L’Interview Politique – François Bayrou, Haut-commissaire au Plan, secrétaire général du CNR, président du MoDem et maire de Pau, invité d’Adrien Gindre dans le 6/9
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
8h30 sur LCI l'interview ce matin c'est avec François Bayrou, bonjour vous êtes notamment président du Modem, maire de Pau et vous avez veillé très tard cette nuit, 12h d'entretien avec le chef de l'Etat, les autres chefs de parti ça a duré jusqu'à 3h du matin la nuit a donc été très courte et déjà ce matin on a quelques commentaires de vos homologues des autres partis, Eric Ciotti pour Les Républicains qui dit qu'il n'est pas convaincu pour l'heure, Olivier Faure du Parti Socialiste qui dit que personne ne peut estimer qu'il en ait sorti quelque chose, et pour vous, succès ou échec cette rencontre ?
c'était très intéressant très original, inédit c'est la première fois que ça se faisait et lorsque des opposants disent je ne suis pas convaincu encore traduit en français ça veut dire ça m'a intéressé il faut aller plus loin et c'est ce que tous les participants ressentaient alors c'est une réunion qui a été tout à fait inédite dans son format vous avez dit 12 heures de temps
il y en aura bien d'autres parce que vous insistez sur le fait qu'ils ne sont que dans la temporalité pas encore il y aura d'autres rencontres
il y aura d'autres rencontres de cette autre et on va en parler ça a commencé peut-être pour se représenter ce qu'a été le caractère de cet événement ça a commencé par 4 heures sur la politique étrangère
où il y avait plutôt un consensus
toutes les parties du monde ont été examinées et ce qui ne s'était jamais produit et ne se serait jamais produit au travers du temps depuis les débuts de la 5ème république c'est qu'il y avait un accord général y compris de tous ceux qui n'avaient pas soutenu l'Ukraine pour dire maintenant il faut qu'on soit engagé et il n'y a plus entre nous de débat sur en France
sur le soutien de l'Ukraine au parlement normalement le gouvernement informe le parlement sa politique on a un peu le sentiment pardon mais que c'était un contournement du parlement l'exécutif les chefs de parti normalement c'est une discussion entre élus et gouvernement
et bien le parlement aura ses débats et ses discussions comme c'est normal et légitime il ne s'agit absolument pas d'enlever quoi que ce soit au parlement mais vous vous mesurez bien le parlement depuis un an ce que les français en ont entendu c'est des affrontements extrêmement violents des injures des noms d'oiseaux dans un brouhaha impossible à maîtriser cette nuit c'était apaisé et c'était au contraire très constructif apaisé avec par moments de l'humour et ces quatre heures sur la politique étrangère ont permis à chacun de mesurer les défis qui sont en face de nous de notre pays et d'une certaine manière en raison de cette réflexion approfondie sur ce qui se passe dans le monde en Europe et dans le monde ça donnait à chacun un sentiment de responsabilité plus important
plus de gravité est-ce que pour autant François Bayrou pardon le président a aussi dans cet exercice accepté formellement des propositions des oppositions il avait dit qu'il était là pour l'écouter
il a fait plus que ça il a donné plusieurs orientations en indiquant que dans ce format là on continuerait à approfondir plusieurs sujets alors il y a un sujet
il y a un sujet
social la situation des très bas salaires la situation de ceux qui travaillent tout en étant dans des secteurs où les salaires sont extrêmement bas
donc il y aura une conférence sociale sur les salaires
de ce point de vue là une réflexion partagée et il a accepté une grande conférence démocratique sur nos institutions sur le mode de scrutin vous vous souvenez qu'il s'y était engagé depuis l'élection présidentielle
donc là c'est une annonce que vous nous faites il n'y a pas que la conférence sociale sur les salaires il y aura une conférence
sur les institutions c'est ce que le président de la république a dit et il a même dit que ça serait dans ce format qu'on pourrait étudier le mode de scrutin les précautions à prendre pour que nos institutions soient à la hauteur de ce que nous sommes en train de vivre et qui est complètement inédit vous voyez bien que tous les pays du monde autour de nous tous les pays d'Europe je ne parle même pas de tous les pays d'Afrique qui sont secoués de coups d'état de jour en jour de coups d'état en coups d'état ce qui se passe
ça veut dire
proportionnel
c'est à dire
que le président le président de la république alors tous les partis qui étaient là je ne crois pas me tromper en disant tous on dit la proportionnelle ça nous intéresse c'est votre engagement où est-ce qu'on en est
je rappelle que c'est aussi
on a parlé des référendums
alors juste sur la proportionnelle est-ce que le président parce que c'est important aussi il a écouté est-ce qu'il a donné son avis est-ce qu'il a dit j'y suis favorable
il a dit c'est un engagement que j'ai pris nous allons l'examiner vous vous souvenez qu'il avait parlé d'une conférence transpartisane
sur les institutions
et cette conférence elle était là on a parlé du périmètre des collectivités locales on est dans un dans un labyrinthe de collectivités locales où personne
personne ne se reconnaît plus pour faire les sujets un parrain parce qu'ils sont effectivement d'ampleur conséquente le référendum c'est un sujet par exemple qui est demandé par certaines oppositions je mets de côté même la question de l'immigration on y reviendra mais sur le principe du référendum est-ce que le président a pris un engagement est-ce qu'il compte en faire ou est-ce qu'il a pris l'engagement de ne pas en faire est-ce qu'il a dit quelque chose non non il a dit
formellement qu'il avait l'intention qu'on clarifie cette question entre nous qu'est-ce que c'était qu'est-ce que ça veut dire vous savez que des responsables ont parlé de référendum à choix multiple
le porte-parle du gouvernement Olivier Véran a parlé de préférendum préférence et référendum oui
donc c'était un néologisme pour la circonstance l'idée a été retenue l'idée a été non seulement évoquée mais actée par le président de la république il veut approfondir cette question du préférendum non non non ça il a dit que c'était pas son idée mais qu'il savait pas ce que c'était mais qu'on allait approfondir tout ça
donc on écarte le préférendum et on approfondit le référendum
essayons de pas être trop simpliste tout le monde a le droit d'amener une idée la question a été posée par exemple du nombre de signatures qu'il faut pour obtenir un référendum d'initiative de la société
ça n'a pas
que des avantages regardons bien les choses en face parce que des mouvements d'humeur de l'opinion peuvent tout d'un coup entraîner des changements dont on n'est pas sûr qu'ils seraient les bons mais on va approfondir ces questions qu'est-ce qui se passe en réalité il se passe que nous n'avions pas pris la mesure tous ensemble à l'exception de certains naturellement mais nous n'avions pas pris la mesure de ce qu'était l'exigence du pluralisme en France
c'est-à-dire
vous voyez bien à quel point aujourd'hui autrefois on avait deux camps les pour et les contre la gauche et la droite et tout ceci a volé en éclats on a asseyez-vous autour de la table de famille et mettez sur la table la question du vaccin ou la question du changement climatique ou la question et tout d'un coup vous avez des affrontements qui sont parfois tellement passionnels qu'ils en deviennent excessifs mais le référendum c'est binaire c'est oui ou non est-ce que vous pensez que c'est un moyen de trancher ces choses ? vous voyez bien que d'autres idées avaient été émises pour que ça ne soit pas oui ou non
mais juste pardon je m'arrête est-ce que vous vous considérez que c'est une bonne idée le référendum ?
oui je pense qu'il est nécessaire lorsqu'on est devant des blocages lorsqu'on est dans des situations dont on ne peut pas sortir par la voie parlementaire ordinaire parce que vous voyez bien que les décisions n'arrivent pas à être prises alors il est légitime de faire appel au peuple encore faut-il que ce soit de grands sujets qu'ils soient parfaitement expliqués vous savez bien que j'ai sur les retraites j'ai un sentiment de regret profond parce qu'on n'a pas expliqué aux français quels étaient les enjeux et quelles étaient les données de la décision à prendre alors sur quels sujets
ça pourrait se faire ?
pour l'instant le référendum c'est défini par la constitution pour un certain nombre de sujets économiques et sociaux ou bien sur des sujets qui ont été adoptés par la voie parlementaire on fait une loi et on peut la soumettre au référendum si les deux chambres Assemblée nationale et Sénat s'accordent donc il y aura bien
un travail pour élargir le champ du référendum
éventuellement donc modifier la constitution c'est ce que le président de la république et ceux qui étaient assis autour de la table tous ce qui est frappant c'est que avant cette réunion probablement la plupart des observateurs et la plupart de ceux qui allaient y participer avaient l'impression qu'on ne comprenait pas de quoi il s'agissait que c'était inimaginable que les affrontements étaient tels qu'on ne pourrait pas avancer et tout d'un coup on s'est aperçu qu'il y avait un chemin au moins pour qu'on discute ensemble des fondamentaux pas d'un texte mais de manière constructive des passionnés j'allais dire civique éducation civique éducation du citoyen une discussion civique où chacun dans sa responsabilité et avec ses propres idées accepte de confronter son sentiment son engagement avec le sentiment et l'engagement des autres qui ne sont pas de votre opinion
qu'est-ce qui se joue est-ce qu'on en parle de l'avenir du quinquennat d'Emmanuel Macron de l'avenir de la France de la démocratie à quel niveau vous placez l'enjeu vous
vous savez que je suis commissaire au plan par ailleurs et que l'horizon du plan c'est 10, 20, 30 ans et c'est de ces décennies qui viennent qu'il est question en réalité on a l'impression qu'il s'agit de sujets d'actualité c'est pas vrai on passe d'un temps dans lequel on avait des affrontements simplistes au temps où on est obligé de prendre en compte le pluralisme des français et nous avons une très grande chance la France parce que selon moi là j'exprime mon opinion parce que les autres pays qui nous entourent ils sont très souvent conduits à des blocages de grandes démocraties autour de nous les Pays-Bas la Belgique souvent se retrouvent pendant des mois et des mois bloqués en France nous avons et c'est ce qu'ont voulu les créateurs de la Ve République en France nous avons un arbitre et cet arbitre c'est le président de la République élu au suffrage universel par les français charge à lui de tenir compte d'enregistrer ce qu'est le pluralisme français ce que sont les différentes tendances je vous assure il y avait des moments il y avait des moments oui mais c'est un changement j'y reviens il y avait des moments tout à fait intéressants parce que quand vous observiez en connaissant chacun des acteurs autour de la table vous aviez des signes d'assentiment de gens qui n'auraient jamais pu penser se trouver d'accord sur quelque chose par exemple dans la description du trouble du pays de ce qui s'est passé au moment des entre guillemets émeutes de ce qui s'est passé à ce moment là vous voyez les différentes sensibilités des gens qui sont des extrêmes
des gens
qui sont des extrêmes acharnés les uns contre les autres en général et puis contre le gouvernement il y a beaucoup de contres dans la vie politique française qui tout d'un coup disaient ce qu'il dit ou ce qu'elle dit c'est quelque chose de profond et d'important pour nous au fond ils ont partagé plus qu'ils ne croyaient pouvoir partager jamais
vous disiez c'est un moment important le président doit changer il y a eu des tentatives à plusieurs fois il a dit se réinventer à commencer par moi-même il y a un an et vous êtes bien placé pour le savoir il a lancé le conseil national de la refondation dont vous êtes le secrétaire général des initiatives il y en a eu d'autres est-ce que celle-ci vient remplacer toutes les précédentes par exemple est-ce que le CNR disparaît
pas du tout le président de la république je crois va avoir l'occasion de le dire c'est-à-dire que le CNR non seulement ne s'efface pas mais va au contraire prendre un rythme nouveau et assumer des responsabilités oui qu'est-ce qui se passe vous décrivez très bien les choses vous dites il y a eu plusieurs il a fait plusieurs tentatives en réalité le président de la république cherche depuis des années à renouveler le rapport entre les puissants et les citoyens entre la base de la pyramide les gens de la vie de tous les jours les salariés les retraités les chômeurs les jeunes et les moins jeunes la base de la pyramide sociale et ceux qui ont des responsabilités de pouvoir et depuis longtemps il porte cette idée je puis en attester puisque nous avons beaucoup travaillé ensemble sur ce point il porte cette idée qu'il faut renouveler ce lien-là il faut remplacer ce lien de défiance par un lien au moins peut-être pas spontanément de confiance mais au moins de prise au sérieux ce que dit l'autre ce que sont les responsabilités de l'autre et si on arrive à faire ça en France alors on aura profondément changé la situation de la démocratie française
vous disiez à l'instant François Bayrou en tant que commissaire au plan ce qui vous intéresse aussi c'est de projeter le pays à 10 ans et au-delà pas que les sujets d'actualité il y a un sujet par définition qui fait parfaitement le point entre l'actualité et l'avenir c'est l'immigration c'est un sujet d'ampleur qui intéresse beaucoup des partis qui étaient présents hier concrètement si là pour le coup on parle du très court terme il y a un projet de loi qui doit être examiné au Parlement
c'est le Parlement
il n'y a pas de consensus est-ce que vous vous considérez que par exemple il faut sortir de ce projet de loi les titres des séjours pour les métiers en tension comme le demandent les républicains ils sont opposés à cette mesure
alors ce que j'espère moi c'est que le climat nouveau de Saint-Denis puisque c'était à Saint-Denis qui était la maison des filles de la Légion d'honneur dans des bâtiments absolument superbes que j'ignorais pour moi pas ce climat nouveau j'espère qu'il va permettre des débats au Parlement différents moi ma position elle est très claire lorsque quelqu'un venu d'ailleurs poussé par la nécessité ou par des persécutions et peut-être par la nécessité qu'il vient qu'il veut travailler qu'il s'engage pour travailler qu'il s'engage dans l'apprentissage de la langue et qu'il s'engage c'est encore plus profond que la langue qui s'engage dans la prise de conscience que nous sommes un pays avec une culture on a des manières de vivre on a des manières d'être qu'il faut respecter c'est ça un pays et lorsque cela
dans la loi ça peut être une simple circulaire je ne sais pas
c'est au ministre et au gouvernement de dire ça et au Parlement de l'examiner mais ce que je crois c'est que ceux-là on peut tout à fait garantir leur place dans la société française et quand vous dites
nouvel état d'esprit François Bayrou vous dites les républicains doivent accepter le texte du gouvernement ou le gouvernement doit accepter
je ne donne aucune leçon à qui que ce soit
mais il faudra bien trouver un compromis dans ce cas-là il n'existe pas aujourd'hui
mesurez ça lorsque vous passez d'un pays en affrontement systématique à un pays vous acceptez de comprendre qu'au fond comme dans une symphonie ou comme dans un orgue chaque conviction chaque engagement est et doit être respecté et que c'est la confrontation avec les autres qui va permettre y compris dans le conflit la démocratie c'est jamais sans conflit y compris dans l'affrontement dans des mais c'est cela qui permettra de sortir des blocages que nous vivons depuis des décennies mais tout ça François Bayrou
quel est l'objectif ultime il y a quelques jours le ministre de l'Intérieur s'est beaucoup exprimé Gérald Darmanin pour dire la victoire de Marine Le Pen en 2027 est probable déjà est-ce que vous reprendriez ce qualificatif à haute compte et deux est-ce que tout ce qu'on fait là aujourd'hui tout ce que vous faites là aujourd'hui ça a cet objectif là empêcher l'accession de Marine Le Pen au pouvoir en 2027 non
ça n'est pas un enjeu partisan ou un enjeu d'affrontements politiciens c'est pas pour empêcher la victoire des uns et la victoire des autres si la France va bien les choix qui seront les siens seront des choix qui permettront de réunir les français et pas de les opposer entre eux voilà ma conviction personnelle et profonde la question c'est est-ce que la France peut se tirer des immenses risques qui sont devant elle en raison de son histoire de sa manière d'être et qui sont devant tous les pays d'Europe et du monde aujourd'hui il n'y a pas un pays qui puisse être défini comme serein tournez vos regards vers la Russie hélas vers la guerre entre d'affront d'offensive d'agression entre la Russie et l'Ukraine regardez la Chine regardez même l'Inde regardez le Moyen-Orient regardez l'Afrique nous sommes en raison des immenses bouleversements que nous sommes en train de vivre du numérique des images de tout ce que vous vivez de votre métier des passions que ça déchaîne qui ne sont pas régulées nous sommes devant des risques extraordinaires de fractures et d'affrontements la question c'est est-ce que nous pouvons résoudre ces fractures vous savez les médecins quand ils doivent résoudre une fracture ils rapprochent ils essaient de faire en sorte que ça cicatrise c'est exactement cela l'enjeu l'enjeu c'est offrir à notre pays une chance que les temps aujourd'hui menacent une chance de s'en sortir aussi bien et mieux que les autres
un dernier mot François Bayrou on est en période de rentrée scolaire vous avez été ministre de l'éducation et le dimanche dernier sur TF1 le ministre de l'éducation Gabriel Attal a annoncé l'interdiction de la baillade dans tous les établissements scolaires publics il y a deux jours à votre place la secrétaire d'état à la ville Sabrina Gristirouba je disais faisons une expérimentation de l'uniforme elle appelle sa tenue scolaire au moins dans les quartiers politiques de la ville qu'est-ce que vous vous dites non je pense qu'il y a une demande
comme ça de l'opinion après je ne crois pas que ça s'impose depuis le sommet je pense qu'il faut que les établissements s'expriment demandent que peut-être les académies certaines académies s'expriment et demandent je ne crois pas qu'il faille c'est une petite nuance avec la secrétaire d'état qui s'est exprimée je ne crois pas du tout qu'il faille limiter ça au quartier sensible au quartier comme on dit de politique de la ville c'est-à-dire ceux dans lesquels les tensions sont les plus grandes il n'y a aucune raison s'il y a des demandes de cet ordre il faut qu'elles touchent au cas par cas avec engagement mais l'ensemble du territoire et l'ensemble des établissements scolaires
merci beaucoup François Bayrou après cette courte nuit d'avoir été l'invité de LCI ce matin c'est-à-dire
d'avoir été l'invité d'avoir été l'invité d'avoir été l'invité d'avoir été l'invité
François Bayrou