Pourquoi Macron hésite ? #cdanslair 18.03.21
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 20 %Attaque 45 %Défensif 35 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 33 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:05OuverteÉludée
Pourquoi Macron hésite ?
- 1:38OuverteÉludée
Comment le président décide ? S'appuie-t-il sur les élus ou les régions ?
- 2:12OuverteÉludée
On attend la décision présidentielle, c'est l'ensemble du pays suspendu à un seul homme ?
- 3:16RelanceÉludée
La dernière fois qu'il a reconfiné tout le pays, c'était Emmanuel Macron qui avait pris la parole. Qui décide vraiment ?
- 5:21OuverteÉludée
C'est un fonctionnement normal dans une situation de pandémie ?
- 11:12OuverteÉludée
Qu'est-ce qui bloque dans la prise de décision ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:48PrésentateurChiffre
« La popularité d'Emmanuel Macron augmente de 6 points pour atteindre 41% d'opinions favorables. »
- 18:38InvitéFait
« La situation sanitaire s'aggrave depuis plusieurs jours, les hôpitaux sont au bord de la saturation. »
- 18:54InvitéFait
« En Île-de-France, plus de 1100 malades du Covid-19 en réanimation, c'est plus que les capacités maximum d'accueil. »
- 27:53PrésentateurFait
« Il y a une présidentielle dans très peu de temps, dans un an. »
- 33:57InvitéChiffre
« 50% donc en décembre et puis dans l'année 2019, il revient à 40 et puis à 30 et puis aujourd'hui, il est à 25. »
- 34:10PrésentateurFait
« des Français qui sont très critiques sur la campagne de vaccination, qui sont très critiques sur la gestion de la crise »
- 34:33InvitéFait
« vous avez une petite majorité qui considère quand même que le bilan est plutôt positif. »
- 36:38PrésentateurChiffre
« il y a 167 000 personnes qui ont déclaré un cas de Covid officiellement. »
- 37:28InvitéFait
« Nous devons prendre dans les territoires les plus touchés des mesures supplémentaires. »
- 37:31InvitéFait
« C'est la nouvelle doctrine du gouvernement. »
- 37:48InvitéFait
« L'île-de-France confinée, les Hauts-de-France confinées »
- 38:40InvitéFait
« Le Pas-de-Calais et les Alpes-Maritimes sont les seules régions soumises à un confinement le week-end depuis deux semaines »
- 40:20InvitéFait
« Au tout début de l'épidémie il y a un an, l'Italie confine 11 villes de Lombardie puis toute la région nord du pays. »
- 40:32InvitéFait
« Seuls certains arrondissements de Madrid sont confinés. La capitale est coupée en deux. »
- 41:39PrésentateurFait
« ils avaient des taux d'incidence absolument dingues. »
- 41:51PrésentateurChiffre
« Dunkerque, hier, était encore à 600 mais ça avait beaucoup baissé. »
- 42:35PrésentateurFait
« le président lui-même avec les élus a dit : Bah oui, effectivement, dans les régions où vous serez en dessous de la moyenne nationale du taux d'incidence, eh bien, pourquoi pas rouvrir dans les Pyrénées... »
- 43:20PrésentateurFait
« ça avait été extrêmement mal vécu lors du premier confinement, que des zones où le virus n'était très peu présent, voire pas du tout présent, soient totalement confinées »
- 53:55PrésentateurChiffre
« sa cote de popularité frôle aujourd'hui les 50% chez les 18-24 ans. »
- 54:40PrésentateurChiffre
« la confiance dans l'AstraZeneca, c'est 20% ou 21% selon un sondage paru hier. »
Temps de parole
- Présentateur74 %
- Invité14 %
- Invité 24 %
- Invité 33 %
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Bonjour à toutes et à tous, nous attendons vos questions, SMS, Internet et réseaux sociaux pour alimenter notre discussion. C'est un peu devenu le rituel du jeudi, un rendez-vous avec les Français, avec son lot de cartes, de chiffres, d'annonces, de mesures de restrictions. Cette fois-ci, le rendez-vous a été repoussé d'une heure à 19h. Le président, jusqu'au bout, prend son temps, le temps de consulter des élus, des scientifiques ou son Premier ministre qu'il a vu ce midi. La situation des 18 millions d'habitants d'Île-de-France et des Hauts-de-France tourne au casse-tête. Les médecins alertent sur la progression de l'épidémie.
Le président s'inquiète lui aussi des conséquences d'un nouveau tour de vie. Ce moment où l'opposition dénonce son pari manqué, il reste en première ligne, seul pour les derniers arbitrages. Avec une bonne nouvelle toutefois aujourd'hui, le retour du vaccin AstraZeneca. Alors comment le président décide ? S'appuie-t-il réellement sur les élus, sur les régions ? Un an après le premier confinement, craint-il que ces nouvelles mesures de restrictions ne soient pas acceptées par les Français ? Pourquoi Macron hésite ? C'est une question, c'est le titre de cette émission. Avec nous pour en parler ce soir, Bruno Jeudy, vous êtes rédacteur en chef du service politique de Paris Match.
Je rappelle votre édito, cette semaine, l'autre urgence de Macron, vous vous exprimiez sur la sécurité. Nathalie Moret, vous êtes journaliste politique pour le groupe de presse quotidienne régional Ebra, Est-Bourgogne-Rhône-Alpes. Avec nous ce soir également Vanessa Schneider, vous êtes le grand reporter au journal Le Monde, ainsi que pour M. Le Mag. A la une de votre journal aujourd'hui, Macron se résout à de nouvelles restrictions. Nous y reviendrons naturellement ce soir. Et enfin, Brice Tinturier, vous êtes directeur général délégué de l'Institut de sondage Ipsos.
Citons ce soir votre dernier baromètre, Ipsos, le point dans lequel la popularité d'Emmanuel Macron augmente de 6 points pour atteindre 41% d'opinions favorables. Un quasi-record, là aussi, nous y reviendrons. Bonsoir à tous les quatre. Bonsoir. Merci de participer à ce C'est dans l'air en direct. Nous allons évoquer toutes les pistes qui sont sur la table. Je rappelle que cette conférence de presse attendue sera à 19h. Mais quand même, Bruno Jeudy, on se retrouve à chaque fois dans la même situation et encore plus cette fois-ci. On attend la décision présidentielle.
C'est l'ensemble du pays, pas simplement l'Île-de-France et les Hauts-de-France, qui sont suspendus à la décision d'un seul homme. Oui, et il y a un côté supplice chinois qui devient très lassant, j'imagine, pour les Français qui nous regardent, ceux qui ont été touchés par le Covid, ceux qui ne l'ont pas été touchés, modestement aussi les journalistes qui sont un peu… Mais ça, c'est pas très grave. Ça, c'est pas très grave. Mais il y a un côté supplice chinois à chaque semaine attendre un peu tel l'oracle que Macron délivre la décision. Alors maintenant, elle est souvent transmise par Jean Castex, l'abonné aux mauvaises nouvelles.
Il y a un deal d'ailleurs entre les deux, on ne l'a peut-être pas trop remarqué, parce qu'Emmanuel Macron, depuis le début de l'année, il n'a pas trop pris la parole. C'est qu'au fond, quand ce sont des décisions régionalisées, c'est plutôt Jean Castex. Pour les décisions nationales, c'est-à-dire que la dernière fois qu'il a reconfiné tout le pays au mois de novembre, c'était Emmanuel Macron qui avait pris la parole. Donc c'est un petit peu la répartition qu'il peut y avoir entre les deux. Mais on ne va pas se tromper non plus. C'est lui qui décide, c'est lui qui décide tout. Et comme vous le disiez dans votre introduction, c'est lui qui décide seul.
Et il y a un côté maintenant un peu vertigineux au bout d'un an de se dire que finalement, dans notre Ve République, plus que jamais, le pouvoir est hyper personnalisé. Et cette crise sanitaire, finalement, elle donne le sentiment de plus en plus d'être géré par un seul homme. Ce qui peut parfois, on a vu le 29 janvier, quand il a décidé de ne pas confiner, de ne pas faire ce confinement préventif, comme lui demandait son conseil scientifique. Ça a plutôt été applaudi par une grande partie de la population, lassée par des confinements, déjà deux gros confinements.
Ça pose aussi une question qu'aujourd'hui, on est six semaines plus tard, la crise sanitaire continue de progresser, même de galoper dans certaines régions, les Hauts-de-France, l'Île-de-France. Et on voit qu'il y a quand même une fracture très forte maintenant avec le monde scientifique. Et ça, sur la durée, ça peut quand même être inquiétant, parce qu'au fond, le président n'est pas un médecin, même s'il est issu d'une famille de médecins. Alors, il faut prendre en compte beaucoup d'éléments. Il n'y a pas seulement le sanitaire.
Mais moi, je retiens que son principal collaborateur, Alexis Collère, nous disait il y a quelques semaines, dans une réunion avec quelques journalistes, qu'on ne prendrait jamais le risque de la saturation des hôpitaux et des services de réanimation. Or, aujourd'hui, j'ai le sentiment qu'on n'en est pas très, très loin pour l'Île-de-France. Il y a une petite mini-marge qui reste. Mais là, c'est quand même, on est un peu au bout du bout. Alors, Vanessa Schneider, on a l'impression que personne ne sait rien, y compris même au sein même du gouvernement. C'est-à-dire qu'on voit le président, on a quelques images du président qui va voir des médecins. C'était le cas hier.
Il était en déplacement à l'hôpital, je crois, de Poissy. On sait qu'il a vu son premier ministre. Mais on sait aussi qu'au sein même du gouvernement, ils attendent, comme nous, de savoir de quel côté le président va trancher. C'est un fonctionnement normal dans une situation de pandémie ? C'est un fonctionnement qui n'est pas normal, mais qui est assez habituel du président Macron, qu'il n'était pas forcément des anciens présidents. Pour illustrer ce que vous venez de dire, on l'a vu ce week-end avec le vaccin AstraZeneca, où le premier ministre Jean Castex nous explique le dimanche que l'AstraZeneca ne pose absolument aucun problème.
Et le lendemain, décision est prise par le président de l'interrompre jusqu'à ce qu'il soit probablement remis en circulation très vite, suite à la décision de ce soir de l'Europe. Donc le premier ministre lui-même, visiblement, n'était pas au courant de ce qu'Emmanuel Macron pensait de la question. Les exemples comme ça peuvent se multiplier. Un autre exemple qui nous concerne, nous, c'est que généralement, dans ce type de situation, quand il y a des conférences de presse qui s'annoncent, des décisions importantes qui vont être annoncées à la population, il y a toujours des fuites. Il y a toujours des fuites.
On est au courant, nous, de telle ou telle, on a une tendance, on sait quand même quelques heures à l'avance que, en l'occurrence, si on va être confiné, reconfiné, quels vont être les périmètres de la décision. Et là, il n'y a absolument aucune fuite. Ou alors, quand il y en a, elle se révèle erronée. Ce qui montre bien que la décision, en fait, est prise dans un tout petit cercle qui limite toute fuite d'informations. Je ne suis pas en train de m'en désoler. Je ne juge pas de ce procédé. Mais je constate juste que le fait même qu'on n'ait pas d'informations montre que les décisions sont prises dans un tout, tout petit cercle.
Il veut rester libre de sa décision, ne pas se laisser enfermer, justement, dans des fuites qui seraient distillées par certains de ses collaborateurs. Le maître des horloges, il veut que ça reste lui, malgré tout. Oui, alors même s'il a bien été obligé de concéder que le maître des horloges c'était avant tout le virus. Donc il veut rester libre. Pourquoi ? Il veut rester libre parce qu'il est entouré d'avis contradictoires, qui a une pression extrêmement forte des scientifiques, des médecins, qui eux-mêmes ne sont pas forcément d'accord entre eux. Et au sein du gouvernement, il y a également des paroles très différentes.
Bruno Le Maire, son ministre de l'Économie, est en faveur de restrictions minimales, puisque lui, il souhaite que l'économie puisse être relancée le plus rapidement possible. Jean-Michel Blanquer est extrêmement attaché au maintien de l'école, que les enfants puissent continuer à aller à l'école. Et ce sont des ministres, évidemment, qui s'opposent à Olivier Véran.
Donc au milieu de ce tir de barrage, d'une part l'opinion publique, les scientifiques qui, si on les écoutait globalement, nous auraient déjà confinés depuis six bons mois totalement, quelles que soient les régions et les situations, week-end ou pas week-end, et les ministres qui ne sont pas d'accord entre eux, parce que chacun défend ses intérêts. En effet, Emmanuel Macron essaye de s'extraire de ça et de se faire son opinion. Mais ça correspond aussi, juste un petit mot, à son tempérament. Alors, on va poursuivre, Vanessa Schneider, on va poursuivre cette conversation. Je voudrais donner la parole à Nathalie Moret.
Vanessa Schneider et Bonojeudine disaient, voilà, il veut, il c'est lui, évidemment, qui va décider au bout du bout. Et il s'est emparé du sujet scientifique. Il regarde les notes des épidémiologistes. Il lit toutes les publications scientifiques. Et il a tenu les médecins à distance. Mais en revanche, il s'imprègne du contenu. Mais c'est toujours un petit peu comme ça qu'il fait. Pendant la crise des Gilets jaunes, c'est devenu un spécialiste des collectivités locales et des zones périphériques. Là, depuis la crise du Covid, c'est devenu un spécialiste de l'immunologie et de l'infectiologie.
Et ses proches disent qu'effectivement, il est très, très pointu sur le sujet et qu'il sait lire une grille sur les taux d'incidence. Ce qui n'est, par exemple, pas mon cas. Moi, je pense que si rien ne filtre aujourd'hui, c'est aussi, ça je vous le confirme, personne n'est au courant. C'est même la première fois qu'à ce point-là, je vois que mes interlocuteurs habituels ne savent absolument rien. Et du coup, je pense qu'aussi, s'il y a autant d'opacité sur le sujet, c'est parce que la décision qui va être annoncée tout à l'heure par le Premier ministre est importante.
Et comme elle est importante, il faut qu'elle soit expliquée, il faut qu'elle soit comprise, et donc il ne faut pas qu'elle soit décryptée et totalement déconsidérée, par exemple, par les opposants, les oppositions, etc. Vous dites importante parce que cette décision-là, elle n'est pas simplement sanitaire, c'est-à-dire pas simplement des incidences sur la poursuite ou non de l'épidémie, mais aussi parce que politiquement, il va être jugé sur son pari, c'est ça que vous voulez dire ? Oui, et puis en plus, on est politiquement dans une semaine importante, on est le 18 mars, le lendemain du 17 mars, enfin hier, on a fêté un an de confinement.
Symboliquement, quand même, pour les gens, ce n'est pas rien du 18 mars, tant s'entendre dire que peut-être plusieurs régions vont être à nouveau confinées, ça veut dire que spontanément, on se dit tout ce qu'on a fait comme effort depuis un an, ça ne sert à rien. Ça, c'est difficile pour l'exécutif de faire appel à ça, enfin de communiquer contre ça. Donc, il va falloir beaucoup, je pense, de pédagogie à Jean Castex pour expliquer qu'effectivement, l'année qui vient de se passer, ce n'est pas une année pour rien, qu'effectivement, il s'est passé des choses. Et ça, si ça avait filtré avant les annonces du Premier ministre, il y a déjà des éléments de langage qui auraient été perdus.
– Brice Tinturier, sur ce climat, c'est vrai, c'est ce que disait à l'instant Nathalie Moret, ce n'est pas rien d'être un an après, et ce n'est pas rien quand on en est à dire qu'il y a eu 91 000 morts depuis le début de l'épidémie.
– Bien sûr, le maître mot, c'est la lassitude, c'est un profond sentiment de ras-le-bol de la part des Français, peut-être plus encore que la peur. Et c'est ce qui nous différencie de la première séquence. Lors du premier confinement, ce qui prédominait et expliquait beaucoup de choses, c'était le niveau d'inquiétude. Là, la peur, presque paradoxalement, par rapport à la réalité de la pandémie et aux chiffres que vous vous rappelez, on sera bientôt à 100 000 morts, eh bien elle n'a pas augmenté, peut-être même qu'elle a un peu baissé.
En tous les cas, elle est mise à distance, tellement les Français n'en peuvent plus de la longueur de ce processus, et s'habituent aussi probablement à un certain nombre de nouvelles, de données qui finissent par les banaliser. Alors face à ça, le processus de décision et d'annonce des décisions qui est très centralisé auprès du président de la République, je ne pense pas que ce soit l'élément central qui pourrait les choquer. La décision, si elle était plurielle, on se demande comment elle serait prise, et la responsabilité est si lourde, elle est politique, donc pour les Français, que ce soit Emmanuel Macron, une finée, qui décide, ce n'est pas anormal.
La véritable question, c'est sur quelle base il prend sa décision, est-ce qu'il tient bien compte de tous les paramètres, y compris le paramètre du ras-le-bol des Français, les paramètres sanitaires, les paramètres économiques, et est-ce qu'il prend les bonnes décisions ? Je crois que c'est beaucoup plus ça qui interpelle les Français et qui les interroge.
Vous avez raison de le dire et de le rappeler, est-ce qu'il consulte les bonnes personnes ? Est-ce qu'il consulte encore le conseil scientifique ? Parce que c'est vrai qu'au tout début de la crise, on avait un Emmanuel Macron qui était très entouré des médecins, il y avait tout le temps des médecins, et les discussions étaient justifiées par des décisions médicales et par des avis médicaux. Là, ce n'est plus du tout le cas. Il avait même justifié la création de ce conseil scientifique expliquant lors de son intervention du 16 mars que toutes les décisions seraient prises à l'appui des préconisations du conseil scientifique de son président.
D'ailleurs, plusieurs d'entre eux sont allés sur tous les plateaux télé, sont devenus des visages connus des Français. Le professeur Delfraissy, le professeur Lina, le professeur Fontanet, vous en recevez ici. Et pendant, j'allais dire, jusqu'à toute la première partie de la crise, j'ai envie de dire, jusqu'au début de l'année 2021, beaucoup des décisions, finalement, étaient souvent... Alors, il y a eu parfois un peu de frottement, mais vraiment, ils suivaient beaucoup les préconisations du conseil scientifique. Et puis, il y a eu cette décision du 29 janvier qui, pour moi, marque une rupture avec le conseil scientifique, alors qu'il continue de recevoir. Il les a vus mardi.
Mardi à 17h, ils ont été consultés. Le premier ministre était présent. Donc, ça a nourri la décision de ce soir. Ça a surtout nourri le conseil sanitaire de défense de mercredi matin. Je peux vous dire, parce que, bon, on verra la décision qui sera prise, c'est que le premier ministre, quand il est rentré de ce conseil de défense sanitaire, il a vu des journalistes. Et dans son esprit, la décision de faire un confinement le week-end de l'Île-de-France était actée. Il a été démenti ? Il a été démenti le soir même.
Donc, il y a eu un changement du président qui, manifestement, l'après-midi, consultant peut-être d'autres personnes se déplaçant à Poissy, rencontrant des soignants sur le terrain, discutant le soir par visio avec des élus d'Île-de-France, d'Auvergne et de Bretagne. On l'a entendu dire qu'ils ne pouvaient pas confiner l'Île-de-France du vendredi soir au dimanche soir. Donc, on aura, ce qu'il a dit, des mesures de freinage qui auront un autre visage que celles qu'on a connues. Il va essayer d'inventer. Oui, il va essayer de trouver ce qu'ils appellent un paquet hybride de mesures de freinage. Il faut bien voir qu'ils n'osent même plus dire le mot confinement.
Justement, on va voir quelles sont les pistes qui sont sur la table et revenir sur ces confidences. En tout cas, c'était une conversation qui était enregistrée avec les élus. En tout cas, c'était celle entre le chef d'État et des élus. Vous nous avez dit des élus de... D'Île-de-France, d'Auvergne et de Bretagne. Et on y entend Emmanuel Macron plaider pour des mesures de freinage sans empêcher, toutefois notamment aux franciliens de prendre l'air. Ce sont les mots qu'il a utilisés. Dernier cadrage avant des annonces redoutées par les Français et saurées après un an d'épidémie. Mélanie Nunes et Benoît Thébault.
Il aura consulté jusqu'à la dernière heure. Hier soir, le président Macron est à l'écoute des soignants à l'hôpital de Poissy et joue la carte de la prudence. Il reconnaît que l'exécutif est en train de perdre la course de vitesse entre les variants et le vaccin. On prendra les décisions qu'on doit prendre. Après le corps médical, c'est auprès d'une douzaine d'élus franciliens qu'il s'est entretenu hier soir par visioconférence dont le son est capté par l'une des personnes présentes. La vie dans cette région est quand même un peu différente. Le confinement de week-end est une mesure qui est compliquée à temps.
On a des gens qui rentrent tous les soirs plus tard chez eux quand ils vont travailler et on ne peut pas les reconfiner pendant que le vendredi soit au dimanche pas parce que là, c'est une vie qui est impossible. Donc, ça veut dire qu'il faut sans doute une mesure de freinage.
Et parmi les interlocuteurs hier, le maire de la ville de Poissy. On parle de mesure
de freinage en semaine. Moi, je pense qu'il va élargir encore un peu plus et contraindre le télétravail. Et puis, le week-end, les restrictions. Le week-end, les restrictions et les restrictions qui passeront
certainement par beaucoup plus, je dirais, de contrôle sur typiquement les respects des gestes barrières.
Chacun y va de son interprétation car l'homme qui décide,
seul maître à bord, c'est lui, Emmanuel Macron, dont le visage fait la une des journaux ces dernières semaines. Un président qui semble vouloir riposter seul, face au virus. Sur la table, deux scénarios probables pour notamment deux régions très touchées, les Hauts-de-France et l'Île-de-France. Premier scénario, un confinement le week-end. Le second, un confinement permanent. Des mesures
qu'il reste à détailler et qui seraient appliquées dès ce week-end. Autre interrogation, le sort des écoles. L'hypothèse de leur fermeture ne ferait pas partie de la base de travail selon le gouvernement.
Une hyper-présidence dans le viseur de l'opposition politique qui reproche au chef de l'État de prendre seul toutes ses décisions.
Je ne sais pas s'il a perdu son pari, mais ça fait un an qu'il prend des mauvaises décisions. Très clair, je dis il parce que c'est lui qui en dernière instance les prend. Moi, ce que je crois, c'est que la démocratie, c'est non seulement nécessaire,
mais c'est efficace en termes de système parce qu'on est toujours souvent plus intelligent quand on réfléchit à plusieurs. Moins de démocratie selon des parlementaires qui regrettent de ne pas être plus consultés.
Est-ce que jamais le pouvoir a été aussi concentré ? Et la grande leçon de cela, peut-être a-t-il du talent, peut-être est-il intelligent, mais un seul homme ne peut pas tout coordonner. Et même du côté des scientifiques, la critique est sévère. Emmanuel Macron a voulu se présenter comme le sauveur des Français qui les protégeait de ce confinement qui est une potion terriblement amère dont ils sont totalement lassés. Et il s'est dit, il y a un créneau, comme il considère que maintenant il connaît tout de l'épidémiologie, je vais peut-être y parvenir. Maintenant, le président, mais c'est de la politique dont je ne m'en mêle pas, le président aura à gérer l'échec de ce pari.
Un échec, car la situation sanitaire s'aggrave depuis plusieurs jours. Les hôpitaux sont au bord de la saturation. Entre mardi et hier, la France a enregistré 38 000 cas de coronavirus en plus. Un niveau encore jamais atteint depuis novembre 2020. En Ile-de-France, plus de 1100 malades du Covid-19 en réanimation. C'est plus que les capacités maximum d'accueil. Le virus n'est pas sous contrôle parce que vous avez vu le taux d'incidence est supérieur à 400 parce qu'il y a autant de malades en réanimation aujourd'hui qu'il y en avait au pic de la deuxième vague quand ça commençait à redescendre. Le moment est venu parce que ça ne commence pas du tout à redescendre.
On est plutôt dans une phase d'accélération. Une accélération d'un côté et une suspension de l'autre,
celle de la vaccination pour le vaccin AstraZeneca après des cas de thrombose
dans plusieurs pays. Mais il y a une heure à peine, l'Agence européenne des médicaments vient de rendre son verdict. Pour elle, c'est un vaccin sûr. Jean Castex et Olivier Véran, eux, pourraient dévoiler leur décision sur ce vaccin tout à l'heure.
Nous reparlerons du vaccin, cette question. Je ne comprends pas pourquoi les décisions ne sont pas prises. Qu'est-ce qui bloque ? C'est vrai, c'est le titre de notre émission ce soir. Pourquoi Macron hésite ? Qu'est-ce qu'il fait ? Qu'est-ce qu'il fait qu'il prend autant de temps pour prendre cette décision ce soir ? Bruno Jélie ? Il y a d'abord une raison à mon avis majeur. L'île de France, c'est 12 millions d'habitants, c'est 30% du poids économique du pays et on ne reconfine pas l'île de France comme ça. C'est une région où vous ne pouvez pas dire qu'on va confiner seulement la Seine-Saint-Denis et puis laisser les Yvelines et les Hauts-de-Seine qui ont un taux d'incidence plus faible.
Ce n'est pas possible. C'est un bloc. C'est très compliqué. Donc, reconfiner l'île de France, c'est quand même 12 millions d'habitants. Voilà, ça pèse beaucoup. Ça, c'est la première raison. J'allais dire pour les Hauts-de-France aussi quelque part, c'est aussi une région mais même s'il y a des plus particulières, on pourrait la limite évoquer. D'ailleurs, il y a seulement le Pas-de-Calais qui est aujourd'hui... Et il assume ça, on l'a vu. Il dit on ne peut pas reconfiner du vendredi soir au dimanche soir. Ce n'est pas une vie, ce n'est pas possible et il parle de la spécificité quand même de l'île de France.
Voilà, la deuxième raison, c'est-à-dire qu'Emmanuel Macron, il a toujours un doute sur les modèles, les chiffres depuis le 29 janvier. Il considère que le 29 janvier, quand il prend la décision, à l'époque, on lui présente des modèles d'évolution de l'épidémie. Ce n'est pas ce qui se passe derrière, même si ça continue de progresser puisqu'on est aujourd'hui dans une situation dégradée. On n'a pas eu le mur, l'augmentation exponentielle. Donc, il continue à se méfier maintenant de ce qu'on lui présente, de ce que les modélisateurs, les épidémiologistes lui présentent. C'est encore le cas aujourd'hui, même si on voit bien qu'en réa, il y a vraiment saturation.
Et la troisième raison, je finirai là, elle est politique. Emmanuel Macron a fait un pari, qu'on le veuille ou non, le 29 janvier, le pari de tourner cette page du confinement. Il avait confié lorsqu'il a reconfiné pour la deuxième fois au mois de novembre, il avait dit à ses proches, il avait dit « Vous m'entendez bien, c'est la dernière fois que je reconfine, je ne le referai pas. » Donc, il y a un côté « Il faut trouver des solutions. » Le confinement, c'est quand on ne peut rien faire d'autre. Et il est rivé là-dessus et il essaie par tous les moyens de trouver le trou de souris.
Et c'est vrai qu'il a pensé que les transferts sanitaires des patients vers la province allaient marcher, l'amplification de la... Là, c'est vrai que cette semaine, tout est allé un peu contre lui. L'AstraZeneca, les transferts pas possibles. Vraiment, cette semaine, c'est la semaine cruelle pour Emmanuel Macron. On verra bien les décisions. Brice Tinturier, on voit bien que dans cette hésitation de la part du chef de l'État et de l'exécutif, il y a la crainte que des mesures un an après ne soient pas acceptées.
Oui, tout à fait. Et c'est quand même ce que l'on mesure, c'est-à-dire des réticences de plus en plus fortes de la part des Français à accepter un confinement. Encore une fois, quand ils ont eu très peur au tout début, qu'on ne connaissait rien de cette pandémie et qu'elle était nouvelle, ce qui était étrange, c'est même la facilité avec laquelle les Français sont rentrés ont accepté le confinement. On n'en est plus du tout là. Donc il y a aussi une question de capacité du corps social à accepter ce type de mesures. Moi, je crois que c'est possible en réalité que quand la parole présidentielle dit quelque chose dans ce pays, ça a beaucoup d'importance.
Et dans le fait d'ailleurs que les Français aujourd'hui ne sont pas à des niveaux d'inquiétude aussi puissants qu'auparavant, j'ai envie de dire que c'est un peu normal si le président de la République leur dit « Écoutez, on peut encore tenir la preuve pendant deux mois, je n'ai pas confiné ». Du jour où la tonalité va ou peut changer, je pense que les choses aussi changeront en termes de perception chez les Français.
Mais jusqu'à maintenant, on a été dans une configuration extrêmement différente et avec une tension de plus en plus forte de la part des Français et un vrai risque non pas d'explosion, encore une fois, ce n'est pas de la colère, c'est beaucoup plus de la dépression, du ras-le-bol, le sentiment de ne pas avoir un objectif temporel, un moment où on pourrait se dire « D'accord, là, on va encore subir pendant X semaines, mais après, ce sera une forme de libération », c'est ce qui manque et c'est ce qui mine profondément le moral, notamment de 30% de Français qui nous disent aujourd'hui qu'ils n'en peuvent plus, tout simplement. Et 30%, ce n'est pas rien, ça rend la décision aussi compliquée.
Vous avez raison, il y a à la fois cet état dépressif d'un 30% des Français, c'est ce que vous nous dites à l'instant, mais il y a aussi l'idée, est-ce que ça, ça fait partie à votre avis des craintes de l'exécutif de dire « On va prendre des mesures, on va dire à l'île-de-France que sais-je, on verra ce qui sera arbitré, mais par exemple reconfinons le week-end et que ces mesures-là ne soient pas respectées. » Que les gens se disent et on l'a beaucoup entendu dans les reportages ces derniers jours, Brice Tinturier, des gens qui disent « Ah non, cette fois-ci, c'est sans moi. Tant pis, je ferai 15 attestations dans la journée s'il le faut, mais cette fois-ci, c'est sans moi.
» Ce n'est pas de la rébellion, ce n'est pas de la colère, c'est juste, c'est fini.
Tout à fait. Ce n'est pas une contestation organisée, rationnelle, politique ou tout ce que vous voulez. C'est beaucoup plus un état d'épuisement qui fait qu'une partie de la population ne respectera pas aussi bien ou peut ne pas respecter aussi bien les consignes. Et là, vous êtes vraiment sur la crête, sur le fil du rasoir. Ce n'est même pas la question de la responsabilité économique, la responsabilité sanitaire en elle-même du risque de mort. C'est vraiment la capacité ou pas du corps social à aller jusqu'au bout d'un certain nombre de restrictions qu'il encaisse depuis un an. Et prendre en compte cette variable-là me semble être le minimum qu'on puisse attendre.
Après, du coup, ça complexifie évidemment le processus de décision puisque vous avez les enjeux économiques, les enjeux qu'a évoqués Bruno Jeudy à l'instant pour la région Île-de-France, les enjeux sanitaires, le nombre de morts, encore une fois, la croix de la barre des 100 000. Et puis, cette partie de la population qui peut craquer et ensuite potentiellement dire sans moi, je ne suis plus, je n'en peux plus, je ne suis plus.
Vanessa Schneider, on voit bien qu'il y a eu un débat cette semaine autour d'une phrase. Chaque semaine sans confinement est une semaine de gagné. C'était une phrase prononcée par le porte-parole du gouvernement qui a été reprise en cœur par l'ensemble des supporters d'Emmanuel Macron. Et il y a des scientifiques qui sont venus dans les médias pour dire, ben non, on ne peut pas dire des choses comme ça parce que chaque semaine, il y a eu davantage de morts. Oui, les scientifiques ont un raisonnement absolument inverse. C'est que pour eux, chaque semaine de non-confinement est une semaine de perdus dans la bataille contre la pandémie.
Ce que veut dire Emmanuel Macron et qui est repris par les membres du gouvernement, c'est dans la lignée de ce que disait Brice Ceinturier, c'est qu'il y a une lassitude de plus en plus profonde dans le pays, une fatigue extrême et il y a un certain nombre d'indicateurs dont Emmanuel Macron, on a pu reprocher au président de la République à d'autres moments, dans d'autres sujets, d'être en décalage avec la population, de ne pas forcément comprendre les préoccupations des Français, on le disait au moment des Gilets jaunes et même au début de cette pandémie.
Là, il s'avère que visiblement, il y a un certain nombre d'indicateurs qui lui sont remontés et il a pris conscience d'un certain nombre de problématiques. Alors ces indicateurs sont pêle-mêle la montée des prises d'antidépresseurs qui est spectaculaire en France, ce sont les suicides, c'est le désespoir étudiant, ce sont évidemment des indicateurs économiques, même si le nombre de faillites n'est pas impressionnant parce qu'il y a beaucoup d'aide.
Donc c'est tout un climat psychologique, économique, social, aussi d'incertitude dans l'avenir, de peur dans l'avenir et extrêmement dangereux pour un président de la République qui, comme il décide de tout, c'est forcément lui qu'on charge de la responsabilité des problèmes. C'est ça le revers de la médaille, et c'est quand on entend prendre les décisions seul, on ne peut pas après diffuser la responsabilité sur d'autres ou charger tel ou tel ministre ou le Premier ministre d'une décision. C'est-à-dire que c'est lui qui devra rendre des comptes aux Français.
Je rappelle qu'il y a une présidentielle dans très peu de temps, dans un an, et évidemment Emmanuel Macron sait très bien qu'il faudra, à l'approche de cette présidentielle, retrouver la confiance des Français, qui est extrêmement ténue en ce moment pour donner un chiffre. Il y a 80%, selon un des sondages, 80% des personnes interrogées qui trouvent que le sujet des vaccins a été mal géré, que les approvisionnements, la diffusion des vaccins a été mal gérée.
Donc c'est quand même un carton rouge monumental qui est adressé à Emmanuel Macron et il est obligé de prendre en compte cette défiance, ce découragement, cette fatigue, cette lassitude, la dépression d'une certaine partie de la population. Ce sont des choses qui ne sont pas négligeables du tout, d'autant plus qu'on s'aperçoit que sur la question des morts, ce sera juste le dernier propos, si on nous avait dit qu'il y a un an il y aura 90 000 morts, ça aurait paru insupportable pour l'ensemble de la population française.
Et on s'aperçoit qu'au fil des mois, l'inconscient collectif a quelque part admis cette idée que oui, il y avait des morts dues au Covid en France, partout ailleurs, partout dans le monde, que c'était inévitable et finalement, on est moins choqué par ça. Et ça, c'est un point sur lequel, oui. Allez-y. Donc forcément, moins évidemment, à partir du moment où on est moins choqué par ça, on est plus rétif, on s'interroge davantage sur des mesures, des nouvelles mesures qui réduisent encore les libertés et qui imposent de nouvelles restrictions.
Bruno, je dis, c'est intéressant ce que dit Vanessa Schneider, c'est-à-dire que 91 000 morts, c'est vrai qu'on n'a pas eu de moment même collectif organisé, mis en image, mis en scène, sans malice, je dis ça, par l'exécutif pour s'arrêter à un moment donné sur ses visages, ses noms, ses parcours, ses destins. C'est vrai qu'il y a quelque chose de très désincarné dans ce qui est en train de nous arriver. Ils sont devenus invisibles ces 91 000 morts. Vanessa Schneider a raison, on les a presque oubliés à tel point que ça a été reproché à Jean Castex dans ses dernières conférences de presse, il n'en parlait même pas, ça avait disparu.
et lors de l'interview mardi soir, il l'a mis très tôt dans l'interview, il s'est arrêté sur ses 90 000 morts, il en a parlé, c'était peut-être l'une des premières fois que lui en parlait. C'est important, pourquoi ? Parce que chez nos voisins et dans d'autres pays, il y a eu une autre attitude. En Italie, il y a eu un hommage, en Espagne, il y a eu un hommage aux Etats-Unis, on le sait, alors là, Biden a un peu joué beaucoup de ça, mais il y a eu... Et en France, au fond, ils sont un peu invisibles depuis le début du mois et jusqu'à aujourd'hui, il y a déjà plus de 5 000 morts au mois de mars du Covid et du variant. 500 par jour.
C'est à peu près, il y a des jours, c'est 200, 300, ça a augmenté un peu plus. Donc on est quand même sur une notion, aujourd'hui, la population semble complètement mitridatisée, un peu comme si on les avait oubliées, sauf pour ceux qui ont été touchés directement dans leur famille et dans leurs proches. Mais sinon, on voit bien, on ne va pas dans les unités Covid. Et puis là où on faisait beaucoup de reportages au début du confinement, on voyait. Il y en a encore. Il y en a encore. On les voit encore. Ces corps sans visage dans des centres de réa et malgré tout, on voit bien que politiquement, personne ne s'est emparé de cette émotion.
Mais je vais me tourner vers vous, Bristin Thurier, sur ce sujet-là.
Oui, mais je ne crois pas du tout que les Français aient oublié ces 91 000 morts ou qu'ils ne les voient pas quelque part. Je pense qu'ils sont dans un profond désarroi parce que d'un côté, il y a cette réalité. C'est ces morts qui s'accumulent et de l'autre côté, le sentiment de ne pas savoir comment faire et comment en sortir. Quand on avait, encore une fois, au tout début, l'idée qu'avec le confinement total, on allait bloquer ça, on allait casser la pandémie, qu'on allait, à partir de l'été, retrouver la vie d'avant, on pouvait être effrayé par déjà les milliers de morts qu'il y avait, mais il y avait cet espoir.
Au bout d'un an, vous avez des Français en profond désarroi et comme ils n'en peuvent plus, ce n'est pas qu'ils minimisent, je pense, le nombre de morts, c'est qu'ils se disent très bien, il y a ça d'un côté, c'est abominable, mais de l'autre côté, on n'en peut plus non plus d'être confinés et surtout, on a le sentiment qu'il n'y a pas de solution, ni les confinements partiels, ni les confinements plus globaux.
Une campagne de vaccination qui a pris du retard à l'allumage et qui est bien moindre que dans les autres pays de la planète, c'est ça qui rend la situation pour les Français terrible, insupportable, qui explique leur critique, sauf sur le plan économique, où là, ils ont bien compris quand même et ils approuvent plutôt les mesures économiques, ce qui montre au passage que ce n'est pas que le nombre de morts qui a dicté évidemment les décisions, c'est un ensemble de paramètres dont la situation économique. Tout cela, les Français, je crois, le perçoivent, donc ils n'oublient pas les morts, simplement, ils se disent très bien, mais comment on fait ?
Avec un chiffre sur lequel je voudrais revenir avec vous, Brice Tinturier, sur la popularité du chef de l'État, puisqu'on le dit depuis le début de l'émission, les Français sont critiques et en même temps, c'est Emmanuel Macron qui est en charge de prendre l'ensemble des décisions à terme. Malgré tout, il reste populaire. Donc là, il y a quelque chose qui ne colle pas. Écoutez,
moi, ce que je remarque factuellement, c'est que dans notre dernier baromètre, il sauce le point, il a fait un plus 6 points. Il est à 41% de jugements favorables. C'est un quasi-record depuis son élection. Et puis, un autre aspect aussi qui me semble extrêmement important, on entend souvent dire qu'Emmanuel Macron suscite un niveau de détestation extrêmement élevé. C'est faux, pardonnez-moi, mais c'est juste faux. Il est à 25% de jugements très défavorables aujourd'hui. C'est le niveau qu'il avait au moment où il a été élu. Il avait augmenté considérablement ce rejet et cette détestation, notamment à son climax en décembre 2018, où là, on est à 50% de jugements très défavorables.
Je ne parle pas de l'ensemble des défavorables, plutôt défavorables et très défavorables. Je suis sur l'intensité du rejet. 50% donc en décembre et puis dans l'année 2019, il revient à 40 et puis à 30 et puis aujourd'hui, il est à 25. Mais alors, je ne comprends pas, pardon, je ne comprends pas,
Brice Tinturier. Vanessa Schneider nous donnait un chiffre tout à l'heure des Français qui sont très critiques sur la campagne de vaccination, qui sont très critiques sur la gestion de la crise et en même temps, celui qui commande, c'est Emmanuel Macron, mais ils lui font ce crédit.
Mais parce qu'ils sont critiques sur, là, c'est aussi tout à fait exact factuellement, sur certains aspects, premièrement, donc sur la campagne de vaccination, mais sur d'autres, notamment sur les mesures économiques et ça compte pour les Français. Là, vous avez une petite majorité qui considère quand même que le bilan est plutôt positif. D'accord. Et puis, il y a un autre facteur qui rentre en ligne de compte, c'est que malgré tout, ils se disent que personne d'autre ne ferait véritablement mieux.
Donc, une fois qu'on a exprimé un certain nombre de critiques sur certains aspects, le jugement global, avec une base qui reste, eh bien, je suis désolé, moi, je le constate, je le mesure, il n'est pas une descente aux enfers pour Emmanuel Macron, en tous les cas, pas aujourd'hui, il est même plutôt le maintien à un niveau bien supérieur de popularité que ses prédécesseurs et à un niveau bien supérieur à ce qu'il avait avant de rentrer dans cette période.
Mais Brice Tinturier, vous n'allez pas être désolé, vous regardez comme les scientifiques, les épidémiologistes, les chiffres, et on vous remercie de le faire avec nous ce soir. Juste ce que disait Brice Tinturier, je voudrais avoir votre avis là-dessus, c'est vrai que pour l'instant, personne d'autre ne profite, on le dit souvent sur ce plateau-là, on a Anne Hidalgo qui dit, je pense qu'en termes de méthode, on peut faire beaucoup mieux, ou encore Adrien Quatennens qui dit, M.
Macron a fait le pari de ne pas reconfiner, mais rien n'est préparé, on voit bien qu'il y a une critique extrêmement sévère portée par toutes les oppositions, visiblement, ça ne pèse pas sur la popularité du président. Non, et nous, chaque fois qu'on interroge les gens dans les locales, ils disent tous la même chose, ils critiquent le président de la République de façon très véhémente, mais ils disent, on n'aimerait pas être à sa place. Et du coup, il y a une espèce de truc comme ça qui est assez ambivalent, juste pour revenir deux secondes sur la visibilité des personnes qui sont décédées, les 90 000 morts.
Nous, en Presse Quotidienne Régionale, on a fait un exercice d'incarnation cette semaine, c'est-à-dire qu'on a mis à la une les visages des personnes qui étaient mortes et à l'intérieur des pages, on a raconté leur histoire. On a raconté l'histoire de cette jeune femme qui avait été maman de deux enfants qui était aide-soignante et qui est morte en Saône-et-Loire. On a raconté l'histoire de ce jeune retraité qui était pourtant, voilà, qui venait d'arriver à la retraite et qui avait plein de projets et qui est décédé. Et ça, ce travail d'incarnation-là, ça a vachement bien marché, les ventes ont été très bonnes. Je pense que c'est quelque chose... Sans cynisme, vous dites ça.
Non, mais au sens où... En fait, il y en a des besoins. Mais c'est ça, au sens où on a besoin d'incarner ce que veut dire taux d'incidence, variant anglais, variant, etc. Il ne faut pas oublier que cette semaine, sur les sept derniers jours, il y a 167 000 personnes qui ont déclaré un cas de Covid officiellement. C'est quoi, 167 000 personnes ? Ça ne veut rien dire. Or, c'est la ville, c'est tout long. Oui. C'est tout long.
Donc, voilà, à chaque fois, nous, on essaye de faire ce travail-là de décryptage parce qu'au bout d'un moment, ça fait tellement longtemps qu'on est dans cette situation avec des chiffres qui finalement finissent par ne rien dire, c'est bien à un moment d'avoir un travail d'incarnation. Alors, c'est sans doute l'une des leçons de cette crise adaptée. Les réponses aux situations locales, même le Conseil scientifique plaide désormais pour une stratégie régionale et ciblée, mais dans les territoires, déjà sous le coup d'un confinement, notamment le week-end, on dénonce déjà un deux poids, deux mesures. Romain Bessnenou et Michel Bouy.
Nous devons prendre dans les territoires les plus touchés des mesures supplémentaires. C'est la nouvelle doctrine du gouvernement. Face au Covid, une réponse adaptée région par région et non plus nationale. Notre souhait, c'est toujours que ce soit proportionné et adapté à la réalité des différents territoires, à la fois la réalité épidémique, mais aussi la réalité de vie de ces territoires. L'île-de-France confinée, les Hauts-de-France confinées, des hypothèses jusque-là écartées par le gouvernement qui souhaitaient privilégier une stratégie commune pour tout le territoire. C'était déjà le cas il y a un an, lors du premier confinement.
Je demande à tous nos élus, comme la République le prévoit en cette matière, d'aider à ce que ces règles soient les mêmes partout sur notre sol. Mais aussi, lors du déconfinement, toute la France soumise aux mêmes règles, peu importe les disparités géographiques et la pénétration du virus. Pourtant, à l'époque déjà, l'Académie de médecine préconisait une stratégie différenciée de sortie de crise. Que cette sortie ne soit autorisée que dans les régions dans lesquelles une décroissance nette du nombre des patients Covid-19 est observée. Réponse du gouvernement, pas question. Mais aujourd'hui, les temps ont changé, virage, à 180 degrés.
Le Pas-de-Calais et les Alpes-Maritimes sont les seules régions soumises à un confinement le week-end depuis deux semaines et ça ne plaît pas à tout le monde. On trouve qu'on est quand même assez punis, enfin que c'est assez invraisemblable. Ce n'est pas de la jalousie mais juste, on ne comprend pas que certains puissent encore jouir de certaines libertés alors qu'on est dans la même situation et que nous, on soit obligés d'être confinés. Je vois ce qui se passe dans certains départements comme la Seine-Saint-Denis par exemple et là, je ne comprends pas qu'ils ne soient pas confinés.
Même les élus locaux concernés par les restrictions reprochent au gouvernement sa stratégie qu'ils jugent illisibles. C'est le deux points et deux mesures. Nous avons les mêmes taux d'incidence que certains départements d'Île-de-France et nous impose le confinement dans le Pas-de-Calais alors qu'au motif que ça déplairait aux populations, on n'impose pas le même confinement en Île-de-France. Donc très franchement, c'est ce que je ne comprends pas ce soir, c'est la stupéfaction et l'incompréhension. Il y a une rupture d'égalité entre les citoyens français dans cette affaire. Décidé au cas par cas. Mais qu'en est-il des territoires qui à l'inverse semblent relativement épargnés par le Covid ?
Les Périnées-Atlantiques ou la Creuse par exemple affichent un taux d'incidence très bas autour de 60 cas pour 100 000 habitants. Alors, la stratégie différenciée, pourquoi pas pour eux ?
On fait preuve d'une bonne gestion, deux chiffres de contamination extrêmement faibles et on a l'impression d'être pénalisés par rapport à ce qui se passe dans d'autres régions qui n'ont pas les mêmes habitudes, qui n'ont peut-être pas les mêmes effets,
qui n'ont surtout pas le même urbanisme et la même population. Chez nos voisins, la stratégie différenciée est de mise depuis longtemps. Au tout début de l'épidémie il y a un an, l'Italie confine 11 villes de Lombardie puis toute la région nord du pays. 15 millions d'habitants sont alors en quarantaine. Plus ciblées encore en Espagne lors de la seconde vague en septembre. Seuls certains arrondissements de Madrid sont confinés. La capitale est coupée en deux. On ne peut pas fermer un quartier et pas l'autre, une rue et pas l'autre.
En s'inspirant de ses voisins, l'exécutif espère donc adapter son action en fonction des situations locales mais il prend un risque, casser le caractère un et indivisible du pays.
Alors c'est vrai que sur ce sujet-là, au début quand il y avait des décisions nationales, il disait oui mais en France ce ne serait pas accepté, c'est un pays qui adore l'égalité, jamais ce ne sera accepté. On voit que ça a été mis en place et on voit bien les frottements que ça peut susciter alors qu'on étudie une solution pour les Hauts-de-France et pour l'Île-de-France en disant que ce sont des régions particulières. – Oui, alors moi je crois que ça va, je crois qu'Emmanuel Macron qui évidemment s'est fait beaucoup tordre le bras sur cette stratégie régionalisée ou territorialisée, suivant le mot qu'on affectionne, a plutôt raison d'y aller.
De toute façon, en fait, il va être obligé quelque part. Il a commencé à le faire avec l'urgence de réagir à la situation niçoise et à la situation de Dunkerque. Je rappelle qu'ils avaient des taux d'incidence absolument dingues. – Comme en Île-de-France ? – Plus aujourd'hui que l'Île-de-France et plus même que la Seine-Saint-Denis qui est le seul département, je crois peut-être le Val-de-Marne maintenant, qui a dépassé les 500. Dunkerque, hier, était encore à 600 mais ça avait beaucoup baissé. Donc on avait une situation qui était… Et là, il a été obligé de finalement de faire cette stratégie différenciée et même si on a un retour sur le confinement du week-end…
– C'est pas encore si ça marche très bien. – Ça produit des effets mais de façon très lente. En tous les cas, ça a un petit peu fait baisser. On voit bien que ça y est, on y est, on y va dans cette stratégie. Alors on va bien voir si ça va être aussi pour l'Île-de-France, c'est compliqué. Mais on risque de le voir aussi sur un autre aspect qui est la vaccination. Parce que vous avez des… Et surtout les réouvertures de… J'allais dire, des musées, peut-être des restaurants demain où là, le président lui-même avec les élus a dit « Bah oui, effectivement, dans les régions où vous serez en dessous de la moyenne nationale du taux d'incidence, eh bien, pourquoi pas rouvrir dans les Pyrénées…
» – Ça inquiète énormément les épidémiologistes. – Oui, mais dans les Pyrénées-Atlantiques, vous avez un taux d'incidence qui est absolument très bas. Il n'y a pas de raison qu'ils continuent à subir. Donc, je crois qu'on y va. Et notre vieil état jacobin est en train de connaître une évolution majeure. – Mais regardez cette question pour vous, Vanessa Schneider de Laurent, qui habite en Gironde, qui dit « Comment continuer à respecter un confinement en province si Paris, avec de tels chiffres, ne l'est pas ? » – Évidemment, le problème derrière cette question, c'est Paris et c'est l'Île-de-France. Que ça soit régionalisé, je pense que tout le monde l'a compris.
Et à l'inverse, ça avait été extrêmement mal vécu lors du premier confinement, que des zones où le virus n'était très peu présent, voire pas du tout présent, soient totalement confinées, que des populations n'aient pas le droit d'aller se promener en forêt ou sur la plage, alors qu'ils étaient dans des régions où il ne se passait rien. Donc ça, ça s'est passé lors du premier confinement, parce que, comme le rappelait les ceinturiers, les gens étaient extrêmement inquiets, donc on était prêts à faire tout ce qu'on nous demandait sans réfléchir et qu'il y avait une confiance absolue dans toutes les mesures, même les plus absurdes.
Mais on n'est plus du tout dans ce type de configuration maintenant. Donc ce qui, la régionalisation, ou en tout cas l'adaptation a des situations locales, je pense qu'elle est comprise par une majorité de la population et elle était réclamée par de nombreux élus depuis cet été, qui avaient été vraiment au front, je pense en particulier aux maires de Grandeville, qui avaient, via leurs instances, demandé au président de la République et au Premier ministre de les associer, de réfléchir à des réponses différenciées, d'instaurer un dialogue entre les collectivités locales, le local et le national et de déjacobiniser, en fait, ce système français.
On voit que c'est difficile puisque Emmanuel Macron a dit oui, il a commencé à discuter, puis après il y a eu d'autres décisions qui ont été prises sans concertation et puis on essaye, donc c'est vraiment pas dans l'habitude des Français. Et en effet, ce qui pose là la question pourquoi ça commence à coincer, c'est parce qu'on arrive en Ile-de-France à des taux d'incidence extrêmement élevés, une propagation du virus élevée et que là, on a dépassé les critères officiels que le gouvernement avait fixés comme étant ceux d'un confinement.
Donc c'est très compliqué à expliquer qu'il y aurait une espèce d'exception parisienne dans un pays où les Parisiens n'ont pas forcément déjà une extrêmement bonne réputation, où on estime déjà qu'ils sont privilégiés sur un certain nombre de sujets. Après, il ne faut pas être totalement naïf.
Quand on observe les critiques, elles émanent très souvent de régions, de présidents de régions, de maires qui sont issus de l'opposition de droite, des Républicains, et qui, à l'approche des régionales, ont tout à fait intérêt à marquer leur opposition et à faire comprendre à leurs électeurs qui se représentent pour la plupart, à faire comprendre à leurs électeurs que si on les avait écoutés, ça aurait été bien mieux géré.
Quand on regarde dans le détail, en effet, un certain nombre de prises de position peuvent s'expliquer par un contexte politique local, de différenciation, avec la politique du gouvernement et de demander des choses pour ne pas forcément les obtenir et dire, voilà, on a demandé ça. On fait de la politique, quoi, en gros. Il y a un peu de jeu aussi politique d'agricité par le calendrier électoral. Mais c'est vrai que cette question de Paris, elle va poser problème parce que quelles que soient les décisions annoncées ce soir, elles seront critiquées. Si c'est un confinement trop dur, ça va être très mal vécu dans l'île de France.
Il faut se rappeler aussi qu'Emmanuel Macron a été très, très bien venue à Paris. Si vous le voulez, Vanessa Schneider, il faut que je donne la parole à Nathalie Moret qui incarne ici sur ce plateau la presse régionale et qui va nous dire un peu le sentiment justement des gens qui sont vos lecteurs et qui regardent ce que disait Vanessa Schneider. Paris, de toute façon, avec ce sentiment un peu d'agacement vis-à-vis de tout ce qui se passe en l'île de France, est-ce qu'il y a d'ores et déjà cette forme de rancœur vis-à-vis d'un traitement de faveur ? Alors, la guerre Paris-Province, c'est clair, elle existe. Elle existe, elle a existé, ce sera toujours le cas.
En revanche, les habitants de Dijon, de Strasbourg ou de Lonce-le-Saunier, ils ont tout à fait conscience qu'à Paris, même s'il y a une certaine forme de privilège de vivre à Paris, que la vie à Paris, elle n'est pas simple. Que la vie à Paris, c'est compliqué. Il faut quand même se rappeler que les appartements à Paris, c'est une moyenne de 43 mètres carrés. À Lonce-le-Saunier, c'est plutôt 90 ou 100 mètres carrés, si vous voulez, et la plupart du temps avec un extérieur. Donc ça, les lecteurs du Progrès de Lyon ou de l'Est républicain, ils le savent totalement. Donc nous, on explique régulièrement, on essaye de décrypter les décisions, et ça, c'est un critère tout à fait objectif.
Après, le fait que c'est difficile de confiner une région de 12 millions d'habitants, évidemment, tout le monde le comprend. Brice Tinturier, c'est présent, ça, dans les enquêtes d'opinion ?
En fait, je crois que ce qu'on voit bien, c'est que sur le fond, bien sûr, qu'il faut avoir des traitements différenciés, et tout le monde peut le comprendre. Mais ça se heurte à deux attitudes qui vont en sens contraire. La première, c'est ce que René Girard a rappelé, la structure triangulaire du désir. C'est-à-dire que vous comparez en permanence. La relation par rapport à un objet que vous désirez, c'est pas vous et cet objet, c'est aussi est-ce que mon voisin, est-ce que l'autre désire cet objet ? Eh bien là, c'est la même chose.
Non seulement on peut comprendre rationnellement qu'il faille avoir un traitement différencié, mais très vite, et votre reportage l'a admirablement montré, on se dit, oui, mais pourquoi lui, alors que moi, je suis dans la même situation, et puis pourquoi en sens inverse ? Et puis l'autre aspect qui complique la chose, c'est que quand vous avez quelque chose de très centralisé, monocolore, qui s'applique à tous, c'est lisible. Et là, forcément, des traitements différenciés, ça suppose quand même de prendre en compte beaucoup de paramètres, et donc c'est plus difficile à intégrer et finalement à admettre aussi pour la population.
Et parfois, il faut porter des messages en termes de communication, messages différenciés. Vous allez comprendre pourquoi je vous dis ça. On a souvent expliqué depuis un an que les jeunes étaient les grands oubliés de cette crise. Le gouvernement se démultiplie pour faire passer précisément un message à cet électorat qui privilégie les réseaux sociaux pour s'informer. Et le Premier ministre s'est aventuré sur la plateforme Twitch. Le président a lancé un défi à deux stars de YouTube, McFly et Carlito, pour faire la promotion des gestes barrières. Reportage Juliette Vallon et Dominique Lemarchand.
Faites une vidéo pour réexpliquer ces gestes. Et si vous avez 10 millions de vues, vous venez tourner à l'Élise. Nous acceptons !
C'est l'histoire d'un président de la République qui lance un défi à deux YouTubers.
On va parler des gestes barrières ? Les gestes barrières, bien sûr.
En pleine crise sanitaire, Emmanuel Macron souhaite faire passer un message aux jeunes.
Se laver les mains. Éviter de s'embrasser, de se serrer la main. Porter un masque.
Paris relevé par les deux humoristes McFly et Carlito, suivis par plus de 6 millions de personnes sur leur chaîne YouTube. Un canal de communication précieux pour le chef de l'État et de nombreux politiques qui multiplient ces derniers mois les interventions sur les réseaux sociaux.
On n'est pas très loin du début du stream, on est plutôt dans les temps.
Lui, c'est Samuel Etienne, présentateur bien connu de la télévision et star de Twitch, la nouvelle plateforme prisée dès 18-35 ans. Face au succès de ses revues de presse en direct... Le nucléaire reste indispensable. Quoi ? Il a été approché par l'ancien président François Hollande pour un live, suivi par près de 700 000 internautes.
Est-ce qu'il y a un président blues ? Est-ce qu'il y a un Élysée blues ? Oui, bien sûr. Oui ? Oui, qui tient d'abord au fait que le pouvoir qui était exercé ne l'est plus.
La semaine dernière, cette fois masqué, Samuel Etienne a aussi reçu le Premier ministre Jean Castex.
On me dit que j'ai un côté, vous savez, un peu vintage que j'assume totalement, donc je découvre. Mais je vous dis, je suis un peu stressé, non pas par le mode d'expression, mais parce que mes filles, elles sont des habituées et elles m'écoutent ce soir. Je ne suis pas sûr, je ne suis pas sûr, par exemple, qu'elles suivent mes conférences de presse.
Pas de cravate et un style détendu pour ces politiques connectées qui souhaitent se montrer accessibles avec un but, toucher une cible beaucoup plus jeune en s'adaptant à ses codes.
Et à un moment, l'invité, il se saisit de questions, pas forcément les plus faciles parce que lui aussi se sont interpellés.
Donc il y a un échange
démocratique direct qui se passe grâce à Twitch. Et puis la dernière chose, c'est encore le luxe du temps. Et parce que j'avais 2h30, j'ai obtenu de François Hollande des réponses que je n'aurais pas eues en 5 minutes. Il nous a confié qu'il regrettait de ne pas s'être présenté finalement à la dernière présidentielle. Incroyable confession quand même pendant le stream. Ça c'est grâce à vous. Il ne l'aurait pas fait sur un plateau de télé. Incroyable confession. Est-ce qu'il a des arrières-pensées ? Est-ce qu'il veut revenir dans le game politique ? Bon, voilà. Ils viennent parce qu'ils sont intéressés. Ils ont un intérêt. Évidemment qu'il y a des arrières-pensées.
Ils ne viennent pas pour mes beaux yeux.
Des politiques devenus accros au réseau et notamment au sein du gouvernement. Mi-février, son porte-parole est Benjamin Gabriel Attal, 32 ans. C'est lui aussi lancé sur Twitch avec une émission mensuelle. L'occasion de débattre sur la crise sanitaire avec l'une des youtubeuses beauté les plus suivies de France, EnjoyPhoenix, 26 ans, et plutôt critique.
Il faut arrêter de croire que les étudiants ne sont pas des gens responsables, ne vont pas se protéger. Personne n'a envie d'attraper la Covid aujourd'hui. Donc moi, demain, je me dis, on ouvre les facs, on ouvre les universités. Effectivement, à un moment, a été fait le choix de dire que les étudiants passaient à distance. Mine de rien, on le sait que c'est une décision qui permet de limiter le flux de personnes.
Des jeunes influenceurs, également approchés par les politiques donc. Comme Louise, 23 ans, suivie par plus de 400 000 personnes sur Instagram. En décembre dernier, elle a pu s'entretenir en direct avec la ministre Elisabeth Moreno sur la précarité étudiante, l'opportunité selon elle de faire avancer les causes de sa génération. Je pense vraiment que peu de personnes sont dupes. On a conscience que c'est une stratégie
de communication et donc qui mieux en effet que des jeunes qui sont en contact eux-mêmes avec des centaines de milliers de jeunes pour partager les besoins, les attentes.
En fait, les réseaux sociaux, c'est un circuit direct. Moi, je suis en contact avec 400 000 personnes qui peuvent me dire ce qu'ils pensent et donc si moi, je partage ces 400 000 retours à la ministre,
boum, en fait, le circuit est vachement réduit par rapport à avant.
C'est à franchir des intermédiaires pour toucher les jeunes au plus près. Le pari de la stratégie numérique sera-t-il gagnant pour Emmanuel Macron à quelques mois de la présidentielle ? Selon un récent sondage, sa cote de popularité frôle aujourd'hui les 50% chez les 18-24 ans.
Oui, mais tout ou pas, c'est 135 euros d'amende. Non, mais c'est le président de la République qui nous a demandé de faire une vidéo.
Mais franchement, c'était très réussi, c'était très drôle et ils ont cartonné avec cette vidéo et le message sur les gestes barrières est passé. Là, il va falloir qu'ils trouvent des 13 heures de communication, Bruno Jeudy, pour arriver à redonner confiance dans le vaccin AstraZeneca. Donc, l'Agence européenne du médicament a dit que c'était un vaccin sûr, c'était l'annonce de l'après-midi. Maintenant, il va falloir redonner aux Français l'envie de se faire vacciner avec l'AstraZeneca. Ça a commencé par le Premier ministre. Absolument. Et puis, c'est urgent cette relance de la campagne vaccinale fabriquée de la confiance.
Ça s'était plutôt amélioré parce que, souvenez-vous, les premiers sondages et finalement, ça a plutôt progressé. Mais là, c'est tombé quand même à un niveau. Je crois que la confiance dans l'AstraZeneca, c'est 20% ou 21% selon un sondage paru hier. Alors, évidemment, ça commençait avec Jean Castex, mardi soir. Finalement, ce qu'il refusait de faire jusqu'à présent, puisqu'il a expliqué « j'ai 55 ans, j'ai pas de comorbidité, donc pour l'instant, j'attendais mon tour.
» Eh bien, cette fois-ci, il n'attend plus son tour, il va aller se faire vacciner, à mon avis très vite, peut-être demain, se faire vacciner à l'AstraZeneca pour montrer l'exemple et essayer d'utiliser ce levier et d'autres leviers sans doute pour relancer l'AstraZeneca parce que les gens, ils vont pas forcément tous se précipiter, surtout s'ils ne changent pas les publics cibles. Et ça va être ça aussi l'enjeu de la compagne de vaccination.
La communication, et peut-être, c'est Richard Ferrand qui l'a suggéré, d'élargir le recours à plus de Français à l'AstraZeneca parce qu'il y a aussi beaucoup de gens qui ont envie de se faire vacciner, mais aujourd'hui, ça reste quand même soumis à des règles. Il faut avoir plus de 50 ans, avoir des comorbidités pour pouvoir aller chez son pharmacien et chez son médecin dès demain quand on va pouvoir à nouveau... Oui, parce que la décision est tombée de l'attention européenne du médicament. Cet après-midi. Cet après-midi. Brice Tinturier, juste un mot sur la confiance et l'AstraZeneca. Naturellement, je me tourne vers vous.
Certains parlementaires ont dit nous, on veut bien se faire vacciner, on veut montrer qu'on n'a pas peur d'une certaine manière et qu'il faut avoir confiance dans ce vaccin. Ça ne va pas être de trop.
Ça ne va pas être de trop. Et moi, depuis le début, souvenez-vous, je dis qu'il faut faire de la preuve, qu'il faut donner de la preuve et que les politiques, bien avant cette crise autour d'AstraZeneca, devaient montrer l'exemple, devaient essayer d'expliquer que non, il n'y avait pas de danger, que des millions de gens avaient été vaccinés et la meilleure façon de le faire, c'est de se faire vacciner et de faire fi des critiques. Mais pourquoi vous, vous vous faites vacciner alors que vous n'êtes pas dans les catégories qui pourraient l'avoir ? Non, là, il y a une valeur d'exemplarité et de preuve que je crois très importante.
Et nous revenons maintenant à vos questions. Francilien, l'hésitation du gouvernement sur un possible reconfinement, c'est stressant, Vanessa Schneider. Je pense que cette personne n'est pas la seule à penser ça. Oui, c'est stressant parce qu'il y a ces rendez-vous, les rendez-vous du jeudi qui ne sont pas très agréables. En plus, on revient le week-end, donc les gens se... En fait, ce qui est très difficile, c'est l'incapacité à se projeter. L'être humain est fait pour se projeter dans l'avenir, pour...
On peut affronter les coups durs parce qu'on sait qu'on va, je ne sais pas, partir en vacances, aller dîner, chez quelqu'un, retrouver ses grands-parents pour les petits-enfants ou l'inverse. Et là, cette espèce de... de... de conférence de presse perpétuelle avec des annonces de l'attente, des bruits, des rumeurs où chacun croit savoir ce qui va se passer, ça use le moral des Français et ça les empêche en effet de se projeter dans un horizon qui pourrait être un peu plus joyeux et du coup serrer les dents en attendant. Et d'ailleurs, Vanessa Schneider, le président a renoncé à donner des échéances. Ça, c'était des choses qu'il faisait à un moment donné.
Oui, ça avait été fait lors du premier confinement. On nous avait dit qu'un jour, puis encore 15 jours, il y avait des points réguliers et des échéances. Mais il l'a dit lui-même, il a dit le virus à son propre tempo. donc il sait bien que tout puissant soit-il. À un moment donné, le virus ne prévient pas. Les variants, on ne peut pas prévoir. La diffusion de ces nouveaux variants non plus. Et puis voilà, il suffit en effet qu'il y ait une polémique sur un vaccin. Malheureusement, c'était le seul un peu qu'on avait nous à disposition en France avec déjà un très fort retard dans le processus de vaccination.
Il suffit qu'il y ait un arrêt de cette vaccination et toute la stratégie de freinage de la propagation du virus est remise en question. Donc je pense que c'est extrêmement prudent de la part, pour le coup d'Emmanuel Macron, de ne plus fixer d'échéances parce qu'elles sont impossibles à tenir et ça pourrait se retourner contre lui. Pourquoi Emmanuel Macron décide-t-il toujours seul sans écouter les autres ? Parce que c'est lui qui aura à répondre de cette pandémie. Moi, je fais le pari que si on s'en sort bien, si dans six mois, au moment où commencera l'élection présidentielle, si l'épidémie est derrière nous, rêvons, peut-être que ce sera le cas, ça ne sera pas forcément mis à son actif.
En revanche, parce qu'on passera dans autre chose et on oubliera très vite, en revanche, si on y est encore, si ça se passe mal, là, on n'oubliera pas de dire qu'il a fait des erreurs pour les masques, pour les confinements, pour la stratégie vaccinale, etc. Donc, c'est lui qui aura à répondre, donc c'est lui qui prend la décision. Pourquoi est-ce Castex qui parle ce soir puisque ce n'est pas lui qui décide ? Bruno Jeudy, vous ne lui avez pas posé la question lorsque vous l'avez eu face à vous cette semaine ?
Figurez-vous qu'on lui a posé la question et en fait, à ce moment de la semaine, ce n'était pas encore acté parce que même la prise de parole est décidée à l'Élysée, elle a été décidée le lendemain et le lendemain, quand il est revenu et je vous ai expliqué qu'il avait d'abord dit que c'était acté le confinement le week-end et là, on le sait que non et qu'apparemment, on parle plutôt d'un confinement aménagé, qualifié d'aménagé 7 jours sur 7 sur 7 aménagés pour l'Île-de-France et les Hauts-de-France, après, on verra les modalités qui seront annoncées. Là, il savait que c'était lui qui prendrait la parole et qui annoncerait les mesures. Même ça, si vous voulez, ce n'est pas si clair que ça.
Ce que l'on sait quand même, c'est que je l'ai dit tout à l'heure, c'est que les mesures nationales, c'est Emmanuel Macron, là, c'est la prise de parole solennelle. C'est quand même un certain temps qu'on ne l'a pas eue. Et puis, les mesures territorialisées ou par région ou le reconfinement des Alpes-Maritimes, ça peut être Jean Castex, voire Olivier Véran. Le confinement le week-end est supportable à Dunkerque ou Nice, mais pas à Paris, Brice Tinturier ? Il y a beaucoup cette question ce soir.
Absolument. Est-ce que ça génère à la fois comme incompréhension, comme ressentiment parfois ? Et la réponse qu'on peut faire, c'est que la décision en tous les cas de différentiel se prend sur des critères qui peuvent être objectivés. C'est encore une fois la population que représente l'Île-de-France. On ne peut pas simplement isoler Paris. C'est un bloc, l'Île-de-France. C'est son poids économique. Ce sont les modes de vie aussi des Parisiens qui font qu'ils ne se rendent pas au travail aux mêmes horaires qu'en province et qu'ils n'en reviennent pas non plus avec les transports. Donc, tout ça peut justifier qu'il y ait des différences de traitement.
Mais on voit bien que dès qu'il y a des différences de traitement, il y a perception d'injustice, d'inégalité ou à minima incompréhension.
Et regardez cette autre question qui traduit parfois les relations compliquées. Je crois que c'est Vanessa Schneider qui en parlait tout à l'heure entre Paris et la province. Confiner l'Île-de-France le week-end pour que tout ce qui est de Paris vienne nous polluer. Il y a ça aussi. Forcément, il y aura des gens qui vont quitter Paris vendredi soir. Mais encore une fois, ça va être une minorité. Et puis, ce n'est pas tous les Parisiens. Il y a encore une fois une différence entre les Parisiens qui habitent des grands appartements et qui ont la chance d'avoir une longère dans le perche. Et puis, il y a ceux qui habitent 30 mètres carrés sur cours, etc. Donc, il faut...
Les Parisiens, ce n'est pas les Parisiens. C'est une multitude de situations différentes comme partout d'ailleurs. Mais il y a aussi beaucoup, beaucoup d'inégalités en l'Île-de-France. 12 millions d'habitants, on le rappelle pour l'Île-de-France. On dit les Parisiens mais c'est l'Île-de-France naturellement. Ce sont les Franciliens. Et c'est très vaste avec des situations évidemment très différentes. On sent de la fébrilité, de l'improvisation, des doutes au niveau de l'exécutif. Comment espère-t-on convaincre les Français ? C'est Yolande dans le barin, Vanessa Schneider, qui vous pose cette question.
Oui, en tout cas, je ne suis pas sûre que ce soit en s'adressant aux jeunes, avec des médias de jeunes, que ce soit une solution, même si c'est une solution qui a été déjà préemptée par les anciens présidents de la République. On se souvient François Mitterrand qui s'était essayé à parler en verlan pour avoir l'assentiment des jeunes. Mais on comprend bien le désarroi du gouvernement et d'Emmanuel Macron qui sait que la jeunesse ne lit pas les médias traditionnels, ne les écoute pas, ne les regarde pas et aussi qu'elle est très éloignée du vote. Les jeunes votent extrêmement peu.
Donc il s'agit de ne pas perdre le lien, de reconquérir un peu toute cette jeunesse qui n'est pas simplement une jeunesse, qui représente l'avenir. Mais en l'occurrence, je pense que ces grosses ficelles de communication ne sont pas forcément les bonnes et que les jeunes ne sont pas dupes du tout de cette tentative de séduction avec des outils qu'ils utilisent tous les jours et encore plus depuis qu'ils sont cantonnés chez eux pour les étudiants. C'était la question, c'était la question comment espère-t-on convaincre les Français ? Vous nous dites, Vanessa Genéder, ce soir, certainement pas en utilisant les réseaux sociaux comme ils l'ont fait. Voilà.
Alors, l'objectif essentiel du président ne devrait-il pas être plus de vaccins par tous les moyens et moins de confinement ? C'est sans doute son objectif ? C'est son objectif. Il l'a dit hier aux élus, il a parlé de massification de la campagne vaccinale, donc il s'impatiente. On nous avait dit qu'en février, ce serait un petit peu compliqué. On voit que la première quinzaine de mars, il y a eu des retards de livraison. Le Premier ministre n'a pas exclu même une plainte contre certains labos qui ont obtenu des retards. Et donc, on verra. Maintenant, ils attendent avec impatience Johnson & Johnson qui doit arriver en avril.
Cette question encore, les Allemands, les Anglais, les Italiens ont reconfiné ou reconfinent, France, on serait incapables. En tout cas, ce n'est pas l'option. Le confinement national. Ah non, le confinement national n'est pas sur la table, tout comme la fermeture des écoles. Ça, c'est vraiment quelque chose qui est certain. Les annonces, c'est maintenant. Merci à vous tous. C'est la fin de cette émission qui sera rediffusée ce soir à 23h45. N'oubliez pas que vous pouvez écouter. C'est gratuit, c'est tous les jours, c'est dans l'air en podcast sur l'ensemble des plateformes. Tout de suite, c'est à vous. Demain, vous retrouvez Axel de Tarlet. des belles soirées sur France 5.