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Delphine Batho : L’écologie, une question de vie ou de mort ?

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Et nous recevons Delphine Bateau. Bonsoir. Bonsoir.

Soyez la bienvenue sur TV5MONDE. Vous êtes députée française des Deux-Sèvres, présidente de Génération Écologie. Nos téléspectatrices et nos téléspectateurs vous connaissent aussi pour avoir été, sous le gouvernement de François Hollande, ministre de l'Écologie, du Développement Durable et de l'Énergie.

Alors on va commencer par le mouvement social des Gilets jaunes qui agite la France depuis plus de deux mois avec cette grande consultation baptisée Grand Débat National. Elle débute aujourd'hui. Le coup d'envoi officiel a été donné par Emmanuel Macron aujourd'hui dans l'heure, précisément dans la commune de Grand-Bourteroule.

On va voir le président français à l'image. Il s'est exprimé devant 600 maires de Normandie. Et il a dit qu'il y allait avoir un débat sans tabou.

Vous, à titre personnel, en tant qu'élu, qu'attendez-vous de ce grand débat national ? C'est un petit peu Emmanuel Freud. C'est-à-dire, l'intention c'est de dire que la prise de parole collective va produire des solutions politiques.

Ce ne sera pas le cas. Parce qu'en fait, on parle des symptômes et on ne parle pas des causes. Et dans les causes, il y a deux choses qui ne sont pas sur la table aujourd'hui.

Il y a d'abord le poids des lobbies et de la technostructure, ce qui explique qu'en fait les présidents passent, les gouvernements passent et puis les problèmes restent. Et parce qu'il y a en fait une démocratie qui est corrompue aujourd'hui, alors qui n'est pas corrompue avec des valises de billets, mais qui est corrompue culturellement par le poids des intérêts privés sur la décision publique. Et ça, c'est une question fondamentale qui est occultée aujourd'hui dans ce débat.

Et la deuxième chose, c'est que rien ne sera comme avant. Nos conditions d'existence sont en train de s'effondrer. Et donc, on a avec en fait ce mouvement des Gilets jaunes qui a commencé sur le problème du prix du pétrole, du prix des énergies fossiles, un avant-goût de ce qui est en train d'advenir avec tout ce qui est lié au réchauffement climatique, à l'effondrement de la biodiversité.

Et là aussi, dans ce débat, je suis assez consternée de voir la façon dont l'écologie est abordée uniquement en termes de taxes, d'impôts, comme si en fait c'était une question d'argent, avec la valeur centrale de notre société, l'argent, alors que c'est notre existence même qui est en cause aujourd'hui. Mais concrètement, Delphine Bateau, vous avez posé le cadre général de votre pensée, mais concrètement, comment la France peut-elle trouver une solution à ce mouvement ? On a le sentiment que c'est sans fin qu'il y ait un dialogue de sourds.

Il faut bien qu'il y ait un dialogue. Qu'est-ce que vous proposez pour qu'on en finisse ? Il n'y a pas d'autre solution que des changements radicaux et de comprendre qu'on n'est pas dans le système politique d'avant.

Et que ce qui explique la colère des Français, ce n'est pas seulement une colère sociale spontanée telle qu'elle s'est exprimée, c'est en fait en profondeur, et je mets de côté les violences, les groupes extrêmes qui instrumentalisent et veulent radicaliser ce mouvement, que je condamne absolument, mais ce qui est en profondeur exprimé par le peuple français, c'est la nécessité d'une rupture avec le système politique actuel tel qu'il est installé, dans la façon dont le pouvoir est dirigé, mais aussi dans les clivages tels qu'ils sont installés. C'est ce que j'explique dans le manifeste que j'ai publié. Alors on va y venir, mais on va juste s'arrêter sur l'impôt sur la fortune qui ne fait pas partie en tout cas de ce débat, même s'il y aura une évaluation, dit le président français Emmanuel Macron.

Vous, vous avez été reçu par le Premier ministre Édouard Philippe début décembre et vous lui avez fait une proposition concrète, vous avez plaidé pour la mise en place d'un impôt de solidarité écologique sur la fortune. C'est quoi et quelle a été la réponse du gouvernement français ? C'est très simple, on ne peut pas accomplir la transformation écologique de la société sans réduire les inégalités.

Parce qu'en fait, les inégalités et les problèmes écologiques, c'est un seul et même problème. C'est la nécessité de rompre avec ce qu'est aujourd'hui le modèle dominant du consumérisme de la bourgeoisie. Et il y a des inégalités sociales criantes, il y a des besoins d'investissement par ailleurs pour transformer notre politique énergétique, pour isoler les maisons, pour créer une sécurité sociale et écologique, pour protéger par exemple les ménages qui habitent dans les territoires ruraux, qui sont dépendants de la voiture pour tout faire en fait.

Et donc il y a besoin d'avoir des dispositifs de sécurité sociale et écologique pour ceux qui sont par exemple dans cette situation que je connais bien dans les Deux-Sèvres. Et donc pour le financer, il faut prendre à ceux qui ont plus et qui d'ailleurs polluent plus. Ceux qui ont les moyens de partir en vacances en avion, à l'autre bout du monde, etc., polluent des centaines de fois plus.

Il n'y a pas de taxe internationale sur le transport. Non mais je prends cet exemple parce qu'il est parlant. C'est-à-dire ceux qui ont un mode de vie très aisé, très opulent, qui vivent dans le consumérisme, ont une empreinte écologique bien supérieure aux Français de catégories moyennes, de catégories modestes qui essayent de s'en sortir comme ils peuvent.

Alors on va maintenant passer à l'actualité. Ça rejoint votre livre bien sûr. Vous avez commencé à parler de lobby.

On va y venir. La justice annule l'autorisation de mise sur le marché du Roundup Pro 360 pour être précis. C'est un produit désherbant qui contient le fameux glyphosate commercialisé par Monsanto, qui a été racheté par le pharmaceutique, le géant allemand Bayer.

Comment est-ce que vous accueillez cette grande première judiciaire ? C'est une grande victoire. Et c'est un camouflet pour les autorités publiques qui refusent de prendre en compte la décision du Centre international de recherche sur le cancer qui considère le glyphosate comme cancérigène probable.

C'est un camouflet pour l'Europe qui a renouvelé l'autorisation du glyphosate. Et à partir de cette décision de justice, dont je veux dire quel est le résultat d'un combat de la société civile et de l'avocate Corinne Lepage, à partir de cette décision, le gouvernement français doit immédiatement prononcer la suspension de tous les produits à base de glyphosate et enclencher une démarche au niveau européen pour qu'il en aille de même. Ce que le tribunal de Lyon a appliqué, et c'est là quand même, vous vous rendez compte, quand on en est dans une démocratie, à ce que ce soit la justice qui dit qu'il faut respecter la constitution française et notamment la charte de l'environnement et le principe de précaution.

Que le gouvernement n'a pas appliqué, que l'agence chargée de ces problèmes n'a pas appliqué, que l'Europe n'a pas respecté non plus, c'est qu'il y a vraiment plus qu'un malaise dans la démocratie. Alors vous vous dites, Delphine Bateau, dans votre livre, qu'il faut que l'on fasse une révolution intégrale. Vous publiez ce manifeste.

Quelle définition faites-vous de cette révolution ? De l'écologie intégrale. C'est une rupture avec l'écologie homéopathique.

C'est-à-dire que c'est un manifeste qui est en rupture avec ceux qui pensent que ce sujet-là est un sujet parmi d'autres. Aujourd'hui, il nous reste 5-10 ans pour faire quelque chose d'efficace par rapport au réchauffement climatique qui menace toutes nos conditions d'existence par rapport à l'effondrement de la biodiversité. Et donc l'écologie intégrale, c'est de dire, on ne considère plus que l'écologie, c'est un sujet parmi d'autres.

On considère que c'est le sujet prioritaire et que c'est à partir de la nécessité de maintenir une planète habitable pour l'humanité qu'on décide de la politique économique, de la politique budgétaire, de la politique culturelle, de la politique éducative, de la politique étrangère, de la politique de défense. Et je vais dire quelque chose, parce que l'écologie intégrale, c'est aussi prendre les lunettes du 21e siècle, pas celle du siècle d'avant, pour regarder le monde d'aujourd'hui. Et ce clivage qui structure la politique internationale entre les destructeurs, Trump, Bolsonaro, Salvini, etc., et ce que j'appelle les terriens, c'est-à-dire tous ceux qui savent...

Et les terriennes. Et les terriennes. C'est-à-dire tous ceux qui savent que notre vie dépend de la nature.

Je dis les terriennes parce qu'il est aussi question de l'écoféminisme. Vous dites que la féminisation du pouvoir est un puissant levier pour réaliser cette révolution. Pourquoi ?

Pour plusieurs raisons. D'abord, parce qu'il y a un point commun, en fait, entre l'infériorisation des femmes et l'infériorisation de la nature. Et donc, l'oppression que subissent les femmes, qui sont pourtant majoritaires, fait qu'elles sont plus aptes à... plus, comment dire, sensibiliser à la nécessité de cette transformation du pouvoir.

Ça n'empêche pas que des femmes puissent avoir des idées tout à fait contraires à celles que je suis en train de défendre. Et surtout, parce qu'en fait, dans le monde, par rapport notamment aux enjeux de la démographie, il n'y a pas d'autre chemin que celui de l'émancipation des femmes, que celui de l'accès des filles à l'éducation, de l'accès des femmes partout dans le monde, au travail, à l'égalité sociale, à l'égalité culturelle, à l'égalité politique. Et que ça, c'est un levier puissant pour transformer nos sociétés dans le bon sens partout dans le monde.

Et je rappelle que c'est le message que vous allez porter aux Européennes, même si vous ne serez pas tête de liste avec Génération Écologie, dont vous êtes présidente. Je vous rappelle aussi d'ailleurs dans votre essai que 40% des conflits et des guerres civiles sont liés aux ressources naturelles. Merci beaucoup Delphine Bateau d'avoir répondu à nos questions sur TV5MONDE.

Delphine Bateau, députée des Deux-Sèvres en France. Merci.

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