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AutreFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 6 mars 2026 16 minContradictoireMixte

Où en est-on de l’agriculture biologique en France ? Le modèle drômois

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Présentateur

France Culture. Les matins de France Culture, sur les chemins des élections municipales, en direct de Valence. Et oui, je l'ai dit, la Drôme, où nous sommes, fut pionnière en matière d'agriculture bio. Et quand on parle de bio, il faut aussi songer aux paysages, à des paysages absolument magnifiques. Par exemple, Obéline Bellone, bonjour. Obéline, vous avez travaillé en doctorat sur le bio dans une vallée qui s'appelle la Vallée de Quint, qui est un lieu absolument magnifique, avec des montagnes douces et accueillantes. Saint-Julien-en-Quint, qui est un merveilleux village. Et puis Jean-Maxime Buisson, bonjour.

Vous êtes président de la Fédération d'agriculture biologique en Auvergne-Rhône-Alpes. Vous avez des poules pondeuses, vous, à Bourdeau. C'est juste après Bézodin-sur-Bigne. Quand on descend le col de la chaudière, quand on le descend, ça veut dire qu'on l'a monté. On est content de descendre juste après Bézodin-sur-Bigne. Il y a votre exploitation. Il faut nous dire ce que représente aujourd'hui le bio dans la Drôme, région qui fut pionnière.

1:14
Invité

Oui, bonjour. Merci de mettre un focus sur l'agriculture biologique. Quand on sait qu'aujourd'hui, l'agriculture intensive est un des premiers responsables de la destruction des écosystèmes. L'agriculture biologique, elle produit une alimentation saine et respectueuse du vivant en utilisant des pratiques respectueuses de l'environnement aujourd'hui.

1:33
Présentateur

Alors vous, vos poules, vous en avez 3000, des poules pondeuses. Et vous avez quelques hectares, 7 hectares, je crois, pour qu'elles puissent gambader.

1:41
Invité

Exactement. 3000 poules pondeuses qui se répartissent sur plusieurs petits bâtiments. Donc elles ont des âges différents. Ça permet d'avoir une production lissée sur l'année. Donc là, on est dans la technique de ma ferme, clairement. Et effectivement, il y a 7 hectares qui sont à disposition pour qu'elles puissent aller gambader, profiter, s'aérer. Voilà, qu'elles puissent être bien, tout simplement.

2:06
Présentateur

Jean-Maxime, j'ai une question de Parisien, parce que je suis néo-citadin. Comment on fait pour qu'elles ne pondent pas dans les 7 hectares, les poules ?

2:14
Invité

On est encore dans la technique. Je ne sais pas si c'est ça le thème du jour, mais techniquement, oui, on va simplement leur rappeler, en amenant de la paille et autres au début de l'élevage, que c'est plus sympa pour elles et pour nous de pondre dans les pondoirs. Puisque sur mon élevage, on ramasse à la main. Aujourd'hui, pour rappeler, il y a les fermes en bio, en moyenne, c'est un chiffre de l'agence bio, 30% d'emplois en plus. Donc moi, sur ma ferme, on est trois temps pleins aujourd'hui pour une ferme qui a simplement 3 000 poules. C'est une petite ferme en production d'œufs biologiques.

2:47
Présentateur

Et c'est pour ça, évidemment, que ça vaut plus cher. Comment va la filière bio en France ? Par exemple, les œufs bio, comment vont-ils ? Comment se vendent-ils ?

2:57
Invité

Eh bien, comme les autres agriculteurs, on a eu un fort développement de l'agriculture biologique jusqu'aux années 2020. Après, pendant la Covid, on a vu que nos fermes étaient très résilientes. Et d'ailleurs, on va revenir dessus, je pense, sur l'histoire de la bio. Mais c'est une force de l'agriculture biologique. C'est d'avoir des fermes qui sont pratiquement autonomes. Et ça a permis, pendant la Covid, de voir qu'en fait, on a eu un coût des matières alimentaires qui restait relativement stable, même si on a eu aussi l'inflation qui a eu un impact. Et c'est surtout sur les années 2022-2023 où les habitudes de consommation ont un petit peu changé. Et aujourd'hui, on sent le redémarrage.

D'ailleurs, il y a des chiffres de l'agence bio qui montrent que l'agriculture biologique repart à hauteur de 6 à 7 % de consommation. Et nous, on le ressent sur la ferme. On a d'ailleurs embauché au mois d'octobre un salarié supplémentaire, clairement.

3:57
Présentateur

Obéline Bellum, vous, vous avez travaillé sur le bio dans le Val-de-Quin, principalement l'élevage. Le Val-de-Quin, c'est Saint-Julien-en-Quin, c'est, par exemple, Sainte-Croix. Quelques mots pour décrire ce lieu qui est un lieu vraiment magnifique ?

4:10
Invité

Oui, bonjour. Alors, la Vallée-de-Quin, effectivement, c'est un territoire absolument magnifique du Diwa, qui est la partie plutôt montagneuse de la Drôme. Alors, c'est un territoire qui est historiquement un territoire agricole, et ça se ressent dans le paysage, puisque, effectivement, l'activité agricole principale, c'est l'élevage. Et donc, on est sur un territoire plutôt marqué par des prairies, qu'elles soient artificielles ou naturelles, et des zones de pâture, notamment sur le plateau d'Ambel, qui est au-dessus de la Vallée-de-Quin.

4:43
Présentateur

Et là, comment les choses se sont déroulées pour la conversion en bio ?

4:48
Invité

Oui, alors, il faut savoir que la Vallée-de-Quin, comme d'autres territoires de la Drôme, et plus globalement le Diwa, c'est effectivement un des territoires pionniers de la bio. Et on a, dans la Vallée-de-Quin, des fermes qui ont fait leur transition vers l'agriculture biologique depuis 1968, enfin, depuis la fin des années 60, début des années 70, donc parmi les premières exploitations qui sont passées en bio. Et voilà, ça s'explique par tout un tas de facteurs historiques liés aux reliefs, liés à l'histoire politique aussi du territoire.

Et ce qui est important de noter, quand même, dans ces territoires-là, c'est que cette transition de la bio, elle s'est faite conjointement par des initiatives des acteurs locaux et par l'arrivée de populations néo-rurales dans ces années-là.

5:38
Présentateur

Et oui, parce qu'en fait, il y a toujours, aujourd'hui, une coexistence, parfois, qui pose problème entre les néo-ruraux et les habitants du lieu. Jean-Maxime, vous, votre grand-père, était déjà dans le bio.

5:52
Invité

Oui, et moi, je vais aller à contresens. Je pense qu'au contraire, la force de l'époque, des années 60, c'est qu'il n'y a pas eu... C'est que c'est néo-ruraux qui sont arrivés, notamment, donc, à l'époque, avec la méthode Le Maire-Boucher, puisque Le Maire... Le Maire-Boucher, ça m'a échappé. Oui, donc, la méthode Le Maire-Boucher, c'est les prémices de l'agriculture biologique. Donc, Le Maire, c'était un négociant en semences, qui, lui, en 1950, a rapidement compris qu'il y avait une corrélation entre les produits de synthèse et les problématiques de santé. Et après, M.

Boucher, qui avait 30 ans de moins, lui, était un agronome horticole, et lui, il travaillait sur les apports de fumure, le travail de la fumure. Et donc, en fait, ils ont tout de suite fait un lien entre le travail du sol, la santé des plantes, la santé des bêtes qui sont nourries avec l'alimentation, et du coup, la santé des êtres humains. Derrière, effectivement, cette philosophie, elle a été emmenée par des néo-ruraux. Moi, mon grand-père, effectivement, en a fait partie. Il y a des noms, Al-Boussière, Fournier, Mabie et Buisson. Mon grand-père, Maxime Buisson, qui arrivait en 1963 sur le territoire. C'est un néo-rural, il arrivait de Lyon.

Et en fait, pour la plupart, ses familles se sont installées, effectivement, sur des zones plutôt rurales et compliquées, mais ils ont tout de suite su s'intégrer au tissu local et communiquer, justement, avec les autres agriculteurs.

7:24
Présentateur

Et alors, concrètement, Jean-Maxime Buisson, quand on prend vos œufs, des œufs bio, quelle est la différence entre les œufs bio et les œufs traditionnels ? Bon, il y a, j'imagine, déjà le bien-être de la poule.

7:37
Invité

Aujourd'hui, il y a surtout un cahier des charges. En fait, il faut rappeler que l'agriculture biologique, c'est l'agriculture la plus contrôlée et la plus sécurisée du fait du cahier des charges. On est le seul modèle où il y a un contrôle par un organisme certificateur au moins une fois par an. Et on peut aussi avoir des contrôles inopinés. Donc, inopinés, c'est sans qu'on soit prévenu que le contrôleur arrive chez vous. Et après, on peut aussi avoir des prélèvements sur les produits qui font que... Et qui vous empêche d'utiliser quoi ?

8:07
Présentateur

C'est-à-dire, un œuf, pour fixer les idées, un œuf bio, c'est, disons, du simple au double par rapport à un œuf traditionnel. Je ne sais pas, l'œuf, on le paye 25 centimes, 30 centimes lorsqu'il est traditionnel. Et quand il est bio, il vaut le double, 50, 60 centimes.

8:24
Invité

Il y a plusieurs aspects. C'est multifactoriel, clairement. Donc, si on parle de l'amont, on va avoir la non-utilisation de produits de synthèse dans la partie céréalière, parce qu'il faut revenir à la plante. Pour nourrir nos animaux, on a ce qu'on appelle un bol alimentaire. Donc, en fait, une ration qu'on va leur donner qui vient principalement de céréales. Donc, où c'est vos céréales, j'imagine ? Il y a une partie de mes céréales. Il y a ce qu'on appelle un lien au sol. Enfin, après, je ne vais pas revenir sur cette partie trop technique. Sinon, on va dépasser largement les 20 minutes que vous nous accordez aujourd'hui, si vous voulez, avec plaisir.

Et il faut voir que dans le prix, il y a les pratiques techniques, puisque cultiver en bio, c'est un petit peu plus complexe. Ça demande un petit peu plus de travail. Un travail différent qui a un coût. Plus de travail. Voilà. Et je l'ai dit, 30% de manœuvre en plus sur les fermes bio. C'est un chiffre de l'agence bio. Ce n'est pas moi qui l'invente, clairement. Et après, derrière, vous avez cette partie travail qui aussi est valorisée dans le prix d'achat. Et après, il y a un lien à la santé. Il faut rappeler que l'agriculture biologique, sa volonté, c'est de préserver la santé de l'ensemble de l'environnement et de la santé humaine.

9:36
Présentateur

Obéline Bellum, vous qui avez étudié le bio dans le Val-de-Quin, dans la Drôme. Ces pratiques, en quoi elles consistent et comment on distingue les deux types d'élevage, puisque dans le Val-de-Quin, il y a surtout de l'élevage ?

9:51
Invité

Oui. Alors, effectivement, en Val-de-Quin, on a une coexistence de différents types de pratiques. Et on a quand même une grande partie des fermes du territoire qui sont labellisées en bio. Alors, entre l'élevage et les cultures végétales, les indications, les cahiers des charges, les obligations ne sont pas tout à fait les mêmes. mais ce qui est intéressant de noter, c'est qu'on est quand même sur plus de la moitié des surfaces agricoles du territoire qui sont en bio et qu'on n'a pas, de toute façon, au sein de ce territoire, des pratiques réellement intensives.

On a des formes d'agriculture extensives qui ne sont pas labellisées en bio pour tout un tas de raisons, notamment liées au coût de la viande lorsqu'elle est labellisée bio qui, du coup, limite quand même le marché définible.

10:40
Présentateur

La viande est beaucoup plus chère qu'en bio.

10:42
Invité

Oui, en bio, elle est effectivement beaucoup plus chère et...

10:46
Présentateur

Ça se justifie, mais c'est plus cher.

10:48
Invité

Ça se justifie totalement, mais c'est vrai que, du coup, ce n'est pas à la portée de toutes les bourses, notamment dans le monde actuel. Et il faut aussi se confronter au fait qu'on a un marché dans la Drôme qui est quand même fortement nourri par le bio. Donc, il y a une forme de concurrence aussi à l'échelle du territoire et que, donc, il faut progressivement aller commercialiser la viande aussi un petit peu plus loin.

11:15
Présentateur

Et, justement, ils s'en sortent bien parce qu'à chaque fois, je pose cette question parce qu'on se dit qu'il y a un appétit de bio, mais bon, comme on l'a dit, surtout pour la viande, c'est cher. Comment ça se passe, du coup, vous qui avez travaillé sur ces territoires et ces producteurs ?

11:30
Invité

Alors, il y a une spécificité quand même du Dioie, notamment de la Vallée de Quim, mais du Dioie plus largement où on a quand même un marché et un certain nombre de débouchés en local qui sont installés depuis longtemps et qui fonctionnent avec aussi un soutien des politiques locales, en fait, qui favorisent aussi le bio dans la restauration publique, ce qui aide quand même à... Voilà, qui offre un débouché commercial plus accessible. Et puis, on a historiquement aussi des coopératives de vente anciennes bien installées qui fonctionnent. Je pense par exemple à la Carline, Adi, qui commercialise une grande partie des productions bio du territoire, notamment de la Vallée de Quim.

Et d'ailleurs, les premières initiatives qui ont mené à la création de la Carline émergent dans cette Vallée de Quim.

12:19
Présentateur

Est-ce que, justement, Jean-Maxime Buisson, vous avez des aides quand on fait du bio ? Est-ce qu'on est aidé ? Je vous vois sourire.

12:28
Invité

Oui, on a des aides, mais... Enfin, déjà, je veux juste rebondir sur l'intervention qu'il y a eu avant. Effectivement, je pense que les pionniers, ce qu'ils ont rapidement compris, c'est qu'il fallait tisser un lien étroit également avec les consommateurs. C'est pour ça qu'il y a eu du circuit court qui s'est fortement développé en fait, sur le département. c'est quelque chose d'important. Après, sur la partie des aides, oui, il y a des aides. Moi, sur ma filière, il n'y a pas d'aide directe, clairement. Donc, ma ferme est un peu un modèle d'exception puisqu'elle ne vit pas d'aide. Mais après, les pionniers ne se sont pas appuyés sur les aides pour se développer.

Ils sont débrouillés beaucoup seuls. Les aides sont venues après. Aujourd'hui, les aides, elles ont été divisées pratiquement par trois. Aujourd'hui, les seules aides qu'on a en bio, clairement, en aide directe, on est à 92 euros à l'hectare pour mettre des chiffres qu'on peut comprendre. Avant, on était plutôt à 250 euros à l'hectare jusqu'aux années 2018-2020. Voilà. Donc, il y a un fort ralentissement de l'action, enfin, de l'utilisation des impôts pour accompagner une agriculture qui permet d'éviter des dépollutions. Il faut le rappeler, la génération future avait mis en avant le fait que le coût de la dépollution.

Investir en agriculture biologique, c'est 28 fois moins de coûts que la dépollution. Il y a toutes sortes d'avantages indirects

13:50
Présentateur

que les économistes appellent des externalités. Mais la filière avicole, elle me fascine parce qu'en France, on fait de la très bonne volaille, mais beaucoup de volaillers ont fait faillite, ont disparu, Dromkai. D'ailleurs, je ne sais pas où est-ce que ça en est. Il y a beaucoup de sociétés qui ne sont plus là. Alors, il y a le coût, probablement, mais comment expliquer ça ? On sait, par exemple, que pour installer un poulailler traditionnel, il y a toutes sortes de problèmes parce que, généralement, il y a des nuisances. Il y a... Faites la grimace. Expliquez-moi, Jean-Maxime Buisson.

14:23
Invité

Non, je ne fais pas la grimace. Après, il y a... Le problème, il est venu, on l'a vu, sur les années 2000, quand il y a eu cette accélération à deux chiffres, on a voulu mettre le modèle industriel stricto sens de ce qu'il est sur le modèle de la bio et, effectivement, je rejoins, il faut des débouchés en face et le problème qu'on a, notamment, en modèle avicole, c'est que, je pense qu'il faut plutôt faire les choses à l'envers et regarder comment nourrir un bassin local, de quel volume on a besoin et après, avoir une stratégie d'implantation de bâtiments pour permettre de nourrir localement. Le bio et le local, c'est clairement le top, l'idéal, c'est ce qu'on dit.

15:08
Présentateur

Un dernier mot, une conclusion au Béline Bellum. Oui. Sur, justement, le bio et ses possibilités pour nourrir.

15:18
Invité

Oui. Alors, absolument, je suis d'accord avec tout ce qui a été dit juste avant et je pense qu'il faut rajouter aussi un autre échelon qui est celui de la transformation et que le maintien en fait, de cet échelon transformation est absolument nécessaire pour maintenir ce type de modèle.

15:34
Présentateur

Merci beaucoup au Béline Bellum, doctorante en aménagement du territoire sur le Val-de-Quin et puis merci Jean-Maxime Buisson, président de la Fédération d'Agriculture Biologique en Auvergne-Rhône-Alpes. La prochaine fois, on ira faire une émission depuis Bézodin-sur-Bine. Bourdeau. Bourdeau, juste à côté. Bourdeau, c'est la grande ville et on plaint beaucoup les Parisiens qui ne sont pas à Bourdeau et qui nous écoutent car il est 8h sur France Culture.