Marine Le Pen est l'invitée du grand entretien
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Avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien de France Inter la présidente du Rassemblement National, députée du Pas-de-Calais. Vos questions dans une dizaine de minutes au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application de France Inter. Bonjour Marine Le Pen. Commençons par la crise diplomatique entre la France et l'Italie, crise qui a conduit notre pays à rappeler son ambassadeur à Rome. C'est le soutien public apporté au gilet jaune par le vice-président du Conseil italien Luigi Di Maio qui a conduit à ce rappel inédit depuis la Seconde Guerre mondiale.
Marine Le Pen, venir en France, soutenir un mouvement qui demande encore dans la rue la destitution du président de la République, n'est-ce pas la définition même de l'ingérence qu'aucun État souverain ne peut accepter ?
Moi d'abord, permettez-moi de trouver quand même un peu paradoxal que le président Emmanuel Macron, qui est celui qui veut la disparition des frontières, qui est pour le fédéralisme européen, qui est même celui qui a porté l'idée de liste transnationale, se scandalise qu'un responsable politique italien vienne discuter avec des militants politiques en France. Vous voyez qu'il y a là, dans son esprit en tout cas, une très forte contradiction. Et puis, l'ingérence et l'indignation à géométrie variable. Quand M. Obama appelle à voter pour M. Macron, tout le monde trouve ça extraordinaire. Quand M. Erdogan vient faire un grand meeting à Strasbourg, personne n'a rien à dire. Et quand c'est M.
Di Maio qui rencontre des militants, ça pose un certain nombre de soucis au gouvernement. Je crois surtout qu'il y a une utilisation en réalité politicienne de la diplomatie, que je trouve très inquiétante, pour le coup, de la part d'Emmanuel Macron, car il veut à tout prix apparaître en réalité comme l'opposant politique à la politique menée par M. Salvini, par M. Orban. Et il se sert pour cela de diplomatie, quitte à mettre nos deux pays, qui sont des alliés depuis très longtemps, dans une situation de crise.
Vous dites que l'ingérence et l'indignation à géométrie variable, mais vous, n'avez-vous pas le patriotisme à géométrie variable ? Vous défendez la France, la souveraineté de la France, mais pas quand elle est attaquée de l'étranger par vos alliés politiques.
Pardon madame, mais vous savez qu'il existe quelque chose, c'est pas Marine Le Pen qui l'a créé, ce sont les institutions européennes, ils s'appellent des partis politiques européens. Et dans ces partis politiques européens, il y a des membres qui sont des partis nationaux. Par conséquent, qu'il y ait un débat entre nations et que des gens qui peuvent penser la même chose se rejoignent, ils fassent des meetings en commun, c'est exactement l'organisation de l'Europe telle qu'elle existe aujourd'hui.
Mais là, c'est un vice-président qui est actuellement au pouvoir, qui vient au Katimini voir un gilet jaune français et qui lui propose en plus de mettre sa plateforme numérique à son service pour organiser des événements. Ce serait, Mathéo Renzi, vous auriez dit quoi ?
Mais vous avez tous considéré, merveilleux, que les gilets jaunes envisagent de faire un parti politique et même se présentent aux élections européennes. Par conséquent, encore une fois, qu'il puisse y avoir des relations demain, aujourd'hui et demain, entre des dirigeants politiques européens, mais c'est tous les jours ça ! Mme Merkel le fait tous les jours, M. Juncker attaque les uns et les autres tous les jours, il y a des gens qui ont des pensées différentes en Europe, ils se regroupent, ils se parlent. Moi, objectivement, je ne vois pas ce qu'il y a là, en l'occurrence, de choquant.
Et je trouve en revanche que l'utilisation faite par Emmanuel Macron de cet épiphénomène est très, là pour le coup, électoraliste et politicien.
Luigi Di Maio a par ailleurs accusé la France d'être, par une politique coloniale en Afrique, responsable de la vague de migration contemporaine, et la France toujours de s'enrichir sur le dos de l'Afrique via le franc CFA. Marine Le Pen, vous leur donnez raison, aux Italiens, sur ce point aussi ?
Ça fait longtemps que j'ai soulevé ce problème du franc CFA. Ça fait longtemps que j'ai discuté avec des Africains, avec des jeunes générations, qui expriment la difficulté qu'ils ont et la difficulté de leur économie avec un franc CFA qui, depuis l'euro, est beaucoup trop fort pour leur économie et qui donc est un inconvénient majeur pour leurs exportations. Je pense que ce qui serait bien, c'est que la France, peut-être avec précisément les différents pays d'Afrique concernés, se mette autour d'une table pour en discuter, ce qui éviterait que nos voisins en parlent à notre place.
Mais est-ce qu'on est responsable de la migration à cause de notre politique coloniale ? Quand Luigi Di Maillot dit « Si la France n'avait pas ses colonies africaines, elle serait la 15e puissance mondiale ». Est-ce que vous êtes d'accord avec ça ? Ou est-ce que là, quand même, vous sursautez ?
Encore une fois, Madame, j'ai été une des premières à condamner de la manière la plus virulente la France-Afrique, à dire que la politique a été menée par certains dirigeants, car la France n'a strictement rien à voir là-dedans, une fois de plus. Ce sont les dirigeants français qui sont condamnables et responsables de leurs actes et de leurs choix. Il y a eu, effectivement, par le passé, des politiques qui ont visé à aller se servir en quelque sorte en Afrique. Est-ce que ce sont ces politiques qui sont les responsables des grandes migrations aujourd'hui ? Je n'en suis pas tout à fait sûre.
Ce que je pense, c'est surtout que ces migrations se déploient parce que nos dirigeants politiques les encouragent. Ils incitent à ces très grandes migrations.
Les Italiens pointent la France en tant que telle, pas les dirigeants les uns ou les autres.
Maintenant, pardon, et pour être tout à fait honnête, je pense qu'il faut que la France mène une politique de co-développement avec l'Afrique pour fixer les populations dans leur pays d'origine, ce qui aujourd'hui n'est pas le cas, ou en tout cas n'est pas assez efficace.
Allez, revenons en France. La mobilisation des Gilets jaunes samedi était en recul par rapport au samedi précédent. 51 400 manifestants comptés par le ministère de l'Intérieur contre 58 600 le samedi précédent. Est-ce que le mouvement, selon vous, Marine Le Pen, entre dans une phase de repli, pour le dire simplement ?
Je n'ai pas ce sentiment, hélas, en ce sens qu'il n'y a pas de réponse politique, donc il n'y a pas d'arrêt du mouvement. Et puis surtout, il y a toujours un soutien très fort des Français, alors même que le mouvement est aujourd'hui, on le voit en partie, surtout dans les grandes villes, infiltrées par des éléments anarchistes qui ont leur propre agenda révolutionnaire. Eh bien, malgré cela, malgré la multiplication de ces images, il y a toujours une aspiration de la part du peuple français à des réponses politiques. Alors ces réponses politiques, elles n'arrivent pas. Emmanuel Macron est dans un processus de contournement de la crise, où il met en place des manœuvres dilatoires.
C'est le cas, je le crois, du QCM référendaire auquel il pense, ou même de ce grand débat. Et tant qu'il n'apportera pas de réponse, je crains que la solution ne tombe pas du ciel et qu'elle ne soit pas spontanée.
Avant de parler du référendum et du grand débat, des manifestants ont voulu s'en prendre à l'Assemblée nationale samedi. Le symbole parle de lui-même. Comme député, cette image vous a-t-elle choquée ?
Bien sûr, bien sûr que c'est choquant, mais ce n'est pas très étonnant. Enfin, on a là des groupes qui sont des groupes anarchistes d'extrême-gauche qui ont toujours, en tout temps, eu un certain nombre de cibles. Les cibles sont les symboles du capitalisme, les banques, les magasins de luxe, les voitures de luxe. On a vu de l'extrême-gauche et de l'extrême-droite samedi. Non, non, non, à l'Assemblée nationale, c'était l'extrême-gauche. Allian, c'était une bataille rangée en Soleil 2. Mais aussi comme cible les lieux de pouvoir et comme cible la police. Ce sont aujourd'hui de véritables milices. Cela fait des années que je réclame leur dissolution.
Et cela fait des années que je regarde avec étonnement la complaisance du pouvoir à l'égard de ces milices d'extrême-gauche qui sont pourtant, pour certaines, organisées, que les services de renseignement connaissent très bien. Ils connaissent les noms des membres, leur âge, leur adresse, leur mensuration. Et pourtant, on se refuse à agir résolument contre eux. Les premières victimes, ce sont les gilets jaunes. La réalité, elle est là.
Vous demandez, j'imagine, la même sévérité pour les milices d'extrême-droite.
Bien sûr, mais qui sont moins nombreuses. Qui sont moins nombreuses, d'ailleurs, tant mieux, si tout le monde était très nombreux, ce serait problématique. Mais qui sont moins nombreuses que les Black Blocs ou les groupements dits Antifa qui sont, encore une fois, organisés aujourd'hui comme de véritables milices.
Marine Le Pen, un manifestant a eu samedi à Paris la main arrachée, quatre doigts, l'IGPN a ouvert 116 enquêtes depuis le début de ce mouvement. Diriez-vous que les policiers ont fait ces dernières semaines, ces derniers mois ont un usage disproportionné de la force ?
Les policiers, ce ne sont pas eux les responsables. Les responsables, ce sont ceux qui leur donnent des ordres. Et ce sont ceux qui mettent sur le terrain des membres des forces de l'ordre qui ne savent pas manier ce type d'armes, qui n'ont pas la formation pour manier ce type d'armes. Et qui même, pour un certain nombre d'entre eux, ne sont pas faits pour faire du maintien de l'ordre, qui n'en ont jamais fait. Et qui, par conséquent, utilisent ces armes à tort et à travers avec les conséquences catastrophiques que l'on voit. Il n'y a pas eu autant de blessés en France depuis des décennies.
Et je suis désolée de le dire, mais dans une démocratie, les responsables de cette situation, ce sont ceux qui sont en charge du pouvoir. Soit parce qu'ils sont incompétents, ce qui justifie qu'on les change, soit parce qu'ils laissent faire, ce qui justifie qu'on les change.
Emmanuel Macron remonte dans les sondages. Les Français semblent intéressés par le grand débat national auquel ils participent. 700 000 contributions en ligne, 9 000 cahiers citoyens dans les mairies, plus de 4 000 réunions publiques. Est-ce que vous reconnaissez que le président de la République reprend la main ?
Je ne crois pas du tout cela, moi. Pardon, je pense que ce grand débat est un faux débat. Parce qu'en réalité, il ne débat pas avec des Français. Il débat avec des élus, ce qui est somme toute admirable. Il aurait pu le faire au Salon des maires, par exemple. Ça aurait été bien. Or, il a refusé de s'y rendre. Il débat avec des gens choisis. On l'a vu en banlieue, où il a débattu avec des maires choisis, mais aussi avec des associatifs choisis. Et ça, ça pose un énorme problème. Parce que les Français, eux, on les renvoie à envoyer des contributions sur Internet. Mais ils les envoient, les contributions. 700 000 contributions, ça veut dire qu'il y a un intérêt.
Mais écoutez, c'est tout le sens de la crise des Gilets jaunes. Écoutez-nous ! Voilà ce que les Français sont venus dire. Écoutez-nous arrêter de faire de la politique de manière parfaitement décalée, sans voir notre réalité, sans voir notre vie quotidienne. Donc c'est bien, le grand débat. C'est bien. Non, mais c'est bien. Ça permet de parler. Mais non, mais écoutez, c'est quand même très méprisant de dire ça. Absolument pas. Mais si c'est méprisant, parce qu'on dit aux Français, bon allez, allez, allez, poussez votre coup de gueule, et puis après on passera à autre chose. D'accord ? Non, ce sont les solutions, après le grand débat qu'attendent les Français. Ils ne seront pas dupes de cela.
On ne leur dira pas, bon allez, maintenant vous écrivez votre petite contribution, et puis après, hop, tout le monde à la maison. Non, ce n'est pas comme ça que ça va se passer. Or le problème qu'il y a, c'est qu'Emmanuel Macron d'ores et déjà a dit, voilà ça, on ne va pas en parler, ça je ne changerai pas, et je me suis laissé dire que le référendum avait déjà été organisé, avant même que le grand débat ait été lancé. Ça veut dire que ce grand débat ne servira à rien, qu'il ne compte pas en tenir compte. Mais je ne comprends pas, le référendum vous êtes pour ou vous êtes contre ?
Mais moi je suis pour le référendum d'initiative populaire. Non mais un référendum qui proposerait aux Français de trancher un certain nombre de décisions issues du grand débat. Plus de proportionnels, moins de proportionnels. Plus d'élus, moins d'élus. Si on devait voter pour ça, c'est bien ou c'est pas bien ?
Madame Salamé, ce mode de référendum là n'existe pas dans la Constitution. Ça veut dire que si Emmanuel Macron fait ce que j'appelle ce QCM référendaire, il ne sera que consultatif. Or les Français sont des polytraumatisés du référendum, parce que la dernière fois qu'ils ont voté au référendum, ils ont voté non et on leur a dit oui. Ce qui pose quand même un énorme problème. Donc si lorsqu'on les appelle à voter pour un référendum, on leur dit dans le même temps, écoutez c'est en réalité une consultation, je pense que les conséquences seront dramatiques.
Donc que Emmanuel Macron mette en place le référendum d'initiative populaire, qu'il mette en place la proportionnelle, parce qu'on est dans une très grave crise de la représentativité, on l'a vu, et aujourd'hui l'hostilité à l'égard des élus, ou même des lieux de pouvoir comme l'Assemblée nationale probablement le démontrent, et qu'il fasse une dissolution de l'Assemblée. Moi je pense que c'est la seule chose qui puisse ramener la paix dans notre pays, la sérénité, parce qu'aujourd'hui on a besoin de réconciliation. Or on a un Emmanuel Macron qui ne joue pas, c'est le moins qu'on puisse dire, la réconciliation.
Est-ce que vous dites, comme d'autres dirigeants de l'opposition, que ce grand débat où il participe, qui est retransmis sur les chaînes d'info, c'est une manière de faire campagne déguisée ?
Oui, mais d'ailleurs Emmanuel Macron a le droit de faire campagne, après tout on est à trois mois des élections européennes, mais qu'il le fasse de manière loyale, qu'il ne le fasse pas avec l'argent des contribuables, qu'il ne le fasse pas avec des moyens qui ne sont pas accordés, en l'occurrence à ses adversaires. Est-ce que vous allez saisir le CSA ou la commission des comptes de campagne ? Le CSA je crois a déjà été saisi, mais le CSA, moins qu'on puisse dire, c'est qu'on ne l'entend pas beaucoup, en effet sur ces dizaines d'heures de retransmission du discours présidentiel.
Mais vous, vous allez le saisir ou pas ?
Quant à la CNCCFP, elle se ségit a posteriori. Mais c'est sûr qu'Emmanuel Macron fait aujourd'hui, ce qui a valu à Nicolas Sarkozy, le rejet de son compte lors de la campagne présidentielle.
On est en ligne, la parole à vous auditeurs d'Inter, avec Thierry au standard. Bonjour et bienvenue Thierry.
Oui, bonjour à tous.
On vous écoute.
Voilà, je suis un citoyen lambda qui paye ses impôts et qui traverse au clou. Et votre parti est à la limite de la banqueroute. Vous faites des crédits sur des crédits sur des crédits. Vous êtes justiciable au niveau de... En tout cas, on vous a demandé de justifier l'argent que vous avez reçu au niveau de l'Europe. Moi, la seule interrogation et la question que je vous pose, c'est comment vous pouvez vous prétendre gouverner la France alors que vous n'êtes pas capable ni d'être dans les clous au niveau de l'Europe ni d'être dans les clous au niveau de votre parti.
Merci Thierry pour cette question qui faisait, j'imagine, référence à l'élément de Maxence Lambret qu'on a diffusé ce matin. Marine Le Pen vous répond.
Alors, même si cette question est posée avec une hostilité non dissimulée et un certain nombre de contre-vérités, permettez-moi d'en profiter pour répondre. Les partis politiques sont soumis à des contrôles qui sont extraordinairement pointilleux, qui sont extraordinairement réguliers. Ils ont des commissaires aux comptes, ils déposent leurs comptes chaque année. D'ailleurs, vous pouvez aller vérifier les comptes du Rassemblement National sans aucune difficulté.
Mais nous sommes un parti d'opposition dans une démocratie qui est pour le moins imparfaite puisque aujourd'hui, tout est fait pour que les partis d'opposition ne puissent plus, ne puissent pas se financer, ne puissent plus se financer normalement.
Mais vous, vous êtes en faillite ou pas au Rassemblement National ?
Non, mais nous ne sommes pas en faillite. Vous êtes très endettés, comment le décrit ? Nous sommes beaucoup moins endettés que les Républicains. Je tiens à vous le dire. Mais vous l'êtes, c'est ça. Non, on est endettés, mais beaucoup moins que les Républicains. Mais nous sommes endettés pourquoi ? C'est ça qui est intéressant. C'est que les banques européennes ne veulent plus nous prêter. Aucune. Or, on ne peut plus quasiment se financer auprès des Français puisque les conditions d'emprunt auprès des Français des électeurs ont été considérablement réduites. On ne peut plus emprunter à des banques étrangères. Donc nous sommes otages des banques européennes.
Donc qu'est-ce que vous allez faire là ? Le moins qu'on puisse dire, c'est que, pardon, c'est qu'évidemment, elles sont assez proches du pouvoir. Je crois que la France insoumise a également énormément de problèmes pour trouver un prêt pour les Européennes. Donc c'est ça la démocratie en France au 21e siècle. C'est-à-dire que soit vous êtes pieds et poings liés soumis aux banques, soit, si vous considérez qu'il y a des critiques à formuler contre elles, vous ne trouvez plus aucun moyen de participer aux jeux démocratiques. Moi, je trouve que ça devrait alerter tout le monde, y compris ceux qui sont chez les Républicains, y compris les socialistes, y compris le Modem.
Tout le monde devrait aujourd'hui venir dire qu'il n'est pas possible de laisser perdurer une situation telle que celle-là. D'autant que je vous signale, Madame Salamé, qu'on nous avait promis, en contrepartie de toutes ces limitations, une banque de la démocratie. Où est-elle, cette banque de la démocratie ?
Comment vous allez faire, Marine Le Pen ? Vous devez 9 millions d'euros à des banques russes que vous devez rembourser en septembre. Vous devez, il me semble, 6 millions à la société de votre père Cotélec. Comment vous allez financer la campagne européenne, là, dans les trois prochains mois ?
Madame Salamé, vous savez quoi ? Les partis politiques s'administrent librement. Vous savez, c'est dans la Constitution. Moi, je suis très attachée à la Constitution. Donc, n'ayez pas trop d'inquiétude pour nous, si ce n'est l'inquiétude démocratique que je viens de vous exprimer. Parce qu'aujourd'hui, c'est nous, et demain, ce sera les autres. Et quand j'ai dit ça à la France insoumise, quand on a été victime d'un certain nombre de persécutions judiciaires, évidemment politiques, tout le monde nous est tombé dessus. Et j'ai dit, attention, aujourd'hui, c'est nous, demain, c'est d'autres qui passeront à la moulinette. Et ça n'a pas raté, ils passent à la moulinette.
Et demain, chaque gêneur sera ainsi éliminé du jeu politique, soit par l'intermédiaire des finances, soit par l'intermédiaire de procédures de justice politisée. Ça devrait, encore une fois, interpeller tous les citoyens que nous sommes et tous ceux qui sont attachés à la démocratie.
J'entends, mais vous ne répondez pas à ma question, comment vous allez faire là ? Il y a une campagne européenne où il vous faut combien ? 4 millions ?
Madame, je cherche une banque européenne, toujours, pour me prêter cette somme de 4 millions d'euros pour faire campagne, somme qui est remboursée par l'État. Et pour l'instant, je ne la trouve pas. Je suis comme la France insoumise. Je cherche et je dépense beaucoup d'énergie. Plutôt que de parler aux Français de leur avenir, nous dépensons beaucoup d'énergie et beaucoup de temps à essayer de trouver ce qui devrait être pourtant tout à fait simple et naturel.
Jean-Claude est au standard. Bienvenue. Bonjour Jean-Claude. Oui, bonjour à tous. On vous écoute.
Bonjour à tous. Oui, Madame Le Pen, j'habite un département où l'autre jour, la préfète a été arrêtée sur la route par des gilets jaunes, descendue de sa voiture. La voiture a eu un pneu crevé, elle a été taguée. Elle est restée immobilisée des heures. Ce sont des choses qui me choquent. Et je voudrais savoir, si parvenus au pouvoir, les mesures que vous prendriez pour faire face à de telles situations et plus généralement à l'occupation du domaine public, les ronds-points, les péages.
Merci Jean-Claude. Merci pour cette question. Marine Le Pen vous répond.
Et les prières de rue aussi, Jean-Claude. Parce qu'elles se déroulent toujours dans le 92, régulièrement. Il y a juste une différence avec la période où je les dénonçais, les prières de rue, c'est qu'aujourd'hui, il y a des haut-parleurs. Et donc, on a le droit, en quelque sorte, tous ceux qui sont autour ont le droit d'en profiter. Moi, je suis pour le respect de la loi, mais il y a aussi une liberté constitutionnelle qui est la liberté de manifester.
Je pense que la réponse, Jean-Claude, qui consiste à dire la loi, la loi, la loi, quand on est face à une crise sociale telle que celle que nous vivons, une crise de représentativité telle que celle que nous vivons, une crise politique, ça n'est pas la réponse. La réponse à la souffrance, ça n'est pas la police. Je suis désolé de le dire. La réponse à la crise que nous vivons, c'est une réponse politique. Et j'ai proposé, moi, encore une fois, un plan de sortie de crise qui permette à tous les Français de se réconcilier, à tous les Français de revenir dans un fonctionnement démocratique et institutionnel.
C'est la proportionnelle, la dissolution de l'Assemblée nationale et à nouveau des élections où chacun puisse exprimer son point de vue, mais où tous les Français auront la conviction qu'ils seront représentés au sein de l'Assemblée nationale. Ce qui, vous le savez, n'est pas le cas aujourd'hui. Et ça aussi, c'est un sujet de colère légitime, puisque je vous donne un chiffre, mais il est parlant. Le Rassemblement national et la France insoumise ont représenté 40% des voix au premier tour de l'élection présidentielle. Ils ont à eux deux 27 députés sur 577.
Deux questions rapides qui nous viennent via l'application de France Inter. Romain, pourriez-vous demander à Marine Le Pen ce qu'elle pense des débordements antisémites lors et autour des manifestations ? Les Gilets jaunes ne devraient-ils pas se désolidariser explicitement de ces actes ou bien considèrent-elles que cela n'a rien à voir avec le mouvement ? Que répondez-vous à Romain ?
Mais ils l'ont fait. Ils l'ont fait. La réalité, c'est qu'on a vu des images, d'ailleurs des vidéos de Gilets jaunes qui ont jeté des manifestations à un certain nombre d'amis de M. Soral. Donc ils l'ont fait, les Gilets jaunes. Mais encore une fois, la difficulté, c'est que les Gilets jaunes, c'est extrêmement divers. Et on a bien vu qu'un certain nombre de militants ultra profitent de ces manifestations des Gilets jaunes pour s'infiltrer et venir défendre leur petit calendrier révolutionnaire. Alors soit révolutionnaire antisémite, soit révolutionnaire d'extrême gauche. Mais je crois que les Gilets jaunes n'y sont eux strictement pour rien.
Qui sont des Français comme vous et moi, très objectivement.
Marine Le Pen, Ariane Chemin dans le Monde, relate qu'Alexandre Benalla a eu votre garde du corps, Thierry Légié, au téléphone le 18 juillet au soir alors que l'affaire Benalla vient d'éclater. Est-ce que vous le saviez ?
Oui, je le savais car je savais qu'il se connaissait dans le milieu de la sécurité. C'est un milieu extrêmement petit. Et quand vous êtes le garde du corps d'un responsable politique de haut rang, vous êtes amené à avoir des contacts avec le responsable de la sécurité du président de la République. C'est comme ça d'ailleurs que je savais et que j'avais la conviction dès le départ qu'il était bien le responsable de la sécurité d'Emmanuel Macron et pas un porteur de bagages, un type qui réservait les billets d'avion ou je ne sais quelle autre responsabilité que le gouvernement lui a accordé au fur et à mesure de cette affaire.
Et vous savez quelle était la teneur de cet échange ? Le soir où l'affaire éclate, il appelle votre garde du corps, de quoi ils ont parlé ?
Non, je n'ai pas eu la teneur de cet échange en l'occurrence. Mais ça m'aurait étonné que je ne sois pas un petit peu responsable quelque part dans cette affaire. Non, non, non, mais par un biais ou par un autre, par la boulangère qui est la même que celle du beau-frère de la femme de Benalla qui lui-même était le responsable de la sécurité du président de la République. Est-ce qu'on a dit ça ? On vous interroge sur un coup de fil étonnant. Mais vous savez quoi ? Je considère que quand on cherche ça, c'est qu'en réalité on m'accorde beaucoup de pouvoir. Mais c'est ni moi ni Poutine, je crois, sur ce coup-là.
Une question toujours sur l'application interne de Jean. Allez-vous sanctionner Stéphane Ravier suite à son injure sexiste au sein du Conseil municipal, sénateur Rassemblement National, qui a proposé à une élue écologiste de Marseille de la rencontrer au même hôtel le même jour à la même heure. C'est la citation.
Oui, bon, c'était une blague. On peut trouver que c'est une blague de mauvais goût. Mais on ne va peut-être pas faire une police de la blague de mauvais goût parce que je trouve que les policiers ont déjà assez de boulot objectivement aujourd'hui. Et je crois d'ailleurs que cette élue verte lui a répondu pour le moins de manière très injurieuse. Donc elle est assez grande pour se défendre toute seule. Elle a porté plainte. Ah ! Engorgeons donc les tribunaux avec ce genre de choses.
Ils n'ont probablement rien de plus important à faire au moment où on va libérer je ne sais combien de dizaines de djihadistes des prisons françaises et où on envisage d'en ramener je crois 300 autres en provenance directe d'Irak et de Syrie.
Marine Le Pen, dernière question. Est-ce que vous êtes favorable, comme le président de la République, à la levée progressive de l'anonymat sur Internet ?
Absolument pas. Je ne suis pas favorable à ça parce que je vais vous dire, ça remet en cause l'ensemble de notre construction juridique et ça remet en cause directement la liberté d'expression dans notre pays. Dans notre pays, que ce soit la liberté de manifestation ou la liberté d'expression, elle est totale. Et ce sont les tribunaux qui, a posteriori, sont là pour juger si cette liberté a été dévoyée, a été dépassée dans le cadre de la loi. Or, si l'on fait cela, encore une fois, ça veut dire qu'on opère une censure préalable et je considère que c'est comme la loi soi-disant anti-casseurs qui est en réalité une loi anti-gilets jaunes.
Toutes ces propositions-là sont des propositions que je considère comme liberticides.
Marine Le Pen