Clamer son amour de Paris aux jardin des Tuileries
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Culture, les matins d'été, Bérangère Bonte. Elle a signé à l'automne un dixième album pop, à la fois mélancolique, assez lumineux, tout en français, 25 ans après ses débuts et le célébrissime Jardin d'hiver écrit pour Henri Salvador. Elle est sur scène demain au Jardin des Tuileries à 22h dans le cadre du festival Paris l'été. Kerenan est là pour parler de l'écriture de cet album et de sa carrière riche en voyage et en poésie. Bonjour Kerenan. Bonjour. Merci de passer par le studio des matins d'été. Alors on a failli vous accueillir, je vais le dire, aux auditeurs avec une guitare et vous étiez parfaitement prête à le faire.
Simplement, il y a une nécessité de tester l'acoustique du studio, ce qui était impossible pendant le direct et on le comprend parfaitement. Je vous raconte ça parce qu'avant de vous recevoir, j'ai interrogé un confrère qui vous connaît bien, Christophe Comte, et il m'a dit « Ah mais Kerenan, c'est une maniaque du son. » D'ailleurs, elle fait tout elle-même sur ses albums. C'est le reflet finalement de ce que vous êtes, c'est-à-dire qu'il faut que tout soit pur, parfait, les relations, les émotions comme le son. Je dirais qu'il faut que ça soit organique, il faut que ça soit vrai.
Ça m'arrive aussi de trouver des moyens de changer le son et d'utiliser à la limite du software pour changer le son. Mais en tout cas, dans l'écoute et au niveau des fréquences, il faut que je ressente l'authenticité du son. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'électronique dedans, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des éléments nouveaux ou des éléments qui ont évolué avec le temps. D'ailleurs, les premiers albums, les premiers sons électroniques ont été très très organiques et ils venaient de quelque chose de très très humain. Mais au niveau du son, j'ai besoin qu'on ressente. Alors, pour traduire ça, il faut que je ressente le son du piano dans une certaine pièce.
C'est-à-dire que quand on arrive dans un studio, ça peut être ce studio-là ou un autre, quand on arrive pour enregistrer quelque chose, on arrive, c'est un peu comme arriver dans une cathédrale vide. Parce que quand elle n'est pas vide, on y arrive comme pour un concert, pour être seul ensemble. Alors que quand on arrive dans une cathédrale vide, on a besoin de la remplir d'idées, de matières, de sons. Et donc, c'est important pour moi de traduire le son que j'ai dans une pièce, avec les matériaux qu'il y a dans cette pièce, de le traduire à la bande qu'on va ensuite écouter.
Alors, ce n'est pas le cas dans du live, j'aurais pu venir avec une guitare et jouer, ça m'aurait fait très très plaisir. Mais il aurait fallu au moins qu'on puisse savoir où se mettre dans la pièce et avec quel micro.
Vous avez parlé d'authenticité à propos du son. C'est globalement ce qui caractérise Karen Anne ? J'espère qu'il y a aussi l'écriture et l'harmonie et l'ensemble. Vous voyez, sur cette authenticité, qui est quelque chose qui traverse, qui va au-delà du son et du travail musical.
Je dirais que c'est un ensemble parce que même dans le choix des mots et le choix de la phrasée ou on peut dire de la syntaxe et la manière dont elle se marie avec une mélodie sur une certaine forme de progression d'harmonie et les orchestrations. Et les notes, tout ça, ça crée un environnement sonore qui pour moi est un grand, c'est comme une, c'est mon Disneyland privé de jeux et de création. Et en fait, c'est comme ça que j'ai l'impression d'avancer en tout cas, que ce soit avec une idée ou avec une ligne mélodique. C'est un ensemble de choses qui créent un environnement sonore et j'espère avec ce son apporter une certaine forme, ça peut être du réconfort comme ça peut être du bruit.
Mais en tout cas, un bruit qui emmène d'un point A à un point B. Et c'est ça un peu une chanson aussi, c'est le fait d'arriver à vivre une expérience ensemble à travers une chanson. Donc j'espère apporter cette expérience.
C'est étonnant mais je rebondis juste sur le mot, je vous parle d'authenticité et vous me parlez Disneyland, j'aurais pas forcément associé les deux.
Oui, parce que même les choses qui sont souillées de plastique et de civilisation, je cherche l'authenticité dedans. C'est pour ça que je parle de Disneyland parce que c'est un terrain de jeu pour moi, le studio c'est un terrain de jeu. Et je pense qu'aujourd'hui, il faut que j'arrive à trouver parmi justement tout ce qui... Je suis un peu une résistante de l'authenticité dans le son justement. Et quand j'écoute, j'adore écouter dans les festivals d'été aussi des moments où on appuie sur play et j'entends une musique qui est libre de droit qu'on a retrouvée sur un Ableton.
Et il y a des gens qui s'autillent et qui s'ensemblent, il y a quelque chose, c'est comme une prière globale, c'est très très beau à voir. Mais en tout cas, mon rapport à la musique, il est très différent de ça. Et je pense qu'il y a de la place pour toute forme d'expression. La mienne, en tout cas, j'ai envie qu'elle soit simple et légère. Mais pour qu'elle soit simple et légère, il faut beaucoup de travail sonore justement.
Alors le fait est que vous savez à peu près tout faire et que cet album, notamment, vous l'avez entièrement produit, financé, l'album Paris Je T'aime, Paris Amour, pardon. Est-ce que c'est ça, et je crois que c'est le premier titre de l'album, la sublime solitude, c'est-à-dire l'indépendance, la tranquillité de pouvoir presque se suffire à soi-même pour sans doute mieux prendre contact avec les autres ?
Je suis très très entourée par des grands musiciens et des ingénieurs.
Je ne dis pas que vous êtes seule. Je dis que le fait de se sentir capable d'être seule aide.
Alors, il y a deux choses. On parle d'autonomie. L'autonomie est nécessaire pour pouvoir faire des projets d'une manière indépendante. La solitude, c'est encore autre chose. C'est aussi la solitude dans le quotidien. Mais je pense que dans mon cas, j'ai la musique justement pour me sentir moins seule.
Je sais que mes mains qui ne cherchent d'habitude que l'ivoire à l'ébène d'un piano de salon, que la peau de mes doigts raccordent ni durcie par des cordes usagées de bronze et de nylon, font de moi une pierre, une folle cavalière que passageur. Je sais que mes yeux ne cachent plus la blessure des longtemps enterrés au fond de mes bagages et que sur le terrain, l'une part est très sûre, ni la vue imprenable, ni le parfum sauvage de la haute altitude et son allié absurde, la sublime solitude. Je sais que ton cœur, tant brisé par une autre, est venu rechercher un peu de réconfort. N'en déplace la rumeur sur le pas de ma porte, sans même l'ombre d'un doute, tu es viré de bord.
Tu as poussé offshore, je m'en souviens encore, jusqu'au fond de l'impasse, tous ces hommes pleins d'audace qui me parlent à voix basse, mais qui souvent, hélas, me laissent de place. Kerenam, donc la sublime solitude. Je reviens, pardon, mais à Christophe Comte. Dans une interview à Libé, il vous demandait justement si le fait d'avoir produit seul et financé cet album, c'était un choix ou une contrainte.
Et vous lui avez dit, alors évidemment, un label, c'est plus confort, ça permet de payer les dettes, de fignoler le mixage, mais j'ai préféré aller voir la banque et au lieu d'emprunter pour m'offrir une petite maison à la campagne, j'ai choisi de faire un album parce que c'est là où je vis. Ça veut dire quoi ? Vous vivez dans les albums ?
Oui, je pense qu'on porte ce qu'on raconte et ce qu'on essaye de... Là, en l'occurrence, le temps que j'ai passé à écrire depuis une pièce, ces chansons-là, c'est les sujets et c'est les thèmes et c'est le son et le choix sonore dans lequel j'ai vécu, le temps de la préparation de cet album. En fait, c'était un peu... C'est juste le banquier qui m'a dit... En fait, quand j'ai demandé la somme, il a dit, vous voulez faire un album ou vous voulez une maison ? C'était pour ça. Mais en l'occurrence, c'est aussi... Ça, c'est faire un album. Après, il y a toute la vie sur scène qui est une vie où ces chansons continuent à vivre autrement, elles fermentent autrement avec d'autres sons.
Ça peut être dans une salle fermée où je peux inviter à ralentir le temps de deux heures. Ça peut être comme demain dans un festival où il y a quand même l'aspect rock'n'roll où le son, justement, il est moins précieux. Mais il y a quelque chose de brut qui invite aussi à vivre cette expérience seule ensemble comme dans les festivals l'été. Et c'est ça qui est bien aussi quand on écrit des chansons, c'est qu'après, elles peuvent avoir plusieurs vies. Et notamment la vie de demain aux Tuileries à Paris ou la vie le 3 décembre à Pleyel où j'invite à ralentir ou plein d'autres dates de tournée où j'invite à ralentir avec moi pour justement bouger et moins ralentir avec le rock'n'roll.
Juste pour qu'on finisse, mais demain vous avez prévu un hommage l'an dernier aux Tuileries déjà, d'ailleurs c'était Neil Young. On sait qu'il y a beaucoup d'artistes qui vous ont nourri, Leonard Cohen, Frank Sinatra, François Zardy. Demain, il y a une surprise ?
Demain, il y a du son, il y a des musiciens exceptionnels avec moi, on va même danser et puis on va être ensemble. On va être justement comme une cathédrale sans toit, on va être un peu ensemble dans les Tuileries.
Demain donc aux Tuileries et Paris Amour, l'album. Merci beaucoup Kérenane. Merci Berger.