Démission de Michel Barnier et réouverture de Notre-Dame - Anne Hidalgo est l'invitée des 4 vérités du vendredi 6 décembre 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Et en effet, bonjour à tous, bonjour Anne Hidalgo. Bonjour à vous. C'est votre première interview à la télévision depuis que vous avez annoncé votre décision de ne pas briguer un nouveau mandat. Nous vous remercions d'être là ce matin. Service public. Mais vous êtes aussi une personnalité du Parti Socialiste et donc intéressée ô combien par la politique nationale. Vous avez écouté le président de la République hier. Il a parlé d'un front antirépublicain qui s'est constitué pour voter la censure et faire tomber le gouvernement Barnier. Qu'est-ce que vous dites de ce constat que fait le président ?
D'abord, le pays est en crise. C'est une crise politique, une crise démocratique majeure. Elle n'est pas nouvelle. Elle couvre depuis de nombreuses années maintenant. Et je pense que tout le monde, président de la République, responsable politique, doivent trouver des solutions pour les Français. Parce qu'on ne va pas rester dans une situation de blocage pendant trois ans.
Ça c'est pour l'avenir. Mais pour le constat de ce qui est arrivé, est-ce qu'il y a eu un front antirépublicain ?
Je ne parlerai pas de front antirépublicain. Mais pour ma part, j'avais exprimé avant cette censure le fait qu'il fallait absolument chercher une autre solution que la censure. Je suis maire de Paris. Je dois faire un budget. Je dois faire fonctionner des services publics. Donc j'ai besoin, comme tous les Français, comme tous les responsables du pays, y compris le monde économique, on a besoin de clarté. On a besoin d'un chemin. Le budget tel qu'il était préparé par Michel Barnier, pour lequel j'ai beaucoup de respect. C'est un homme qui a pris une fonction très difficile, qui a essayé d'aller au bout.
Sauf que, dans ce budget, il n'y avait absolument rien pour venir protéger les classes moyennes, les services publics et nos compatriotes, qui se sont quand même exprimés par un vote lors de la dissolution de l'Assemblée nationale.
Des législatives, Mme Hidalgo, ça ne justifiait pas, si je vous comprends bien, que vos amis socialistes, les députés du Parti Socialiste, votent la censure avec notamment les députés des uns et des autres. Est-ce que ça vous a gêné ? Est-ce que vous l'auriez fait, vous, si vous aviez été députée ?
Je m'étais exprimée pour dire que je ne le ferais pas. Mais ce n'est pas le procès ni des socialistes. Vous savez, c'est une faillite collective, là. Une faillite collective. Le président a sa part et tout le monde a sa part. Donc maintenant, il faut sortir de cela, se mettre autour d'une table, chercher les sujets sur lesquels on peut, en un an, en deux ans, en un an, parce que je pense qu'il y aura évidemment une dissolution dès qu'elle sera possible. Je ne vois pas comment tout cela pourrait tenir.
Il faut vraiment que le président de la République prenne en considération le besoin de protection sociale des Français, que les services publics ne peuvent pas s'effondrer, l'école, l'hôpital, que les communes, les mairies doivent pouvoir aussi apporter ces services à nos concitoyens et que nous devons pouvoir continuer à investir pour la transition écologique.
Le président a eu raison de dire qu'il est élu pour cinq ans et que toute idée de démission est exclue. On entend notamment cette réclamation de la part de la France insoumise, de Jean-Luc Mélenchon.
Bien sûr que le président a raison de dire que son mandat est pour cinq ans et qu'il veut l'assumer et qu'il l'assumera. Je pense que le pays est déjà dans une situation extrêmement difficile. Ce n'est pas la peine de précipiter encore le chaos. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que des responsables républicains, de droite, de gauche, écologistes, centristes, doivent se réunir, doivent poser les sujets sur lesquels il peut y avoir du consensus. Et gouverner ensemble. Et gouverner ensemble.
C'est difficile de dire les choses comme ça parce qu'il y a quand même des points de vue très très différents, ne serait-ce que sur la question de la dette, sur la question de l'écologie ou sur la question des services publics. Ou sur la question des retraites par exemple.
Comment vous pourriez gouverner avec des centristes alors que vous voulez la brogation, le parti socialiste de la réforme et les macronistes veulent la préserver ?
Là-dessus je pense qu'il faut écouter ce qu'ont dit nos concitoyens. Nos concitoyens se sont prononcés massivement contre cette réforme des retraites. Ils l'ont exprimé aussi par leur vote. Il faut en tenir compte. Et donc il faut avancer sur ces sujets-là. Je crois que c'est possible. La question du logement est une question majeure. La question des transports dans notre pays sont des sujets concrets sur lesquels on peut réunir des gens de bords différents et aussi de niveaux différents. Ça ne peut pas être simplement à l'échelle nationale que l'on décide de tout.
Qui pour diriger un tel gouvernement ? Ségolène Royal a fait part de sa disponibilité, vous l'avez entendu hier. Est-ce que vous ça pourrait vous intéresser ? Vous avez vu qu'il n'y a que des hommes pour l'instant qui sont cités pour éventuellement...
Ça c'est le mal de notre pays, la question de la place des femmes en politique. Et j'en sais quelque chose, vraiment, vraiment, vraiment, n'a pas beaucoup évolué. On a toujours cette caricature de la place des femmes. Mais je pense qu'il faudrait, oui, il faut aller vers une personnalité de gauche, centre-gauche. Et une femme, est-ce que ça pourrait être vous, Mme Hidalgo ? Non, moi je ne suis pas candidate, vous savez, je suis maire de Paris. Et je souhaite aussi aller au bout de mon mandat, c'est-à-dire jusqu'en mars 26. Et j'irai au bout de mon mandat, ce n'est pas simplement un souhait.
La transition est toute trouvée, puisque vous irez au bout de ce mandat, mais vous n'embriguerez pas un nouveau. Vous l'avez annoncé il y a quelques jours. Pourquoi vous avez pris cette décision de ne plus vouloir diriger la mairie de Paris ?
D'abord, vous savez, ça fait deux mandats à fond, avec, bien sûr, des projets et une transformation majeure de la ville. Je crois que beaucoup l'ont vu, notamment au moment des Jeux olympiques et paralympiques. Notre ville est un modèle, notre ville est un phare. Et moi, je suis très attachée aussi à la transmission. En politique, je crois qu'il est très, très important de pouvoir transmettre à des générations futures. Et je crois que c'est le moment.
Je crois que nous avons prouvé et démontré, malgré toutes les critiques, que Paris est une ville attractive, belle, dans laquelle, bien sûr, il y a encore beaucoup de difficultés et de choses à transformer, mais qui a montré sa capacité de transformation dans ce monde si compliqué. Et donc, Rémi Ferrault est aujourd'hui, pour moi, la personalité politique pouvant incarner ce futur de Paris.
Mais vous voyez bien que ça ne passe pas tout seul, au sein de votre propre camp. C'est la politique, c'est la politique. Votre ancien premier adjoint, il faut quand même qu'on en parle, Emmanuel Grégoire, qui était quand même votre bras droit, votre premier adjoint, lui aussi, il est candidat, il a le soutien officiel d'Olivier Faure, le numéro un de votre parti. Et vous-même, vous avez donné un petit peu de grain à moudre à ceux qui dénoncent votre décision, puisque vous avez commis un lapsus très remarqué.
Ça, j'en ferai d'autres, un des lapsus.
Oui, mais quand même, celui-là, avec Rémi Ferrault, qui était à côté, vous l'avez appelé Emmanuel Grégoire, ça a quand même, vous vous en souvenez, ça a créé un léger malaise. Est-ce que vous admettez qu'il y a un petit malaise, quand même, pour l'instant ?
D'abord, Rémi Ferrault est, je crois, le plus solide. Il a une très, très belle expérience. Vous savez, diriger une ville comme Paris, pendant la période que je connais, qui est une période où nous avons connu beaucoup de crises. Notre-Dame, il y a eu le Covid. Il y a énormément de situations que nous avons dû affronter. Il faut être très solide, il faut avoir un cap clair. Et Rémi Ferrault est celui qui pourra le porter. Et si Emmanuel Grégoire est désigné par les militants... Nous rassemblerons, et je sais qu'il rassemblera. Il rassemblera très largement. Et je vais vous dire, être maire de Paris, c'est pas préparer un congrès du PS.
Être maire de Paris, ce n'est pas être désigné par un chef de parti. C'est être l'émanation d'un peuple de Paris.
Qu'avez-vous l'intention de faire, vous, après 2026 ? Le Canard Enchaîné, notamment, affirme que vous pourriez diriger une fondation dirigée par votre ami, Michael Bloomberg, qui était l'ancien maire de New York, qui est aussi un homme d'affaires, une fondation sur l'environnement. Est-ce que c'est vrai ?
Non, c'est faux. Je continuerai à faire de la politique, ça va de soi. Je veux continuer à m'investir parce que je pense que dans la crise démocratique que nous connaissons, il y a vraiment nécessité à créer une grande force sociale démocrate dans notre pays. et je vais m'y atteler. D'ailleurs, j'écris un livre qui va sortir en mars et qui traitera notamment de ce sujet-là. Et puis, je serai très impliquée sur les questions environnementales, mais je le ferai à ma façon, en toute indépendance.
Donc, cette mise au point, demain, ouverture au public de la cathédrale Notre-Dame. Vous serez évidemment aux premières loges. Est-ce que c'est un moment de répit, un moment de calme dans ce monde de brut ? C'est ça que vous en attendez ?
C'est quelque chose de très fort. Vous savez, c'est vrai qu'on a connu et les Jeux olympiques et paralympiques et maintenant cette réouverture de la cathédrale Notre-Dame, où on a réussi, et là, le président de la République a raison, on a réussi à se rassembler, à avoir un cap, à avoir un objectif et à réussir. Et je crois qu'on a fait la fierté du pays, et pour les Jeux olympiques et paralympiques, et demain, je l'espère, pour la cathédrale. Donc, je crois que c'est possible que l'on puisse se rassembler.
L'idée de rendre l'ombre très payante, c'était une idée de Madame Dati.
Une grande ânerie, mais bon, ce n'est pas la première ni la dernière.
De Rachida Dati, la ministre de la Culture. Bon, ça c'est dit. Merci beaucoup, Anne Hidalgo, maire de Paris, jusqu'en 2016. Et c'est la suite de Télématin.
Merci, merci à tous les deux. Merci également à Sophie Berger-Finault pour la traduction en langue des signes.
Anne Hidalgo