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Podcast / conversationFrance Culture — Le Temps du débat (sur Site radio)· 1 août 2023 44 minContradictoireActualité / polémiqueNumériqueInstitutions & électionsÉconomie & entreprisesSolidarités & famille

Médias : comment se passer des milliardaires ?

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 44 %Attaque 36 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 86 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:12OuverteRéponse partielle

    Bonsoir à toutes et à tous et bienvenue dans le temps du débat consacré ce soir au JDD et à la concentration des médias.

  • 0:26OuverteRéponse partielle

    40 jours de grève et une arrivée fracassante, celle du journaliste d'extrême droite Geoffroy Lejeune à la direction du JDD.

  • 1:40OuverteRéponse partielle

    Isabelle Roberts, bonsoir. Vous êtes journaliste, présidente et cofondatrice du journal en ligne Les Jours.

  • 2:00OuverteRéponse partielle

    Joe Weiss, bonsoir. Vous êtes journaliste et fondateur du média en ligne Street Press, un média qui a fait le choix de la gratuité ou plutôt du prix libre pour informer ses lecteurs.

  • 2:17OuverteRéponse partielle

    Patrick Evnaud, bonsoir. Vous êtes historien des médias, professeur émérite d'histoire contemporaine à l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne.

  • 2:41OuverteRéponse partielle

    Benoît Huet, bonsoir. Vous êtes avocat au Barreau de Paris et co-auteur de L'Information est un bien public.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:12InvitéFait
    « Je trouve qu'il y a une formidable bienveillance à l'égard de Vincent Bolloré, notamment en France depuis plusieurs années. »
  • 3:17InvitéFait
    « qui prévoit que les intérêts d'un actionnaire ne doivent pas venir entraver la liberté éditoriale. »
  • 3:26InvitéFait
    « Décisif pour les journalistes du journal du dimanche puisque cela fait maintenant deux mois et six semaines que le journal n'est pas paru en kiosque. »
  • 3:43InvitéFait
    « Avec Geoffroy Lejeune, là il y a quelqu'un quand même qui se positionne sur un terrain politique qui est presque interdit par la loi. »
  • 4:32InvitéFait
    « Je crois que malheureusement, et c'est ce que montrent les précédents, que ce soit ITV, la rédaction des sports de Canal+, Europe 1, Paris Match, c'est que c'était joué d'avance. »
  • 5:01InvitéFait
    « qui est une méthode en fait pour tuer les rédactions, les vider de ces journalistes et les remplacer par d'autres journalistes qui feront un journalisme qui lui conviendra, qui sera en adéquation avec son idéologie. »
  • 5:58InvitéFait
    « L'épouvantail à savoir Geoffroy Lejeune, venu de Valeurs Actuelles, qui est non seulement un journaliste d'extrême droite, mais aussi un militant d'extrême droite, proche d'Éric Zemmour ou de Marion Maréchal. »
  • 6:42InvitéFait
    « Alors, leurs deux revendications, c'était le renoncer à Geoffroy Lejeune et obtenir des garanties éditoriales, d'indépendance éditoriale et juridique. Et ces deux choses-là, ils ne les ont pas eues. »
  • 7:06InvitéFait
    « Ce qui est problématique, c'est précisément cette ingérence éditoriale. C'est-à-dire que l'actionnaire ne reste pas à sa place d'actionnaire et vienne franchir cette barrière, vienne mettre les pieds dans la rédaction où il ne devrait pas être. »
  • 7:56InvitéFait
    « D'abord, la valorisation du groupe Lagardère, elle a commencé en 2021. »
  • 8:30InvitéFait
    « Demander à ajouter dans la charte déontologique l'interdiction des discours racistes et haineux, c'est très bien, mais c'est déjà sanctionné par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. »
  • 8:53InvitéFait
    « Ça fait, depuis 1945, qu'il y a eu plus de 25 propositions, projets de loi, rapports parlementaires sur un statut spécifique d'une entreprise de presse. »
  • 10:16InvitéFait
    « les médias en général, ne relèvent déjà pas du tout du droit commun. C'est-à-dire que ça fait déjà plus de 100 ans qu'il y a eu des évolutions législatives là-dessus. »
  • 13:27InvitéFait
    « Lorsque François Cotier, en 1922, rachète le Figaro, François Cotier est un admirateur de Mussolini et il finance les ligues factieuses et il transforme le Figaro en une feuille de propagande fasciste. »
  • 13:40InvitéChiffre
    « Et en 10 ans, il perd 80% du lectorat. On passe de 100 000 à 20 000 acheteurs du Figaro en 10 ans. »
  • 16:19InvitéFait
    « Que ce soit CNews, aujourd'hui CNews n'est pas rentable, même si elle a de meilleures audiences qu'avant, elle n'est pas rentable. »
  • 16:55InvitéFait
    « Vincent Bolloré, il s'en fiche de perdre de l'argent. Parce que derrière, il y a un agenda politique, il se sert de ce média-là pour faire passer des idées, on parle même de croisades. »
  • 18:26InvitéFait
    « On a une élection présidentielle en 2027 et ce n'est certainement pas anodin et c'est très grave. »
  • 19:06InvitéFait
    « le cas de Libération qui, depuis 1981, a connu Antoine Riboud comme financeur, PDG de Gervais Danone, ensuite Jérôme Sedou, PDG de Chargeur Pathé, ensuite Édouard de Rothschild, réputé proche de Sarkozy et qui n'a pas transformé Libération en un journal sarkozyste que je sache. »
  • 20:28InvitéFait
    « ce n'est pas possible ce que Bolloré veut faire de Itélé. »
  • 22:40InvitéFait
    « une imprimerie de diffuser des journaux dans toute la France »
  • 26:40InvitéFait
    « Mediapart qui a mis du temps à s'imposer mais qui s'est très bien imposé sur un projet éditorial tout à fait respectable »
  • 27:44InvitéFait
    « les GAFAM c'est les réseaux sociaux qui attirent à la fois l'attention des jeunes générations et l'attention des publicitaires »
  • 29:05InvitéFait
    « la question de la concentration elle s'est posée de manière très précise dans le cadre du projet de fusion entre TF1 et M6 »
  • 29:42InvitéFait
    « Andrea Pratt à l'université de Columbia à New York qui propose de raisonner autrement en partant du citoyen du lecteur en réfléchissant combien de temps est-ce qu'il passe sur chaque support réseau sociaux inclus »
  • 31:22InvitéFait
    « les journaux en France reçoivent pas mal d'aide à la presse qui est plutôt une bonne chose »
  • 35:18InvitéFait
    « il y a une remise à plat à faire par rapport à une loi qui date des années 80 et qui n'est plus adaptée »

Temps de parole

  • Présentateur27 %
  • Invité21 %
  • Invité 220 %
  • Invité 318 %
  • Invité 411 %

0,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:12
Présentateur

Bonsoir à toutes et à tous et bienvenue dans le temps du débat consacré ce soir au JDD et à la concentration des médias. 40 jours de grève et une arrivée fracassante, celle du journaliste d'extrême droite Geoffroy Lejeune à la direction du JDD. Un mouvement de protestation historique dans la presse française s'éteint donc aujourd'hui. Les journalistes du journal du dimanche ne sont pas parvenus à obtenir de leur actionnaire Lagardère et bientôt Bolloré la révocation de l'ancien directeur de Valeurs Actuelles à la tête du journal, ni les garanties suffisantes pour exercer leur métier en toute indépendance.

Face au pouvoir des actionnaires, les journalistes ne peuvent s'en remettre qu'à la loi, peut-on lire dans le communiqué de la Société des journalistes publié cet après-midi. Des journalistes qui s'avouent vaincus même si tout n'est pas perdu. La question de la concentration de la presse, de l'ingérence des actionnaires sur la ligne éditoriale se pose de nouveau et avec urgence sur la place publique. Une proposition de loi transpartisane pour l'indépendance des rédactions a été déposée et en septembre, des états généraux de l'information sont annoncés.

Cette réaction du politique sera-t-elle suffisante pour préserver une valeur essentielle à notre vie démocratique, la liberté et l'indépendance de la presse, surtout à l'heure où le métier fait l'objet d'un fort mouvement de défiance de la part du public ? Comment repenser cette économie des médias si particulière ? Quelles sont les alternatives existantes ? Et quels nouveaux modèles à inventer ? On en parle ce soir en compagnie de quatre invités. En studio, Isabelle Roberts, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes journaliste, présidente et cofondatrice du journal en ligne Les Jours. Vous suivez de près, voire de manière obsessionnelle, l'emprise de Vincent Bolloré sur les médias français.

Vous pourrez revenir sur sa stratégie et ses méthodes ainsi que nous faire part de votre expérience quotidienne en tant que cofondatrice d'un média indépendant. En studio toujours, Joe Weiss, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes également journaliste et fondateur du média en ligne Street Press, un média qui a fait le choix de la gratuité ou plutôt du prix libre pour informer ses lecteurs. Nous pourrons avec vous entrevoir d'autres modèles de financement pour informer un large public. Enfin, à distance, Patrick Evneau, bonsoir.

2:20
Invité

Bonsoir.

2:21
Présentateur

Vous êtes historien des médias, professeur émérite d'histoire contemporaine à l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Vous pourrez revenir sur la tradition française de la presse aux mains des milliardaires et nous expliquer pourquoi vous pensez que la loi ne peut pas tout faire pour préserver l'indépendance journalistique. À distance également, Benoît Huet, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes avocat au Barreau de Paris et co-auteur de L'Information est un bien public, co-écrit avec Julia Cagé, paru en 2021 au Seuil. Vous pourrez analyser les dispositifs législatifs en place face au mouvement de concentration des médias et nous faire part de propositions nouvelles.

Voilà le programme à la une du temps du débat du soir. N'hésitez pas à nous faire part de vos commentaires sur notre page Internet. Nous sommes ensemble et en direct jusqu'à 19h sur France Culture. Je trouve qu'il y a une formidable bienveillance à l'égard de Vincent Bolloré, notamment en France depuis plusieurs années. Je considère qu'il a pris le contrôle d'une télévision nationale dans laquelle il viole en permanence la loi de 86

3:17
Invité

qui prévoit que les intérêts d'un actionnaire ne doivent pas venir entraver la liberté éditoriale. Les journalistes s'opposent donc à la nomination de l'ancien directeur du magazine Valeurs Actuelles. Décisif pour les journalistes du journal du dimanche puisque cela fait maintenant deux mois et six semaines que le journal n'est pas paru en kiosque. L'importance de protéger l'indépendance éditoriale et juridique des rédactions en France, c'est un combat qui dépasse le JDD aujourd'hui. On n'a jamais fait grève contre un directeur de la rédaction. Pourquoi faire grève contre lui ?

C'est parce que son parcours montre qu'il n'est pas en accord avec notre façon de faire du journalisme et les valeurs portées par ce journal. Avec Geoffroy Lejeune, là il y a quelqu'un quand même qui se positionne sur un terrain politique qui est presque interdit par la loi. Fin de la grève au journal du dimanche, un accord de dernière minute alors que Geoffroy Lejeune a pris officiellement ses fonctions ce matin de directeur de la rédaction du JDD.

4:08
Présentateur

Il nous coûte de le reconnaître particulièrement auprès de nos lecteurs. Si nous avons remis sur la place publique l'enjeu de l'indépendance des rédactions, face à notre actionnaire, nous n'avons pas gagné. Alors Isabelle Roberts, au jeu de la reprise en main des médias depuis ITV jusqu'au JDD en passant par Europe 1, c'est toujours Vincent Bolloré qui gagne à la fin. Y avait-il un espoir d'une issue positive pour la rédaction dans ce conflit ?

4:32
Invité

Je crois que malheureusement, et c'est ce que montrent les précédents, que ce soit ITV, la rédaction des sports de Canal+, Europe 1, Paris Match, c'est que c'était joué d'avance. C'est-à-dire que c'est un plan bien huilé qu'applique Vincent Bolloré, qui est très content de lui d'ailleurs, qui trouve que ce qu'il a fait à ITV pour transformer cette chaîne Tout Info en CNews, c'était une grande réussite et donc il applique, médias après médias, cette même méthode, qui est une méthode en fait pour tuer les rédactions, les vider de ces journalistes et les remplacer par d'autres journalistes qui feront un journalisme qui lui conviendra, qui sera en adéquation avec son idéologie.

Donc oui, ils ont bien fait de se battre, c'est bien parce que tout n'est pas perdu dans le sens où ils ont fait parler d'eux, ils ont mis cette question sur le devant du débat public et ça c'est important, ça ne s'était pas passé comme ça pour Europe 1 par exemple. Donc tout n'est pas perdu, mais le JDD il est mort cette nuit.

5:39
Présentateur

Et en quoi cette situation était-elle inédite pour vous ? Quel caractère historique elle relevait dans ce nouveau conflit ? Donc comme vous l'avez dit, on a connu un conflit très fort avec ITV notamment, beaucoup plus qu'avec Europe 1. Quelle était la particularité ?

5:54
Invité

La particularité, c'était l'énormité de l'épouvantail. L'épouvantail à savoir Geoffroy Lejeune, venu de Valeurs Actuelles, qui est non seulement un journaliste d'extrême droite, mais aussi un militant d'extrême droite, proche d'Éric Zemmour ou de Marion Maréchal. Donc là c'était énorme et c'est ce que fait à chaque fois Vincent Bolloré, c'est-à-dire qu'il va poser un épouvantail, quelque chose, une personne inacceptable pour une rédaction.

6:21
Présentateur

Jean-Marc Morandine à l'époque dit télévision.

6:23
Invité

C'est ça. Et ensuite, il va ouvrir la porte. Et c'est ce qui s'est passé parce que malheureusement, dans ce qu'ont signé les journalistes du JDD cette nuit, c'est un accord uniquement sur un plan de départ et rien sur la déontologie par exemple. Alors, leurs deux revendications, c'était le renoncer à Geoffroy Lejeune et obtenir des garanties éditoriales, d'indépendance éditoriale et juridique. Et ces deux choses-là, ils ne les ont pas eues.

6:54
Présentateur

Oui, et puis il y avait aussi cette idée d'une charte pour éviter la publication de propos racistes ou injurieux et celle-là non plus n'a pas été signée.

7:02
Invité

Elle n'a pas été signée, sachant qu'elle est quand même obligatoire depuis 2016.

7:06
Présentateur

Voilà. Benoît Huet, en quoi finalement est-il problématique qu'un actionnaire qui possède donc son journal impose sa vision du monde et de la société ?

7:16
Invité

Ce qui est problématique, c'est précisément cette ingérence éditoriale. C'est-à-dire que l'actionnaire ne reste pas à sa place d'actionnaire et vienne franchir cette barrière, vienne mettre les pieds dans la rédaction où il ne devrait pas être. Le journalisme a en soi cette notion d'indépendance qui est prévue dans tout un tas de textes qui encadrent la profession. Et je pense que ce que fait actuellement le groupe Vivendi via Arnaud et Lagardère est particulièrement spectaculaire en ce sens-là. Ils profitent de pas mal de failles dans la loi où ils vont essayer de trouver des espaces libres pour imposer cette vision du monde.

7:50
Présentateur

Patrick Hevenot, vous souhaitez réagir ?

7:53
Invité

Oui. Alors, je souhaitais réagir sur plusieurs points. D'abord, la valorisation du groupe Lagardère, elle a commencé en 2021. Pourquoi, au moment où ça a commencé à Europe 1, puis ensuite à Paris Match et maintenant au JDD, pourquoi les trois rédactions ne se sont-elles pas unies pour faire face ensemble contre la valorisation ? Parce que c'est ça qui posait problème. Bon. Et ils ont laissé faire la tactique du salami, comme disait Mussolini, c'est-à-dire en ordre dispersé, les uns après les autres, on les découpe en rondelles. Bon. Ça, c'est un premier point. Le deuxième point, c'est une rédaction qui a été aussi mal conseillée.

Demander à ajouter dans la charte déontologique l'interdiction des discours racistes et haineux, c'est très bien, mais c'est déjà sanctionné par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Donc, ça s'impose à tous les journalistes et à tous les journaux. Donc, il n'y a pas besoin de rajouter ça et de demander ça comme charte déontologique. Bon. Enfin, se pose le problème du statut de l'entreprise de presse. Ça fait, depuis 1945, qu'il y a eu plus de 25 propositions, projets de loi, rapports parlementaires sur un statut spécifique d'une entreprise de presse. Et là, on se heurte à une réalité fondamentale. Les journalistes sont des salariés.

Ils sont donc dépendants de leurs employeurs, comme tous les salariés, comme François Saletiel est dépendant du PDG de Radio France et comme moi, etc. Bon. Et ils sont, à ce niveau-là, dépendants. Alors, évidemment, on va nous répondre que l'information est un bien commun. Mais l'eau, la santé, l'éducation aussi sont des biens communs. Et pourtant, il y a des cliniques privées, les écoles privées, dont le directeur est nommé par l'actionnaire. Et là, on est dans une question fondamentale. Comment faire pour que une entreprise de presse au sens large, une entreprise d'information, et où s'arrête l'information ? Ça peut être aussi pour le cinéma, pour le documentaire, pour tout ce qu'on veut.

Une entreprise d'information, comment la sortir du droit commun, alors qu'une entreprise est régie par le fait que les salariés sont au service de leur employeur ?

10:03
Présentateur

Mais là, justement, vous pointez du doigt la question de la spécificité de l'information. Est-ce que ça doit être considéré comme une marchandise, je mets des guillemets, comme les autres ? Je pense que Benoît Huet, là-dessus, a forcément une réponse.

10:13
Invité

Oui, la presse, enfin les médias en général, ne relèvent déjà pas du tout du droit commun. C'est-à-dire que ça fait déjà plus de 100 ans qu'il y a eu des évolutions législatives là-dessus. Depuis 1935, l'introduction de la clause de conscience, de la clause de cession pour les journalistes, c'est-à-dire le fait qu'ils aient le droit de quitter leur journal, d'en démissionner en recevant des indemnités, d'être traités comme s'ils étaient licenciés lorsqu'il y a un changement de contrôle ou lorsqu'il y a un changement de ligne éditoriale radicale. Ça, par exemple, c'est dérogatoire de droit commun.

Il y a un régime dérogatoire de droit commun sur les concentrations dans les médias qui ne sont pas traités comme les autres secteurs d'activité. Et je pense qu'il y a un consensus, enfin, M. Evnaud n'est pas d'accord, mais sur le fait que l'information n'est pas un bien comme les autres qui ne peut pas être traité comme les autres secteurs de l'économie.

11:03
Présentateur

Je vais y souhaiter une réaction.

11:05
Invité

Oui, je pense qu'il y a... Juste d'où je parle, je parle comme journaliste qui a fondé un média indépendant et je pense qu'il y a le sens de ce qu'on fait et le sens de ce qu'on fait quand on produit de l'information, on est là pour délivrer une info que les lecteurs, les lectrices, les internautes doivent croire, ils doivent avoir confiance en nous. Et toute la question du sens de ce qu'on fait quand on est journaliste, quand on est une petite main dans un journal, quand on est le fondateur d'un journal, quand on participe à cette création d'informations, c'est comment est-ce que l'information qu'on va délivrer, elle va avoir de la valeur pour les gens qui nous lisent.

Et cette valeur-là, elle existe que si entre l'émetteur, le journal, les journalistes et les récepteurs, les citoyens, les citoyennes qui nous lisent, il y a de la confiance. Et cette confiance-là, il faut créer des cadres justement pour qu'elle puisse s'exercer. Une de ces fonctions-là, c'est la transparence. Quand on explique comment est-ce qu'on fabrique l'information, on va par petites touches recréer un petit peu de confiance. Mais tout ça pour dire que le sens d'un projet, le modèle économique, mais aussi la structure juridique, elle peut s'adapter pour créer un cadre qui soit plus vertueux pour ça.

Et du coup, je pense que moi, comme journaliste qui ai fondé un média en ligne qui est une entreprise de facto, on adapte, on crée des artifices par rapport au cadre standard d'une SARL, d'une SAS, d'une entreprise classique pour justement que la confiance, elle puisse rester entre les gens qui font l'info et ceux qui la reçoivent. Et du coup, je ne suis pas juriste pour le coup et quand je vois que des avocats, des juristes se penchent sur un statut juridique pour une entreprise de presse, je pense que c'est des bonnes choses qui par petites touches nous permettent de créer cette confiance.

Et pour terminer sur ça, je pense que la grève du journal du dimanche, si elle s'est arrêtée aujourd'hui, elle a eu un bénéfice, c'est que le lecteur, la lectrice qui achète son journal, il est au courant qu'il y a un changement de propriétaire. Et ça aurait pu se faire sans qu'on sache sans qu'il y ait de la transparence même là-dessus à moins d'aller lire l'ours et donc qui est la société actionnaire ou le président du journal.

12:54
Présentateur

Même si on peut compter quand même sur d'autres médias pour venir parler de cette actualité-là et en rendre compte, mais comme vous parlez de confiance, finalement, dans ce nouveau JDD qui va sans doute prendre une autre couleur politique sans doute progressivement, il y aura peut-être cette confiance parce que finalement, on va juste passer peut-être à une presse d'opinion qui va rencontrer un autre lectorat qui pourra peut-être avoir confiance en cette nouvelle ligne éditoriale parce que finalement, est-ce qu'à la fin du fin, ce n'est pas le consommateur, le lecteur, le public qui décide ? C'est ce que vous dites un peu Patrick Evnaud ?

13:22
Invité

Oui, tout à fait. Effectivement, c'est le public qui décide. Je vais vous donner un exemple. Lorsque François Cotier, en 1922, rachète le Figaro, François Cotier est un admirateur de Mussolini et il finance les ligues factieuses et il transforme le Figaro en une feuille de propagande fasciste. Et en 10 ans, il perd 80% du lectorat. On passe de 100 000 à 20 000 acheteurs du Figaro en 10 ans. Et finalement, il est obligé de rendre le Figaro. Donc, c'est le lecteur qui décide.

et il suffit que maintenant, le lecteur sache que le JDD va être autre chose et qu'on n'achète plus le JDD que le JDD, c'était le journal qui dictait l'agenda politique de la semaine à venir et qui était toujours plus ou moins pro-gouvernemental. Il a été chiracien, il a été mitterrandien, il a été sarkoziste, maintenant, il est macroniste, etc.

Là, il y a une place à prendre parce que le JDD est déjà en chute libre depuis plusieurs années, il a perdu la moitié de son lectorat depuis 10 ans et la place à prendre, c'est par exemple le Parisien Dimanche qui est en augmentation continue et qui peut reprendre le flambeau de ce que faisait le JDD, peut-être reprendre quelques-uns de ses journalistes et de faire que le lectorat s'y retrouve et puis le pauvre JDD, s'il disparaît, ça ne sera pas non plus quelque chose de très grave si... A vous écouter, pardon,

14:55
Présentateur

Patrick Emneux, à vous écouter, finalement, il faut faire confiance à la loi du marché. C'est la loi du marché qui fait la loi, Benoît Huet ?

15:02
Invité

En matière d'information, il y a un vrai problème. C'est la prise de contrôle qu'on a vue au vivant dix, c'est-à-dire sur Canada, sur ITC, sur Europe 1, sur... Ce qui disparaît aussi, c'est l'information de qualité parce que quand on regarde aujourd'hui C12, ce qu'on voit, c'est une information équilibrée qui va être de nature à informer les citoyens. Les citoyens, ils ont besoin d'une information fabriquée professionnellement par des citoyens indépendants.

15:28
Présentateur

Et voilà, on a besoin, nous aussi, au corps d'auditeur, d'avoir une transmission de qualité, malheureusement, donc on ne peut pas vous entendre assez distinctement, Isabelle Roberts, sur cette question-là. Si je résume la pensée de Patrick Emneux, il nous dit finalement au final, ce sera le lecteur qui va décider. D'ailleurs, il y a aussi sans doute une responsabilité des hommes et des femmes politiques qui vont être les premiers à accepter de donner tribune dans ce journal-là et que le marché fait bien les choses. Or, on est quand même peut-être dans une économie qui n'est pas une économie de marché comme les autres.

15:57
Invité

Non, ce n'est pas une économie de marché comme les autres. Effectivement, comme il a déjà été dit, le journalisme, l'information n'est pas une marchandise comme les autres. Le problème là, et en ça, je vais rejoindre Patrick Emneux, c'est si on prend tout ce que Bolloré a racheté sur les médias sur lesquels il a mis la main. Que ce soit CNews, aujourd'hui CNews n'est pas rentable, même si elle a de meilleures audiences qu'avant, elle n'est pas rentable. Europe 1 est à son plus bas historique. Paris Match se casse la figure depuis que la ligne éditoriale a été changée.

Et le journal du dimanche, parce qu'il y a quand même eu depuis un an avec le précédent patron Jérôme Béglé une inflexion vers la droite plus dure, perd des lecteurs aussi. Donc dans ce sens-là, effectivement, il y a une responsabilité à la fois des lecteurs et des politiques, mais le problème, c'est que Vincent Bolloré, il s'en fiche de perdre de l'argent. Parce que derrière,

16:59
Présentateur

il y a un agenda politique, il se sert de ce média-là pour faire passer des idées, on parle même de croisades.

17:05
Invité

Oui, c'est un cavalier, c'est un cheval de Troie, le JDD. Le gros problème, c'est que le JDD, qui est effectivement un journal qui dicte l'agenda politique et qui a été toujours plus ou moins du côté du pouvoir, aujourd'hui, il va être détourné de ce qu'il était, le JDD, qui est quand même un journal vieux de 75 ans et qui a une histoire et qui inspire confiance. Il y a quand même un problème avec les marques de presse, que ce soit le JDD ou je pense aussi à François qui, après sa liquidation judiciaire, a été racheté et est devenu un site complotiste. Aujourd'hui encore, il y a des gens qui vont faire confiance à ce site complotiste parce qu'ils portent un titre historique.

17:47
Présentateur

La problématique, elle est sur cette ingérence d'un actionnaire qui va dénaturer finalement la ligne électorale d'un journal. Parce qu'on voit aussi qu'il y a des actionnaires ou des milliardaires qui peuvent arriver dans d'autres titres de presse, comme par exemple Au Monde, où il n'y a pas eu forcément une ligne électorale qui a été dénaturée.

18:01
Invité

C'est l'inconvénient et l'avantage aussi de Vincent Bolloré, c'est que c'est un paroxysme en réalité. C'est-à-dire, il montre ce qui peut se passer de pire quand un milliardaire met la main sur un média et décide, dans son cas, de le mettre au service d'une idéologie et de se construire un énorme groupe de médias qui va aller servir cette idéologie qui est quand même celle de l'extrême droite. On a une élection présidentielle en 2027 et ce n'est certainement pas anodin et c'est très grave. Donc, pour éviter ce qui peut se passer de pire, parce que parfois, ça peut se passer très bien, effectivement, et comme par hasard, ce sont dans les rédactions qui sont les mieux encadrées en interne.

Je pense au Monde, par exemple, où il y a des verrous.

18:48
Présentateur

Il y a des verrous. Il y a un actionnariat qui est dans la main justement de la société. Oui, mais on peut se dire

18:52
Invité

qu'ils vont être sympathiques, les actionnaires. Seulement, le jour où ils ne le sont pas, il faut qu'on ait des verrous et ça, ça passe par la loi.

19:00
Présentateur

Patrick Evnaud ?

19:02
Invité

Oui, alors, il y a effectivement des bons milliardaires et je citerai surtout le cas de Libération qui, depuis 1981, a connu Antoine Riboud comme financeur, PDG de Gervais Danone, ensuite Jérôme Sedou, PDG de Chargeur Pathé, ensuite Édouard de Rothschild, réputé proche de Sarkozy et qui n'a pas transformé Libération en un journal sarkozyste que je sache. Maintenant, Patrick Drahi qui maintenant le cède à Kretinsky, etc. Il y a des milliardaires qui ont aussi sauvé la presse. Il faut quand même y penser. Donc ça, c'est un point qui est très important.

Et finalement, quand vous regardez les échos, même où on dit qu'il y a des frictions entre Bernard Arnault et la direction de la rédaction ou de la rédaction elle-même, il y a quand même un certain nombre de clauses. Et dans tous ces journaux comme La Croix, Libération, Le Monde ou Les Échos, il y a eu une charte qui a été négociée entre l'actionnaire et la rédaction. Et ça permet d'avoir des garde-fous. Mais ça, ça a été le résultat d'une négociation dont effectivement Bolloré ne veut pas. Moi, j'étais un des premiers à alerter sur le cas de Bolloré puisque je faisais partie du comité d'éthique d'Itélé.

20:16
Présentateur

Que vous avez quitté d'ailleurs.

20:18
Invité

Et avec Julie Joly, qui est maintenant directrice de l'OPS, on a démissionné tous les deux, on était trois dans ce comité, tous les deux, on a démissionné en septembre 2016 avant le début de la grève en disant ce n'est pas possible ce que Bolloré veut faire de Itélé. Donc, moi, je ne suis pas du tout en sympathie avec Bolloré mais je pense que c'est le lecteur en dernier ressort qui décide parce qu'il ne faut pas laisser face à face un média, c'est à la fois une rédaction, une entreprise et un public que l'on veut toucher.

Moi, je suis en porte-à-faux sur ce que vous dites monsieur Evnaud parce que je pense qu'il y a vraiment deux points quand on dit ça, l'idée de dire que les lecteurs seraient des consom-acteurs quand ils achètent leur dentifrice ou leur journal, on a vu que ça ne marchait pas et que ce n'est pas comme ça qu'on faisait, que c'était limité, ça peut avoir un impact à la marge mais ça ne peut pas avoir un impact structurel et ça, on le voit dans les rayons du supermarché et malheureusement aussi quand on regarde la manière dont l'info est vendue et consommée parce que c'est assez difficile finalement de mesurer ce que c'est qu'une information de qualité quand on est sur son téléphone ou au comptoir en train de lire le journal qu'on nous a déjà mis sur la table et ça, je pense que c'est le premier point et le deuxième point où je pense qu'il faut peut-être avoir un discours plus marqué ou plus engagé c'est si vous et moi on décide de lancer un journal papier avec nos finances on ne pourra pas et du coup, il y a vraiment structurellement des barrières à l'entrée si on veut lancer un concurrent du journal du dimanche qui soit sur une ligne par exemple osons le mot social-démocrate et bien en fait vous et moi Patrick Evno on n'aura pas les moyens de le faire pour ça il faut un gros capital pour y aller D'où la problématique

21:58
Présentateur

des milliardaires justement dans la presse française c'est-à-dire qu'on sait qu'en plus c'est une industrie particulièrement assez déficitaire il y a beaucoup de titres de presse qui sont dans des états critiques on ne parle même pas des subventions étatiques donc c'est pour ça que dans notre question qui est est-ce qu'on peut se passer des milliardaires on a l'impression que c'est difficile de s'en passer puisque comme vous le dites Joe Vice il faut des gens avec une grande fonds de trésorerie là je ne parle pas de ce qu'ils vont en faire puisqu'on a aussi explicité de certains endroits où il y avait des verrous des garanties qui permettaient d'avoir une ingérence limitée de la part de l'actionnaire mais si on regarde l'histoire de la presse française et maintenant d'autres pays ça paraît compliqué vous arrivez vous à vous passer de milliardaire dans votre économie

22:32
Invité

Oui mais l'économie d'un média comme Street Press c'est l'économie d'un média en ligne où on ne va pas avoir besoin d'avoir une imprimerie de diffuser des journaux dans toute la France et on va aussi bénéficier de la capacité à tester à être super agile à fabriquer un journal avec 20 journalistes et 3 serveurs qu'on a mis dans 3 garages donc c'est pas du tout les mêmes coûts je pense qu'il y a peut-être un point à retenir de ce qu'on fait à Street Press tous les jours c'est qu'aujourd'hui une grosse part de nos revenus c'est les dons des lecteurs et donc ce qu'on dit aux lecteurs c'est aidez-nous à faire le journal qui touchera le plus de gens possible on est un média prix libre à Street Press et financez-le de sorte que ceux qui n'ont pas les moyens pourront continuer à le lire aussi partout donc le challenge c'est de créer une information de qualité qui soit populaire et qui puisse toucher tout le monde pour un média comme Street Press qui a d'abord comme lectrice et lecteur des jeunes et des gens issus de quartiers populaires c'était nécessaire de fonctionner comme ça mais dans tous les cas je pense que par rapport au sujet qu'on a face à nous on a le sujet du modèle économique et c'est pas forcément le même modèle selon que les histoires qu'on va traiter la cible qu'on va adresser si on a un hebdomadaire de référence qui paraît le dimanche c'est normal que les gens payent parce qu'on s'adresse à des gens qui ont un certain revenu et une certaine classe sociale donc le modèle économique il s'adresse vraiment au projet il y a un enjeu qui est aussi un enjeu juridique on en parlait tout à l'heure puis après il y a peut-être un sujet qui est le projet je veux dire je parlais tout à l'heure avec des journalistes à Street Press il y a des nouveaux journalistes qui nous rejoignent à la rentrée en septembre ils vont passer deux jours à expliquer c'est quoi Street Press c'est quoi le projet et je pense que c'est pas anodin parce qu'un journal c'est le sens qu'on veut y mettre et c'est le projet qu'on porte

24:12
Présentateur

d'où la transparence que vous évoquiez tout à l'heure pour expliquer à la fois transparence dans les finances et aussi dans la manière dont on veut fabriquer une information et des articles puisqu'on est là à se demander si on peut échapper aux milliardaires c'est une question qui fait un peu un titre mais d'où les différentes alternatives que vous représentez tous les deux Joe Weiss avec Street Press et vous Isabelle Roberts avec Les Jours on compte beaucoup sur les lecteurs justement quand on met en place ce genre d'initiative on passe par des dispositifs de crowdfunding d'appel aux dons on doit expliquer sans cesse pourquoi c'est important de financer cette information est-ce qu'on n'en demande pas trop aussi à ces lecteurs-là ?

24:47
Invité

Il y a chaque année ce baromètre qui paraît dans la croix et sur la confiance des lecteurs dans les journalistes et à chaque fois c'est une catastrophe et surtout à chaque fois il y a l'immense majorité qui pensent que les journalistes ne sont pas indépendants des pressions des pouvoirs politiques et de l'argent or si on veut redonner confiance dans la presse dans l'information parce que chaque citoyen a quand même droit à une information qui a été vérifiée qui est déontologique et ça c'est important et il faut être des acteurs de cette presse et être des acteurs de cette presse à un moment donné c'est faire comprendre de notre côté en tout cas que nous par exemple au jour si on n'a pas assez d'abonnés tout simplement on se casse la figure c'est aussi simple que ça c'est-à-dire qu'on a un peu été habitués en France à un discours de magie autour de la presse c'est-à-dire qu'il y a des journaux et c'est vrai qui perdent de l'argent depuis des années et qui sont abondés à fond perdus par des milliardaires ou par les aides publiques nous c'est très simple le contrat avec le lecteur et tout est transparent c'est que si vous ne vous abonnez pas on n'existera plus en revanche si vous vous abonnez en échange vous aurez une information de qualité vérifiée originale qui mérite d'avoir son prix

26:20
Présentateur

est-ce que ces modèles Patrick Hevenot qu'on vient d'entendre est-ce qu'ils peuvent tenir lorsqu'on change d'échelle

26:25
Invité

oui c'est ça le problème c'est que évidemment on voit bien que pour les petites rédactions c'est tenable le seul exemple qui marche vraiment bien avec une rédaction relativement plus grosse c'est Mediapart qui a mis du temps à s'imposer mais qui s'est très bien imposé sur un projet éditorial tout à fait respectable et quand on veut avoir comme le monde 500 journalistes 500 journalistes ça veut dire au minimum 50 millions d'euros de dépenses par an pour payer pour payer les charges sociales pour les bureaux les téléphones les ordi etc donc ça veut dire il faut une puissance financière bon alors moi je pense qu'effectivement il faudrait recréer peut-être que le monde pourrait faire un monde dimanche qui serait le journal du dimanche le remplaçant du journal du dimanche je comprends Patrick

27:18
Présentateur

et Patrick Evneau que vous appelez justement la libre concurrence et la stimulation du marché mais on peut j'imagine que vous êtes quand même peut-être peiné aussi de voir ce journal historique fermé aujourd'hui où vous vous dites que finalement c'est la loi du marché des disparitions entraînent des créations nouvelles

27:33
Invité

mais oui c'est la loi du marché parce que les journaux papiers sont en déclin continu le numérique et les grands ennemis maintenant des journaux papiers c'est pas les petits pureplayers numériques c'est les GAFAM c'est les réseaux sociaux qui attirent à la fois l'attention des jeunes générations et l'attention des publicitaires et la publicité va de plus en plus sur le numérique et de moins en moins sur le papier à la radio ou à la télévision et ça c'est un vrai problème et là c'est ailleurs qu'il faut régler ce problème c'est au niveau européen c'est au niveau international mais pas au niveau français au niveau français on pourra pas le régler comment faire pour empêcher Google il y a un vrai sujet sur les droits voisins par exemple qui se joue aussi en France les droits voisins c'est quelques millions d'euros par an c'est pas ça qui va faire vivre la presse la radio la télé qui représente plusieurs milliards de chiffres d'affaires alors c'est là

28:35
Présentateur

où on voit juste un point de fracture ou de clivage entre vous Patrick Evnaud où vous êtes plutôt sur une volonté de rediriger un instrument législatif vers les GAFAM qui sont pour vous une menace dans cette économie de l'attention Benoît Huet qui est peut-être revenu parmi nous avec une connexion digne de ce nom pourra peut-être réagir à cette question-là puisqu'on parle d'économie de l'attention Benoît Huet vous proposez d'ailleurs de raisonner maintenant en termes de parts d'attention

29:02
Invité

Oui tout à fait alors la question de la concentration elle s'est posée de manière très précise dans le cadre du projet de fusion entre TF1 et M6 vous vous en rappelez peut-être l'année dernière ce qui n'a pas stimulé le débat là-dessus il y a eu des travaux au Sénat notamment et en fait on se rend compte qu'aujourd'hui on résonne en termes de nombre de chaînes de télévision qu'on a le droit de posséder on a le droit d'en posséder 7 on résonne en termes de parts de marché de journaux qu'on a le droit de posséder on a le droit de posséder 30% etc.

et il faut arriver à quelque chose d'autre qui prend en considération notamment l'arrivée des réseaux sociaux il y a un certain de chercheurs notamment un chercheur qui s'appelle Andrea Pratt à l'université de Columbia à New York qui propose de raisonner autrement en partant du citoyen du lecteur en réfléchissant combien de temps est-ce qu'il passe sur chaque support réseau sociaux inclus et de commencer à établir des seuils de concentration à partir de ces données-là Monsieur le ministre vous ne pouvez pas nous dire qu'on ne peut rien faire car la situation est grave on peut mieux protéger l'indépendance des rédactions en leur permettant de valider à une majorité qualifiée leur directeur proposé par l'actionnaire et les états généraux de l'information promis par le président de la république c'est pour quand

30:17
Présentateur

les grévistes du JDD attendent l'ouverture à la rentrée des états généraux de l'information lancée par le gouvernement

30:24
Invité

France Culture le temps du débat François Saltiel

30:30
Présentateur

et ce soir nous parlons de la presse de la presse française de la fin de la grève des journalistes du JDD et puis plus globalement de la concentration des médias et de l'ingérence de ces actionnaires dans ces organes de presse en compagnie d'Isabelle Roberts journaliste et co-fondatrice du journal Les Jours de Jovaï journaliste également et fondateur du média en ligne Street Press de l'historien des médias Patrick Evnaud et de vous Benoît Huet par rapport à ce qu'on vient d'entendre cette loi transpartisane les états généraux de l'information quelles sont vos propositions Benoît Huet pour rendre le cadre législatif plus adapté pour permettre d'éviter peut-être qu'une situation comme celle que nous sommes en train de vivre au JDD ne se reproduise

31:15
Invité

Oui alors cette proposition de loi transpartisane elle reprend une proposition qu'on avait faite en 2021 dans notre livre L'information est un bien public avec Julia Cagé donc l'idée c'est que les journaux en France reçoivent pas mal d'aide à la presse qui est plutôt une bonne chose parce que ça nous permet d'avoir des médias assez variés les médias type télé bénéficient aussi de stations de radio ou de fréquences audiovisuelles gratuitement et ce que nous disons simplement c'est que l'état français en échange de tout ça devrait avoir certaines exigences notamment des exigences sur l'indépendance des rédactions et ce qu'on a proposé de manière très simple c'est de dire pour qu'un journal puisse avoir des aides à la presse pour qu'une station de télé puisse avoir une fréquence gratuitement il faut qu'il donne des garde-fous et il faut qu'il donne aux journalistes le pouvoir d'avoir un droit de veto sur la dédication du directeur de la rédaction et ça c'est intéressant parce que ça a été repris par l'ensemble des bords politiques au Parlement à l'exception des LR et des RN donc il y a des chances sérieuses que cette loi passe étant précisé que si elle avait été en vigueur l'actionnaire du GDL n'aurait pas pu imposer Geoffroy Lejeune comme directeur de la rédaction

32:22
Présentateur

Voilà ce droit de veto pour que justement les journalistes puissent choisir ou tout simplement valider une proposition en la personne de leur directeur de l'information Patrick Hevenot qu'est-ce que vous pensez de cette idée ?

32:35
Invité

Cette idée elle est moi encore une fois je la trouve excellente non pas au niveau de la loi je la trouve excellente au niveau du consensus entre l'actionnariat et la rédaction ça marche au monde ça marche à Libération ça marche à La Croix ça marche aux échos ça marche à l'Obs à Télérama dans toute une série de journaux comme ça il y a un droit de veto de la rédaction ou une élection parfois même du directeur de la rédaction par la rédaction elle-même donc ça ça marche mais ça marche parce que c'est le résultat d'un consensus en France on est dans le conflit permanent et donc on veut trancher ce conflit par la loi et la loi comment elle va faire elle va dire alors il faut 50% ou 60% d'accord et puis alors il y a un veto alors au premier veto on va présenter n'importe quel clown et évidemment la rédaction va mettre son veto deuxième présentation on va mettre un deuxième clown et la rédaction va mettre son veto on va faire ça combien de fois au bout d'un certain temps l'actionnaire dira écoutez vous n'en voulez pas de mes gens donc je vous mets Geoffroy Lejeune boum et voilà c'est comme ça que ça va se passer concrètement je veux dire que la loi c'est très bien mais après ça il y a l'application de la loi il y a le sens des choses comment ça se passe et ça ça veut dire encore une fois faire un statut tout à fait particulier de l'entreprise de presse et c'est unique au monde dans le monde démocratique développé c'est unique partout ailleurs ça se passe par le consensus parfois avec des grèves très violentes mais ça se passe par le consensus qui aboutit au fait que la rédaction est capable de s'affirmer comme elle l'a fait encore une fois à Libération au Monde aux Échos ou ailleurs

34:16
Présentateur

Isabelle Roberts qu'est-ce que vous attendez vous justement de ces états généraux de l'information et puis plus globalement de l'exécutif par rapport à cette question de l'indépendance de la presse

34:28
Invité

Déjà ils existent parce que ça fait longtemps qu'ils sont attendus qu'ils sont annoncés qu'ils sont attendus ça devait être à la fin de l'année dernière bon finalement là ça s'est un peu précipité grâce au JDD j'en attends justement c'est ce que disait Benoît aujourd'hui la loi c'est vraiment attaquer le numérique avec des outils de l'âge de pierre donc il faut tout remettre à plat mais vraiment c'est pas rajouter une petite pièce sur le c'est vraiment alors le droit de veto pour les rédactions qui sont possédées par un industriel par un milliardaire c'est un début il y a plein de choses à discuter et en tout cas il y a une remise à plat à faire par rapport à une loi qui date des années 80 et qui n'est plus adaptée

35:22
Présentateur

finalement à l'écosystème actuel et à cette économie des médias qui a été totalement bouleversée Jovaïs vous attendez vous quelque chose justement de ces états généraux de l'information

35:33
Invité

j'ai très peur des chartes qu'on nous annonce un petit peu aussi je serais vraiment plus heureux que on travaille sur du juridique sur des lois des choses concrètes tout ce qui va être charte de bonne conduite etc c'est des choses qui là pour le coup c'est du pipeau il y a déjà une proposition de loi peut-être servons-nous du fait qu'il y ait cette recherche là pour arriver sur

35:59
Présentateur

les lois existent évidemment on les rappelle il faut juste qu'elle soit la proposition et pour la mettre plus en cohérence avec la situation actuelle et puis apporter des verrous supérieurs

36:08
Invité

qu'elles soient mises à jour effectivement je suis assez d'accord les chartes il faut savoir qu'aujourd'hui elles sont obligatoires depuis la loi Bloch de 2016 mais elles ne sont pas opposables c'est à dire qu'aujourd'hui il y a des chartes on peut mettre n'importe quoi dedans et par exemple c'est assez drôle au sein du groupe Lagardère la fameuse phrase sur le racisme elle existe déjà dans la charte actuelle donc il ne suffit pas de dire ça existe dans la loi et donc c'est pas la peine de le mettre dans une charte ça existe déjà seulement ces chartes c'est un peu des joujoux moi j'en veux pour preuve celle de CNews la charte de CNews il faut savoir qu'après ITV il y a la direction de CNews qui a monté une société des journalistes à sa main pour pouvoir valider une charte à sa main qui par exemple autorise les ménages alors les ménages pour expliquer en deux secondes

37:05
Présentateur

c'est un jargon journalistique voilà

37:06
Invité

c'est un jargon un jargon journalistique effectivement c'est quand des journalistes vont se mettre au service d'une entreprise et vont être payés pour exercer leur métier de journaliste mais au service d'une entreprise donc ça c'est dans la charte de CNews par exemple donc on peut faire n'importe quoi avec les chartes et ça aussi c'est à remettre à plat

37:23
Présentateur

Benoît justement pour sortir un peu de ce pessimisme ambiant on voit tout de même qu'on est dans un contexte on a parlé d'une économie qui est en mouvement avec beaucoup de création de titres et là autour de cette table on a la chance d'en avoir deux incarnations mais ils sont doigts d'être les seuls on est quand même dans un moment assez stimulant pour la création de titres alors Jovaïs me disait que c'était compliqué effectivement d'avoir la trésorerie pour lancer un journal papier on sait très bien que sa distillation est lourde qu'elle passe par des mécaniques qui sont d'ailleurs assez historiques mais qu'on a d'autres outils numériques qui permettent une très grande création de titres aujourd'hui

37:57
Invité

Oui on a la chance de vivre dans une époque que les économistes pourraient appeler de destruction créatrice avec à la fois beaucoup de disparitions de titres également une grande créativité de plein de journalistes qui prennent l'initiative de créer leur propre revue leur propre journal on a par exemple en ce moment par exemple une revue qui s'appelle La Déferlande qui est une revue sur les féminismes et le genre qui a réussi à lancer un grand crowdfunding où plus de 1000 lecteurs électriques vont rentrer au capital de la société c'est extrêmement intéressant pour garantir l'indépendance vous avez une initiative comme un journal qui s'appelle Cometa qui est une revue sur l'Europe de l'Est qui va sortir en septembre qui a réussi à avoir des industriels au capital mais en négociant des garanties strictes d'indépendance qui permettent à la rédaction de travailler librement donc il y a plein plein de gens qui tentent des choses ça fonctionne assez bien ils trouvent un peu chacun leur lectorat je pense qu'on peut être très très créatif et utiliser le droit pour protéger l'indépendance des journaux et permettre à des journalistes de travailler dans des bonnes conditions

38:57
Présentateur

Joe Weiss pour reprendre justement votre modèle économique puisque vous avez fait le choix de la gratuité du prix libre c'est à dire que quand on a de l'argent ou quand on veut soutenir votre titre et bien vous encouragez évidemment ces dons mais si la personne n'est pas en mesure de pouvoir s'acheter cette information là elle peut tout de même la lire chez vous la consommer chez vous donc où est-ce que vous tirez vos sources de revenus vous faites aussi ce qu'on appelle un peu de brain content par exemple alors ce n'est pas la plus grande source de votre modèle économique mais quelle est-il ?

39:26
Invité

après comme tout média on va avoir enfin comme beaucoup de médias on va avoir plusieurs sources de revenus nous on va avoir les financements des lecteurs et on va aller chercher des annonceurs qui vont aussi du coup vouloir toucher l'audience la signe principalement via des formats vidéo et la chance qu'on a c'est qu'on va souvent voir des institutions ou des marques qui sont assez engagées et avec qui le discours peut porter aussi auprès d'un d'un lectorat qui est aussi assez engagé chez Street Press Street Press on parlait de chiffres d'industriels de milliardaires moi je l'ai créé avec 5000 euros que j'ai emprunté à la banque en leur disant que j'allais refaire ma salle de bain donc en termes d'apport capitalistique ça reste réduit et c'est un média qui est très artisanal il y a 15 journalistes en CDI et la structure elle vit grâce à cette équipe-là

40:12
Présentateur

et votre chiffre d'affaires aujourd'hui ?

40:13
Invité

c'est 800 000 euros voilà donc vous êtes quand même

40:15
Présentateur

arrivé à un chiffre d'affaires notable

40:17
Invité

mais ça reste en termes quand on regarde comment on fabrique un média ça reste petit ça reste très artisanal mais ça a du sens et du coup la logique économique c'est de dire l'électeur qui nous finance c'est ce qui nous fait avancer c'est la garantie de notre indépendance c'est quelque chose qu'on a lancé en 2019 et je pense que si on ne l'avait pas fait on ne serait pas encore là aujourd'hui parce que ça donne un sens à ce qu'on fait réellement quand moi sur le bureau je reçois tous les matins les emails des gens qui nous ont donné de l'argent les chèques des gens souvent en région qui nous envoient des chèques parfois c'est des personnes qui sont plus âgées que la moyenne de nos lecteurs qui sont à la retraite qui nous disent voilà je vous donne 45 euros sur ma petite retraite c'est beaucoup mais je crois à l'indépendance de la presse on sait aussi le sens en fait de ce qu'on fait ça nous remet les pieds dans pourquoi on est là et puis ça vous oblige

41:06
Présentateur

évidemment quand on voit qu'il y a des gens qui donnent de leur argent encore une fois vous avez fait le choix de cette gratuité même si le modèle de la crédité a un peu de mal également on l'a vu par exemple avec Brut qui offre une information gratuite plutôt à l'intention d'un jeune public comme vous et qui est en situation financière compliquée qui doit chaque fois faire des levées de fonds pour pouvoir continuer à remettre la rédaction à flot on l'a vu avec Vice qui est un site qui a fermé en France donc c'est pas simple aussi ce pari là

41:31
Invité

ouais et en fait la question que nous on se posait il y a 3 ans c'était de se dire comment est-ce qu'on développe un média qui peut toucher un maximum de gens et de jeunes particulièrement et comment est-ce qu'on le finance en étant directement lié et pas parce qu'il y a un annonceur parce qu'il y a une subvention parce que notre entreprise est capable de produire de la vidéo pour des marques des choses comme ça non c'est quel est le sens de ce qu'on fait et je pense qu'aujourd'hui en fait on va quand même sur un truc qui est plus polarisé c'est pas anecdotique aussi que Bolloré arrive avec des médias qui sont très engagés à l'extrême droite c'est qu'aujourd'hui en fait le modèle à mon sens du média mainstream prétendument neutre qui s'adressera à un public très large qui en réalité était plutôt un public CSP+, qui avait un pouvoir d'achat qui pouvait attirer les annonceurs tout ce centre un petit peu mou de médias mainstream qui est presque peut-être devenu aussi des médias qui ne savaient plus pourquoi ils étaient là et bien en réalité ils perdent l'espace de la même manière que dans le champ politique ce centre là perd aussi de l'espace

42:29
Présentateur

voilà mainstream comme vous l'appelez des médias grand public Isabelle Robert justement vous aussi vous avez un modèle économique alors vous c'est pas sur abonnement de vos lecteurs mais on en revient finalement à cette même question qui est la question cruciale c'est que cette question de la confiance de la transparence que vous arrivez justement à préserver avec un lien direct avec vos lecteurs avec vos abonnés

42:53
Invité

oui les lecteurs ils sont au coeur du projet nous quand on s'est lancé en 2016 d'abord on a passé une année à raconter comment on créait notre média et parallèlement à ça on a lancé un grand crowdfunding donc les lecteurs ils sont vraiment à la base des jours et aujourd'hui les actionnaires des jours c'est les cofondateurs et les lecteurs qui représentent aujourd'hui 10% du capital donc oui bien sûr ils sont au coeur du projet et ils sont très impliqués je peux vous dire

43:22
Présentateur

voilà en tout cas les lecteurs du journal du dimanche ne retrouveront sans doute pas leur titre dimanche prochain mais sans doute qu'il arrivera dans 15 jours on verra comment ces lecteurs s'y retrouveront ou pas dans cette nouvelle ligne éditoriale merci à tous les quatre de m'avoir accompagné pour ce temps du débat qui était nécessaire en cette journée de fin de grève merci à la préparation de cette émission à Juliette Mouelic Roxane Poulin à Pauline Lamy Gautier Iselin Audrey Dugas et Juliette Deveau à la Techné ce soir Élise Le et à la réalisation Emmanuel Benito France Culture

43:57
Invité

L'esprit d'ouverture

Médias : comment se passer des milliardaires ? · Pourquijevote