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Discours / meetingBFM TV (sur YouTube)· 1 juin 2022 14 minPortrait personnelSécuritéJusticeSolidarités & famille

Hommage à Françoise Rudetzki: le discours d'Emmanuel Macron en intégralité

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    « Françoise Rodetsky était la figure tutélaire de toutes les victimes du terrorisme. »
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    « Sa famille avait été décimée par la Shoah. »
  • 1:04PrésentateurFait
    « arrêtés par la police française, morts dans les camps nazis, parce qu'ils étaient nés juifs polonais. »
  • 2:05PrésentateurFait
    « Car dans ce temple de la cuisine française, ce soir-là, une bombe a explosé. »
  • 2:25PrésentateurFait
    « des jambes qui ne la porteront jamais plus comme avant. »
  • 3:09PrésentateurFait
    « Le sang qu'on lui transfusa en masse dès son arrivée à l'hôpital l'a sauvé de la mort, mais l'a contaminé par le virus du sida et de l'hépatite C. »
  • 4:56PrésentateurFait
    « elle, la juriste de formation, a lu et relu les livres de droit pour constater que ni le terme attentat, ni même le terme terrorisme, n'y figurait alors dans la liste des infractions. »
  • 6:52PrésentateurFait
    « son association parvenait à inscrire dans la loi française, par un amendement qui porte son nom, le droit à une indemnisation intégrale des victimes du terrorisme. »
  • 7:59PrésentateurFait
    « Qui fait voter l'allongement de la prescription des crimes et délits terroristes à 30 ans. »
  • 8:05PrésentateurFait
    « Qui gagne le droit pour les victimes de se constituer partie civile dans les procès en terrorisme. »
  • 8:10PrésentateurFait
    « Qui fait reconnaître les victimes d'attentats comme des victimes civiles de guerre leur ouvrant la gratuité des soins et permet aux orphelins du terrorisme d'être pupilles de la nation. »
  • 8:21PrésentateurFait
    « Qui obtient la création de la médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme aux couleurs de lumière et d'espoir, blanc et vert. »
  • 8:41PrésentateurFait
    « Porte sur les fonds baptismaux le centre national de ressources et de résilience à Lille. »
  • 9:00PrésentateurFait
    « Oeuvrant à faire du 11 mars la journée européenne pour toutes les victimes du terrorisme. »
  • 11:38PrésentateurPromesse
    « Ce musée ouvrira ses portes d'ici 2027. »

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Elle offrait sa voix aux douleurs muettes, son nom aux anonymes, ses traits à une cause jusque-là sans visage. Françoise Rodetsky était la figure tutélaire de toutes les victimes du terrorisme. Se battant près de quatre décennies durant pour que leurs appels soient entendus, pour qu'un statut leur soit reconnu, pour que justice leur soit rendue, elle a tout changé. Nos regards, nos habitudes, nos lois, leur vie. Cette sensibilité à leur cause, elle l'appuisait au plus tragique de son histoire personnelle et de notre histoire contemporaine. Sa famille avait été décimée par la Shoah.

Elle y avait perdu trois grands-parents, trois tantes, un oncle, arrêtés par la police française, morts dans les camps nazis, parce qu'ils étaient nés juifs polonais. Sa mère n'avait échappé que de justesse au même sort. Dès la naissance, Françoise Rodetsky était une rescapée. Sa jeunesse heureuse semblait un juste retour des choses. Alors qu'elle faisait son droit sur les bancs d'Assas, elle a rencontré son futur époux, Maurice. Bientôt, elle a dirigé un magasin de prêt-à-porter prospère, une petite fille aînée, Déborah, des années de bonheur. Le 23 décembre 1983, marquait ses dix ans de mariage.

Pour célébrer leur amour, les époux Rodetsky ont choisi un des plus vieux restaurants de Paris, le Grand Véfour. Mais la soirée de rêve a tourné au cauchemar. Car dans ce temple de la cuisine française, ce soir-là, une bombe a explosé. Un instant de terreur. Et la vie de Françoise a basculé à jamais. Sept semaines de réanimation, des dizaines et des dizaines d'opérations, des jambes qui ne la porteront jamais plus comme avant. Puis il faut se faire au corset, au fauteuil roulant, aux béquilles. Elle découvre les mille difficultés du handicap qui grève son intimité, son intégrité, sa liberté, sa volonté. Elle doit apprivoiser une souffrance qui ne la quittera jamais plus. Une vie de douleur.

Il arrive, hélas, que la foudre frappe plusieurs fois le même chêne. A la tragédie familiale de la Shoah, aux atroces blessures de l'attentat, s'est ajouté alors un troisième fléau. Le sang qu'on lui transfusa en masse dès son arrivée à l'hôpital l'a sauvé de la mort, mais l'a contaminé par le virus du sida et de l'hépatite C. Triple peine, comme elle l'écrira elle-même. Le sort qui s'acharme. La mort qui rôde partout, dans son histoire familiale, dans ses eaux brisées, jusque dans son sang. Faut-il pour autant se résigner au malheur ? Non. Jamais. Françoise Rudetsky a d'abord guéri par amour.

Avec une force d'âme inouïe, elle a secoué la douleur et la colère, et entourée de son mari, de son frère William, de sa fille Déborah, elle a cultivé ses passions, sillonné jusqu'aux confins de l'Asie avec son petit-fils Adrien, sur un scooter médicalisé. Elle a refusé la défaite et réécrit sa vie. Françoise Rudetsky a aussi guéri par révolte. Révolte face au silence et à l'indifférence, car sa douleur était souvent ignorée, négligée, oubliée. Révolte aussi face à l'absence de reconnaissance et de prise en charge des victimes du terrorisme, aux requêtes, aux relances interminables pour obtenir une maigre réparation. Révolte encore face au manque de mots même pour penser l'aide aux victimes.

Encore sur son lit d'hôpital, elle, la juriste de formation, a lu et relu les livres de droit pour constater que ni le terme attentat, ni même le terme terrorisme, n'y figurait alors dans la liste des infractions. En être victime, c'était alors simplement avoir été là, au mauvais endroit, au mauvais moment. Un vide juridique où prospérait l'impunité et l'injustice. Alors qu'il y avait des assurances pour couvrir les dégâts matériels, rien n'était prévu pour réparer les ravages humains. Rien ni personne pour en assumer la responsabilité. Autant de victimes qu'on laissait se reconstruire seules et qui, bien souvent, ne se reconstruisaient pas.

Alors, Françoise Rudetsky a surtout guéri par altruisme. « Je lutte, donc je suis » était un peu sa devise. Mais elle l'a conjugué au pluriel et élargi à la nation. D'une bataille personnelle, elle a fait un grand combat collectif pour la dignité des victimes, pour la justice, pour la fraternité. Oui, vous l'avez chacune et chacun rappelé avec vos mots. Françoise était une combattante. Avec son fauteuil pour destrier, l'association SOS Attentat, qu'elle créa en 1986 pour armer, sa ténacité et son talent de juriste pour arme, elle entreprit une chevauchée sans trêve qui l'amena de commissions en ministère, de plateaux télévisés en cabinet présidentiel.

Six mois plus tard, son association parvenait à inscrire dans la loi française, par un amendement qui porte son nom, le droit à une indemnisation intégrale des victimes du terrorisme. En inventant un système de financement unique au monde, elle contribue à ériger cette fortification de notre solidarité nationale que d'autres ont élargie et étayée depuis et qui a secouru tant de nos compatriotes attaqués, meurtrés. De cet édifice de fraternité, nous serons les gardiens. J'y veillerai. Les conquêtes de Françoise Rudetsky ne s'arrêtent pas là. Elle entraîne d'autres combattants dans son sillage, fédère les initiatives, sème l'espoir, suscite l'action.

Une légion de volonté fraternelle qui impose la prise en compte des stigmates psychiques tout aussi profonds mais plus difficiles à détecter et guérir par la mise en place des premières cellules psychologiques de crise et l'accompagnement des victimes dans la durée. Qui fait voter l'allongement de la prescription des crimes et délits terroristes à 30 ans. Qui gagne le droit pour les victimes de se constituer partie civile dans les procès en terrorisme. Qui fait reconnaître les victimes d'attentats comme des victimes civiles de guerre leur ouvrant la gratuité des soins et permet aux orphelins du terrorisme d'être pupilles de la nation.

Qui obtient la création de la médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme aux couleurs de lumière et d'espoir, blanc et vert. Qui travaille sans relâche à combler les lacunes des plans de crise publique. Dispense des formations de gestion des risques et de sécurité. Porte sur les fonds baptismaux le centre national de ressources et de résilience à Lille. Où se développe la recherche et la formation pour la prise en charge des psychotraumatismes. Qui élargit son combat à l'Europe entière. militant pour que la législation française sur les indemnisations soit appliquée partout sur notre continent.

Oeuvrant à faire du 11 mars la journée européenne pour toutes les victimes du terrorisme. Tant de combats, tant de victoires. Françoise Rudetsky, n'hésitez pas à frapper aux portes de l'Elysée. Il n'est pas un président, comme vous l'avez parfaitement rappelé depuis François Mitterrand, qu'elle n'est pressée d'agir, parfois même franchement engueulée. Un journal l'avait appelée, un jour, la première enquiquineuse de France. Titre qu'elle revendiquait, elle le fit devant moi. Je peux en témoigner. Elle n'acceptait pas qu'on lui dise non. Je ne sais pas. Peut-être, plus tard.

Elle était une combattante solaire, une obstinée salutaire, l'éperon contre la bride, l'élan contre le frein, le grand aiguillon de la République. Elle, dont le corps était pourtant si fragile, est devenue l'une des femmes les plus fortes qu'il m'était donné de rencontrer. Malgré la fatigue et les embûches, jamais de lassitude, jamais d'âpreté en elle. Elle gardait une fraîcheur d'âme qui émerveillait chacun. À son inlassable combat, pour réparer les vivants, s'est ajouté celui de la mémoire. Un peuple qui oublie son passé, eh bien un peuple condamné à le revivre.

Alors, pour honorer le souvenir des victimes de terrorisme, elle œuvra à la création d'un mémorial ici même, dans un jardin des invalides. Parole portée. Tel est le nom de cette statue fontaine au milieu des tilleuls pour que ce combat toujours se poursuive. Elle avait aussi à cœur la création d'un musée mémorial pour que toutes les victimes du terrorisme, de Nice à Strasbourg, du Bataclan à la préfecture de police, de Tunis à Courais, est un lieu de recueillement et de mémoire. Là encore, elle remporta son combat que j'ai fait mien. Ce musée ouvrira ses portes d'ici 2027. Chère Françoise, vous avez perpétué une tradition française, celle du secours aux malades et aux blessés.

Ici, depuis 350 ans aux invalides, asile et soins sont prodigués à nos militaires blessés. Et plus de trois siècles après, les invalides accueillent aussi les victimes du terrorisme, attaquées parce qu'elles représentent la France. Vous y avez souvent été pensionnaire et vous en avez toujours porté les valeurs, inscrivant votre nom dans ce lignage qui fait l'honneur de notre pays. Oui, il y a entre ces murs, comme en vous, quelque chose de la permanence de l'esprit français qui puise sa force dans l'héritage des siècles et sa grandeur dans la fraternité.

Chère Françoise, de douleurs transcendées en lutte, en victoire, vous êtes devenue l'une des grandes combattantes françaises pour nos solidarités, pour bâtir l'effectivité des droits. Alors, en ce jour, au nom de tous ces enfants blessés que vous avez défendus, la République française, au moment où il nous faut vous dire au revoir, vous dites aussi et surtout tout ira bien. Vive la République. Vive la France.