Allocution Emmanuel Macron : "Ca reste du blabla"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Apolline de Malherbe. Bienvenue si vous nous rejoignez, il est 7h40. L'invité du jour. Bonjour Louis Alliot, vous êtes le maire de Perpignan, vous êtes le premier vice-président du Rassemblement National. Votre réaction ce matin au propos d'Emmanuel Macron hier soir. Trois chantiers lancés, un pacte de vie et au travail, plus de justice et d'ordre républicain, le progrès pour mieux vivre.
C'est beau, dit comme ça, vous ne pouvez pas être contre. C'est beau comme une campagne électorale, c'est ce qu'il disait il y a un an, quand il était en campagne, un peu plus d'un an. Il faudrait qu'ils se mettent dans le costume et de prendre les bonnes décisions. Malheureusement, on voit bien que depuis un an, ça reste du blabla, de la communication, mais au bout, il n'y a rien. Il n'y a que des réformes impopulaires, des réformes que les Français ne veulent pas. Et je crains qu'en utilisant le 49-3, en les prenant de haut, ils ne fassent que monter la colère d'un certain nombre de personnes.
Il a promis 100 jours d'apaisement.
– Oui, alors ça m'a fait beaucoup sourire. 100 jours d'abord pour qui ? Peut-être pour Mme Borne, parce que finalement, il a dit 100 jours, rendez-vous le 14 juillet. Donc si j'ai bien compris, on changera de Premier ministre le 14 juillet. Parce que dans les 100 jours, il ne se passera rien de plus qu'il ne s'est passé l'année précédente. Et donc j'ai comme l'impression qu'elle est sous contrat à durée déterminée. – Mais il aurait fallu faire quoi, selon vous, Louis Allieu ? – Ne pas parler, parce que prendre la parole pour dire ce qu'il a dit, il vaut mieux ne pas parler. – D'accord.
– Je pense qu'il fallait, s'il veut des mesures sur le travail, sur la baisse des charges, sur la hausse des salaires, sur le pouvoir d'achat, à ce moment-là, il fallait ouvrir le débat sur le travail lui-même, pour parler des retraites aussi, mais en plus, et pas commencer par les retraites, imposer cette réforme impopulaire, et dire maintenant on va parler.
– Ce que vous voulez dire, c'est qu'il a mis la charrue avant les bœufs. – Exactement. – Vous auriez discuté du travail, de tout ça, vous trouvez que c'est plutôt une bonne idée, mais que ça arrive trop tard ?
– Ah, ça arrive trop tard, parce que le problème aujourd'hui, les retraites, c'est un problème en soi, mais aujourd'hui, c'est moins impactant que le pouvoir d'achat. Et le pouvoir d'achat aujourd'hui…
– Il n'en a pas parlé, vraiment, il a parlé du fait que le travail devait mieux payer, ce qui est une des réponses à la question du pouvoir d'achat. – Oui, d'accord, mais…
– Il n'a pas parlé de l'inflation, des prix… – Sauf que le prix du litre de carburant est à 2 euros, que l'augmentation des denrées alimentaires est très importante, que les produits de première nécessité ne cessent d'augmenter, et que finalement, le pacte d'augmentation ou de non-augmentation des prix qu'ils avaient promis… – Le panier anti-inflation. – Le panier anti-inflation ne produit pratiquement aucun effet sur ce qui constitue pour beaucoup de ménages les priorités.
– Vous continuez à dire qu'il aurait fallu supprimer la TVA sur 100 produits…
– Exactement, c'est ce qu'on a déposé au Parlement, et puis baisser la TVA sur les carburants. Il faut des mesures d'urgence. La hausse des salaires, ça prendra du temps. Ce sont des négociations, c'est les entreprises qui vont les porter, ces hausses de salaires, et si vous demandez aux entreprises d'augmenter les salaires, à ce moment-là, il faut s'engager aussi à ce qu'elles ne paient pas de charges sur cette augmentation de salaires… – Ce que vous voulez dire,
c'est qu'il aurait dû, dans ces cas-là, donner une perspective,
y compris aux entreprises ? – Oui, parce qu'en fait, les entreprises, aujourd'hui, elles souffrent énormément, et notamment les petites. Aujourd'hui, vous avez, avec la hausse de l'énergie, beaucoup d'artisans, de commerçants qui sont en train de baisser les rideaux parce qu'ils n'en peuvent plus. – C'est le cas, à Perpillon ? – Oui, on a perdu des boulangers, et on a des commerces, aujourd'hui, qui souffrent énormément, tout simplement parce que le pouvoir d'achat baisse, les boutiques sont moins fréquentées, et il n'y a pas de mesures incitatives.
Et on laisse les collectivités, et notamment les mairies, face à des problèmes, finalement, qui ne sont pas de leur responsabilité et sur lesquels ils n'ont aucun pouvoir. Et quand le président décide, par exemple, d'augmenter de trois points l'indice des fonctionnaires, indispensable, puisqu'il n'avait pas été augmenté, c'est à la charge des collectivités territoriales.
– Oui, en fait, c'est-à-dire qu'augmenter les salaires, c'est les entreprises qui le feront, augmenter les salaires des agents publics, c'est les mairies qui le feront.
– Exactement, et c'est donc à la charge des collectivités qu'ils n'en peuvent plus, parce que plus l'État se désengave d'un certain nombre de choses, moins c'est compensé par les dotations de l'État. Donc vous n'avez plus qu'un seul choix, augmenter les impôts, ou alors baisser le niveau de services publics, les crèches, les piscines, les écoles. – Comment vous faites, vous, à Pernillon ?
Vous avez augmenté le prix de la cantine, par exemple ?
– Pour l'instant, légèrement, cette année de l'inflation, mais pour l'instant, on garde une stabilité, y compris sur les impôts. Mais si l'État continue à se désengager et à laisser les collectivités, laissez-moi vous dire qu'un certain nombre de mairies seront en très grande difficulté. C'est le cas du Covid, on nous avait dit, il faut faire un vaccinodrome, par exemple. – On se souvient très bien. – On a été des bons élèves et on a fait un vaccinodrome. Mais ce vaccinodrome, il nous a coûté pratiquement un million d'euros. C'est nous qui l'avons payé. L'État n'a proposé aucune compensation. Donc là aussi, la crise est en train de s'installer au-delà des entreprises, au-delà des ménages.
Mais maintenant, il y a le tour des collectivités.
– Après, il y a des maires qui prennent les devants. Je veux dire, la mairie de Dunkerque, par exemple, qui a fait des chèques anti-inflation, qui a fait des chèques carrément assez administrés. Ça veut dire qu'il reste quand même un peu de marge, quand même, pour les mairies ?
– Oui, enfin, celles qui peuvent, celles qui ont des budgets contraints, ce n'est pas évident. Et encore, il faut le faire, il faut rester dans sa compétence. Vous ne pouvez pas le faire hors compétence. Aujourd'hui, vous avez des étudiants qui ne mangent pas ce qu'ils devraient manger, par exemple. On achète moins de viande, moins de poisson, des problèmes de fruits et légumes. Donc peut-être qu'il faudrait imaginer, avec les grandes surfaces, j'allais dire, des systèmes qui permettent de distribuer dans les universités. Tout ça n'est pas fait. On a l'impression que M.
Macron a la tête dans les étoiles, mais qu'il n'a pas, justement, le regard au plus près des préoccupations de nos concitoyens.
– Alors, il s'est engagé aussi sur un deuxième chantier. Voilà comment il en parle. Le deuxième chantier porte sur la justice et l'ordre républicain, avec des annonces fortes en mai, il promet. Donc des annonces fortes en mai contre la délinquance et les fraudes fiscales et sociales. Macron, Emmanuel Macron, qui a aussi promis de renforcer le contrôle de l'immigration illégale. Tout ça, vous signez ?
– Oui, mais ce ne sont que des mots. Sur le terrain, il y a quoi ? On est une ville frontière, je vois très bien les problèmes qu'il y a. Alors on met des gendarmes et des renforts sur une période, mais est-ce que ça va se pérenniser ? Quels sont les actes derrière ? Et c'est le problème que nous avons avec ce gouvernement. On parle beaucoup et on agit peu. Et encore une fois…
– Et quand il promet de lutter contre la délinquance et les fraudes sociales et fiscales, sociales, c'est quand même un petit appel pour vous, quoi, parce que vous faites partie de ceux qui ont toujours dit qu'il y avait des fraudes sociales.
– Oui, mais on verra comment ça se matérialise. En revanche, il y a de la délinquance, il y a de l'insécurité. Qu'est-ce qu'ils vont faire pour les forces de police et pour la justice ? Quand vous voyez ce que vous avez montré sur vos antennes, ces motos dans les centres commerciaux, les gens sont médusés.
– Des motos dans un centre commercial, en effet, on a vu ces images saisissantes. Et puis ces rodéos sauvages et ce père de famille qui s'est retrouvé roué de co parce qu'il tentait de s'interpeller. Il y a des rodéos sauvages chez vous à Perpignan ?
– Oui, ça existe, même si on en a moins qu'ailleurs.
– Et pourquoi vous en auriez moins qu'ailleurs ?
– Je ne sais pas, parce qu'il y a sûrement… Il y a beaucoup de drogue, il y a beaucoup d'autres délinquances, vous savez, on a ce qu'il faut, ne vous inquiétez pas, et on y fait face. Et il y a aussi un peu de rodéos. Mais je suis persuadé que ces images-là vont faire boule de neige et qu'on va retrouver sûrement ce genre de comportement ailleurs. Mais à un moment donné, il faut prendre des mesures énergiques. Si on veut l'ordre républicain, la République, ce n'est pas le laisser faire. Et si on veut de l'ordre républicain, il faut avoir le courage de prendre un certain nombre de mesures autoritaires pour mettre de l'ordre dans les rues.
Si on ne prend pas ces mesures d'autorité, ce sera la chienlit permanente et les problèmes que nous avons aujourd'hui.
– Un dernier mot sur la sécheresse, parce que vous êtes maire de Perpignan, je le disais, dans les Pyrénées-Orientales, c'est l'un des départements les plus secs de France. On l'a vu évidemment avec le feu de ces derniers jours. Est-ce que vous avez pris des mesures ? Est-ce que vous envisagez de prendre des mesures, au moins de restriction de la consommation d'eau ou d'appel à ce que les habitants fassent attention ?
– Écoutez, on travaille beaucoup avec la préfecture. On a déjà un arrêté qui nous contraint. On n'arrose plus ni le pelouse, ni les terrains de sport, à part le sport professionnel. Les fontaines ne fonctionnent plus et on ne lave plus nos rues avec de l'eau, ce qui posera d'autres problèmes à partir de propreté et d'insalubrité. Donc on se contraint et maintenant des dispositifs vont être mis en place dans les piscines et dans les terrains de sport ou en tout cas dans les vestiaires des terrains de sport pour récupérer les eaux grises, etc. On se met en place pour. Mais est-ce que ce sera suffisant, passe au niveau de sécheresse ? C'est un sujet.
Et donc la préfecture des Pyrénées-Orientales, pour cet été, il y a la saison estivale qui arrive, vous savez que c'est une région touristique qui est pleine de campings. On se demande tous comment ça va se passer. Et puis surtout, les agriculteurs. Nous sommes un département agricole. Beaucoup d'agriculteurs ne vivent que de cela. Et donc la priorité de l'eau aujourd'hui, c'est quand même pour irriguer des cultures qui permettent non seulement de nous nourrir, mais de faire vivre l'agriculture.
Merci Louis Alliot d'être venu réagir dans ce studio ce matin. Vous qui êtes maire de Perpignan et premier vice-président du Rassemblement national.
Louis Aliot