anormal de votre vie dans ce documentaire et notamment le rapport que vous avez avec vos entraîneurs. Ça, ça nous a fasciné avec Florence. On en voit deux qui sont très différents, avec des styles très différents. Il y a l'Australien qui s'appelle Dean Boxall, qui est lui, très détendu, qui saute un peu en l'air, qui vous encourage. Et puis, il y a l'Américain Bob Bowman, le entraîneur mythique de la natation qui a entraîné Michael Phelps, qui vous amène au jeu de Paris. Il vous siffle dans les bassins comme si vous étiez une sorte de dauphin, il faut le dire. Il ne vous ménage pas. Comment ça se passe, le rapport avec l'entraîneur ?
On se dit parfois, il est dur, Bob Bowman, avec Léon Marchand.
Ouais, je ne le trouve pas si dur que ça, en vérité. Moi, déjà, c'est ce que je suis venu chercher. Je ne vais pas vers quelque chose qui est facile. C'est un peu ce que je lui demande aussi. J'ai envie qu'il soit impliqué, qu'il soit dur. Ça montre que ça compte pour lui. Je crois que je le dis un peu dans le docu, mais en général, quand il nous engueule, c'est qu'il y a un déclic à avoir et que c'est le moment d'y aller. Surtout avec les résultats qu'il a eus, on lui fait confiance et on l'écoute. Après, la relation entre entraîneur et entraîné est quand même différente que ce qu'on a en France, par exemple. Pourquoi ? En France, on est beaucoup plus proche de son entraîneur.
L'entraîneur va rester après la session, on va pouvoir discuter. C'est plus humain. Le rapport est plus humain. Aux US, c'est vraiment strictement...
Les résultats.
Les résultats. L'entraînement, s'il est fait, après on s'en va, on rentre chez nous, etc. Donc ça, c'était une vraie différence entre l'Europe et les US.
Ce qu'on perçoit dans ce documentaire, Léon Marchand, c'est le travail acharné de l'entraînement, l'intensité physique des courses. Est-ce que vous pourriez nous décrire physiquement un 400 mètres, par exemple ? Qu'est-ce qui se passe dans vos poumons ? Qu'est-ce qui se passe dans vos jambes ? Et puis, qu'est-ce qui se passe dans votre tête ?
Ça, pour le coup, c'était une raison pour laquelle j'ai envie de faire le documentaire aussi. C'est parce qu'on m'a souvent dit, après mes interviews, que ça a l'air facile, ce que tu fais. Parce qu'ils ont vu les deux minutes de course...
Non, on ne s'est pas dit ça.
Oui, mais après, c'est une façon de dire aussi. Les gens ne le pensent peut-être pas. Mais c'était frustrant parce que moi, j'ai du mal à exprimer ce qu'on vit tous les jours. J'ai du mal à vraiment raconter ce que c'est un entraînement. C'est pour ça que c'était important de pouvoir le voir, de l'entendre, de voir Bob Bowman nous crier dessus, entre guillemets, etc. Ça, je trouvais que c'était bien de le montrer. Parce que notre vie, ce n'est pas les compétitions, c'est vraiment l'entraînement. Et le 400m4 nage, en termes de douleur, c'est ça ? Oui, d'intensité, en tout cas. D'intensité.
Donc, ce qui est important, c'est de pouvoir recréer de la vitesse dans chaque nage, après le papillon, en dos, en brasse et en crôle. Et la douleur, elle survient en général aux 75-80m, premier mètre. Très vite. Oui, ça arrive très vite. On sent déjà qu'il faut ralentir un peu la voilure parce que sinon, on va avoir du mal à finir le 400m. Moi, j'ai les virages qui me relancent vachement parce que je fais des longues coulées et c'est une de mes forces. Et ça veut dire qu'au niveau des poumons, c'est très intense et ça commence à brûler à partir du 125-150. Le dos, c'est un moment où il faut beaucoup respirer.
Et ce qui est très difficile, je pense vraiment le moment clé, c'est le virage d'eau brasse. Parce que c'est un moment où on reste très longtemps sous l'eau. Et là, vraiment, on a les poumons qui brûlent, on a les jambes qui commencent à affaiblir, etc. La brasse, après, c'est... Par exemple, à Paris, j'avais la chance d'avoir le public qui me poussait. Donc, ça m'a aidé à relancer, etc. Et après, le crawl, en vrai, on est beaucoup moins lucide. On a le plafond qui est descendu. Donc, on essaye de faire comme on peut, de toucher le mur le plus rapidement possible. Et on a vraiment le lactique qui s'est construit dans les bras et les jambes.
L'acide lactique. Et quand on arrive à la fin, on est vraiment au bout du bout du bout de ce qu'on pouvait faire.
Oui, épuisé.
Vous parliez, Léon Marchand, de ce qui a beaucoup été commenté dans votre technique de nage, c'est la coulée. Au point que certains, et c'est ce qui revenait pendant les Jeux, vous comparez à un dauphin. Ça vous a amusé ou pas ça, cette comparaison ?
Oui, c'est drôle. Après, je l'ai beaucoup vu. Donc là, maintenant, c'est moins drôle. Mais au début, j'ai trouvé ça sympa. En fait, moi, c'est vraiment ma force. Je la travaille depuis déjà 6-7 ans, je pense. Et après, ce n'est pas quelque chose que j'ai eu comme ça génétique.
Oui, parce que certains se disent qu'en fait, il a un don. Non, c'est quelque chose qui est travaillé.
Et je suis quand même prédisposé, parce que mon corps a très peu de résistance dans l'eau. D'accord. Donc ça, voilà. Merci papa, merci maman. Ça, ce n'est pas ma faute, c'est comme ça. Après, ce que j'ai vraiment travaillé, c'est les ondulations, la vitesse et surtout l'endurance. Et surtout la tolérance à cette souffrance qu'on a dans les poumons.
Vous parliez du public qui vous a aidé pendant les courses aux Jeux de Paris. On sait que vous êtes, et vous le racontez, que vous êtes très sensible au son. Qu'est-ce que vous entendez quand vous êtes en course dans un bassin ? Qu'est-ce que vous percevez de la folie du public qu'on a entendu pendant les Jeux olympiques ?
En fait, c'est assez fou. Mais déjà, le départ, c'est dingue parce qu'on passe de beaucoup de bruit à un silence, qui est assez gênant presque. C'est un peu malaisant. On entend le sifflet et là, le bruit recommence. On se retrouve dans l'eau, plus de bruit. Et après, quand on se retrouve à la surface, on a vraiment le clapotis des vagues, etc. Donc, c'est un peu un brouillon de bruit. Ce n'est pas très agréable, on va dire. Et le seul moment où j'entendais vraiment le bruit des spectateurs, c'était en brasse. Parce que c'est un moment où on est vachement hors de l'eau. Et là, vous entendez la folie. Et là, pour le coup, j'entendais vraiment les gens m'encourager.
Est-ce qu'il y a une course dont le souvenir sonore va vous accompagner toute votre vie ?
Oui, le 200 papillons. Le 200 papillons contre le record band du monde, donc de la discipline. Aux 150 mètres, j'entends vraiment que la piscine vibre. Ce n'était même plus du son. Et en fait, je me rappelle qu'en général, sous l'eau, je ne le sens vraiment pas. Et là, je l'ai ressenti.
Il y a le bruit du stade. Et puis, il y a le son de la musique. Puisqu'on découvre dans ce documentaire que vous êtes musicien, on peut le dire. Du moins que vous composez de la musique, que vous composez de l'électro. C'est quoi pour vous la musique ? Est-ce que ça vous permet de vous concentrer sur autre chose que votre corps, dont vous testez les limites ?
Oui, alors de base, c'est juste un truc que j'aime faire. Je ne me suis pas posé la question de mes vagues.
Il y a d'ailleurs une image de vous petit en train de jouer avec la guitare.
Oui, j'ai toujours aimé ça. J'ai toujours aimé, surtout, écouter beaucoup de musique. Et après, ça fait 4-5 ans que j'en fais. Et au début, c'était vraiment parce que je kiffais. Et maintenant, c'est vrai que c'est un vrai échappatoire. C'est un moment où je suis absorbé par ce que je fais. Ça peut durer des heures. Ça me vide l'esprit, que ce soit une respiration. C'est un moment où je pense à autre chose qu'au carreau, justement.
Alors, c'est vous qui co-signez la bande originale du documentaire avec Guillaume Alric du groupe The Blaze. Et bien, lui aussi, il nous a laissé un message pour vous.
Salut Léon, c'est Guillaume. J'espère que tu vas bien. Je repensais à ces moments pendant le tournage du documentaire. On essayait toujours de trouver des points communs entre le sport et la musique. Et maintenant que je te connais, je me dis que tu es un petit peu le mélange de ces deux mondes. Tu es un sportif incroyable, mais tu es aussi quelqu'un de très sensible. En tout cas, ça se voit quand tu parles de musique ou lorsque tu fais de la musique.
Et quand je suis allé devoir nager l'autre jour pour les championnats d'Europe, je me suis dit que c'est fou parce qu'on imagine souvent que les sportifs doivent se couper de leurs émotions pour ne penser qu'à leur corps et se concentrer sur la ligne d'arrivée. Mais dans ton cas, justement, est-ce que cette sensibilité, ce ne serait pas ce petit ingrédient que tu as en plus qui te permet de gagner justement parce que tu vois plus loin que la compétition et que tu vibres finalement pour quelque chose de plus précieux qu'une simple médaille ? Je t'embrasse et je te dis à tout bientôt.
Formidable question. C'est très beau ce qu'il dit. Alors la sensibilité, c'est votre petit truc en plus ?
Oui, je pense. Après, c'est quelque chose qu'on voit peut-être comme un défaut aussi quand on est jeune, parce qu'on a du mal à le gérer, etc. Et on a l'impression que les autres ne sont pas comme nous. Mais moi, je pense qu'il y a quelques années, effectivement, mon énergie est venue plus de ce que j'avais dans le ventre que de l'envie de gagner, que de l'envie d'avoir une médaille, comme il dit.
Et je pense que les meilleurs moments que j'ai passés, c'est vraiment des moments où j'ai réussi à me lâcher complètement, à être dans une espèce de trance dans l'eau des moments où c'est vraiment mon corps qui s'exprimait et c'est des moments qui sont vraiment forts où c'était vraiment une question de vibration, plus que de temps, etc.
Vous vous êtes mis au piano récemment. Vous faites des études brillantes d'ingénierie. Vous passez à peu près 6 heures par jour dans les bassins. Est-ce qu'il vous reste du temps pour faire les bêtises qu'on fait quand on a votre âge ? C'est-à-dire ? Je ne sais pas. Des moments où la vie déraille quelque peu par rapport à ce qui était prévu ?
Oui, alors après, je suis quelqu'un de très discipliné. Je suis capable de rester très longtemps dans ce tunnel où rien ne dérape. Mais ce n'est pas bon pour un humain, en fait. Et parfois, ça dérape ? C'est très mauvais pour un être humain parce que du coup, quand ça dérape, ça dérape vraiment. Ça, c'est ce que vous ne raconterez pas, c'est ça ? Oui, c'est ça. Non, mais je pense que je me laisse des moments justement un peu hors piste. J'en ai besoin. En fait, il faut le faire assez régulièrement, je pense. Surtout dans une discipline comme la nôtre. Mais après, je ne saurais pas vous dire quoi exactement.
Mais juste par exemple, on a beaucoup parlé de la santé mentale chez les sportifs. Est-ce que ça, c'est quelque chose auquel vous êtes sensible ? Précisément, cette idée qu'il faut à des moments des soupapes pour ne pas souffrir.
Oui, absolument. Mais moi, je pense que ça a changé ma vie, le fait que je travaille sur mon mental, le fait que je travaille sur mon bien-être plus que sur la performance. Et en vrai, moi, ce qui m'a vraiment changé, c'était de faire des pauses. Mais de me forcer à faire des pauses. Parce qu'en fait, les gens qui sont un peu obsédés par leur sport, ils n'ont pas envie de faire des pauses en fait. Il n'y a jamais un moment où tu as envie de faire une pause. Tu as envie de t'améliorer, de te réveiller le lendemain, de continuer, etc. Surtout quand tu vois que tu ne t'améliores pas ou alors que tu vois que tu as réussi. En fait, il n'y a plus aucun arrêt.
Et moi, vraiment, j'ai commencé à me forcer à faire des pauses depuis 4-5 ans. Et au final, on perd très peu. On perd très peu de temps. Et par contre, dans la tête, ça fait un bien fou.
Alors, est-ce que vous allez pouvoir faire des pauses dans les 2 ans qui viennent ? Parce qu'il y a des échéances évidemment qui arrivent. Les Mondios l'été prochain à Budapest. Les Jeux quasiment chez vous à la maison, puisqu'aux Etats-Unis dans 2 ans. Ça va être un long tunnel ça ou pas ?
Ça va être un long tunnel, mais il va falloir le parsemer de pauses, je pense. J'ai quand même pris mon temps depuis les JO de Paris. Je n'ai pas encore rejoint le tunnel complètement. Je sais qu'il va arriver, comme vous le dites, dans les prochains mois. Mais voilà, l'été, je prends plus de temps qu'avant. Je prends plus de temps aussi pour construire ma saison. Je sais que la saison est longue. Donc je pense que je veux dire de mieux en mieux mon énergie mentale et physique. Après, on ne va pas se le cacher, il y a un moment, il faudra quand même y aller.
Est-ce que vous savez déjà ce que vous visez pour les JO ? Non. Faire mieux qu'à Paris, est-ce que c'est possible ?
Non, j'ai envie de faire différemment. Je n'ai pas envie de faire mieux qu'à Paris, ça va être compliqué.
Il y a le record qu'on connaît de celui de Michael Phelps, 8 médailles à Pékin ?
Non, ça je ne sais pas du tout. En plus, Michael Phelps a fait ça avec des relais. Avec 8 médailles d'or. Et les relais américains, c'est quand même costaud. Et je ne sais même pas si charger mon programme de la sorte, c'est ce qui va me faire me challenger. Ce sera peut-être juste de nager des courses différentes. Là, en tout cas, j'ai fait des petits tests au championnat d'Europe sur des courses que je ne faisais pas d'habitude. Des endroits où je ne m'étais jamais vraiment mis un peu sorti de ma zone de confort. Et j'ai beaucoup aimé. Donc je pense que je me verrais plus faire ça qu'autre chose.
Et à quel moment on définit ces objectifs ?
Alors l'objectif, en fait, c'est LA. Dans tous les cas, moi, je prépare le 400m4 nage. Donc toutes les courses sont un peu dedans. C'est-à-dire que si je me prépare pour le 400m4 nage, je peux très bien faire du papillon, mais aussi du dos, mais aussi de la brasse, mais aussi du crawl. Donc voilà, l'objectif, il va se dessiner. Je sais à peu près quelle course je vais faire, mais ce n'est pas encore précis.
Au fur et à mesure de la compétition. Pour terminer, Léon Marchand, troisième et dernière surprise de ce grand entretien. Il y a un dernier vocal pour vous, signé par le capitaine du 15 de France et capitaine du Stade Toulousain. Écoutez.
Salut Léon, j'espère que tu vas bien. Déjà, je voulais te féliciter pour tes encore nouvelles médailles d'or. On commence à s'y habituer, mais ça reste exceptionnel. J'aurais deux questions pour sortir de la natation. Je sais que tu es passionné de musique et que tu y passes beaucoup de temps. J'aimerais savoir quand est-ce qu'on aura la joie d'écouter ton prochain album ou ton prochain set en live. Et deuxième question, quand est-ce que tu reviens à Toulouse pour qu'on se fasse un petit repas avec notre ami Olivier. A bientôt.
Voilà, vous avez reconnu la voix d'Antoine Dupont, le set, l'album, aller à Toulouse. Bon, dans les deux ans qui viennent, ça va être un peu compliqué, non ?
Ouais, je pense que ça va être un peu compliqué, mais je vais pouvoir trouver le temps, je pense. Surtout pour Antoine et pour Oli. Et après, pour la musique, je pense que je sortirai quelque chose, mais une fois que j'aurai plus de temps, envoyer d'énergie. Donc sortir un album ? Un album, non. Parlons pas peut-être d'album, mais déjà quelques sons, ce serait vraiment cool. J'ai plein de sons qui traînent dans mon ordinateur, mais c'est pas des choses qui sont mixées, qui sont finalisées. Donc peut-être un jour, je sais pas.
Léon Marchand, vous allez revenir en France un jour ?
Ouais, je sais pas. En fait, moi, je reviens tous les étés pour aller à championnat de France. Mais revenir vivre en France ? Je sais pas ça encore, je sais pas où je vais vivre. C'est une bonne question.
Et quand vous voyez la ferveur des Français, à quel point ils vous aiment, à quel point vous êtes devenu une icône, est-ce que vous vous dites quand même, j'aurais envie, à un moment donné, dans les années qui viennent, peut-être, quand j'arrêterai la natation, de faire ma vie en France ?
Si je veux faire ma vie en France, c'est pas pour ça. C'est parce qu'on a un pays incroyable, je pense, plutôt, pour la nourriture, pour la culture, pour ma famille qui vit encore ici, et pour mes potes. C'est pas du tout pour la ferveur que je rentrerai. Mais ouais, pourquoi pas, en tout cas, là, j'ai passé pas mal de temps en France, et je pense que j'ai retrouvé le plaisir d'être ici, quoi.
Merci, merci beaucoup, Léon Marchand, d'avoir été notre invité ce matin. On a été ravis, très heureux, vraiment, d'avoir eu la chance de vous recevoir. Avec plaisir, merci. Et je rappelle que Léon, au-delà de l'or, le documentaire qui vous est consacré, sera diffusé demain soir à 21h10 sur France 2.