Budget, Smic, Brandt... L'interview en intégralité de Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail
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Il est 8h29 sur RMC et BFM TV. Bonjour Jean-Pierre Farandou. Bonjour. Merci d'avoir accepté de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes le ministre du Travail et des Solidarités, ancien président, directeur général de la SNCF. De très nombreuses questions à vous poser sur le SMIC, sur les allocations, sur la prime de Noël, sur l'emploi, sur le budget bien sûr. Mais en préparant cette interview, je me suis demandé si finalement vous n'étiez pas mieux à la tête de la SNCF. C'était presque plus confortable, non ?
C'est différent. C'est sûr que la SNCF, je la connaissais très bien. J'ai passé 45 ans de ma vie. Mais je suis content d'avoir accepté de m'engager pour le pays. Vous savez, moi je suis là pour les Françaises et les Français. Travail, solidarité, il y a beaucoup de choses. Je crois que tous les Français se sentent concernés par ces sujets. Si je peux être utile pour eux, je le ferai bien volontiers.
Et c'est ce qu'on va voir justement. Utile, comment ? Alors d'abord dans un contexte évidemment où on attend de savoir si le budget de la France sera voté ou non. Je vous interrogerai là-dessus. Mais il y a une question évidemment très précise sur la prime de Noël, parce que c'est dans quelques jours. Et peut-être c'est même là-dessus qu'il y a eu une question presque, j'allais dire, de philosophie autour de votre arrivée au ministère, au ministère du Travail et des Solidarités. Parce que lorsque vous êtes arrivé il y a donc quelques semaines, vous déclariez, je vous cite, « L'État français a été très généreux et vous disiez au fond qu'il serait difficile de continuer à l'être.
Vous envisagiez en particulier sur cette prime de Noël de la restreindre pour ne plus la donner aux ménages sans enfants ou aux célibataires sans enfants. Au moment où on se parle, est-ce que vous avez changé d'avis ? Est-ce que les choses ont évolué ? Et la prime de Noël sera-t-elle versée à tous ? »
D'abord elle a été versée hier, la prime de Noël. Donc ça y est, c'est fait. Ça c'est fait. Voilà. Donc c'est une bonne chose, c'est une bonne nouvelle.
Mais y compris à ceux qui n'ont pas d'enfants.
– Oui, oui. Elle a été versée dans les conditions habituelles. Donc on est des enfants, qu'on n'est pas des enfants, du moins qu'on est bénéficiaires du RSA. On a reçu la prime de Noël. Personne seul, personne avec enfant. Tout le monde a reçu la prime de Noël. L'année prochaine, donc là ça renvoie à ce que vous avez indiqué, c'est le débat sur le budget pour l'année prochaine. Ce budget pour l'année prochaine, pour l'État, on cherche à l'équilibrer. Vous savez qu'on voulait même partir dans la copie initiale à 4,7% de déficit.
Parce que c'est très important que l'État français sorte progressivement ce problème de déficit qui accroît la dette, taux d'intérêt de plus en plus élevé, la charge de la dette d'être en plus lourde. C'est ça. Dans cette copie initiale, c'est vrai, je l'ai dit, il y avait effectivement la proposition de réduire les bénéficiaires de la prime de Noël. C'était une proposition. Tout de suite, j'ai dit aussi que j'étais prêt à en discuter. Et d'ailleurs, c'est le Parlement qui va le faire. Donc pour le moment, rien n'est encore tranché. Et le Parlement, et notamment à l'Assemblée nationale, décidera de la manière dont tu veux appliquer la prime de Noël dans ce pays l'année prochaine.
Donc il reste quelques jours effectivement pour en décider. À titre personnel, vous estimez toujours que l'État n'a plus les moyens d'être aussi généreux ?
Alors sur la question de fond, c'est tout le débat un peu du financement de la sécurité sociale, de notre système de protection sociale. C'est un vrai sujet. On sait que ça consomme de plus en plus de part de notre richesse. Je pense que moi, il faut ouvrir le débat. Je pense que ce n'est pas l'occasion d'un projet de loi de finances qui est un peu technique, qui va vite. On est au Parlement. Moi, je suis prêt à engager un débat de fond.
Comme je l'ai fait sur les retraites à travers une conférence qu'on a lancée dans le pays avec des partenaires sociaux, je suis prêt à réunir toutes les parties prenantes pour discuter c'est quoi notre modèle social, notre système de protection et comment on le finance. Je pense que c'est un débat qu'il faut mettre sur la table. On est un peu aux limites, un peu au système. Il est né, vous avez, après la guerre, on a un système de la sécurité sociale qui a 80 ans. Le temps est peut-être venu maintenant de remettre à plat les conditions de financement de notre système de protection sociale.
Ça veut dire, vous parliez à l'instant de la sécurité sociale. La semaine dernière, certains socialistes, Jérôme Getsch par exemple, disaient « Moi, je suis pour une grande sécu ». C'est-à-dire qu'il n'y ait plus le reste à charge d'un côté et les mutuelles de l'autre, qu'il y ait une grande sécu. Est-ce que ça fait partie des pistes de réflexion pour vous ?
Moi, je suis très doué.
On voit là que les prix des mutuelles vont encore augmenter. Est-ce qu'on n'arrive pas justement à ce bout du système où c'est les vases communicants où quand l'État ne veut plus, il se déverse sur les autres ?
Aujourd'hui, le système de la sécurité sociale en France, la protection sociale, les retraites, la maladie, il est payé par le travail, par des cotisations patronales, donc s'il renvoie au coût du travail, et salariales, qui renvoie d'ailleurs à la différence entre salaire bruit et salaire net, qui est aussi un débat dans ce pays sur le pouvoir d'achat. Et de l'autre côté, il est payé de plus en plus aussi par l'État qui comble le trou, puisqu'il manque encore de l'argent, les cotisations ne sont pas suffisantes. C'est ça qu'il faut mettre sur la table. Il n'y a pas de solution évidente, mais en tout cas, discutons-en, regardons les formules possibles. Je pense que ce débat sera très utile.
Au fond, je suis en train de dire que la prochaine campagne présidentielle, elle sera sociale. Il faudra parler retraite, il faudra parler sécurité sociale, et on peut penser que le débat démocratique tranchera le modèle de protection que les Français souhaitent pour leur pays.
Ça veut dire que d'ici là, on a quand même le sentiment qu'à chaque fois qu'on essaye de toucher à un débat de fond, comme on le fait à l'instant avec vous, Jean-Pierre Farrandou, on nous renvoie à 2027. Ça veut dire que d'ici là, au fond, ce sera une sorte de gestion des affaires courantes ?
Ah non, on est prêt à faire beaucoup de choses. Moi d'ailleurs, je rends sur mon ministère à moi, emploi des jeunes, emploi des seniors, accident du travail, voilà, il y a beaucoup de choses à faire, et je suis prêt à les engager. Et honnêtement, il me tarde que la période budgétaire soit terminée, ça me consomme beaucoup de temps. Moi, je suis sur les starting blocks, je suis prêt à partir. Je rencontre beaucoup de patrons de fédérations, par exemple professionnels, et je vois bien avec eux comment on peut les aider à mieux fonctionner. Moi, il me tarde de me mettre au service de mon pays, au service des entreprises, pour le travail et pour l'emploi.
Donc ça veut dire que pour ça, il faudrait que le budget soit voté, et vite, on n'a pas l'impression qu'il sera voté en Noël ?
Moi j'espère, je suis un optimiste, je crois beaucoup au dialogue, je crois beaucoup au compromis. Ce qui va être très important, c'est ce qu'on appelle cette commission mixte paritaire de vendredi, avec 7 sénateurs et 7 députés, ils ont en main, quelque part, peut-être, le succès de ce projet de loi de finances pour la France, ce budget pour la France, espérons qu'ils arrivent à converger, s'ils convergent, ensuite il faudra que ce soit voté, mais moi, on fait tout côté État pour leur donner tout le matériau, tous les éléments pour qu'ils arrivent à converger vendredi ou samedi.
Certains, au sein même de la famille politique du bloc central, alors on ne sait plus très bien où est-ce qu'il commence, où est-ce qu'il s'arrête, mais quelqu'un comme Elisabeth Borne, l'ancienne première ministre, ancienne ministre du gouvernement, elle dit aujourd'hui, on ne peut pas s'en sortir 149.3. Il vaut mieux un 49.3 que pas de budget. Est-ce que vous faites partie de cela ?
Ah non, là-dessus, moi, je suis très aligné sur mon Premier ministre qui a décidé de ne pas utiliser 149.3, de donner la responsabilité au Parlement de faire la loi, la fabrique de la loi, parce que ce sont des lois dont on parle, à la fois la sécurité sociale et le budget de l'État, ce sont des lois. Nous apprenons, c'est très innovant, effectivement, peut-être dans la Ve République, le pouvoir est donné au Parlement, le gouvernement participe, bien sûr, dans les négociations, dans les débats, dans la recherche de compromis.
On a réussi pour la sécurité sociale, au fond, même si c'est peut-être plus difficile, il n'y a pas de raison qu'on ne réussisse pas non plus pour donner un budget à l'État français.
Donc, tant pis si ça doit prendre du temps ?
Tant pis si ça doit prendre du temps, mais pas trop de temps non plus, parce qu'on a besoin d'un budget. C'est important, par exemple, pour les armées, on est prêt à mettre 6,7 milliards d'euros supplémentaires pour mieux se défendre. C'est dans le projet de loi. On parlait de la prime de Noël. La prime de Noël aussi, elle est dans le budget. Donc, c'est très, très important de donner un budget. Et j'espère, moi, je suis toujours optimiste, et je crois à la capacité de compromis, qu'on peut y arriver d'ici la fin de l'année.
Le SMIC, la hausse du SMIC, est-ce que vous confirmez ce que les syndicats ont annoncé la semaine dernière ? Est-ce qu'un décret sera effectivement présenté pour augmenter le SMIC, et à quelle hauteur ?
Je peux vous dire qu'aujourd'hui, c'est aujourd'hui normalement que ça se décide en Conseil des ministres, c'est ça la procédure. Le SMIC sera augmenté un peu plus que l'inflation. L'inflation est à 0,9%, c'est les derniers calculs sur un an. Le SMIC sera augmenté de 1,18%, donc avec un petit supplément par rapport à l'inflation.
1,18%, donc il y a une sorte de petit coup de pouce.
C'est un coup de pouce intégré au mode de calcul, parce que le mode de calcul fait qu'on donne souvent un peu plus que l'inflation, et d'ailleurs, depuis 2021, le SMIC a déjà été augmenté de 17%, alors que l'inflation est à 15%, elle a été augmenté de 15%, les salaires de 15%. Donc on voit, le SMIC se tient bien, et via les mécanismes d'indexation, on arrive bien à le maintenir à un niveau suffisant.
Jean-Pierre Farandou, depuis lundi, 750 salariés de Brant qui ont perdu leur emploi. Est-ce que vous avez des précisions à nous donner sur leur avenir ? Est-ce que le gouvernement va s'en charger ? Est-ce que vous avez un peu d'espoir à leur donner ?
Oui, d'abord, c'est un drame humain. Je viens de l'entreprise, vous le savez. Donc une entreprise qui ferme, c'est un drame. C'est d'abord un drame humain, c'est un drame économique, mais c'est d'abord un drame humain. 750 salariés vont perdre leur emploi sur le site de Saint-Ouen et sur le site d'Orléans. On va les aider, le ministère du Travail en particulier. C'est notre travail, c'est notre job. On va les accompagner un par un, pendant 12 mois. On va les aider à retrouver un emploi.
Ça veut dire quoi ? Ça veut dire financièrement ? Ça veut dire en termes de formation ? En termes de recherche d'emploi ?
D'abord, on leur assure au minimum 75% de rémunération de leur salaire brut pendant 12 mois. Donc c'est une période assez longue où ils sont sécurisés au plan économique. Et deuxièmement, des conseillers. Les conseillers emploi vont être mis à leur disposition pour des diagnostics individuels, pour chacun. L'histoire de chacun est différente. qu'un nouveau projet professionnel, disons, on va les aider à réussir et à Saint-Ouen et à Orléans.
Il y a deux plans sociaux, j'allais dire silencieux, dans le pays. L'un dans le bâtiment et d'autre dans le commerce et notamment le commerce de l'habillement. On apprend que IKKS, l'enseigne de vêtements français, va se retrouver en redressement. 350 magasins qui pourraient fermer. Là aussi, c'est à chaque fois des emplois. Quel regard vous portez là-dessus ? Et est-ce qu'il y a un moyen de stopper cette hémorragie ?
Il y a deux sujets. Il y a effectivement le traitement de fonds. On est envahi de produits chinois. C'est ça le problème. Il faut qu'on arrive à se protéger de ce plan d'invasion massive de produits chinois à très bas coût, avec du dumping social, des normes sanitaires qui ne sont pas respectées. Il faut absolument qu'on se protège au niveau français et au niveau européen. Ça, c'est central, c'est stratégique.
On s'est fait avoir. Franchement, sur cette histoire, on s'est fait avoir comme des bleus.
Peut-être que l'Europe a été un peu naïve. Je pense qu'une fond de naïveté de l'Europe, c'est fini. Il faut que l'Europe se prenne en main. On a d'un côté les Chinois qui veulent nous envahir et de l'autre côté les Américains qui se protègent par leurs tarifs douaniers. Voilà, c'est ça la réalité du monde. Dans cet environnement-là, l'Europe doit devenir plus solide et se protéger davantage.
L'Europe et la France, pardon, je fais une insertion sur cette question des petits colis. Je recevais ce matin sur RMC l'un des députés en charge du rapport qui sera dévoilé ce matin, qui disait que sur ces petits colis, seuls 0,008% de contrôles. Et lorsqu'ils sont contrôlés, 9 produits sur 10 ne respectent pas les normes. Quand on sait ça, est-ce qu'il ne faut pas stopper de net ?
Après, ce sont des discussions qu'il faut avoir là aussi au niveau français et au niveau européen quand même. Il faut être sérieux parce que...
Mais en termes de concurrence pour ceux qui, dans notre pays, respectent les normes lorsqu'ils fabriquent, c'est insupportable.
Oui, on est bien d'accord, je suis absolument d'accord. C'est bien pour ça qu'il est temps de se défendre. Il est temps de mettre en place des mécanismes solides, de se protéger. Il faut se protéger de produits qui ne sont pas aux normes, de produits qui sont dangereux, de produits qui sont en dumping social. Il faut se protéger. Ça, c'est l'amont. C'est absolument vital. C'est une forme de guerre économique. Il faut bien voir. Donc, il faut se protéger. Et deuxièmement, bien évidemment, après c'est la vale. Quand il y a des conséquences sur l'emploi en France, l'amont ministère intervient en fond. Et France Travail, on a une superbe agence.
55 000 conseillers qui sont mobilisés pour aider les Français à retrouver du travail. J'ai visité un France Travail à Sainte-Denis il n'y a pas très longtemps. C'est très impressionnant. Ce sont des grands professionnels qui accompagnent chacun. Et on trouve des solutions. On a un système de retour vers l'emploi qui fonctionne bien dans ce pays. Heureusement, mais franchement, ça fonctionne. Voilà. Donc, protection en amont.
Donc, les 350 magasins IKKS. Donc, effectivement, 40 000 emplois qui ont été détruits sur les dernières années dans le monde du bâtiment. Vous ne redoutez pas que le chômage, à nouveau, se réinstalle comme un chômage de masse ?
Non, d'abord, on est résilients. Il faut voir les chiffres, pour le moment. Alors, on voit bien que cette situation économique est terrible, quand même. On est pris en sandwich, quelque part, entre l'agression des Chinois et le protectionnis des Américains. Voilà. On ne résiste pas trop mal en France. Je ne sais pas si vous le savez, mais la France a fait la moitié la croissance européenne, à elle toute seule. Dans notre modèle, il est résilient. Et si il est résilient, c'est peut-être d'ailleurs que les politiques qu'on a conduites ces dernières années ne sont pas trop mauvaises. Cet équilibre entre politique de l'offre, politique de la demande. On a des grands champions.
On a l'aéronautique. Je crois que le carnet de commandes d'Airbus n'a jamais été aussi plein. On a le nucléaire. On a le BTP. On a l'armement. On a des grandes filières qui fonctionnent très bien et qui tirent toute l'économie française. Voilà. Donc, tout ça, nous l'avons en main. Donc, certes, tout n'est pas parfait. Mais honnêtement, notre pays résiste bien. Et on a des atouts pour résister dans cette grande concurrence mondiale qui s'organise.
Jean-Pierre Farandou, la question des allocations familiales. Le projet de loi de finances sur la sécurité sociale qui a donc été adopté prévoit de décaler l'âge de majoration des allocations familiales de 14 à 18 ans. Aujourd'hui, quand votre enfant avait 14 ans, votre allocation familiale était revalorisée, considérée qu'il vous coûtait plus cher. Ça ne sera qu'à 18 ans. Est-ce que vous n'allez pas lier à cette question-là pour les Français, pour le manque à gagner que ça serait pour les familles ?
Ça, c'est le Parlement qui l'a décidé. La loi, elle va s'appliquer. Là encore, il ne faut pas oublier qu'il y a cette notion de recherche d'économie quand même. C'est l'équilibre entre l'économie et la sociale. En ce moment, honnêtement, déjà que les gens ne font pas de bébés... Il faut que tout le monde fasse des efforts. C'est bien le problème. On voit bien que chaque fois qu'on demande des efforts dans ce pays, c'est compliqué à accepter. Comment on fait ? On ne peut pas à la fois équilibrer ou chercher à équilibrer la sécurité sociale et refuser tous les efforts. Alors les efforts, c'est compliqué, c'est difficile. Difficile à assumer aussi, bien sûr, pour un gouvernement.
Mais c'est notre devoir aussi de trouver ces équilibres économiques, sociaux. Surtout qu'on ne s'en est pas trop mal sortis. Ce budget, il n'est pas mal. Il a évité le dérapage des comptes de la sécurité sociale, avec un chiffre qui reste raisonnable, même toujours en déficit. Mais on ne pouvait pas rétablir l'équipe d'un seul coup. Il apporte beaucoup de bonnes choses aux Français. Vous l'assumez, vous l'assumez. Oui, je l'assume. Et moi, honnêtement, ma lecture, je trouve que ce n'est pas un mauvais budget. J'entends beaucoup de critiques que je trouve excessives. Il arrange la retraite des femmes, par exemple, depuis le temps qu'on a parlé.
Les femmes qui ont des enfants verront leur retraite améliorée. Il arrange aussi tout ce qui est l'accès aux soins dans les territoires. Donc il y a plein de bonnes choses dans le budget. Regardons ce qui va bien. Attention à ne pas tomber dans le catastrophisme dans ce pays. On voit toujours ce qui va mal, on le bourre souple. On ne voit pas ce qui va bien. Il y a beaucoup de choses qui vont bien dans ce pays.
L'allocation sociale unique, ça faisait partie des choses auxquelles vous croyez beaucoup. Vous avez encore dit il y a dix jours que vous aviez un projet d'allocation sociale unique pour décembre 2025. Est-ce qu'on y sera ?
Alors l'allocation sociale unifiée, c'est rendre notre système d'aide plus lisible, plus simple, plus accessible, plus équitable. Voilà. Donc c'est ça l'objet. Et on ne renonce pas, bien évidemment.
Ça veut dire qu'au lieu d'avoir des multiples guichets ou plusieurs lignes, on aura... Expliquez-nous vraiment ce que ça changera au quotidien.
Bon, vous aurez un compte social unique où chacun pourra savoir exactement ce à quoi il a droit. Aujourd'hui, c'est très compliqué. Et on sait d'ailleurs des gens, on n'accède pas à leur droit parce qu'ils ne savent pas bien s'y retrouver dans la jungle des systèmes qui existent. Et deuxièmement, vous avez aussi un revenu social de référence où par foyer, on saura exactement, finalement, le niveau de revenu d'un foyer ou par le travail ou par les aides. Et à partir de là, c'est beaucoup plus équitable pour allouer un certain nombre d'aides. Voilà. Et deuxièmement, je le redis, tout ça, bien évidemment, ça rentre dans le cadre de la lutte contre la pauvreté.
Il y a un plan de solidarité dans ce pays. On a de la pauvreté. Ce n'est pas nouveau. Il y a dix ans, il y avait 9 millions de pauvres. Il y en a 10 millions. Donc, ce n'est pas nouveau qu'il est pour dans ce pays. Par contre, nous nous battons contre la pauvreté avec beaucoup d'énergie. Ce système d'aide, il est là pour ça.
Je voudrais aussi vous interroger sur la démographie parce qu'on l'a appris hier. Ça y est, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, il y a plus de morts que de naissances dans ce pays. Ça aura forcément des conséquences sur notre modèle social, comme vous le disiez, qui est à revoir. En gros, à un moment ou à un autre, il faudra soit qu'il y ait davantage d'immigration, soit qu'il y ait des gens qui travaillent plus longtemps, soit qu'on renonce à un certain nombre d'aides qui ne seront plus financées entre les actifs et les retraités. Qu'est-ce qu'on fait ?
C'est vrai que la démographie, c'est ce qui secoue le plus tous nos systèmes de protection. Mais évidemment, nos systèmes de protection, il a été conçu, comme on le disait, après la guerre. Il y avait 4 actifs pour en retraiter. Maintenant, il y a 1,4 actifs pour en retraiter.
Et là, on voit que ça ne va pas s'améliorer.
À l'époque, l'espérance de vie était beaucoup plus courte. Heureusement, grâce à le progrès de la médecine, les gens vivent plus vieux. Vivant plus vieux, on sait que le coût en maladie est plus élevé. Donc, vous l'avez dit, la démographie vient questionner tous nos systèmes d'aide. Voilà. Donc, comment il faut faire ? D'abord, il faut l'admettre. Il faut ouvrir les yeux. Vous savez, la lucidité, ce n'est pas toujours facile d'admettre les choses. Après, on voit bien qu'effectivement, il va falloir certainement travailler plus de travail. Alors, plus de travail, ça veut dire aussi que les seniors travaillent davantage. Même si ça va mieux, là encore.
Commençons par regarder la bouteille à moitié pleine. Le taux d'emploi des seniors, le taux d'emploi des jeunes n'a jamais été aussi élevé dans ce pays. On progresse. Mais on a encore des marges de progrès par rapport à la moyenne européenne. Moi, je veux travailler sur ces deux sujets. Taux d'emploi des jeunes, taux d'emploi des seniors.
Un mot sur la colère agricole. En tant que patron de la SNCF, vous sillonnez tout le territoire français. Quel regard vous portez sur cette colère ? Est-ce que vous imaginez qu'elle puisse se calmer ?
Moi, d'abord, j'allais dire que je comprends la colère agricole. Parce que, voilà, c'est mon histoire personnelle. Ce n'est pas très important. Mais mes grands-parents ont été les paysans du Sud-Ouest dans les zones qui sont concernées.
Exactement.
Voilà. Et des vaches, j'en ai connues dans les fermes. Et je connais l'attachement des paysans à leurs vaches. Ils les appellent par le prénom. Vous voyez, elles ont des prénoms, les vaches. Donc, le lien affectif est très important. Voilà. Donc, je fais court, mais je comprends tout à fait. Ce que le gouvernement a décidé, c'est de massifier, d'accélérer la vaccination dans le grand Sud-Ouest, dont non seulement les zones infectées, mais au-delà. Donc, il y a cinq départements concernés par des infections. C'est très contagieux. C'est une maladie qui est terrible. Donc, il faut vraiment mettre le paquet. Il faut les isoler. Et il y a un cordon sanitaire.
Six départements autour pour faire vraiment un cordon sanitaire avec tout le reste du pays. L'enjeu, c'est d'éviter que cette maladie ne se propage pas aux 16 millions de bovins dans notre pays. Donc, on met le paquet. 750 000 vaccinations vont être faites. On mobilise tous les vétérinaires, les actuels, les retraités, ceux de l'armée, ceux de l'État, les étudiants. On met le paquet. On commence par l'Ariège. Il y a 1000 fermes en Ariège où la vaccination sera faite d'ici la fin de l'année. Voilà. C'est un effort de mobilisation générale. Je remercie d'ailleurs les vétérinaires qui se mobilisent tous.
Vraiment, tout le monde se mobilise pour éradiquer cette maladie, notamment par un effort massif de vaccination accéléré dans le Grand Sud-Ouest.
Avec cet effort, vous vous dites qu'il faut lever les blocages désormais ?
Ça, ça, il appartient aux organisations syndicales agricoles de voir ce qu'elles veulent faire. Moi, l'expression de la colère, on l'entend. Après, je crois que l'État, une fois de plus, vous voyez, face aux difficultés, l'État répond présent. Moi, je voudrais... On a parlé de Brent, on parle de la vaccination. On fait face à des dangers pour les Français, on est là pour protéger les Français, on est là pour agir et apporter des solutions.
Merci beaucoup Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, ancien président, directeur général de la SNCF. Il est 8h47 sur AMCB FM TV.
Jean-Pierre Farandou