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Discours de Raphaël Glucksmann aux Rencontres Place publique de La Réole - Octobre 2025

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Raphaël Glucksmann

Mes amis, je suis heureux de vous retrouver toutes et tous ici, dans cette si belle ville de la Réole, qui accueille désormais chaque année les journées de rentrée de place publique. Chez toi, mon cher Bruno, où est-il ? Oh, chez toi, mon cher Bruno, qui nous reçoit à chaque fois avec tant de chaleur et tant de fraternité. Dans ces temps de troubles et de vertiges, il est vital de savoir que nous ne sommes pas seuls, que nous sommes liés, comme ici, par une même espérance, une même détermination et une même gravité. Oui, une même gravité.

Nous sourions, nous éprouvons de la joie à échanger, à débattre, à construire ensemble, à retrouver des visages familiers et à en découvrir de nouveaux, à accueillir nos amis et nos partenaires politiques. Salut Jérôme. Mais nous sommes constamment, voilà, mais nous sommes constamment, constamment habités par cette gravité. Car nous savons et nous voyons, nous voyons nos démocraties ébranlées par des tempêtes externes et internes qu'elles ne sont absolument pas préparées à affronter. Nous voyons notre pays, la France, plongée dans une crise profonde, une crise qui est à la fois sociale, financière, politique et identitaire, oui.

Nous savons que rien, aujourd'hui, ne peut plus être pris à la légère quand on fait de la politique. Nous savons que la politique, elle, est redevenue tragique. Nous sentons la colère qui monte dans le pays et le désespoir qui se répand. Nous avons, à vrai dire, tous, dans le ventre, la même boule et dans le cœur, la même angoisse. Nous sommes venus ici, à l'aréole, parce que nous savons, parce que nous savons que nous avons une mission immense, une mission qui nous dépasse en tant qu'individus et qui, en transcendant chacune et chacun d'entre nous, donne naissance à notre collectif.

Cette mission, c'est celle d'être à l'avant-garde d'un immense combat, le combat pour la démocratie française et européenne. C'est de forger ensemble, avec nos partenaires, avec nos amis de longue date et avec ceux qui nous rejoindront bientôt, de forger ensemble avec eux la digue qui résistera à la tempête. C'est de défendre et de régénérer la démocratie française, de défendre et de régénérer la construction européenne. Nous qui sommes ici, nous sommes prêts à embarquer sur les eaux démontées de l'époque pour un long et périlleux voyage. Un voyage qui est à la fois intime et collectif et qui peut, qui doit nous mener au pouvoir. Pas au pouvoir pour le pouvoir.

Pas au pouvoir pour simplement préserver l'ordre existant ou le statu quo. Au pouvoir pour refonder, pour renforcer, pour redresser la démocratie. Nous sommes prêts. Nous sommes prêts au voyage et nous sommes prêts au combat, oui. Mais avant d'embarquer, avant de combattre, nous voulons et nous devons comprendre. Nous voulons et nous devons comprendre le moment historique que nous traversons, celui des grandes confrontations idéologiques, politiques, militaires, auxquelles des élites paresseuses ont longtemps cru pouvoir échapper. Nous voulons et nous devons comprendre les raisons profondes de la crise des démocraties occidentales.

Aussi, permettez-moi ce soir de prendre un peu de distance avec les soubresauts d'une crise politique française qui n'en finit pas depuis la dissolution insensée du 9 juin 2024, de sortir de l'immédiateté et de réfléchir avec vous aux causes profondes du chaos qui nous entoure. Pourquoi nos démocraties, hier, si solides, semblent-elles aujourd'hui si fragiles ? La première raison est à chercher, à mon sens, dans la question du travail et des travailleurs, cette question centrale qui domine nos débats depuis ce matin à l'aréole. Vous vous demandez pourquoi l'extrême droite est aux portes du pouvoir dans notre pays.

Alors, demandez-vous pourquoi les classes actives, et en particulier les plus modestes, votent massivement pour Bardella et pour Le Pen. Intéressez-vous à la question du travail, à la question de la pénibilité et de la précarité du travail, au cige de paix, à la question du travail qui ne paie plus assez pour bien vivre. Intéressez-vous au malaise des travailleurs qui se traduit en malaise des citoyens. La promesse fondamentale des démocraties occidentales, la grande promesse qui a permis des décennies de stabilité et de progrès au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, c'était la promesse, faite à leur classe moyenne et populaire, d'améliorer leurs conditions de vie par le travail.

Cette promesse était le cœur du contrat social démocratique. Elle fut largement tenue, disons-le, pendant 50 ou 60 ans. Mais elle ne l'est plus aujourd'hui. Et nos démocraties, du coup, sont devenues friables. Si nous voulons les régénérer, nous devons remettre les travailleurs au cœur du contrat social. La France devient progressivement une société d'héritiers et de rentiers. Le produit de son travail constitue pour un Français une part de moins en moins grande de son patrimoine et l'héritage une part de toujours plus grande. Le travail, ainsi dévalorisé, est devenu une source de frustration et de souffrance pour trop de Français.

Nous devons prendre à bras le corps cette frustration et cette colère, où nous perdrons et nous aurons mérité de perdre. La gauche a longtemps considéré le travail comme le dieu de l'histoire, pour reprendre les mots de Jaurès. Et puis, elle a commencé à moins parler de travail, des travailleurs et aussi de l'histoire d'ailleurs. Et les travailleurs l'ont largement quitté. Alors aujourd'hui, si son obsession à la gauche n'est pas de voir les travailleurs de toutes ces terres socialistes et communistes basculés en masse pour le Rassemblement national, et bien la gauche, si elle a d'autres obsessions que celle-ci, n'a aucune chance de revenir au pouvoir. Après tout, qui sommes-nous ?

Nous sommes les descendants des révolutionnaires qui ont aboli les privilèges et placé le mérite au-dessus de la naissance. Et nous accepterions le remplacement du travail par l'ascendance ou la rente. Nous sommes les descendants des républicains qui ont instauré les droits sociaux et l'impôt progressif sur le revenu. Et nous accepterions un monde dans lequel les milliardaires échappent à l'impôt commun et dans lequel les choix fiscaux se font toujours au détriment des travailleurs. Interrogeons-nous un instant. Pourquoi cette adhésion massive et transpartisane des Françaises et des Français à la taxe Zuckmann ?

Parce que l'inégalité face à l'impôt heurte les principes constitutifs de notre République. Parce que notre Constitution nous dit, je cite, « que chacun doit contribuer à raison de ses facultés » et qu'il est donc insupportable de se dire que les plus riches, parmi les plus riches, ceux qui ont doublé leur fortune lors de ces huit dernières années, peuvent se séparer ainsi du monde commun. L'exigence de justice fiscale que nous portons en ces semaines de débats budgétaires est consubstantielle à la défense de la démocratie dont je vous parle. Et c'est ce que ne comprend pas Emmanuel Macron et ce que semble avoir tant de difficultés à comprendre M. Lecornu.

La justice fiscale est nécessaire donc, mais elle ne suffira pas à répondre au malaise des travailleurs. Et nous devons, nous, qui sommes ici réunis, construire un projet ambitieux pour les travailleurs, sur la juste rémunération de leur travail, sur l'amélioration des conditions dans lesquelles ils l'exercent, sur la prise en compte de leur voix au sein de l'entreprise, sur le sens que l'on peut redonner à leur mission. Pour pouvoir vivre de son travail, eh bien, les Français attendent, au-delà de la seule question du SMIC, une hausse générale des salaires.

Et le premier geste d'un gouvernement de gauche dans ce pays serait d'organiser une grande conférence sociale pour obtenir cette hausse. Mais renforcer le travail, c'est également garantir à chaque travailleur des conditions de travail décentes et sécurisées. Il y a un record qui devrait nous plonger dans la honte et nous obséder. C'est le record que détient la France du nombre de morts au travail en Europe. Chaque année, deux travailleurs, chaque jour, deux travailleurs meurent sur leur lieu de travail. Et chaque année, les statistiques le confirment. On meurt plus au travail en France que dans les pays voisins.

Alors, notre engagement sera de mettre en place directement, si la gauche revient au pouvoir, une stratégie zéro mort au travail pour mettre fin à ce scandale français. Renforcer le travail, c'est aussi redonner son sens au travail et permettre aux travailleurs de redevenir des acteurs plutôt que des sujets au sein de leur entreprise. C'est s'inspirer de certains modèles européens qui fonctionnent, comme en Allemagne, par exemple, et démocratiser le fonctionnement de l'entreprise. Nous avons donné aujourd'hui le coup d'envoi de neuf mois de rencontres avec les syndicats, les entrepreneurs, les travailleurs partout en France pour remettre le travail au cœur du contrat social.

Ce sera un pilier de l'offre politique que nous construisons pour les élections nationales à venir. Mes amis, la deuxième raison sur laquelle j'aimerais que nous revenions, c'est la question de la démocratie elle-même. Vous savez, la République n'est pas en France qu'un ensemble d'institutions. C'est un projet d'émancipation, de liberté, d'égalité, de fraternité. C'est un projet politique, un projet social, un projet philosophique. Et aujourd'hui, la fragilité des démocraties dont je parlais vient du fait qu'elles ne se vivent plus comme un projet politique.

Elles se vivent comme un héritage, comme un ensemble d'institutions, mais elles ne suscitent plus l'élan que permettent et que stimulent les projets idéologiques et politiques. À la chute de l'URSS, le philosophe ultra-nationaliste russe Douguin, je n'ai pas l'habitude de citer les fascistes russes en exemple, vous le savez, mais Douguin a eu des mots extrêmement forts à la chute de l'URSS qui l'ont fait passer pour un fou.

Il a dit, alors que le monde entier célébrait la chute du mur de Berlin et de l'URSS, il a dit, « Ce jour-ci marque le début du déclin des démocraties occidentales parce qu'elles ne se vivront plus comme un projet politique, mais qu'elles se penseront aussi naturelles que l'air qu'on respire. » Il avait raison. À partir du moment où les démocraties se sont pensées comme naturelles, où elles ont oublié qu'elles étaient un projet historique, un projet politique, un projet philosophique qui se s'érode et qui se déconstruit si on ne le cultive pas, à partir de ce moment-là, elles ont commencé à devenir faibles.

Nos démocraties ont de plus en plus ressemblé à des institutions privées de Sèvres et c'est vrai en France plus encore qu'ailleurs. Pourquoi ? Parce que ces institutions en France sont plus verticales, parce que le pouvoir en France est plus concentré encore qu'ailleurs. Et ne vous y trompez pas, ce que nous vivons en ce moment, ce sop opéra politique qui plonge les Français dans l'inquiétude n'est pas simplement un soubresaut. C'est une véritable crise de la démocratie française. Ce pays a connu un mouvement social complètement inédit lors de ces dernières années, le mouvement des Gilets jaunes. Sur les ronds-points, les citoyennes et les citoyens français se sont retrouvés.

Il y avait des revendications disparates. Mais il y avait une chose qui se retrouvait partout. C'était l'exigence qu'on les prenne en compte, qu'on les entende, qu'ils soient en tant que citoyens des acteurs de leur cité et pas simplement des sujets d'une monarchie républicaine. Et qu'a-t-on fait de cette crise ? Le président de la République a convoqué un grand débat. des centaines de milliers de personnes ont participé à des débats, ont écrit des cahiers de doléances. Et qu'a-t-on fait de ces cahiers ? Qu'a-t-on fait de ces débats ? Rien. Qu'est-ce qui a changé dans les pratiques du roi Thomas Thurge ? Rien.

Qu'est-ce qui a changé dans le fonctionnement des institutions françaises face à une crise sociale d'une telle ampleur ? Rien. Alors, quand la démocratie est malade et ne parvient pas à se refonder, à se ressourcer, il y a une tentation qui monte pour répondre à la crise. C'est la tentation autoritaire. C'est la quête de l'homme fort qui viendrait résoudre tous les problèmes et remettre de l'ordre dans ce qui apparaît comme un chaos. Ce mythe de l'autorité restaurée par l'autoritarisme, ce mythe conduit à la mort des démocraties. Alors, aujourd'hui, il y a deux chemins pour répondre à la crise de la démocratie, le statu quo n'étant pas en soi un chemin.

Le premier chemin, c'est celui offert partout dans toutes les démocraties occidentales par les diverses extrêmes droites qui ont le vent en poupe. Ce chemin, c'est celui de la destruction pas à pas des institutions et de l'esprit des démocraties libérales. ce chemin, c'est celui de Trump, ce chemin, c'est celui d'Orban, ce chemin, c'est celui de Netanyahou, ce chemin, c'est celui de Le Pen et de Bardella. Ce chemin, il conduit à l'abîme. Et il y a un autre chemin qui n'est pas un chemin de préservation de l'ordre établi. Cet autre chemin, c'est celui de la démocratisation de nos démocraties. Cet autre chemin, c'est la fin de l'infantilisation des citoyens.

Cet autre chemin, c'est la refondation des institutions républicaines. Cet autre chemin, c'est celui que nous allons ouvrir ensemble. dans les premiers jours de son cours règne, le Premier ministre François Bayrou m'a appelé et nous avons échangé au téléphone. Je lui dis une chose en particulier. Vu la situation chaotique, il y avait une initiative qu'il pouvait et qu'il devait prendre. Une initiative qui aurait pu participer, lancer cette démocratisation de la démocratie française. Une initiative qu'il avait défendue, lui, pendant toute sa carrière politique. C'était l'instauration de la proportionnelle.

Ce que je lui ai dit lors de cet échange, c'est ne vous laisser pas happer par les autres questions. Profiter de ce moment qui était sans doute inespéré pour vous. Qui était sans doute inespéré et qui pouvait vous permettre de concrétiser un long combat, une fidélité à vous-même. Ne prenez pas le risque de regretter ensuite de ne pas l'avoir fait. Il m'a dit qu'il le ferait. Mais il n'est pas le seul responsable du fait de ne pas l'avoir fait. Parce que lorsqu'il recevait les différentes forces politiques, lesquelles posaient sur la table le fait que c'était une urgence, le fait qu'il fallait changer le mode de scrutin, nous, nous l'avons fait quand nous avons été reçus.

Parce qu'il nous semblait qu'au moins de cette crise politique que l'on vivait, on pouvait peut-être sortir un tout petit peu par le haut en installant enfin un système électoral dans notre pays qui non seulement représente fidèlement l'opinion des Françaises et des Français, mais qui puisse conduire à une révolution culturelle dans la classe politique, l'obligation de faire du Parlement un lieu de dialogue et de construction de compromis, la certitude que ce n'est pas moi ou le chaos que les petits Napoléons qui dirigent souvent les partis politiques français et qui veulent tout pour eux et rien dans la discussion avec les autres, eh bien, seraient amenés à discuter, à dialoguer et à forger, oui, des coalitions pour mettre en place des gouvernements, que cela rendrait au Parlement de la France le pouvoir.

Ça n'a pas été fait et la responsabilité est collective. Alors nous, nous irons plus loin dans le projet que nous construisons que la simple proportionnelle. nous voulons un président qui préside, un gouvernement qui gouverne, un Parlement qui légifère et des citoyens, des citoyens qui ne sont pas simplement convoqués tous les cinq ans pour déposer un bulletin dans l'urne mais qui participent activement à la vie de la cité en continu. régénérer, refonder, renforcer à tous les échelons la démocratie française. Nous voulons déconcentrer les pouvoirs, nous voulons décentraliser, mais pas décentraliser comme on l'a fait jusqu'ici, où on empile finalement de nouvelles strates à chaque fois.

Nous voulons une véritable décentralisation, c'est-à-dire la délégation de la souveraineté sur des domaines entiers à l'échelle régionale et à l'échelle locale. Nous voulons la possibilité pour les citoyens de se vivre en citoyens adultes et non plus en enfants. Vous savez, les gens nous expliquent que nous ne sommes pas comme nos voisins, que les Français ne sont pas prêts, que ce serait le chaos. Mais le chaos, on l'a là, dans ces pratiques-là. Et moi, je suis sûr qu'avec la responsabilité vient l'esprit de responsabilité. Et j'ai en tête cette phrase de Kant qui dit une chose simple. On lui demandait à Kant, le philosophe allemand, de condamner la Révolution française.

On lui disait « Vous êtes un penseur des Lumières, mais regardez la terreur qui s'abat sur la France. Que pensez-vous des têtes coupées ? » Il dit « Je suis contre, évidemment. Je suis horrifié par les têtes coupées et par la terreur. Mais alors, condamnez-vous la Révolution française. Condamnez-vous 1789 pour cela. Enfin, c'est ça qui a conduit aux têtes coupées. Vous voyez bien que les Français n'étaient pas prêts pour être libres. » Et Kant a cette réponse extraordinaire en refusant de condamner la Révolution française au nom de la terreur. Il dit « Mais vous savez, les peuples ne sont jamais prêts pour être libres.

Nul n'est jamais mûr pour la liberté qu'à la condition préalable d'être placés dans cette liberté. Et les princes et les prêtres voudraient que les êtres humains restent toute leur vie dans un youpala. » Il utilise le terme youpala en allemand. « Voudraient que toute leur vie, les êtres humains restent dans un youpala. Mais la seule manière d'apprendre à marcher, c'est de quitter son youpala. Et oui, d'apprendre à tomber et en se relevant de pouvoir marcher de façon autonome. C'est cela l'apprentissage de la vie citoyenne, c'est d'être placé dans une situation de pouvoir. Et donc, nous, ce que nous voulons, c'est une véritable révolution citoyenne.

Mais attendez, la citoyenneté, c'est aussi une immense responsabilité. Et avant qu'on se dise « Oui, nous voulons être des citoyens, actifs, décidants de notre avenir. Il faut comprendre ce que ça veut dire. La citoyenneté, c'est l'appartenance à un collectif qui nous transcende et qui nous dépasse et qui nous oblige. Les révolutionnaires français, quand ils ont proclamé les droits de l'homme et du citoyen, ils n'ont pas commis une erreur grammaticale. Ils n'ont pas répété le même mot. Ils maîtrisaient la langue française bien mieux que moi et que vous, que nous tous. Et donc, s'ils ont dit les droits de l'homme et du citoyen, c'est que l'homme et le citoyen ne se confondent pas.

C'est que les droits de l'homme et les droits du citoyen, non seulement ne sont pas les mêmes, mais peuvent s'opposer les uns aux autres. Que l'individu qui vous compose n'est pas seul en vous. Ne croyez pas que je fasse l'apologie de la schizophrénie, mais l'individu qui vous compose n'est pas seul en vous. Il y a aussi le citoyen et le citoyen peut obliger l'individu. Et je pense que nous avons tous une part de responsabilité dans le délitement civique. Nous avons tous laissé trop longtemps l'individu dominer le citoyen en nous. nous avons été encouragés en cela par la révolution néolibérale qui nous parlait en tant qu'individu, en tant que consommateur, en permanence.

Et progressivement, dans les kiosques des gares, les bouquins de philosophie politique ont été remplacés par des bouquins de développement personnel. Et l'individu a pris le pas sur le citoyen. Eh bien nous, nous allons nous adresser à des citoyens. Nous allons réveiller le citoyen en chacun de nous. Et pour cela, nous avons besoin d'une grande politique de l'école publique. Pour cela, nous avons besoin de sauver l'école publique. Ce sera notre priorité absolue. Aujourd'hui, aujourd'hui, en France, on fait peser sur l'école l'ensemble des crises qui minent la société.

et face à l'ensemble de ces crises, notre corps enseignant, nos professeurs, nos institutrices et nos instituteurs sont maltraités, ne sont pas aidés. Nous sommes le pays d'Europe qui traite sans doute le plus mal ses instituteurs et ses professeurs. Et dans le même temps, nous sommes le pays d'Europe qui traite le mieux ses quatre suprretraités. Alors là, il y a une question qu'il faut que la France se pose à elle-même. Il faut que l'on fasse non seulement de l'augmentation des salaires, mais de la priorité et de l'autorité donnée au corps enseignant, une priorité absolue d'une gauche qui reviendrait au pouvoir. Mais l'école seule ne suffira pas.

Quand je dis que pèse sur elle l'ensemble des crises de la société, il faut se demander qu'est-ce qui faisait la force de cette école des hussards noirs de la République. C'était certes le fait que le professeur était respecté, qu'il avait un statut, qu'il était une autorité. Mais c'était aussi qu'il y avait toute une société qui tirait dans le même sens que l'école publique. Il y avait des partis de masse, des syndicats de masse, il y avait trois années pendant la Troisième République de services militaires, il y avait des associations d'éducation populaires partout, il y avait une société qui tout entière croyait à la République comme un projet d'émancipation pour ses enfants.

Et aujourd'hui, on voudrait que l'école résolve tous les problèmes alors qu'à côté d'elle, il n'y a plus TikTok, c'est perdu. C'est donc autour de l'école que se résout aussi la crise de l'école, dans la capacité de la République à recréer des institutions qui intègrent, qui entourent et qui permettent à l'individu de devenir un citoyen. Et ce n'est pas un hasard si la démocratie a été inventée à Athènes parce que le citoyen athénien était aussi un oplite, un guerrier. Sur lui dépendait, de lui dépendait et sur lui pesait la responsabilité de la défense de la cité. C'est ça qui lui donnait le pouvoir et le prestige. Et aujourd'hui, j'aimerais qu'on replonge dans un texte de Jaurès.

Aujourd'hui, alors que nos démocraties sont menacées et que nous portons tous en nous-mêmes une part de la responsabilité de leur survie, j'aimerais qu'on replonge dans le texte de Jaurès qui s'appelle « L'armée nouvelle ». C'est un texte qui, contrairement à la plupart des textes de Jaurès, n'a pas été un carton de vente, n'a pas reçu un accueil d'itirambique de ses camarades. Et pourtant, aujourd'hui, se replonger dans ce texte qui explore la notion de défense nationale est absolument lumineux et éclairant. Et qu'est-ce que nous dit Jaurès ?

que la question de la défense de la nation ne peut pas être laissée simplement aux seuls militaires, que l'ensemble des citoyens doit se sentir responsables de cela et que nous devons accompagner ce sentiment tout au long de la vie, depuis l'école jusqu'à la fin. À un moment où nos démocraties sont attaquées dans une guerre que l'on qualifie d'hybride, et que l'on peut perdre sans échanger un seul coup de feu, que M. Poutine peut gagner sans envoyer ses chars à Berlin ou à Paris, simplement en obtenant des gouvernements amis et soumis, tous d'extrême droite, dans les principales capitales européennes. il faut être fidèle à l'exhortation de Jaurès et savoir ce que l'on défend.

La démocratie donc et la citoyenneté, ce n'est pas un hobby, ce n'est pas la faiblesse, ce n'est pas la mollesse. Moi, je vois d'emblée dans des campagnes à venir, à quel point quand on parlera de participation citoyenne, on nous dira encore ces fables sur la démocratie participative comme s'il s'agissait là de l'ubi gauchiste. Mais moi, je vais vous dire, la vraie difficulté, la vraie force, c'est précisément dans cette participation qu'on la trouve. La démocratie, c'est la force. La citoyenneté, c'est la force. Et je veux juste vous dire qu'aujourd'hui, alors que tout est ébranlé, les gens, et ils ont raison, veulent de la force pour les défendre.

Mais on doit s'interroger là sur qu'est-ce que la force. Et j'aimerais vous parler d'un écrivain, un écrivain ukrainien qui s'appelle Pavlo Matwisha. Pavlo a écrit des lettres à sa femme réfugiée en France alors qu'il était sur le front. Ils ont un échange de lettres absolument extraordinaire. Et Pavlo, qui a combattu deux ans sur le front, est un poète. Et il raconte, j'ai organisé une conférence au Parlement européen en l'invitant pour la sortie de leur livre, en les invitant pour la sortie de leur livre. Et il raconte à quel point un poète n'est pas préparé à la guerre.

Et ce qu'il a ressenti, la première fois, au plus profond de son être, la première fois qu'il a été amené à tirer sur un soldat russe et à le tuer. Il raconte cela. Il partage son ébranlement intime. Et il raconte cela d'une voix douce, calme, mesurée. Et en l'écoutant au Parlement européen, j'avais en tête les vidéos que j'avais vues la veille, les vidéos d'un influenceur Trumpiste qui s'appelle Alex Jones. Je ne sais pas si vous connaissez. C'est un mec bien bodybuildé qui parle avec une voix comme ça et qui mise sur le spectacle de la force. Et j'avais en tête notamment une de ces vidéos que j'avais vues la veille.

Une vidéo de lui avec sa grosse voix et ses muscles bien visibles et qui nous expliquait c'était avant l'élection de Trump. Mais enfin, Biden, il veut nous voir tous morts ou quoi ? Pourquoi il résiste à Poutine ? Il faut lui donner à Poutine tout ce qu'il veut. Donc avec sa grosse voix et ses gros muscles, il nous expliquait qu'il fallait se coucher devant le tyran et ainsi exciter son appétit. Et face à cela, face à nous, nous avions un écrivain qui parlait d'une voix douce, qui parlait avec peine, qui partageait ses émotions. Et je me suis demandé en le regardant, mais où est la force ?

Est-ce que la force est dans la soumission bodybuildée d'Alex Jones ou des autres Trumpistes ou de nos extrêmes droites soumises à Poutine et à Trump ? Où la force est-elle dans la voix douce, sans doute parfois fluette, d'un écrivain, d'un poète qui part sur un front et qui partage sa peine d'avoir eu à tuer un homme pour défendre sa patrie ? Où est la force ?

Dans un moment donc où des citoyens ébranlés par la situation, hantés par le déclin, demandent de la force, vous devez savoir que vous êtes plus fort qu'eux, que vous n'avez pas besoin de prendre la voix d'Alex Jones pour propager de la force, pour que de la force émane de votre être, que vous pouvez rester avec toutes vos fragilités, avec tous vos doutes et qu'en les exprimant, vous exprimerez infiniment plus de force que les éléments de langage codifié de la droite trumpiste et des succès de l'extrême droite. Cette raison, elle est souvent peu traitée par la gauche. Elle semble mettre mal à l'aise mais moi, elle ne me met absolument pas mal à l'aise.

Cette raison, elle conduit un hooligan en Angleterre à précipiter dans la rue des centaines de milliers de personnes avec un drapeau anglais dans les mains. Cette raison, c'est la crainte qu'éprouvent des millions de Françaises et de Français, d'Anglaises et d'Anglais, d'Européennes et d'Européens, d'Américaines et d'Américains. La crainte du déclin, voire de la disparition de leur nation. Et moi, pendant les Européennes, combien de fois ai-je entendu la même chose ? Nous avons fait une campagne, une belle campagne.

Et dans cette campagne, nous avions décidé que nous n'irions pas que dans des lieux qui votent à gauche, que nous allions parler à toute la France et à de multiples reprises, dans les usines, dans les fermes, dans la France rurale ou la France des sous-préfectures. Combien de fois ai-je entendu, après avoir discuté pendant de longues heures de notre projet, de notre projet de protectionnisme écologique, de notre projet de réindustrialisation, de protection de nos emplois, de notre projet d'une Europe qui assume d'être souveraine et autonome. Combien de fois ai-je entendu ? Nous aimons beaucoup ce que vous racontez et vous avez l'air somme toute quelqu'un d'assez sympa.

Mais nous, cette fois-ci, c'est Jordan. Non, non, non. Non, vous pouvez huyer Jordan si vous voulez, mais écoutez ça. Moi, je disais, mais pourquoi est-ce Jordan alors ? Personne n'a dit que c'est parce qu'il mange des dragibus sur TikTok. Non, non, c'est vrai. La réponse des gens était quasi tout le temps la même. Parce que lui, il aime la France. Sous-entendu, vous ou vos amis, vous ne l'aimez pas. Parce que lui, il nous aime. Parce que elle, elle nous aime. Parce que elle, elle aime la France. Ça doit nous habiter. Et il ne faut pas prendre cela à la légère. Il y a dans notre pays un questionnement, une angoisse sur ce que veut dire être français.

Sur l'amour réel que portent les élites dirigeantes à leur pays. Sur l'amour réel que porte la gauche à la France. Il y a cette interrogation. Elle est excitée par des médias d'extrême droite. Nous le savons. Mais elle existe. Et donc, quand une angoisse existe, il faut lui répondre. Il faut la prendre en charge. Il faut assumer de porter notre vision de ce que c'est qu'être français. De partager notre amour de ce qu'est la France. Son histoire. Si nous ne faisons pas cela, nous ne pourrons pas gagner les élections et nous ne mériterons pas de les gagner.

Je me suis souvent interrogé sur pourquoi l'espace politique, la famille politique, idéologique, qui est la mienne, la nôtre, ce qu'on a appelé la deuxième gauche, pourquoi cette gauche-là soit perdait les élections présidentielles, soit niait, elle n'allait pas renoncer au dernier moment. C'est arrivé quand même beaucoup de fois, avec des figures qui pourtant étaient extrêmement populaires dans le pays. Eh bien, je crois qu'il y a dans cette difficulté de cette gauche à raconter la France, à incarner la France, à penser la France, une des raisons de son échec répété.

parce que qu'on aime cela ou non, qu'on veuille une sixième république ou non, la présidentielle est une rencontre, certes, entre une personne et un peuple, mais surtout une rencontre de la France avec elle-même, une interrogation sur ce qu'est notre pays, sur la capacité que nous avons à nous inscrire dans une histoire. Et quand vous n'arrivez pas à formuler cela, vous ne pouvez pas gagner parce qu'en fait, vous avez raté le rendez-vous de la France avec elle-même. Alors nous, nous assumons de parler de la France, d'aimer la France, de dire la France. Notre France n'est pas cette nation rabougrie, repliée sur elle-même que prônent M.

Bardella ou Mme Le Pen, ces patriotes de pacotille qui s'inscrivent dans la tradition française la plus honteuse en se soumettant aux tyrans étrangers. Tout a commencé avec la révolution que ces gens ou leurs prédécesseurs ont refusé. Vous aviez à l'époque deux maîtres qui est partis à Saint-Pétersbourg travailler pour le Tsar contre la France révolutionnaire et qui écrivait depuis Saint-Pétersbourg les critiques les plus acerbes de ce qu'était la France et de ce qu'étaient les Lumières. mais ça n'a jamais cessé depuis. Et aujourd'hui, vous avez cette extrême droite qui refuse la France démocratique, républicaine et qui se prosterne devant Trump, devant Poutine.

Leur France, leur manière de dire la France, leur manière de voir la France, ce n'est pas notre manière de dire, ce n'est pas notre manière de voir. nous, notre France, c'est celle des milliers d'ouvriers des filatures du Nord qui, en 1831, se sont mobilisés pour empêcher la déportation par la monarchie de Juillet d'un patriote polonais qui s'appelait Joachim Lelevelle. Retenez ce nom. Joachim Lelevelle que personne ne connaissait en France, que personne ne connaissait dans le Nord, que personne ne connaissait parmi les ouvriers des filatures qui se sont mobilisés pour empêcher son expulsion.

Joachim Lelevelle qui avait trouvé refuge en France en pensant qu'il y avait eu une révolution lorsque la Sienne en Pologne s'est faite écraser par le Tsar a été arrêtée par la monarchie de Juillet et le plan était de l'amener en Belgique pour le remettre aux autorités russes. Et qu'est-ce qui s'est passé dans notre pays ?

Eh bien, des milliers d'ouvriers ont pendant des semaines et des mois bloqué le cortège de la police qui déportait Joachim Lelevelle à tel point que le cortège a mis plus de six mois à arriver à la frontière parce qu'il était bloqué, entouré par des ouvriers en grève et que le préfet à l'époque a écrit au roi lui-même pour lui dire « Mais sommes-nous certains que nous voulons risquer la chute de la monarchie pour un patriote dont personne, un polonais dont personne n'a jamais entendu parler au service d'un tyran dont tout le monde se moque ? » Et pourquoi cela ?

Il faut lire les journaux de l'époque où ces ouvriers expliquaient pourquoi ils se mobilisaient pour quelqu'un qui ne le connaissait pas. Eh bien, ces ouvriers sur les barricades, ils disaient quoi ? Ils disaient si nous le livrons, si nous le laissons livrer, c'est notre France qu'on détruira. C'est la France de 1789, c'est la France de la Révolution, c'est la France de 1830, c'est celle-là que nous nous détruirons, c'est notre identité que nous bafourons.

Alors notre France, c'est celle de ces ouvriers des filatures du Nord, c'est celle de Montaigne qui a inventé l'humanisme moderne et l'universalisme français simplement en faisant un geste littéraire absolument extraordinaire dans les essais, simplement en se disant que ces Indiens d'Amérique, qu'on avait fait venir pour les exposer comme dans un zoo, eh bien, étaient aussi dotés d'une conscience et qu'ils pouvaient nous aider à réfléchir et qu'il a fait une conversion du regard qui a fondé l'universalisme français en se mettant à la place des Indiens qui nous regardent. Et ils se disaient quoi les Indiens de Montaigne ?

Ils se disaient mais pourquoi un homme si petit, si petit comme le roi, est à ce point puissant qu'il conduit des hommes si forts et si grands à vivre à genoux ? Et ils se demandaient pourquoi dans un pays où les plus riches des aristocrates mangeaient à leur faim et plus qu'à leur faim, sans cesse, sans faim, eh bien pourquoi ils voyaient partout des pauvres qui crevaient la dalle ? Et ils se demandaient pourquoi alors il n'y avait pas des gens qui prenaient des gourdins et qui allaient forcer leur chemin dans la maison des aristocrates pour manger eux aussi à leur faim. Et en faisant cela, qu'est-ce qu'il nous disait ?

Qu'il y avait une universalité de la conscience que donc on pouvait fonder les droits de la personne humaine sur cette universalité de la conscience. Il était l'ancêtre de la France des droits humains et il venait évidemment de pas loin d'ici. Mais notre France c'est celle du cri de la justice, de Voltaire qui ébranle la monarchie pour Calas, de Zola qui bouleverse les autorités républicaines lorsqu'elles trahissent la République elles-mêmes lors de l'affaire Dreyfus. Et quand on y songe, on a fait de l'affaire Dreyfus un exemple de l'antisémitisme français.

Mais dans tous les pays, il y avait des capitaines qui étaient mis en prison pour pseudo-collaboration avec l'ennemi des capitaines juifs. Mais il n'y a qu'en France que cela a déclenché une guerre civile culturelle. Il n'y a qu'en France que cela a scindé les familles, que cela a scindé les partis, y compris à gauche, que cela a créé un mouvement d'indignation tel que les gouvernements sont tombés et qu'à la fin la justice est passée. Et bien c'est de cette France-là que nous sommes amoureux, oui. Notre France, c'est celle qui se moque des croyances et des autorités. De Rabelais à Charlie, une nation qui s'est mariée avec la liberté et qui n'en divorcera jamais.

Notre France, c'est celle de l'abolition des privilèges, de la sécu dont on fête les 80 ans, de Jaurès, de Blum, de cette quête de justice et d'égalité qui n'est jamais achevée. Notre France, c'est celle de toutes ces associations qui, même si elles sont malmenées, même si elles sont sous-financées désormais, maintiennent vivace l'idée fondamentale de fraternité. Cette fraternité qui construit notre pays. Et bien cette France-là n'est pas condamnée. Elle n'est pas condamnée. Et elle aspire à être portée à nouveau.

Et si la voix des héritiers de Maurras et de Barrès domine aujourd'hui le chant français, c'est simplement parce que celle des descendants de Voltaire et de Zola s'est eue d'une manière inexplicable et honteuse. Alors nous serons ensemble cette voix, cette voix fière et fidèle à ce qu'est véritablement la France. Et nous n'aurons pas peur de leur reprendre tous leurs slogans. Oui, nous sommes fiers d'être français de cette France. Oui, nous voulons que la France fresse la France cette France. Et oui, nous renouerons avec ce qui fait la France, ce pacte 20 fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde dont parlait le général De Gaulle.

Parce que la France n'est justement la France que quand elle s'adresse au monde, que quand elle parle le langage du droit, que quand elle parle à tous les hommes. La France est la France, oui, lorsqu'elle reconnaît par exemple, et malgré tout ce qu'on peut dire et ce que je dis sur ce président lorsqu'elle reconnaît l'État de Palestine à la tribune de l'ONU. La France est la France lorsqu'elle parle le langage du droit et lorsqu'elle porte haut les principes de la République. La force de la France, c'est d'être une terre, mais plus qu'une terre.

C'est d'être aussi une idée, une certaine conception de ce qu'est vivre dignement, de ce qu'est la justice, de ce qu'est la liberté, l'égalité et la fraternité, de ce qu'est l'émancipation. Et nous, ce que nous voulons faire, c'est dire à cette France qui croit encore dans ses principes, qu'elle ne doit jamais renoncer à ce qu'elle est, qu'il y a encore un destin immense pour elle, qu'elle peut redevenir ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être, qu'elle peut s'imposer comme étant la locomotive de la puissance européenne à venir et donc, oui, du monde libre. Voilà le destin de notre nation. Pas la dépression, pas le repli, pas la haine, pas le ressentiment.

Alors nous qui sommes ici, nous avons ensemble une mission immense, la régénération de la démocratie, la défense de la France, la défense de l'Europe. Nous sommes les défenseurs, oui, les plus cohérents, les plus fermes de la France et de l'Europe, car nous avons de cette défense une vision globale. Oui, nous assumons la question militaire et la question de la pure défense. Il faut des investissements dans notre outil militaire. Il faut développer notre souveraineté militaire en Europe. Il ne faut plus dépendre de Washington pour savoir si Berlin, Varsovie ou Paris sont défendus. Mais la défense, à nos yeux, n'est pas qu'une question d'investissement dans la chose militaire.

c'est aussi la cohésion sociale et l'investissement dans les solidarités qui permettent aux institutions de tenir. C'est aussi la transformation écologique, la transition énergétique, ce qui nous permettra d'être souverains et d'être en sécurité, de ne plus dépendre de tyrannies fossiles hostiles, tant à nos principes qu'à nos intérêts stratégiques. Alors oui, nous sommes la digue et dans la lutte à venir, nous n'aurons pas le droit de faiblir, pas le droit de mollir, pas le droit non plus de compromettre la clarté de notre message.

Et je vous demande ce soir, à chacune et chacun d'entre vous, de la constance, de la cohérence, un courage et une détermination à toute épreuve, notre ligne n'est pas encore comprise par tout le monde dans les différents appareils qui composent la gauche française. Mais nous n'en changerons pas. Car c'est la seule ligne qui correspond fondamentalement à nos principes, la seule ligne qui correspond à ce que nous sommes et c'est aussi, croyez-moi, la seule ligne qui peut l'emporter.

Alors c'est simple, nous ne partirons pas dans ce combat existentiel pour la démocratie, pour la défense de la démocratie, avec ceux qui ne font pas la différence entre une démocratie et une dictature, entre la France républicaine et la Chine autoritaire, avec ceux qui refusent la défense européenne et avec ceux qui brutalisent le débat public en permanence. Et nous savons, nous, à qui bénéficiera la brutalisation de ce débat public, pas à la gauche, mais à l'extrême droite. Alors nous n'avons pas, nous n'avons pas la même vision de la France, de l'Europe et du monde que la France insoumise. Et deux visions opposées donnent naissance à deux offres politiques opposées.

Et ensuite, les électrices et les électeurs tranchent. C'est simple, c'est clair, c'est limpide. Cela s'appelle d'ailleurs la démocratie et cela s'appelle aussi la sincérité qui doit toujours rester notre principale capitale politique. Ce sera vrai dans toutes les élections qu'elles soient anticipées ou pas. La politique, c'est choisir, c'est trancher, c'est tenir bon, c'est se tenir droit, y compris et surtout quand c'est difficile. Nous, nous avons choisi et nous sommes prêts.

Nous sommes prêts à réveiller la France démocrate et humaniste, prêts à lui communiquer notre flamme, prêts à lui dire qu'elle n'est pas condamnée au déclin ou à l'effacement, prêts à lui dire qu'elle peut renouer avec un destin immense, que c'est sa raison d'être, de renouer avec ce destin, que sans ce destin, elle s'éteint. Nous allons mener la lutte, oui, ensemble, tous ensemble, jusqu'au bout. et des millions de Françaises et de Français attendent cela, espèrent cela et sont prêts à la mener avec nous. Beaucoup de gens sont prêts à nous rejoindre, à participer à ce combat à nos côtés.

Alors, je vous demande d'aller leur parler partout, d'aller leur dire à toutes et tous que rien n'est joué, qu'il y a un espoir, qu'il y a un chemin. Je compte sur vous et vous pourrez compter sur moi, sur nous toutes, sur nous tous, jusqu'au bout. Alors, alors, on peut dire ensemble ce soir, vive Place Publique, vive la démocratie, vive l'Europe libre et vive la France. Merci à vous. Sous-titrage Société Radio-Canada

Discours de Raphaël Glucksmann aux Rencontres Place publique de La Réole - Octobre 2025 — Raphaël Glucksmann · Pourquijevote