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interviewBLAST (sur YouTube)· 6 mars 2024 22 min

MACRON, LE CHOIX DE LA GUERRE AUX PAUVRES

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien il y en a qui sont pour beaucoup il trit je le récuse parce que on va pas au contact comme je vais depuis que je suis engagé dans la vie politique quand on a du mépris pour les gens je traverse la rue vous en trouve simplement des gens qui sont prêts à travailler la meilleure façon de se payer un Cossard c'est travailler c'estexpression je pense d'un d'un état d'esprit qui est propre à une oligarchie qui est aujourd'hui très bien représenté au gouvernement beaucoup trop de nos concitoyens pensent qu'on peut obtenir sans que for soit apportter oui j'ai été à l'école privée je n'ai pas à renier ou à m'excuser pour ce choix qu'on fait mes parents à l'époque la politique sociale regardez on met un pognon de dingue dans des dans des minimas sociaux les gens ils sont quand même pauvres il faut inciter les Français à travailler plus longtemps la seule chose dont j'ai jamais hérité de ma famille c'est l'amour du travail bien fait c'est le goût de l'effort c'est la passion du Mérite cela s'accompagne d'un certain mépris pour les perdants pour les loseurs et donc quand je parlais d'inconscient de classe je le ramène en fait à cette idée selon laquelle les perdants mérite leur sort je ne céderai rien ni au fénéant ni au cyniques ni aux extrême la leçon que j'en tire c'est un l'ordre l'ordre l'ordre le néolibéralisme n'est pas un libéralisme politique c'est ça qu'il faut bien comprendre on le voit tous les jours parce que on voit partout s'associer la politique pro marché et en même temps des politiques [Musique] liberticides alors je suis Christian Laval je suis sociologue j'ai pas mal travaillé sur les questions disons politique autour du de l'utilitarisme du néolibéralisme et en même temps j'ai travaillé dans le la direction d'une alternative autour du du commun le macronisme se présente de plus en plus ouvertement comme un courant politique et comme un gouvernement ou forme de gouvernementalité comme aurait dit foucco qui est de plus en plus orienté contre les pauvres contre les gens qui sont de peu des gens de rien comme dirait Macron autrement dit s'affiche de façon très manifeste et je dirais presque de façon cynique un mépris de classe qui prend des formes assez surprenante c'est-à-dire qu'au fond on a l'impression que il y a dans je sais pas Macron mais aussi dans son gouvernement un un inconscient de classe qui s'exprime à ciel ouvert on a eu l'épisode par exemple d'Amélie oua Castera la ministre éphémère de l'éducation qui n'a pas hésiter à à témoigner de son mépris pour pour les enseignants pour l'école publique en général donc ça c'est l'expression je pense d'un d'un état des esprit qui est propre à une oligarchie qui est aujourd'hui très bien représenté au gouvernement on pourrait dire aussi en évoquant la sociologie de bourieu qu'on a à faire à un gouvernement d'héritier euh c'est-à-dire de gens qui ont eu tous les atouts dans la vie ou pratiquement tous les atouts qui soient financiers scolaires culturels et cetera et qui ignor très profondément euh la façon de vivre des des des des gens euh modestes des classes populaires et qui donc affichent justement ce mépris ça évidemment rend compte aussi d'une idéologie d'une idéologie plus plus profonde à savoir celle d'une une espèce d'aristocratie qui qui pense que ceux qui sont arrivés au pouvoir ceux qui ont l'argent ceux qui ont la culture l'ont eu grâce à leur seul mérite euh c'est donc une idéologie très très connue celle de la méritocratie mais qui est plutôt une héritocratie comme on dit maintenant en sociologie selon un terme à mon avis très exact c'est-à-dire ce sont des héritiers qui pensent qui doivent leur position à leur seul mérite et qui par là ignorent fondamentalement les les conditions même de leur position sociale alors ça ça ça va à mon avis dans le sens d'une d'une représentation d'une société très inégalitaire très très hiérarchique une des expressions qui était quand même extrêmement symptomatique et qu'il faut prendre très au sérieux c'est celle des premiers de cordé c'est-à-dire qu'au fond dans cette représentation de la société il y a ceux qui ont euh toute la légitimité de commandement qui peuvent diriger qui peuvent donc imposer qui peuvent réclamer l'obéissance et qui méritent surtout leur revenus qui méritent leur pouvoir euh et qui finalement par un effet de ruissellement un ruissellement qui n'est d'ailleurs pas seulement économique ou financier un ruissellement général qui d'une certaine façon font profiter à toute la société euh leur euh leur capacités leurs compétences leur excellence hein et ça se retrouve dans dans tous les domaines évidemment dans le domaine économique puisque il s'agit quand même de favoriser essentiellement les les plus riches la suppression euh de l'impôt euh euh sur la fortune et son son remplacement par un impôt sur la fortune immobilière était quand même assez symptomatique mais il y a toute une série de de mesures qui vont dans le dans le même sens la la dernière euh mesure par exemple annoncé par Atal qui consiste par exemple à introduire dans la loi SRU le logement intermédiaire celui des des cadres essentiellement des cadres du privé qui peuvent payer des loyers importants est assez symptomatique de de mesures qui vont toujours dans le même sens c'est-à-dire favoriser les classes supérieures alors un petite parenthèse on parle souvent par euphémisme de classe moyenne on dit qu'on va favor les classes moyennes en réalité il y a toute une série de mesures qui favorisent très nettement les catégories supérieures en particulier et je pense à cette mesure qui a consisté à supprimer la taxe d'habitation non pas seulement sur les plus démunis sur les faibles revenus mais pour tout le monde y compris les plus riches y compris ceux qui habitent les centres les centr-villees voilà typiquement une mesure qui va dans cette direction là ne parlons pas de la baisse des des impôts sur les dividendes sur les entreprises sur les bénéfices d'entreprise ça va là aussi tout à fait dans le même sens comment légitimer par exemple le fait que on favorise l'école privée et l'école privée superélitiste sinon en prétendant que finalement cette élite que l'on est en train de de former à Grand Prix à coût élevé pour les finances publiques finalement cette formation va bénéficier à tous donc on a affaire à cette idéologie euh qui peut-être affinée c'est-à-dire que le le gouvernement Macron a une idéologie qui est celle de l'émancipation le mot émancipation euh revenait en tout cas en 2017 très fréquemment il a été un peu abandonné aujourd'hui au profit de l'autorité mais parlons de l'émancipation telle qu'elle est vue par le macronisme l'émancipation c'est d'abord une émancipation seulement individuelle et qui en fait correspond à la compétition on s'émancipe quand on entre dans la compétition et quand on manifeste toutes ses capacités toute sa potentialité euh c'est-à-dire qu'au fond on ni par là toutes les dimensions sociales ou toutes les dimensions sociologiques finalement qui déterminent très largement les carrières sociales les trajectoires sociales les positions sociales donc on a à faire à ce que j'appelle un potentialisme qu'est-ce que ça veut dire ça veut dire que au fond on s'appuie essentiellement sur l'idée que chaque individu a des potentialités et qu'il s'agit au fond de développer les potentialités de chacun sur la question des pauvres pour y revenir c'est le revers puisque il s'agit de favoriser essentiellement les hauts potentiels qui par effet bruissellement feront bénéficier à toute la collectivité leur excellence et ça cela s'accompagne d'un certain mépris pour les perdants pour les loseurs et donc quand je parlais d'inconscient de classe je le ramène en fait à cette idée selon laquelle les perdants méritent leur sort ils n'ont pas le potentiel ou ils n'ont pas fait les efforts pour le développer ils ne se sont pas émancipés de leur situation originelle et et donc il ne mérite pas d'être assisté ou ne mérite pas d'être comment dire de bénéficier de ce qu'un jour Macron a appelé le pogon de dingue expression aussi qui est tout à fait symptomatique d'une idée selon laquelle l'assistance sociale est en soit mauvaise c'est-à-dire qu'en fait on interprète la solidarité comme une assistance illégitime à des gens qui ne méritent F fondamentalement pas d'être aidé parce qu'ils n'ont pas déployé les efforts suffisants alors je crois que l'erreur serait de de penser que Macron ou le macronisme serait d'une très grande originalité l'histoire dans laquelle ils s'inscrivent c'est une histoire très longue c'est l'histoire qu'on pourrait dire l'histoire du mouvement néolibéral je reprends cette expression d'un d'un célèbre auteur ayek certain ayek Frédéric ayec qui est en fait un des représentants majeurs de de ce néolibéralisme on peut retrouver dans les discours mais aussi dans les mesures quelque chose de très peu original qui est la représentation d'une société la représentation d'un individu la représentation de relations sociales qui relève de la concurrence et de l'entreprise le néolibéralisme en fait a une longue histoire depuis les années 30 même depuis les années 20 depuis les années 30 une longue histoire et elle consiste cette histoire dans un une révision du libéralisme classique du 19e siècle en gros pour aller vite euh ce qui se passe dans les années 20 et 30 c'est l'idée selon laquel le marché relève d'un un interventionnisme gouvernement emental réclame en tout cas du pouvoir politique à la fois une intervention et un entretien régulier le marché suppose des règles des règles juridiques et un entretien politique en quelque sorte donc le mouvement néolibéral qui s'est déployé après guerre surtout après la deuxème guerre mondiale a eu comme ambition finalement de relever le libéralisme de la crise des années des années 30 de la déconsidération dans lesquel il était emporté euh de relever aussi le défi du kénésianisme pour finalement imposer l'idée selon laquelle l'État devait être le promoteur principal du du marché d'où le fait que avec le néolibéralisme l'opposition trop simple entre marché et état ne ne fonctionne pas et d'où le fait aussi que euh les hauts fonctionnaires et on en a beaucoup justement au gouvernement des hauts fonctionnaires finalement se sont trouvés très bien placés pour imposer dans les faits et depuis 30 ou 40 ans cette représentation de la société comme avant tout organisé comme un marché c'est-à-dire selon les principes normatifs de la concurrence et avec également cette vision qui ne faut jamais oublier qui est celle de l'homme de l'individu comme une entreprise dans le néolibéralisme il y a quelque chose qui qui relève en quelque sorte d'une anthropologie fondamentale l'individu ce n'est pas seulement l'homme économique à l'ancienne c'est plus précisément un individu qui est gestionnaire de lui-même d'où le fait qu'il doit être considéré comme responsable intégralement responsable des résultats de son de son action et et de sa vie en réalité le néolibéralisme c'est-à-dire l'instauration d'un ordre de marché d'une société comme marché suppose une certaine violence alors beaucoup plus marqué dans un certain nombre de pays ou dans un certain nombre d'occasions historiques qui passe par la mobilisation y compris de de l'armée ou de la police en tout cas qui suppose un affrontement avec tous ceux qui s'opposent à la mise en place d'une telle société la première violence c'est évidemment celle qui s'est exercé contre les parties de gauche je pense par exemple évidemment aux au coup d'État qui ont eu lieu en Amérique latine et qui ont permis justement en Argentine ou au Chili ou au Brésil la mise en place justement d'un tel ordre de marché mais je pense aussi à la violence qui s'est exercée et depuis très longtemps contre le mouvement ouvrier la criminalisation de des organisations syndicales par exemple en Angleterre sous satcher était tout à fait symptomatique alors ça a pris du temps selon les pays mais on voit que progressivement cette criminalisation du du du du conflit social et et de la contestation c'est étendu progressivement à tous les tous les pays qui voulaient mettre en place justement un tel ordre de société donc le néolibéralisme n'est pas nouveau ne ne manifeste pas une grande nouveauté aujourd'hui par la l'exercice de la de la violence on pourrait dire plutôt que c contraire c'est-à-dire que de façon euh très très nette dans les années 20 et dans les années 30 les néolibéraux en particulier en Autriche saluent de façon très ouverte les coups de force fascistes en ce sens qu'il sauve disyle je pense à misus par exemple il sauve la civilisation occidentale et il sauve en particulier la propriété privé et le marché des menaces qu'exerce à l'époque la socialdémocratie et et le communisme il y a là un rapport je dirais assez étrange entre des néolibéraux qui se revendique du libéralisme et le fascisme mais le fascisme est ici considéré comme une sauvegarde quelque chose sans doute de malheureux de bien triste mais quelque chose de nécessaire pour défendre le marché et on voit ça encore chez ayek lorsque il salue le coup d'État de pinoché pas seulement AEK d'ailleurs l'ensemble des néolibéraux ont approuvé le le coup d'État de de pinoché contre aliend pourquoi parce que pour eux mux mieux vaut une société de marché privé de liberté politique qu'une société dans laquelle il y aurait instauration d'une véritable démocratie une démocratie sociale qui qui les horrifie et une remise en cause justement des des principes du marché mieux vaut finalement un marché le plus pur possible sans liberté politique que une démocratie qui mettrait en cause justement le fonctionnement euh selon eux absolument normal et nécessaire du du marché donc le néolibéralisme n'est pas un libéralisme politique c'est ça qu'il faut bien comprendre et on ne euh on le voit tous les jours parce que on voit partout s'associer euh la politique pro marché et en même temps des politiques liberticide c'est quelque chose qui va de paire et deune certaine façon dès le départ le le néolibéralisme a été un Janus c'est-à-dire que d'un côté il pouvait bien se présenter comme une face pouvait bien présenter une face moderniste une face progressive si je puis dire c'est-à-dire une remise en cause de certains de certains acquis de certaines traditions et cetera donc il pouvait se présenter comme la pointe avancée de la modernisation des sociétés mais de l'autre côté on a toujours vu chez les néolibéraux qu'il soit euh doctrinaire ou qu'il soit gouvernementaux on a toujours vu apparaître une autre face beaucoup plus traditionnaliste beaucoup plus conservatrice beaucoup plus réactionnaire pourquoi ben on trouve cette idée selon laquelle une société de marché ne va pas sans un gouvernement fort sans une domination d'un État qui est capable de faire respecter les principes de base qui sont la propriété privée et la concurrence alors tout ça pour revenir peut-être au au propos initial c'est-à-dire comment expliquer que des gouvernements néolibéraux et d'une certaine façon une phobie des masses ou du peuple nous avons parlé dans dans un livre collectif que nous avons fait qui s'appelle le choix de la guerre civile de démophobie la démophobie c'est quoi c'est finalement chez les néolibéraux la peur des masses pourquoi bien les masses sont porteuses d'ignorance et de dévoiement de l'ordre de marché ce sont des masses ignorantes parce qu'elles ne savent pas que la prospérité tient au respect absolu des règles de marché les masses veulent d'après les néolibéraux finalement de l'égalité ou de la justice sociale à bon compte sans se rendre compte que la redistribution ou les mesures de d'égalisation pourrait leur nuire à elle-même donc d'une certaine façon il faut gouverner contre les masses ceci signifie aussi qu'on va développer forcément un discours extrêmement négatif sur les masses ou le peuple le discours critique ou négatif garde des masses s'articule à une conception de la démocratie très particulière la démocratie finalement pour les néolibéraux c'est un régime qui doit se contenter de sélectionner les meilleurs c'est un processus de sélection des gens les plus capables ce n'est surtout pas l'exercice d'une souveraineté populaire parce que la souveraineté populaire en elle-même engendre un état social un état totalitaire la démocratie conçue comme suffrage universel est porteuse de danger qu'il faut compenser par justement toute une série de dispositifs institutionnels qui empêcheront les masses de pouvoir régler d'une certaine façon pouvoir réguler l'économie [Musique] [Musique]