L'édito de Thomas Bonnet : «Une nouvelle campagne présidentielle confisquée ?»
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
La journée d'hier, c'était sans doute pas la journée rêvée pour Marine Le Pen en se déplaçant dès le lendemain matin de son annonce de candidature. Elle espérait mettre à distance ses déboires judiciaires pour engager une nouvelle séquence, comme on dit en politique. Mais dans la commune de La Flèche, dans la Sarthe, une poignée de militants d'extrême-gauche sont parvenus à contraindre la candidate d'écourter sa déambulation. Une fois rentrée à Paris, voilà la cour de cassation qui indique qu'elle tranchera son sort avant le mois d'avril.
Un rebondissement judiciaire qui plonge le parti dans l'incertitude et qui fait peser une épée de Damoclès au-dessus de la tête de Marine Le Pen qui affirmait la veille pourtant qu'il n'y avait aucun scénario où elle pouvait être empêchée. Ajoutez à cela le concert de critiques des oppositions qui ont trouvé un angle d'attaque contre la favorite des sondages et vous obtenez un résumé de ce qui nous attend pour les neuf mois à venir. En 24 heures, Marine Le Pen a eu un condensé des obstacles politiques et judiciaires qui vont se dresser sur sa route.
Alors ces critiques sur le plan judiciaire risquent de reléguer les questions de fond au second plan, c'est-ce que vous redoutez ?
Je le crains en effet Romain, pour preuve, Gabriel Attal se démultiplie dans les médias depuis la candidature de Marine Le Pen pour faire de la question de la probité sa nouvelle valeur cardinale. Édouard Philippe a quitté sa discrétion habituelle pour se muer en chroniqueur judiciaire et même la droite s'y met. La droite qui oublie un peu vite qu'elle a subi les mêmes foudres lors de l'affaire Fillon en 2017. Et puis la gauche a sorti les tambours et les militants professionnels pour faire entendre son vacarme habituel. On est donc dans une situation politique où la seule boussole aujourd'hui est la situation judiciaire de Marine Le Pen.
Alors vous allez me dire, c'est de bonne guerre et tous les moyens sont bons pour tenter d'atteindre la favorite de l'élection, que les sondages donnent d'ailleurs en hausse après son entrée en campagne. Et ces bons sondages devraient logiquement conduire ses adversaires à cesser de marteler leurs attaques sur le volet judiciaire. Ma crainte, c'est que ce sujet ne devienne l'alpha et l'oméga de la campagne présidentielle. Il est trop tôt pour dire le poids qu'aura cette question dans les débats, mais on peut dire sans trop se tromper, sans trop s'avancer, que l'argument reviendra très régulièrement contre Marine Le Pen.
En fait, le vrai risque, c'est qu'on revive une nouvelle campagne présidentielle sans que l'on tranche les vrais sujets.
Absolument, et c'est un risque majeur pour notre pays. Non pas que la situation judiciaire de Marine Le Pen soit sans importance, mais faire reposer l'élection suprême sur cette seule notion serait une faute collective majeure. Après 2017 et l'affaire Fillon, après 2022 marqué par la guerre en Ukraine et le Covid, on pourrait avoir une troisième campagne présidentielle qu'un sujet connexe viendrait télescoper. Il est urgent pourtant que les Français puissent trancher les sujets de fond. L'économie, la sécurité, l'immigration, l'école, l'Union européenne, c'est la confrontation des projets qui doit accoucher d'un scrutin clair et d'une décision limpide.
Parce qu'au-delà de la personnalité qui arrivera à l'Elysée en 2027, ce qui se joue, c'est la souveraineté du peuple à choisir pour lui-même ce qu'il veut pour l'avenir. Après le référendum de 2005, le mouvement des Gilets jaunes, nous avons trop souvent subi le manque de considération pour les attentes du plus grand nombre. La France n'a plus le luxe de se maintenir dans un immobilisme qui serait en fait le fruit d'une campagne présidentielle bâclée et qui n'aurait pas permis d'aller sur le fond des sujets.