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Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 11 mars 2025 8 minContradictoireActualité / polémiqueBudget & impôtsDéfense

Financer le secteur de la défense : "La meilleure manière de le faire est de faire un emprunt forcé" estime l'essayiste Alain Minc

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 78 %Attaque 12 %Défensif 10 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:43InvitéFait
    « Il a ajouté qu'il ne faut pas augmenter les impôts. Et le Premier ministre de surcroît a lui ajouté sa propre musique qui est qu'il ne faut pas toucher au modèle social. »
  • 2:53InvitéChiffre
    « Il s'agit de, grosso modo, 30 ou 40 milliards de plus. »

Temps de parole

  • Invité72 %
  • Présentateur27 %

7,9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:01
Présentateur

Bonsoir à toutes et à tous. Comment financer le secteur de la défense ? Faut-il solliciter les Français et de quelle manière ? C'est tout le débat du moment. Question posée ce soir à l'invité Éco de France Info. Alain Marc, bonsoir.

0:16
Invité

Bonsoir.

0:16
Présentateur

Vous êtes essayiste. Faut-il mettre les Français à contribution dans le financement de la défense ?

0:22
Invité

Si vous voulez, pour résumer les choses, Emmanuel Macron nous a dit que la situation est grave et je partage totalement son diagnostic. Mais il a ajouté qu'il ne faut pas augmenter les impôts. Et le Premier ministre de surcroît a lui ajouté sa propre musique qui est qu'il ne faut pas toucher au modèle social. Alors, à partir de ce moment-là, les Français vont continuer à vivre comme si de rien n'était, tout en s'inquiétant intellectuellement d'un risque qui nous menace. Je pense que le discours de mobilisation du Président ne peut tenir que s'il y a une mesure ou une autre qui impacte la vie de chacun d'entre nous.

1:03
Présentateur

Il faut que les Français se rendent compte que l'heure est grave.

1:06
Invité

Il faut que les Français se rendent compte dans leur vie que quelque chose a changé. C'est pour ça qu'à mon avis, la meilleure manière de le faire est de faire un emprunt forcé. Alors, pourquoi s'agit-il ? Un emprunt forcé, et ceci a existé. Et c'est en en faisant un que Jacques Delors et Pierre Monroy ont rétabli les comptes de la France en 1983, au moment du grand changement. Ça consiste à dire, à mon avis, on demande aux Français qui payent l'IRPP, l'impôt sur le revenu. Donc, les plus pauvres, les plus modestes ne le payent pas et sont protégés de verser, sous forme d'un prêt à l'État, d'une obligation, la moitié de leur IRPP annuelle. On peut dire un tiers, on peut dire les deux tiers.

1:46
Présentateur

Mais ça veut dire que ce n'est pas une forme de hausse d'impôt, déguiser ça à la main.

1:49
Invité

Non, ce n'est pas une force d'impôt, puisque, en réalité, cette créance sera remboursée. Elle portera un intérêt de 3-4% et sera remboursée au terme d'une période à fixer, disons, 5 ans. Donc, les Français sont obligés de faire un prêt à l'État.

2:05
Présentateur

Mais alors, si je comprends bien, juste Alain Minck, l'impôt sur le revenu reste le même ? Il y a juste une portion de cet impôt qui va à l'effort de guerre ?

2:13
Invité

En dehors de l'impôt sur le revenu, vous prêtez à l'État la moitié de l'impôt de l'année dernière. Mais c'est en plus ou pas ? C'est en plus, évidemment.

2:21
Présentateur

Donc, c'est une hausse d'impôt déguisé ?

2:24
Invité

Non, ce n'est pas une hausse, c'est un prêt, c'est une épargne forcée. Aujourd'hui, le gouvernement parle de faire appel à l'épargne volontaire des Français. Mais je crois qu'au degré d'intensité de la mobilisation que veut le chef de l'État, il faut qu'il y ait quelque chose de plus dur. Et donc, on n'augmente pas les impôts. Vous faites un prêt à l'État, ceux qui payent l'IRPP, et vous avez quand même mesuré qu'il faut contribuer. Alors, on va me dire, mais l'État, la France sans dette, elle a 3 milliards de dettes. Il s'agit de, grosso modo, 30 ou 40 milliards de plus.

2:57
Présentateur

Oui, c'est ça. En gros, on dit que c'est 30 à 40 milliards supplémentaires par an.

3:01
Invité

Il ne s'agit pas de financer quelque chose qu'on n'arriverait pas à financer. Il s'agit de faire un acte qui fait toucher aux Français la réalité de la crise et du danger qui nous menace.

3:13
Présentateur

Oui, mais pourquoi forcer à l'armage ? Parce que vous parlez de 83.

3:16
Invité

Maurois, 83, c'est un impôt forcé.

3:19
Présentateur

93, il y a également un grand emprunt national. Il n'est pas forcé. Il n'est pas forcé. Birogova 93, pourquoi forcer ?

3:27
Invité

Pourquoi forcer ? Parce qu'on ne peut pas tenir un discours aussi dur, aussi violent que celui qu'Emmanuel Macron a tenu aux Français en leur disant, je fais appel à votre force d'âme, et simultanément, on n'augmente pas les impôts, on ne touche pas au modèle social, la vie compte tenu comme avant. Ça n'est pas cohérent. Et donc, on peut, alors, si on ne veut pas cette mesure, on en prend une autre.

3:47
Locuteur non identifié

Non, mais c'est-à-dire que vous savez très bien que politiquement, c'est extrêmement compliqué,

3:51
Présentateur

puisque même le livret A, juste le fléchage, parce que, effectivement, l'alternative, l'alternative, c'est toucher à l'épargne des Français, et donc flécher une partie du livret A. Alain Mac, vous voyez même que cette mesure-là, le fléchage du livret A, vous voyez que c'est une mesure qui passe difficilement politiquement.

4:10
Invité

Mais, attendez, où on tient un discours qu'on a changé de monde ? On regarde ce qui se passe à côté. Les Danois vont augmenter l'âge de la retraite pour pouvoir mobiliser. Les Allemands envisagent de reprendre le service militaire. On a tenu, politiquement, par la voix du Président de la République, le discours peut-être le plus dur qui a été tenu en Europe. Et on serait les seuls qui ne prendraient aucune mesure qui nous impacte tous. Alors, on ne veut pas de cette mesure. Très bien, supprimons quatre jours de congés payés. Faisons une mesure qui nous impacte dans notre vie.

Faute de quoi, le discours politique qui a été tenu est un discours, pardon de ma comparaison, c'est un discours de journaliste. C'est-à-dire, c'est un discours qui décrit une situation. On ne peut pas, d'une manière ou d'une autre, dire que nous sommes en état de guerre, et dire, mais ça ne vous concernera pas, et ceux d'entre vous qui veulent gentiment prêter de l'argent à la puissance publique, peuvent le faire.

5:03
Présentateur

Donc, l'alternative à cet emprunt, grand emprunt forcé, c'est travailler plus pour financer l'effort de guerre.

5:12
Invité

Ou c'est travailler plus, en supprimant trois jours fériés, pour financer cet effort. Il faut doubler le budget militaire.

5:20
Présentateur

Le paradoxe... Ça ne se fera pas seulement en sollicitant, en mettant en contribution les Français, par le biais de leur épargne, en fléchant l'épargne. Non, mais ça, c'est très sympathique. Ça ne fonctionne pas.

5:28
Invité

C'est comme le livret climat, le livret réindustrialisation, le livret bonheur demain, ou que sais-je encore. Où on dit qu'on a changé d'une monde, il faut en tirer les conséquences, où on a parlé en l'air.

5:42
Présentateur

Et alors, vous avez remarqué, pour l'instant, Bercy, et d'ailleurs, il n'y a pas que Bercy, le gouvernement, l'exécutif, dans son ensemble, refuse toute idée d'emprunt, forcée ou pas, refuse de flécher le livret A. Qu'est-ce que vous en pensez ?

5:55
Invité

Mais je considère que les pouvoirs publics sont, à cet égard, incohérents. Je vous dis que le discours consiste pas d'augmentation des impôts, pas de modification du modèle social, et l'Europe est en danger, et il faut mobiliser notre force d'âme, ça ne veut rien dire. La seule manière de mobiliser, entre guillemets, une force d'âme, c'est de faire un geste qui concerne tous les Français. Et donc, on a le choix, pour être sûr, pour bien résumer ? Je veux dire, le choix, c'est ou un emprunt forcé, ou un travail supplémentaire, sous forme de jours fériés, travaillés. On peut peut-être trouver autre chose, mais il faut une mesure qui nous impacte, vous et moi, dans notre vie réelle.

Sinon, en réalité, on est les spectateurs des chaînes info. Pardon. Et donc, vous avez porté ce message, puisqu'on sait que vous êtes... Je le porte très clairement. Je sais que c'est un combat perdu, mais ce n'est pas une raison... Pourquoi dites-vous que c'est un combat perdu ? À cause, en effet, du climat politique, où on n'ose rien faire. Bon, pour l'instant...

6:56
Présentateur

Vous êtes allé à Bercy, ou à Matignon,

6:58
Invité

porter ce message ? Quand je vous parle, c'est beaucoup plus efficace que d'aller dire à un ministre ces choses-là.

7:05
Présentateur

Et donc, vous regrettez à la main qu'aujourd'hui, vous avez bien compris que la seule idée, pour l'instant, acceptable,

7:12
Invité

c'est celle de solliciter l'épargne. Je trouve que c'est ce qui a élu la force du discours qu'à mes yeux, légitimement, le chef de l'État avait tenu. Il autodétruit lui-même la force de son message.

7:24
Présentateur

Merci beaucoup Alain Minck, essayiste, auteur de Somme toute chez Grasset. Vous étiez l'invité éco de France Info ce soir. Merci à mes Tipeurs et sous-titrage Société Radio-Canada.