Financer le secteur de la défense : "La meilleure manière de le faire est de faire un emprunt forcé" estime l'essayiste Alain Minc
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« Il a ajouté qu'il ne faut pas augmenter les impôts. Et le Premier ministre de surcroît a lui ajouté sa propre musique qui est qu'il ne faut pas toucher au modèle social. »
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« Il s'agit de, grosso modo, 30 ou 40 milliards de plus. »
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Bonsoir à toutes et à tous. Comment financer le secteur de la défense ? Faut-il solliciter les Français et de quelle manière ? C'est tout le débat du moment. Question posée ce soir à l'invité Éco de France Info. Alain Marc, bonsoir.
Bonsoir.
Vous êtes essayiste. Faut-il mettre les Français à contribution dans le financement de la défense ?
Si vous voulez, pour résumer les choses, Emmanuel Macron nous a dit que la situation est grave et je partage totalement son diagnostic. Mais il a ajouté qu'il ne faut pas augmenter les impôts. Et le Premier ministre de surcroît a lui ajouté sa propre musique qui est qu'il ne faut pas toucher au modèle social. Alors, à partir de ce moment-là, les Français vont continuer à vivre comme si de rien n'était, tout en s'inquiétant intellectuellement d'un risque qui nous menace. Je pense que le discours de mobilisation du Président ne peut tenir que s'il y a une mesure ou une autre qui impacte la vie de chacun d'entre nous.
Il faut que les Français se rendent compte que l'heure est grave.
Il faut que les Français se rendent compte dans leur vie que quelque chose a changé. C'est pour ça qu'à mon avis, la meilleure manière de le faire est de faire un emprunt forcé. Alors, pourquoi s'agit-il ? Un emprunt forcé, et ceci a existé. Et c'est en en faisant un que Jacques Delors et Pierre Monroy ont rétabli les comptes de la France en 1983, au moment du grand changement. Ça consiste à dire, à mon avis, on demande aux Français qui payent l'IRPP, l'impôt sur le revenu. Donc, les plus pauvres, les plus modestes ne le payent pas et sont protégés de verser, sous forme d'un prêt à l'État, d'une obligation, la moitié de leur IRPP annuelle. On peut dire un tiers, on peut dire les deux tiers.
Mais ça veut dire que ce n'est pas une forme de hausse d'impôt, déguiser ça à la main.
Non, ce n'est pas une force d'impôt, puisque, en réalité, cette créance sera remboursée. Elle portera un intérêt de 3-4% et sera remboursée au terme d'une période à fixer, disons, 5 ans. Donc, les Français sont obligés de faire un prêt à l'État.
Mais alors, si je comprends bien, juste Alain Minck, l'impôt sur le revenu reste le même ? Il y a juste une portion de cet impôt qui va à l'effort de guerre ?
En dehors de l'impôt sur le revenu, vous prêtez à l'État la moitié de l'impôt de l'année dernière. Mais c'est en plus ou pas ? C'est en plus, évidemment.
Donc, c'est une hausse d'impôt déguisé ?
Non, ce n'est pas une hausse, c'est un prêt, c'est une épargne forcée. Aujourd'hui, le gouvernement parle de faire appel à l'épargne volontaire des Français. Mais je crois qu'au degré d'intensité de la mobilisation que veut le chef de l'État, il faut qu'il y ait quelque chose de plus dur. Et donc, on n'augmente pas les impôts. Vous faites un prêt à l'État, ceux qui payent l'IRPP, et vous avez quand même mesuré qu'il faut contribuer. Alors, on va me dire, mais l'État, la France sans dette, elle a 3 milliards de dettes. Il s'agit de, grosso modo, 30 ou 40 milliards de plus.
Oui, c'est ça. En gros, on dit que c'est 30 à 40 milliards supplémentaires par an.
Il ne s'agit pas de financer quelque chose qu'on n'arriverait pas à financer. Il s'agit de faire un acte qui fait toucher aux Français la réalité de la crise et du danger qui nous menace.
Oui, mais pourquoi forcer à l'armage ? Parce que vous parlez de 83.
Maurois, 83, c'est un impôt forcé.
93, il y a également un grand emprunt national. Il n'est pas forcé. Il n'est pas forcé. Birogova 93, pourquoi forcer ?
Pourquoi forcer ? Parce qu'on ne peut pas tenir un discours aussi dur, aussi violent que celui qu'Emmanuel Macron a tenu aux Français en leur disant, je fais appel à votre force d'âme, et simultanément, on n'augmente pas les impôts, on ne touche pas au modèle social, la vie compte tenu comme avant. Ça n'est pas cohérent. Et donc, on peut, alors, si on ne veut pas cette mesure, on en prend une autre.
Non, mais c'est-à-dire que vous savez très bien que politiquement, c'est extrêmement compliqué,
puisque même le livret A, juste le fléchage, parce que, effectivement, l'alternative, l'alternative, c'est toucher à l'épargne des Français, et donc flécher une partie du livret A. Alain Mac, vous voyez même que cette mesure-là, le fléchage du livret A, vous voyez que c'est une mesure qui passe difficilement politiquement.
Mais, attendez, où on tient un discours qu'on a changé de monde ? On regarde ce qui se passe à côté. Les Danois vont augmenter l'âge de la retraite pour pouvoir mobiliser. Les Allemands envisagent de reprendre le service militaire. On a tenu, politiquement, par la voix du Président de la République, le discours peut-être le plus dur qui a été tenu en Europe. Et on serait les seuls qui ne prendraient aucune mesure qui nous impacte tous. Alors, on ne veut pas de cette mesure. Très bien, supprimons quatre jours de congés payés. Faisons une mesure qui nous impacte dans notre vie.
Faute de quoi, le discours politique qui a été tenu est un discours, pardon de ma comparaison, c'est un discours de journaliste. C'est-à-dire, c'est un discours qui décrit une situation. On ne peut pas, d'une manière ou d'une autre, dire que nous sommes en état de guerre, et dire, mais ça ne vous concernera pas, et ceux d'entre vous qui veulent gentiment prêter de l'argent à la puissance publique, peuvent le faire.
Donc, l'alternative à cet emprunt, grand emprunt forcé, c'est travailler plus pour financer l'effort de guerre.
Ou c'est travailler plus, en supprimant trois jours fériés, pour financer cet effort. Il faut doubler le budget militaire.
Le paradoxe... Ça ne se fera pas seulement en sollicitant, en mettant en contribution les Français, par le biais de leur épargne, en fléchant l'épargne. Non, mais ça, c'est très sympathique. Ça ne fonctionne pas.
C'est comme le livret climat, le livret réindustrialisation, le livret bonheur demain, ou que sais-je encore. Où on dit qu'on a changé d'une monde, il faut en tirer les conséquences, où on a parlé en l'air.
Et alors, vous avez remarqué, pour l'instant, Bercy, et d'ailleurs, il n'y a pas que Bercy, le gouvernement, l'exécutif, dans son ensemble, refuse toute idée d'emprunt, forcée ou pas, refuse de flécher le livret A. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Mais je considère que les pouvoirs publics sont, à cet égard, incohérents. Je vous dis que le discours consiste pas d'augmentation des impôts, pas de modification du modèle social, et l'Europe est en danger, et il faut mobiliser notre force d'âme, ça ne veut rien dire. La seule manière de mobiliser, entre guillemets, une force d'âme, c'est de faire un geste qui concerne tous les Français. Et donc, on a le choix, pour être sûr, pour bien résumer ? Je veux dire, le choix, c'est ou un emprunt forcé, ou un travail supplémentaire, sous forme de jours fériés, travaillés. On peut peut-être trouver autre chose, mais il faut une mesure qui nous impacte, vous et moi, dans notre vie réelle.
Sinon, en réalité, on est les spectateurs des chaînes info. Pardon. Et donc, vous avez porté ce message, puisqu'on sait que vous êtes... Je le porte très clairement. Je sais que c'est un combat perdu, mais ce n'est pas une raison... Pourquoi dites-vous que c'est un combat perdu ? À cause, en effet, du climat politique, où on n'ose rien faire. Bon, pour l'instant...
Vous êtes allé à Bercy, ou à Matignon,
porter ce message ? Quand je vous parle, c'est beaucoup plus efficace que d'aller dire à un ministre ces choses-là.
Et donc, vous regrettez à la main qu'aujourd'hui, vous avez bien compris que la seule idée, pour l'instant, acceptable,
c'est celle de solliciter l'épargne. Je trouve que c'est ce qui a élu la force du discours qu'à mes yeux, légitimement, le chef de l'État avait tenu. Il autodétruit lui-même la force de son message.
Merci beaucoup Alain Minck, essayiste, auteur de Somme toute chez Grasset. Vous étiez l'invité éco de France Info ce soir. Merci à mes Tipeurs et sous-titrage Société Radio-Canada.