Bloquons tout : pourquoi la colère monte en France | LCP le mag
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Ils étaient 200 000 ce 10 septembre, à manifester leur colère partout en France avec un mot d'ordre, "Bloquons tout". Face à eux, un dispositif policier impressionnant, 80 000 membres des forces de l'ordre déployés. Derrière certaines images des affrontements qui ont émaillé la journée, derrière les discours de fermeté du ministre de l'Intérieur dénonçant un mouvement récupéré par l'extrême gauche, que s'est-il vraiment passé ?
Qui sont ces hommes et ces femmes qui se sont mobilisés ? -Alors que l'injustice sociale et la pauvreté explosent, agissons tous ensemble pour faire changer les choses, en nous unissant pour bloquer le pays. -Nous sommes allés à la rencontre de ces Français à Limoges, Besançon, Paris ou encore Rouen.
Ils sont étudiants, ouvriers, agriculteurs, employés. Leur mobilisation est-elle le début d'un mouvement de plus grande ampleur, comparable à celui des Gilets jaunes ? Klaxon -L'arrêt de l'usine, ça ferait plus de bruit que trois abribus cassés dans la rue. -Peu importe la raison, aujourd'hui, les colères convergent. -Et ça, on le voit, et tant mieux.
On verra ce que ça va donner. -Ca va servir à se faire entendre. C'est bien.
On est là. -Des femmes et des hommes qui n'ont plus confiance dans les médias, mais qui ont exceptionnellement accepté nos caméras pour expliquer les raisons de leur colère. ON VA GAGNER ! -Et si on veut que ça change, il faut venir là ! -Bon, il fait déjà beau. -Ca, c'est bien. -Logiquement, la dernière AG, on était 40.
Là, on devrait être quand même beaucoup plus. -J'espère. -Tous les groupes. -J'espère quand même que les gens vont venir et commencer à se bouger. -Ca va donner le ton sur le 10.
S'il y a du monde là, il y aura du monde pour le dix. Voilà le fameux rond-point. -On ne peut pas klaxonner. -Oui, il y en a pas qui klaxonnent. -Pas besoin de klaxonner.
Ici, tout le monde connaît Frédéric Vuillaume. -Ca va ? -Oui, ça va. -Bonjour. -Gilets jaunes de la première heure, ils passent quasiment tous ces samedis sur ce rond-point depuis sept ans. -C'est un symbole de la lutte, donc forcément les groupes de Besançon ont choisi de venir ici pour l'Assemblée Générale pour le 10. -Cette fois, ce ne sont plus seulement des gilets jaunes sur le rond-point, mais un mouvement un peu hétéroclite baptisé "Bloquons tout". -Il y a des gens qu'on n'a jamais vus.
Et ça, c'est important. Parce que souvent, on se connaît dans le mouvement, dans le mouvement militant. Et là, il y a plein de gens qu'on ne connaît pas. -D'ailleurs, rares sont ceux qui acceptent de parler aux journalistes.
Frédéric, lui, se prête au jeu. -Les gens en ont ras-le-bol du gouvernement, ras-le-bol du fait que c'est toujours les mêmes qui payent. On nous supprime des jours fériés, on veut nous supprimer la cinquième semaine de congé payée.
Alors qu'il y a énormément d'argent en France, nous ce qu'on veut c'est du blocage d'économie. -A quatre jours de la grande mobilisation, ils sont de plus en plus nombreux sur le rond-point. 250 personnes vont voter pour leur mode d'action. *-Salut tout le monde, venez un petit peu vous réunir. *Clairement, c'est à chacun de prendre la parole, *à proposer des idées pour le 10. *La parole est libre, tout le monde peut prendre la parole. -La parole est libre, mais elle va s'exprimer loin des micros et des caméras. *-Ceux qui veulent *que l'ensemble des médias restent. *Maintenant, *ceux qui veulent que les médias partent, *levez la main. -C'est la majorité. -Pas question de dévoiler les actions.
Nous ne connaîtrons que le strict minimum. -Donc c'est un rassemblement ici à 6 h 00 le mercredi 10 septembre. Et du coup, après, il y a des actions qui vont se mettre en place suivant le monde qui sera là.
La majorité veut faire des blocages et tenir le blocage. Puis après, dès que les forces de l'ordre sont là, on s'en va. On n'est pas là pour se faire taper sur la gueule. -Mais combien seront-ils le 10 à Besançon ?
Il va falloir mobiliser. -Bon, on va te tracter. On va te tracter. *-On y va. -Tous les deux agents d'entretien dans un lycée, Frédéric et Stéphanie se sont rencontrés dans les manifs Gilets jaunes.
Et depuis, ils sont de tous les combats. -C'est vrai, ça nous prend tout notre temps. Surtout toi, ça te prend tout ton temps.
Ton temps, c'est...
Et puis pour notre couple aussi, c'est énorme. Musique à la radio Tu y crois, tu y crois, mais moi, j'ai plus de mal à y croire. Moi, je ne suis pas comme lui.
J'y crois beaucoup moins. -Derrière les murs de l'Institut de géographie à Paris, des étudiants y croient dur comme fer. -Sinon, on pourrait l'accrocher sur la Sorbonne. -Je trouve ça pas mal sur le périph. -Sur le périph, en vrai, j'aime bien, mais ça fait loin des facs. -Félix, Justine et Alice sont en master.
Et d'une façon ou d'une autre, le 10 septembre, ils veulent en être. -Du coup, on va mettre "Etudiants pas contents". -Leur colère, c'est ce budget dédié aux universités qui a baissé de 15 % par rapport à l'an dernier.
Moins 5 milliards d'euros. -T'es obligé de faire un master mais il y a que trois places car il y a pas de thunes, donc... -Macron, ce qu'il veut c'est nous mettre dehors de l'université, nous mettre le plus vite au travail. -Sans compter que les étudiants subissent de plein fouet l'inflation. -Même les étudiants qui ont la bourse maximum vivent 600 euros en dessous du seuil de pauvreté. -C'est une galère, c'est pour ça qu'on se rejoint le 10 septembre.
Si du coup Bayrou prévoit une année blanche avec ses 40 milliards d'euros, nous on lui dit qu'on fera une année rouge de mobilisation. -A J-5 de "Bloquons tout", leur banderole est prête. Les trois étudiants espèrent d'ici là que le gouvernement Bayrou n'existera plus.
Musique A 120 kilomètres de là, à Rouen. -J'ai commencé, je portais les sacs de ciment sur des chantiers. J'ai fait plein de boulots.
J'ai été embauché ici, j'avais déjà 35 ans. J'étais militant révolutionnaire avant même de travailler. -25 ans que Frédéric Podguszer travaille chez Renault-Cléon.
Ici, on fabrique des boîtes de vitesse et des moteurs de voiture. Le plus gros employeur de la région. Mais depuis quelques années, ce délégué CGT est inquiet pour l'avenir des 3000 ouvriers de l'usine. -Quand on voit, quand j'ai commencé à travailler par rapport à maintenant, la perte de pouvoir d'achat, alors que j'ai fait que progresser.
J'ai commencé, j'avais rien. Et je finis, voilà, je finis technicien supérieur avec un pouvoir d'achat bien inférieur à ce que j'avais quand j'ai commencé. -Salaires bloqués, licenciements en chaîne.
Les effectifs ont été quasiment divisés par deux en cinq ans. Alors la CGT Renaud-Cléon, majoritaire dans l'usine, a suivi le mot d'ordre de sa Confédération nationale. Soutenir le mouvement "Bloquons tout". -Franchement, le plus grand service qu'on pourrait rendre au mouvement, là, c'est de réussir que la grève s'ancre dans Cléon.
Et si l'usine s'arrêtait, ça ferait parler. Ca ferait plus de bruit que trois abribus cassés dans la rue. -Mais pour ça, il faut convaincre les salariés.
Frédéric rejoint ses collègues pour une opération collage autour de l'usine. -On essaie de convaincre que ça vaut le coup déjà d'arrêter le boulot. -En fait, les résignés, les révoltés, on les a.
Il faut qu'on trouve la bonne tactique pour les faire sortir. -L'objectif du syndicat, c'est la grève générale. La seule manière, selon eux, de bloquer l'économie. -Et des contacts avec les boîtes du coin, on en a eu un petit peu ? -De mon côté, non. -Vas-y. -Si le mouvement démarre et qu'il est massif, il ne faut pas s'en faire, tous les syndicats seront là.
Et en tout cas, moi, un truc qui me fait chaud au coeur, c'est que la plupart de ceux qui avaient prévu de venir le 10, le cinéma de Bayrou, le 8, le vote de confiance, etc. ils n'en ont rien à cogner. Ce n'est pas leur problème.
Pour eux, ça ne change rien. Avant, après Bayrou, on sera attaqués. Ils en ont conscience. -Tant qu'on ne changera pas la totalité de ce gouvernement ce sera toujours des petits pions pour nous donner des fausses réformes qui pensent nous arranger mais qui ne nous arrangeront pas du tout.
Je pense que les Français l'ont compris, les salariés l'ont compris. Et maintenant c'est un vrai mouvement qui doit se créer. -Ils sont en colère, ils ont envie d'exprimer cette révolte.
La question ne se pose même pas, on est avec eux, point la ligne. -Le syndicat sera-t-il bien accueilli par le mouvement "Bloquons tout" ? Musique Près du plateau de Millevaches, Sifflements -Les brebis. -...dans la campagne limousine. -Les filles, venez me voir.
Elle siffle. C'est 200 brebis sur un système plein air, sans engrais, sans chimie, basé sur la pousse de l'herbe, avec, en race pure, limousine. Ca peut bien marcher, mais on n'est pas très encouragés non plus.
Voilà. -Frédérique Mariaud pratique une agriculture raisonnée, en phase avec ses convictions écologistes. Elle s'est installée ici il y a 15 ans, mais depuis sa séparation il y a cinq ans, tout a changé. -Eh oui, toute seule.
Tout doit être amené avec les bras. Et à force, c'est difficile. -Si économiquement, elle s'en sort, c'est au prix d'un travail sans répit, sept jours sur sept. l'an dernier, elle a failli tout plaquer. -Je ne sais pas quoi faire d'autre et j'aime bien ce que je fais, j'ai des connaissances.
Mais garder la ferme comme ça, c'est compliqué. Là, mon problème de bras, c'est aussi un problème de renouvellement des générations et d'accès aux fonciers. Si l'agriculture a été enseignée différemment depuis 20 ans, peut-être que ces systèmes d'élevage à l'herbe auraient plus la cote.
Ce n'est pas ça qui est enseigné dans les lycées agricoles comme système. -C'est cette agriculture à taille humaine, loin des grandes exploitations industrielles, que l'éleveuse veut défendre. -Alors... -Alors aujourd'hui, elle bichonne son tracteur.
Frédérique se prépare à une journée pas comme les autres. Moteur -Je prépare tout pour la mobilisation, pour ne pas avoir de soucis techniques avec le tracteur. Après, c'est la base.
Les pneumatiques, le carburant, les papiers... pour être prête. -Elle n'a manifesté qu'une seule fois dans sa vie contre l'installation d'une mine.
Membre d'aucun parti, d'aucun syndicat, elle a été convaincue par ses voisins engagés à la Confédération Paysanne, un syndicat de gauche. -Ras-le-bol du néo-capitalisme. Le ras-le-bol du profit quoi qu'il en coûte.
Le "quoi qu'il en coûte" pour gagner des sous au détriment du social, de l'environnement et de tout ça. J'y vais sous l'étiquette agricole parce qu'il y a des choses à faire en agriculture. Mais c'est vrai que j'y vais aussi comme citoyenne française, en tant qu'électrice qui a voté à gauche et qui n'a pas un gouvernement de gauche.
Non seulement la ligne politique me va pas, mais en plus il n'y a pas de gouvernement réellement, ça bloque tout. Voilà. Et on n'avance pas, alors que c'est urgent de faire des choses, d'agir. -Le jour-J, c'est à bord de son tracteur que l'éleveuse ira bloquer.
Sur les ronds-points de Besançon, Frédéric et Stéphanie ne sont pas seulement tombés amoureux, ils ont aussi créé un cercle soudé de compagnons de lutte. Et lorsqu'ils dînent ensemble, le feu des Gilets jaunes couve toujours et le rejet des élites n'est jamais loin. -Au rond-point, on en parle, la plupart, plus personne n'a confiance aux partis politiques, donc du coup... -Ni aux syndicats. -Oui, ni aux syndicats, au central syndical. -Au central, oui. -Et c'est sans doute le point commun des participants à "Bloquons tout", un mouvement venu des citoyens. -La première fois qu'on l'a entendu, c'était sur les réseaux, sur Facebook. -Ouais. -Ca a eu le mérite de fixer une date pour que tout le monde se mette dessus.
Et voilà, même si on ne sait pas trop d'où elle vient, on la prend et on s'en saisit pour montrer qu'on en a ras-le-bol et qu'il y a un moment, il faut changer de politique, il faut redonner la parole au peuple. -Peut-être que tous ceux qui n'ont pas osé sortir en 2018 se disent : "Là, il faut qu'on fasse quelque chose. Là, ce n'est plus possible." -Ca va de plus en plus loin. -C'est comme mon collègue qui me disait : "Je ne sors jamais.
Je ne fais jamais grève, je ne vais jamais." Et là, il m'a dit : "Je sors, je vais, je fais grève, je suis, il y en a ras de bol." -Un bon petit plat de chez nous. -C'est les patates de la cancoillotte, de la saucisse de Morteau, et le petit slogan des Francs-comtois...
FRANCS-COMTOIS, RENDS-TOI ! NENNI, MA FOI ! -Ca veut dire qu'on se rendra pas. -Ca montre la détermination, on se rendra pas. -Santé ! -Santé ! -A la lutte !
A LA LUTTE ! -Elle dit quoi la Dédé quand elle trinque ? -La mort à Macron.
Rires -Pour eux, celui qui cristallise la colère, c'est le président de la République. -Demain, elle est sur le rond-point. -Demain, elle est sur le rond-point. -Tu la tiendras ? -On va la poser. -Retour avec Félix, Justine et Alice dans le XXe arrondissement de Paris.
Les trois étudiants ont répondu à une invitation lancée par le mouvement "Bloquons Tout". Fêter le départ de François Bayrou devant toutes les mairies de France. *-Pour l'approbation, 194, contre, 364... -Beaucoup de gens.
Prochaine étape, Macron. -C'est ça. -Macron, c'est parti. -Pas d'effusion de joie pour autant.
Leur priorité, c'est d'aller à la pêche aux informations pour la préparation des blocages. -Demain, il y a 27 universités où il y a des AG. C'est inédit.
Il n'y a jamais eu autant d'AG en septembre. On a commencé les cours il y a parfois quelques jours seulement. -Parfois, il n'y a même pas cours et il y a des AG. -Il y a déjà une AG.
Il y a une vraie colère et ça, on le voit et c'est tant mieux. Après, on verra ce que ça donne. Cris -A la fin de ce gouvernement !
A bas le budget Bayrou ! -Au milieu des sympathisants LFI, communistes, proches de leurs idées, ils rêvent d'un grand mouvement qui peut réveiller les consciences. -Je vois à quel point les Gilets jaunes ont eu un effet sur moi et m'ont fait rentrer dans la politique.
Et je pense que là, c'est à nouveau un sursaut populaire qui fait que plus de gens s'intéressent à la politique et se sentent concernés. Et nous, en tant qu'étudiants, on va prendre notre part entièrement. Cette journée de mobilisation va-t-elle tenir ses promesses ?
Radio *-Et cette fois, c'est bien lui, *Sébastien Lecornu accède à Matignon, *le ministre des Armées prend le commandement en chef *la passation de pouvoir avec François Bayrou aura lieu *demain à 12 h 00. -A Besançon, c'est le jour-J. L'information tombée la veille au soir s'est déjà répandue sur le rond-point de Chalezeule. -Le Premier ministre, pour moi, ça ne change rien.
C'est de la provocation parce Macron arrête pas de dire qu'on est en guerre et puis là, on voit qu'il prend un Premier ministre, comme symbole, ministre des Armées. Donc, à croire que c'est une guerre contre le peuple, mais c'est vraiment une guerre contre le peuple. -Ce matin, Frédéric n'enfile pas son gilet jaune.
Il est un "Bloquons tout" comme les autres. Le site est proche d'une zone industrielle et ce n'est pas par hasard qu'ils y installent les palettes. -Hop, hop, hop, hop.
S'il vous plaît, deux minutes. C'est bon, j'ai un blocage filtrant pour l'instant qui est mis en place, justement pour plus bloquer l'économie avec les camions et laisser passer les automobilistes, pour les sensibiliser à l'action d'aujourd'hui. -C'est inadmissible, vous avez quel âge ? -Vous avez 68 ans, vous bossez encore, mais c'est inacceptable.
Ca, c'est pas acceptable. -Vous revenez de Carrefour ? -Non, mais c'est pas possible.
Moi, ça me révolte. C'est pour ça que je suis là. Franchement... -Petit à petit, les manifestants arrivent.
Musique et chants Ils sont bientôt 250 et bloquent le rond-point depuis une heure. Musique et chants Frédéric, lui, ne lâche rien. --- -Donc n'hésitez pas à nous rejoindre.
Venez nombreux, venez nombreux. C'est le moment d'agir au lieu de subir. Venez nombreux, on vous attend. -Nous revoilà. -Nous revoilà !
Faites attention parce qu'ils sont là, là-bas, la police, ils sont là. Attention, ils sont là. Là, ils vont pas tarder à balancer.
Oui. -Effectivement, quelques instants plus tard... -Attention à vous !
Attention, les voilà ! Ils arrivent ! Les voilà !
Musique et chants -Il se passe quoi, là ? -Ils sont en train de débloquer le barrage filtrant. Donc clairement...
Musique et chants Propos indistincts Musique et chants On remonte, on remonte, on remonte ! --- Faites gaffe ! Attention.
Attention. Attention. -Pas question d'aller à la confrontation avec les policiers, le groupe se replie sur le centre-ville.
Frédéric ne veut pas d'action violente. Au sud de Limoges, en pleine campagne, il est 8 h 00. Notre éleveuse de brebis et ses amis de la Confédération Paysanne s'apprêtent à passer à l'action. -Nous, on arrive en tracteur, on rejoint le blocage et on bloque l'entrée dans l'autoroute pour que les bagnoles aillent dans la campagne.
Le lieu exact du blocage est resté secret jusqu'au dernier moment pour ne pas alerter les forces de l'ordre. Bella Ciao en klaxons --- -Et voilà, on a réussi, on a bloqué l'A20. C'est bien. -Frédéric se réjouit un peu trop vite.
Bonjour. -Enlevez votre tracteur. -J'attends les collègues. -Non, vous bougez maintenant. -Moi, je suis là pour faire une manifestation et faire entendre ma voix. -Oui, mais ne bloquez pas les gens qui pensent comme vous. -Non, justement le but, c'est de bloquer tout le monde.
A l'école, il n'y a plus d'instit. Les postes ne se sont pas remplacés. Vous voulez que ça continue comme ça ?
Je n'ai pas le choix, moi non plus. Il faut faire. -C'est à l'Elysée qu'il faut aller. -C'est trop loin.
J'ai chauffé mon tracteur hier. -En bas non plus, ses collègues ne sont pas près de bouger. Quelques tracteurs suffisent à couper l'autoroute A20.
Des agriculteurs, des militants de gauche, des citoyens sont venus en renfort. ...DE NOS ENFANTS PAYSANES, PAYSANS, PLUS QUESTION DE NOUS TAIRE PAYSANES, PAYSANS, SOLIDAIRES ET VIVANTS Batterie -Et les bloqueurs reçoivent des soutiens parfois inattendus. -Vous soutenez le mouvement ? -Oui.
Moi j'ai voté pour Marine. -Là c'est plutôt des gens de gauche qui manifestent. -Ca change rien.
On a un gouvernement qui est pourri. Complètement pourri, il y a des corrompus là-haut et le peuple il meurt. Cris Klaxons -C'est un peu embêtant, mais je comprends et je soutiens.
Bon courage. Parce qu'on en a tous marre. -Marre de quoi ? -Marre de tout.
Marre que tout soit trop cher, marre de se lever et de ne pas pouvoir profiter. Klaxon -La France Insoumise avait appelé à soutenir le mouvement. Et sur cette bretelle d'autoroute, la députée de la circonscription voisine est plutôt bien accueillie. -Aujourd'hui, on est en soutien parce qu'on appelle Sébastien Lecornu, Premier ministre, à réaliser qu'on ne peut pas continuer avec ces logiques austéritaires.
On n'est pas du tout dans la récupération politique aujourd'hui. C'est aussi le rôle des élus d'être aux côtés des citoyens et des citoyennes pour entendre les revendications sur le terrain. -L'autoroute A20 a finalement été coupée six heures.
Sur le blocage de Rouen aussi, la députée insoumise de la circonscription, Alma Dufour, a fait le déplacement. Mais sa présence est cette fois diversement appréciée. -Je ne veux pas que le syndicat et aussi certains partis, parce qu'il y a aussi les partis, entre autres, on ne va pas les nommer, mais on les connaît, reprennent le mouvement aussi.
Donc c'est ça qui m'inquiète un peu, moi. -Frédéric, le délégué CGT, est venu prendre le pouls. -On n'est pas forcément d'accord sur tout.
On est en train de discuter, justement. Il faut sortir les revendications, ce qui est important pour nous, parce qu'on se bat pour que ça change. Mais pour faire quoi ?
Moi, je trouve qu'un des trucs sympas des ronds-points, c'est qu'on a ces discussions-là. -Il préfère finalement retourner devant le piquet de grève de l'usine Renault. -Salut.
Ca va ? -La grève générale annoncée n'a pas vraiment mobilisé les troupes. -Il y a quand même moins de voitures que d'habitude.
Il y a quand même un certain nombre dans les ateliers. -Il y en a qui sont restés chez eux. -Ils sont en grève, mais ils ne sont pas venus ici. -C'est une première journée, c'est une première étape.
Il y aurait des suites. Sirènes -Au bord du périphérique parisien, porte de Montreuil, Félix, Justine et Alice sont venues pour déployer leur banderole. -On a vu la BRAV-M, on a vu aussi beaucoup de lumières de police bleues et tout.
Donc on se stresse un peu parce qu'on a un peu la flemme de se faire taper. -Les étudiants décident de suivre le mouvement. Mais la tâche s'annonce plus compliquée que prévue.
Un autre groupe tente de bloquer le périphérique. -Dans l'autre sens ! -On avance, on avance.
Tout se passe bien. -Reste avec nous. -Avancez ! -On recule, reculez. -Avancez !
Avancez ! -Impossible d'atteindre le périphérique, les manifestants sont repoussés devant le siège de la CGT. C'est là que les étudiants accrochent finalement leur banderole. -Ce n'est pas nécessairement ce qu'on avait prévu au début, mais déjà au moins où on l'a utilisée.
On va continuer sur autre chose après, dans la journée. Voilà. Chants -Plus tard, ils rejoindront la manifestation dans le centre de Paris.
Slogans indistincts -On a les premiers chiffres qui viennent de tomber du côté de l'Union étudiante. C'est plus de 80 000 jeunes qui sont dans la rue, là, actuellement, partout en France. Il y a environ une dizaine d'universités bloquées.
C'est vraiment phénoménal, pour nous c'est très bien, quoi. Slogans indistincts -Sans réel mouvement structuré, ce 10 septembre les actions se sont parfois improvisées au fil de la journée. A Besançon, dans l'après-midi, la voix est un peu cassée, mais Frédéric a toujours la foi. *-Allez, on suit les musiciens.
Allez ! Propos indistincts -Il va prendre la tête d'un cortège qui ne devait au début être qu'un rassemblement statique. Propos indistincts Slogans indistincts -Vous reculez. -Non. -Si, vous reculez. -Mais non, on a le droit. -Non.
Propos indistincts Slogans indistincts -Rapidement, les forces de l'ordre sont dépassées. La foule traverse toute la ville. -On ne sait pas comment ça va finir, mais il y a énormément de monde, 6 300 personnes.
C'est exceptionnel, ça donne de l'espoir. La jeunesse a poussé, le cortège a poussé. On a passé les barrages policiers, c'est merveilleux.
Ca ne doit pas se terminer ce soir, ce n'est pas possible. Slogans indistincts -Frédéric et les autres voulaient tout bloquer, mais ce 10 septembre, ils n'y sont pas parvenus. Leur colère, elle, reste intacte, tout comme leur détermination à faire grandir cette vague de contestation.
Slogans indistincts
François Bayrou