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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 9 septembre 2020 61 minContradictoireActualité / polémiqueJusticeInstitutions & électionsÉconomie & entreprisesEurope & international

Tout peut arriver | Plongée dans la corruption en France | Elise Van Beneden

Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 21 %Attaque 55 %Défensif 25 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 89 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:27OuverteRéponse directe

    Tu es avocate ?

  • 0:53OuverteRéponse directe

    Pourquoi t'engages-tu dans ce combat ?

  • 1:12OuverteRéponse directe

    Peut-on parler de Darmanin et de la corruption ?

  • 1:56RelanceRéponse directe

    Est-ce que l'affaire Darmanin peut être qualifiée de corruption ?

  • 4:17OuverteRéponse directe

    Anticor peut-elle se constituer partie civile sur ce dossier ?

  • 5:55OuverteRéponse directe

    Anticor n'aurait pas de raison d'être si le ministère public jouait son rôle ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:56PrésentateurFait
    « Est-ce qu'on ne peut pas l'accrocher ? Je parle en tant que citoyen et en tant que citoyen édifié par la nomination de cette personne au ministère de l'Intérieur sur l'aspect corruption, au-delà des histoires de viol et d'harcèlement sexuel, dont il est poursuivi, il y a une enquête judiciaire autour de ça. »
  • 2:21InvitéFait
    « C'est un peu ce qui est étonnant dans cette affaire, c'est que M. Darmanin s'est fixé sur sa défense par rapport au viol, et en se défendant par rapport au viol, il affirme, il assume des choses qui pourraient potentiellement être qualifiées autrement aussi au pénal et effectivement se posent la question de la corruption. »
  • 4:23InvitéFait
    « Alors si on devait considérer qu'il y a corruption, oui, absolument. C'est même le cœur de notre activité. »
  • 4:55InvitéFait
    « Et en fait, il y a des médias parfois qui disent qu'on déterre les affaires d'État, mais en fait, on ne les déterre pas, on empêche qu'elles soient enterrées. »
  • 5:06InvitéFait
    « un parquet qui est soumis hiérarchiquement au garde des Sceaux, c'est-à-dire qu'en pratique, c'est le ministère de la Justice qui décide de l'évolution de sa carrière, donc c'est quand même un peu les chocottes. »
  • 7:14InvitéFait
    « Anticor, créé en 2002, en gros, après le passage au second tour de Le Pen, devant un constat d'augmentation de l'abstention électorale, devant un constat d'augmentation du discours dégagiste, tous pourris, en disant que ce n'est pas le tous pourris, déjà c'est faux. »
  • 8:41InvitéFait
    « Au départ, Anticor était une association d'élus, principalement d'élus. »
  • 9:21InvitéFait
    « On a été traité d'officine de la gauche, de cellule dormante de la France insoumise. Donc, Anticor, aujourd'hui, est viscéralement transpartisane. »
  • 9:47InvitéFait
    « Nous, on a décidé qu'on n'aurait ni subvention publique, ni dons des entreprises. Donc, c'est quand même difficile côté financement. »
  • 10:55InvitéChiffre
    « C'est 35 euros par an. Et il y a une déduction fiscale de 66 %. »
  • 14:00InvitéChiffre
    « nous, Anticor, là, on a dépassé les 183 000 euros de dons. »
  • 15:10InvitéChiffre
    « En fait, il y a eu un rapport de la Cour des comptes qui explique que ça coûte une blinde. En carence, la fondation Louis Vuitton, en termes de déduction fiscale, c'est revenu à plus de 500 millions, il me semble. »
  • 16:49InvitéChiffre
    « Là, actuellement, on a environ une centaine d'affaires. »
  • 21:46InvitéFait
    « On est quand même en train de parler du numéro 2 de l'Élysée. »
  • 22:50InvitéChiffre
    « Il y a trois associations agréées aujourd'hui en France. »
  • 23:42InvitéFait
    « Notre agrément termine mi-février 2021. »
  • 29:07InvitéFait
    « il y a eu ça. Sur le sujet des lanceurs d'alerte aussi, il y a eu une sortie un peu malheureuse en disant que les lanceurs d'alerte étaient tous des balances. »
  • 30:21InvitéFait
    « l'affaire Colère, c'est un... Alexis Colère est secrétaire général de l'Élysée et il a fait des allers-retours entre des missions de services publics et la société MSC qui est en partie détenue par sa famille. »
  • 34:39InvitéFait
    « on a décidé de se constituer partie civile en janvier. »
  • 34:46InvitéFait
    « il y a des juges d'instruction qui ont été désignés. »
  • 35:27InvitéFait
    « dans l'affaire Guérini, effectivement, dont on attend la date d'audiencement. »
  • 35:57InvitéFait
    « la justice de manière générale n'est pas du tout en bon état en ce moment. »
  • 36:11InvitéFait
    « les affaires politico-financières étaient en moyenne beaucoup plus longues que d'autres affaires. »
  • 37:04InvitéFait
    « la question, c'est le rapport avec sa fonction, d'une part, et les conditions de passation des marchés publics. »
  • 37:14InvitéFait
    « la commande publique, c'est un montant hallucinant en France tous les ans et on perd probablement des centaines de millions chaque année en marché public attribué à des personnes sans mise en concurrence ou alors avec une mise en concurrence faussée. »
  • 39:35InvitéFait
    « Levalois est la première ou dans le top 3 des villes les plus endettées de France. »
  • 41:26InvitéFait
    « Il y a un dossier sur lequel on est bloqué qui sont les dépenses de communication du gouvernement Fillon. »
  • 42:07InvitéFait
    « C'est devant le tribunal judiciaire de Paris cette affaire et c'est sur les contrats qui ont été passés par Matignon sans respect des marchés publics. »
  • 42:18InvitéFait
    « Pas de publicité, pas de mise en concurrence. »
  • 44:30InvitéFait
    « ils appellent ça l'or gris »
  • 45:17InvitéFait
    « on avait fait un signalement dans ce dossier-là parce qu'on s'est rendu compte qu'il y a des entreprises qu'on appelle des entreprises adaptées c'est des entreprises qui doivent faire travailler 80% de personnes handicapées. »
  • 48:01InvitéChiffre
    « si je prends les chiffres entre la corruption et l'évitement fiscal illégal on est environ à 200 milliards d'euros par an de perdu pour les finances publiques. »
  • 49:50InvitéFait
    « Darmanin qui à l'époque était encore ministre des comptes publics avait dit qu'il avait créé une commission pour évaluer le coût de la corruption en disant votre évaluation m'a pas l'air très sérieuse je vais lancer une commission. »

Temps de parole

  • Invité69 %
  • Présentateur31 %

2,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Tout peut t'arriver, présenté par Denis Robert, plongé dans la corruption en France, avec Élise Van Beneden. Élise, je suis ravi de… Élise Van Beneden.

0:19
Invité

Van Beneden.

0:20
Présentateur

Van Beneden, donc t'es une affreuse belge ?

0:24
Invité

Oui, oui, trois quarts, trois quarts, un peu avéronnaise.

0:27
Présentateur

Tu es avocate ? Oui. Et tu es la présidente d'Anticor, et c'est à ce titre que j'ai eu vraiment très envie de t'inviter pour ce TPA estival, on va dire. Mais nous, toi comme moi, on travaille l'été pendant que plein de gens se coincent la lue. Donc, en tout cas, merci d'accepter de me répondre. Je voudrais qu'on parle très librement de toi, de pourquoi tu t'engages dans ce type de combat, de ce que ça représente, d'où on est Anticor aujourd'hui, et qu'on passe en revue un petit peu les affaires en cours. Et je ne te cache pas que j'ai assez envie de te parler de mon ministre de l'Intérieur. On peut peut-être commencer par ça, d'ailleurs. On y reviendra peut-être à la fin.

Anticor est une association anticorruption qui se constitue partie civile et qui est devenue très importante dans le paysage, puisque grâce à elle, sont révélées des affaires, des dossiers, et que bien souvent, elle pallie au manque de ministères publics, et elle arrive à faire ressortir des dossiers de corruption que des tas de gens aimeraient oublier. Et avant de revenir sur Anticor, rentrant dans ce qui m'apparaît être intéressant aujourd'hui, je viens d'en parler dans un édito, c'est Darmanin, ce nouveau ministre de l'Intérieur. Est-ce qu'on ne peut pas l'accrocher ?

Je parle en tant que citoyen et en tant que citoyen édifié par la nomination de cette personne au ministère de l'Intérieur sur l'aspect corruption, au-delà des histoires de viol et d'harcèlement sexuel, dont il est poursuivi, il y a une enquête judiciaire autour de ça. Mais est-ce que quand un élu de la République offre en échange de ses services, enfin demande ou offre ses services et en échange on lui propose un plan cul pour parler clairement, est-ce que ça n'est pas de la corruption ?

2:38
Invité

C'est un peu ce qui est étonnant dans cette affaire, c'est que M. Darmanin s'est fixé sur sa défense par rapport au viol, et en se défendant par rapport au viol, il affirme, il assume des choses qui pourraient potentiellement être qualifiées autrement aussi au pénal et effectivement se posent la question de la corruption. C'est ce qui était très étonnant dans la défense de M. Darmanin, c'est qu'en se défendant du viol, il dit « mais non, il y a eu consentement, elle est venue, elle avait un service à me demander ». Il n'a pas dit en contrepartie ou en échange, mais en gros qu'il y avait un espèce de deal.

Sauf que les demandes qui étaient faites, c'est des demandes que lui pouvait satisfaire ou alors demander à une autre personne de satisfaire dans le cadre d'une mission de service public. Donc effectivement, peut-être qu'il faudra que l'enquête se pose la question de la corruption, parce que c'est anormal, et d'aller voir un élu en lui proposant des faveurs sexuelles pour avoir un avantage. En l'occurrence, un HLM, quand on n'a pas de dossier pour un HLM, ça veut dire que d'autres personnes ont un dossier pour un HLM et que c'est eux qui devraient l'avoir. Donc tout ça, ce sont des dysfonctionnements du service public, de l'action publique. Donc c'est parfaitement anormal.

Après, ce qu'il faut quand même rappeler, c'est que dans ce dossier, si jamais il y a corruption passive de la part de M. Darmanin, il y a aussi corruption active de la part des personnes qui aujourd'hui ont porté plainte pour viol. Donc c'est pas si facile.

4:09
Présentateur

Il y a l'histoire de l'appartement HLM, mais il y a aussi la demande de retirer l'effacement, ce qui est la même chose. Donc sur un dossier comme ça, est-ce qu'Anticor peut se constituer partie civile ?

4:23
Invité

Alors si on devait considérer qu'il y a corruption, oui, absolument. C'est même le cœur de notre activité. En fait, Anticor, on agit sur la base de l'article 2-23 du Code de procédure pénale qui prévoit une liste d'infractions sur lesquelles on a le droit de se constituer partie civile, c'est-à-dire qu'on a le droit de représenter l'intérêt général, en fait. On estime qu'on est victime de corruption, qu'on est victime de prise illégale d'intérêt, de détournement de fonds publics, de concussions. Donc sur toutes ces infractions-là, même sur des infractions électorales, Anticor a le droit d'intervenir.

Et en fait, il y a des médias parfois qui disent qu'on déterre les affaires d'État, mais en fait, on ne les déterre pas, on empêche qu'elles soient enterrées. C'est-à-dire que dans le système judiciaire actuel, où quand on porte plainte, c'est le parquet qui, dans un premier temps, enquête, un parquet qui est soumis hiérarchiquement au garde des Sceaux, c'est-à-dire qu'en pratique, c'est le ministère de la Justice qui décide de l'évolution de sa carrière, donc c'est quand même un peu les chocottes. Et dans ce contexte-là, on peut avoir des procureurs qui ne se sentent pas à la liberté d'agir et qui classent une affaire.

Et il arrive qu'Anticor soit en désaccord avec les raisons de ce classement sans suite. Et que là, nous, on puisse agir dans cette mécanique judiciaire en allant chercher le dossier sur le bureau du proc et en l'amenant sur le bureau d'un juge d'instruction. C'est-à-dire qu'on a le droit de saisir un juge d'instruction qui, lui, est constitutionnellement indépendant et qui va pouvoir instruire un dossier en toute indépendance.

5:55
Présentateur

Donc, dans une France idéale où le ministère public jouerait son rôle de défense des intérêts des citoyens, Anticor n'aurait pas de raison d'être, en quelque sorte ?

6:07
Invité

Oui, je pense qu'Anticor, en tout cas, cet agrément existe pour pallier ce système qui est insuffisant, qui ne garantit pas suffisamment l'accès à la justice, qui ne garantit pas la lutte contre la corruption et les attentes à la probité, qui ne garantit pas suffisamment la séparation des pouvoirs. Donc, effectivement, on est un engrenage d'un système qui n'est pas satisfaisant. Donc, si jamais on coupe le cordon médical entre le ministère de la Justice et le procureur, on verra si on a encore des raisons d'adjure en justice.

Sinon, on continuera à aller dans les lycées, à expliquer pourquoi c'est important de lutter contre la corruption, pourquoi c'est important que nos dirigeants soient exemplaires.

6:45
Présentateur

Toi, tu es très jeune comme présidente, tu peux dire ton… J'ai 34 ans. 34 ans. Et tu es présidente d'Anticor depuis combien de temps ?

6:55
Invité

Depuis mars. Depuis mars. Mais moi, je me suis engagée à Anticor en 2008.

7:00
Présentateur

Est-ce que tu peux nous faire un rapide historique pour les gens qui ne connaissent pas Anticor ? Combien il y a des rangs ? Comment c'est né ? Comment ça a évolué ? Quelles sont vos perspectives ? Combien de dossiers vous traitez ? Etc.

7:13
Invité

Oui, oui. Alors, Anticor, créé en 2002, en gros, après le passage au second tour de Le Pen, devant un constat d'augmentation de l'abstention électorale, devant un constat d'augmentation du discours dégagiste, tous pourris, en disant que ce n'est pas le tous pourris, déjà c'est faux. Et il y a des élus qui sont très bien, il y a des élus qui se battent, qui représentent l'intérêt général, leur administrer. Et en plus de ça, le tous pourris encourage un renoncement démocratique qui est impossible dans une démocratie représentative.

Donc l'idée d'Anticor, ça a été de dire qu'il faut se battre contre les attentats à la propriété, contre les systèmes clientélistes, il faut se battre pour réhabiliter le lien de confiance, parce que sans lien de confiance, la démocratie telle qu'elle est en France aujourd'hui, ou en tout cas si on considère qu'elle est une vraie démocratie, ne peut pas continuer. Donc cette association a été créée par Éric Alphen et Séverine Tessier. Elle a été déclarée en 2003, et puis l'aventure a commencé.

8:23
Présentateur

Par Éric Alphen, pour ceux qui ne le connaissaient pas, à l'époque il était juge d'instruction, et Séverine Tessier était assistante d'un député ?

8:33
Invité

Elle était élue municipale à Clichy.

8:38
Présentateur

Donc c'était pendant les fameuses affaires de Clichy ?

8:41
Invité

Et en fait, au départ, Anticor était une association d'élus, principalement d'élus. Et en fait, au fil du temps, il y a une autre association qui s'est créée, qui s'appelle Les Amis d'Anticor, qui s'appelait Les Amis d'Anticor. Et puis au bout d'un moment, on s'est rendu compte que c'était ridicule d'avoir de structure, et que les élus et les citoyens avaient complètement vocation à se battre ensemble. Aujourd'hui, il y a moins d'élus à Anticor, il n'y en a quasiment plus, parce qu'on a tendance à être accusé dans tous les sens d'être politisé, d'être instrumentalisé. On a été traité d'officine de la gauche, de cellule dormante de la France insoumise.

Donc, Anticor, aujourd'hui, est viscéralement transpartisane. On ne sélectionne pas du tout les dossiers en fonction des partis politiques. Moi, la plupart du temps, je ne sais même pas à quel parti politique appartiennent les gens, parce que ce n'est pas vraiment ma culture. Et on est aussi radicalement indépendants, ce qui est très rare dans le milieu associatif, parce que nous, on a décidé qu'on n'aurait ni subvention publique, ni dons des entreprises. Donc, c'est quand même difficile côté financement. Donc, on est financé uniquement par les cotisations de nos adhérents et par le don de personnes physiques.

10:02
Présentateur

Par l'argent que vous pouvez récupérer dans les procès aussi, non ? Ça vous est arrivé quelquefois ?

10:07
Invité

Oui, mais en fait, ça nous arrive aussi de faire des deals avec les avocats. Ils gardent l'argent. Par exemple, ce n'est pas l'article 700, puisqu'on est au pénal, mais je ne suis pas pénaliste. Donc, c'est un autre article. On a parfois des frais d'avocat quand on gagne devant une juridiction. Et généralement, on a des accords. Enfin, très sincèrement, ce n'est pas une source de revenus telle qu'on peut en parler. Et puis, en même temps, on ne demande pas vraiment d'argent. Et puis, parfois, on est contre des élus qui ont la protection fonctionnelle. Donc, on n'a pas spécialement envie que ce soit la commune qui paye, en fait. Je comprends.

10:43
Présentateur

Il y a combien d'adhérents aujourd'hui à Anticor ?

10:46
Invité

On est environ à 4 300. 4 300 adhérents.

10:49
Présentateur

À jour de cotisation. Et pour adhérer, c'est combien, la cotisation ?

10:55
Invité

C'est 35 euros par an. Et il y a une déduction fiscale de 66 %. Donc, vraiment, ça ne coûte pas cher.

11:02
Présentateur

Un peu comme aux médias. Vous êtes une forme d'ONG, on peut dire que vous êtes une ONG ou pas ?

11:08
Invité

Ah ben oui, on a une association loi 1901. Oui, d'accord. Absolument.

11:12
Présentateur

Après, oui, Anticor, c'est… J'ai eu le sentiment, quand je t'écoute, que Anticor, quand même, ce n'est pas un long fleuve tranquille. Il y a des débats en interne. Il y a eu des conflits entre ceux qui étaient plutôt partisans, qui étaient des élus, qui restent à Anticor. D'autres qui le refusent. Enfin, comment ça se passe ? Vous avez un conseil d'administration. Toi, tu es nommée par ce conseil d'administration, ou tu es élue. Quel est le…

11:40
Invité

Alors, on a un conseil d'administration qui a 21 personnes, qui sont toutes bénévoles. Moi, j'ai été élue par l'AG, puisque j'étais tête de la liste qui a obtenu le plus de voix. Et après, c'est à la proportionnelle, avec un bonus pour celui qui fait le plus de voix. Parmi ce conseil d'administration, on a un bureau de 7 personnes, qui sont vraiment ceux qui bossent 5 heures par jour, bénévolement. Et à côté de ça, on a deux salariés. Il y a une juriste. Tu es salariée ? Non, je ne suis pas salariée. Non, je suis bénévole.

12:18
Présentateur

Tu es bénévole, donc tu passes combien de temps à Anticor chaque semaine ?

12:23
Invité

On peut compter par jour. Je pense que je suis plus à 4-5 heures par jour.

12:28
Présentateur

Et à côté de ça, tu es avocate. Donc, tu vis de tes honneurs avocates dans le privé, on va dire. Et tu n'es pas du tout avocate pour Anticor, évidemment, puisque tu es un peu au conflit d'intérêts.

12:40
Invité

Non, je ne suis pas du tout avocate pour Anticor. Ça m'arrive d'aller défendre Anticor, mais je ne suis pas rémunérée. Et puis, je ne me présente même pas comme avocate. Je ne vais pas plaider avec ma robe. Je me présente comme présidente d'Anticor. Ça m'est arrivé récemment devant le tribunal administratif, par exemple, parce qu'on a un litige qui concerne la fondation Louis Vuitton, qui ne veut pas nous donner ses comptes. Et en fait, on nous a opposés dans ce litige. Donc, on faisait une demande d'accès à des documents administratifs. C'est que tout citoyen peut accéder aux documents administratifs.

Sauf qu'il y a de plus en plus d'exceptions, malheureusement, à la communication de documents administratifs. C'est bête parce que c'était vraiment une belle évolution de la société, de dire que ça y est, les citoyens sont grands, en fait, ils peuvent... Et puis, ils ont le droit de demander des comptes. Ils ont le droit d'aller demander des documents, de vérifier, d'être actifs, des citoyens actifs. On m'a carrément opposée dans ce litige, parce que j'ai vraiment halluciné. On m'a opposée la vie privée de cette personne morale qu'est la fondation Louis Vuitton. Donc, en fait, là, maintenant, on a le secret des affaires.

13:48
Présentateur

Et ils ne sont pas publiés à une affreinte quand ils ne publient pas leurs comptes ?

13:52
Invité

Alors, il y a des obligations de publication des comptes, mais en fait, c'est souvent lié aux dons qu'on reçoit. Par exemple, nous, Anticor, là, on a dépassé les 183 000 euros de dons. Donc, cette année, on doit publier nos comptes. Donc, on est en train de le faire. Une fondation, en fait, les fondations d'entreprise, ce qui est la fondation Louis Vuitton, c'est un mécanisme qui est un peu différent. C'est une loi qui s'appelle la loi Aiguillon, qui a créé ce système qui fait qu'un groupe d'entreprises peut créer une fondation qui a le même nom qu'elle, mais évidemment, on ne lui fait pas de la pub. Et les entreprises de ce groupe peuvent lui donner de l'argent.

et cet argent est déductible fiscalement sur l'impôt sur les sociétés à hauteur d'environ 60 %. Donc, c'est quand même vachement sympa. Ça coûte quand même... C'est beaucoup plus satisfaisant que de payer une prestat de communication. Et puis, ça permet à un grand mania du luxe de décider de grandes orientations stratégiques dans le domaine de la culture et de vendre aussi une image de marque. Et ça coûte une blinde. En fait, il y a eu un rapport de la Cour des comptes qui explique que ça coûte une blinde. En carence, la fondation Louis Vuitton, en termes de déduction fiscale, c'est revenu à plus de 500 millions, il me semble. J'espère que je ne dis pas de bêtises.

Je suis un peu nulle avec les chiffres. Et donc, elles, elles n'ont pas l'obligation de publier leur comptabilité. Par contre, elles doivent les donner au préfet chaque année. Et en fait, à partir du moment où le préfet a entre ses mains un document, ça devient un document administratif. Donc, ils ne nous ont pas dit que ce n'était pas un document administratif. Mais en revanche, ils nous ont dit non, on ne vous le communique pas parce que ça porte attente à la vie privée de la personne morale qui est la fondation Louis Vuitton, ce qui est hallucinant.

15:53
Présentateur

À l'argument très spéciux, quoi.

15:55
Invité

Oui, et puis en plus, dans la loi Aiguillon, en fait, on dit que ce système de déduction est possible parce que ce sont des dépenses d'intérêt général. Donc, en fait, on ne voit pas où elle est la vie privée. À partir du moment où les dépenses sont des dépenses d'intérêt général, la comptabilité ne peut pas relever de la vie privée, comme elle ne peut pas relever du secret des affaires.

16:12
Présentateur

Combien vous avez traité de dossiers depuis le début à Anticor et combien vous avez d'affaires en cours en ce moment ?

16:20
Invité

Alors, depuis le début, je ne sais pas. En fait, en réalité, le chiffre n'est pas très différent parce que, tu sais, les affaires politico-financières sont des affaires de longue haleine. On en a très peu qui sont terminées, en fait. Si tu prends les sondages de l'Elysée, en fait, j'ai vérifié l'autre jour, on s'est constitué partie civile en février 2010.

16:38
Locuteur non identifié

Ah oui.

16:39
Invité

Donc, parfois, je rigole. C'est pour ça qu'on a beaucoup, beaucoup d'affaires. C'est que moi, je suis très impatiente. Du coup, je ne m'ennuie jamais. Il se passe toujours quelque chose. Là, actuellement, on a environ une centaine d'affaires.

16:51
Présentateur

Une centaine. Et vous avez combien d'avocats qui travaillent pour vous ?

16:55
Invité

Je n'ai pas fait le calcul. On a un avocat institutionnel qui est Jérôme Carsenti qui doit gérer environ un tiers de nos affaires. et on doit avoir, par ailleurs, une quinzaine d'autres avocats. D'accord. Il y en a qui interviennent pro bono, donc gratuitement. Et voilà, il y en a qui sont... La plupart du temps, moi, je suis assez pour les rémunérer. Je ne demande pas aux gens de devenir bénévole tout le temps.

17:21
Présentateur

En plus, c'est beaucoup de travail. Est-ce que toi, à titre personnel, ça ne pose pas des problèmes vu l'implication que tu as qui m'a l'air assez forte puisque tu es quand même assez présente. Tu animes tout ça avec beaucoup d'implication. Donc, est-ce que ça ne nuit pas à ta vie professionnelle ?

17:40
Invité

Si, bien sûr. Si je devais mettre le temps et l'énergie que je mets dans l'anticorps dans mon cabinet, je pense que j'aurais plus d'argent. Mais en même temps, si je suis là, c'est que je ne suis pas vraiment obsédée par l'argent. Et je suis passionnée par l'anticorps comme je suis passionnée d'ailleurs par mon métier aussi. Je défends des salariés. C'est quelque chose qui me plaît énormément. Je travaille dans d'autres domaines aussi. Peut-être que pour la vie personnelle, c'est peut-être ça en fait.

Parce que quand tu mets ensemble une activité militante hyper prenante et un métier avocat qui n'est vraiment pas un métier facile, c'est plus le temps que tu gardes pour ta vie privée qui peut être embêtant. Je pense qu'il faut se battre. Il faut se battre pour l'avoir. Il faut se battre pour l'avoir. Et je trouve qu'il faut sortir de son monde un peu aussi. Quand tu travailles dans une boîte, je ne dis pas que c'est facile de rentrer chez soi et de penser à autre chose. Mais au moins, tu as une séparation entre déjà physique, entre ton lieu de travail et chez toi. Quand tu es bénévole, quand tu es avocat, en fait, la journée, elle peut aussi ne jamais terminer.

Donc, en fait, il faut se défendre. Il faut défendre

18:50
Présentateur

sa vie privée. Je comprends très bien ce que tu me dis. Qui décide et comment vous décidez les dossiers sur lesquels vous allez vous attaquer ? Est-ce qu'il y a une commission chez vous ou est-ce que toi, tu as une relativement bonne latitude pour dire, je vais y aller ?

19:10
Invité

Non, moi, je n'ai aucune latitude. En fait, en anticorps, je te disais qu'on a un conseil d'administration avec 21 personnes, mais en fait, on a aussi des groupes locaux dans les départements. On a 89 groupes locaux, donc on est sacrément présents un peu partout en France. Donc, il y a des dossiers qui sont gérés par les groupes locaux, énormément d'ailleurs, ce sont eux qui reçoivent les alertes sur leur département et eux, ils ont l'autonomie de faire des signalements, c'est-à-dire qu'ils peuvent monter des dossiers et les envoyer au procureur de la République. Donc, un signalement, ce n'est pas une plainte. Quand tu fais un signalement, tu ne prends pas un rôle judiciaire.

C'est juste que n'importe quel citoyen peut faire un signalement, dire au procureur voilà ce qui se passe, je pense que c'est qualifiable pénalement, voici les pièces, etc. Donc ça, ils peuvent le faire en espérant que le procureur bouge et si le procureur ne bouge pas, généralement, ils font remonter le dossier au conseil d'administration. Et donc, au même titre que les groupes locaux peuvent faire des signalements, le bureau d'anticorps peuvent faire des signalements. En revanche, quand il s'agit de porter plainte, c'est-à-dire de prendre un vrai rôle actif, procédural, là, c'est le conseil d'administration qui décide uniquement.

20:19
Présentateur

D'accord. Et depuis 2002, donc depuis 18 ans, quand vous avez démarré, vous n'étiez pas habilité pour vous constituer parti civil. Là, aujourd'hui, vous avez une sorte d'habilitation d'État qui est renouvelable. Comment ça se passe ?

20:32
Invité

Alors en fait, au départ, on n'était pas dans les procès. Je crois qu'on a commencé avec les sondages en 2010. Peut-être qu'il y a eu une autre affaire avant. Et en fait, à cette époque-là, on se constituait parti civil dans les procès sur la base d'une jurisprudence qui est la jurisprudence des biens mal acquis qui a été obtenue par Transparency, France, International France. Et en fait, c'est une jurisprudence qui disait que les assos qui ont au moins 5 ans, qui ont une activité sérieuse, peuvent se constituer parti civil dans ce type de procès. Et en fait, après le scandale Cahuzac, il y a un agrément qui a été créé. Donc ce que je te disais, c'est l'article 2-23.

En fait, l'article 2-23 du Code de procédure pénale prévoit cet agrément. Et cet agrément, il faut le demander. Malheureusement, il faut le demander aux gardes des sceaux. Donc, il faut le demander à l'exécutif. Ce qui est, pour nous, paradoxal, étant donné qu'on est aussi là pour challenger, voire mettre l'exécutif devant ses responsabilités. Et bon, on n'y est pas allé de main morte. Anticor est connu pour ça. Rien ne nous fait peur en soi. Donc, s'il faut s'attaquer à quelqu'un d'extrêmement puissant, on le fait. Là, récemment, on a eu le dossier Colère. On est quand même en train de parler du numéro 2 de l'Elysée. C'est quelqu'un qui est extrêmement puissant en France.

donc, il faut y aller. Et nous, on y va. Et donc, là, on se retrouve dans une période de renouvellement de cet agrément qui ne dure que 3 ans. Avec ce sentiment un petit peu désagréable d'avoir à demander à un exécutif qu'on irrite probablement, qu'on dérange probablement, de renouveler l'instrument qui nous permet de continuer à le déranger. Oui,

22:19
Présentateur

c'est très paradoxal et en même temps, quel dossier vous produisez pour obtenir l'agrément et est-ce qu'ils peuvent vous retirer un agrément sans justifier les raisons pour lesquelles ils le retirent ? Comment ça se passe ?

22:32
Invité

Le retirer, ils peuvent le faire s'ils estiment que les conditions ne sont pas remplies. Ce n'est jamais arrivé. Ce qui est arrivé l'année dernière, c'est que l'association Sherpa, qui est une autre association agréée, n'a pas obtenu tout de suite son renouvellement. Donc, il y a eu une petite période de crise. En fait, il y a trois associations agréées aujourd'hui en France. Donc, c'est très peu. Il y a Transparency International France qui fait finalement peu de contentieux. Ils sont concentrés sur d'autres sujets. Il y a Sherpa qui fait pas mal de contentieux et qui a des très belles affaires et ce sont plus des affaires internationales.

Donc, finalement, sur les affaires françaises, bon, à part Anticor, il n'y a pas grand monde. On porte quand même beaucoup de dossiers, beaucoup de responsabilités et donc, on doit demander ce renouvellement et dans ce dossier, qu'est-ce qu'il y a ? Il y a notre rapport financier, notre rapport moral, la liste de nos dirigeants, une présentation de l'association. Voilà, c'est à peu près tout. le nombre d'adhérents. Comme ça, c'est très simple en fait. C'est présenté de manière très simple.

23:36
Présentateur

Et là, c'est quand l'échéance, la prochaine pour l'habilitation ?

23:42
Invité

Notre agrément termine mi-février 2021.

23:46
Présentateur

D'accord.

23:47
Invité

Donc là, on est dans un process de renouvellement parce que en fait, tu envoies le dossier au garde des Sceaux et le garde des Sceaux a quatre mois pour répondre. S'il ne répond pas, on considère que c'est un refus implicite. Et là, tu peux aller devant le tribunal administratif pour contester le refus éventuellement.

24:05
Présentateur

Mais on peut l'imaginer, comment Anticor a réagi à la nomination d'Éric Dupond-Moretti, garde des Sceaux ?

24:12
Invité

Pas très bien, mais peut-être pas à raison. On a été un peu dans la stupeur parce que Dupond-Moretti est une personne qui, sur les plateaux télé, s'est énervée à conspier contre la tyrannie de la transparence. Nous, on n'est pas du tout d'accord avec ça. On pense au contraire que la transparence est hyper importante et on pense d'ailleurs qu'il y a de plus en plus d'opacité dans ce monde. Donc, il n'y a pas de tyrannie de la transparence. C'est que Dupond, il a adopté le langage de certains élus qui disent « Non mais attendez, je ne sais pas, vous ouvrez mes tiroirs, videz mes poches. » Mais ce n'est pas ça qu'on leur demande.

Ils ont une mission de service public, ils gèrent de l'argent public. La transparence, c'est la moindre des choses. Leur vie privée ne nous intéresse pas. La question, c'est qu'est-ce qu'ils font dans le cadre de leur mission ? Donc, il y a eu ça. Sur le sujet des lanceurs d'alerte aussi, il y a eu une sortie un peu malheureuse en disant que les lanceurs d'alerte étaient tous des balances. Je rends compte pour nous l'impact de ça. Ça fait des années qu'on accompagne des lanceurs d'alerte. Parfois, on ne les voit pas d'ailleurs parce qu'on ne les montre pas pour les protéger parce qu'on sait à quel point la législation sur la protection des lanceurs d'alerte aujourd'hui est insuffisante.

On sait qu'il y a des gens qui ont des vies brisées, on les a vues. Il y a beaucoup de gens qui se font virer, il y a des gens qui se font brûler leur maison, il y a des gens qui font des dépressions. On sait très bien tout ça, la difficulté de cette lutte-là qui en plus est une lutte désintéressée dans l'intérêt général. Donc, arriver derrière ça, entendre que les lanceurs d'alerte sont des balances, évidemment, ça ne place pas la relation.

25:58
Présentateur

Il remplace une garde des Sceaux, je ne sais pas quel est ton avis sur la gestion du ministère de la Justice par Nicole Belleway qui, depuis des décennies, enfin, personnellement, je n'avais jamais vu une garde des Sceaux aussi insipide, aussi aux ordres de l'Élysée et aussi peu respectueuse.

26:21
Invité

Oui, je pense qu'elle a fait des réformes, mais là, je parle en tant qu'avocate qui sont désastreuses. elles compliquent les procédures et au bout d'un moment, on a l'impression que la complexité des procédures est faite pour désengorger les tribunaux, en fait. Ça devient de plus en plus tellement difficile d'accéder à la justice à cause de la distance territoriale, évidemment, mais aussi à cause de la complexité des procédures.

Elle impose beaucoup de médiations aussi et ces médiations, en fait, c'est une sorte de renoncement de l'État sur une mission régalienne parce que la médiation, c'est hors justice, c'est privé, c'est payant, c'est pas pris en charge, par exemple, à la juridictionnelle. Donc, comme tout, comme sur énormément de services publics, on assiste à un désengagement de l'État et à une privatisation.

27:15
Présentateur

D'accord. Je reviens à Dupond-Moretti, quand même, il a eu des propos sur l'indépendance du parquet qui peuvent aller dans le sens d'une justice un peu plus indépendante, justement, non ?

27:28
Invité

Il faut voir comment il compte le faire, en fait, parce que, oui, il a dit sur l'indépendance du parquet, je ferais quelque chose, mais en même temps, il a dit qu'il n'était pas pour la rupture totale en ressortant cet argument que...

27:41
Présentateur

Pardon ? Il veut donner plus de pouvoir au CSN ?

27:45
Invité

Oui, sur la nomination.

27:47
Présentateur

Oui, ce qui serait pas un mal, non ?

27:49
Invité

Ah non, non, c'est bien. De toute façon, on peut aller voir sur notre site internet, on a 30 pages de propositions sur l'indépendance de la justice.

27:57
Présentateur

Je suis allé voir.

27:58
Invité

Et donc, on parle aussi des conditions de nomination, évidemment, mais je ne sais pas quelle était sa position avant, mais il a redit que, comme le gouvernement définit la politique de la nation, on ne peut pas couper ce lien. Mais en fait, l'impact de ça est tellement... est tellement mince que pour nous, ça nous semble être une fausse excuse pour ne pas couper un lien hiérarchique qui est bien confortable pour le pouvoir.

28:30
Présentateur

Et là, compte tenu du climat politique, de sa personnalité, je le vois mal comme ça au feeling. Mon avis vaut ce qui ne vaut que mon avis, mais interdire une association comme la vôtre ou ne pas vous accorder l'agrément. c'est un immense scandale et une atteinte à ce qui quand même lui est cher, c'est-à-dire la sérénité de la vie démocratique. Vous êtes aujourd'hui d'utilité publique.

28:56
Invité

Oui, je ne sais pas s'il voit les choses comme ça aujourd'hui. Après, en fait, on va le laisser s'installer dans sa chaise et prendre ses habits de ministre. Mais c'est vrai que nous, on l'a eu en face de nous dans le procès Balkany, par exemple. Et très clairement, il n'avait pas une haute idée d'anticorps. Comme beaucoup de personnes critiquent anticorps en disant qu'on est un parquet bis, qu'en nous donnant l'agrément, on privatise la justice. Ce sont des arguments comme ça. Alors qu'on voit bien que dans les affaires Ferrand, Colère, en fait, si anticorps n'était pas là...

29:30
Présentateur

On peut parler un peu de ces différentes affaires, enfin, où sont les procédures, un peu ton avis éclairé, puisque tu connais les dossiers en tant que président de l'anticorps. C'est évidemment que j'étais en tête de... Il y en a tellement, mais l'affaire Colère est quand même particulièrement significative de la privatisation de l'État et de la mainmise d'une sorte de petit groupe de gens qui, il y a colère, ils sont à trois ou quatre à diriger ce pays et colère, il y a quand même une belle grosse casserole accrochée à son arrière-train. Non ?

30:05
Invité

Oui, en fait, il y a plein de choses qui ressortent de ça. Effectivement, il y a l'intérêt privé, et ça, il faut quand même le répéter, c'est quand même pas compliqué.

30:13
Présentateur

Tu peux faire un certain de synthèse d'historique, rappeler ce que c'est que l'affaire Colère pour les gens qui ne la connaissent pas ?

30:19
Invité

Oui, en fait, l'affaire Colère, c'est un... Alexis Colère est secrétaire général de l'Élysée et il a fait des allers-retours entre des missions de services publics et la société MSC qui est en partie détenue par sa famille. Donc, il avait un intérêt personnel dans MSC via ses liens, je crois que ce sont des cousins, et parallèlement, ce qui lui est reproché, c'est d'avoir, dans sa mission de service public, participé à des prises de décisions ou ce qu'on appelle le contrôle qui influait sur cette société MSC qui était susceptible de la privilégier. Et en fait, il a siégé au conseil d'administration de STX, donc les chantiers.

31:15
Présentateur

C'est une compagnie maritime MSC qui font du tourisme ?

31:19
Invité

MSC, oui, ils font du transport maritime, donc ils font du transport de personnes, la croisière s'amuse et il me semble qu'ils font aussi beaucoup de croisières de transport de marchandises. Oui, c'est ça. C'est un des plus gros armateurs au monde, c'est une très, très grosse boîte. Et donc, en fait, à partir du moment où un élu a des intérêts personnels dans un dossier, ton frère est dans telle boîte, tu as des participations dans telle autre boîte, tu voudrais aller travailler dans telle boîte, en fait, il faut juste se déporter, c'est-à-dire ne pas bosser sur ces dossiers-là.

Qu'on ait l'intention d'influencer la décision ou tout simplement pour ne pas donner une mauvaise image du service public.

32:00
Présentateur

Donc, dans cette affaire colère, la jeunesse, c'est quoi ? C'est une plainte déposée par quelqu'un ? C'est une ouverture d'information ? Il y a eu une enquête

32:07
Invité

près de l'invier ? Oui, en fait, c'est parti d'une enquête de Martine Orange de Mediapart et il y a plusieurs volets qui sont sortis parce qu'en fait, elle en a appris au fur et à mesure et du coup, nous aussi, on a appris au fur et à mesure que les articles étaient publiés. Donc, en fait, on a déposé trois plaintes simples successives. Il y a une enquête qui a été ouverte au Parquet National Financier qui est cette juridiction spécialisée dans les affaires politico-financières, dans les affaires complexes qui a une compétence concurrente avec tous les parquets de France et qui a été créée d'ailleurs aussi après l'affaire Cahuzac et qui est mise en cause en ce moment.

Et donc, il y a une enquête qui a été ouverte qui a été confiée à la BRDE, une brigade de répression de la délinquance économique et la BRDE a enquêté pendant un an ce qui est un délai à peu près normal aujourd'hui. Et donc, ils ont rendu les conclusions de leur enquête en juin 2019 et dans les conclusions de cette enquête, le commissaire en charge de l'enquête était favorable aux poursuites contre Alexis Collaire. Et en fait, il y a eu un mois après, un mois à peu près après, un deuxième rapport de conclusion d'enquête, ce rapport-là étant dit définitif avec une bonne dizaine de pages tronquées et du coup, là, le rapport qui dit rien à voir circuler.

Il n'y a pas matière à poursuite et c'est sur la base de ce deuxième rapport que le Parc national financier a classé l'affaire en août 2019. Et en fait, nous, on a eu le classement de l'affaire, on s'est dit bon, qu'est-ce qui se passe ? On aimerait connaître les conclusions du commissaire, du coup, on a demandé le dossier et dans ce dossier, on s'est rendu compte qu'entre les deux rapports, il y avait eu une lettre d'Emmanuel Macron, la fameuse, qui avait été versée au dossier. Il y a beaucoup de personnes qui ont dit c'est normal, c'est la lettre de l'employeur, c'est normal qu'un employeur dise il a traité tel ou tel dossier.

Ce n'est pas un argument c'est un an d'enquête, il n'était pas intervenu et qu'en revanche, il y avait beaucoup de personnes qui avaient attesté à peu près la même chose que lui. Du coup, on en vient à se demander pourquoi est-ce qu'on vous dit 15 fois la même chose mais quand c'est le président de la République qui le dit, là, ça change tout au rien les conclusions d'une enquête d'un an de la BRDE. Donc, sur ce dossier, on a décidé de se constituer partie civile en janvier.

34:41
Présentateur

Et on est où la procédure aujourd'hui ?

34:44
Invité

Ça va prendre du temps. Là, il y a des juges d'instruction qui ont été désignés.

34:48
Présentateur

D'accord. J'ai lu dans le journal qu'une des raisons pour Colère était quand même dans les castings de premier ministre il était en tête de gondole et qu'une des raisons pour lesquelles il n'aurait pas été choisi était cette instruction en cours.

35:09
Invité

Oui.

35:10
Présentateur

On ne va pas faire d'autres commentaires. dans les autres grosses affaires en ce moment, vous êtes sur quel front ? Est-ce que vous êtes sur Marseille dans les affaires Guérini ? Au Média, on est parti civil

35:26
Invité

dans l'affaire Guérini, effectivement, dont on attend la date d'audiencement. C'est très long aussi, c'est encore très très long. Je vais ouvrir mon fichier parce que c'est tellement complexe que je vais voir de quel dossier je peux te parler.

35:40
Présentateur

Est-ce qu'il y a eu une affaire en France comme ça ou dans des affaires de corruption où ce n'est pas long, où la justice a été non pas rapide mais a eu un fonctionnement à peu près normal ? Ou est-ce que c'est du jamais bon ?

35:54
Invité

Tu sais, la justice de manière générale n'est pas du tout en bon état en ce moment. Donc non, généralement c'est très long. Mais il y a eu un rapport, alors je ne me souviens plus de quel service c'est, c'est un service du ministère de la justice qui démontrait que les affaires politico-financières étaient en moyenne beaucoup plus longues que d'autres affaires. Donc ça traîne quand même des pattes sur les sujets de probité. Après, quand tu vois une affaire comme les sondages de l'Elysée, en fait, à chaque fois qu'il y a une décision, il y a un appel et il y a un recours devant la cour de casse. Donc tout le monde ne fait pas ça en fait.

on s'attaque généralement à des personnes qui ont des avocats et qui probablement veulent faire durer.

36:43
Présentateur

Les sondages de l'Elysée, c'était sous Sarkozy ?

36:45
Invité

Oui.

36:46
Présentateur

C'était buissant de ces affaires-là ?

36:49
Invité

Oui, absolument.

36:50
Présentateur

Et là,

36:50
Invité

c'en est où ? Les sondages, on attend.

36:55
Présentateur

C'est-à-dire, le scandale était que Sarkozy s'offrait des sondages avec de l'argent public ?

37:03
Invité

Oui, la question, c'est le rapport avec sa fonction, d'une part, et les conditions de passation des marchés publics. Parce que les marchés publics, ce n'est pas très sexy, mais en fait, la commande publique, c'est un montant hallucinant en France tous les ans et on perd probablement des centaines de millions chaque année en marché public attribué à des personnes sans mise en concurrence ou alors avec une mise en concurrence faussée. En fait, on perd un pognon de dingue

37:30
Présentateur

pour dire comme ça. Tout à l'heure, tu parlais de Balkany, si vous n'aviez pas été là, est-ce que l'affaire Balkany serait allée à son terme ?

37:38
Invité

Ah oui, l'affaire Balkany, ce n'est pas nous qui l'avons portée, c'est Sherpa. En fait, nous sommes allés au procès parce que Sherpa n'avait pas le renouvellement de son agrément. Donc, on s'est pointé au procès. Il se trouve qu'il y a eu un couac de procédure provoquée par Éric Dupond-Moretti parce qu'il a demandé le dépaysement de l'affaire en disant que notre vice-président Éric Halt étant juge au TGI de Paris, encore à l'époque, ça créait un risque d'impartialité du tribunal. Donc, il fallait délocaliser. C'est ça, le dépaysement, c'est une délocalisation d'une affaire judiciaire.

Et donc, notre intervention a duré 15 minutes puisque le PNF est descendu de sa tour à exploser les portes de celle d'audience. Il nous a regardés avec des gros yeux et on a décidé assez rapidement qu'en fait, même si on ne considérait pas que c'était sérieux comme argument et d'ailleurs, la Cour de cassation a jugé après que ce n'était pas fondé du tout, qu'il n'y avait pas de problème d'impartialité. par contre, il y avait un risque que ça retarde le procès et ça, clairement, on ne voulait pas. Donc, en fait, on a retiré notre constitution de partie civile et voilà, c'est vraiment le procès dans lequel on a été partie civile le moins longtemps.

38:59
Présentateur

Tu as vu l'épilogue Balkany qui danse le jour de la fête de la musique ? C'est assez érange cette image, cette manière qui l'a de narguer.

39:10
Invité

Oui, oui, ça crée histoire les Balkany. Ils font rigoler aussi mais en fait, c'est terrible les personnes comme ça qui font rigoler parce qu'en fait, ça dédramatise complètement le sujet. C'est difficile après de venir dire que c'est un drame ce qui s'est passé à Levalois dans des années.

39:30
Présentateur

C'est un drame justement, cette corruption à Levalois ?

39:34
Invité

Aujourd'hui, Levalois est la première ou dans le top 3 des villes les plus endettées de France. C'est ça le drame, c'est qu'en fait, il y a une addition à payer et c'est les habitants de Levalois qui vont la payer et puis les maires d'après, en fait, ils n'ont pas de sous pour les projets, pour les services publics. C'est ça le drame dans ce dossier-là et puis c'est le clientélisme en fait. C'est terrible à observer pour nous de se dire qu'en fait, les gens en arrivent à un point où ils vont solliciter des services publics auxquels ils ont le droit mais qu'on ne leur donne pas, qu'on leur donne en faisant genre de leur rendre un service alors qu'il y a droit en France aux services publics.

Et donc, il y a ce mécanisme-là où on s'attire une espèce de sympathie, de baronine. Tu vois, l'effervescence envers les Balkanies à Levalois, ils sont fous. C'est Pierre-Emmanuel Barré qui disait c'est le syndrome de Bruxelles, c'est comme le syndrome de Stockholm sauf que la victime est particulièrement conne. En même temps, ils ne sont pas cons, ce n'est pas du tout ce que je veux dire.

C'est qu'on arrive à renverser la situation pour qu'une situation qui est une situation violente d'emprise sur les services publics, de sous-financement, enfin quelque chose d'une situation insatisfaisante, tourne à ton avantage en passant pour le héros alors que tu n'es pas le héros, en fait, tu es le bourreau de cette situation-là. Donc psychologiquement, c'est probablement très efficace à regarder de l'extérieur. C'est vraiment rageant. C'est vraiment rageant ce type de comportement.

41:15
Présentateur

Est-ce qu'il y a des dossiers en cours ou des affaires qui sont compliquées, qui sont méconnues du grand public et qui révèlent des faits de corruption scandaleux avec beaucoup d'argent sur lesquels vous travaillez en ce moment que tu as en tête ?

41:33
Invité

Je voudrais parler. Il y a un dossier sur lequel on est bloqué qui sont les dépenses de communication du gouvernement Fillon. On n'arrive pas à avancer. Le dossier, le juge n'avance pas, on n'arrive pas à peser sur ce dossier.

41:51
Présentateur

C'est le parquet qui freine ou c'est la politique qui ne fait rien ?

41:55
Invité

Je ne sais pas s'il glande ou s'il est désintéressé. Peut-être qu'il considère que le dossier est trop vieux, on a du mal à savoir. Peut-être qu'on nous a demandé... C'est un parquet

42:02
Présentateur

qui est urgent et c'est quelle juridiction ?

42:05
Invité

C'est devant le tribunal judiciaire de Paris cette affaire et c'est sur les contrats qui ont été passés par Matignon sans respect des marchés publics. Pas de publicité, pas de mise en concurrence.

42:21
Présentateur

Et ça représente quelle somme ? De l'ordre ?

42:24
Invité

Je ne saurais pas te dire. Je ne saurais pas te dire. C'est dommage mais je n'ai pas la réponse.

42:29
Présentateur

Le nom du magistrat, tu l'as en tête ? Tu peux le dire ou c'est indélicat ?

42:33
Invité

Je ne vois pas vraiment le... Je l'ai le nom du magistrat mais je ne vois pas vraiment quel serait l'objectif. On ne va pas non plus le menacer. On essaie d'avoir des bons rapports avec la justice et on sait aussi qu'elle est sous-financée. On a parlé beaucoup des hôpitaux et bien sûr que c'est un drame ce qui passe à l'hôpital. Mais je pense que dans les prochains mois, prochaines années, on va beaucoup parler de la justice.

42:58
Présentateur

Tu as vu qu'on a sorti plusieurs d'affaires aux médias dont à mes yeux ça fait un moment quand même que je m'intéresse à ces questions. Mais je trouve qu'on a touché le front au moment du Covid avec les deux tournements de fonds dans les EHPAD privés et la manière dont les... Tu as suivi ça un tout petit peu ou pas du tout ? Des détournements de fonds, non ? Non, c'est-à-dire les grosses boîtes qui gèrent les EHPAD et qui ont toutes des... Enfin, deux d'entre elles en tout cas ont...

Maxime Rénailly a remonté les filières et a découvert des comptes dans les paradis fiscaux et d'un côté donc tu as des gens qui meurent, tu as des restrictions de personnel, tu as des salariés qui sont complètement spoliés et à l'autre bout de la chaîne tu as des actionnaires en petit nombre qui émargent dans les paradis fiscaux à hauteur de plusieurs centaines de millions d'euros sur l'ensemble des groupes et là il y a une forme de... Est-ce que c'est de la corruption ?

Non, mais c'est une forme de détournement de fonds publics puisque c'est une partie des économies de ces vieillards qui finit dans les paradis fiscaux et puis pour l'autre partie c'est l'argent de la sécurité sociale puisque les gens se remboursent et puis cet argent file aussi vers ses ailleurs c'est un... si tu veux c'est un... c'est difficile de hiérarchiser les scandales mais celui-là est de l'ordre de la... enfin on spécule sur la vieillesse et sur la mort surtout de ses yeux Oui,

44:29
Invité

ils appellent ça l'or gris

44:30
Présentateur

l'or gris Oui, c'est terrible Vous n'êtes pas impliqué dans ces histoires ? Vous n'avez pas de...

44:36
Invité

Non, non, non, je n'ai pas vraiment suivi ce dossier-là Je n'en avais

44:42
Présentateur

de t'envoyer

44:43
Invité

On l'a suivi un petit peu

44:45
Présentateur

C'est un peu comme dans les dossiers des HCLM chez Anticor pour qu'Anticor se constitue partie civile on glisse un billet Oui,

44:59
Invité

un billet c'est plus pratique comme ça je peux le mettre dans ma poche Voilà,

45:02
Présentateur

c'est ça J'essaie de blaguer mais le sujet est sérieux Est-ce que tu as vu qu'il y a eu un... Pardon, tu voulais dire quelque chose ?

45:10
Invité

Non, je vais dire qu'on a agi dans un dossier qui concerne l'AGFIP En fait, on avait fait un signalement dans ce dossier-là parce qu'on s'est rendu compte qu'il y a des entreprises qu'on appelle des entreprises adaptées c'est des entreprises qui doivent faire travailler 80% de personnes handicapées donc c'est un mécanisme qui a été créé pour favoriser l'emploi des personnes handicapées et en fait, à partir du moment où tu es une entreprise adaptée tu peux faire des factures à tes clients en leur donnant des unités bénéficiaires et les unités bénéficiaires permettent à ces sociétés de ne...

de moins ou de ne pas cotiser l'AGFIP c'est-à-dire que ça baisse leur charge et ça me fait penser à ça parce qu'on s'est rendu compte dans plusieurs cas enfin c'est un lanceur d'alerte qui nous a...

45:57
Présentateur

C'est même Gil Mendes le lanceur d'alerte ? Oui

45:59
Invité

Oui, oui

46:00
Présentateur

Il a fait des années et des années à se bagarrer seul donc je suis heureux que t'en parles parce que c'est quelqu'un à qui il faut tirer son chapeau Il s'est déri

46:10
Invité

Il y a beaucoup de personnalités comme ça c'est... c'est vachement bien il y a quelqu'un qui est en train de...

je crois même deux personnes qui sont en train de faire des BD sur les lanceurs d'alerte Voilà c'est héros au pied d'argile Et nous aussi on est en train de penser d'ailleurs à faire des petits débuts nous aussi des BD de nos dossiers de nos combats Surtout en essayant d'expliquer quelque chose qu'on a du mal à expliquer c'est que la corruption souvent les gens se disent il n'y a pas de victime On sait qu'il y a un dommage parfois on sort des gros chiffres tout ça mais c'est compliqué de faire comprendre qu'on est tous victimes de ça Donc on cherche à expliquer peut-être à trouver des cas pour dire c'est ça les conséquences à part il y a des victimes directes évidemment il y a la journaliste Daphné Caruana aide-moi

47:11
Présentateur

Gélisia

47:14
Invité

à Malte à Malte j'en ai dit ce qui a été

47:18
Présentateur

Tu parlais de l'autre affaire d'une affaire dans l'agroalimentaire À les algues vertes Oui c'est ça

47:24
Invité

Ça c'est plus récent Et tu voulais

47:28
Présentateur

c'est la Malte ou pourquoi ?

47:30
Invité

Non je disais que la corruption parfois il y a des victimes directes donc là tu vois cette journaliste elle a été assassinée très clairement parce qu'elle travaillait sur une enquête énorme qui mettait en cause un homme d'affaires et des élus à Malte sa voiture a explosé ça c'est évident c'est violent on le voit mais en fait dans ce le reste des victimes c'est un peu c'est tout le monde et c'est une violence plus diffuse alors que en fait si on devait faire les calculs je te parlais de chiffres avant qu'on commence avant qu'on commence l'interview en fait si je prends les chiffres entre la corruption et l'évitement fiscal illégal on est environ à 200 milliards d'euros par an de perdu pour les finances publiques 200 milliards c'est

48:20
Présentateur

c'est deux fois plus que l'évasion fiscale

48:24
Invité

oui c'est ça c'est ça la corruption est à peu près dans les mêmes coûts et ça d'ailleurs sur la corruption c'est une étude tout à fait sérieuse d'un groupe parlementaire à Bruxelles donc t'es sur ce truc-là de dire 200 milliards

48:38
Présentateur

en France 200 milliards en France

48:40
Invité

ouais

48:40
Présentateur

et c'est Bruxelles qui chiffre ça

48:42
Invité

ouais

48:43
Présentateur

c'est Philippe Lambert c'est tout ça je sais pas

48:47
Invité

qui a chiffré ça c'est un groupe ELV qui a fait ce travail de chiffrer donc t'es sur des montants colossaux avec quand même une volonté de lutter contre ça qui est pas qui est pas manifeste et en fait quand t'es sur des chiffres tels que ça en fait on paye tous on paye tous chaque fois qu'on paye les impôts on paye on paye ça on comble en plus ça comble aussi le déficit au passage c'est pas si simple que ça évidemment je caricature un petit peu mais pour dire que là on est tout le temps dans un contexte on est tout le temps en train de parler de crise économique de déficit des services publics nous c'est pour ça qu'on fait ça aussi anticorps en fait l'argent on sait où il est il faut juste une volonté politique pour aller le chercher et vraisemblablement il n'y a pas tellement de volonté politique pour ça quand les chiffres étaient sortis Darmanin qui à l'époque était encore ministre des comptes publics avait dit qu'il avait créé une commission pour évaluer le coût de la corruption en disant votre évaluation m'a pas l'air très sérieuse je vais lancer une commission bon c'est toujours pas fait c'est toujours pas fait donc à défaut il n'y a que nos chiffres

50:03
Présentateur

dis-moi je voudrais que sur Marseille on y revienne un petit peu parce que j'ai l'impression que la justice en ce moment est un peu en train de faire son travail là-bas parce qu'il y a beaucoup de procès qui sortent et qui vont venir elle a pris son temps la justice mais quand elle se met en marche il y a l'affaire de Sanari il y a l'affaire de l'animateur télé de CNews il y a Guérini et on se rend compte que même s'il y a des bonnes nouvelles qui viennent de Marseille en ce moment on est quand même dans sans doute la ville et la région s'il y a des degrés dans la corruption la corruption la plus endémique que ce soit de gauche ou de droite enfin c'est quand même on s'affole

50:42
Invité

la région PACA est très compliquée oui Marseille Marseille en faillite

50:48
Présentateur

Marseille en faillite

50:50
Invité

tout à l'heure

50:52
Présentateur

on se rend compte que dans ces lieux-là c'est chaque fois-là que le Front National et l'extrême droite montent

50:59
Invité

oui ça je ne sais pas quel est le lien alors c'est parce que il y a une des problèmes de probité généralisée qu'on va vers le tous pourris le dégagisme qui pour le coup est quand même un discours du FN enfin du RN peut-être moi je c'est vrai que nous c'est le lien que les fondateurs d'Antico avaient fait en disant bah en fait si vous laissez la corruption s'étendre prospérer vous allez vous retrouver avec des citoyens qui ne veulent plus voter et qui veulent et qui veulent juste que tous ces politiciens dégagent quitte à élire des personnes qui ont un discours populiste ça c'est oui clairement on peut on peut faire un lien après c'est pas c'est pas moi de dire qui est populiste ou qui ne l'est pas mais c'est vrai qu'il y a des choses qui bougent un petit peu dans le sud et et Marseille va être un grand laboratoire de ça en tout cas d'assainissement des finances publiques il faut dire que la Nouvelle-Mère a quand même un sacré bazar entre les mains

52:08
Présentateur

c'est très compliqué en plus on vient de sortir les affaires de bourrage d'urne et de tout ça tu as dû voir le commissariat impliqué vous êtes constitué maintenant vous allez l'être ou non pas pour l'instant et est-ce que vous êtes qui concerne les élus RN ou FN est-ce que parce qu'il y a des affaires qui traînent du côté de Cogolin du côté où des élus étaient anciens FN ont changé de bord etc il y a plein dans le Var aussi il y a si on commence à mettre son nez dans la gestion des villes rares mais il y a quand même une certaine ville importante qui sont gérées par le RN on voit qu'ils mettent en avant leur probité etc mais moi j'ai des retours qui ne sont pas du tout ceux-là vous n'avez pas de dossiers qui sont remontés jusqu'à vous pour l'instant

52:55
Invité

je ne crois pas qu'on ait de dossiers RN mais bon je sais quels que soient les dossiers de toute façon nous enfin quels que soient les parties on s'en fout complètement donc je sais les dossiers avec des infractions qui ont l'air peut-être constituées on y va de toute façon si la justice ne fait pas son boulot on est très contents d'y aller petite ville grande ville peu importe

53:21
Présentateur

pareil je te ferai un dossier je te l'enverrai avec un petit billet pour le mettre en

53:25
Invité

c'est très sympa avant le mois d'août si les gens

53:29
Présentateur

nous prennent à la lettre ils vont se dire non mais c'est marrant de faire ce genre de blague à un petit corps j'ai une petite question aussi est-ce que tu as vu que depuis la nomination d'Eric Dupond-Moretti il y a un mouvement de colère chez les magistrats et chez les parquetiers et il y en a un à Bastère qui s'appelle monsieur Denon je crois de mémoire qui a demandé sa démission est-ce que vous êtes vous êtes informé de ça est-ce que vous avez un petit corps est-ce que non c'est pas

53:56
Invité

non tu sais nous on est souvent informé par les médias en fait de ce qui se passe ça m'arrive d'être rappelé par les médias et je vais regarder ce que les médias ont dit pour savoir ce qui s'est passé là en l'occurrence sur ce proc oui moi j'ai appris j'ai appris ça dans les médias bon je sais je sais pas la raison si tu veux c'est peut-être une raison qui est finalement que moi j'interpréterais pas forcément comme négatif qui est que Dupond-Moretti on peut quand même dire qu'il s'est battu pour ses clients et aussi pour assurer leur liberté alors là on a bâti un portrait comme grand défenseur des libertés bon il est avocat il est avocat pénaliste si j'ai pas le droit de dire que c'est l'avocat de Bagani je sais pas pourquoi on dirait que c'est l'avocat des libertés enfin c'est un pénaliste donc si de la part du proc c'est une réaction en disant oulala voilà l'avocat qui fait annuler tous les PV et sauter toutes les procédures bah voilà je sais pas ce qui a motivé son

55:01
Présentateur

je crois que quand il était en France il l'a eu contre lui dans un procès enfin et moi aussi et on propose son indépendance et le fait que Dupond-Moretti allait pouvoir prendre parti et régler des comptes privés en ayant le statut de garde des sources ce qui est une accusation quand même assez grave et je sais pas ce qui est dit parce que c'est pas exprimé publiquement mais vous avez des liens vous avec les syndicats de magistrats du VG ou pas du tout

55:29
Invité

non pas spécialement alors notre vice-président est magistrat donc lui il a des liens de son côté mais non en fait on a maintenant on s'est énormément éveillé aux autres structures Anticor était une assaut très solitaire avant en tout cas que moi je devienne très active on a enfin compris que le combat collectif était vachement intéressant sur certains points donc aujourd'hui on est dans plein de réseaux des réseaux super super efficaces super intéressants des réseaux d'associations qui font que du judiciaire par exemple où moi l'année dernière j'ai monté du coup une affaire collective contre le secret des affaires on est on est 53 53 assauts syndicats et médias à être intervenus dans ce dans ce procès donc on est un peu sortis de notre isolement et dans oui dans un de nos réseaux il y a le syndicat national de la magistrature mais bon on fait rien spécialement avec eux non non

56:35
Présentateur

mais c'est pour savoir écoute Élise j'arrête de te de te persécuter t'as plein de boulot et je suis ravi de cette conversation même si elle a pu te sembler peut-être disparate par moment mais moi j'avais très envie que parce que les gens se rendent pas compte du travail incroyable que tu fais et que vous faites à Anticor et de votre de votre de l'importance que vous avez dans le paysage et du crime terrible que ce serait si vous n'avez pas l'habilitation bientôt

57:04
Invité

ah oui il faudra mettre un petit coup de pression effectivement est-ce qu'on pourrait dire pardon un petit un petit message pour les les professeurs au lycée on se on se lance depuis deux ans dans la réserve citoyenne c'est un mécanisme que les profs connaissent probablement et en gros si des profs ont envie qu'il y ait des représentants d'Anticor qui viennent parler de ces enjeux-là aux lycéens ben voilà on commence à faire ça parce qu'on sait que c'est important

57:32
Présentateur

d'accord on mettra les liens de tout ça tu m'enverras par ailleurs tout ça et on l'ajoutera à notre entretien et j'espère qu'on gardera le contact et que plus sérieusement les dossiers qu'on traite nous par exemple aujourd'hui on est poursuivi par Anne Lovergeon vous êtes aussi constitué dans certains dossiers d'Uramine d'Areva des choses comme ça vous connaissez ?

57:58
Invité

non non non Uramine ce serait plus un dossier pour Sherpa mais je ne sais pas

58:02
Présentateur

je pense que Sherpa ils sont mais là ils nous attaquent en diffamation mais c'est un classique c'est un peu pour nous menacer pour faire peur aux autres journalistes etc

58:11
Invité

oui oui il faut l'encadrer et le mettre au mur tu connais ? oui je connais c'est ce que c'est les procédures Bayon

58:19
Présentateur

et dans les chiffrages d'ailleurs cette affaire Areva c'est presque c'est plus de 4 milliards de fonds publics dont on ne sait pas ce qu'ils sont devenus donc c'est une énorme affaire entre autres de corruption mais de détournement de fonds publics dont on n'a pas je pense c'est ce que dit Marc Echanger qui est une sorte de lanceur d'alerte à sa manière je ne sais pas si vous le connaissez à Anticor mais Marc explique assez bien c'est une des personnes qui par son travail a permis à la sortie des affaires Uramine et des magouilles internes à Areva et lui explique on a fait une émission ensemble il explique assez bien à quel point et comment les français ne se rendent pas compte de l'importance systémique de la corruption chez Areva et des sommes absolument colossales puisque là tu parles de 200 milliards tout à l'heure du coût de la corruption si j'étais bien suivie en France

59:17
Invité

la corruption et la fraude fiscale les deux ensemble mais moi c'est tellement des chiffres incroyables en fait il y a tellement de zéros que dans le moment j'en peux plus le dossier du Grand Paris par exemple on est à 13 milliards de dérapage de coûts sur le Grand Paris personne ne s'en est ému on a dit évidemment on va signaler au proc moi du coup j'essaye de j'essaye de me raccrocher un peu à des choses et par exemple le coût d'un hôpital moyen c'est 82 millions alors la question c'est pas de construire plein d'hôpitaux il faut d'abord bien payer les personnes qui travaillent courageusement mais déjà se raccrocher à des choses comme ça 4 milliards ça fait combien d'hôpitaux je trouve que ça permet un peu de se dire ce qu'on perd en ne travaillant pas contre ces atteintes là contre ces irrégularités là contre ces dysfonctionnements

1:00:12
Présentateur

c'est bien pour ça qu'il faut que tu tiennes le choc et que tu tu vas prendre des vacances un peu cet été ou tu vas pas travailler tout l'été quand même

1:00:22
Invité

je vais prendre des vacances oui je vais voir si j'ouvre mon ordinateur ou pas on verra

1:00:29
Présentateur

il vaut mieux écoute je te souhaite des bonnes vacances et j'espère qu'on se reverra et qu'on prendra mutuellement de nos nouvelles à la rentrée parce qu'il y a plein d'affaires en cours je vais couper avec plaisir et je te dis au revoir mais reste en ligne on se dit encore 2-3 mois ok donc merci beaucoup Élise et à tout

1:00:50
Locuteur non identifié

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1:01:06
Locuteur

et pour ne rien rater et pour ne rien rater