LE PROGRAMME DU NOUVEAU FRONT POPULAIRE VA-T-IL "MENER LE PAYS À LA RUINE" ?
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Questions et réponses
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- 2:21OuverteRéponse directe
Comment avez-vous reçu l'annonce des mesures du Nouveau Front populaire ?
- 3:44OuverteRéponse directe
Comment analysez-vous la réception médiatique de ce programme ?
- 6:27OuverteRéponse directe
La hausse du SMIC à 1600€ et l'indexation sur l'inflation sont-elles faisables ?
- 7:09RelanceRéponse directe
Les entreprises vont-elles licencier massivement à cause de ces mesures ?
- 12:25OuverteRéponse directe
L'abrogation de la réforme des retraites coûtera-t-elle 100 milliards d'euros ?
- 15:47OuverteRéponse directe
Le blocage des prix est-il dangereux ou peut-il aider le pouvoir d'achat ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:07InvitéChiffre
« J'appelle l'extrême-gauche, c'est 300 milliards d'euros par an, avec des promesses qui sont intenables. »
- 1:10InvitéFait
« Cette folie programmatique, effondrement économique garanti également. »
- 2:33InvitéFait
« C'est son orientation générale qui propose un changement de cap par rapport à la politique actuelle. »
- 3:22InvitéFait
« On arrête ça, et on se réoriente vers une politique qui commence par se demander de quoi on a besoin, en termes de protection, d'éducation, de santé, et ensuite, comment on s'en donne les moyens. »
- 6:00InvitéFait
« C'est un projet ambitieux. »
- 10:00InvitéChiffre
« Sur le SMIC à 1 600 euros, ça correspond à une hausse de 14 % du SMIC. »
- 12:37InvitéFait
« La retraite à 60 ans, qui est absolument impossible à financer. »
- 13:06InvitéChiffre
« Sur le chiffre de 100 milliards, je pense qu'il est un peu gonflé si on parle de retraite à 60 ans. »
- 13:25InvitéFait
« Revenir à la législation d'il y a deux ans, c'est-à-dire le droit à la retraite à 62 ans pour toutes les personnes. »
- 13:33InvitéChiffre
« Ça coûte 15, peut-être 20 milliards d'euros en 2032. »
- 22:18InvitéFait
« Il y a vraiment un dysfonctionnement économique qui est international, mais qui se manifeste en France au cours des dernières années, qui est un gonflement des très gros patrimoines. »
- 30:16InvitéFait
« je parle de la retraite à 1 200 euros vantée par le gouvernement qui n'en est pas une. »
- 31:01InvitéFait
« il serait crédible et détaillé, ça resterait un programme d'extrême droite extrêmement violent pour les populations et aussi pour les libertés publiques. »
- 33:49InvitéChiffre
« à l'extrême-gauche, c'est quatre fois pire en termes de coût. »
- 33:53InvitéFait
« le Front populaire a un programme, le gouvernement n'en a pas, il propose de continuer. »
Temps de parole
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C'est un programme qui a provoqué une véritable levée de boucliers médiatiques et politiques. Dès le lendemain de l'annonce des réformes promises par le Front populaire, de nombreux médias enchaînaient les gros titres. Une catastrophe économique, un retour de l'argent magique, des dépenses folles, un programme pas du tout adapté, une insulte à notre intelligence, un contrat de dupe, voire carrément un délire total.
Parce qu'ils changent quelque chose, c'est leur programme, qui est un délire total. C'est 1981 puissance 10. C'est l'assurance du déclassement, l'assurance du chômage de masse et l'assurance de la sortie de l'Union européenne.
Bref, que ce soit dans la bouche du ministre de l'économie ou dans celle des nombreux journalistes, éditorialistes et analystes, dans beaucoup de médias, la rengaine est la même, le programme économique du Front populaire ne serait pas rationnel, pas applicable, pas sérieux. Il serait carrément dangereux et mènerait à l'effondrement de toute l'économie.
Le programme du pseudo Front populaire est dangereux. Le moment de folie, de folie politique dans lequel nous sommes tombés. J'appelle l'extrême-gauche, c'est 300 milliards d'euros par an, avec des promesses qui sont intenables. Cette folie programmatique, effondrement économique garanti également.
Mais alors, qu'en est-il vraiment ? Même si les mesures annoncées par le nouveau Front populaire peuvent paraître désirables, sont-elles applicables économiquement ? Comment, concrètement, les mettre en place dans le cadre de l'Union européenne ? Par exemple, à Blast, nous avons examiné ce programme, soutenu, on le rappelle, par des économistes comme Thomas Piketty, Julia Cagé, et nous allons essayer de l'analyser avec un autre économiste de renom qui a étudié de près ces mesures. Alors, le programme du nouveau Front populaire est-il utopique ou réaliste ? C'est ce qu'on va voir tout de suite dans cette nouvelle émission économique pour Blast. Michael Zemmour, bonjour.
Bonjour.
Alors, vous êtes économiste, professeur à l'Université Lyon 2, conseiller scientifique à la chaire ESOPs à Paris 1, vous êtes également chercheur associé au laboratoire interdisciplinaire des politiques publiques de Sciences Po, et je vous ai invité aujourd'hui parce que vous êtes un des plus grands spécialistes français du financement de l'État social. On va donc parler du programme du nouveau Front populaire. Avant d'aller dans les détails et un petit peu dans le dur de toutes ces mesures, comment est-ce que vous, vous avez reçu l'annonce des différentes mesures du nouveau Front populaire ?
Moi, ce que j'ai trouvé intéressant dans ce programme, d'abord, c'est son orientation générale qui propose un changement de cap par rapport à la politique actuelle. La politique actuelle du gouvernement, en gros, c'est une politique de baisse d'impôts, un peu sur les ménages, la taxe d'habitation, pas mal sur les entreprises, et qui vide les caisses, d'une part, crée du déficit, et d'autre part, qui a pour contrepartie des réformes antisociales. La réforme des retraites, la réforme de l'assurance chômage, et puis aussi la pénurie dans les services publics, dans l'éducation.
Et donc, quand vous écoutez Bruno Le Maire, c'est son programme continu, et ce qu'il propose de continuer à faire, c'est la baisse des dépenses publiques, la baisse des prélèvements obligatoires. Et cette politique, d'une part, elle ne produit pas beaucoup d'effets, elle ne génère pas de croissance, elle génère une forte opposition sociale, et elle ne prépare pas l'avenir.
Et moi, ce que je trouve dans le programme du Front populaire, c'est de dire, on arrête ça, et on se réoriente vers une politique qui commence par se demander de quoi on a besoin, en termes de protection, d'éducation, de santé, et ensuite, comment on s'en donne les moyens, et qui, contrairement à la politique actuelle, va chercher aussi à se donner les moyens, y compris en allant chercher l'argent là où il est.
Et alors, comment est-ce que vous avez observé la réception médiatique de ce programme, qui, on l'a vu en introduction, a été extrêmement virulente ? Immédiatement, on a eu de très très nombreux commentateurs qui se sont présentés pour dire que ce programme était parfaitement inapplicable, parfaitement irrationnel, alors qu'il y a des économistes sérieux qui l'ont analysé, qui le soutiennent. Comment est-ce que vous voyez cette description médiatique du programme du Nouveau Front populaire ?
Je trouve ça doublement inquiétant. D'abord, c'est inquiétant parce qu'il y a une tentative de banaliser le Rassemblement national, en faisant peur, avec « Attention, la gauche revient ». Et finalement, moi, j'ai eu face à moi, en plateau, dans des médias, des hommes d'affaires qui avaient l'air d'avoir moins peur de la prise du pouvoir par l'extrême droite que d'une politique sociale. Donc ça, déjà, je trouve ça inquiétant. Deuxièmement, c'est un problème d'un point de vue démocratique parce que dans ces élections législatives, en fait, on a à trancher entre des orientations assez claires et assez différentes.
Et plutôt que de rentrer dans ce débat, est-ce qu'on est pour une politique sociale, une politique de gauche, ou est-ce qu'on est pour continuer la politique actuelle ? Il y a une sorte de tir de barrage pour éviter ce débat sur le thème de la crédibilité, la faisabilité, la calculatrice, etc. Et c'est particulièrement de mauvaise foi parce que, notamment, le gouvernement actuel, en termes de crédibilité, il est critiquable et il a été critiqué fortement. C'est-à-dire que les trajectoires macroéconomiques qui sont présentées, elles ne sont pas crues par grand monde. Notamment, il y a des hypothèses de chômage à 5 % dans deux ans qui sous-tendent les projections économiques du gouvernement.
Donc, si on allait du côté de la guerre de la crédibilité, ce n'est pas très intéressant. Ce qui est intéressant, c'est vraiment une question d'orientation de politique économique. Et alors après, quand on rentre dans les détails, effectivement, les élections, elles ont été convoquées en une nuit. Il y a trois semaines de campagne, le programme, il a été fait vite et probablement qu'il y a des points à critiquer, à enrichir, à améliorer, que tout ne sera pas fait, qu'il y a des choses qui seront faites tout de suite, d'autres plus tard. Et donc, si l'inquiétude, c'est la faisabilité, ben oui, ça, c'est une inquiétude d'économistes de gauche.
On se demande, ben voilà, on a des défis, comment faire ? Il y a des choses, ça fait longtemps qu'on n'a pas essayé de les faire. Remonter les salaires, créer des nouvelles protections. Et donc, effectivement, ça pose des questions techniques intéressantes. Donc, si mes collègues économistes pensent que ça va trop vite et trop loin et qu'ils pensent qu'il faut augmenter les salaires un peu moins vite ou changer de rythme sur la protection sociale, pas de problème, discutons-en.
Mais par contre, évacuez complètement cette orientation-là avec une lecture absurde et caricaturale pour finalement proposer de rester dans « on baisse les prélèvements sociaux, on baisse la protection », c'est une mauvaise foi et qui ne permet pas au débat de s'installer.
Alors, une des grandes mesures qui a fait énormément de bruit et qui est en tête de liste des mesures du nouveau Front populaire, c'est la hausse du SMIC. Ils ont prévu d'augmenter le salaire minimum net mensuel de 200 euros, donc pour qu'il atteigne 1 600 euros. Et il est également promis d'indexer les salaires sur l'inflation. Et alors ça, c'est deux mesures. Ça a fait vivement réagir. On nous a notamment dit que ça allait faire revenir le chômage de masse.
Est-ce que c'est faisable, cette hausse du SMIC
et cette indexation des salaires sur l'inflation ?
Ça, c'est des choses à regarder de près, y compris si la gauche arrive au pouvoir. Je pense qu'il faudra faire tourner des modèles, faire des simulations, faire des hypothèses, prendre des paris. Mais je vais reprendre les mesures une par une. L'indexation des salaires, il y a plein de façons de le faire. Le programme n'est pas particulièrement précis là-dessus. Mais ce que me dit mon collègue Ulysse Lechkine, c'est que ça existe chez nos voisins belges. Ils ont une indexation des salaires défensives. C'est-à-dire qu'en période de forte inflation, les salaires augmentent au rythme des prix, tous. Par contre, quand la croissance revient, les entreprises, entre guillemets, se remboursent.
C'est-à-dire qu'elles augmentent un peu moins les salaires que prévus.
Mais c'est la loi qui oblige les entreprises à faire ça, ce n'est pas l'État qui paye.
Non, ce n'est pas l'État qui paye. Alors, je ne sais pas si c'est la loi ou les accords collectifs. Il faudra regarder de près. Mais donc, c'est une mesure qui est tout à fait envisageable. Et quel effet elle a ? Elle a un effet de répartir le choc de l'inflation entre ménages et entreprises. Et ce qui est intéressant aussi, c'est qu'elle a l'air d'être appliquée en Belgique et elle n'a pas provoqué de spirale. Et donc, d'ailleurs, en France, le SMIC est indexé sur les prix, ce qui ne pose pas de problème en soi. En fait, le problème qu'on a, c'est que les salaires au-dessus du SMIC ne sont pas indexés.
Et effectivement, ça fait un tassement parce que les salaires au-dessus du SMIC ne progressent pas, alors que le SMIC progresse. Du coup, il y a un peu plus de gens au SMIC. Donc, cette mesure d'indexation des salaires sur les prix, il faut sans doute l'affiner, mais elle ne paraît pas du tout absurde.
Mais ceux qui vont vous dire « Mais les entreprises vont licencier massivement parce qu'ils ne pourront plus payer les gens et donc ça va créer du chômage. »
Ben non, ce n'est pas comme ça que ça se passe. Il y a des entreprises qui sont dans des chaînes avec des grands groupes, par exemple dans l'agroalimentaire, où il y a des profits très élevés. Ça risque d'entamer un peu les profits. Ce n'est pas très grave. Il y a des entreprises où c'est un peu plus difficile et elles vont devoir augmenter les prix. Mais ça représente une toute petite partie de l'économie, ces entreprises qui ne sont pas dans des chaînes de production dans les grands groupes.
Celles qui n'ont pas la capacité, en gros,
de répercuter ça. Et donc, il peut y avoir un petit effet sur les prix, mais qui n'entraîne pas de boucle générale. Et par ailleurs, c'est ce que je vous disais, selon la manière dont on le fait, ça peut être une avance sur les hausses de salaires futures. Donc, encore une fois, c'est à regarder dans le détail, ce n'est vraiment pas une mesure épouvantable. Ça existe chez nos voisins. Il ne faut pas copier tout ce qui se fait chez nos voisins. C'est plutôt assez efficace comme mesure de protection. Et à la limite, pour les finances publiques, c'est moins cher que d'utiliser l'argent public comme bouclier, comme ce qui a été fait.
Oui, avec les chèques.
Avec les chèques, voilà. Donc, cette mesure d'indexation, elle me paraît intéressante. Et surtout, ce qu'il faut avoir en tête, c'est que la plupart du temps, les salaires augmentent plus vite que les prix. On a connu une mesure de forte inflation. C'est dans ces moments-là qu'on active une sorte de mesure de frein et de protection. Mais la plupart du temps, c'est les négociations salariales qui font augmenter les salaires. Et donc, on serait bien au-dessus de l'indexation dès lors qu'on a un tout petit peu de croissance. Sur le SMIC à 1 600 euros, ça correspond à une hausse de 14 % du SMIC. C'est un montant conséquent. Et donc là, il y a plusieurs questions qui se posent.
La première intuition, c'est que probablement, c'est plus facile à faire avec un calendrier. C'est-à-dire que 14 % tout de suite, c'est beaucoup. La moitié tout de suite et l'autre moitié six mois ou un an plus tard. Ce n'est déjà pas la même chose pour les entreprises. La deuxième chose, et ce qu'il faut regarder de près, c'est les interactions avec les exonérations de cotisations sociales. En fait, il y a tellement d'exonérations de cotisations sociales que quand vous augmentez le SMIC, le coût du travail baisse pour les salaires juste au-dessus parce qu'ils ont plus d'exonérations de cotisations sociales.
Et donc, finalement, si on avait une hausse rapide du SMIC, le coût serait, je ne sais pas s'il serait plus important, mais il serait important pour l'État, pour les finances publiques, et pas si important que ça pour les entreprises parce qu'elles récupèreraient de l'argent du côté des exonérations. Donc ça, c'est le deuxième mécanisme qu'il faut avoir en tête. Et après, ça pose des questions aussi sur éventuellement la question du tassement des salaires. Si vous augmentez trop vite le SMIC, les personnes qui sont au-dessus du SMIC à risque de se retrouver rattrapées par le SMIC avec beaucoup de personnes au SMIC.
Donc c'est pour ça que réfléchir à un calendrier, ça pourrait être intéressant pour donner le temps aux autres salaires de suivre dans des négociations sociales qui seraient instaurées, etc. Donc là aussi, clairement, c'est un projet ambitieux. Comment est-ce que ça peut être fait ? Je pense que c'est un vrai sujet à discuter, y compris, je pense que les syndicats doivent avoir leur avis, les entreprises doivent avoir leur avis. Mais, encore une fois, la question, c'est est-ce qu'on discute de comment est-ce qu'on augmente les salaires ou, et les autres programmes sont très clairs là-dessus, on ne les augmente pas du tout ?
C'est-à-dire que le programme du RN évacue ça et le programme du gouvernement, la seule source de pouvoir d'achat, c'est qu'on va baisser les cotisations sociales pour vous les donner en cash et puis derrière, on va baisser les protections. Donc, l'augmentation du SMIC à 1 600 euros, c'est très ambitieux. Probablement que ça réclame un calendrier, des mesures techniques, etc. Mais, augmenter le SMIC, c'est possible. Et par ailleurs, si on revient sur la période récente, dès qu'il y a un peu de croissance, on espère qu'il va y en avoir un petit peu, l'indexation actuelle du SMIC laisse dériver le SMIC par rapport aux autres salaires.
Le SMIC, normalement, hors période d'inflation très forte et de croissance très faible, comme ce qu'on a connu, il augmente moins vite que les autres salaires. Donc, avoir une idée d'un rattrapage, ce n'est pas complètement absurde.
Un autre grand point, c'est l'abrogation de la dernière réforme des retraites. Ça a suscité beaucoup de critiques pour arriver même jusqu'à une retraite à 60 ans.
La retraite à 60 ans, qui est absolument impossible à financer. On parle d'objectif retraite à 60 ans. Mais ça, c'est une démagogie sans nom. Ça coûte plusieurs dizaines de milliards d'euros.
Ça a fait hurler du côté des politiques, des éditorialistes, et également du côté du journal Les Echos, qui est quand même un journal économique sérieux, qui expliquait en une que cette nouvelle réforme des retraites du nouveau Front populaire pourrait coûter 100 milliards d'euros. Est-ce que c'est vrai ?
Alors, sur le chiffre de 100 milliards, je pense qu'il est un peu gonflé si on parle de retraite à 60 ans. Mais ce qui était très choquant dans la Une des Echos, c'est qu'ils ont titré « Abrogation de la réforme des retraites, 100 milliards ». Or, l'abrogation de la réforme des retraites, ce qui est la mesure phare, à mon avis, du Front populaire, c'est la suppression de la retraite à 64 ans. Revenir à la législation d'il y a deux ans, c'est-à-dire le droit à la retraite à 62 ans pour toutes les personnes.
Et ça, ça ne coûte pas 100 milliards d'euros, comme l'a titré Les Echos, ça coûte 15, peut-être 20 milliards d'euros en 2032, parce qu'il y a des choses qui évoluent, mais donc cinq fois moins. Et donc, qu'un journal aussi sérieux et en général informatif que Les Echos agite la première mesure, effectivement, l'abrogation de la réforme des retraites et multiplie par cinq le chiffre, on sent une sorte de panique et d'un débat pas sérieux. Alors après, il y a votre question sur la retraite à 60 ans. Ma manière de lire le programme du Front populaire, c'est la suivante. Il y a eu une évolution, d'ailleurs, par rapport à 2022.
En 2022, je crois que dans le programme de la NUPES, la retraite à 60 ans était un élément du programme. Aujourd'hui, ce qu'il y a dans le programme, c'est des éléments immédiats sur les retraites. Abroger la réforme de retraite à 64 ans et le faire vite, c'est intéressant, parce qu'il y a des personnes qui sont en train d'être touchées par la réforme. Elle a commencé à s'appliquer. Donc, l'interrompre tout de suite, ça permet de revenir à 62 ans sans créer trop gros écarts entre générations. Des mesures sociales sur les retraites, par exemple, relever les petites retraites, par exemple, prendre en compte la pénibilité. Et là, je trouve que le programme n'est pas assez ambitieux.
Il propose de remettre les critères Hollande. Je pense qu'on pourrait aller plus loin sur la prise en compte de la pénibilité pour permettre à des dizaines de milliers de personnes de partir dès 60 ans. Donc, ça, c'est ce qu'il y a dans le programme. Et après, il indique que la retraite à 60 ans reste un objectif. Ça me paraît prudent de le dire comme ça, parce qu'effectivement, si c'était 60 ans tout de suite, ça coûterait très cher. Ça ferait un gros choc par rapport aux âges.
Et que la question qui se pose et qu'il doit être discuté avec les organisations syndicales, c'est pas seulement l'âge, c'est à moyen terme, pour les gens qui ont 50, 40, 30 ans, quels sont les objectifs du système de retraite ? Et donc, à quel âge on part ? Avec quel taux de remplacement ? C'est-à-dire, quel niveau de retraite ? Et quels sont les moyens qu'on se donne pour le financement ?
Et donc, ça me paraît intéressant de dire un, on interrompt, deux, on répare le plus injuste, et trois, on réunit les organisations syndicales en mettant toutes les options sur la table et en disant, il y a dans ce paysage un objectif de la retraite à 60 ans, c'est au programme de certains syndicats, par exemple, dans leur plateforme, d'autres pas, et on voit ce qu'on en fait. Et cette démarche de mettre tous les leviers sur la table pour la réforme des retraites, y compris les cotisations sociales...
Quels pourraient être les leviers pour financer une retraite à 62 ou à 60 ans ?
Alors, il y a un levier qui est déjà dans le programme, ce sont les cotisations sociales. Et je crois que le programme propose d'augmenter les cotisations sociales de 0,25 points par an, employeurs et salariés. Donc, c'est à la fois très faible et en même temps, ça ramène pas mal de recettes à soi seul, en faisant ça 5 ans, ça finance quasiment les deux tiers de la retraite à 62 ans, de la brogation.
Et en allant chercher d'autres petites recettes, par exemple, les cotisations sur l'épargne salariale qui ne cotisent pas ou sur les complémentaires santé, par exemple, ou alors en faisant cotiser, comme je crois que c'est dans le programme, certains revenus du capital, on boucle sans problème l'abrogation de la réforme des retraites. Pour faire la suite, il faut avoir un débat de quoi on se donne les moyens. Quel est le niveau des petites retraites qu'on se fixe comme objectif ? Quel est le taux de remplacement à l'avenir ? On sait que si on ne fait rien, le niveau des retraites va décrocher assez sensiblement dans les 30 ou 40 prochaines années.
Il faut prendre cette question-là en même temps que celle de l'âge et en même temps que celle des conditions de travail. Donc, de ce point de vue-là, franchement, la méthode me paraît bonne. Ça me paraît aussi prudent de ne pas avoir mis retraite à 60 ans tout de suite maintenant. Et ça me paraît surtout le contre-pied de ce qui a été fait avec le gouvernement. Parce qu'il faut se rappeler que la retraite à 64 ans, elle a été faite contre les électeurs. En fait, c'est à cause de la réforme des retraites qu'Emmanuel Macron n'a pas eu la majorité à l'Assemblée nationale. C'était le point le plus impopulaire de son programme. Elle a été faite contre les syndicats.
Elle a été faite contre les manifestations et contre le Parlement. Et ça, en termes de... Ce n'est pas juste politique, en termes de politique sociale et de système social, c'est assez inhabituel. Ça crée une vraie rupture. Normalement, il y a une forme de démocratie sociale avec différents leviers, etc. Ou quand on pilote l'État social, qui est aussi important pour l'ensemble de la population, on ne le fait pas en se mettant à dos l'ensemble de la population.
Toujours sur des questions de pouvoir d'achat, il y a cette proposition qui concerne le blocage des prix qui, là encore, a suscité beaucoup de commentaires. Le nouveau Front populaire propose donc un blocage des prix des biens de première nécessité, notamment dans l'alimentation, l'énergie et les carburants. Alors, il a été reproché à ce type de mesure d'être inefficace sur le long terme parce que les entreprises s'adapteraient à cette nouvelle donne de marché, que cela pourrait ralentir la production, voire que cela pourrait carrément provoquer des pénuries massives.
On connaît les faits, c'est quand même renseigné depuis longtemps, quand on bloque les prix, soit on a des pénuries, soit en fait on en fait profiter le producteur. Parce qu'imagine que je te bloque l'essence à 1,90, mais que le prix de marché tombe à 1,80, c'est 10 centimes dans la poche du producteur au détriment du consommateur.
Vous, qu'est-ce que vous pensez de ce type de mesure ? Est-ce que c'est dangereux de faire ça ? Est-ce que c'est inapplicable ou est-ce qu'au contraire c'est quelque chose qui peut permettre d'enrayer une forme de précarité et de pauvreté ?
Alors, d'abord, ce n'est vraiment pas mon domaine de spécialité. Cela ne me paraît pas du tout absurde parce que les secteurs qui sont cités, notamment l'agroalimentaire et l'énergie, sont les secteurs qui, pendant le pic d'inflation, ont fait des super profits. C'est-à-dire qu'ils ont non seulement répercuté la hausse des prix, mais en fait, ils ont fait des profits sur les faits que les prix augmentaient. Et donc, agir sur la réglementation, sur le long terme, sans doute que ça a des effets compliqués à gérer, mais c'est plutôt une mesure défensive et de court terme. Et donc ça, ça ne me paraît pas du tout absurde.
Et on peut mettre ça en regard d'une mesure qui est dans le programme du Rassemblement national, la baisse de la TVA, qui pose deux problèmes. D'abord, baisser la TVA, ça vide fortement les caisses. Et donc, derrière, ça définance les services publics ou la protection sociale. Et ensuite, on sait d'expérience que quand on baisse la TVA, ça ne va pas forcément dans la poche des consommateurs puisque les producteurs, donc en l'occurrence, ça peut être l'agroalimentaire ou l'énergie, peuvent empocher une partie de la recette. Quand on a baissé la TVA dans la restauration, ce sont plutôt les restaurateurs qui ont empoché la baisse de TVA.
Quand on l'a remonté, ils l'ont répercuté sur le consommateur. Donc, le blocage des prix comme instrument, parmi les instruments pour défendre le pouvoir d'achat, ça ne me paraît pas fou. Et encore une fois, sur les produits énergétiques, c'est peut-être plus malin à certains égards que la politique d'échec où finalement, indirectement, on fait un chèque pour les énergétiques.
Et tout ça, encore une fois, avec d'autres types de mesures toujours sur le pouvoir d'achat parce que c'est vraiment le cœur un peu du programme économique du nouveau Front populaire. Ils souhaitent augmenter le minimum vieillesse au niveau du seuil de pauvreté et également rehausser de 10% le point d'indice des fonctionnaires. Et donc, ce qui a été le plus critiqué dans tout ça, c'est cette hausse des dépenses publiques. Les médias nous parlent d'explosion des dépenses publiques, du fait que toutes ces mesures qu'on vient dénumérer coûtent cher, coûtent de l'argent public et donc que c'est tout simplement absolument pas finançable.
Par exemple, le point d'indice. Effectivement, ça coûte cher, c'est une des mesures les plus ambitieuses du programme à court terme. C'est de l'ordre de 20 milliards. 20 milliards, c'est un tout petit peu plus que le CICE. C'est-à-dire que le volontarisme en politique économique depuis François Hollande et le CICE, on sait que ça peut exister.
Le CICE, on rappelle, crédit d'impôt...
Donc, ce crédit d'impôt, compétitivité d'emploi qui a été transformé en exonération de cotisation sociale et où en deux ans, on a donné 15 milliards aux entreprises en espérant que l'emploi se développerait.
Sauf que ça ne s'est pas développé.
Ça ne s'est pas développé, mais les 15 milliards sont bien partis. On les paye toujours plus ou moins chaque année. Et donc, 20 milliards de hausse du point d'indice, c'est cher. Maintenant, ça répond à des choses précises. D'abord, il y a une vraie dévalorisation des rémunérations dans la fonction publique. À la fois de la rémunération et puis aussi, les fonctionnaires sont de plus en plus payés en prime, ce qui pèse sur leur retraite. Surtout, ça peut aussi être considéré comme une dépense d'avenir. Parce qu'une des choses qui me paraît la plus inquiétante aujourd'hui dans la situation en France, c'est la crise de recrutement dans l'éducation et dans le secteur de la santé.
Deux secteurs qui sont très concernés par cette mesure. On a aujourd'hui dans les concours d'enseignement un taux de candidature inférieur aux places dans plein de filières. Et ça, c'est extrêmement inquiétant du point de vue simplement du fait de préparer l'avenir. Donc, c'est sans doute pas la seule réponse, mais dire on va revaloriser ces métiers parce que ce qui se passe aujourd'hui, c'est que les personnes qui peuvent exercer ces métiers s'en détournent pour aller faire autre chose ailleurs. Ça me paraît effectivement un signe stratégique important. Alors après, comment c'est financé ?
Le programme du Front populaire, en gros, il évoque deux pistes qui ne sont pas toujours assez détaillées, mais les pistes sont assez précises. Première piste, c'est d'aller récupérer l'argent sur les gros patrimoines. Il y a vraiment un dysfonctionnement économique qui est international, mais qui se manifeste en France au cours des dernières années, qui est un gonflement des très gros patrimoines. Et donc, il y a un mouvement international pour aller d'une part récupérer l'argent dans les paradis fiscaux et taxer les très gros patrimoines. Il y a le travail notamment de l'OCDE, mais de Gabriel Zuckman aussi, qui pousse cet agenda-là, y compris au niveau du G7, du G20, etc.
Et donc, ça serait de dire on va intégrer la France dans cet agenda et aller taxer les très grosses fortunes parce que les premiers milliards sont faciles à récupérer. Donc ça, c'est la première piste et qui me paraît vraiment intéressante. Par ailleurs, il y a le rétablissement de l'ISF qui est un impôt dont les économies ne sont pas fans parce que ce n'est pas un super impôt. N'empêche que quand il a été supprimé, ça a coûté plusieurs milliards. Les parlementaires, les ministres ont défilé en disant que ça allait relancer l'investissement dans les entreprises, rien du tout. Donc, on a perdu quelques milliards, pas beaucoup, mais pour rien. Le rétablissement ne me fait pas peur du tout.
Deuxième piste de financement qui, là, à mon avis, n'est pas assez développée. Je pense qu'il faut passer en revue toutes les baisses d'impôts qui ont eu lieu au moins depuis 2017 et même sous le mandat de François Hollande. Donc, on peut les citer. Il y a le CICE qui coûte à peu près 15 milliards par an, le pacte de responsabilité, des exonérations de cotisations sur les hauts salaires, qui coûtent encore 3 ou 4 milliards, je ne sais plus. On a la baisse des impôts de production, on a eu la baisse de l'impôt sur les sociétés, on a eu la baisse de l'ISF, on a eu la baisse de la taxe d'habitation.
Tout s'accumulé, ça fait de l'ordre de 70 milliards sur la période Macron et encore plus sur la période Hollande, de baisse de recettes. Et globalement, quand on analyse cette politique, on n'en voit pas les fruits. Donc, moi, je ne pense pas qu'on peut revenir sur tout d'un coup. Ce n'est pas parce qu'il y a 70 milliards de baisse de prélèvement qu'on peut récupérer en un an ou même en 5 ans, 70 milliards. Même si c'était une mauvaise idée, finalement, l'économie s'y est habituée. Donc, on n'a pas fait un choc trop fort. Par contre, les passer en revue et se demander sur quelle mesure on peut revenir et à quel rythme, je pense que c'est une vraie source de financement.
Il y a des pistes déjà dans le programme et je pense que ça a creusé.
Oui, parler de, par exemple, réformer l'impôt sur les héritages, ça pourrait rapporter une efficace, injuste et polluante, 3,5 milliards d'euros. Et un impôt dont on n'a pas encore parlé, c'est l'impôt sur le revenu à 14 tranches. Donc, ça représenterait en réalité une baisse d'impôt pour 90% de la population.
Ça, franchement, je ne sais pas parce que je n'ai pas vu la simulation. L'impôt sur le revenu, vous le paramétrez comme vous voulez. Donc, on peut faire une baisse d'impôt sur 90% de la population, une hausse sur les autres. L'impôt sur le revenu en France, c'est un petit impôt. En fait, la plupart des ménages j'y paye surtout de la CSG qui est une cotisation sociale, mais un peu l'autre impôt sur le revenu. À mon avis, son principal problème ou le principal problème de la fiscalité en France, c'est que les très très riches ont des revenus qui échappent à la taxation.
Et donc, il faut trouver des moyens soit en remettant en cause la flat tax, soit en allant sur la fiscalité des sociétés de taxer les très très riches. Pour le reste, il y a un choix à faire. Je ne suis pas sûr que la baisse d'impôt sur les ménages soit une priorité. Je pense que c'est plus intéressant d'augmenter le pouvoir d'achat en relançant l'activité économique d'une part, avec des hausses de salaire quand c'est possible, etc. Parce qu'on a besoin de moyens publics pour faire face aux défis de demain. C'est-à-dire que aujourd'hui, il y a plein de ménages, notamment dans les classes moyennes, qui se posent la question ou commencent à fuir l'école publique pour aller dans l'école privée.
Je pense sincèrement qu'il vaut mieux financer une école publique qui attire tout le monde et pas avoir à se payer une école privée. Et on peut dire la même chose sur l'assurance santé. On peut dire la même chose sur la transition énergétique. Donc, on peut regarder, effectivement, et notamment prendre la situation des ménages les plus modestes. Mais je pense que c'est intéressant d'avoir un programme qui assume aussi de lever des ressources collectives pour du bien-être collectif et qui, à la fin, est redistributif.
Et alors, un gros point qu'on n'a pas abordé et qui est aussi présenté comme une des limites les plus importantes, c'est celle de l'Union européenne. Parce que tout ce qui est proposé, c'est un programme de relance, ce programme de financement de l'État social, implique des dépenses publiques très importantes et ça ne va pas du tout dans le cadre des traités européens. Donc, certains commentateurs ont dit mais ça va nous faire sortir de l'Union européenne et donc provoquer un effondrement économique. Vous, comment est-ce que vous percevez cette question de cette contrainte européenne ?
Assez sereinement. Parce qu'en réalité, les traités européens avant 2008, c'était la loi des reins et puis maintenant, c'est une ligne rouge mais un peu en laine. C'est-à-dire qu'on a vu avec la crise de 2008 et puis avec la crise du Covid que les lignes rouges des traités sont à géométrie variable. Ça devient des objets politiques qui sont renégociés en permanence. Donc, je ne suis pas très inquiet de ce côté-là. Ça, c'est le premier point. Et le deuxième point, je pense, c'est une vraie discussion de politique économique à avoir avec l'ensemble de l'Union européenne sur la direction qu'on prend.
D'abord, on a un avenir économique incertain où on a la question à se poser de qu'est-ce qu'on va produire, comment on fait la transition énergétique, la transition écologique et ça, ça réclame des investissements. Et puis, en 2010, toute l'Union européenne pour respecter les traités, s'est coordonné pour faire une politique d'austérité partout en Europe, dans l'Europe du Sud très fortement, mais aussi en France et puis aussi dans les pays soi-disant vertueux qui ont réduit leurs dettes, l'Allemagne, les Pays-Bas, etc.
Résultat, on a cassé la croissance partout en Europe et on a eu une stagnation de 10 ans qui est, à mon avis, à l'origine de beaucoup de tensions économiques et sociales parce que le pouvoir d'achat a baissé et puis à peine remonté pendant 10 ans. Et donc, au moment où, en ce moment, on est dans un vrai ralentissement économique, mondial, mais aussi européen, se dire, c'est peut-être le moment de lancer des grands investissements, un plan, et je crois que c'est un peu une inspiration du programme du Front Populaire, un plan, un peu à la Biden de dire on prépare l'avenir, on investit et on va le faire de manière coordonnée.
Le fait que la France se lance dans cette direction-là en négociant, y compris avec du rapport de force, mais dans la discussion avec les autres pays européens, ça me paraît plutôt une bonne idée. Dans la période récente, la politique, notamment de la Banque Centrale Européenne, a été de freiner l'économie, de ralentir l'activité, voire de créer du chômage pour lutter contre l'inflation. Il est peut-être temps de réorienter cette politique.
Et alors, un petit point média parce que ça nous intéresse à Blast, mais de manière générale quand on s'occupe des questions démocratiques, le nouveau Front Populaire veut assurer la pérennité de l'audiovisuel public en lui garantissant les moyens de son indépendance grâce à un financement, je cite, pérenne et visible, mais aussi socialement juste. C'est-à-dire que c'est un financement qui tiendrait compte des revenus des foyers.
Le nouveau Front Populaire souhaite limiter la concentration dans les industries culturelles et les médias par quelques propriétaires, ainsi que la fin, enfin, il souhaite sonner la fin des aides publiques pour les médias qui auraient été condamnés pour incitation à la haine ou atteinte à la dignité des personnes. Donc, c'est aussi une restructuration économique de cette question médiatique. Qu'est-ce que ça vous inspire ?
D'abord, c'est très inquiétant, le programme du RN concernant la privatisation totale des médias publics. Le fait, mon expérience, elle est notamment sur la réforme des retraites, le fait d'avoir des médias publics d'information sur lesquels on ne fait pas pression. Alors, il n'y a pas que les médias publics, clairement, il y a aussi des médias privés, mais sur lesquels on ne fait pas pression, dans lesquels on a tant de parler. Beaucoup de personnes me parlent du fameux épisode où je vais à France Inter et je parle de la retraite à 1 200 euros vantée par le gouvernement qui n'en est pas une.
Et en fait, je me dis, si France Inter avait été privée, il n'aurait peut-être pas existé tout simplement parce qu'on aurait eu une coupure pub. Je n'aurais pas eu dix minutes pour l'expliquer. Et donc, c'est un peu anecdotique, mais le fait que les pouvoirs publics aient aussi des moyens de créer un bien public qui crée de la richesse aussi. Ce n'est pas parce qu'une radio est publique qu'elle ne crée pas de la richesse, elle crée de la valeur pour ses auditeurs. C'est de la pub en moins dans les oreilles. C'est une source de pluralité aussi, même s'il y a des discussions là-dessus.
Et donc, ça, ça me paraît inquiétant et on m'interroge beaucoup dans les médias sur la crédibilité du programme économique du Rassemblement National. Clairement, il n'est pas crédible, il tient sur un post-it le programme économique du Rassemblement National, mais ce n'est pas tellement un problème. C'est-à-dire qu'il serait crédible et détaillé, ça resterait un programme d'extrême droite extrêmement violent pour les populations et aussi pour les libertés publiques. Et les manifestations de ça, c'est les mesures xénophobes et aussi la prise de contrôle des médias. Et ça fait écho à ce qui se passe quand l'extrême droite prend le pouvoir dans plein de pays.
Pour revenir sur la crédibilité économique du programme du Nouveau Front Populaire, est-ce qu'on a des exemples dans l'histoire où ce type de politique a fonctionné ? Parce qu'à entendre certains commentateurs, on jurait que c'est un programme stalinien, vraiment, non mais communiste, vraiment, qui restructurerait profondément l'économie, quand on peut quand même constater qu'il est en quelque sorte compatible avec l'économie de marché, qu'il ne remet pas à mes yeux, en tout cas, tant en cause que cela, le système, il propose un peu plus de redistribution, mais il ne s'inscrit pas dans une rupture absolue avec notre système économique.
Alors, c'est un programme de rupture avec la politique actuelle, il n'y a pas de doute. C'est un programme qui rentre en confrontation avec le néolibéralisme, l'ère économique du néolibéralisme. Ce n'est pas un programme de rupture au sens, c'est un programme réformiste, on va être clair. Alors, des exemples, c'est intéressant de regarder ce qui s'est passé au moment du Front Populaire à l'Historique, ce n'était pas le même contexte économique, mais effectivement, il y a une politique très volontariste et avec des effets, y compris entraînés par le mouvement social, de négociations sur les salaires, etc. Ça peut être une source d'inspiration.
Je pense que le programme aussi est très inspiré de la politique économique à la Biden, c'est-à-dire de préparer l'avenir avec des dépenses d'avenir, d'avoir aussi des mesures pour le pouvoir d'achat, etc.
On voit que ce n'est pas quand même un immense radical de gauche, Joe Biden.
Non, clairement.
Et ça n'a pas fait s'effondrer l'économie.
Et donc, c'est clairement un problème réformiste. Après, les points de discussion et qui me paraissent légitimes, c'est quoi faire, tout faire, à quel rythme et comment on fera ? Et franchement, je n'ai pas la réponse. D'abord, les économistes, par nature, ils sont conservateurs. C'est-à-dire qu'ils pensent que si ça n'a jamais été fait, ce n'est pas possible. Et donc, c'est un peu en marchant qu'on avance. Et ensuite, il faut dire la vérité, c'est-à-dire que, y compris le gouvernement actuel, surtout le gouvernement actuel, on n'a pas de visibilité à plus d'un an sur la situation économique de la France et du monde.
Donc, ce qui est clair, c'est une réorientation de cas avec des premières mesures, une direction, une stratégie. Et après, la stratégie, elle se construit en avançant. Et donc, je pense que c'est ça le débat économique intéressant. Et pour ça, le programme me paraît tout à fait clair et cohérent.
Sur le plan économique, et ce sera ma dernière question, est-ce que vous comprenez cette mise en équivalence du programme économique du nouveau Front populaire et de celui du Rassemblement national qui a été opéré dans de très nombreux médias ces derniers jours ?
Le Rassemblement national et ses associés, ils proposent des choses qui peut-être font plaisir aux gens, mais enfin, c'est 100 milliards par an. Et puis, de l'autre côté, à l'extrême-gauche, c'est quatre fois pire en termes de coût. Non, je ne le comprends pas. D'abord sur le fond, en gros, le Front populaire a un programme, le gouvernement n'en a pas, il propose de continuer. Et le Front national a un programme à des orientations politiques, mais pas détaillées. Il n'y a pas de mise en équivalence. Mais surtout, je pense que c'est une faute morale.
C'est-à-dire que quand l'extrême-droite prend le pouvoir, c'est probablement des grosses difficultés économiques, mais c'est surtout des mesures extrêmement dures en termes de racisme, de pauvreté, de violence sociale, de contrôle des médias. Donc, la mise en équivalence d'un programme social, réformiste, de gauche, pour faire peur, avec un programme d'extrême-droite, me paraît extrêmement inquiétante. Et je pense qu'il ne faut pas entrer là-dedans.
Écoutez, c'est la fin de cet entretien. Merci beaucoup, Mickaël Zemmour, d'avoir été avec nous sur le plateau de Blast.
Merci à vous.
Merci beaucoup d'avoir regardé cette vidéo jusqu'au bout. J'espère vraiment qu'elle vous a plu. Si c'est le cas, n'hésitez pas à la partager autour de vous. C'est important, en cette période troublée, et ça me semble plus nécessaire que jamais au vu de l'offensive médiatique et politique sur le sujet. Je vous rappelle qu'à Blast, nous sommes un média indépendant. Et c'est aussi grâce à cela qu'en tant que journaliste, je peux donner la parole à un économiste pendant aussi longtemps et prendre le temps de l'analyse. Donc, si vous le pouvez, vraiment, n'hésitez pas à nous soutenir financièrement en faisant un don ou en vous abonnant sur blast-info.fr.
Et moi, je vous dis à très bientôt avec ma collègue Paloma Moritz pour une grande émission récapitulative sur ces législatives et sur les forces en présence. Prenez soin de vous. Sous-titrage ST' 501