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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 4 juin 2025 11 min

Sites porno : jusqu'où ira le bras de fer ? - C dans l’air - 04.06.2025

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

... ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue. C'est un bras de fer qui dure depuis des années. Le géant de la pornographie Aylo, qui édite les sites Pornhub, YouPorn, RedTube a bloqué l'accès à ses contenus sur le territoire français.

Il refuse la loi qui demande aux sites pornographiques de vérifier l'âge des visiteurs. Bonjour, L.Rossignol.

Vous êtes la coautrice d'un rapport sur l'industrie pornographique. Au lieu de se conformer aux règles imposées par la France, ces plateformes ont décidé de suspendre leur accès. Qu'en pensez-vous? - L.Rossignol: C'est presque drôle.

Ils s'imaginent qu'avec cette décision, ils vont créer un vaste mouvement dans la population française, que des gens vont descendre dans la rue, que des questions au gouvernement vont être posées, qu'il va y avoir une adhésion à leur démarche. Je pense qu'ils sont voués à l'échec. La réaction a été assez collective, A.Bergé, J.-N.Barrot...

On a dit "bon débarras". On n'en espérait pas tant. Ca fait des années que le bras de fer a commencé.

Il commence en 2020. Il y a un amendement qui est voté au Sénat pour interdire l'accès aux sites pornos aux mineurs. Pourquoi?

Il faut savoir ce qui se passe sur ces sites. 2,3 millions de mineurs vont régulièrement sur les sites pornos. C'est 12 % des consommateurs.

C'est énorme. Ces images, ces scènes, véhiculent une vision de la sexualité totalement orthogonale à celle que nous essayons d'enseigner: le respect de l'autre, le consentement. Tous ces sites ont des rubriques.

Il faut les regarder. C'est terrible. On a dit "stop".

Il ne s'est rien passé. Ils ont dit: "On ne sait pas faire." C'est un peu comme s'il y avait une règle d'hygiène dans un restaurant. "Ce n'est pas possible qu'il y ait des souris dans la cuisine." Et on vous répond: "Tant que vous ne nous fournissez pas les tapettes, il y aura encore des souris." C'est ce qu'ils ont répondu. - C.Roux: Ils estiment que ce n'est pas à eux de faire la vérification de l'âge des utilisateurs mais aux plateformes.

Est-ce qu'ils ont tort? - L.Rossignol: C'est eux, les organisateurs, les bénéficiaires.

Ils encaissent les bénéfices. La réalité est différente. Le modèle économique des sites pornos, c'est la gratuité.

Ce qui fait les ressources, ce n'est pas tant les abonnements que le flux sur le site et la publicité. Plus il y a de flux, plus il y a de publicité et plus la publicité se vend cher. Ils essayent de passer à travers les gouttes et de se défausser. - C.Roux: Ils disent que c'est une loi irresponsable, disproportionnée, inefficace, et que ça ne va pas empêcher ceux qui veulent trouver du porno sur Internet d'en trouver.

Ce n'est pas totalement faux. - L.Rossignol: Non, mais aucune loi n'est jamais respectée à 100 %.

Notre démarche, c'est de complexifier, de rendre plus difficile l'accès à ces sites. Il est clair que le contrôle d'âge rendra plus difficile l'accès à ces sites pour les mineurs, et peut-être pour d'autres aussi. Le porno est très toxique pour les mineurs, mais il n'est pas très bon pour les majeurs non plus. - C.Roux: Ils s'en défendent.

Quand on va sur le site, l'image d'accueil, c'est un tableau de "La Liberté guidant le peuple", avec "la liberté n'a pas de bouton off". Ils disent que c'est une atteinte à la liberté d'expression, à la confidentialité. - L.Rossignol: Ils sont malhonnêtes quand ils disent ça.

Il y a des abonnements, aussi. Il y a aussi des gens qui payent et qui rentrent leur CB. Déjà, ils stockent des données d'utilisateurs.

Maintenant, ils expliquent que ce n'est pas bien, l'atteinte à la liberté...

Il faut être sérieux, sur les libertés. Je n'ai pas trouvé le droit à chacun de consommer du porno dans la loi. Je suis sûre que c'est une question de santé publique.

Il faut aborder des sujets comme ceux-là. - C.Roux: La spécificité de notre discussion, c'est la question des mineurs.

C'est ce qu'on leur demande, à ces plateformes, ne pas interdire le porno, et faire en sorte que quand on est mineur, on ne puisse pas aller consulter ces images. - L.Rossignol: C'est ça, le sujet.

Il y en a d'autres: les conditions de tournage, le fait que les jeunes femmes qui se sont retrouvées embarquées sur des tournages de pornos ne peuvent jamais demander et obtenir le retrait des vidéos, qui, des années après continuent de tourner...

Les promoteurs mentent à des jeunes femmes en leur disant que ce sera vu dans un cadre privé et ça se promène partout. Dans quelque temps, des procès vont commencer, avec 50 parties civiles, et ils vont montrer que le porno est une industrie maltraitante et violente. - C.Roux: Vous souhaitez l'interdiction totale de ces plateformes? - L.Rossignol: Non.

Je souhaite qu'elles se conforment à la loi. Aujourd'hui, la loi dit que les mineurs ne doivent pas accéder à ces sites. Ils respectent la loi.

Plusieurs technologies ont été mises à disposition. Pour les sites de jeux d'argent en ligne, les mineurs n'y ont pas droit. Il faut rentrer les données qui permettent d'avoir un contrôle d'âge.

Personne ne m'a jamais crié au scandale. - C.Roux: C'est quoi?

Une photographie de pièce d'identité? - L.Rossignol: Il y a d'autres choses.

On n'est pas les seuls, en France. C'est un problème mondial. Tous les Etats ont les mêmes difficultés.

Il y a l'identité numérique, la CB, la photo qui permet de reconnaître l'âge, une démarche biométrique...

Il y a des outils, mais ils ne veulent pas parce qu'ils pensent que ça va baisser le flux. Ce n'est pas une affaire de liberté. - C.Roux: Les chiffres sont assez stupéfiants.

La fréquentation des sites pornos pour les jeunes a augmenté de 36 % en 5 ans. 2,3 millions de mineurs les consultent. Ces chiffres me paraissent fous. 7 millions de visiteurs quotidiens dans l'Hexagone sur ces sites.

Le nouveau sujet de cette industrie, c'est l'IA. Selon un rapport de la Fondation pour l'enfance, les images d'enfants générées par l'IA peuvent se retrouver dans des contenus pédopornographiques. 50 % des images utilisées ont été mises en ligne par des parents.

C'est ça, le combat d'après? - L.Rossignol: C'est déjà notre combat.

Je dis aux parents Qu'il faut cesser de poster des photos de leurs enfants sur les réseaux sociaux. On peut penser que c'est des photos innocentes, mais entre les mains d'un pédocriminel, rien n'est innocent, quand il s'agit d'un enfant et de sexualité tordue. Il faut arrêter de mettre des images de nos enfants qui, après, circulent sur le dark.

C'est catastrophique. C'est un autre combat. On en appelle au sens des responsabilités des parents en la matière.

C'est très gênant, l'idée que ces enfants puissent servir à ça. - C.Roux: Parfois, il n'y aura même plus besoin d'images quand ce sera généré par l'IA.

Ce seront des images pédopornographiques générées par l'IA. Que fera la loi face à ça? - L.Rossignol: On se posera des questions de savoir si la liberté va jusqu'au fait de laisser ces images circuler.

C'est notre 2e combat. L'IA va permettre de faire des films pornos sans actrice, sans personne, sans être humain, mais ce sera toujours la même promotion de la violence contre les femmes, du viol, de l'homophobie, du racisme. - C.Roux: Derrière ça, il y a l'accès aux écrans.

Je voudrais votre avis sur ce qu'a proposé G.Attal avec un pédopsychiatre. Il souhaite décréter un état d'urgence contre les écrans à coups de couvre-feu numériques. "Si nous ne faisons rien, les écrans et leur contenu tueront notre jeunesse à petit feu." Est-ce qu'il faut aller jusque là?

Interdire l'usage des téléphones portables avant 15 ans? - L.Rossignol: Il y a une prise de conscience qui se fait.

Je proposerais que G.Attal, qui a été ministre de l'Education nationale, fasse une chose...

Il faut que l'Education nationale cesse de communiquer avec les enfants, les élèves et les parents d'élèves par une messagerie qui amène les enfants à avoir un bon prétexte pour être sur un téléphone portable, au prétexte que les consignes des profs et les notes...

Il faut revenir, ça peut paraître un peu ringard, au cahier de liaison. Commençons par ça. - C.Roux: A l'ancienne, et non plus sur des sites. - L.Rossignol: Oui.

Les enfants ont une bonne raison d'extorquer à leurs parents un téléphone portable. "J'en ai besoin. Sinon, je n'aurais pas les notes ni les devoirs de demain." Revenons à des modes de communication comme le papier et le carnet de liaison.

Je suis d'accord pour qu'il y ait une prise de conscience collective. C'est une des futures grandes factures culturelles de demain. Je vois les parents diplômés, les catégories supérieures qui appliquent très fermement ces règles et d'autres qui pensent bien faire en permettant à leurs enfants de regarder des images.

On n'a pas besoin de ça en plus, comme inégalité sociale et culturelle. - C.Roux: Vous pensez qu'on est à l'épilogue de ce bras de fer avec les plateformes?

C'est un coup d'épée dans l'eau? Il faut un happening en cessant l'accès aux plateformes? Il faut rester vigilant? - L.Rossignol: On n'est pas à l'épilogue.

Ils vont faire des recours. Surtout, c'est une question européenne. Je me réjouis de voir qu'aujourd'hui, au niveau européen, de plus en plus d'Etats sont sur la même stratégie