"On est la seule banque à publier l'intégralité des contrats de crédit qu'on fait", assure le président du directoire de la Nef
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 95 %
Temps de parole
- Présentateur69 %
- Présentateur 229 %
≈ 6,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-nemo:12b · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
France Info Bonsoir à toutes et à tous. Ce soir, coup de projecteur sur une banque, pas comme les autres, la Nef Banque que vous avez présidée pendant 8 ans. Bernard Orenbeck, bonsoir.
Bonsoir.
Invité Éco de France Info, ce soir, vous vous apprêtez à passer la main, après 8 ans à la tête de la Nef, qui se targue d'être une banque éthique. Qu'est-ce que ça signifie concrètement ? Éthique, ça fait d'abord appel à la responsabilité. Et la responsabilité, quand on est une banque, c'est de savoir d'où vient l'argent, à quoi il sert, quel est son sens, quelle est son activité. Et donc, pour nous, ça se traduit par un premier grand principe qui est la transparence. Donc, on est la seule banque à publier l'intégralité des contrats de crédit qu'on fait. Tous nos clients, on en publie la liste.
Alors, sur les investissements que vous faites, est-ce que vous faites des investissements que ne font pas les autres banques ? C'est-à-dire que nous, on ne fait que des investissements s'ils ont du sens pour la société. S'ils apportent quelque chose à la vie en société. Donc, ça veut dire qu'on est essentiellement dans tout ce qui est environnemental, social et culturel. Même si, du coup, ça peut toucher tous les pans de l'activité économique. Est-ce que vous pouvez nous donner quelques exemples ?
Je pourrais prendre un menuisier qui intègre des logiques de formation professionnelle et d'insertion socio-professionnelle dans son travail, qui fait attention à ce que le bois utilisé vienne de forêt qui est raisonnable. Eh bien, il a une activité on ne peut plus classique. Et en même temps, il y met des intentions qui sont réellement d'améliorer la vie en société telle qu'on la connaît aujourd'hui. Et donc, ça, ça veut dire que vous allez lui prêter de l'argent pour financer ses investissements. L'argent des clients, des particuliers, là, quels sont vos critères ? Quel est votre cahier des charges ?
En fait, on est finalement une banque, un peu tout ce qu'il y a de plus simple et de plus évidente. C'est-à-dire qu'on récolte de l'épargne et on l'utilise pour faire des prêts à des entreprises. La particularité, c'est que l'épargne est surtout citoyenne, des individus qui sont sociétaires souvent, puisqu'on est une coopérative, mais pas toujours, et qui épargnent chez nous parce qu'ils savent à quoi va servir leur argent et qu'on leur dit chaque année la liste des prêts qu'on a fait. Et donc, ils peuvent vérifier comment est utilisé leur argent. Et vous faites des prêts auprès des particuliers ou seulement des entreprises ? Pour le moment, c'est essentiellement des entreprises.
On va de plus en plus développer l'activité avec les particuliers aussi, mais pour le moment, c'est essentiellement des entreprises. On est d'ailleurs beaucoup dans de la création d'entreprises, mais toujours des entreprises qui se donnent des objectifs au-delà du profit, qui sont des objectifs de bien commun et d'améliorer la société dans laquelle on vit. Et donc, il y a des investissements que vous ne faites pas. Quelles sont vos lignes rouges ? Ah oui, nous, quand on étudie un crédit, on va l'étudier sur deux volets.
Le volet économique, parce que c'est l'argent de nos sociétaires, de nos clients, donc il faut quand même qu'on soit en capacité de rembourser et que le projet tienne à route économiquement, mais aussi social ou sociétal, c'est-à-dire quel est l'impact que ça a si on fait le financement. Et donc, c'est là où, évidemment, la dimension de la responsabilité éthique se trouve, c'est-à-dire qu'on essaye d'étudier tous les impacts possibles d'une activité économique, de façon à voir là où elle a de l'intérêt pour le développement durable. Alors, vos clients, qui sont-ils ? Est-ce qu'ils sont de plus en plus nombreux ? Quel est le profil type, si vous en avez un ?
Alors, le profil type, ça devient compliqué, parce qu'on est vraiment sur beaucoup, beaucoup de créneaux. Disons pour les particuliers. Mais pour les particuliers, ce sont des particuliers qui ont un sens de la responsabilité, qui ont envie que leur argent serve à quelque chose d'autre que du financement fossile, par exemple. Ils sont garantis chez nous qu'il n'y a rien qui va vers de l'énergie fossile. Mais par contre, on va être évidemment très présent dans tous les secteurs bio, les secteurs des énergies renouvelables, et dans toute une série d'activités économiques nouvelles, ou en tout cas qui sont nouvelles à un certain moment et qu'on accompagne dans cette nouveauté.
On pourrait prendre des ressourceries, par exemple, comme ça a commencé à se faire, tout ce qui est le recyclage, le vrac, tout ce qui sont des activités économiques nouvelles. Donc, on est beaucoup dans de l'innovation, et qui permettent d'être en phase avec une activité économique et des objectifs sociaux, environnementaux. Est-ce que l'investissement responsable, Bernard Horenbach, il est aussi rentable ? Alors, oui, il peut l'être. Disons que ce n'est pas l'objectif premier, mais...
C'est-à-dire que moi, je vous confie mon argent, je vais le récupérer. Je suis sûre de le récupérer, mais je ne suis pas sûre de récupérer plus.
Oui, c'est-à-dire qu'en fait, il y a évidemment des intérêts sur les livrets d'épargne, comme partout. Donc là, on est dans quelque chose de assez classique. Je prends un risque, comme dans n'importe quel investissement. Ni plus ni moins en termes d'épargnants. On a une garantie, de toute façon, jusqu'à 100 000 euros sur tous les comptes, de la même façon que dans toutes les autres banques. Mais en plus de ça, nous avons cette initiative. On a quand même des résultats assez extraordinaires, historiquement, et on va pouvoir distribuer du dividende.
Avec une particularité, c'est que nous, on a demandé l'année passée à nos sociétaires de travailler sur qu'est-ce qu'on allait faire avec les bénéfices. Et alors, qu'est-ce que vous allez faire avec vos bénéfices ? Et donc, il y a eu tout un processus qui s'est mis en place. Et les sociétaires ont dit qu'il faut d'abord, c'est élargir l'activité. Il faut limiter les dividendes. C'est eux-mêmes qui le disent. Il faut limiter les dividendes, mais se donner les moyens d'augmenter les fonds propres et donc la capacité d'agir sur la société et d'être plus fort encore dans notre action. Alors, vous avez été dans le giron du crédit coopératif pendant 35 ans et donc du groupe BPCE.
Vous avez obtenu votre agrément bancaire l'an dernier. Qu'est-ce que ça a changé ? Oui, en fait, le crédit coopératif, il nous a adossés il y a 35 ans, quand la coopérative s'est créée, qu'elle était une petite activité et que le régulateur avait dit qu'il faut que ce soit adossé à une banque de plein exercice. Mais en attendant, on a grandi. Et on a particulièrement grandi ces dernières années. Et donc, à partir du moment où on atteint un milliard d'euros, être l'adosseur, c'est-à-dire celui qui garantit, ça commence à devenir un peu compliqué parce qu'on commence à être un peu trop grand. Et donc, il a fallu travailler pour obtenir cette autonomie. Ce qui ne va pas de soi.
Parce qu'aujourd'hui, la tendance, elle est plutôt à rassembler les banques. Mais vous pensez que c'est bien pour une banquettie comme la vôtre, pour l'ANES, d'être toute seule et pas dans le cadre d'un groupe ? C'est une nécessité. Et à la Fébéa, la Fédération Européenne des Banques Éthiques et Alternatives, nous avons une charte sur ce que c'est la finance éthique. Et un des volets, c'est l'autonomie de gestion. Il faut à tout prix être autonome dans sa gestion pour pouvoir être une banquettique. Un dernier mot sur votre parcours, vous qui vous apprêtez à rendre la main. Vous êtes donc belge, ça s'entend à votre petit accent. Vous n'avez pas le bac. Et vous avez été vendeur de disques.
C'est un parcours complètement atypique pour un banquier. Oui, mais moi je ne me considère pas comme un banquier. Et je considère que la banque, elle ne doit pas rester au banquier. La banque, c'est un outil. Et c'est un outil qui doit servir la société, et en particulier une banque éthique. Et donc oui, effectivement, j'ai commencé comme disquaire à la grande époque du vinyle. J'ai quand même repris des études après de psychologie. Et je suis arrivé en 2008 dans la finance éthique, au moment où toutes les banques explosaient partout et implosaient dans la crise financière. Je me suis dit, peut-être que c'est le bon moment pour voir un psychologue dans le monde bancaire.
Merci beaucoup Bernard Orenbeck. Directeur général de la banque éthique La Neuf. Invité éco de France Info ce soir. Merci beaucoup.