Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Inter — L'invité de 6h20· 12 janvier 2024 6 min

Boris Vallaud : "Ce nouveau gouvernement, c'est une cohabitation pratique et effective avec la droite"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, Alibadou, Marion Lourdes, le 6-9. 6h22, il y a votre micro Marion Lourdes ce matin, le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale et député des Landes. Bonjour Boris Vallaud. Bonjour. Passation de pouvoir ce matin, premier conseil des ministres pour le nouveau gouvernement Attal, dont le premier ministre a dévoilé en grande partie la composition hier. Dès hier soir, vous avez parlé concernant ce gouvernement de préférence sarkoziste. Qu'est-ce que vous voulez dire ?

0:30
Boris Vallaud

Écoutez, qu'il est assez manifeste qu'au fond, la régénération appelée par le président de la République de ses voeux est une résurrection du sarkozisme. Quand vous mettez bout à bout Gérald Darmanin, qui était déjà là, mais Mme Vautrin, Mme Dati, c'est une reconstitution de l'ique sarkoziste dissoute. Je ne m'en étonne pas, pour être tout à fait franc. J'avais considéré, au moment de la loi immigration, qu'on était non seulement dans une bascule politique et morale, mais aussi dans une clarification. C'était le début d'une cohabitation avec la droite. Là, elle a trouvé au gouvernement ses visages.

1:08
Présentateur

14 ministres nommés, finalement seulement 8 qui viennent de la droite ?

1:14
Boris Vallaud

Oui, et le reste n'est que prétendument de gauche, puisqu'ils mettent en œuvre une politique de droite, que ce soit la réforme de l'assurance chômage, la réforme des retraites ou la loi immigration. Donc, en réalité, c'est un gouvernement de droite qui met en œuvre une politique de droite.

1:28
Présentateur

Avec pourtant un premier ministre qui vient de la gauche, Gabriel Attal. Il a travaillé avec Marisol Touraine sous François Hollande.

1:33
Boris Vallaud

Oui, ça doit lui faire sans doute des souvenirs, mais ça ne lui fait pas ni une morale, ni une ligne, manifestement, puisqu'on voit bien que dans ce deuxième quinquennat d'Emmanuel Macron, dont il ne sait pas bien quoi faire, à part, j'allais dire, être le rôle principal d'un troisième mandat Sarkozy, on a totalement essoré et soufflé en même temps. C'est la fin du « en même temps ».

1:57
Présentateur

14 ministres seulement. Est-ce que vous saluez ce que le premier ministre décrit comme un effort de sobriété ?

2:03
Boris Vallaud

Écoutez, j'attends de voir les nominations à venir. Le constat que je fais, c'est que nous avons aussi des ministres avec de très larges portefeuilles. Je pense à la ministre qui est à la fois ministre des Sports dans une année olympique et ministre de l'Éducation nationale. Alors, c'est vrai qu'elle sera doublement coronacrée par le Président de la République. Voilà, elle sera doublement sous tutelle, soit tutelle du Président de la République et du Premier ministre qui a dit qu'il emmenait l'Éducation nationale à Matignon. Mais, vous voyez, ça ne mérite quand même des ministres à temps plein et pas à temps partiel sur des sujets aussi importants que celui-là.

On pourrait dire la même chose du grand ministère de Mme Vautrin, d'ailleurs avec des questions intéressantes. Que pense-t-elle, par exemple, de la loi sur la fin de vie ? Que pense-t-elle de l'inscription de l'IVG dans la Constitution ? Elle a eu à s'exprimer sur ces sujets-là dans son passé sarkoziste. Qu'en est-il aujourd'hui ? Alors, c'est vrai que, évidemment, elle appliquera la politique du Président de la République.

3:02
Présentateur

Boris Vallaud, vous le savez parce que vous êtes à l'Assemblée nationale. Il y a eu beaucoup d'articles 49.3 qui ont été déclenchés par Elisabeth Borne, l'ex-première ministre. Est-ce que recentrer le gouvernement sur la Macronie et la droite, ça ne facilitera pas des alliances ? C'est de la cohérence, finalement, non ?

3:18
Boris Vallaud

Écoutez, nous le verrons. Sa majorité est probablement à droite, puisque sa politique est à droite, que son électorat l'est très largement. Effectivement, il y a une forme de clarification. On sort d'une ambiguïté. C'est la fin dure en même temps. C'est une cohabitation pratique et effective avec la droite. La question, c'est est-ce que les LR à l'Assemblée nationale et au Sénat seront en soutien, comme ils l'ont été sur les lois que j'évoquais tout à l'heure ? Eh bien, nous le verrons. En tout cas, je crois que les Français savent à quoi s'en tenir. Je ne suis pas sûr qu'ils avaient, en 2017, imaginé cette dérive droitière. Certains ont sans doute cru sincèrement à ça en même temps.

Pour ma part, j'ai toujours vu à la fois un mensonge et une sorte de vice de départ.

4:07
Présentateur

Il y a une première dans ce gouvernement. La vice-présidente du groupe Renaissance à l'Assemblée, Marie Lebec, que vous allez voir souvent, parce qu'elle prend le poste de ministre des Relations avec le Parlement. C'est la première fois que ce poste est occupé par une femme. Est-ce que vous salvez ce choix ?

4:22
Boris Vallaud

Écoutez, quand je vois la façon dont sont traitées les femmes dans ce gouvernement, pas de ministre, femme, dans un poste régalien, une forme de rétrogradation un peu générale. Je souhaite bon courage à Madame Lebec, mais les femmes, dans l'esprit du président de la République et du Premier ministre dans ce gouvernement, ont plus l'air d'un supplément d'âme que d'une vraie parité.

4:46
Présentateur

Une femme porte-parole tout de même, Presque Athevenot ?

4:50
Boris Vallaud

Oui, et un Premier ministre qui le saura aussi sans nul doute.

4:54
Présentateur

Boris Vallot, le groupe PS et apparenté, c'est 31 députés aujourd'hui à l'Assemblée. Or, l'aile gauche de la Macronie aujourd'hui se retrouve privée finalement de représentation au sein du gouvernement. Et 20 députés Renaissance avaient voté contre la loi immigration. Est-ce qu'on peut imaginer à l'avenir un rapprochement entre vous et ces élus qui s'étaient opposés à la loi immigration ?

5:14
Boris Vallaud

Écoutez, ce que je constate en effet, c'est qu'un certain nombre d'entre eux, au moment de la loi immigration, ne se sont pas perdus dans le naufrage moral, dans cette banalisation du Rassemblement national, dans la promotion de ces idées comme la préférence nationale. On verra jusqu'à quel point ils en tirent des conclusions dans leur engagement politique. Mais c'est d'abord, j'allais dire, une responsabilité qui leur appartient à eux.

5:41
Présentateur

À eux de le dire. Donc Boris Vallot, chef du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, merci de nous avoir répondu sur France Inter. Merci à tous les deux. À suivre sur Inter, la météo et le journal.

Boris Vallaud : "Ce nouveau gouvernement, c'est une cohabitation pratique et effective avec la droite" — Boris Vallaud · Pourquijevote