Colère des agriculteurs, budget et censure du gouvernement...Le 8h30 franceinfo de François Ruffin
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour François Ruffin, vous êtes élu d'une terre d'agriculture, la Somme, comment elle se passe la mobilisation chez vous, la mobilisation des agriculteurs ? Est-ce que vous êtes allé les voir ?
Oui, je suis allé les voir lundi. Vous savez, ce qu'ils me disent, c'est simplement qu'on n'a pas envie d'être une monnaie d'échange pour permettre de voir des voitures allemandes en Amérique du Sud. Il faut se rappeler des propos du Président de la République dans le cœur de la crise Covid qui disait « Déléguer notre alimentation, notre protection à d'autres est une folie ». Donc évidemment, on a déjà fait de la Picardie, on a vu partir les usines, vers la Chine notamment. Est-ce qu'on veut voir partir nos fermes et vers la ferme-usine que serait le Brésil ? Par ailleurs, moi j'avais rencontré des agriculteurs brésiliens du Cerrado et qui, eux, enjoignaient aussi de ne pas signer ce traité.
Parce qu'eux-mêmes, étant de petites agricultures et étant confrontés à des agriculteurs qui, eux, font 10 000 hectares, ils me disaient « Une propriété, c'est l'équivalent de 10% des importations de soja en France ». Vous voyez ? Donc, est-ce que… Quel modèle on veut suivre ? En fait, toute la question qui est posée là, c'est quel cap on veut donner à l'agriculture française ? Est-ce que le cap qui est donné, c'est d'être compétitif avec les fermes-usines du Brésil ou de Nouvelle-Zélande, avec qui il y a un accord de libre-échange qui a été signé ? Ou bien, est-ce que ce qu'on pense qu'on doit faire, c'est d'abord nourrir notre pays et bien nourrir ?
Sauf qu'on n'est pas tout seul. On n'est pas tout seul. On est dans l'Union européenne. Et vous avez vu, d'autres pays, d'autres grands pays comme l'Allemagne, ils sont pour ce traité de libre-échange.
Eh bien, il y a la possibilité de dire non à ce traité de libre-échange. Et je crois que, même en général, pour les Français aujourd'hui, il y a un sentiment d'absurdité à ce grand déménagement du monde, qui se produit maintenant depuis 40 ans maintenant. Je le disais, c'est vrai sur les usines, mais pourquoi on va faire venir des moutons de Nouvelle-Zélande ? Pourquoi on ferait venir des bœufs d'Amérique du Sud ? Tout ça n'a pas de sens. Je pense qu'on est dans un moment où il y a une perte de sens. Et vous savez, moi, c'est un engagement sur l'agriculture, il est dans la durée. Je pense qu'il y a eu un sens qui a été donné à ce qu'on faisait sur l'agriculture dans l'après-guerre.
Il s'agit d'avoir la souveraineté alimentaire. Et on y est parvenu en une génération. En une génération, parce qu'on y a mis les moyens de mécanique. Eh bien, on a retrouvé notre souveraineté alimentaire. Et puis ensuite, il n'y a plus... Sinon, c'est la seule mission qu'on a donnée, c'est la mission exportatrice de l'agriculture française. Ça n'est pas souhaitable. Vous voyez ? Et aujourd'hui, on se retrouve 30 ans après. Il y a eu les accords de Marrakech qui ont été signés en 1994. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on renonce quelque part à une exception agriculturelle.
Moi, je suis partisan que de la même manière qu'on a construit une exception culturelle, qui nous permet d'avoir du cinéma français, qui nous permet d'avoir des livres français, et qui nous permet d'avoir de la musique française et européenne et diverse, eh bien, on est une exception agriculturelle qui fasse que non, la seule règle, ça ne soit pas les plus bas coût, les normes environnementales les plus faibles.
François Ruffin, Michel Barnier sera tout à l'heure devant le Congrès des maires de France. Il a annoncé hier un assouplissement du zéro artificialisation nette des sols, qui vise à freiner la construction pour préserver des terres agricoles. Est-ce que vous le regrettez ?
D'abord, la première chose à dire, c'est que M. Barnier, il a fait une diversion, et ça marche, puisque vous m'en parlez ce matin. En quoi c'est une diversion ? En quoi c'est une diversion ? Il vient de gratter 10 milliards d'euros aux maires, aux collectivités. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que, très concrètement, et j'étais au salon des maires hier, quand on les interroge qu'il va y avoir 20 000 euros pour les petites communes, qu'il va y avoir 1 million d'euros, 2 millions d'euros à gratter, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que c'est sur les atsems dans les écoles, c'est sur les animateurs, c'est sur la réfection d'une cuisine.
Ça, on en a parlé, donc vous ne pouvez pas parler de diversion, on en parle depuis le début. Et il sait qu'on lui en parlera tout à l'heure, mais là, sur le ZAN.
Mais oui, mais j'y viens, mais dire quand même que le gros problème des maires aujourd'hui, c'est celui-là. C'est celui de, on nous sert, on va nous empêcher de faire de l'investissement, c'est-à-dire nous empêcher aussi d'imaginer, d'innover des choses dans nos territoires, on va nous empêcher de faire ça. Maintenant, sur le ZAN, prenons conscience que la terre est une ressource rare, est une ressource précieuse, comme l'eau le devient, qu'en France, on est davantage consommateur de terres artificialisées. On est à 47 hectares pour 100 000 habitants, en Allemagne, c'est 41, en Espagne, c'est 30.
Donc on est déjà sur consommateur, qu'on me disait avant que c'était un département qui était artificialisé, ça veut dire bétonné tous les 10 ans, on est passé à tous les 7 ans, ce qu'on lit maintenant, c'est plutôt tous les 5 ans.
Et donc là, c'est une erreur, ce qu'annonce le Premier ministre ?
Vous dire que je comprends cet assouplissement, d'accord ? Moi, je comprends cet assouplissement. Et par contre, des choses que je ne comprends pas, c'est comment ça se fait que dans le ZAN, il n'y a pas compris, par exemple, les pôles logistiques. Moi, la Picardie est en train de devenir un entrepôt de l'Europe, on en voit fleurir partout, ça représente des dizaines d'hectares à chaque fois, et ça, c'est exclu de l'artificialité. On vous répondra que ce sont des emplois chez vous aussi.
D'abord, je veux bien avoir une discussion sur ce que ça signifie d'être passé d'une économie de la production, où on produisait des choses dans des industries, à maintenant de la gestion de flux importés par porte-conteneurs du Havre, des camions qui arrivent en Picardie et qui sont dispatchés entre Paris et le nord de l'Europe. Et ce que ça représente comme emploi, vous savez, je respecte les charistes, je respecte les manutentionnaires. S'ils ne sont pas là, c'est un chaînon manquant, il n'y a plus rien dans nos magasins. Donc c'est évident, un chaînon important.
Mais ce que ça représente comme emploi, quand vous allez dans ces entrepôts, et je les visite, vous voyez, parce que c'est un nœud du capitalisme d'aujourd'hui. Vous entrez dans ces entrepôts, ils sont gigantesques, et finalement, ce que vous avez comme emploi à l'intérieur, c'est très peu comparé à quand on visite une usine, par exemple. Donc, en fait, se pose la question, pour la France et pour l'Europe, du modèle économique qu'elle veut avoir. Est-ce qu'on considère que finalement, c'est la Chine qui devient le grand centre de production, éventuellement aussi les pays est-européens, et nous, on est juste là pour recevoir des marchandises et pour les dispatcher ?
Ou est-ce qu'on se considère...
Et du coup, la réflexion est intéressante aujourd'hui, parce que vous voyez les défaillances d'entreprises, d'usines, notamment dans votre région, qui s'enchaînent, qui vont même continuer dans les semaines, les mois à venir. Qu'est-ce qu'il faut faire ? Vous vous dites quoi, en fait ? Vous vous dites, il faut plus de protectionnisme, il faut fermer nos frontières et on protège tous nos emplois ?
Vous savez, je suis partisan du protectionnisme depuis longtemps. D'accord ? Ce n'est pas nouveau. En 2011, déjà, je signé un bouquin sur cette question-là. Et l'élection de Donald Trump vous renforce dans cette opinion ? Écoutez, on a une Chine qui, aujourd'hui, est protectionniste et qui pratique du dumping, en plus, avec des tarifs de l'énergie dont elle a bénéficié, puisqu'elle a le gaz et le pétrole russe à très bas coût. On a, de l'autre côté, les États-Unis qui sont protectionnistes, qui l'étaient déjà sous Biden, qui vont se renforcer sous Trump. Et on a une Europe qui est l'idiote de la mondialisation, qui... Ses portes ouvertes.
Allez-y, rentrez, faites rentrer vers vos marchandises en droit.
Il y a une augmentation des droits de douane, mais vous imaginez bien qu'en face, ils vont faire la même chose.
Écoutez, prenez le pneu. Vous avez Michelin, là. Oui. D'accord ? Qu'est-ce que nous a dit, déjà, Agnès Peignot-Renier-Aché quand il s'assistait de Bridgestone ? Parce que, dans ma région, on a eu Continental, on a eu Goodyear, on a eu Bridgestone, rien que dans ma région. Et c'est comme si la même histoire se reproduise tout le temps. La ministre disait, c'est une invasion de pneus asiatiques. Mais non, c'est nous représenté comme étant un phénomène naturel, comme un genre d'épidémie. Ça serait les sauterelles qui arrivaient à ce continent. Ça s'appelle la mondialisation. Oui.
Sauf que ça, on peut choisir d'être dans la régulation de cette mondialisation ou d'être dans le laisser-faire et le laisser-aller. Et il y a un choix qui est fait au niveau européen, qui est le choix du laisser-faire et du laisser-aller. Donc, évidemment, il ne s'agit pas de choisir l'autarcie. Ce n'est pas ça. Ce que dit, par exemple, Olivier Luanzi, qui a rendu un rapport sur l'industrie, que le gouvernement et le président de la République ont finalement refusé de rendre public parce que ça ne répondait pas à leurs attentes.
Mais ce qu'il disait, c'est qu'il fallait identifier 150 produits qui seraient des produits clés et sur lesquels on considère qu'il faut se protéger de manière soit à faire naître notre industrie, soit à en sauver les emplois.
Mais c'est le coût du travail. Vous savez qu'il pose problème en France, d'après ce que disent les patrons qui ferment ces usines. On avait sur ce plateau la patronne de la CGT, Sophie Binet, qui dit, écoutez, ça va toucher une centaine de milliers d'emplois. Il faut un moratoire sur les licenciements. Ça, franchement, est-ce que c'est réaliste ?
Écoutez, quand vous dites que c'est le coût du travail aujourd'hui, non. Un, ce qui pose problème, c'est le coût de l'énergie, d'accord ? Qui a bondi et qui a bondi à la fois pour les petits commerçants, pour les artisans, pour les consommateurs, mais aussi pour l'industrie. Et ça, il y aurait tout à fait possibilité qu'on le règle en ne liant pas le prix de l'énergie dans notre pays au prix de marché européen. C'est la première chose. La deuxième chose, c'est que ce qui coûte le plus cher dans notre pays, c'est le coût du capital. Ce n'est pas le coût du travail aujourd'hui. Quand je vous lisais les échos de mon ami Bernard Arnault, la presse économique, qu'est-ce que vous lisez ?
Les dividendes sont partis pour battre de nouveaux records. La France est championne d'Europe des dividendes. La bourse au plus haut. Vous avez, en fait, paillettes et confettis pour les uns et ils viennent nous dire que du côté du travail, ça serait trop cher. Non, l'État doit être là pour rééquilibrer ça, pour venir dire à Auchan, par exemple. Alors, précisément. Pour venir dire à Auchan, par exemple. J'étais dans un magasin Auchan à Valenciennes. Vous savez, ce sont ces gens qui nous parlent en permanence de la valeur travail et qui, au fond, la déprécient liquide des gens qui sont attachés à leur travail.
Quand je vais chez Auchan, je rencontre des vendeurs dont on supprime les rayons entiers, la télévision, la téléphonie et ainsi de suite, qui sont là depuis 20 ans, depuis 25 ans, depuis 30 ans, qui aiment leur métier, qui aiment l'équipe avec qui ils travaillent, qui y sont bien et dont on vient de dire du jour au lendemain, avant les fêtes de Noël, allez, hop, vous partez, vous sortez. Dans un groupe, Mulier, d'accord ? La fortune des Muliers, c'est plus 40% en deux ans. C'est plus 8 milliards d'euros. Donc, qu'est-ce qui peut faire l'État ? Taxer les avantages les plus riches, c'est ce que veut le gouvernement.
On ne peut juste parler du budget. Il y a un point important.
Attendez, je termine sur Auchan. Je veux dire, les Muliers, ils peuvent très bien reclasser leurs salariés chez Boulanger, qui se portent très bien, chez Kiabi, chez Noroto, chez un tas d'entreprises, qu'ils ont et ils pourraient faire ce choix-là. Et l'État devrait mettre la pression pour ça. Là, on a un État qui fait le choix de l'impuissance face à tout ça.
Puisque vous parlez du travail, François Ruffin, cette nuit, le Sénat a adopté une mesure qui vise à demander aux travailleurs de travailler 7 heures de plus chaque année, 216 voix contre 119. La mesure est passée, qui viendrait s'ajouter à la journée de solidarité qu'on connaît déjà depuis la canicule de 2003, c'est-à-dire la fin à l'époque du lundi de Pentecôte. Qu'est-ce que vous pensez, et vous comme député, quelle sera votre réaction quand le texte arrivera en l'État à l'Assemblée nationale ? Je pense que c'est un scandale.
Je pense que c'est un scandale de demander aux gens d'avoir du travail gratuit quand, depuis 3 ans, les salariés ont déjà largement payé puisque le salaire réel baisse depuis 3 ans. Et pour qui il a le plus baissé ce salaire réel ? C'est montré par l'INSEE. Il a le plus baissé pour les travailleurs de la deuxième ligne, pour les caristes, les manustensionnaires, les ouvriers de l'industrie agroalimentaire, les travailleurs du bâtiment que je citais. C'est pour eux que ça a le plus baissé. Ce sont ceux à qui, dans le cœur de la crise Covid, le Président de la République promettait reconnaissance et rémunération.
Ils ont eu à la place l'inflation qui est venue grever les petits salaires et ils ont eu 2 ans de plus pour la retraite. Et c'est à eux qu'on vient dire que, parce que Bruno Le Maire a été le pire économiste de France, qu'il a creusé le déficit tous azimuts, c'est à eux qu'on vient dire qu'ils vont devoir payer. Quand, de l'autre côté, on a, je l'ai dit sur les dividendes, les 500 fortunes françaises. En 1996, elles pesaient 5% du PIB à la naissance du classement de challenge. À l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir, c'est 20%. On est aujourd'hui à 45%. Que, déjà, le capital donne 7 heures. Que il donne 7 heures de son année.
La volonté de taxer davantage le capital, c'est ce qu'il y a dans le budget. On va en parler juste dans un instant, François Ruffin.
François Ruffin, vous restez avec nous. On laisse passer le fil info, puisqu'il est déjà 8h45. Le fil info, Maureen Swignard.
Le ministre des Transports rappelle à la prudence ce matin. Le patron de la SNCF prévient, lui, qu'il y aura des perturbations aujourd'hui. La neige et le vent en cause. 54 départements en violence orange. La neige qui tombe déjà en Bretagne et en Normandie. La tempête balaie le pays d'ouest en est. Il faut taxer moins et travailler plus. Voici la position du ministre de l'économie. Antoine Armand s'exprime dans le journal Le Parisien aujourd'hui en France. Le ministre macroniste s'oppose à Michel Barnier, le Premier ministre, et son projet de revenir sur une partie de l'exonération des charges des entreprises.
Dans la bande de Gaza, la défense civile annonce la mort de 22 personnes la nuit dernière dans une frappe israélienne. Une frappe dans le nord du territoire. Et on apprend ce matin que l'envoyé américain pour les négociations pour un cessez-le-feu va rencontrer le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou aujourd'hui. C'est inédit, la valeur du bitcoin, la crypto-monnaie a franchi la barre des 95 000 dollars. Conséquence toujours de l'élection de Donald Trump à la Maison-Blanche. Le marché anticipe un assouplissement des règles et des politiques économiques. Toujours avec le député Picardie debout de la Somme, François Ruffin.
On parlait à l'instant des orientations du gouvernement dans ce nouveau budget qui va voir le jour. Le budget a été amendé par les parlementaires. Les retraites, finalement, ça a bougé.
Ça a été rejeté. Le budget a été rejeté par l'Assemblée nationale, par une alliance des macronistes et du Rassemblement national. De toute façon, c'est la version du gouvernement qui revient.
Et c'est en train de bouger sur certains sujets. Je parlais des retraites, ça a bougé. Plus d'impôts pour les plus riches. La réduction des allégements de cotisations patronales. C'est ce qui bouge en ce moment au Sénat. Est-ce que ça va dans le sens de ce que vous attendez ?
Écoutez, moi, je ne suis pas sénateur. Je ne sais pas ce qui va sortir de là. J'ai une confiance limitée, quand même, dans la présidence de Gérard Larcher. Est-ce qu'il peut sortir de ce Sénat-là, en termes de justice fiscale dans notre pays ? Vous savez, il faut poser un principe simple. Les petits doivent payer petits, les gros doivent payer gros. Là, il y a un choix du gouvernement qui est de venir faire payer. Ce n'est pas les erreurs, quoi. Ce n'est pas des dérapages qui ont été faits par Bruno Le Maire. C'est le choix, le choix déterminé pendant plusieurs années, de creuser le déficit à la pelteuse.
J'étais membre de la commission d'enquête sur le déficit public qui avait été lancé par les Républicains. Qu'est-ce qu'ils venaient dire, les économistes, devant notre commission ? Ils venaient dire que 50% de cette dette publique, c'était dû aux crises, crise de ceinture et crise Covid, que 50% c'était dû à la baisse des impôts sur le capital, exit tax, flat tax et compagnie. Bon, et là, qu'est-ce qu'on vient faire dans le budget-là ? On vient essentiellement taxer les consommateurs, c'est la taxe sur l'électricité. On vient grever les retraites des gens sur les retraités. On vient taxer, enfin, amputer le budget des collectivités.
C'est-à-dire que tous ces gens-là vont devoir payer pour les 200 milliards que Bruno Le Maire a jetés par les fenêtres.
Alors, ça va se terminer par un 49.3, vraisemblablement. C'est ce qu'a dit Michel Barnier, le Premier ministre. Pour vous, ça veut dire forcément mention de censure ?
Oui, face à ce budget-là, il n'y a pas le choix, et y compris sur ses conséquences économiques. L'Observatoire français de la conjoncture économique dit que ça sera moins 0,8 points de croissance. Déjà, il faut voir dans quelle situation on est. On sait que la machine, elle est enrayée, d'accord ? On est en train, ça ne va pas. Et là, on va décider de mettre un coup de frein dans ce temps-là. Il est évident que ce qu'il faudrait dans ce temps-là, ça s'appelle du contrat cyclique. C'est-à-dire que quand le cycle ralentit, c'est le moment de mettre du charbon dans la machine.
Malheureusement, je le redis, à cause de la faute d'Emmanuel Macron et de Bruno Le Maire, durant des années, c'est Mozart de la finance. On en se retrouve à avoir les caisses vides. Donc, on ne peut pas le faire au niveau français. Je pense que là, il y a un gros enjeu qui va se reposer. Je viens brièvement, mais dans les semaines qui viennent, dans les mois qui viennent, peut-être dans les années qui viennent, au niveau européen. Sur deux points. Un, la question du protectionnisme, on l'a abordé. Et ça va créer des dissensions au sein de l'Union européenne, c'est évident. Mais deux, la question d'un plan de relance qui permet de...
C'est Mario Draghi qui estime qu'il faut 800 milliards d'euros aujourd'hui. Parce que non seulement on a dépensé tout cet argent-là durant ces dernières années, mais ce n'est même pas pour faire de l'investissement. Ce n'est même pas pour se préparer, par exemple, au choc climatique.
Donc, motion de censure avec le Rassemblement national et après.
Écoutez, je ne suis pas résemblable des choix catastrophiques d'Emmanuel Macron, qui nous a placés dans l'instabilité budgétaire, je l'ai dit, dans l'instabilité sociale, on l'a vu ces dernières années, mais qui nous place aussi dans l'instabilité politique. Son choix de dissolution du 9 juin au soir, c'est un choix catastrophique. D'accord ? Donc là, il nous a plongés dans l'incertitude, dans le doute et dans une instabilité politique.
De la crise économique, on va terminer avec une crise politique majeure.
Mais tout le souci qu'on a aujourd'hui, c'est qu'on est dans une tempête, il n'y a pas d'équipage, il n'y a pas de capitaine. Voilà. On est dans ce moment-là. Et ça, oui, la responsabilité, elle est imputée centralement au président de la République. Et nous, à gauche, il faut que nous construisions une issue. Il faut que ce qui apparaisse comme une issue de stabilité, de protection pour les Français, ça soit un vote progressiste et un vote de gauche.
Mais c'est pas mal parti, parce que justement, vous êtes un peu divisé. Je fais le scénario du pire, là, maintenant. Motion de censure, gouvernement renversé. Il ne peut pas y avoir d'élection législative avant un an. En parallèle, vos ex-amis insoumis préparent une proposition de destitution, qui est assez limite, là, maintenant, on le voit. Qu'est-ce qu'on fait ?
Qu'est-ce qu'on fait, en fait, François Ruffin ? Qu'est-ce qu'on fait ? Je vous le demande. Et j'aimerais que la question soit très clairement posée au président de la République, qui a fait tous ces choix-là.
Vous voulez son départ, vous ?
En tout cas, je pense que lui peut y réfléchir, d'accord ? Il peut y réfléchir. Il peut y réfléchir sérieusement. Il faut voir dans quelle situation il a placé le pays depuis des années, maintenant. Il a rapetissé la France sur le terrain national, mais il l'a rapetissé aussi sur le terrain international. Ce qui fait que, même en Europe, aujourd'hui, notre voix pèse peu. Donc, le bilan Macron, j'aimerais qu'il le tire avec lucidité.
Ces derniers jours, vous êtes occupé par une actualité judiciaire qui vous concerne directement. François Ruffin, vous avez assigné LVMH, dont le patron est Bernard Arnault, l'homme le plus riche de France en justice. Vous lui reprochez de vous avoir fait espionner à l'époque où vous étiez journaliste, pendant le tournage de votre film Merci Patron, il y a maintenant dix ans environ. Et pour cela, il aurait fait appel à Bernard Squarsini, qui est l'ancien directeur central du renseignement intérieur. On dirait une fiction. Est-ce que tout ce que vous avancez est vrai ?
Oui, ce n'est pas ce que j'avance. Vous savez, c'est le procureur de la République, c'est deux juges d'instruction qui ont travaillé sur le dossier. Et au fil du dossier, il y a un côté rigolo quand même, parce que c'est James Bond chez les ch'tis. Voilà, LVMH, le premier groupe de luxe au monde. Bernard Arnault, la première fortune de France, par le biais de son numéro 2, Pierre Godet, choisit de faire infiltrer Fakir et de mettre... Un journal ? Notre journal, de mettre trois sociétés d'intelligence économique, c'est-à-dire d'un genre d'espionnage discret sur notre dos, de dépenser deux millions d'euros quand même là-dessus et d'installer deux tops à l'intérieur de la rédaction de Fakir.
Mais pour quelle raison ? Avec quel objectif ? Avec quel objectif ? Avec l'objectif d'abord d'avoir le fait merci patron avant sa sortie, d'observer tous nos faits et gestes, et y se compris jusqu'à mon domicile, de faire remonter un trobinoscope de tous les membres de l'association, avec les affiliations politiques, avec les numéros de téléphone, avec les adresses e-mail. Voilà ce à quoi a procédé le groupe LVMH.
Alors le truc, c'est que Bernard Arnault, lui-même, il n'est pas sur le banc des accusés. Il devrait être entendu, mais sous le statut de témoin. On n'est pas dans une mise en cause pure et simple de l'homme le plus riche de France.
De toute façon, il y a un dossier d'instruction qui raconte tout ça en détail. Et je pense que ça vous pose, à vous et à nous, journalistes, plusieurs soucis, je le dis, sur que fait la démocratie avec l'oligarchie ? Qu'est-ce qui se passe en matière de presse quand lui et Bernard Arnault sont directement propriétaires de titres de presse, qu'il est le principal annonceur ? Que quand des médias lui échappent, ils cherchent à les effrayer et à leur faire peur et à les faire taire ? Mais qu'est-ce qui se passe avec la police ? Puisque là, ce qu'on voit, c'est que la police de la République est jusque, imaginez, au numéro 2...
Il n'était plus en poste, Bernard Squarsini, il faut le rappeler.
Non, non, mais d'accord, mais il a fait appel au service de police, le numéro 2 du renseignement à l'Elysée, qui était sur notre affaire, enfin, comme s'il n'avait pas autre chose à faire, la préfecture de police de Paris, jusqu'au service belge. Et alors, tout ça peut faire sourire, mais c'est dans un temps où il y avait des affaires de terrorisme beaucoup plus sérieuses et où la France a été frappée, et la police a mis de l'énergie dans François Ruffin et Fakir, face à LVMH pour le ternage de Merci Patron. Et ça pose aussi un souci à l'égard de la justice, puisque LVMH et Bernard Arnault sont sortis du dossier. Comment ?
En signant un chèque de 10 millions d'euros, c'est-à-dire, pour moi, en achetant la justice, et en permettant d'être exfiltré du dossier, et de ne pas être aujourd'hui sur le banc des accusés. Tout ça pose des questions. Je le redis, c'est James Bond chez les ch'tis. Je veux dire, moi, mon plan de départ... Mais oui, mon point de départ, c'est d'amener M. Bernard Arnault manger une frite merguez à l'Androssie, à la friterie chez Jojo, avec l'éclure qu'il avait licenciée. C'est un acte de dialogue social, vous voyez ? Et tout ça part complètement dans un espèce de délire, parce qu'au fond, il ne supporte pas la moindre dissidence.
On est dans des groupes où, quand on participe aux assemblées générales, vous savez que parfois, je me suis fait petit actionnaire pour y participer, on a des votes à 99%. Ils ne supportent pas la dissidence. Donc, quand il y a une dissidence, mais même quand... C'est, par exemple, les socialistes qui, à un moment, disaient qu'il fallait relever l'impôt de solidarité sur la fortune. C'était M. Bernard Arnault qui montait au créneau pour dire que tous les cadres de LVMH partiraient. C'est M. Bernard Arnault qui appelle Emmanuel Macron pour que je perde mon mandat dans ma circonscription. Enfin, voilà.
Donc, il faut s'imaginer, aujourd'hui, je pense qu'il faut une loi de séparation de l'État et de l'argent. On a, là, un poids des grandes fortunes dans notre pays qui est devenu tout à fait considérable. Et je le redis, moi, je prends ce dossier avec beaucoup d'humour. Je ne suis pas tombé parano malgré cet espionnage-là. Je prends le dossier avec beaucoup d'humour. Je dis que c'est James Bond chez les ch'tis. Mais je pense qu'en même temps, ça pose des questions sérieuses sur l'oligarchie en démocratie.
Question rapide, réponse rapide à propos de Marine Le Pen. Le parquet a requis l'inéligibilité. Et elle a le soutien de personnalités comme Gérald Darmanin. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Écoutez, dire d'abord qu'on a là affaire à une récidiviste. D'accord ? Dans sa campagne de 2012, il y avait déjà escroquerie et recel d'abus de biens sociaux avec la condamnation de tout son entourage dans cette histoire-là. On avait, en 2013, blanchiment pour fraude fiscale avec Jean-Marie Le Pen qui avait un compte en Suisse et dans les Îles Vierges.
On avait... Non mais en ce qui la concerne, elle...
Mais oui, mais en 2014, on a des pré-russes et émiratis avec, en contrepartie, des positions pro-russes. Je veux dire qu'il y a quand même dans tout ça un rapport très particulier à l'argent au Rassemblement National.
Mais sur cette affaire-là, quand même, François Ruffin, on voulait vous faire réagir sur une chose particulière. L'inéligibilité avec l'exécution provisoire. On a entendu nombre de politiques réagir pour la soutenir, pour dire non, ce serait totalement choquant qu'elle ne soit pas présente en 2027. Et parmi eux, il y a effectivement Gérald Darmanin, mais il y a aussi Jean-Luc Mélenchon.
Non, alors... Moi, je suis pour qu'il y ait un appel, que l'appel se déroule le plus rapidement possible. D'accord ?
Donc vous êtes sur la même ligne que Jean-Luc Mélenchon qui dit non, non, non, on ne peut pas l'appeler.
Je suis pour qu'il y ait un appel et que l'appel se déroule le plus rapidement possible. Avant 2027, en fait, avant la présidentielle. Voilà, il faut que l'année prochaine, il y ait l'appel de ce procès, qui est un procès évidemment important puisqu'il concerne le premier parti de France et que si jamais la condamnation est définitive, il lui soit impossible de se présenter à l'élection présidentielle si jamais il y a une peine d'inéligibilité.
Donc l'inéligibilité à exécution provisoire, vous dites non, vous ?
Ça me paraît bizarre. Moi, je souhaite qu'il y ait un appel, mais que l'appel se déroule le plus rapidement possible. Avec une décision définitive de la justice. Je veux dire que de toute façon, on ne combat pas le Rassemblement national comme ça. Voilà, c'est pas la justice qui doit combattre politiquement le Rassemblement national.
Mais vous aussi, vous parlez d'un procès politique ?
Non, je ne parle pas d'un procès politique. Je dis qu'il faut l'égalité, il faut la justice et l'égalité. Maintenant, je dis qu'on a une autre tâche. On a une autre tâche, qu'on ne considère pas que la tâche sera accomplie par la justice. Ce n'est pas parce que Marine Le Pen ne se présentera pas, éventuellement ne se présenterait pas à l'élection présidentielle de 2027, que le Rassemblement national et que l'extrême droite seraient moins importantes dans le pays et qu'il nous faudrait cesser de travailler à construire une alternative et de représenter la force de stabilité, la force de protection dont les Français ont aujourd'hui besoin.
Merci François Ruffin d'avoir été avec nous ce matin sur France Info. Je vous laisse en compagnie de Salia, Braclia, Renaud Delis, les informer dans quelques minutes. Merci François Ruffin de Valémane de Valémane de Valémane Black.
François Ruffin