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AutreFrance Culture — Le Temps du débat (sur Site radio)· 26 janvier 2026 37 minContradictoireMixteBudget & impôtsInstitutions & élections

Quel bilan dresser de la gestion communale du Rassemblement national ?

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0:00
Présentateur

France Culture, question du soir. Quentin l'a fait. A Marseille, le Rassemblement National tente un coup politique en présentant Franck Alizio. Face au maire sortant d'hiver gauche, Benoît Payan, le parti d'extrême droite nourrit désormais une ambition longtemps jugée irréaliste, conquérir plusieurs métropoles dont la deuxième de France. Depuis 2014 et en 2020, le parti du RN administre déjà une dizaine de communes, dont Fréjus, dont le bastion des Nimbomont et une ville de plus de 100 000 habitants, Perpignan.

Longtemps cantonnée au rôle de force protestataire, le RN revendique ainsi aujourd'hui une capacité à gouverner, à gérer des budgets, à assurer la sécurité, à administrer les services publics. Mais que vaut dans les faits cette promesse de bonne gestion ? Quel bilan tirer de l'exercice local du pouvoir et que peuvent révéler les prochaines élections ? Deux invités ce soir pourront en discuter pour nous éclairer également. Vincent Joussereau, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes documentariste et photographe, auteur entre autres de l'ouvrage intitulé « Dans les âmes et les urnes, 10 ans à la rencontre de la France qui vote RN », un ouvrage qui a paru le 16 janvier dernier aux éditions des Arènes.

Avec nous également et à distance, Jean-François Pouplin, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes journaliste chez Mars Actu et auteur notamment également de l'ouvrage intitulé « Extrême droite, la casse sociale » pour Média Vivant. Merci à vous deux d'être présents ce soir dans « Questions du soir ». Et un chiffre pour commencer, Vincent Joussereau, 650.

1:49
Invité

C'est Jarousseau.

1:50
Présentateur

Jarousseau, vous faites bien de me le dire maintenant, dès maintenant même, Jarousseau. Pour les prochaines élections municipales, donc, le RN prévoit de présenter au moins 650 lits. C'est un record qui témoigne d'un mariage territorial qui avance. Qu'est-ce que ce chiffre-là raconte et décrit plus largement de la stratégie du Rassemblement National ?

2:11
Invité

Ce chiffre s'inscrit dans une certaine forme de continuité depuis la prise de pouvoir de Marine Le Pen en 2011 dans ce parti, qui est une stratégie de conquête du pouvoir. Et cette conquête du pouvoir, elle passe nécessairement par, je dirais, la conquête de collectivités locales, de villes, de départements, de régions. C'est un objectif qui a été revendiqué dès les élections municipales de 2014, où ce parti a engrangé quelques succès. Donc là, on est dans une forme de continuité, mais évidemment une massification de ces candidatures, avec, je dirais, des modèles de listes et de candidats, de casting aussi de candidats, qui a aussi évolué.

Puisqu'on voit très clairement, et notamment dans le sud de la France, que ce parti réussit notamment à décrocher des cadres de la droite dite républicaine, traditionnelle, ou même y compris des personnalités de la société civile. Je pense à la Ciotat, où on a un président d'une chambre de commerce locale qui se présente comme tête de liste dans cette ville. Donc il y a vraiment une stratégie d'implantation, sachant que cette élection municipale de 2026, elle va marquer un tour de chauffe pour l'élection présidentielle dans le contexte instable que l'on connaît depuis l'élection législative anticipée de 2024.

3:27
Présentateur

Qu'est-ce qui a changé, Jean-François Poupelin, depuis 2020 ? On s'en souvient, les élections municipales de 2020 avaient été marquées par des réélections nombreuses de maires rassemblements nationaux, à Énim-Beaumont, à Bocquer dans le Gard, à Fréjus dans le Var. On se souvient aussi de Perpignan, une ville de plus de 100 000 habitants qui avait été conquise par Louis Alliot en 6 ans. Qu'est-ce qui a changé ?

3:54
Invité

Alors pour revenir sur la question initiale, il y a quand même les élections, enfin il y a les sénatoriales qui sont derrière les municipales, qui sont aussi un enjeu pour le Rassemblement national.

4:04
Présentateur

À l'automne prochain.

4:05
Invité

Voilà, à l'automne prochain. Donc il y a un intérêt de présenter des listes, d'avoir des élus, évidemment les exécutifs aussi, mais aussi d'essayer d'avoir un groupe parlementaire au Sénat. Depuis 2020, ce qui a fondamentalement changé, c'est l'augmentation du vote du vote Rassemblement national, que ce soit au niveau national ou au niveau local. Si on prend Marseille, par exemple, aux dernières élections législatives, le RN a conquis quatre députés, en tout cas a eu quatre députés sur la ville. La droite, il a siphonné complètement l'électorat de droite, qui n'a plus de député à Marseille. Il y a quatre députés NFP sur la ville aussi.

Donc voilà, où au deuxième tour des législatives sur la ville, le RN, dans les circots qui restaient, fait 48%. Comment ? Non, je vous en prie, poursuivez. Donc on a eu une vraie bascule, en tout cas, je pense, je trouve, dans le sud de la France, à Marseille, mais aussi dans d'autres endroits, d'une bascule de l'électorat de droite vers le Rassemblement national. Un électorat qui, pour certaines, je pense à Christelle Lagier, qui est une politologue installée dans le Vaucluse, elle parle d'une radicalisation du vote de droite, où les électeurs de droite se tournent vers le RN en trouvant que c'est lui que ses propositions représentent les idées auxquelles ils ont envie d'adhérer.

5:39
Présentateur

Comment est-ce que vous estimez, vous-même, Vincent Jarousseau, que les choses aient pu changer peut-être si vite, notamment depuis 2014. 2014, dans l'histoire du Rassemblement national, c'est une date bascule. C'est trois ans après la prise du parti par Marine Le Pen. C'est aussi un changement de stratégie du point de vue des municipales.

6:01
Invité

2014, ça marque une année où le parti engrange ses premiers succès, on va dire, ses premiers succès depuis la prise de pouvoir de Marine Le Pen avec les municipales et quelques mois après, les élections européennes, où pour la première fois, ce parti remportait une élection nationale. Mais il est certain qu'on voit qu'il y a eu un changement de braquet depuis la présidentielle de 2022. Cette progression et cette accélération, elle s'opère surtout entre 2022 et maintenant. On l'a vu aux élections législatives très clairement. Je vais prendre un exemple d'évolution de la structuration du vote. Je pense aux gares et à la couronne nimoise.

On voit par exemple que la ville de Nîmes avait un vote marqué relativement fort pour le NFP, avec une forte mobilisation des quartiers populaires. À l'inverse, on constate une très forte mobilisation et un glissement de l'électorat de droite, voire macroniste, dans la couronne nimoise pour le Rassemblement national, avec une structure d'un électorat beaucoup plus âgé. Moi, ce que je ne voyais pas trop en 2014 encore, en faisant des enquêtes de terrain, on voyait plutôt des retraités assez méfiants.

On a aujourd'hui une génération de retraités, disons, moyens supérieurs, qui, pour le coup, est assez irriguée, je dirais, aussi par une partie des médias, des chaînes d'information continues qui ont plutôt un public assez âgé. Et on voit une influence extrêmement claire, effectivement, sur un électorat de droite traditionnel aujourd'hui, où le vote RN devient véritablement le vote utile pour cet électorat.

7:29
Présentateur

Mais restons, Vincent Jarousseau, sur le terrain avec vous, et prenons l'exemple de cette couronne nimoise. Sur quels arguments le Rassemblement national parvient-il à attirer cet électorat de droite, de centre-droite ? Encore une fois, qu'est-ce qui fonctionne dans le discours du Rassemblement national ?

7:47
Invité

Cette couronne nimoise, dans sa structure sociale, ce sont des taux de pauvreté qui sont relativement faibles, en réalité, par rapport à la ville-centre de Nîmes. Nîmes, c'est 30% de taux de pauvreté. Si je prends des communes comme Bouillard, par exemple, on est sur des taux de pauvreté de seulement 10%, donc des zones plutôt pavillonnaires, où les électeurs sont soucieux, je dirais, de préserver un cadre de vie, où il y a des formes de concurrence aussi, qui s'opèrent à la fois des concurrences immobilières, des concurrences aussi sociales.

Voilà, je ne vais pas faire référence au livre de mon ami Camille Peny récent sur le triomphe des égoïsmes, mais c'est cette idéologie aussi, aujourd'hui, qui l'emporte dans une partie des classes moyennes supérieures qui font et défont les majorités, on le sait, depuis très longtemps.

8:36
Présentateur

Mais là, ce que vous exposez, Vincent Jarousseau, j'allais dire, c'est la demande sociale, la demande de l'électorat, mais en face, que propose le Rassemblement national, justement, pour répondre à ces demandes que vous exposez ?

8:48
Invité

Ce que je veux dire par là, si vous voulez, c'est que quand on regarde concrètement à l'œuvre les mairies RN, puisqu'on a maintenant un petit peu de recul, finalement, on a des maires qui n'ont pas forcément, j'empiète sur la question du bilan, mais on a des maires qui n'ont pas forcément eu les coups d'effranche, ils n'ont pas forcément fait grand-chose, ils ont d'abord voulu montrer qu'ils étaient des bons gestionnaires, sans dérapage des finances publiques.

Alors, c'est plus ou moins vrai, selon les endroits, mais ce sont des villes où on a principalement communiqué, où on a assisté sur les petites attentions du quotidien, sur la sécurité, avec souvent un doublement des effectifs de la police municipale. Rien d'extraordinaire, des politiques de droite, finalement, comme on peut en voir dans beaucoup de villes en France. Et, quelque part, aujourd'hui, on s'inscrit, finalement, quand on est un électeur de droite lambda, il y a une forme de banalisation, finalement, dans la gestion de ces villes, qui rassure une partie de cet électorat, et de nombreux directeurs, tout simplement, ils trouvent leur compte.

9:47
Présentateur

À Marseille, Jean-François Poupelin, une chose qui semblait inconcevable, impensable, il y a quelques mois à peine, Franck Alizio, le candidat du Rassemblement National, dans les sondages, se trouve aujourd'hui, au coude à coude, avec le sortant Benoît Payan, qui, lui, dit vers gauche, 30% d'intention de vote, chacun, là aussi, du point de vue de la demande sociale, et dans ce que propose le Rassemblement National, comment est-ce que vous l'analysez ?

10:17
Invité

Alors, moi, ce que je vois, ce qui est très clair à Marseille, c'est la question de la sécurité, quand même, qui est très prégnante dans les médias, dans les enquêtes d'opinion aussi, avec la question du narcotrafic. Après, au-delà de ça, pour moi, le Rassemblement National a eu une histoire depuis longtemps avec Marseille. Donc, sans revenir aux années 70 et à la création du Front National, mais les histoires de ratonnades, il y a une implantation qui est historiquement forte. Alors, on le voyait un peu moins jusqu'en 2020, parce que le candidat Rassemblement National avait dû faire autour d'une dizaine de pourcents.

Mais aujourd'hui, ça ressort plus avec une droite qui est décrédibilisée par la fin du mandat Godin, qui n'a pas réussi à se renouveler et qui est en perte de vitesse au niveau national. Donc, nous, on a là un électorat qui bascule au Rassemblement National sans se poser de questions d'une manière assez naturelle. On a aussi, pour en revenir aux demandes sociales, il y a cette question de la sécurité, de la propreté. Alors, un peu de l'immigration, mais pas tant que ça. Mais surtout, une ville qui est quand même très fracturée entre ses quartiers nord et le reste de la ville et des quartiers qui sont en forme de repoussoir.

11:50
Présentateur

C'est intéressant l'argument de la fracturation et notamment de la fracturation sociale. Vincent Jarousseau, car effectivement, c'est peut-être une donnée qui revient dans énormément de communes déjà passées Rassemblement National. On a du mal à comprendre peut-être d'une manière intuitive en quoi cette scission, cette partition socio-culturelle parfois favorise le vote Rassemblement National. Comment l'un et l'autre se nourrissent ?

12:17
Invité

C'est vrai que c'est assez évident que le Front National, le Rassemblement National, excusez-moi, progresse là où les inégalités sont souvent extrêmement prononcées. Je vais prendre le cas, par exemple, de Bocquer. C'est une ville où, moi, je me suis posé pendant deux ans, entre 2014 et 2016. Petite ville de 16 000 habitants, à équidistance d'Avignon, Arles et Nîmes, où vous avez, un petit peu comme à Orange, d'ailleurs, un centre-ville extrêmement paupérisé, un centre-ville historique, avec un patrimoine assez marqué, une ancienne ville de Foire, très importante, où vous avez une population maghrébine extrêmement importante, et aussi, d'ailleurs, sud-américaine, équatorienne.

C'est une nouvelle immigration depuis...

13:02
Présentateur

Maghrébine, c'est-à-dire d'origine ? D'origine maghrébine.

13:05
Invité

Là, on parle de vieille immigration algérienne, puis marocaine, et depuis maintenant une dizaine d'années, depuis la crise des années 2010 en Espagne, on a une population de travailleurs équatoriens qui viennent d'Espagne, avec des visas espagnols, et qui travaillent comme travailleurs détachés dans le secteur agricole. Et aujourd'hui, on a une population, par exemple, dans cette ville, il n'y a jamais eu autant d'immigration à Boquer, paradoxalement, alors que la ville est dirigée par le Rassemblement National depuis une dizaine d'années.

Et donc, à contrario, on a autour de cette ville des grandes zones pavillonnaires, y compris même des quartiers quasi fermés, où les modes de vie sont effectivement... où les gens se croisent assez peu, où on a un niveau de vie un peu plus élevé, et c'est dans ces quartiers que se concentre l'essentiel du vote de Rassemblement National. Et donc, la demande, en effet, c'est une demande, finalement, de préservation du cadre de vie, de sécurité, de propreté, c'est un mot qui revient très souvent dans la bouche des électeurs du Rassemblement National. Quand on parle de propreté, on parle de propreté du quotidien, mais ça va au-delà.

Moi, je le voyais très bien à Nain-Beaumont ou à Yange, où les électeurs me disaient « Depuis que le maire est là, c'est beaucoup plus propre, mais en pointillé, ce que l'on pouvait aussi entendre, c'est beaucoup plus propre parce qu'il n'y a plus les SDF qui font la manche à la sortie du Lidl. »

14:20
Présentateur

Donc, ce n'est pas simplement les déchets, les détritus au sol ?

14:23
Invité

Ce sont aussi les personnes. Il faut bien voir que dans ces villes, il y a eu, je dirais aussi, des actions, une forme de harcèlement, d'une certaine manière aussi, de la police municipale pour renvoyer aux marges des personnes en situation de précarité, qu'elles soient françaises ou voire roms, comme c'était le cas à Nain-Beaumont.

14:47
Présentateur

On est quoi, n'importe surpris que le terme de propreté puisse recouvrir tous ces cas de figure-ci. Je voudrais qu'on revienne à Marseille, justement, Marseille, qui est un enjeu véritable et de fond pour le Rassemblement National. Quatre voix pour l'illustrer. Jordan Bardella, Franck Aligio, on en parlait, le candidat Rassemblement National et deux marseillaises qui s'expriment à propos de ces élections à venir.

15:12
Invité

Il n'y a pas d'alliance au niveau national, mais c'est vrai qu'en fonction de considérations locales, un certain nombre de personnes font le choix d'apporter un soutien très clair à notre liste. Franck Aligio peut être le prochain maire de Marseille. Tous les sondages disent aujourd'hui qu'il fait partie des potentiels vainqueurs. Je souhaite que nous puissions remporter la ville de Marseille.

15:30
Présentateur

Les efforts budgétaires, vous les mettez où vous souhaitez les mettre. C'est ça, la politique. Et moi, mon effort budgétaire, je le mettrai sur la police municipale. Comment on explique ? Et qu'est-ce qui justifie ? Que sur les cinq dernières années, on ait augmenté les subventions aux associations de 50%. Bon, cet argent, il était sûrement mieux utilisé en augmentant le nombre de policiers. 1000 policiers, ça nous ferait arriver juste dans la moyenne nationale. Pour moi, ce serait une victoire. J'espère que le RN prendra place sur Marseille. Ça m'arriffe de voir le RN à ce niveau et que les gens croient qu'il va apporter des solutions, alors que je ne pense pas du tout.

Jean-François Pouplin, que représente Marseille cette fois-ci pour les cadres du Rassemblement National, pour le parti lui-même ?

16:17
Invité

Moi, j'ai l'impression qu'ils se prennent vraiment à rêver depuis, peut-être pas la rentrée, mais depuis l'automne, parce que les sondages, effectivement, sont excellents pour le RN. Donc, je ne suis pas sûr au regard de la victoire du printemps marseillais, de l'implantation aussi de la gauche au niveau local avec ses députés. Ça pouvait passer, mais en fait, je pense qu'ils commencent à rêver vraiment et que si c'est la seule victoire, ce sera déjà une victoire formidable. Après, le RN n'a pas que des ambitions sur Marseille, dans les Bouches-du-Rhône et dans le sud de la France.

17:03
Présentateur

Lesquelles, alors ? Il faut nous exposer les autres.

17:05
Invité

Nous, on a travaillé avec un collectif de journalistes indépendants, des médias locaux à Arles, l'Arlésienne et puis à Béziers-le-Point sur la gestion municipale à travers notamment des éléments budgétaires. Donc, on a fait une projection en fait des derniers scrutins. Nous, on voit une bonne dizaine de villes sur les Bouches-du-Rhône déjà avec Martigues, Aubagne, des petites villes du tour de l'Étande-Berre aussi. il y a des mérites secteurs à Marseille donc ça, c'est moins important mais symboliquement, ça peut aussi jouer. Et puis après, ça peut être aussi Saint-Raphaël, Toulon, dans le sud de la France pour reprendre des villes plus importantes.

Après, sur Marseille, le RN en rêve aussi parce que le changement de scrutin lui est beaucoup plus favorable, en tout cas, est favorable à l'émergence d'une tête et à un parti. Donc, c'est la réforme de la loi Paris-Lyon-Marseille où cette fois, pour la première fois depuis le début des années 80, les maires vont être élus à l'échelle de la ville et pas à partir justement des mairies de secteur.

18:23
Présentateur

Jordan Bardella a dévoilé deux grands objectifs pour le Rassemblement national au cours de ces prochaines élections municipales qui auront lieu dans moins d'un mois, on le rappelle. Premier objectif, remporter plusieurs dizaines de communes dans un premier temps. Deuxième objectif, tenter de conquérir des métropoles. Commençons par le premier, Vincent Jarousseau, plusieurs dizaines de communes. C'est ambitieux ou cela vous semble réaliste pour le Rassemblement national ?

18:52
Invité

C'est toujours difficile à dire. J'aurais du mal à porter un jugement mais ça me semble relativement réaliste d'autant plus que communes c'est très large parce qu'on n'a pas parlé des petites communes. Il serait aussi intéressant de voir quelle est la stratégie du Rassemblement national qui par endroits par exemple ne présente pas de candidats.

Je pense par exemple à Anonay et je pense que c'est très intéressant de s'intéresser à ces villes donc Anonay en Ardèche de s'intéresser à ces villes où il n'y a pas de candidats du RN il n'y a pas de liste parce que finalement il peut y avoir une potentielle compatibilité finalement de certains maires sortants de droite avec le Rassemblement national.

19:31
Présentateur

Qu'est-ce que ça révèle selon vous ? C'est une forme aussi là peut-être aux prochaines élections d'une victoire non pas dissimulée mais d'une quasi-victoire du Rassemblement national ?

19:41
Invité

Il y a une stratégie très claire très clairement alors l'UDR et de ce point de vue la formation d'Éric Ciotti qui sert un petit peu je dirais de cheval de Troie pour faire basculer des villes de droite mais on a moult exemples notamment dans la vallée de la Garonne je pense à Mirmande aussi qui est un fief socialiste même si c'est dirigé par la droite depuis 2020 mais on a dans la banane aussi de la pauvreté en Gironde j'étais à Blaye la semaine dernière où il y a des ambitions très fortes j'étais par exemple à Blaye j'ai entendu parler comme ça d'un président de Rotary Club qui n'est pas encarté au Rassemblement national mais qui est soutenu par le Rassemblement national donc il y a aussi beaucoup de communes qui vont être remportées comme ça donc l'objectif de plusieurs dizaines si on élargit je dirais le spectre à toutes ces petites candidatures effectivement peut être extrêmement large et puis effectivement il y a des métropoles je pense à Nîmes on n'en a pas parlé la semaine dernière Julien Sanchez qui s'était fait élire à Bocquer en 2014 qui est député européen qui a démissionné de la mairie de Bocquer depuis qu'il est député européen en 2024 vient de présenter sa candidature à Nîmes sachant qu'aujourd'hui on a une droite divisée qui était au pouvoir dans la ville depuis plus de 25 ans le maire s'entend ne se présente pas donc il y a un point de faiblesse avec un candidat communiste qui a réussi à rassembler très largement la gauche à l'exception de LFI qui bénéficient plutôt d'une bonne dynamique mais l'entrée en liste de Julien Sanchez rebat peut-être un petit peu les cartes dans cette ville et pour le coup là l'objectif véritablement c'est la métropole de Nîmes parce que on sait qu'un certain nombre de communes de la couronne nimoise peuvent basculer à l'occasion de ce scrutin

21:38
Présentateur

je reviens je reviens un instant Jean-François Poupelin sur ces petites communes et sur la stratégie du rassemblement national pour tenter de les conquérir est-ce qu'au fond comme le décrivait Vincent Jarousseau il y a une forme de stratégie d'alliance simplicite pour tenter effectivement d'accéder au mairie de ces communes

21:57
Invité

il y a un label dans le sud dans les bouches du Rhône qui a été lancé par le candidat Franck Alizio le candidat rassemblement national à Marseille qui est aussi député de la circonscription qui est autour de Marignane qui est dirigé par Eric Ledizès qui lui-même est très proche du rassemblement national donc Marignane c'était une des villes conquises en 95 par le front national qui n'a jamais vraiment rebasculé du côté de la droite républicaine et donc ils ont lancé un label autour des villes de Provence je vous avoue que je l'ai oublié mais qui permet aussi de ratisser de rassembler un certain nombre de maires ou de candidats qui ne veulent pas se présenter sous le logo du rassemblement national mais avec son soutien et d'une manière un petit peu cachée

22:55
Présentateur

On évoque depuis tout à l'heure énormément de communes qui se trouvent peut-être de par vos parcours respectifs à chacun dans le sud dans le sud-est de la France notamment est-ce qu'il existe aujourd'hui deux modèles politiques pour le rassemblement national celui du sud et celui du nord Vincent Jarousseau dans le sud peut-être un rassemblement national qui se fonde plus largement sur des variables disons ethno-culturelles sur un discours beaucoup plus identitaire et au nord sur des variables socio-économiques avec un discours je mets des guillemets des discours plus sociaux au moins en apparence oui non mais la stratégie

23:33
Invité

de Marine Le Pen avant même qu'elle prenne la présidence du parti en 2011 ça a été de s'implanter à Hénin-Beaumont et dans le bassin minier et ceci n'est pas le fait du hasard en 2002 à la présidentielle quand Jean-Marie Le Pen accède au second tour il y accède parce que pour la première fois il arrive en tête dans l'électorat ouvrier et ça ils l'ont parfaitement compris ce glissement et donc il y a un changement sémantique qui s'opère à cette époque dans ce parti de conquête des classes populaires blanches dans les anciens bassins industriels du nord-est de la France ça le Front National de l'époque le comprend parfaitement bien et Marine Le Pen prend les habits y compris dans son vocabulaire dans la manière de s'habiller voilà en essayant aussi je dirais de caresser dans le sens du poil les sociabilités populaires locales et ça s'est traduit par des résultats les plus gros résultats du Rassemblement National se sont opérés d'abord dans ces régions au-delà du sud de la France et effectivement quand on regarde la mairie d'Énim-Beaumont on a un fonctionnement un peu différent ou à Ayange aussi où on a beaucoup investi par exemple les fêtes locales les festivités locales où on fait de la triangulation par exemple à Énim-Beaumont vous avez eu récemment un salon et une exposition sur les luttes pour les droits LGBT donc on renverse comme ça parce qu'on est dans un point

24:55
Présentateur

à Ayange néanmoins on se souvient de cette fête aussi qui avait fait polémique pour le coup identitaire la fête du cochon

25:00
Invité

j'ai assisté à la première fête du cochon il y a quelques-unes pour l'écriture de l'illusion nationale c'est pas du tout de la triangulation mais ceci étant quand vous allez à Ayange la première chose dont les habitants vous parlent c'est cette fête du cochon dans un endroit où il ne se passe pas grand chose et c'est une animation gratuite et comme en plus on en parle nationalement on est plutôt fier de ça et d'ailleurs les opposants les opposants aujourd'hui ne remettent pas en cause le principe d'une fête populaire comme la fête du cochon sauf que des fêtes du cochon il en existe partout ailleurs sauf que moi je ne connais pas de fête du cochon où on a un discours politique d'une demi-heure du maire vantant je dirais les mérites

25:41
Présentateur

de la civilisation occidentale Jean-François Pouplin est-ce que vous accréditez vous-même cette thèse d'un parti mais de deux modèles en un celui du sud et du nord ou alors au fond c'est une même ombrelle qui rassemble des discours politiques peut-être différents en apparence mais qui se rejoignent sur le fond

25:59
Invité

alors moi moi j'ai plus l'impression en tout cas que c'est c'est plutôt l'électorat qui va qui va différer donc que le discours ça s'adresse peut-être peut-être certainement enfin s'adapte en tout cas à cet électorat mais on a un électorat qui est un peu différent une histoire comme je vous disais tout à l'heure de l'extrême droite en Provence un électorat qui est un petit peu plus enfin en tout cas qui est un peu moins populaire du en tout cas un peu moins classe populaire du côté du sud de la France avec des des classes moyennes un petit installé des des commerçants des artisans des chefs d'entreprise donc qui peuvent avoir là un capital économique qui est un petit peu supérieur à leur diplôme comme le dit Félicien Fouri dans son travail et donc des gens qui vont être plus qui vont avoir des préoccupations qui sont un petit peu plus centrés sur leur leur niveau de vie aussi sur les questions de l'immigration sur les questions de sécurité qui sont peut-être plus plus plus importantes de notre côté moi je vois plus l'adaptation à un électorat qui a des stratégies enfin qui sont des stratégies de conquête mais qui ne sont pas un bouleversement ce que je veux dire c'est qu'il n'y a pas un bouleversement du programme sur les villes dans les communes que gère le Rassemblement National

27:30
Présentateur

Selon l'agence France Presse ce matin la justice a sonné je cite la fin de la dynastie des Bompards dans la commune d'Orange que vous évoquiez Vincent Jarousseau à Orange dans le Vaucluse en condamnant lundi le fils Yann Bompard maire de la ville depuis 2021 à 5 ans d'inéligibilité une décision qui s'applique immédiatement et le contrainte à démissionner Yann Bompard jugé à Marseille pour avoir occupé un emploi fictif de collaborateurs parlementaires devra aussi démissionner de son mandat de conseiller départemental il avait succédé à son père Jacques Bompard maire de cette ville de 30 000 habitants depuis 1995 quand celui-ci avait été condamné pour prise illégale d'intérêt fin de citation Vincent Jarousseau est-ce qu'une part du bilan du Rassemblement National dans les communes qu'il dirige c'est aussi une forme parfois de clientélisme divers et varié mais en tout cas une constante peut-être dans certaines de ces communes

28:29
Invité

si on prend toutes les villes une par une dans de nombreuses villes gérées par le Rassemblement National vous avez des budgets consacrés aux frais de justice qui sont extrêmement conséquents pour différents types d'affaires plus qu'ailleurs plus qu'ailleurs évidemment les affaires en diffamation ça c'est tout le temps mais pas que je pense notamment à Ayange où le vent du boulet est passé pas très loin alors là pour le coup c'était au début du premier mandat de Fabien Angelman qui avait failli être invalidé à l'époque à Hénin-Beaumont vous avez aussi j'ai plus exactement les affaires en tête mais il y a aussi un certain nombre de sujets qui se posent mais au-delà de la question de la justice on voit aussi un système clientéliste qui se met en place parce que quand vous détenez tous les pouvoirs locaux si je prends le cas de Hénin-Beaumont c'est la circonscription c'est les deux cantons c'est un poste de sénateur c'est un député européen c'est moult conseillers municipaux évidemment bon mais ça c'est le vote populaire

29:32
Présentateur

qui les a ici

29:33
Invité

à ces postes bien sûr bien sûr mais ce que je veux dire c'est que derrière vous avez aussi toute une série de postes de chargés de mission d'emploi par ailleurs il y a une forme de normalité il n'y a rien d'illégal mais il y a une forme je dirais

29:45
Présentateur

si on allait dans certaines régions tenues par d'autres parties est-ce que ce serait différent c'est ma question

29:50
Invité

mais le rassemblement national n'a pas l'exclusivité du clientélisme c'est pas du tout mon propos ça existe depuis bientôt mais je dirais que c'est assez logique finalement quand il est en situation qu'il épouse des formes de cultures

30:03
Présentateur

clientélistes Jean-François Pouplin dans les différentes enquêtes que vous avez menées avec vos collègues journalistes est-ce que vous avez identifié aussi j'allais dire un tropisme particulier pour le clientélisme

30:17
Invité

en tout cas c'est des pratiques qui vont se retrouver nous qu'on a pu voir si on prend en tout cas dans les gestions municipales on s'est intéressé beaucoup principalement aux subventions aux associations et il y a un prisme sportif qui est très fort et qui là peut relier nous ce que nous racontent les oppositions qui peuvent retrouver des clientèles je pense à des petites villes du Vaucluse où les clubs de rugby sont particulièrement bien financés et parce que c'est l'électorat c'est l'électorat Rassemblement National qui se concentre sur un club sur deux clubs en tout cas sur un sport en particulier

31:02
Présentateur

il y a la thématique évidemment qui revient à chaque élection pour le Rassemblement National celle des brebis galeuses je mets des guillemets autour de l'expression entre guillemets ces candidats dont le RN ne parvient pas nécessairement à contrôler le passif les dires l'historique parfois d'ailleurs ils les ont contrôlés mais ils les laissent se présenter tout de même est-ce que là sur ces 650 listes à venir Rassemblement National pour les prochaines élections municipales Vincent Jarousseau des dispositifs particuliers de sélection des candidats ont été mis en oeuvre ou du moins est-ce qu'il y aura un peu plus d'attention portée au profil de ces personnes je ne sais pas

31:42
Invité

ce que je sais en tous les cas c'est qu'il y a une sacrée opération de communication de la part du RN qui a mis en place une commission pour sélectionner des candidats mais à l'échelle de 650 villes et 650 listes parce qu'il n'y a pas que les têtes de listes je doute que ce travail de vérification puisse être fait et je pense que enfin je dirais que c'est du temps réel ce dont on parle mais c'est tous les jours on a des tweets qui sont ressortis des posts qui voilà malgré toute la communication qui a été faite depuis des mois et des mois sur le sujet on se rend compte que finalement ces probicaleuses elles sont toujours là parce que c'est inhérent je dirais à ce parti c'est inhérent à son électorat tout simplement et qui on va redonner à ça plus de c'est à dire bah écoutez sur les réseaux sociaux il y a des gens qui s'expriment il y a des gens qui s'expriment et qui expriment des opinions

32:42
Présentateur

parce que ça représente véritablement l'électorat du Rassemblement National

32:46
Invité

bah c'est une c'est une non ça ne représente pas tout l'électorat mais ça représente une partie de l'électorat soyons clairs moi je on peut on n'aurait pas le temps ici mais je pourrais vous parler des conversations que j'ai pu avoir avec les électeurs du Rassemblement National pendant 10 ans pour le coup moi j'étais plutôt dans une posture d'écoute et non pas de débat avec eux et quand on écoute les gens se lâchent donc à partir de là c'est assez logique que parmi les candidats dans une partie de l'électorat et dans une partie des candidats vous ayez effectivement des brebis galeuses malgré toute toute l'attention portée pour apparaître avec les mains les plus propres possibles

33:26
Présentateur

Jean-François Pouplin votre point de vue sur cette sélection des candidats Rassemblement National

33:32
Invité

alors je suis assez d'accord avec Vincent Jarrousseau c'est compliqué de le faire au jour le jour en tout cas ce qui est sûr c'est qu'il y a une attention quand même particulière on l'a vécu à Marseille ce week-end avec l'annonce du soutien du parti de la France de Carlan qui était un proche de Jean-Marie Le Pen et d'un parti pétainiste notamment ce petit parti groupus pétainiste qui a apporté son soutien à Franck Alizio en fin de semaine dernière ou samedi et immédiatement le Franck Alizio et son équipe ont réagi pour dire qu'ils n'étaient pas au courant qu'eux ne l'acceptaient pas ce soutien que c'était justement un parti antisémite raciste et pétainiste ils les ont mis vraiment à distance alors qu'en 2020 on retrouvait dans la campagne de Stéphane Ravier qui est un sénateur issu du rassemblement national et de reconquête on retrouvait des identitaires des royalistes et ça posait beaucoup moins de problèmes

34:39
Présentateur

Sur le clientélisme je reviens au clientélisme on pense par ailleurs au travail remarquable de la journaliste Camille Vigon dans son ouvrage Les rapaces et sur la ville de Fréjus Vincent Jarousseau vous parliez un peu plus tôt de la volonté des maires rassemblements nationales de se présenter aux yeux de leurs électeurs comme de bons gestionnaires depuis 2014 depuis 2020 qu'est-ce que l'on observe de ce point de vue là justement du point de vue strictement comptable est-ce qu'ils ont réussi disons que

35:13
Invité

les villes remportées en 2014 puisque c'est l'essentiel les 17 villes actuellement gérées par le rassemblement national étaient des villes toutes en grandes difficultés financières y compris avec des passifs des anciens maires je pense à Aynain-Beaumont où un ancien maire avait été condamné à la prison ferme voilà et donc la situation financière de ces villes étant fragile les coudées des maires RN et leur marge de manœuvre était finalement assez limitée dans la gestion donc ils ont voulu se montrer comme des bons gestionnaires soucieux des dépenses publiques donc assez peu de dépenses engagées sauf dans la sécurité mais très peu finalement d'investissement très peu de travaux structurels ce sont des villes quand vous vous y promenez moi je suis retourné récemment à Aynange à Aynain-Beaumont aussi ou à Bocaire ce sont des villes qui finalement quand on revient 12 ans après ont assez peu changé finalement dans leur aspect dans leur structure si on fait un bilan juste visuel

36:22
Présentateur

merci beaucoup à tous les deux de ce petit tour de France des communes du rassemblement national Jean-François Pouplin journaliste chez Mars Actu auteur de l'enquête intitulée Extrême droite la casse sociale c'est chez Média Vivant et Vincent Jarousseau documentariste et photographe auteur notamment de l'ouvrage intitulé dans les âmes et les urnes 10 ans à la rencontre de la France qui vote ARN un livre qui a paru le 16 janvier dernier aux éditions des ARN merci également à celles et ceux qui ont préparé cette émission Diane de Vancey Stéphanie Villeneuve Antoine Héral Mathias Mégi à suivre après le journal le droit international a-t-il seulement déjà existé alors qu'il est attaqué à peu près par tout le monde notamment par Donald Trump le président américain qui ne s'est quitté

37:12
Locuteur

dans les âmes et qui ne s'est quitté dans les âmes