Contre-Matinale #55 | Défaite de Macron et des multinationales, islamophobie à Mulhouse...
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 1:44ComplaisanteRéponse partielle
Bonsoir Eric Zemmour.
- 1:46OuverteRéponse partielle
Bonjour. Vous êtes candidate à l'élection présidentielle.
- 1:50OuverteRéponse partielle
Il ne faut certainement pas accueillir ces migrants, donc beaucoup sont potentiellement dangereux.
- 2:17OuverteRéponse partielle
Ce matin, le carré musulman du cimetière de Mulhouse a subi des actes de vandalisme samedi 11 décembre.
- 7:54OuverteRéponse directe
Un sujet d'actu peu traité dans les médias, dont nous avons fait le choix de vous parler aujourd'hui, c'est ce carré musulman du cimetière de Mulhouse.
- 12:11OuverteRéponse partielle
Jeudi dernier, une décision historique a été prise par l'Union européenne.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:50InvitéFait
« Il ne faut certainement pas accueillir ces migrants, donc beaucoup sont potentiellement dangereux. »
- 1:54InvitéFait
« On les laisse mourir de froid derrière les barbelés. »
- 1:58InvitéFait
« Il faut que la police tire à balles réelles. »
- 4:31PrésentateurChiffre
« Libération révèle, selon ses propres mots, comment de riches familles et industriels français auraient mis à l'abri depuis plus de 10 ans 4 milliards d'euros au Canada via un ingénieux système de trust. »
- 12:24PrésentateurFait
« Les travailleurs des plateformes comme Uber, justement, mais aussi Deliveroo et autres doivent bénéficier d'une présomption de salariat. »
- 12:36PrésentateurFait
« Jusqu'ici, les chauffeurs VTC et livreurs exercent le statut de travailleurs indépendants. Ils n'ont droit ni au salaire minimum, ni aux congés payés, ni à la protection sociale. »
- 26:45InvitéFait
« ça s'écrit eau, ça se lit démocratie. »
- 28:27InvitéChiffre
« Une régie à Est-Ensemble, une régie à Grand-Tor-Lyssen-Bièvre, ça représente 750 000 habitants. »
- 30:46InvitéFait
« C'est des fonds financiers qui sont en train, c'est Méridia, c'est d'autres qui vont piloter ces entreprises. »
- 31:34InvitéFait
« Nestlé Water se présente comme le gardien de la ressource. »
- 37:14InvitéChiffre
« Il y avait 100 000 coupures d'eau par an en France. »
- 42:25InvitéFait
« Nestlé enterrait lui-même ses déchets, ses bouteilles plastiques illégalement dans les Vosges dans plusieurs décharges sauvages. »
- 44:15InvitéFait
« Danone était exempté depuis des années de ces arrêtés de sécheresse. »
- 59:09PrésentateurFait
« nécessité de la reconnaissance du caractère inappropriable de l'eau dans sa globalité »
Temps de parole
- Présentateur36 %
- Invité22 %
- Invité 220 %
- Invité 315 %
- Invité 46 %
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Bonjour à toutes et à tous, heureux de vous retrouver pour cette 55e édition de la Contre-Matinale du Média, la matinale qui ne se tient pas sage et c'est pour ça que vous la soutenez activement en étant déjà plus de 602 000 abonnés sur YouTube et en faisant des dons réguliers sur notre cagnotte afin de produire tout ce contenu sans dépendre de personne d'autre que vous. Le Média vous remercie pour cela. Il est 7h11 et la Contre-Matinale 55e édition, c'est parti ! Normalement le mardi, c'est Théophile Cuomo que vous retrouvez ici.
Rassurez-vous, si c'est moi aujourd'hui qui le remplace, c'est juste pour lui offrir quelques heures de sommeil qui, quand on est journaliste aux médias et papa à la fois, sont bien rares et valent de l'or. On pense à lui. J'espère que je ne vais pas trop vous déstabiliser dans vos habitudes, je ferai de mon mieux. Alors avant toute chose, je souhaite vous parler d'un sujet très important. Le Média entre dans une phase cruciale qui conditionne sa survie, une campagne de dons de fin d'année. Nous avons besoin de notre audience derrière nous pour nous soutenir fort et nous porter haut.
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Bonsoir Eric Zemmour. Bonsoir Jean-Marie Nappel, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin, vous êtes candidate à l'élection présidentielle. Il ne faut certainement pas accueillir ces migrants, donc beaucoup sont potentiellement dangereux. On les laisse mourir de froid derrière les barbelés. Mais bien sûr que oui, mais bien sûr que oui. Il faut que la police tire à balles réelles. Ça rigole plus là. Reculez, reculez.
Salut à vous les matinaux qui nous regardez en direct.
Bonjour à toutes et tous, quel plaisir de vous retrouver.
Nous sommes sur le Média TV et c'est l'heure de la contre-matinale. Ce matin, le carré musulman du cimetière de Mulhouse a subi des actes de vandalisme samedi 11 décembre. Des dizaines de tombes ont été dégradées, des pots de fleurs, des plantes et des ornements ont été saccagés. Sarah Ocriche est la nièce d'un défunt dont la tombe a été vandalisée. Elle nous racontera la défaite aussi retentissante de toute la sphère de l'économie dite ubérisée après l'adoption par la Commission européenne d'un projet de directif qui obligera cette plateforme à salariés, leurs chauffeurs, coursiers et livreurs aujourd'hui considérés comme des travailleurs indépendants et forcément précaires.
Nous en parlerons avec la députée européenne Laila H.I.B. affiliée à la France insoumise. Laila H.I.B. s'est beaucoup impliquée dans le combat pour la reconnaissance du statut de salarié et des travailleurs des plateformes. Elle nous racontera notamment l'incroyable activisme de couloir d'Emmanuel Macron au profit de multinationales dont le modèle économique se fonde sur la destruction du droit au travail. Troisième point aujourd'hui, cela fait aujourd'hui un an, presque jour pour jour, que la ressource en eau est entrée en bourse aux États-Unis.
L'occasion de revenir sur l'accaparement de cette ressource qui devrait être commune, l'eau potable, par des multinationales prédatrices comme Nestlé, Danone et Veolia. J'en parlerai avec Jean-Claude Oliva, conseiller municipal écologiste à Bagnolet et directeur de l'association Coordination aux Îles-de-France. Et avec le journaliste d'investigation Alexander Abdelila, qui a travaillé notamment pour Le Média et qui est le co-auteur d'un documentaire diffusé sur Arte à sec, la grande soif des multinationales. Mais avant ça, comme tous les matins, on débute avec la revue des unes du jour. C'est la titrologie. Grande enquête à la une du quotidien Libération.
Le titre principal frappe les esprits. La évasion fiscale, l'argent perdu de l'ISF, l'impôt sur la fortune. Libération révèle, selon ses propres mots, comment de riches familles et industriels français auraient mis à l'abri depuis plus de 10 ans 4 milliards d'euros au Canada via un ingénieux système de trust. Libé parle d'ISF Gate et cite par exemple les frères Cédoux, poids lourds du cinéma français. Un cinéma français qui, rappelons-le, est lui-même fortement subventionné par des citoyennes et citoyens, en majorité bien moins riches, qui payent eux leurs impôts sans tricher. Le Monde et Le Figaro consacrent leur une à l'élection présidentielle qui vient.
Présidentielle, la gauche en pleine confusion, titre Le Monde, qui donne du crédit à l'hypothèse de l'éventuelle entrée en scène de Christiane Taubira et qui évoque aussi les efforts de Jean-Luc Mélenchon pour rallier à sa cause le parti communiste dont le candidat Fabien Roussel ne décolle pas. Dettes et déficits s'invitent dans la bataille présidentielle, titre Le Figaro. Le quotidien de la droite traditionnelle considère que la reprise économique dynamique actuelle se fait au prix d'un endettement inédit. Les finances publiques sortent essorées du quinquennat Macron, écrit encore Le Figaro.
Bref, la droite et la Macronie font de la surenchère sur le thème un peu « Dis-moi, mon beau miroir, oui, dis-moi, qui est le plus austéritaire que qui ? » Thèmes sociaux et sociétaux à la une de l'humanité et de la croix. Remplacement de points « Les professeurs manquent à la pelle » avec un joli jeu de mots, titre Luma, qui raconte les milliers d'heures de cours perdues dans le système éducatif français, faute de remplaçants. Une situation qui est appelée, si rien n'est fait, à s'aggraver. Quant à la croix, elle, titre, fin de vie, le débat s'étend en Europe. L'Italie, notamment, a ouvert la voie sur la dépénalisation du suicide assisté.
Et du côté de la presse indépendante en ligne, le titre, ce titre de Mediapart. Claude Guéant en prison, l'histoire d'une déchéance. Il s'agit d'une première dans l'histoire récente de France pour un homme politique ayant occupé autant de fonctions sur le toit de la République. Ancien ministre de l'Intérieur, secrétaire général de l'Elysée, directeur de la police nationale, préfet, directeur de cabinet. Et pendant toute une décennie, entre 2002 et 2012, « Inséparable bras droit de Nicolas Sarkozy », Claude Guéant a été incarcéré lundi 13 décembre, écrit Mediapart.
Qui rappelle aussi que Claude Guéant, dont le statut est aujourd'hui celui de prisonnier, a longtemps revendiqué la force et l'ordre contre les délinquants. Rappelons que Claude Guéant se trouve dans cette situation parce que condamné à payer 180 000 euros d'amende et de dommages et intérêts, il a renaclé à honorer sa dette. Et du coup, son sursis et son placement en liberté conditionnelle ont été révoqués. Néanmoins, on nous parle déjà de sa santé fragile et potentiellement incompatible avec sa détention. Préparons-nous alors à ce qu'il nous fasse une balécanie. Un procès verbal à remplir chez soi ? Comment la police standardise le dépôt de plainte pour viol ?
C'est le titre d'un article de Bastamag. Bastamag qui nous explique que quand une victime veut porter plainte à Paris, elle reçoit par courriel un formulaire à compléter chez elle. Un formulaire rempli de questions à la fois choquantes et intrusives, alors même que les auditions pour viol demandent du temps, de la sensibilité, comme l'explique Marine Turchy, journaliste à Mediapart citée par Bastamag. Et aussi, pour finir, à lire dans Reporters, un article dont le titre se passe de commentaire. La France a perdu 100 000 fermes en 10 ans. Voilà pour la titrologie de ce matin.
Et maintenant, un sujet d'actu peu traité dans les médias, dont nous avons fait le choix de vous parler aujourd'hui, c'est ce carré musulman du cimetière de Mulhouse, qui a subi des actes de vandalisme samedi dernier. Alors Sarah Okrich, pardon pour son nom, j'espère l'avoir bien prononcé, est la nièce d'un défunt dont la tombe a été vandalisée. Elle nous raconte.
Le cimetière, c'est lui qui est arrivé et qui a constaté les dégâts. Les fleurs qui étaient posées sur les tombes, elles ont été retirées des tombes, elles ont été retournées, piétinées, elles ont été rassemblées de sorte. Et du coup, moi j'ai appris par après qu'on avait déposé des cartes de vœux avec des écritures du style joyeuses fêtes et même du chocolat. Je pense que c'est ce qui nous a le plus choqués, c'est vraiment cette violence symbolique et cette idée que même dans la mort, on continue de subir du racisme. Après, nous, on a aussi été beaucoup touchés parce qu'on a inspecté la tombe de Monde, on s'est rendu compte qu'ils avaient cassé les objets qu'on avait déposés sur la tombe.
Et je pense que le pire, c'est le fait qu'on n'a pas pu retrouver les fleurs qui étaient posées. Et en fait, ces fleurs, elles avaient une grande valeur sentimentale à nos yeux parce que c'est les dernières fleurs qui ont été déposées sur la tombe de mon oncle par mon grand-père qui est décédée il y a moins d'un mois. Et du coup, comme j'ai pu le dire à plusieurs personnes qui étaient présentes sur place, ce n'est pas une question de matériel. Des fleurs, on peut les racheter, mais on ne peut pas remplacer la valeur sentimentale de tous ces objets qu'ils ont détruits.
Alors, lorsque moi, je suis arrivée dans le cimetière, on a échangé du coup avec Maitre Réchi, puis aussi avec certains élus du conseil municipal de Moulouse. Notamment un élu, je crois que c'était Annoir Sassi, il me semble, et il n'était pas très avenant. Personnellement, je n'ai pas apprécié le fait qu'il nous conseille de rester silencieux. Enfin voilà, c'était un peu une idée. Ah oui, mais ne faites pas trop de bruit, il faut un peu étouffer l'affaire, on ne sait pas encore ce qui s'est passé.
Alors que bon, clairement, lorsqu'on saccage un cimetière, qu'on dépose des cartes de vœux, on se rend bien compte que c'est sûrement un acte raciste derrière et que ce n'est pas le vent, comme justement certains policiers ont pu dire le matin même avec Mohamed Khouréchi. Parce que voilà, il nous a parlé du fait qu'il a appelé les policiers. Quand les policiers sont arrivés sur place, de prime abord, ils lui ont dit oui, c'est peut-être le vent, on ne sait pas. Alors que bon, le carré protestant est juste en face et rien n'avait bougé sur leur tombe. Du coup, ça n'avait aucun sens de dire ça. J'étais vraiment choquée. De ce qui s'était passé.
Puis j'étais aussi choquée de ce manque de couverture médiatique. Cette idée que nous, on nous dit oui, il faut rester silencieux, il faut attendre. Il n'y a pas grand-chose à attendre en fait. En réalité, même si on trouve ces gens qui ont fait ça, on va leur taper sur la main. À la limite, on va les engueuler, on va peut-être leur donner une amende. Pour moi, ça révèle cette montée de l'extrême droite qu'on a en France, cette normalisation de l'extrême, de la radicalité politique. Et le fait qu'on essaye de normaliser ça, ça a ce genre de conséquences en fait. C'est des gens qui m'ont prêt. Je comprends totalement qu'il y a des saccages de cimetière tous les jours.
Mais le fait est que ce soit de plus en plus régulier, je pense que c'est assez révélateur du climat politique qu'on a en ce moment. Et pour revenir rapidement, du coup, sur les échanges qu'on a pu avoir avec les élus, en dehors de Anwar Sassi, du coup, que je n'ai pas forcément apprécié, j'ai pu échanger quand même avec Bruno Fuchs et lui, je l'ai trouvé vraiment à l'écoute. Et puis le soir même, il a fait un tweet, il a condamné de toutes ses forces, voilà, ses actions.
Et je pense que c'est important de parler de ces gens qui sont venus sur place et qui se sont un peu mobilisés, peut-être pour montrer que, justement, on n'était pas délaissés et qu'on avait des choses à dire et que ce n'était pas normal, voilà, pour condamner ce genre d'actes.
Oui, un témoignage révélateur quand même d'une situation pas tant propre à la France, mais à toute une région du monde où la haine des musulmans est attisée par celles et ceux qui souhaitent accéder au pouvoir sans remettre jamais en question les rapports de domination. Jeudi dernier, une décision historique a été prise par l'Union européenne. La commission, qui n'est pas connue pour ses positions gauchistes, a rendu publique une proposition de directive qui remet en cause le principe même de l'économie ubérisée. Les travailleurs des plateformes comme Uber, justement, mais aussi Deliveroo et autres doivent bénéficier d'une présomption de salariat.
Jusqu'ici, les chauffeurs VTC et livreurs exercent le statut de travailleurs indépendants. Ils n'ont droit ni au salaire minimum, ni aux congés payés, ni à la protection sociale. En bref, ils sont corvéables à merci. Comment cette victoire, alors, a-t-elle pu être obtenue ? Nous avons joint la députée européenne, l'HIB, élue France Insoumise. Elle est l'une des parlementaires européennes à avoir le plus agi pour arriver à l'adoption de cette directive par la Commission européenne. Elle explique qu'en réalité, tout a commencé devant les tribunaux. On l'écoute.
Si on veut remonter à l'historique, on a des plateformes qui arrivent comme ça en Europe et qui nous disent « je suis là pour faire l'intermédiaire entre un travailleur indépendant et un client ». Sauf que, quand on regarde les choses de plus près, on s'aperçoit qu'elles sont loin de jouer le rôle d'un simple intermédiaire, mais elles décident de la façon dont est réalisée la prestation. Et c'est pour ça que, quand ils sont sollicités, les juges, parce que partout en Europe, il y a des travailleurs qui vont devant le juge et qui disent « je ne comprends pas, moi j'avais signé pour être indépendant chez Uber, mais en fait, dans les faits, je ne décide de rien.
Ce n'est pas moi qui décide de mes tarifs, ce n'est pas moi qui décide comment je travaille, alors qu'à la base, j'avais signé pour être indépendant. » Et le juge qui constate la relation de travail, qui dit « effectivement, il y a marqué indépendant, mais ça ne l'est pas. Ce n'est pas indépendant. Il y a une plateforme qui décide, qui joue le rôle d'un patron, en fait. Et donc, il faut qu'il y ait requalification en contrat de travail. Ça, ça se passe un peu partout. Mais disons que ça ne dépasse pas les cas personnels des personnes qui vont solliciter le juge. Et on a un décalage, du coup, entre le droit tel qu'il est donné par la loi et le droit tel qu'il est prononcé par les juges.
En fait, il y a deux ans, la présidente de la Commission européenne, elle a dit « on va travailler sur la question des travailleurs des plateformes ». Quand Uber a su que l'Union européenne allait travailler là-dessus, ils se sont dit « tiens, c'est l'occasion pour nous de légaliser ce dont les juges disent que c'est illégal. » En gros, c'est un peu comme si vous braquez une banque. Plutôt que d'arrêter de braquer des banques et de vous conformer à la loi, vous décidez de légaliser le braquage de banques. Et en fait, c'est en quelque sorte comme ça qu'elles entrevoyaient le chantier législatif.
Et depuis deux ans, il y avait un bras de fer entre elles qui souhaitaient légaliser une forme de troisième statut entre le statut de salarié et le statut de travailleur indépendant. Et nous, donc quand je dis nous, c'est une bonne partie du Parlement européen jusqu'à ce qu'en septembre dernier, ce soit la position officielle du Parlement européen. Donc les juges, le gouvernement espagnol et surtout, surtout, les principaux concernés, les collectifs de livreurs, de VTC qui partout en Europe se mobilisent et qui disaient au contraire « on veut faire respecter notre droit ». Et dans la vie, soit on est indépendant, soit on est salarié.
Et ce que dit cette directive, cette proposition de directive de jeudi, elle nous le dit, à partir du moment où vous êtes soumis à un lien de subordination, où vous n'avez que le nom d'indépendant sans avoir les avantages du statut d'indépendant, qui est de ne pas avoir de patron au-dessus de vous, qui est de décider de vos tarifs, vous devez avoir accès aux droits qui vont avec.
Alors, impliquée dans les négociations et les tractations qui ont abouti à cette proposition de directive européenne, Leïla Chaiby a constaté effaré le travail de SAP, des macronistes français, sur ce dossier. Des macronistes qui, sur le sujet, sont encore plus à droite que le Parti populaire européen, le PPE, coalition de gros partis comme les Républicains en France et la CDU d'Angela Merkel.
Moi, mes plus gros adversaires, j'ai plus réussi à convaincre les Allemands du PPE, donc de la droite, et les plus fervents opposants, c'était vraiment, oui, les macronistes français. Depuis le début, dans cette histoire, dans les débats, si on regarde en France, bon, il n'y a pas besoin de remonter très loin, mais remontant, en décembre 2019, la loi LOM, la loi d'augmentation des mobilités. En France, Macron, lui, il nous explique vouloir protéger les plateformes contre les risques de requalification.
Non pas protéger les travailleurs des plateformes, mais protéger les plateformes du risque que leurs travailleurs vont trop souvent voir le juge pour dire « Eh oh, il y a arnaque, je ne suis pas vraiment indépendant, je dois être salarié normalement, regardez, j'ai tous les critères ». Du coup, ça met en difficulté, en insécurité les plateformes. La priorité de Macron, il nous le dit, c'est de protéger les plateformes. Il y a un article du Conseil constitutionnel de la loi LOM dans ce sens-là qui est retoqué par le Conseil constitutionnel quelques semaines après.
Et d'ailleurs, moi, je vous le disais quand j'ai rencontré le lobbyiste de Deliveroo, il me dit « C'est vraiment génial ce que Macron a fait avec sa loi LOM, enfin ça, avec l'accent anglais, il faut imaginer le gars venu de Londres chargé des affaires publiques de Deliveroo ». Et il m'explique, il me dit « Mais c'est quand même dommage votre truc, le Conseil constitutionnel, là, dommage de l'avoir annulé parce que moi, la semaine prochaine, je vais voir le gouvernement Sampchen en Espagne puis je vais me prendre mon bâton de pèlerin et voir tous les gouvernements de lieu, leur expliquer qu'il faut qu'ils fassent comme Macron. C'était vraiment, c'est génial, c'est Macron qui a la solution.
Ensuite, dernièrement, Macron, lui, il avait pris le débat sous l'angle de donner plus de droits aux travailleurs indépendants pour éviter d'aborder le sujet de l'utilisation frauduleuse du statut d'indépendant. En fait, pendant des mois et des mois, Macron était le plus fervent défenseur d'un tiers statut. Un statut qui aurait eu pour l'employeur les avantages du statut d'indépendant, pas le droit du travail à donner, et les avantages du statut de salarié. Vous avez des gens qui vous obéissent pour la faire courte.
Et pour le travailleur, ce tiers statut, ça aurait été les inconvénients du statut d'indépendant, c'est-à-dire vous n'avez pas le droit du travail, et sans avoir les avantages qui sont la liberté de fixer vos tarifs, etc., et les inconvénients du statut de salarié, un patron au-dessus de vous qui vous dit quoi faire et qui peut vous sanctionner et vous contrôler. Il voyait bien, Macron, que si ce tiers statut existait et était légalisé, eh bien demain, il pourrait être utilisé dans toute l'économie au-delà des plateformes. Et comme ça, c'était une façon de casser le droit du travail. Et donc, ça a été la bataille de Macron. Au départ, le tiers statut.
On a dû le faire reculer sur le tiers statut. Donc, dernièrement, il avait une autre stratégie, mais en gros, qui consiste à tout, tout faire pour faire en sorte qu'on évite aux plateformes d'assumer leurs obligations d'employeur. Et ça, c'était… Alors, au départ, je me demandais s'il était payé par Uber. Je ne pense pas, mais c'est vraiment idéologique, je pense, d'être au service des intérêts d'Uber parce qu'il a entrevu la possibilité qu'il y avait de casser toutes les protections, tous les salariats, de revenir sur des décennies de conquises sociaux. Pourquoi Macron, depuis le départ, dans cette histoire, a mis un enthousiasme de dingue à défendre les intérêts d'Uber ?
C'est parce que si demain, on légalise le fait que c'est possible, partout en Europe, d'avoir des gens sous vos ordres sans avoir à assumer la contrepartie du fait d'avoir des gens sous vos ordres qui est le contrat de travail, en fait, c'est toute l'histoire du salariat. Tout le salariat s'est construit à comment la contrepartie que je donne 8 heures par jour pour un patron, c'est que j'ai des droits, le droit du travail, ce qui fait que je ne suis pas un esclave. Si on annule ça, demain, je suis le patron de Carrefour, pourquoi je m'embêterais à avoir des salariés si j'ai la possibilité d'avoir des gens avec ce statut d'Uberisé et qui fait que je n'ai pas besoin d'assumer mes obligations ?
Échec donc total pour Emmanuel Macron, ses copains lobbyistes et start-upeurs. Comment une telle percée a-t-elle pu avoir lieu à Bruxelles au lieu des groupes de pression et du big business ? Léla H.I.B. a sa petite idée.
J'ai présenté une première proposition de directive il y a un an, mais le Parlement européen, la différence avec l'Assemblée nationale en France, c'est qu'on n'a pas le droit d'initiative législative. On ne peut pas écrire le premier jet des directives. On doit attendre que la Commission, comme elle l'a fait jeudi, nous fasse sa première proposition. Donc, une grosse partie du travail, d'abord, ça a consisté à mettre la pression pour que la Commission fasse une proposition qui aille dans le bon sens. Mais en fait, cette victoire, elle n'aurait jamais été gagnée sans l'irruption de la parole des premiers concernés sur la scène bruxelloise.
En fait, si je pense qu'une bonne partie de mon travail est la plus importante, plus importante que les négociations que j'ai menées en commission, plus importante que les amendements que j'ai déposés, eh bien, ça a été de construire, moi, ce que j'appelle un lobby populaire. À Bruxelles, les lobbies, ils sont comme à la maison, ils ont un tapis rouge, ils ont l'habitude d'écrire la loi eux-mêmes. On est très éloignés. Vous voyez, je vous expliquais un peu le fonctionnement, mais moi, il m'a fallu plusieurs mois avant de comprendre comment on construit une loi à l'échelle européenne. On dirait que tout est fait pour éloigner les citoyens et les premiers concernés.
Et quand, à Bruxelles, on réunit, comme ça a été le cas, par exemple, fin octobre dernier, des 120 travailleurs, livreurs, chauffeurs VTC, venus de toute l'Europe, qui ne parlent pas la même langue, mais qui racontent tous la même chose, quand on les fait se confronter à la Commission européenne, je peux vous dire que là, la Commission, elle se dit, il n'y a pas qu'Hubert qui me regarde là, quand je suis en train d'écrire ma proposition, mais je suis aussi regardée par les travailleurs et je vais devoir faire attention à ce que j'écris parce qu'ils me regardent et ils me mettent la pression.
Et jusqu'au dernier jour, jusqu'à la veille de la proposition de la Commission européenne, j'étais avec les VTC devant, qui étaient venus de France, avec Brian Ben Ali, le responsable des VTC, Jérémy Wick, des livreurs, on était devant la Commission européenne à dire, attention, Nicolas Schmitt, commissaire à l'emploi, on te regarde, fais attention à ce que tu vas écrire et l'irruption de ce lobby populaire qui a été en capacité d'être plus puissant que le lobby des plateformes, ça a compté, ça a pesé et sans ça, on ne serait pas arrivé à cette proposition de jeudi, ce qui nous indique que les travailleurs des plateformes sont présumés, désormais, ils sont présumés salariés.
Alors, il y a tout de même, il y a encore plusieurs étapes avant la mise en application concrète sur le terrain du projet de directive européenne rendu public jeudi dernier.
Ce n'est pas du jour au lendemain, là, le combat, une bonne étape a été franchie mais tout n'est pas encore gagné. À partir de maintenant, au Parlement européen, on va reprendre les négociations sur le texte à partir de la proposition de la Commission. Les États, de leur côté, vont faire la même chose. Il faut compter à peu près, grosso modo, à une directive adoptée autour de juin-septembre 2022 et ensuite, les États membres de l'Union européenne ont deux ans pour la transposer dans la loi.
Donc, malheureusement, c'est une énorme victoire qui est assez inattendue et qui est le résultat de deux ans de bataille mais malheureusement, il va falloir encore un petit peu de temps avant qu'elle soit transposée dans la loi mais ce qui n'empêche pas avant même sa transposition qu'on puisse mettre la pression sur les plateformes, sur le gouvernement français qui a choisi une voie complètement différente et qu'on sollicite les plateformes, les juges, surtout pour qu'ils requalifient dans le contrat de travail les relations qui unissent les travailleurs aux plateformes.
Rien n'empêche la France, là, dès demain, sans attendre de la directive, d'appliquer, de mettre en œuvre la présomption de salariat au sein du pays. C'est ce qu'a fait l'Espagne pour la livraison de repas à domicile. Mais là, en fait, n'importe quel président de la République, effectivement, n'aurait pas besoin d'attendre que la directive soit adoptée puis les deux ans, limite, mais pourrait, dès demain, poser la présomption de salariat pour les travailleurs des plateformes. Effectivement, moi, j'aimerais bien que ça fasse partie des enjeux et des sujets qui sont débattus.
Bon, voilà, en plus, surtout que je pense que ce serait plus sain et enthousiasmant pour la démocratie que les débats très à droite qu'on nous impose en ce moment. Si le débat politique pouvait tourner là-dessus, ça serait vraiment super. Y avoir un engagement de la part des candidats sans attendre la transposition de la directive s'engager là-dessus. Je pense que si je ne soutenais pas déjà un candidat à la présidentielle, je prendrais, moi, mon bâton de pèlerin et j'irais faire le tour. Je vais suggérer à d'autres de le faire, tiens.
Bien entendu, vous l'avez deviné, le candidat soutenu par la LHIB est Jean-Luc Mélenchon de la France Insoumise. Et la recolarification en contrat de travail salarié des auto-entrepreneurs, collaborateurs exclusifs des plateformes dites collaboratives, fait partie, comme s'en réjouit la LHIB, du programme L'Avenir en Commun. Proposition partagée aussi dans les programmes politiques de quasi tous les candidats de gauche jusqu'au PS. Il est 7h34 et c'est l'heure de la dernière heure. Alors, il y a quasi un an, jour pour jour, le 7 décembre 2020, l'eau, la ressource naturelle en tant que telle, entrée en bourse à Chicago, aux Etats-Unis.
Un cap majeur venait alors d'être franchi en considérant désormais l'eau comme une marchandise soumise, et c'est là la vraie nouveauté, aux lois du marché. L'eau, une valeur financière comme une autre sur laquelle on peut désormais spéculer. Ce qui ne présage rien de bon quand nous savons, quand nous observons déjà les effets de la spéculation sur le pétrole ou l'immobilier et les crises qui en découlent. Sauf que l'eau, ce n'est ni du pétrole ni des immeubles, mais bien une ressource vitale pour tout être vivant sur la planète, dont nous, espèces humaines. Et dans cette dernière, beaucoup en ont conscience d'individus humains.
Protestations, manifestations, actions diverses et variées se multiplient ces dernières années pour faire de l'eau un bien commun protégé de la finance. De l'autre côté de l'Atlantique, ici en France, la situation n'est peut-être pas encore la même, mais la ressource eau est largement convoitée et privatisée, que ce soit via son exploitation par des multinationales telles Danone et Nestlé qui la vendent sous forme de bouteilles en plastique ou via son traitement et sa distribution jusqu'à nos robinets par Veolia et Suez, anciennement la Compagnie Générale des Eaux et la Lyonnaise des Eaux.
Alors, de la bouteille en plastique jusqu'au robinet du quotidien, pouvons-nous parler d'accaparement de l'eau par et pour des intérêts privés au détriment du bien commun ? Pour en discuter, je reçois ce matin deux personnes sur ce plateau, une en présentiel et une via la vidéo à distance. Bonjour, Jean-Claude Oliva. Vous êtes élu municipal écologiste à Bagnolet en Seine-Saint-Denis, commune Limitrof avec Paris. Vous êtes aussi directeur de l'association Coordination Eau Île-de-France qui milite pour une gestion publique de l'eau et de manière générale pour sa reconnaissance en tant que commun. Merci d'avoir accepté mon invitation.
Alors aussi, on a une autre personne depuis Lyon via la Visio. Nous accueillons aussi du coup ce matin Alexander Abdelila. Bonjour. Bonjour. Journaliste indépendant, vous écrivez régulièrement sur la question de l'eau et de sa marchandisation dans l'Ibée, chez Mediapart par exemple. Vous êtes aussi co-auteur d'un documentaire intitulé ASEC, La grande soif des multinationales publiée en octobre dernier sur Arte. Merci d'être avec nous ce matin.
Alors, pour commencer, je me tourne vers vous monsieur Oliva et je mets en place mon ordinateur puisque nous en direct, on est tranquille aux médias et afin de m'adresser à vous en tant qu'élu municipal que vous êtes depuis quelques années en rappelant que la production et la distribution d'eau potable relèvent de la responsabilité des communes depuis 1789, une date importante de notre histoire de France, c'est-à-dire que la gestion publique de l'eau est un héritage direct de la Révolution française. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
Ça m'inspire de réflexion. D'abord, effectivement, cette question de l'eau, de la gestion de l'eau, une question très politique et donc, ce lien avec la Révolution française n'est pas étonnant. Il y a quelques années, le mouvement italien pour l'eau avait un slogan que je trouvais pour ma part assez merveilleux, c'était ça s'écrit eau, ça se lit démocratie. En fait, voilà, l'eau, c'est à la base finalement de l'organisation de la cité, de la vie de la cité, de la politique. Alors, il y a un deuxième élément, c'est que l'eau, c'est une ressource locale. Donc, il y a une proximité avec les habitants, avec tous les habitants qui sont les usagers de l'eau.
Et donc, une ressource locale, elle doit être gérée localement. Et je pense que c'est cette proximité, vous savez, là, en ce moment, enfin, depuis quelques années, il y a un grand mouvement de retour à la gestion publique de l'eau en France, en Europe, dans le monde entier. Et au fond, c'est cette proximité qui explique ça. Parce que, finalement, pour l'eau, les leviers politiques, ils sont à la portée des citoyens. Voilà, on peut, c'est difficile des fois de décider des choses quand c'est au niveau d'un gouvernement, au niveau de l'État. c'est loin, il faut un sacré rapport de force. Mais là, ressource locale, décision locale, les citoyens, ils peuvent...
Tout est localisé. Alors, si cette gestion publique de l'eau, la date de la révolution française dans la grande révolution de 1889, est-ce qu'on peut dire que revenir dessus, c'est un fort signal de retour en arrière ?
Certainement, certainement. Mais là, je vous dis, la tendance ces dernières années, c'est plutôt qu'on revient à la gestion publique d'une façon très importante. Là, depuis les dernières élections municipales, par exemple, il y a 3 millions d'usagers en France qui retournent à la gestion publique. Donc là, nous, on a 9 villes d'Est-Ensemble, dont on fait partie Bagnolet, mais aussi Montreuil, où nous sommes aujourd'hui. 9 villes du Grand-Tor-Lyssen-Bièvre, c'est des villes qui sortent du CDIF et du contrat avec Veolia et qui vont créer leur propre régie. Une régie à Est-Ensemble, une régie à Grand-Tor-Lyssen-Bièvre, ça représente 750 000 habitants.
Grand-Paris-Sud, dans l'Essonne, ils sont en train d'agrandir leur régie. Ils ont déjà une régie. Et là, au 1er janvier 2022, il y a 7 villes de plus qui vont les rejoindre. L'Essonne, c'est assez formidable. Il y a 10 ans, il y avait un bourg avec de quelques milliers d'habitants qui étaient en gestion publique. Aujourd'hui, la moitié des habitants du département sont desservis par la gestion publique. Donc, il y a vraiment ce mouvement qui est très important.
Bien sûr, bien sûr. Alors justement, un mouvement qui entre en plus en écho avec ce qui s'est passé il y a un an, comme on l'a rappelé dans l'intro, le 7 décembre dernier, du coup 2021, vous, vous étiez, vous faisiez partie de celles et ceux qui manifestaient à Paris, à la place de la Bourse, aux côtés des Amis de la Terre, d'Attaque, de la FSU, de la Conf Paysanne, contre cette marchandisation de l'eau. Alors, au-delà du symbole, puisque c'était la première année d'entrée en bourse de l'eau à Chicago, quel était l'objectif
des rassemblements dans d'autres villes du monde, à Montréal, à Milan, à Bruxelles. Donc voilà, c'est quelque chose qui fait quand même écho très fort partout. L'objectif de cette manifestation, c'était bien sûr de dénoncer cette financiarisation de l'eau. Finalement, là, aux États-Unis, c'est un cas un peu extrême. Ça concerne la Californie. En fait, c'est la bourse de Chicago, mais ça concerne la Californie où sont produits, je dirais, la moitié des fruits et des légumes des États-Unis. Et donc là, il y a sur la ressource en eau, il y a une bataille déjà très forte entre grosses compagnies agricoles et aussi avec éventuellement les villes, les collectivités.
Et donc là, leur idée, c'était d'avoir ce marché de l'eau, mais qui ouvre aussi au fait qu'il va y avoir d'autres intervenants et qu'il va y avoir des spéculateurs. Donc nous, effectivement, nous n'en sommes pas là, mais nous sommes quand même inquiets parce que le processus de financiarisation, il bat son plein, ici aussi en France, en Europe. Ce qui s'est passé avec Veolia et Suez, on est au cœur de cette financiarisation parce que finalement, on a ces grandes entreprises qu'on a combattées déjà pour retourner en gestion publique, mais là, on rentre dans autre chose. C'est des fonds financiers qui sont en train, c'est Méridia, c'est d'autres qui vont piloter ces entreprises.
Donc c'est un autre stade et là, tout à l'heure, je parlais des citoyens, mais là, c'est un éloignement, c'est-à-dire que c'est d'autres acteurs qui vont se substituer, qui vont prendre les décisions vitales et qui vont se substituer aux citoyens. Ils ne sont pas locales, d'ailleurs, ils n'ont pas une vision locale, mais plutôt globale.
Ils ont une vision purement économique. Alors, on disait là que les choses, les lignes bougent, que du coup, du point de vue de l'État, de la force publique, mais aussi, faire débat, faire prendre conscience, ça se passe aussi du côté du journalisme et c'est le cas de notre second invité, présent avec nous via la vidéo et l'idéoconférence. Alors, Alexander Abdelila, je rappelle que vous êtes co-auteur du documentaire Arte, à sec, la grande soif des multinationales. Avant de vous poser quelques questions, on regarde un très court extrait de la bande-alance du documentaire.
Nestlé Water se présente comme le gardien de la ressource. Cette entreprise n'a qu'une finalité, c'est de tirer un bénéfice de cette exploitation de l'eau. Nous sommes inquiets de voir le privé faire main basse aujourd'hui sur l'eau et donc faire main basse sur une ressource vitale puisque trois jours sans eau et nous sommes morts.
Alors, Alexander Abdelila, vous avez fait beaucoup, en fait, vous avez écrit beaucoup sur la question de l'accaparement de l'eau par les multinationales. Aujourd'hui, vous êtes co-auteur de ce documentaire. Pourquoi ce thème vous parle tant et pourquoi vous le jugez si important ?
Oui, je pense que vous l'avez en fait évoqué en intro déjà. C'est un sujet qui est un enjeu majeur de notre siècle tout simplement parce que tout le monde en a besoin pour survivre. En fait, qu'on vive en Afrique du Sud, en Allemagne du Nord ou peu importe où, on ne peut pas vivre sans eau. Et avec le collectif de journalistes indépendants dont je fais partie, WeReport, on s'est dit en fait que ce serait un sujet intéressant à creuser sur le long terme. Et vous avez évoqué avec votre autre invité un sujet qui est un peu différent sur l'eau, on va dire, les grandes entreprises qui font les réseaux d'eau, donc Veolia, etc.
Nous, on a décidé de se concentrer plutôt sur les minéraliers, donc ces grandes boîtes qui en fait produisent des bouteilles en plastique parce qu'on se dit que c'est aussi un sujet très intéressant et que localement, même en France et en Allemagne, comme on va le montrer dans le documentaire, il y a déjà des problèmes qui se posent assez graves qu'on pensait en fait réserver à des contrées lointaines, donc des problèmes de sécheresse, d'assèchement, de cours d'eau, de conflits d'usages énormes. Et on s'est dit, tiens, c'est quelque chose qu'on doit creuser.
Et puis après, concrètement, c'est aussi été un signalement de l'association anticorruption, anticorps, en 2016, sur un problème précis à Vittel, dans les Vosges, ou en bouteille Nestlé, qui nous a un peu lancés dans le sujet. Et après, on a tiré le fil et c'est vrai que c'est un sujet passionnant et sur lequel on pourrait encore bosser des années, en fait, notamment il y a à dire.
Oui, et puis comme vous le dites, vous le rappelez, sans eau, et comme Mathilde Panneau aussi le rappelait dans l'extrait, nous mourrons en trois jours. Donc c'est quand même très grave, c'est la base quand même. Vous avez beaucoup travaillé, du coup, enquêté, et à travers votre travail, vous avez pu rencontrer de nombreuses personnes, notamment à Vittel, par exemple, mais pas qu'en Allemagne, en France, là où sont exploitées à la fois les nappes phréatiques, mais aussi les forces humaines pour le faire. Qu'est-ce qui vous a le plus percuté ? Un témoignage en fait ? Une info ?
Franchement, il y en a énormément. Je pense que c'est un témoignage, vu que vous parliez des travailleurs et c'est vrai que c'est un sujet important. À Vittel, j'avais rencontré un ancien employé de l'usine d'embouteillage de Nestlé qui m'avait raconté qu'il avait vécu l'arrivée de Nestlé aux commandes de la société en 1992 et il m'avait dit en fait, il y a eu un changement d'ambiance immédiat. C'est la première chose qu'il m'a dit.
C'est qu'avant, il y avait, voilà, on travaillait dur, il y avait une logique de rentabilité évidemment, mais il y avait un peu moyen de négocier, il y avait une sorte d'ambiance familiale comme il le décrivait et à l'arrivée de Nestlé, ça a changé du tout au tout. En fait, les toutes premières décisions qui sont prises, c'est ce qu'ils appellent des synergies, des optimisations. Donc en fait, peut-être la première chose qui s'est passée, c'est un peu un travail sur les mots, sur la sémantique qui circulait dans l'usine.
Et c'est ce changement d'ambiance-là qui l'a vraiment marqué et c'est vrai que depuis qu'ils sont arrivés aux manettes Nestlé, il y a eu un dégraissement des licenciements massifs et continu jusqu'à aujourd'hui. Voilà, et après ça, on pourra peut-être en parler plus tard, mais c'est vrai que le chantage à l'emploi, c'est quelque chose qui est très marquant quand on travaille sur ce sujet, qui est partout et qui est utilisé par toutes les entreprises du secteur.
Surtout là-bas, zone que je connais très bien parce que je suis originaire de Vital moi aussi et mes grands-parents, ma grand-mère a travaillé des années et même des amis encore aujourd'hui, ils travaillent, donc je connais pas mal. Et effectivement, un peu le point avec mon invité sur le plateau, on parlait de globalisation et de localisation. Là, l'exemple est concret avec Nestlé qui finalement, une entreprise qui était locale est devenue internationale avec Nestlé, un géant suisse qui débarque et l'échelle n'est plus la même. On ne considère plus les humains comme les humains mais comme des chiffres ou des données à rentabiliser, etc.
Et ce qui est intéressant dans la discussion qu'on a tous les trois, c'est de se rendre compte finalement que de la bouteille au robinet, c'est un peu la même injustice, c'est un peu les mêmes enjeux. Alors, monsieur Oliva, vous qui êtes élu dans une zone fortement peuplée ici en banlieue parisienne, comment vous témoignent les habitants en fait de la situation ? Comment ? Quelles sont leurs revendications ? Quelles sont leurs attentes généralement sur ce qui est de la gestion de l'eau publique ici ?
Je dirais que les habitants, leur première attente souvent, elle a trait aux tarifs. Voilà, on vit quand même avec cette très forte injustice que finalement, les personnes qui vivent en banlieue, c'est eux qui payent l'eau la plus chère. Voilà, donc on a aujourd'hui ce syndicat des eaux d'Îles de France qui est tout autour de Paris, le Cédif, qui délègue depuis 100 ans à Veolia, et le tarif de l'eau est considérablement plus cher par exemple qu'au de Paris. Donc là, il y a cette injustice-là qui est la première chose. La seconde, je dirais, c'est encore une fois à trait à la démocratie à la place des citoyens, à comment sont considérés les usagers ?
Il y a une relation avec les usagers qui est très fortement dégradée. Alors nous, on en a fait une expérience très particulière il y a quelques années avec l'histoire des coupures d'eau parce que les coupures d'eau étaient illégales mais Veolia, Suez, etc., les pratiquaient massivement. Il y avait 100 000 coupures d'eau par an en France. Et donc, c'est notre bataille avec la fondation France Liberté qui a permis que petit à petit, d'une part, on aille au tribunal, on gagne et que les journaux aussi s'emparent du sujet et qu'au final, aujourd'hui, il n'y ait plus de coupures d'eau.
Mais ça, c'est un peu l'exemple extrême mais ça touche vraiment, c'est le type de relation avec des entreprises qui priorisent complètement la question économique et qui n'ont rien à faire des usagers, de l'humain. Donc, c'est ça aussi l'enjeu de la gestion publique, c'est retrouver une relation de confiance, une relation apaisée entre les usagers et le service public. C'est ça, un nouveau service public qui répond aux attentes des usagers.
Un service public puisque finalement, un service privé n'est pas forcément la même chose. Enfin, là, j'ai un exemple contraire peut-être, je vais me faire l'avocat du diable puisque justement, là en Ile-de-France, le CEDIF, le syndicat des eaux d'Ile-de-France dont vous parliez, appuyé par Veolia du coup, souhaite installer une nouvelle technologie dans ces usines qui promeut la promesse de débarrasser les eaux du chlore, du calcaire qu'elle peut contenir. Sur le papier, du coup, on ne peut qu'en se réjouir quand nous lisons ça, que c'est une avancée et admettre que le privé, quelque part ici, Veolia, assure bien son rôle de fournisseur de service et même d'innovateur.
Pourtant, il y a une levée de boucliers, notamment des élus. Vous m'expliquez ?
Absolument, des élus, des citoyens, des associations. D'abord, il faut dire qu'il n'y a pas de demande pour cette technologie. Enfin, il n'y a aucun usager qui a demandé la mise en place de cette technologie. Ensuite, c'est un attrape-nigot parce qu'on nous dit de l'eau sans chlore. Alors, c'est vrai, il n'y aura pas de chlore dans le processus de production, mais la réglementation fait qu'en région parisienne, vu le temps que l'eau passe dans les canalisations, il est obligatoire de rajouter du chlore pour le transport. Donc, ce qui veut dire que les usagers, à leur robinet, ils auront toujours une eau chlorée.
Pareil, on nous dit c'est pour les pesticides, les perturbateurs endocriniens, les éliminer, etc. Sauf que là aussi, c'est un attrape-nigot parce qu'en réalité, cette eau, soi-disant pure, elle est tellement pure qu'elle n'est pas potable et elle n'a plus de sel minéraux. C'est comme de l'eau, c'est à ce qu'on part à la désalinisation de l'eau de mer. C'est le même genre de technologie. Donc, il n'y a plus rien, il n'y a que l'eau, il faut rajouter des sels minéraux. Alors, quelle est la technique choisie par le CDIF ? C'est de rajouter une partie d'eau de la filière classique.
C'est-à-dire, on va avoir un mélange d'eau ultra pure, comme ils disent, et puis de l'eau de la filière classique avec ses polluants habituels pour équilibrer, pour avoir les sels minéraux. Et donc, au final, on aura toujours les perturbateurs endocriniens qui, vous savez, n'agissent pas en fonction de la dose. Ils agissent à très, très faible dose. Et du tout, on voit là sur une vie. Absolument. Donc, voilà, il y a ces problèmes-là et plus derrière des problèmes sociaux, économiques et environnementaux tout à fait considérables. Là, on parle d'une augmentation de le CDIF dit lui-même de 18 à 35 centimes par mètre cube, donc que pour la partie eau qui aujourd'hui fait 1,30 euro.
C'est-à-dire qu'on parle d'une augmentation de 25 à 30 %. Il y a cet aspect-là. Il y a les aspects environnementaux, c'est-à-dire que la production dans ces usines, la consommation d'énergie va être multipliée par 3. On va prélever plus d'eau parce que qui dit cette eau pure, d'un côté, c'est comme l'eau de mer, c'est comme la déstabilisation de l'eau de mer. D'un côté, on a de l'eau douce et de l'autre côté, on a des saumures. Donc là, on a d'un côté l'eau pure et de l'autre, un concentrat, ce qu'on appelle un concentrat qui va être rejeté. Donc pour produire la même quantité d'eau potable, il faut plus d'eau au départ.
Donc on prélève plus d'eau dans le milieu naturel et ce concentrat, on le rejette dans les cours d'eau et donc il va polluer les cours d'eau. On le rejette dans la Seine sans traitement et dans la Seine en aval, il y a d'autres usines de production d'eau potable qui pompent l'eau.
Donc on marche sur la tête. Complètement. On comprend mieux du coup pourquoi il y a une levée de bouclier. Alors vous parlez du coup d'eau pure ou impure, minéralisée ou pas, on peut du coup rebondir avec notre second invité, monsieur Adela. Alors vous qui êtes co-auteur avec Robert Schmitt de votre enquête qui connaît ce documentaire, ça a révélé quand même un système tout aussi opaque un peu comme ça avec des promesses bien loin des prétentions de développement durable, des promesses écologiques affichées dans la communication, dans le marketing de Danone, de Nestlé pour ne citer qu'eux. Alors en quoi, en quoi on veut savoir, leur communication diffère-t-elle des faits ?
Comment vous avez pu voir ça et comment ça se concrétise dans le réel ?
Oui, alors ça, pour le coup, avec Nestlé et Danone, on est gâtés parce que c'est vraiment des exemples des cas d'école.
Alors pour Nestlé, on peut commencer avec Nestlé, il y a eu une campagne de communication à laquelle ils ont participé qui s'appelait Geste Propre et le but, en fait, c'était d'inciter les citoyens à mieux trier leurs déchets et à ne pas les jeter dans la nature et un peu de temps c'est une bonne chose, oui, tout à fait une super chose et en fait, nous, on s'est rendu compte au cours de notre enquête et grâce à des lanceurs d'alerte locaux que je remercie que Nestlé enterrait lui-même ses déchets, ses bouteilles plastiques illégalement dans les Vosges dans plusieurs décharges sauvages et vous voyez, ça c'est un exemple du décalage entre la parole, c'est-à-dire on veut inciter les gens à faire le bien et à ne pas enterrer des bouteilles plastiques dans la nature et les faits qui sont que concrètement, ils le faisaient pendant les années, ils l'ont nié très longtemps puis, en fait, ils ont essayé de le cacher des médias et des gens après un premier signalement en 2014 par un riverain qui avait trouvé une montagne de bouteilles plastiques on a oublié les images à l'époque voilà, donc ces images sont dans le documentaire c'est vrai que c'est assez frappant quand on découvre cette montagne ils ont essayé de le cacher longtemps puis finalement maintenant ils l'avouent aussi suite à nos enquêtes ils disent oui effectivement mais c'était pas nous c'est d'autres responsables voilà voilà c'était en gros c'était avant qu'on arrive au pouvoir enfin aux manettes de l'entreprise ce qui est faux comme on l'a démontré aussi et donc aujourd'hui ils disent voilà on va faire le ménage donc ça c'est juste un exemple de très extrême on va dire de cette différence puis à Danone aussi donc à Volvic un des deux autres sites sur lesquels on a enquêté Danone en fait expliquait assez longtemps qu'ils étaient un acteur très responsable et que bien qu'ils ne soient pas concernés par les arrêtés anti-sécheresse de la préfecture du Puy-de-Dôme donc qui pour rappel je pense les spectateurs connaissent ça c'est-à-dire que quand il y a une sécheresse très forte l'été les gens on leur interdit en fait je sais pas d'arroser leur voiture pour la laver de remplir leur piscine etc les agriculteurs doivent baisser leur production doivent baisser l'irrigation donc tout le monde participe mais Danone était exempté depuis des années de ces arrêtés de sécheresse il disait mais on n'a pas besoin de toute manière on est tellement responsable qu'on baisse de nous-mêmes en fait les prélèvements l'été sauf que nous entre temps on a obtenu des documents internes qui montraient exactement le contraire c'est que en fait pendant l'été ils augmentaient leurs prélèvements alors que tout le monde autour en souffrait et baissait les prélèvements et ce qui est fascinant aussi dans le cadre d'Anone c'est que on leur a soumis cette question on leur a dit voilà est-ce que c'est vrai nous en cas on a les documents qui le montrent ils ont continué à nier une évidence c'est-à-dire que c'est leurs propres documents qu'ils disent mais ils continuent de nier et dire non non on ne le fait pas et puis après dans leur communication ça change un peu alors après c'est un peu des finesses de communicants mais après ils disaient par exemple en fait c'est pas qu'on augmente nos prélèvements c'est que les besoins en hydratation de la population augmentent l'été ce qui revient un peu au même donc on est obligé
finalement c'est presque un service voilà c'est ça
c'est ça
finalement
c'est deux exemples frappants
des exemples frappants effectivement percutants puis finalement on voit que que ce soit les personnes à la tête d'entreprise ou même à la tête de l'État les excuses sont un peu les mêmes à chaque fois les mensonges et finalement des choses des faits qui les démontrent alors monsieur Oliver en tant qu'élu vous sur ce plateau vous avez un point de vue complémentaire à ce qu'on entend je pense que beaucoup de nos téléspectateurs et téléspectatrices qui nous regardent demandent ce qu'elles et ils sont en droit d'attendre de leurs élus pour défendre cette question d'intérêt général sans langue de bois qu'avez-vous à leur dire ce matin vous en tant qu'élu
en tant qu'élu ils peuvent ils peuvent intervenir et moi je souhaite vraiment qu'ils interviennent justement le retour eux-mêmes alors voilà il y a des façons enfin il y a plusieurs occasions quand tout ce mouvement de retour à la gestion publique il s'appuie sur les citoyens et donc il est boosté par l'intervention des citoyens c'est-à-dire que par exemple
la question c'est ça parce qu'on en verra à ça après mais avant de faire appel aux citoyens là c'est vraiment qu'est-ce qu'on est en droit d'attendre de nos élus qu'on a élus donc on a fait notre action de citoyens on est en scène république on élit on délègue notre on délègue notre pouvoir de décision à nos élus qu'est-ce qu'on est en droit d'attendre avant de nous demander à nous de faire quelque chose
on est en droit d'attendre justement que d'une part que les élus donnent la parole aux citoyens et on est en droit d'attendre qu'ils défendent bien sûr l'intérêt général et donc qu'ils aillent vers ces formes de gestion publique et citoyenne voilà ce qu'on a en droit d'attendre des élus
alors quand les élus finalement donnent là on va le voir avec M. Abdelila dans son documentaire du coup qui se passe en partie dans la région de Volvic c'est l'état donc des élus qui accordent à la multinationale d'Anne-Ole de nouveaux droits de prélèvements etc. dans les lappes phréatiques qui en pleine crise climatique où les niveaux sont bas comme il l'a dit à l'instant donc on se sent un peu nous trahis et j'imagine que vous aussi parce que vous avez aussi eu un président enfin tout ça donc il y a un problème
moi je pense que vraiment le plus important c'est du côté des citoyens c'est le réveil citoyen qu'on constate depuis quelques années d'ailleurs le 7 décembre il y avait des gens de Volvic il y avait des gens de Vittel voilà qui étaient là aussi donc il y a tout ce réveil et nous là à Est Ensemble aujourd'hui si on parvient à faire une régie c'est un mouvement citoyen qui existe depuis la création de cette interco en 2010 c'est qu'ils comptent d'ailleurs pas que des élus
j'ai vu ils comptent des artistes
des citoyens absolument au départ c'est un mouvement citoyen et puis là on est aujourd'hui 10 ans après alors une première fois on n'est pas arrivé à convaincre les élus et là aujourd'hui tout le monde a évolué les gens ont réfléchi ça a mûri il y a l'expérience d'eau de Paris aussi à côté qui fait qu'aujourd'hui c'est les bonnes décisions qui sont prises mais pour que les élus prennent les bonnes décisions il faut vraiment que les citoyens les aident
on comprend on comprend effectivement alors retour du coup du côté des bouteilles en plastique où on disait du coup Volvic mais aussi pareil à Vittel qui est d'ailleurs Nestlé Water là-bas est le premier employeur de la région c'est aussi un point important à rappeler et bien Nestlé Water contrôle littéralement le territoire d'où il exploite toujours plus fort les ressources en eau jusqu'à en priver les habitants effectivement il y a un constat clair selon moi là les pouvoirs publics du coup semblent échouer dans leur mission alors monsieur Abdelila quel est votre avis là-dessus vous qui avez enquêté sur cette question-là est-ce que c'est un aveu d'échec des pouvoirs publics ou alors il y a autre chose qui cloche est-ce qu'ils n'y arrivent pas ils tentent tout ils n'y arrivent pas ou alors il y a un souci des conflits d'intérêts enfin racontez-nous
ouais alors à Vittel il y a clairement aussi des conflits d'intérêts d'ailleurs il y a même eu un procès alors j'évoquais le signait d'Anticor en 2016 il y a eu un procès contre une élue locale et une association cette élue locale elle était en fait présidente d'un comment on s'appelle de la commission locale de l'eau donc en fait c'est des élus locaux des fonctionnaires etc. qui sont ensemble et qui prennent des décisions sur comment on gère l'eau localement donc ça partait de l'idée que bien gérer l'eau doit se faire localement sauf que
comme M. Lodival le disait tout à l'heure
voilà exactement donc ça paraît être de bon sens mais parfois ça ne marche pas toujours là à Vittel c'est un exemple donc il y a eu ce signalement d'Anticor à son rencontre pour prise illégale d'intérêt en faveur de Nestlé alors ce qu'on lui reprochait en fait c'est d'avoir voté en faveur d'un projet très controversé qui était la construction d'un pipeline donc d'un tuyau on va dire qui ramènerait de l'eau potable de communes autour de Vittel à Vittel pour que les Vittelois ne boivent plus l'eau qui est sous leurs pieds ou pomper aussi Nestlé mais boivent de l'eau de communes environnantes et ce qui aurait permis à Nestlé de continuer à pomper dans la nappe qui elle était en danger sans pour autant changer leurs habitudes donc ça ça n'est pas passé les citoyens se sont mobilisés là on parlait de l'engagement citoyen c'est eux qui ont fait la différence mais ce que ça montre concrètement même si ce projet a été enterré grâce à la mobilisation c'est que la décision était locale mais elle a été en fait percue de conflits d'intérêts pourquoi ?
parce que Vittel c'est une toute petite ville Nestlé c'est un très grand employeur tout le monde connaît quelqu'un qui travaille à l'usine ou tout le monde il travaille lui-même en fait et donc les gens qui prennent les décisions d'un coup se retrouvent avec plusieurs casquettes ils sont à la fois élus ils sont à la fois là en l'occurrence cette élue elle était compagne d'un haut cadre de Nestlé voilà donc ça pose plein de problèmes quand c'est local aussi donc c'est pas aussi simple après normalement celui qui prend la décision finale d'autoriser ou non des prélèvements d'eau c'est le préfet donc c'est pas des élus c'est des fonctionnaires qui représentent l'État et là c'est vrai qu'on peut se poser la question est-ce que c'est un fonctionnement qui marche ou pas parce que en fait ce qu'on suppose c'est qu'il y a un chantage à l'emploi tout simplement qui est fait par ces grands employeurs que ce soit Danone à Volvic Coca dans le nord de l'Allemagne comme on le montre ou la Nestlé à Videl qui est de dire en gros laissez-nous faire ce qu'on sait faire et comme ça on gardera les emplois ou on fera le maximum pour garder l'emploi et souvent ils sont dans des régions désindustrialisées alors ça fait probablement aussi partie de leur stratégie comme les Vosges ou le Puy-de-Dôme etc.
donc le préfet lui il doit arbitrer entre d'un côté une ressource en eau qui pourrait avoir des impacts pour les générations futures ou alors les emplois qui sont là tout de suite en danger comme le disent les multinationales donc souvent cet arbitrage il se fait pour cette raison alors que quand on creuse on se rend compte que les multinationales qui dirigent ces usines en réalité elles peu importe ce qui se passe elles licencient de manière constante elles automatisent elles licencient pourquoi parce que elles-mêmes sont sous pression de fonds d'investissement qui ont des parts dans leur groupe Nestlé c'est un fonds opportuniste américain qui s'appelle Third Point qui est très connu pour des stratégies très agressives et qui a investi depuis 2017 et qui a dit en arrivant ok Nestlé vous êtes mignon mais nous là vous avez une marge de 16% ce qui est déjà énorme mais nous on veut au moins 20% en quelques années et ils continuent à mettre la pression et donc du coup avec ce genre de logique la suite naturelle pour ces entreprises c'est licencier licencier licencier et donc après elles ont beau jeu de dire on licencie parce que Mediapart nous fait une mauvaise image ou bien parce que vous achetez pas assez de bouteilles mais en fait c'est vraiment dans leur logique donc voilà il faut garder ça en tête alors gestion locale pas toujours la meilleure solution et puis ce chantage à l'emploi qui en plus met une pression énorme sur des élus locaux qui sont voilà pas à la hauteur en termes de moyens eux-mêmes face à ces multinationales bien sûr
gestion locale on pourrait rajouter peut-être le fait que on le voit quand les salariés prennent la tête de leur entreprise la gestion est peut-être un peu meilleure vu que c'est les premiers concernés enfin on peut imaginer que ça pourrait améliorer les choses en tout cas manifestement on ne peut pas compter tout attendre plutôt des élus comme vous l'avez dit les citoyens doivent aussi agir monsieur Oliva du coup une réaction peut-être à ce qu'on vient d'entendre éventuellement
oui en fait là aujourd'hui on parlait tout à l'heure de l'osmoset du sédif c'est un peu le même genre de situation quelque part c'est à dire qu'aujourd'hui les élus et les associations les citoyens refusent cette technologie et les investissements qui sont mesurés qui sont démesurés derrière et en fait là aujourd'hui la balle elle est dans le camp de l'état c'est à dire qu'en fait ça dépend du préfet de Seine-et-Marne ou éventuellement du ministère de donner ou non l'autorisation environnementale pour ses travaux et pour mettre en place le site pilote alors tout aujourd'hui la logique pousserait à ne pas donner le permis de construire à ne pas donner cette autorisation environnementale mais là le préfet tout en reconnaissant qu'il ne devrait pas la donner il s'est donné deux mois de plus pour réfléchir et donc c'est un peu la boîte noire donc effectivement moi ce que je dis c'est que c'est plus facile pour les citoyens de se faire entendre au niveau local après dès que la décision dépend d'un autre niveau et bien le rapport de force devient plus compliqué absolument là c'est plus compliqué alors en même temps on peut quand même gagner parce que voilà parce que quand les citoyens arrivent à se faire entendre c'est quand même le cas un peu à Vittel c'était pas le cas au début et bien ça met quand même un sacré un sacré bazar la condamnation de cet élu là qui a été évoqué c'est typiquement s'il n'y avait pas des citoyens qui s'étaient levés pour contre cette situation on n'en serait pas là et nous ce qu'on espère aussi en Ile-de-France c'est qu'avec tous les élus qui se sont levés ces derniers temps et bien le préfet l'état prendront la bonne décision et ne favoriseront pas outrancièrement le CDIF et Veolia qui est derrière
alors dans le documentaire on voit aussi tout un panel de personnes des militants associatifs des personnalités politiques aussi des citoyens lambda comme vous le direz monsieur Oliva se mettre en mouvement pour défendre ce qu'ils jugent en tout cas être un intérêt général on devine sans mal la symétrie quand même comme vous l'avez décrit le déséquilibre entre des forces entre les citoyens et des géants tel Nestlé qui même Nestlé est écrasé par un géant encore plus gros alors Alexander Abdelila vous qui avez documenté tout ça avec votre collègue comment vous pouvez nous décrire l'organisation de ces personnes sur le terrain vous qui avez rencontré leur combat leur espoir mais aussi les charges qui perdent sur eux leurs difficultés à rencontrer peut-être les intimidations comment ça se passe concrètement pour eux ?
Oui c'est vrai que comme vous disiez il faut vraiment leur rendre hommage parce que c'est là en l'occurrence à Vitel c'est des personnes du coin qui se sont mobilisées qui ont creusé le dossier qui ont créé un collectif qui s'appelle l'eau qui mort et qui ont étudié tous les documents techniques qui ont essayé de comprendre vraiment ces questions qui sont de l'hydrogéologie donc c'est vraiment des choses très très complexes et qui ensuite ont réussi à lancer l'alerte à alerter les médias à alerter Anticor à travailler avec eux donc il faut vraiment leur rendre hommage sans eux nos enquêtes ne seraient pas possibles et alors c'est des structures un peu différentes mais ce qu'on retrouve souvent c'est que ce sont des collectifs de citoyens qui se sentent un peu comment dire menacés dans leur existence parce que c'est leur eau à laquelle on touche et ils ont compris que c'est quelque chose de très important et qu'en fait prendre l'eau qui est sous leurs pieds et qui pourrait servir à des générations futures pour la mettre dans des bouteilles en plastique et l'envoyer à travers le monde il y avait quelque chose d'un peu absurde surtout quand la ressource en question est en danger est en baisse chronique comme dans les Vosges ou alors à Danone où des cours d'eau sont asséchés donc ils s'organisent ils subissent aussi des pressions clairement je pense notamment à un lanceur d'alerte sur les des charges sauvages de Nestlé dans les Vosges qui a été convoqué à la gendarmerie suite à notre tournage et aussi à d'autres membres du collectif qui ont été aussi convoqués à la gendarmerie parce que pourquoi ?
parce qu'en fait un cadre de Nestlé a porté plainte pour je crois non-respect de la propriété privée parce qu'ils étaient rentrés sur la décharge donc en fait voilà les pressions elles sont là déjà je pense que c'est pas facile pour eux de vivre comme vous disiez dans une petite ville où tout le monde bosse à l'usine ou connaît quelqu'un et d'être ceux qui critiquent qui en gros crachent dans la soupe pour certaines personnes et ça c'est hyper dur à vivre donc encore une fois bravo à eux pour leur courage et ils font un taf ils font un taf énorme
on les salue bien sûr mais dans tout ça il y a du positif quand même comme vous le disiez tout à l'heure les travaux de l'association dont vous êtes directeur coordination aux Îles-de-France bataille dure pour que ces deux régies publiques soient créées à l'instar de ce que la commune de Paris fait depuis dix ans c'est ça c'est ça depuis dix ans et soulignons aussi la création en février dernier d'une commission d'enquête relative la mainmise je vais citer correctement la mainmise sur les ressources en eau par les intérêts privés et ses conséquences menées sous la direction de Mathilde Panot députée et présidente du groupe Elle est fière à l'Assemblée et puis de tout cela est sorti un rapport accablant et publié le 21 juillet dernier soulignant entre autres la nécessité de la reconnaissance du caractère inappropriable de l'eau dans sa globalité donc ça touche à la fois ce que nous raconte Alexander à distance mais aussi ce que vous nous témoignez vous localement pour l'eau du robinet alors pour finir monsieur Oliva peut-on dire que nous allons dans le bon sens
Oui on peut dire que j'ai beaucoup d'espoir j'ai beaucoup d'espoir encore une fois dans ce réveil citoyen Il y a une prise de conscience Il y a une prise de conscience il y a des décisions qui vont dans le bon sens et puis voilà nous ce qu'on espère aussi c'est voir émerger comme avec Haute-Paris mais aussi d'autres il y a Montpellier il y a plein de régies qui ont émergé ces dernières années des structures qui donnent une place aux citoyens aux usagers c'est-à-dire à Haute-Paris aujourd'hui il y a des citoyens il y a des représentants d'associations au conseil d'administration Donc ils s'engagent en fait ils entrent dans la bataille Là on est dans des batailles pour obtenir les régies pour obtenir une gestion publique mais on ne va pas s'arrêter là c'est-à-dire demain ces régies on va continuer et ce mouvement citoyen il va continuer pour cette appropriation ce travail pour que la gestion elle réponde vraiment aux intérêts des usagers C'est pas une fois en soi
une fois créée la régie publique elle peut très bien être pas légérée
C'est pas une gestion publique étatique c'est une gestion publique d'en bas qu'on est en train de créer C'est ça qui est important Au niveau de la commune et c'est ça qui est très intéressant Au niveau de la commune ou de l'intercommunalité maintenant Mais bon à une échelle en tout cas encore de proximité
Eh bien merci à tous les deux d'avoir accès à mon invitation et d'avoir répondu à mes questions Alors merci Jean-Claude Oliva Je rappelle que vous êtes élu à Municipal Écologiste à Bagnolet et directeur de l'association Coordination aux Îles-de-France Merci Alexandre à Abdelila d'avoir accordé de votre temps Vous qui avez des cours à donner toute la journée aussi à Lyon aujourd'hui Je rappelle à celles et ceux qui nous suivent que vous êtes journaliste indépendant et co-auteur du documentaire Arte intitulé ASEC La grande soif des multinationals D'ailleurs hormis via Arte est-ce que vous proposez des projections des bas en ce moment ?
Oui tout à fait Alors il y a eu déjà une projection dans les Vosges il y en a eu une à l'Assemblée nationale et fin janvier il y en aura eu une à Volvic
Bien On prend note On mettra j'imagine tous les liens dans la description de la vidéo Alors encore merci pour finir à vous derrière même peut-être surtout à vous derrière votre écran Le Média est un véritable contre-pouvoir n'appartenant ni à l'État ni à de riches actionnaires il dépend que de vous et de vos dons ponctuels ou réculiers des 1€ sur lemediatv.fr slash soutien Nous sommes actuellement en campagne de dons c'est donc le moment de tout donner et il n'y a donc pas de petits dons bien au contraire c'est notre force c'est notre nombre comme on l'a vu aussi que ce soit de ce côté-là et de ce côté effectivement tous ensemble c'est un peu la même bataille pensez aussi à celle de ceux qui payent des impôts sur leurs revenus grâce à cela vous pouvez être défiscalisé à hauteur de 66% Voilà la 55ème édition de la Contre-Matinale c'est terminé j'ai eu plaisir de vous accompagner exceptionnellement tout le long de cette matinée mais dès demain vous retrouverez à vos habitudes avec ma collègue Nadia Lazouni puis Théophile Cuomo jeudi pour ma part je vous retrouve ici mardi prochain d'ici là passez une bonne journée et une bonne semaine