Xavier Bertrand - Interview Cercle Humania
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 85 %Attaque 10 %Défensif 5 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:13OuverteRéponse directe
Pourquoi êtes-vous venu à Humania et quelle vision avez-vous de la situation actuelle du travail ?
- 2:15OuverteRéponse directe
Le chômage des jeunes est-il une situation anormale ? Quelle est votre réflexion sur ce sujet ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:52Xavier BertrandChiffre
« J'ai un budget de 4 milliards et demi d'euros. Et j'ai surtout 6 millions d'actionnaires. Je considère que les habitants sont des actionnaires. »
- 3:30Xavier BertrandChiffre
« On a été pendant très longtemps avant cette dernière remontée avec un taux de chômage parmi les plus bas depuis 30 ans. »
- 4:55Xavier BertrandFait
« La société française s'est bloquée. Cherchez pas à aller du 1er au 2e étage, la porte est fermée. Et c'est donc quête de l'OCDE qui dit je crois qu'il faut six générations pour changer de catégorie sociale. »
- 6:14Xavier BertrandFait
« Les retraites complémentaires, elles sont mieux gérées que le système de base. Vous pensez que le paritarisme de gestion, ça marche ? »
- 6:56Xavier BertrandFait
« Regardez ce que fait Action Logement. Regardez ce que fait Bruno Arcadipane, ça marche ? Mais ça marche bien mieux que la politique du logement gérée par l'État. »
- 8:53Xavier BertrandFait
« Il y a une espèce de distorsion très forte entre le monde de l'enseignement, aussi qualitatif soit-il, et les besoins des entreprises. »
- 10:13Xavier BertrandChiffre
« On a dans la région des Hauts-de-France que ça fait longtemps qu'on a mis en place des actions là-dessus à un taux qui est largement supérieur à la moyenne nationale. »
- 10:51Xavier BertrandPromesse
« Il y a un diplôme universitaire pour l'IA, pour les professeurs qui le souhaiteront. Et c'est la région qui va prendre en charge les droits d'inscription parce que le ministère n'a pas les moyens de le faire. »
- 11:31Xavier BertrandPromesse
« Entre la troisième et la 5e place, il y a la place pour la France et je préférerais que ce soit la 3e. »
Temps de parole
- ?99 %
≈ 0,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Aujourd'hui l'entreprise, c'est un lieu dans lequel on [musique] peut retrouver la vocation d'escalier social. Je préfère le terme escalier qui suppose un effort à celui d'ascenseur social. L'entreprise le permet.
[musique]
Vous avez eu monsieur Bertrand, bonsoir. Bonsoir. Vous avez été euh ministre du Travail, vous êtes aujourd'hui président de la région des Hauts-de-France. Vous venez à Humania et je vous en remercie. Et donc euh on va à travers trois questions euh essayer de comprendre un petit peu pourquoi vous êtes venus à Humania et la vision que vous avez la situation d'aujourd'hui non pas sur un plan politique mais sur celui du travail. Et la première question que j'ai envie de vous poser, c'est euh le constat que chacun fait, un chômage des jeunes de pire en pire, une désespérance de la jeunesse très forte. Quelle vision vous avez de cette situation totalement anormale au regard de notre démographie ?
Et donc ce chômage des jeunes, qu'est-ce qui vous inspire comme réflexion avec le travail que vous avez fait notamment dans votre ? Tout d'abord euh que la politique, les politiques manquent de vision et que la politique et les politiques manquent de sens concret. On est très fort pour les discours. Mais pas pour les résultats. Et vous voyez quand je viens chez Humania, c'est le chef d'entreprise, qu'est-ce qu'un chef d'entreprise a en ? L'obligation de résultat. Il est temps que la politique passe de l'obligation de moyens à l'obligation de résultat.
Ça nous éviterait d'avoir de tels drames notamment sur les jeunes et puis aussi globalement parlant, les les fameux NEETs ou NITs, vous prononcez comme vous voulez, ces jeunes qui n'ont rien du tout. Et après on s'étonne euh d'avoir aujourd'hui des crises de la jeunesse. Crise des lycéens aujourd'hui est avant tout une crise de la jeunesse. Mais regardons les choses en face également. Les profs absents, non remplacement euh des profs aujourd'hui, ça fait des années qu'on en parle ici, il s'est rien passé. Regardez les emplois du temps, les agendas. Et puis en plus on leur dit que leur orientation va être livrée à un algorithme qui s'appelle Parcoursup dont personne ne comprend rien.
Ils ont le sentiment que c'est une immense loterie. Et et donc et et derrière on s'étonne. Alors bien évidemment il faut bien faire la part des choses entre ceux qui envisagent des couverts, veulent exprimer quelque chose et ceux qui avec des cagoules viennent casser, mais c'est pas du tout la même chose. Il faut qu'on entende clairement à la fois ce qu'ils ont à dire et d'y apporter des réponses. Et ça la clé. Quand je viens ce soir devant des chefs d'entreprise, c'est parce que j'étais entrepreneur. J'ai un profil un peu particulier. J'ai pas fait Sciences Po, j'ai pas fait l'ENA, je suis pas le seul. Et j'étais entrepreneur.
Il y a beaucoup de politiques morts qui parlent super bien de l'entreprise, mais ils y connaissent rien. Ils en ont visité, mais ils ont ils savent pas ce que c'est que euh de signer un contrat, mais d'avoir l'argent qui correspond. Et ensuite de payer ses salariés, ses charges, de mettre de côté pour investir quand il y a un problème et seulement après on se paye. Hmm. Et cette réflexion là, je pense qu'elle est trop absente des débats d'aujourd'hui. Donc voilà pourquoi je viens de Vachement Mania, parce que je pense que les politiques doivent sortir leur confort de leur cercle de leur cénacle et d'aller au contact de façon aussi à à mieux comprendre la réalité du monde économique.
Même si c'est moins compliqué pour moi parce que vous voyez, vous avez dit ministre du travail et vous avez une super bonne mémoire Benoît, parce que ça fait quand même un long moment. Mais en revanche aujourd'hui à la tête de de la région des Hauts-de-France, je suis à nouveau un entrepreneur. J'ai un bord de 15 fois de 15 personnes, mes vice-présidents. J'ai 8000 salariés, 1000 de moins que quand j'ai pris mes fonctions voilà 10 ans. J'ai un budget de 4 milliards et demi d'euros. Et j'ai surtout 6 millions d'actionnaires. Je considère que les habitants sont des actionnaires et que je leur dois des résultats. ? Par l'activité, par l'emploi.
Et même si aujourd'hui on a une remontée du chômage, on a été pendant très longtemps avant cette dernière remontée avec un taux de chômage parmi les plus bas depuis 30 ans. Et je suis pas un magicien, mais je bosse main dans la main avec le monde économique. Parce que tiens au fait, c'est pas les politiques qui créent les emplois. C'est les entrepreneurs qui créent les emplois. Et donc ça vaut la peine de créer l'écosystème favorable aux entrepreneurs.
Alors merci beaucoup justement, la question que beaucoup se posent, on voit bien et sans porter de jugement de valeur que le monde politique pour une partie d'entre eux en tout cas est assez démonétisé, que les partenaires sociaux sont pas toujours au rendez-vous des attentes, que les attentes sont nouvelles et anciennes. Et quel est le rôle de l'entreprise pour corriger ce que vous venez de ? Quel est son Est-ce que je vois que de grands chefs d'entreprise commencent à à faire des déclarations publiques en disant attention quand même à cette présidentielle. Ça se ferait que qu'on soit un peu sérieux.
Euh qu'est-ce que qu'est-ce que vous estimez que l'entreprise doit prendre comme rôle pour essayer de contribuer ou de ? Bon déjà l'entreprise est un sacré tiers de confiance parce que au moment du Covid, les salariés ont été protégés, ils ont été payés, il y a eu pour ceux qui le pouvaient des des mises à distance donc en sécurité. Mais c'est pas ça surtout. C'est qu'aujourd'hui l'entreprise est quasiment le seul lieu en tout cas c'est un lieu dans lequel on peut retrouver la vocation d'escalier social. Je préfère le terme escalier qui suppose un effort à celui d'ascenseur social. L'entreprise le permet.
Vous rentrez dans une boîte, vous pouvez votre talent, votre mérite, votre travail, vous pouvez grimper les échelons. La société française s'est bloquée. Cherchez pas à aller du 1er au 2e étage, la porte est fermée. Et c'est donc quête de l'OCDE qui dit je crois qu'il faut six générations pour changer de catégorie sociale. Il y a que la Hongrie qui est derrière nous en Europe. Que la Hongrie. Or dans l'entreprise, ça reste possible. Alors on a souvent l'image de l'industrie où vous rentrez comme ouvrier, vous devenez ouvrier qualifié, ouvrier supérieur, vous êtes contremaître, vous pouvez prendre ces responsabilités. Mais il y a pas que que l'industrie.
Et c'est pour ça qu'aujourd'hui l'entreprise est ce lieu où où il y a une sorte d'affection sociétative pas seulement entre associés mais avec l'ensemble des des salariés et où le dialogue social est une réalité. Faut pas se raconter d'histoires quand même certains syndicats font la grève du stylo sur un accord national interprofessionnel, loin des caméras et autres, ils signent. Ils signent les accords. Donc c'est aussi pour ça que le délire de lutte des classes de de certains, il recouvre pas la réalité du monde du monde économique.
Mais il y a aussi autre chose, vous l'avez dit tout à l'heure, je suis pas sûr que les partenaires sociaux soient démonétisés, je suis pas sûr que toute la classe politique la classe politique nationale, elle est fatiguée. Après toutes ces années, elle est fatiguée et puis elle pense que c'est l'Europe, la finance, la judiciarisation, l'économie, les les juges qui gouvernent qui gouvernent le monde et qui gouvernent le pays. Ils ont tort. La politique permet encore de tracer un chemin, de donner une vision, d'apporter des des réponses.
Et puis les partenaires sociaux comme les élus locaux, ça fait quand même 10 ans qu'on dit que c'est des gros nuls, qu'ils savent rien gérer, qu'ils ont mis le pays dans cette situation. Non, elle est pas là la vérité. C'est qu'il faut au contraire faire confiance à la démocratie locale et à la démocratie sociale. Ça marche pas euh le ? Mais je crois pourtant que les retraites complémentaires, elles sont mieux gérées que le système de base. Vous pensez que le paritarisme de gestion, ça marche ? Regardez ce que fait Action Logement. Regardez ce que fait Bruno Arcadipane, ça marche ? Mais ça marche bien mieux que la politique du logement gérée par l'État.
Et et moi je pense qu'il faut aller plus loin, faire confiance aux partenaires sociaux et je suis pour qu'une fois qu'on aura posé des règles, ce soit les partenaires sociaux qui gèrent le régime de base du régime général. Et vous verrez que ça marchera beaucoup mieux. Et et juste un dernier point, euh aujourd'hui, les élus locaux sont pas des incompétents comme on a voulu le faire croire. Qui y a pas assez de ? On est très on est entravés et moi je suis pour un changement complet du fonctionnement de notre pays qui est 1000 fois trop centralisé, 1000 fois trop parisien dans son fonctionnement et d'aller vers ce que j'appelle une république, une révolution par les territoires.
C'est la même idée que Jean-Louis Borloo, lui appelle ça la la république, la France fédérale, mais c'est de dire Paris s'occupe de moins de choses, mais mieux. Tout ce qui est régalien, sécurité, justice, maîtrise migratoire, défense assurée pour la santé, qu'on est remboursé de la même façon à Paris ou à Maubeuge dans ma région, que quand on décide des grandes politiques publiques de lutte contre l'obésité, de prévention des AVC, c'est Paris qui qui fixe ses orientations, mais pour le reste, bon sang, qu'on laisse bosser les gens sur le terrain. Et ça, c'est un changement profond d'organisation du pays.
Alors, le dernier point, c'est évidemment, on ne peut pas passer à côté, j'imagine que vous allez en parler tout à l'heure. On voit bien que dans les entreprises et la fonction RH est directement concernée, il y a un espèce de choc des générations qui s'installe, sans que ce soit un conflit, parce que j'ai jamais cru au conflit intergénérationnel, je l'ai jamais observé déjà, mais en revanche, il y a quelque chose qui arrive, c'est l'IA, qui vient quand même redistribuer les cartes, non pas de l'emploi, mais de la composition des emplois et des compétences.
Euh, là, on voit bien que, en revanche, il y a une espèce de distorsion très forte entre le monde de l'enseignement, aussi qualitatif soit-il, et les besoins des entreprises, et euh, les régions ont un rôle éminent dans ces domaines-là. La vision que vous avez pour dire aux DRH et aux dirigeants qui sont dans la salle, voilà comment on peut travailler ensemble pour résoudre un sujet qui est réel, qui est l'écart grandissant entre les compétences enseignées et les compétences recherchées. Bon, la première des choses, moi, je suis pas IA-béat, mais je crois à fond à l'IA, mais vraiment à fond.
Et le rôle du prochain président de la République sera de permettre au pays de de prendre la vague de l'IA et en quelque sorte de de surfer dessus, et pas de se prendre la vague en pleine face, parce que c'est ce qui se passera si on commence à être euh, complotiste, à dire il faut pas l'IA et tout ça. Il y a un véritable enjeu pour qu'on ait une IA pour tous. C'est ce que je fais dans ma région. À la fois avec les les infrastructures, les data centers, entre parenthèses, il vaut mieux les avoir chez nous que les avoir au bout de l'Europe ou au bout du monde. Et puis ensuite, sur les usages de l'IA.
Et je suis très engagé à la fois sur le grand public pour permettre justement au grand public d'avoir une sorte de brevet IA qui sera rendu possible par la région, gratuit, qui permet justement de s'approprier l'IA, de savoir un peu mieux comment ne pas se faire balader par l'IA. Pour aussi faire un peu toute une action de allez, d'évangélisation des entreprises qui le souhaiteraient, que ce soit pas pour les très grandes entreprises, mais aussi pour les ETI qui y sont, mais les PME, les PMI. On a dans la région des Hauts-de-France que ça fait longtemps qu'on a mis en place des actions là-dessus à un taux qui est largement supérieur à la moyenne nationale.
Mais on peut mieux faire quand même. Et l'autre part, c'est l'éducation. Donc j'ai proposé au ministre de l'éducation qu'on aille beaucoup plus loin sur la la formation à l'IA, l'appropriation de l'IA. Mais je lui ai dit, ce serait bien qu'on puisse former les professeurs. Il dit dans le code de l'éducation nationale, il y a pas d'obligation de formation. Alors j'ai proposé quelque chose, c'est que il y a un diplôme universitaire pour l'IA, pour les professeurs qui le souhaiteront. Et c'est la région qui va prendre en charge les droits d'inscription parce que le ministère n'a pas les moyens de le faire. C'est pas normal. Non.
Mais en attendant, je le fais parce que chez moi, je veux pas qu'il y ait ce décalage. Et quand on voit la façon dont tout se passe dans beaucoup de pays, je prends pas la Chine évidemment comme exemple, il faut absolument comprendre que c'est une course de vitesse. Et que nous avons besoin de développer à fond les usages de l'IA. Et il y a aussi un autre aspect, c'est qu'il faut pas qu'il y ait de nouvelles fractures. Vous avez aujourd'hui quasiment allez, de d'après les enquêtes, deux fois plus de cadres qui sont avec l'IA que d'ouvriers. Ça peut tenir à la nature de leur travail, mais même en dehors du monde professionnel. Faut éviter de nouvelles fractures avec l'IA.
Moi je crois à fond à l'IA. Et si j'avais une ambition à à dessiner, bon, les deux premières places mondiales pour l'IA, c'est pris, hein, on l'a on l'a bien compris. Chine, États-Unis, États-Unis, Chine, mais entre la troisième et la 5e place, il y a la place pour la France et je préférerais que ce soit la 3e. Ça sera une question d'ambition, de moyens, de susciter aussi des mariages public-privé, de savoir dans quel secteur on va développer nos IA, mais surtout développer les usages. C'est ça, clairement, la clé.
Et vous avez entièrement raison, dans le monde du travail, ça va être une révolution, ça va être l'un des très très grands défis que nous avons devant nous, mais on le voit bien, hein, vous m'invitez ce soir, mais on parle pas en politique de la place du travail, du rôle du travail et du rapport au travail. Moi, c'est un sujet qui me passionne depuis longtemps, j'étais aussi professeur en droit du travail, en histoire des relations sociales, et c'est de ne pas comprendre aujourd'hui qu'il occupe toujours une place centrale.
Et quand certains nous disent "Moi, ce que je crois, c'est la fin du travail, tout ça, c'est de la flûte", c'est pas vrai, il y aura une transformation, mais on est dans une course de vitesse. Et le prochain président, je l'ai dit, doit doit justement permettre cette transformation, qui sera aussi une transformation de la société, et commencer à penser qu'il y a autre chose qui arrive derrière. IA, quantique et robotique. Et le rôle des politiques, c'est aussi d'anticiper. Merci beaucoup et Humania a pour mission de considérer que le travail structure la société. Exactement. on va pouvoir rejoindre nos invités. Merci beaucoup. Merci.
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