Jean-Noël Barrot : "C'est un grand jour pour la paix en Ukraine et en Europe"
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France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Et dans le grand entretien avec Benjamin Duhamel, nous recevons donc ce matin le ministre des Affaires étrangères. Chers auditeurs, posez-lui vos questions, faites-lui vos commentaires au 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France. Bonjour Jean-Noël Barraud. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter, au lendemain d'une réunion cruciale à Paris entre les Européens volontaires pour garantir la sécurité de l'Ukraine en cas de cesser le feu. Le président ukrainien et les émissaires de Donald Trump, peut-on faire confiance aux Américains dans le contexte actuel ?
Washington veut annexer le Groenland, on se demande jusqu'où ira Donald Trump après son opération au Venezuela. Et si les Européens ne sont pas trop tendres avec les Etats-Unis, on va en parler parce que c'est capital. Mais d'abord, cette séquence hier soir à l'Elysée. Les chefs d'Etat réunis ont annoncé le soutien des Américains à une force internationale déployée en Ukraine. Quand il y aura un cessez-le-feu, ça veut dire que ça y est, Washington a clairement choisi son camp entre Kiev et Moscou ? Oui, clairement, hier, ce n'était pas une réunion comme les autres. C'était un grand jour pour la paix, pour la paix, pour l'Ukraine et pour l'Europe.
Parce que c'est la première fois depuis des décennies qu'une trentaine de pays, de l'Europe, mais aussi de l'Amérique du Nord et de l'Asie, mettent en commun leurs forces militaires pour que la paix en Ukraine, une fois conclue, puisse être garantie. C'est totalement inédit. C'est une initiative française et il y a donc de quoi être fier. Et contrairement à ce que disait Pierre Aski à l'instant, ce n'est pas un miracle. C'est le fruit de moins et de moins de négociations. Et effectivement, les États-Unis, puisque vous m'interrogez là-dessus, qui poursuivent leur médiation entre l'Ukraine et les États-Unis, ont hier, à Paris, pris leur responsabilité.
Ils ont dit qu'ils prendraient en charge le suivi et la vérification du cessez-le-feu. Ce qui est absolument majeur, puisque vous savez qu'une fois qu'on conclut un cessez-le-feu, encore faut-il vérifier qu'il n'est pas violé. Mais ils sont allés plus loin et ils ont dit qu'ils apporteraient leur soutien à la force multinationale pour l'Ukraine, qui, comme vous l'avez dit, en deuxième rideau, à l'arrière de la ligne de front, viendra soutenir la première ligne, qui est l'armée ukrainienne. Qu'est-ce que ça veut dire, Jean-Noël Barraud, apporter son soutien ? Ça veut dire riposter en cas d'attaque russe ?
Ça veut dire d'abord apporter un certain nombre de capacités militaires, en soutien des capacités militaires de cette coalition des volontaires, qui, eux-mêmes, en arrière de la ligne de front, soutiennent cette armée ukrainienne, qui va, avec 800 000 militaires, être, je dirais, la première ligne de défense de l'Ukraine. Et puis, effectivement, se pose la question du cas où, même si, je dirais, ces garanties de sécurité ont vocation à dissuader toute nouvelle agression, mais pour qu'elle soit dissuasive, il faut pouvoir dire qu'en cas de nouvelle agression, il y aura une réponse. Et cela aussi, les Etats-Unis se sont...
Donc là-dessus, c'est clair, parce que dans la déclaration finale, ce n'était pas indiqué. Si cesser le feu, il y a, et on n'en est pas là, s'il y a force internationale, force d'interposition, en quelque sorte, en Ukraine, s'il y a attaque russe, les Etats-Unis riposteront et aideront les troupes européennes.
C'est aussi clair que ça. Il est normal que dans des déclarations diplomatiques, on fasse une certaine économie des mots et des propositions. Mais ce que je peux vous dire, c'est que par rapport à là où nous en étions, il y a encore neuf mois, au moment de l'altercation entre le président Trump et le président Zelensky, nous avons franchi un nombre considérable d'étapes et que désormais, bien que poursuivant leur médiation entre la Russie et l'Ukraine, les Etats-Unis ont pris leurs responsabilités.
Il y a un petit sujet entre Européens, parce que si le président Macron parle de plusieurs milliers de soldats français potentiellement déployés en Ukraine, les Italiens et les Allemands ne veulent pas envoyer de militaires sur le terrain ukrainien ? Il y a plus de 30 pays qui sont impliqués. Impliqués pour faire quoi ? D'abord, régénérer l'armée ukrainienne. L'armée ukrainienne, avant l'agression et l'invasion de la Russie, c'était moins de 400 000 soldats. L'objectif, c'est de les maintenir à 800 000. Donc, il va falloir leur donner des capacités. Premier élément.
Deuxième élément, cette force multinationale pour l'Ukraine, qui, en arrière de la ligne de front, dans les airs, en mer et sur terre, va exercer un soutien et donc une présence dissuasive. Mais donc tous n'y participeront pas. Et chacun participe à l'une ou l'autre des composantes. Ce qu'il faut dire, c'est que tout ça, c'est en cas de cesser le feu. Et que ce cesser le feu, il paraît encore très loin. Ça bloque toujours sur les mêmes points de territoire. Le président ukrainien parlait d'un accord de paix scellé à 90%, même si les 10% manquants sont ceux qui contiennent tout. C'est quoi l'échéance à venir ?
Qu'est-ce qu'on peut imaginer en termes de cesser le feu dans les semaines, les mois qui viennent ? Évidemment, la balle est désormais dans le camp de la Russie, qui doit accepter de mettre fin à cette guerre d'agression, qui épuise les ressources du peuple russe, etc. Mais je veux quand même souligner qu'au-delà de l'Ukraine, qui est une priorité absolue pour nous, pour la sécurité de l'Europe, cet exercice inédit qui a conduit des chefs militaires venant de plus de 30 pays, à l'initiative du président de la République, à partager une planification militaire en commun, c'est un gage pour notre capacité à nous défendre à l'avenir contre toutes les menaces, contre d'autres menaces.
Sauf que Jean-Noël Barraud, il y a cette situation paradoxale que soulevait il y a quelques instants Pierre Haski. Vous vous félicitez encore ce matin de l'appui des Américains. Ces mêmes Américains qui l'assument, ils veulent annexer un territoire européen, dans le cas d'Espèce, le Groenland, qui appartient au Danemark, qui fait partie de l'Alliance Atlantique, territoire européen au sens propriété du Danemark, même si les Américains considèrent que ça appartient à ce qu'ils appellent l'hémisphère occidental. Encore cette nuit, la porte-parole de la Maison-Blanche dit que Donald Trump étudie plusieurs options, y compris celle d'utiliser l'armée.
Comment est-ce qu'on peut faire confiance à des interlocuteurs qui, le mardi, vous soutiennent sur cette coalition des volontaires et qui, dans la nuit, assume de vouloir annexer un territoire qui appartient au Danemark ?
D'abord, nous l'avons dit clairement. Le président de la République l'a dit sur place au Groenland. Je l'ai dit moi-même sur place, à nuque. Le Groenland n'est pas à vendre. Il appartient au Groenlandais. Et son avenir se définira dans l'accord entre les autorités du Groenland et du Danemark. Quant à une éventuelle intervention par la force, même si je ne fais pas de politique ou de diplomatie fiction, Elle n'aurait absolument aucun sens. Pour un pays de l'OTAN, de s'en prendre à un autre pays de l'OTAN, ça n'aurait aucun sens. Et surtout, ça serait absolument contraire aux intérêts des Etats-Unis.
Mais sauf que, pardon mais Jean-Noël Barraud, vous dites que ça n'aurait aucun sens. On entend le président de la République qui, dit hier soir chez nos confrères de France 2, ne pas imaginer que les Etats-Unis puissent violer la souveraineté danoise. Absolument. Mais c'est soit de la naïveté, soit du déni, puisque là vous avez la Maison-Blanche qui officiellement dit on envisage toutes les options, y compris celles d'utiliser l'armée, et qui donne même un échéancier, puisqu'il y a quelques jours Donald Trump disait on va s'en occuper dans les 20 jours. Donc c'est très concret, ce n'est pas une vue de l'esprit.
Je crois que les Etats-Unis d'Amérique, jusqu'à Nouvel Ordre, sont très attachés à l'Alliance transatlantique, à l'OTAN, auquel ils ont apporté leur concours, avec la sécurité de l'Europe, mais dont ils ont retiré des dividendes, des bénéfices exceptionnels. Et je crois qu'il faut faire attention, tout en les prenant au sérieux, à ne pas surinterpréter certaines voix qui s'expriment, puisque moi-même j'étais hier au téléphone avec le secrétaire d'Etat, le responsable de la diplomatie des Etats-Unis d'Amérique. Marco Rubio. Oui. Et alors qu'est-ce qu'il vous dit ? Il a confirmé que ça n'était pas l'optique retenue par les Etats-Unis.
Donc il vous dit on ne touchera pas au Groenland ?
Il a écarté qu'on puisse imaginer que se produise au Groenland ce qui vient de se produire au Venezuela. Mais pourtant, je ne comprends pas très bien, parce que Donald Trump jusqu'à présent, il fait à peu près tout ce qu'il dit. Donc quand il répète qu'il veut se procurer le Groenland, ça n'est pas forcément par voie militaire. Je vous invite à peut-être qualifier un tout petit peu vos propos, puisque si je vous prends au mot, il met souvenir que Donald Trump a dit à plusieurs reprises, à de nombreuses reprises qu'il mettrait fin, à la guerre en Ukraine dans 24 heures. Ce n'est pas tout à fait ce qui s'est passé.
Donc si vous voulez bien, ne soyons pas fascinés, comme des spectateurs impuissants, par le déploiement de forces auxquelles on assiste. Et regardons les choses avec sang-froid. Il y a aux Etats-Unis un soutien massif pour l'appartenance de ce pays à l'OTAN. Appartenance qui, du jour au lendemain, serait compromise par, je dirais, toute forme d'agressivité à l'égard d'un autre membre de l'OTAN. C'est une alliance. Les membres se doivent le respect mutuel. Comment est-ce que vous qualifiez ce que répète Donald Trump depuis quelques jours sur le Groenland ? Si ce n'est pas une menace, c'est quoi ? Je l'ai dit à plusieurs reprises. D'abord, je ne suis pas là pour commenter ou qualifier.
Ce que j'ai dit à plusieurs reprises, c'est que le Groenland n'est ni à prendre, ni à vendre, que c'est un territoire arctique, et que c'est un territoire européen, et qu'il le restera.
Alors, juste deux commentaires politiques. Edouard Philippe, qui, dans les colonnes du Figaro, ce matin, dit que l'Europe est devenue un commentateur du monde. L'ancien président de la République hier, qui, chez nos confrères de France Info, vous appelle à assumer davantage le rapport de force. Est-ce qu'il n'y a pas un peu de faiblesse dans votre discours ? Je vais juste citer cette déclaration commune, France, Allemagne, Italie, Pologne, Espagne, Rome-Uni. Il revient au Danemark et au Groenland et à eux seuls de décider des questions concernant le Danemark et le Groenland.
Est-ce que vous ne gagneriez pas, y compris ce matin, à être plus ferme vis-à-vis de l'administration américaine, vis-à-vis de Donald Trump ?
Je crois que nous ne manquons d'aucune forme de fermeté. D'ailleurs, regardez, nous n'avons pas attendu les déclarations récentes que vous avez mises au menu de cet entretien ce matin pour nous préoccuper du Groenland. Le président de la République, je le disais, s'y est rendu. Je m'y suis rendu moi-même. J'y ai annoncé la création d'un consulat. J'y ai séjourné sur un bâtiment militaire français qui participait à des exercices militaires en lien avec la marine danoise, les autorités groenlandaises. Donc, nous sommes présents. Nous avons même renforcé notre présence depuis que cette question a été posée.
Quant à la situation plus générale du monde dans lequel nous sommes, notre position, ça n'est ni de nous lamenter comme des spectateurs des violations du droit international, ni de jeter le droit international avec l'eau du bain. Notre position, c'est de défendre ces grands principes parce qu'ils sont justes, mais en même temps, de nous renforcer et de nous réarmer pour pouvoir nous défendre contre la loi du plus fort. Nous avons Frédéric au standard dans ce contexte de bouleversement du monde tel qu'on le connaît aujourd'hui. Bonjour Frédéric, bienvenue.
Vous avez une question à poser au ministre. Bonjour. Seulement vous, M. Trump, est-il toujours notre ami, un partenaire, un concurrent, voire un adversaire, ou un ami, ou même un autre patron ? En fonction de votre analyse, j'aimerais savoir ce que comptent faire les autorités françaises en dehors du déni que soulevé, à mon avis, a vu ce titre d'agenda de la main, en dehors de publier des communiqués souvent contradictoires.
Merci Frédéric, la ligne n'est pas très bonne, donc je résume. Trump, un ami, un adversaire, un patron, et qu'est-ce qu'on fait ? Merci beaucoup Frédéric et bonne année à vous et à vos proches. Posez, à mon avis, la question principale de cette rentrée. Alors, entre les pays du monde, il n'y a pas tellement d'amitié, il y a des intérêts, il peut y avoir des valeurs partagées, donc je n'irai pas jusqu'à qualifier d'amitié les relations entre les pays. Ensuite, la France n'a pas de patron, la France est indépendante, c'est une grande nation qui est souveraine. Qu'est-ce qu'on fait ?
Eh bien, dans un moment où le monde, de toute évidence, est désormais soumis à la loi du plus fort, même si nous le regrettons et que nous ne pouvons pas nous y résoudre, parce que la loi du plus fort conduit à l'instabilité et à la guerre, eh bien, nous nous renforçons, nous nous réarmons, réarmons sur le plan militaire, sur le plan économique et sur le plan moral. Et c'est la raison pour laquelle, Frédéric, il est si important que nous puissions donner à la France un budget le plus rapidement possible, à nos armées un budget le plus rapidement possible, pour que nous puissions nous défendre contre ceux qui pourraient, d'une manière ou d'une autre, portée atteinte à nos intérêts.
Jean-Noël Barraud, juste avant de parler du Venezuela, puisque Frédéric, vous posez la question de ce que vous faites. Là encore, restons un instant sur la question du Groenland. Si d'aventure, Donald Trump décidait de passer à exécution quant à ces menaces d'annexion de ce territoire, qu'est-ce que vous feriez ? Est-ce que vous avez un plan ? Par exemple, à votre place hier, dans ce studio avec Florence, Dominique de Villepin disait qu'il ne faut pas hésiter à menacer d'utiliser ce qu'on appelle l'outil anti-coercition européen, c'est-à-dire des mesures de rétorsion économique. Est-ce que vous avez un plan si Donald Trump décide de dire le Groenland est à nous ?
Dominique de Villepin était un grand ministre des Affaires étrangères. Son privilège, c'est de ne plus l'être et de pouvoir donc faire un peu de diplomatie-fiction, ce que je me refuse à faire. Ce que je puis vous répondre, en tout cas, c'est que, quelle que soit la forme des intimidations et quelle que soit leur provenance, nous avons engagé un travail, bien sûr, au Quai d'Orsay pour nous préparer à riposter, à répondre et à ne pas répondre seul. Parce que pour répondre, il faut être convaincant et percutant. Et donc, une fois que ce travail aura abouti dans les prochains jours, pour pouvoir le partager avec nos principaux partenaires.
C'est-à-dire un plan si l'aventure, le Groenland était annexé.
Quelles que soient les formes de l'intimidation, on est là aujourd'hui sur le Groenland parce qu'on a entendu dans la nuit des déclarations Tony Truant en venant des Etats-Unis. Pardonnez-moi, il y a eu d'autres gestes qui s'apparentent à des formes d'intimidation. Rappelez-vous des sanctions qui ont été prises à l'encontre de cinq personnalités européennes il y a encore quelques jours. Face à ces barques d'intimidation, nous voulons agir mais agir avec nos partenaires européens. C'est la raison d'ailleurs pour laquelle j'ai invité aujourd'hui mon collègue allemand et mon collègue polonais puisque nous formons ensemble un triptyque, un trio qui a une capacité d'entraînement sur l'Europe.
C'est de cette question dont nous allons discuter aujourd'hui. Qu'est-ce qu'on attend Jean-Noël Barraud ? Pourquoi est-ce qu'on est si lent à réagir et à mettre un pied dans ce rapport de France ? Non, je ne crois pas qu'on soit inactifs. Est-ce qu'on doit accélérer le tempo ? Oui. Et d'ailleurs, ça fait huit ans que la France le dit. Et on a obtenu des premiers résultats. Pour revenir à la première question que vous m'avez posée tout à l'heure, regardez.
Ce n'est pas très clair. On ne peut pas dire que ça dissuade franchement les responsables de l'administration américaine de ne pas avoir ces propos tonitruands comme celui de cette nuit.
Ah, vous savez, je pense que les voix européennes restent entendues aux Etats-Unis d'Amérique où beaucoup sont conscients de la valeur de l'appartenance à l'OTAN, du fonctionnement de l'OTAN pour la sécurité américaine.
Juste, avant de parler du Vénézien, vous aviez, il y a quelques instants, cette expression « il n'y a plus d'amitié entre les... » Il n'y a pas d'amitié entre les peuples. Il n'y a pas d'amitié...
De l'amitié entre les peuples, il y en a. Mais en général, on ne parle pas d'amitié entre les nations. Vous voyez, il y a des intérêts, des valeurs partagées.
Donc les Etats-Unis, ce n'est pas un pays ami. Ce n'est plus un pays ami.
Le peuple américain et le peuple français ont une longue histoire commune de défense de la liberté qui a commencé avec, vous savez, cette aventure extraordinaire du jeune Lafayette qui a 19 ans et allait prêter secours à ces Américains qui voulaient obtenir leur indépendance. Et au XXe siècle, je dirais, les jeunes marines américains qui ont débarqué sur les plages de Normandie au péril de leur vie, au sacrifice de leur vie pour libérer la France. Donc il y a cette amitié ancrée dans l'histoire. On a la sensation que les temps changent tout de même.
Et si on s'interroge sur la faiblesse des Européens Jean-Noël Barraud, c'est aussi à cause de la réaction initiale d'Emmanuel Macron après l'opération du Venezuela, l'opération américaine, la capture du président Maduro. Le chef de l'État, Emmanuel Macron, dans un premier temps, il n'a pas dit un mot du droit international et du non-respect du droit international. Il a fini par durcir ses propos quelques jours plus tard. Est-ce que c'est une erreur ? Est-ce que c'est une faute ? Je suis un peu déçu parce que vous me donnez l'impression de ne pas lire les communications du Quai d'Orsay. Alors tout à fait. De votre côté, vous étiez plus ferme. La France parle d'une seule voix.
Elle a d'abord dit par une communication du Quai d'Orsay les crimes de Nicolas Maduro, dictateur sans scrupules qui a confisqué les libertés à son peuple et qui lui a volé les élections. Elle a dit dans le même élan que la méthode employée contrevenait au droit international et elle a même été jusqu'à dire que la multiplication des violations par des membres permanents du Conseil de sécurité quels qu'ils soient du droit international aurait de lourdes conséquences sur la sécurité du monde et ce faisant, la France a eu sans doute le propos le plus tranché.
Mais c'est vous qui l'avez dit parce qu'Emmanuel Macron son message il était tellement sympathique pour Donald Trump que Donald Trump l'a retweeté. Le troisième élément de la réaction française nous avons dit par la voix du président de la République que nous appelions à une transition démocratique, pacifique qui respecte la souveraineté du peuple vénézuélien et le choix du peuple vénézuélien.
Jean-Noël Barraud
Cette voix de la France elle est une, unique et elle est cohérente le reste c'est la littérature et ça n'intéresse pas.
C'est absolument pas pour sous-estimer l'importance que vous avez comme chef de la diplomatie. Non, non, pas du tout et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle on vous invite dans ce studio mais sous la Ve République le président de la République il est chef des armées c'est lui qui prend les décisions de la diplomatie et quand on regarde d'ailleurs par rapport à ces homologues européens qui certes ont eu des propos pour le moins elliptiques ou embarrassés au moins il y avait des références plus ou moins claires aux droits internationaux.
Là il n'y en avait aucune le propos est repris par Donald Trump au fond c'est un peu la même question qu'on se pose sur parfois les contorsions qu'il y a quant au Groenland est-ce que vous avez peur de froisser Donald Trump ? Non, non mais regardez Vous avez peur de Donald Trump ?
Non, Benjamin Duell vous me posez la question inverse de celle que vous m'avez posée il y a quelques instants tout à l'heure vous me disiez à juste titre mais est-ce que tout ça c'est pas le symptôme d'une grande impuissance ? Et maintenant vous me dites pourquoi est-ce que vous ne faites pas des déclarations ? Eh bien je vous le répète parce que notre position
c'est exactement la même question que je vous pose justement
ce n'est ni de nous complaire de nous prélasser dans des déclarations impuissantes ni de jeter les grands principes avec l'eau du bain et c'est pourquoi s'agissant du Venezuela nous avons d'abord fermement exprimé ce que nous pensions de Nicolas Maduro et de la méthode employée mais nous ne nous sommes pas comportés Et sur l'appel à la transition démocratique
vous avez le sentiment d'être entendu Mais si la France ne le dit pas
qu'est-ce qui peut se passer ? Eh bien c'est que le jour d'après pour les Vénézuéliens eh bien la transition soit confisquée c'est pourquoi il était si important que la France puisse dire
Hier la vice-présidente de Delcy Rodriguez qui est donc désormais la présidente par l'intérim a prêté serment les appels à ce que le vainqueur de l'élection de 2024 puisse prendre le pouvoir reste pour l'instant
Et hier j'ai convoqué cet appel téléphonique avec les ministres des affaires étrangères du G7 que la France préside depuis le 1er janvier et j'ai interrogé le secrétaire d'état américain sur cette question qui nous a dit que l'objectif était bien une transition démocratique Maintenant nous voulons
Donc visiblement Marco Rubio vous dit beaucoup de choses au téléphone en privé qu'il ne dit pas dans les médias ou dans des communiqués
Et nous voulons que cette transition puisse intervenir le plus rapidement possible et c'était très important que la France le dise parce que si la France ne le dit pas eh bien le risque c'est que cette transition soit confisquée
Un mot Jean-Noël Barraud quand vous entendez Mathilde Panot la patronne des députés insoumis qui refuse de qualifier Nicolas Maduro de dictateurs Il va y avoir un débat à l'Assemblée nationale
J'appelle ça du double standard Vous voyez J'appelle ça du double standard comme le Premier ministre l'a fait admirablement au banc de l'Assemblée nationale Alors on n'a hélas pas le temps de prendre Michel au standard qui pose une question intéressante Comment peut-on donner une image forte sur le plan extérieur alors qu'on est faible à l'intérieur J'en veux pour preuve le traité du Mercosur que l'Europe s'apprête à signer avec les pays d'Amérique latine On a perdu sur ce dossier La France est la première puissance agricole Elle ne veut pas de se traiter Les agriculteurs le font savoir sur leur tracteur en ce moment Pour autant l'Europe va signer Vous me parlez de force à l'extérieur Et je veux vous dire puisque on commémore le triste anniversaire de Charlie et de l'hyper-cachère que samedi soir les forces militaires françaises ont frappé les installations de Daesh en Syrie Un an jour pour jour après le déplacement que j'ai fait là-bas moins de trois semaines après la chute du régime de Bachar Al-Assad Non mais je crois que ce n'était pas tout à fait la question de Michel La question de Michel c'est comment est-ce qu'on fait pour démontrer de la puissance à l'extérieur Et bien nous l'avons fait avec en étant faible avec beaucoup de résolution le week-end Un mot sur le Mercosur Donc la France première puissance agricole On est contre On perd Il arrive à la France Et vous avez invité monsieur de Villepin hier Il arrive à la France d'être isolé sur certains sujets ou de n'être pas tout à fait suivi par ses partenaires Mais l'histoire souvent voire toujours lui donne raison Et notre position depuis neuf ans c'est que l'Europe doit être plus souveraine Et la souveraineté alimentaire elle passe par la défense de nos agriculteurs
Là c'est pas seulement être isolé C'est que vous avez des agriculteurs on en entendait notamment à 7h50 le patron de la coordination rurale qui constate l'impuissance et la faiblesse de la France Vous êtes chef de la diplomatie La France est la première puissance agricole en Europe et est incapable de s'opposer à la conclusion d'un traité de libre-échange entre les pays du Mercosur et l'Union Européenne
Mais la messe n'est pas dite Ah bon ?
Non On est encore loin de la ratification de cet accord Nous allons continuer à nous opposer à cet accord en l'état Donc vous avez encore bon esprit de faire échouer cet accord à attirer votre attention sur les concessions inédites qui ont été obtenues par le Président de la République le Premier ministre au profit des agriculteurs au sein de cet accord dit du Mercosur mais aussi au-delà Donc c'est pas si mal Regardez les annonces qui ont été faites hier sur d'autres sujets qui ne sont pas liées au Mercosur mais comme la politique agricole commune et regardez les décisions que nous avons prises pour interdire l'accès au marché unique de certaines substances agricoles Donc c'est pas si mal finalement Vous allez peut-être Donc il n'y a aucune faiblesse de la position de la France Peut-être que vous allez vous abstenir quand il faudra quand le traité sera mis à la signature Le compte n'y est pas Cet accord n'est pas acceptable en l'état et la souveraineté alimentaire nous allons continuer de convaincre nos partenaires européens que ça n'est pas accessoire mais que c'est essentiel Merci Jean-Noël Barraud d'avoir été au micro de France Inter ce matin La Revue de Presse à suivre Merci à tous
Merci à tous Merci à tous Merci à tous
Jean-noël Barrot