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InterviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 16 juin 2022 47 minComplaisantActualité / polémiqueEnvironnement & énergieÉconomie & entreprisesNumériqueEurope & international

Canicule : le changement climatique derrière la météo

Au micro : Guillaume ErnerSource d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 2 %Attaque 23 %Défensif 13 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:31OuverteRéponse directe

    Pourquoi ce terme de "plume de chaleur" ?

  • 1:11OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que l'on constate aujourd'hui sur l'Hexagone ?

  • 2:05OuverteRéponse directe

    Et après les choses vont revenir à des températures plus normales ?

  • 2:36OuverteRéponse directe

    Comment définiriez-vous le terme même de canicule ?

  • 4:03OuverteRéponse directe

    Cette canicule, elle va prendre la forme de température élevée. De combien supérieure des moyennes de saison ?

  • 4:37OuverteRéponse directe

    Est-ce que cet épisode exceptionnel est à relier au réchauffement climatique ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:50InvitéFait
    « En fait, le terme français, ce serait plutôt le terme panache. Et en anglais, panache se traduit par plume. »
  • 0:59InvitéFait
    « Et le panache de chaleur, c'est effectivement cette remontée d'air chaud qui est en cours depuis quelques jours, depuis l'Afrique, qui est passée au-dessus de l'Espagne avec des valeurs de chaleur tout à fait exceptionnelles, et puis qui atteint maintenant le territoire métropolitain. »
  • 1:19InvitéFait
    « Alors on constate d'ores et déjà que dès hier, en fait, des valeurs de température particulièrement élevées ont été notées, par exemple 37 degrés à Toulouse, et puis c'est une chaleur qui va s'amplifier tout au long des prochaines journées. »
  • 1:36InvitéFait
    « On va atteindre localement dans certains endroits 40 degrés dans le sud-ouest de la France et dans toute l'Occitanie. »
  • 2:49InvitéFait
    « On parle de vagues de chaleur, quant à l'échelle de l'ensemble du pays, la température pendant trois jours dépasse certains seuils de température qui correspondent à des valeurs rarement atteintes. Et la canicule, elle est définie non seulement sur des critères de température maximale quotidienne, mais aussi sur des valeurs de température minimale nocturne. »
  • 4:13InvitéChiffre
    « Localement, on est dans des circonstances où on peut dépasser 10 degrés de plus que ce qu'on appelle effectivement la moyenne de saison ou la normale de saison. »
  • 4:50InvitéFait
    « Ça va sans doute devenir la vague de chaleur la plus précoce jamais observée depuis au moins la moitié du XXe siècle, depuis 1947, date à laquelle on dispose d'un indicateur robuste et suivi de cette qualification. »
  • 5:43InvitéFait
    « aujourd'hui, on sait que indubitablement, des épisodes de canicule qui se répètent de façon aussi fréquente, aussi sévère, c'est la signature du changement climatique. »
  • 6:10InvitéChiffre
    « On a quasiment aujourd'hui 50% de plus de teneurs en dioxyde de carbone dans l'atmosphère que la situation avant la révolution industrielle, il y a à peine quelques siècles. »
  • 6:43InvitéFait
    « il se manifeste non seulement par ce décalage vers le haut de la température moyenne, mais ça veut aussi dire qu'on peut beaucoup plus facilement qu'avant atteindre des valeurs rares, extrêmes, voire battre des records. »
  • 7:56InvitéChiffre
    « on bat aujourd'hui quasiment dix fois plus de records de chaleur que de records de froid. »
  • 13:55InvitéFait
    « Le record absolu de températures en France, c'est 46 degrés, qui a été battu fin juin 2019 dans une canicule qui était particulièrement sévère. »
  • 22:51InvitéChiffre
    « il faut qu'on diminue de 3% par an la production de gaz jusqu'à 2030 pour qu'on arrive à maintenir les 1,5 degré. »
  • 23:03InvitéChiffre
    « les énergies fossiles, un gaz, pétrole, charbon, on estime qu'il faut laisser 80% des réserves actuelles dans le sol. »
  • 27:07InvitéChiffre
    « avec des niveaux d'extraction jusqu'à ces années-là, on pourrait atteindre des réchauffements globaux de la planète de l'ordre de 2, 3, 4 degrés. »
  • 30:52InvitéFait
    « il y avait une grande exposition à Versailles qui était sponsorisée par Gazprom et par Total »
  • 31:50InvitéFait
    « les rapports du GIEC qui sont parus encore récemment celui notamment sur les impacts l'adaptation les vulnérabilités qui est paru justement le 28 février dernier est très clair sur le fait qu'il peut y avoir de façon temporaire des bénéfices à un réchauffement notamment pour la question de l'agriculture dans certaines régions et c'est en partie le cas en Sibérie »
  • 35:23InvitéChiffre
    « Saoudi Aramco qui est vraiment de très loin le premier pollueur mondial c'est à peu près 2 milliards de tonnes de CO2 bon c'est 4 fois émise ce qu'aimait la France chaque année »
  • 35:35InvitéFait
    « 70% des dividendes de l'état saoudien proviennent de Saoudi Aramco »
  • 35:47InvitéChiffre
    « elle a fait 110 milliards de dollars de bénéfices »
  • 35:55InvitéFait
    « c'est devenu aussi l'entreprise la plus riche au monde en fait »
  • 36:48InvitéFait
    « il y a énormément de fuite de méthane qui est un gaz à effet de serre on va dire 80 fois plus puissant sur une période donnée que le CO2 »
  • 37:23InvitéFait
    « une entreprise d'état qui a été pilotée par le parti communiste chinois pour faire simple »
  • 37:39InvitéChiffre
    « China Energy détient à peu près 500 unités de production électrique à partir de charbon »
  • 37:45InvitéChiffre
    « c'est aussi l'entreprise qui a une cinquantaine d'exploitations minières à travers le monde »
  • 38:36InvitéChiffre
    « il y a 14% à peu près du pétrole et du gaz qu'ils sont aujourd'hui consommés dans le monde pour produire du plastique »
  • 38:47InvitéPromesse
    « on va investir 100 milliards de dollars dans les années qui viennent dans le plastique »
  • 42:15InvitéChiffre
    « ils ont 40 000 hectares de terre en république du Congo 40 000 hectares c'est 4 fois la surface de Paris »
  • 42:29InvitéFait
    « quand on fait les calculs c'est ridicule par rapport à ce qu'est Métotale l'entreprise comme Total elle émet autant que l'ensemble des français chaque année »
  • 44:11InvitéFait
    « dans ces scénarios-là on a des projections à l'échange de la moitié du 21ème siècle qui nous montrent un doublement des canicules donc une poursuite du réchauffement de quasiment 1 degré dans les prochaines décennies »
  • 44:25InvitéFait
    « les scénarios pour lesquels les émissions se poursuivent à un rythme élevé tout au long du 21ème siècle nous emmène vers des réchauffements de 4-5 degrés supplémentaires d'ici la fin du 21ème siècle »
  • 45:41InvitéChiffre
    « on est déjà à plus de 50% de chance de dépasser les 1,5 degré en 2030 en gros »

Temps de parole

  • Invité47 %
  • Invité 231 %
  • Présentateur22 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:04
Présentateur

Les matins de France Culture, Guillaume Erner. On continue de parler de chaleur, mais cette fois-ci de chaleur météorologique. Avec vous, Samuel Morin, bonjour. Bonjour. Vous êtes chercheur à Météo France, directeur du Centre National de Recherche Météorologique, le CNRM, qui est un laboratoire Météo France CNRS. Nous sommes donc en pleine plume de chaleur. C'est comme ça qu'on dit, pourtant c'est une plume qui ne nous caresse pas et qui pèse vraiment des tonnes. Pourquoi d'ailleurs ce nouveau terme ?

0:34
Invité

Oui. En fait, le terme français, ce serait plutôt le terme panache. Et en anglais, panache se traduit par plume. Et donc par un anglicisme que certains collègues ont proposé. On peut parler de plume de chaleur, mais c'est vraiment le terme anglais dans ce cas-là qui s'applique. Et le panache de chaleur, c'est effectivement cette remontée d'air chaud qui est en cours depuis quelques jours, depuis l'Afrique, qui est passée au-dessus de l'Espagne avec des valeurs de chaleur tout à fait exceptionnelles, et puis qui atteint maintenant le territoire métropolitain.

1:02
Présentateur

Oui, alors si on devait débuter par la fin, parce que généralement dans les journaux, la météo c'est à la fin, on va la faire au début puisque c'est l'actualité du jour avec vous, Samuel Morin. Qu'est-ce que l'on constate aujourd'hui sur l'Hexagone ?

1:14
Invité

Alors on constate d'ores et déjà que dès hier, en fait, des valeurs de température particulièrement élevées ont été notées, par exemple 37 degrés à Toulouse, et puis c'est une chaleur qui va s'amplifier tout au long des prochaines journées. Aujourd'hui encore, principalement dans le quart sud-ouest, même s'il fait déjà plus chaud que d'habitude dans le nord de la France, c'est particulièrement marqué dans le sud-ouest de la France. On va atteindre localement dans certains endroits 40 degrés dans le sud-ouest de la France et dans toute l'Occitanie.

Et puis ça va s'étendre encore plus vendredi pour atteindre vendredi et samedi une généralisation, à quelques rares exceptions près aux extrémités et sur les façades maritimes, des températures qui pourront localement dépasser 40 degrés dans le centre, puis une grande bande qui touche quasiment finalement l'intégralité du territoire.

2:05
Présentateur

Et après les choses vont revenir à des températures plus normales, Samuel Morin ?

2:10
Invité

C'est pour l'instant ce que les prévisions nous indiquent, qu'à partir de la nuit de samedi à dimanche, dimanche, les choses sont encore en train de se préciser, on devrait assister à une dégradation orageuse avec des entrées maritimes aussi qui arriveront de l'ouest et qui devraient casser en quelque sorte la dynamique de cette canicule. Ce sera à préciser dans les prochains jours, en tout cas jusqu'à samedi, il faut vraiment s'attendre à des conditions remarquablement chaudes pour la saison.

2:36
Présentateur

Comment définiriez-vous d'ailleurs le terme même de canicule ? Pourquoi parle-t-on de canicule, Samuel Morin ?

2:44
Invité

Alors effectivement, il y a deux termes qu'on utilise pour qualifier la situation qui est en train de se produire. On parle de vagues de chaleur, quant à l'échelle de l'ensemble du pays, la température pendant trois jours dépasse certains seuils de température qui correspondent à des valeurs rarement atteintes. Et la canicule, elle est définie non seulement sur des critères de température maximale quotidienne, mais aussi sur des valeurs de température minimale nocturne.

C'est-à-dire qu'on parle de canicule quand on a une combinaison de températures à la fois chaudes, le jour et la nuit, qui affectent finalement la capacité de récupération des organismes et la façon de se reposer pendant la nuit. Et ceci dit, la canicule, elle est définie avec des critères et des seuils qui dépendent d'un département à l'autre, en fonction de leur acclimatation à ce type d'événements chauds, en fonction du bâti, en fonction de ce qu'on appelle les vulnérabilités locales qui sont établies conjointement par Météo France, mais aussi par les acteurs de la santé publique, notamment Santé Publique France.

Et ce qui permet d'établir la canicule comme un des phénomènes qui est suivi par le phénomène de la vigilance météorologique. Et puis aujourd'hui, pour la journée d'aujourd'hui, et ce sera réévalué en fin de journée, on a 23 départements en France qui sont en situation de vigilance orange canicule et 19 départements qui sont en vigilance jaune canicule.

4:03
Présentateur

Cette canicule, elle va prendre la forme, évidemment, de température élevée. Et de combien supérieure des moyennes de saison, Samuel Morin ?

4:13
Invité

Localement, on est dans des circonstances où on peut dépasser 10 degrés de plus que ce qu'on appelle effectivement la moyenne de saison ou la normale de saison.

4:21
Présentateur

Et pendant une période de temps quand même assez limitée, est-on certain que l'on a affaire à un épisode de canicule, un épisode exceptionnel, sachant que cet épisode exceptionnel, la question que l'on se pose tous, consiste à savoir s'il est à relier ou pas au réchauffement climatique ? Samuel Morin.

4:43
Invité

Alors déjà, sur le caractère remarquable de l'événement, c'est une vague de chaleur, quand on la qualifie au niveau national, qui est particulièrement précoce. Ça va sans doute devenir la vague de chaleur la plus précoce jamais observée depuis au moins la moitié du XXe siècle, depuis 1947, date à laquelle on dispose d'un indicateur robuste et suivi de cette qualification. Il y a seulement 8 épisodes de vagues de chaleur qui ont été enregistrés depuis les 60-70 dernières années à l'échelle du mois de juin.

Donc là, on vit la 9e, donc on est sur un phénomène qui est rare, qui est exceptionnellement précoce, encore une fois, et qui a beau se développer sur quelques jours, il a pour autant des impacts très forts sur la santé humaine. On peut le vivre à différents niveaux en fonction de notre état de santé, mais ça a aussi des conséquences évidemment sur l'agriculture, sur les enjeux liés au feu de forêt, sur la pression qui est induite sur les ressources en eau. Alors, sur votre question liée vis-à-vis du changement climatique, aujourd'hui, on sait que indubitablement, des épisodes de canicule qui se répètent de façon aussi fréquente, aussi sévère, c'est la signature du changement climatique.

Le changement climatique, c'est la conséquence des émissions de gaz à effet de serre, donc dioxyde de carbone, méthane en particulier par les activités humaines, par la combustion du charbon, du gaz naturel, du pétrole évidemment. Ce dioxyde de carbone en particulier s'accumule dans l'atmosphère. On a quasiment aujourd'hui 50% de plus de teneurs en dioxyde de carbone dans l'atmosphère que la situation avant la révolution industrielle, il y a à peine quelques siècles.

Et sous l'effet de cette augmentation de ces teneurs en dioxyde de carbone, l'atmosphère piège plus efficacement le rayonnement thermique qui partirait sinon vers l'espace, et ça, ça conduit à réchauffer l'atmosphère, ça conduit aussi à réchauffer l'océan et l'ensemble de la surface terrestre. Et ce réchauffement moyen, le fait qu'on ait gagné 1,1 degré de réchauffement depuis la fin du XIXe siècle et qu'en France, on ait gagné 1,7 degré depuis le début du XXe siècle, il se manifeste non seulement par ce décalage vers le haut de la température moyenne, mais ça veut aussi dire qu'on peut beaucoup plus facilement qu'avant atteindre des valeurs rares, extrêmes, voire battre des records.

6:57
Présentateur

Mais alors, ce qui est étonnant, Samuel Morin, c'est qu'il y a quelques semaines, on était dans une situation inverse, où au contraire, on avait des plumes de froid, je ne sais pas si on parle de plumes de froid, mais en tout cas, il y avait des températures qui étaient anormalement basses.

7:14
Invité

Alors, les conditions météorologiques que l'on vit à la surface terrestre, en France comme ailleurs, elles fluctuent au fil du temps. C'est vraiment ce qui fait d'ailleurs, en quelque sorte, la richesse des conditions qui nous est donnée d'expérience et de vivre sur la surface terrestre. Cette alternance de périodes de quelques jours, un peu plus chaud, un peu plus froid, un peu plus humide, un peu plus sec, c'est vraiment quelque chose qui est très important d'ailleurs pour le développement de la faune, de la flore, de l'agriculture.

Et donc, il arrive effectivement qu'on ait parfois des circonstances où, du fait de la circulation météorologique à grande échelle, on soit pendant quelques jours dans des situations relativement froides, voire particulièrement froides. Même dans un climat qui se réchauffe, on peut battre de temps en temps des records de froid, mais ceci dit, on bat aujourd'hui quasiment dix fois plus de records de chaleur que de records de froid. C'est bien le signe qu'on va quand même plutôt vers une répétition de phénomènes chauds et vers une raréfaction des phénomènes froids. Le climat, encore une fois, c'est des statistiques.

C'est une analyse qu'on fait sur le temps long, deux à trois décennies au minimum, puisqu'il y a des fluctuations des conditions météorologiques d'un jour à l'autre, d'une semaine à l'autre, d'une année à l'autre. Quand on regarde l'ensemble de ces fluctuations sur un temps suffisamment long, on peut faire des statistiques et on peut analyser les conditions météo auxquelles on peut s'attendre, en un lieu donné, à une saison donnée, même à un jour donné. Et donc, dans cette gamme de valeurs, on peut prendre des valeurs plutôt basses pour la saison, plutôt hautes pour la saison, et le climat, c'est tout ça.

Mais quand le climat se décale vers des valeurs de plus en plus chaudes, encore une fois, on comprend bien qu'il fera de plus en plus souvent chaud et de moins en moins souvent froid.

8:51
Présentateur

Et pour les précipitations, alors, en moyenne, là aussi, sur la durée d'une saison, on sait que ces précipitations, elles sont en déficit, puisqu'on est dans des conditions de sécheresse, mais il y a eu des épisodes avec des pluies extrêmement abondantes, des épisodes de grêle aussi. Est-ce que ça, c'est à relier avec le réchauffement climatique, Samuel Morin, vous qui êtes chercheur à Météo France ?

9:14
Invité

Alors, les canicules, vraiment, l'effet de température particulièrement chaude dans un climat qui se réchauffe, le lien est tellement direct qu'on peut le comprendre intuitivement, et les études scientifiques qui ont été faites pour venir le quantifier de façon plus fine sont sans équivoque sur cette question-là.

En ce qui concerne les précipitations, vous avez raison de rappeler qu'il faut distinguer les précipitations cumulées sur l'ensemble d'une saison, que ce soit l'ensemble de l'hiver, l'ensemble de l'été, et là, les projections climatiques et l'analyse qui est faite des observations de précipitations des dernières décennies nous indiquent, en quelque sorte, qu'on assiste à un assèchement relatif en cumul sur des durées de plusieurs mois en termes de précipitations, notamment dans le sud de la France, avec une tendance, même si c'est très fluctuant d'une année à l'autre, à des conditions de précipitations qui sont plutôt en hausse dans le nord de la France et particulièrement l'hiver.

Donc on a un assèchement estival, surtout dans le sud de la France, et des précipitations plutôt en hausse, plutôt l'hiver dans le nord de la France. Ça, c'est pour les cumuls sur le long terme à ne pas confondre avec, effectivement, les phénomènes de précipitations intenses qui, effectivement, sont en croissance, en augmentation, dans la mesure où une atmosphère plus chaude peut contenir plus de vapeur d'eau et donc quand une masse d'air passe au-dessus de la mer, si elle est plus chaude, elle peut emmagasiner par évaporation plus d'eau et donc confronter à une situation qui serait propice à une précipitation, finalement, conduire à une précipitation beaucoup plus forte.

Et donc il y a un paradoxe, dans une certaine mesure, puisque dans un climat plus chaud, les cumuls de précipitations, et ça c'est particulièrement vrai dans le sud de la France, seront plus faibles, en moyenne, ça ne veut pas dire que de temps en temps on ne peut pas avoir un été particulièrement plus vieux, mais en moyenne, sur plusieurs années, des conditions plus sèches, le tout dans un contexte où on aura plus souvent et plus fréquemment des précipitations intenses à l'échelle de quelques jours qui pourront être beaucoup plus dévastatrices que ceux dont on avait l'habitude, en quelque sorte, sur la base de notre expérience passée.

11:08
Présentateur

Et si vous deviez faire des probabilités, est-ce que ça signifie finalement, je vais le dire de manière très prosaïque et très commune, est-ce que ça veut dire que la météo est devenue folle et qu'on va avoir droit à des successions d'épisodes qui sont des épisodes extrêmement brutaux, donc épisodes brutaux de précipitations, épisodes brutaux aussi de réchauffement très vif, parce qu'on a constaté là, pendant cette période de canicule que nous vivons en France, que la température a parfois cru de 15 degrés en l'espace d'une nuit.

11:43
Invité

Alors, le fait que le temps change beaucoup et qu'on puisse avoir des variations très brusques d'un jour à l'autre, ça finalement, c'est des choses qui sont liées à la dynamique atmosphérique, l'alternance de situations d'anticyclones, de dépression, de masse d'air plus ou moins chaude qui circulent ou qui stationnent sur le pays, finalement, le fait que ça fluctue beaucoup, ce n'est pas forcément en soi un marqueur du changement climatique, même s'il y a des études sur ce sujet-là. Ce qui est vrai, effectivement, je vous rejoins là-dessus, c'est que la météo et le climat sont les deux phases de la même pièce.

C'est juste que, quand on parle de météo, on regarde les événements jour après jour dans notre expérience quotidienne. Quand on s'intéresse au climat, on regarde la même chose, mais sur des durées beaucoup plus longues. En quelque sorte, le climat, c'est l'ensemble des conditions météorologiques auxquelles on peut légitimement s'attendre, avec les valeurs les plus probables et les valeurs les plus rares. La météo, c'est la réalisation concrète, jour après jour, du temps qui fait. Et dans un climat qui change, la gamme des valeurs prises par, par exemple, la température, le vent, les précipitations, se décalent.

Et donc, ça affecte de plus en plus visiblement les conditions météorologiques que l'on vit au quotidien. Et donc, effectivement, si les observations météorologiques, jour après jour, se modifient, alors ça se reflète dans l'évolution du climat, puisqu'on fait des statistiques sur 30 ans. Donc, si jour après jour, il fait toujours un petit peu plus chaud ou des fluctuations de plus en plus fréquentes vers des valeurs chaudes, eh bien, ça se traduit dans l'évolution des conditions climatiques.

D'ailleurs, c'est pour ça que ce qu'on appelle les normales de saison, les normales climatologiques calculées sur 30 ans, eh bien, tous les 10 ans, on les recalcule et elles se décalent à la hausse au fur et à mesure, ces valeurs de référence. Réciproquement, dans un climat de plus en plus chaud, eh bien, la météo s'envoie modifiée et de façon de plus en plus visible à mesure que le réchauffement est de plus en plus fort.

13:35
Présentateur

Mais alors, est-ce que l'on peut tout imaginer pour la France ? Est-ce qu'on peut imaginer des températures comme celles qu'on a observées au Pakistan, en Inde, plus de 50 degrés ? On a vu à Vancouver, au Canada, l'an dernier, l'été dernier, ce qu'on appelait donc des cônes de chaleur, plus de 45 degrés localement. Ça, c'est envisageable chez nous ?

13:54
Invité

Alors, le record absolu de températures en France, c'est 46 degrés, qui a été battu fin juin 2019 dans une canicule qui était particulièrement sévère. Enfin, plus sévère sans doute que celle que l'on vit aujourd'hui, mais qui avait eu lieu 15 jours plus tard dans le mois de juin. Et donc, oui, battre des records, on va très probablement, vu l'évolution future du climat, être amené à en battre. On s'attend à beaucoup de records battus dans l'ensemble du pays, particulièrement le sud-ouest de la France, mais aussi le centre du pays pour la journée en particulier de demain et probablement aussi de samedi.

Ensuite, la question de savoir si on va, alors probablement pas sur l'épisode qu'on vit aujourd'hui, mais dans les prochains mois, les prochaines années, battre de nouveau le record de 46 degrés, c'est plus une question de temps, de savoir à quelle échéance ça va se produire, que de savoir si c'est possible. C'est certainement possible, la question est de savoir à quelle échéance ça se produira. Puisque sous l'effet de nos émissions de gaz à effet de serre qui se poursuivent, et qui vont, de toute évidence, se poursuivre pendant encore plusieurs années, voire plusieurs décennies, on va continuer d'ajouter dans l'atmosphère des gaz à effet de serre qui vont continuer à réchauffer.

Et donc, on s'attend à ce que, par rapport à la situation climatologique des canicules telle qu'on l'a vécue au début du 21e siècle, on peut déjà considérer qu'on n'est plus vraiment au début du 21e siècle, mais par rapport à cette référence-là, on s'attend à l'achéance de la moitié du 21e siècle, 2040-2050, à un doublement de la fréquence, de l'intensité, de la durée des canicules. C'est-à-dire pour les mêmes critères, pour les mêmes seuils, les événements seront deux fois plus fréquents que ce qu'ils sont aujourd'hui.

Ce qui veut aussi dire qu'on aura des événements hors du commun qui sont aujourd'hui totalement exceptionnels, voire peut-être inenvisageables, qui pourront devenir possibles. C'est-à-dire que ce qui est exceptionnel aujourd'hui deviendra la norme dans quelques décennies, ce qui est aujourd'hui inenvisageable deviendra l'exceptionnel possible dans quelques décennies.

15:51
Présentateur

Faut-il se préparer aujourd'hui, Samuel, Morin à un été particulièrement chaud, je veux dire plus chaud que d'ordinaire ? Est-ce que la situation que nous allons traverser durant ces prochains jours, elle peut se reproduire, je ne sais pas, en juillet, en août ?

16:08
Invité

Qu'en pensez-vous ? Alors, la situation qu'on vit aujourd'hui peut se reproduire dans les prochains mois. Aujourd'hui, on ne sait pas dire quelle est la chronologie exacte des conditions météorologiques qu'on va vivre pendant les prochains mois pour des raisons qui tiennent à la dynamique de l'atmosphère et à des difficultés physiques à pouvoir anticiper précisément jour après jour le temps qu'il va faire au-delà d'une semaine à deux semaines d'échéance.

Ceci dit, sur la base de ce qu'on appelle les prévisions saisonnières, les tendances saisonnières qui nous permettent d'avoir une certaine vision de la probabilité que des événements plutôt chauds par rapport à l'habitude ou plutôt froids par rapport à l'habitude se produisent, on sait déjà et ça a été communiqué il y a quelques semaines que l'été 2022 est caractérisé par une probabilité plus forte que la moyenne donc plus de 50% de chance d'être plus chaud que d'habitude. Ceci dit, il peut faire plus chaud que d'habitude en faisant chaque jour un petit peu plus chaud ou il peut faire plus chaud que d'habitude avec des canicules majeures et ça c'est beaucoup trop tôt pour le dire.

J'ajoute une dernière chose on a une canicule aujourd'hui qui est amplifiée et qui se nourrit aussi de la sécheresse le fait que les sols soient très secs ça a un effet qui amplifie la sécheresse et qui amplifie la canicule la canicule elle-même amplifiant la sécheresse puisqu'elle conduit aussi à évaporer le peu d'eau qui reste dans certains sols aujourd'hui l'état du sol en France 16 juin est comparable à une situation de sécheresse de fin juillet donc on est vraiment dans un épisode extrêmement sérieux du point de vue aussi de la question des ressources en eau et donc sous l'effet combiné de cette canicule d'aujourd'hui de cette sécheresse les ingrédients sont en place pour qu'une canicule se reproduise au cours de l'été 2022 ça veut pas dire que ça va se passer ça veut dire que les conditions sont favorables pour que ça puisse se passer

17:52
Présentateur

On parle de la France ou de l'Europe parce que là aussi on parle d'un épisode de canicule qui nous vient de l'Espagne mais bien sûr la météo ne connait pas les frontières donc est-ce que ça correspond finalement à une zone géographique plus large que le seul territoire hexagonal Samuel Morin ?

18:10
Invité

Alors effectivement les tendances à l'échelle de plusieurs mois elles sont établies à l'échelle de l'Europe de l'Ouest évidemment on peut pas aujourd'hui donner une prévision différente pour la France pour la Suisse pour la Belgique ou pour l'Allemagne clairement c'est des phénomènes qui ont une taille très marquée alors il se trouve que pour exemple pour la journée de samedi on a une canicule qui va vraiment épouser quasiment les contours du territoire métropolitain avec un maximum au centre de la France donc on est vraiment dans une situation où la France est tout entière ou presque à quelques rares exceptions près ainsi que la Corse touchée par cette canicule particulièrement sévère l'Espagne l'a été il y a quelques jours et puis ensuite cette canicule cette situation de forte chaleur va se décaler vers le nord-est et les conditions devraient redevenir un petit peu plus favorables sur la France mais effectivement les phénomènes de canicule les phénomènes de vagues de chaleur se caractérisent effectivement par une extension géographique qui est beaucoup plus grande en général que les phénomènes par exemple de pluie intense qui touchent souvent des zones beaucoup plus petites

19:15
Présentateur

Samuel Morin on se retrouve dans quelques instants je rappelle que vous êtes chercheur à Météo France vous dirigez le CNRM un laboratoire Météo France CNRS vous serez rejoint par Mickaël Correa il est journaliste au pôle écologie de Mediapart et il vient de publier Criminel climatique aux éditions de La Découverte 8h sur France Culture 7h 9h les matins de France Culture Guillaume Erner tandis que Frédéric Saïs évoquait la chaleur des débats politiques on évoque la chaleur tout court et cette canicule cette plume de chaleur comme on dit qui touche la France en ce moment on l'a détaillé avec vous Samuel Morin je rappelle que vous êtes chercheur à Météo France directeur du Centre National de Recherche Métérologique un laboratoire commun à Météo France et au CNRS c'est un phénomène que vous avez décrit cette chaleur qui nous touche et qui va nous toucher jusqu'à ce week-end mais celle-ci a des causes et ces causes selon vous Mickaël Correa sont bien précises bonjour vous êtes journaliste au pôle écologie de Mediapart et vous publiez Criminel climatique aux éditions de La Découverte un livre où vous évoquez de gros pollueurs et notamment ce gros pollueur russe Gazprom qui est dans l'actualité aujourd'hui expliquez-nous Mickaël Correa en quoi Gazprom peut être responsable directement indirectement ça je vais vous laisser en discuter de cette canicule que nous traversons aujourd'hui

20:44
Invité

effectivement je pense que Samuel l'a très bien démontré que ces canicules-là sont intimement liées au réchauffement climatique c'est même plus un consensus scientifique c'est vraiment un fait établi le dernier rapport du GEC l'a vraiment encore solidifié effectivement moi je me suis vraiment penché sur les trois premiers pollueurs climatiques au monde et dans ce trio-là qui sont en fait des entreprises très peu connues effectivement il y a Gazprom qui aujourd'hui est mis malheureusement en lumière avec le conflit le conflit ukrainien Gazprom en gros c'est le premier producteur mondial de gaz fossiles c'est une entreprise qui appartient entièrement au clan Poutine qui appartient vraiment au Kremlin depuis 2005 c'est une boîte qui est issue de la privatisation du ministère soviétique du gaz et on va dire qu'elle émet environ 1,5 milliard de tonnes de CO2 enfin d'équivalent de CO2 par an pour donner un ordre d'idée c'est à peu près 4 fois ce qu'émet la France chaque année comment l'émet-elle ?

alors c'est simplement en fait on a justement on a simplement mesuré le gaz qui est enfin les émissions issues du gaz qui est extrait produit et mis sur le marché tout simplement ça c'est un choix quand même scientifique et aussi politique assez fort de dire en fait c'est pas que les consommateurs qui sont responsables en brûlant du gaz en fait c'est vraiment aussi ces multinationales-là qui savent sciemment qu'elles mettent des produits carbonés et du coup climaticides sur le marché donc il y a vraiment cette idée de porter la responsabilité aussi sur ces entreprises-là qui mettent sciemment sur le marché ce gaz fossile-là

22:11
Présentateur

mais alors pourtant Michael Correa on a pu lire ou entendre que le gaz était moins polluant que le pétrole ou le charbon j'ai même vu je crois des camions circuler au gaz prétendant

22:25
Invité

que ces camions ne polluaient pas ça c'est une espèce d'arnaque intellectuelle qui joue un peu avec la question du gaz naturel qu'on identifiait avant pour le différencier du gaz de ville si je me souviens bien mais le gaz il ne faut pas l'oublier c'est une énergie fossile effectivement elle pollue un peu moins que le charbon et un peu moins que le pétrole donc elle est un peu plus mise en avant mais tous les rapports scientifiques l'ONU les dernières publications même dans le naturel le disent en gros il faut qu'on diminue de 3% par an la production de gaz jusqu'à 2030 pour qu'on arrive à maintenir les 1,5 degré et grosso modo les énergies fossiles un gaz, pétrole, charbon on estime qu'il faut laisser 80% des réserves actuelles dans le sol donc non effectivement il y a un peu une arnaque il y a des grandes entreprises notamment Total qui jouent beaucoup là-dessus pour dire on ne va plus faire de pétrole même un an on va faire du gaz et ça peut être une énergie de transition non c'est une énergie fossile comme une autre il faut couper le robinet directement

23:22
Présentateur

Samuel Morin comment ça fonctionne quel est le lien entre ces énergies et le réchauffement climatique s'il était possible de nous expliquer le mécanisme qui est en cause aujourd'hui

23:34
Invité

oui le charbon le pétrole le gaz on appelle parfois encore gaz naturel mais qu'on devrait aussi je souscris à ce qui vient d'être dit gaz fossile c'est vraiment ça qui permet de le qualifier en fait il résulte de la décomposition sur des périodes de plusieurs dizaines de millions d'années et dans des temps extrêmement reculés qui datent d'il y a plusieurs dizaines voire plusieurs centaines de millions d'années de la décomposition d'organismes marins d'organismes animaux végétaux qui au gré des millions d'années et de la réaccumulation sur les fonds marins ont sédimenté et se sont progressivement transformés pour devenir un combustible particulièrement efficace qui a contribué de façon décisive à accélérer toutes les transitions industrielles et qui finalement façonne le monde tel qu'on le vit aujourd'hui et en fait ce que l'humanité est en train de faire c'est finalement à l'époque où ces gaz à l'époque où ces combustibles ont été produits le climat terrestre était beaucoup plus chaud puisque finalement la croissance végétale la vie marine tous ces végétaux tous ces organismes qui ont sédimenté au fond des océans ont en fait progressivement séquestré du dioxyde de carbone qui était dans l'atmosphère l'ont piégé dans des couches géologiques profondes et ce faisant ont contribué à refroidir le climat terrestre puisqu'il y avait de moins en moins de dioxyde de carbone dans l'atmosphère en quelque sorte la situation exactement inverse de ce qui se passe aujourd'hui où l'humanité réinjecte de façon extrêmement rapide en quelques décennies des quantités de carbone et notamment de dioxyde de carbone qui est un gaz à effet de serre extrêmement puissant dans l'atmosphère pour finalement de façon accélérée et de façon artificielle en tout cas liée à nos activités activités humaines nous rapprocher mais à vitesse non pas sur des centaines de milliers voire des millions d'années nous rapprocher des conditions qui prévalaient à l'époque où ce carbone était dans l'atmosphère et donc on a vraiment ce qu'il faut bien comprendre c'est que le dioxyde de carbone qui est émis dans l'atmosphère par la combustion de ces ressources fossiles réchauffe le climat dans des proportions qui sont gigantes parce qu'on a déjà gagné 1,1 degré depuis la fin du 19ème siècle par l'opération de cette remobilisation de ces ressources fossiles

25:49
Présentateur

Alors cette responsabilité que vous évoquez Michael Coria de grands pollueurs notamment de Gazprom ils le savent est-ce que Gazprom connaît la responsabilité ?

26:01
Invité

En fait il y a un cynisme terrible de la part de ces entreprises-là Gazprom je pense durant mon enquête ça a été une des pires puisqu'il suffit de passer sur le site internet de Gazprom pour voir justement les comptes rendus d'Assemblée Générale oui c'est clairement assumé il faut savoir que c'est une entreprise qui prévoit encore d'augmenter de 20% son volume de gaz d'ici 2030 alors qu'encore une fois même l'agence internationale de l'énergie qui est vraiment pas du tout un repère d'écologiste a dit en mai 2000 enfin en mai de l'année dernière qu'il fallait aujourd'hui stopper tout nouveau projet d'extraction fossile Gazprom encore une fois en cheville avec l'état russe et en train aujourd'hui d'ouvrir un nouveau front d'extraction de gaz et de pétrole dans la zone arctique qui est vraiment ce sanctuaire de la biodiversité donc oui ils le savent ils le font de façon très cynique il suffit de regarder aller peut-être une fois par mois il y a Alex Miller qui est le PDG de Gazprom qui va se féliciter d'avoir découvert de nouveau un champ de gaz dans l'Arctique et ils mettent souvent les dates de fin d'extraction les dates c'est des horizons qui sont vraiment gigantesques quand c'est 2100 en 2130 2140 on sait déjà qu'avec des niveaux d'extraction jusqu'à ces années là on pourrait atteindre des réchauffements globaux de la planète de l'ordre de 2, 3, 4 degrés c'est vraiment un vrai enfer sur terre

27:14
Présentateur

ça veut dire comment ils ne prévoient pas un pic des énergies fossiles pour bientôt

27:17
Invité

non pas du tout ils n'y croient pas du tout mais effectivement l'ensemble des criminels climatiques là qui sont un peu mis en lumière ils estiment à peu près enfin ils ont plutôt un horizon de 20% d'augmentation une entreprise comme Total elle sait encore pire elle prévoit d'extraire un tiers de gaz en plus enfin d'accroître sa production de gaz d'un tiers d'ici à 2030 ça veut dire que même si elles avaient un horizon de se dire on va essayer de stabiliser notre production même de la baisser ce sera déjà dangereux mais là on n'est même pas là on est vraiment dans de l'augmentation de la production pour continuer à engranger des profits sur ces énergies fossiles et puis sur le dos de la planète

27:50
Présentateur

L'entreprise Gazprom a-t-elle des relais en France Michael Correa ?

27:54
Invité

Alors oui c'est vrai qu'on parle d'entreprise russe mais c'est l'entreprise qui est pleinement implantée en France en 2006 en fait il y a le ministère de l'écologie qui a donné un agrément à Gazprom pour qu'elle soit un fournisseur officiel de gaz en France aujourd'hui Gazprom elle fournit du gaz à à peu près 15 000 entreprises et collectivités il y a le ministère de la défense qui a eu à un moment un contrat de gaz avec Gazprom il y a l'université de Strasbourg le parlement européen Strasbourg aussi c'est assez rigolo maintenant a eu du gaz même Norte Métropole a eu un contrat à plusieurs millions d'euros donc c'est une entreprise qui est pleinement implantée il y a même un contrat qui court depuis le début des années 70 à l'époque c'était encore le ministère soviétique pour fournir du gaz à son principal concurrent qui est Engie ça c'est un peu la magie du libéralisme à la française et c'est un contrat qui était censé courir jusqu'en 2030 aujourd'hui qui a été renouvelé c'est ça au début des années 2000 et qui recourt jusqu'en 2030

28:50
Présentateur

mais alors justement Michael Correa parce qu'aujourd'hui on ne peut pas se passer du gaz sauf si vous avez des convictions ou des preuves contraires c'est ce que l'on entend chaque jour et Gazprom fait du chantage à cet égard est-ce qu'au-delà de ça cette entreprise

29:07
Invité

fait du lobbying il y a plusieurs pratiques de lobbying qui permettent de perpétuer on va dire cette ère du carbone encore une fois sur l'implantation en France il y a deux pratiques au fait qui sont assez utilisées par Gazprom il y a ce qu'on appelle les revolving doors les chaises tournantes en gros le meilleur exemple c'est Gerhard Schröder l'ancien chanson celui allemand de 1998 au début des années 2000 qui a énormément insisté en tout cas qui a beaucoup milité pour mettre en place ce qu'on appelle le Nord Stream qui est un géant un espèce de pipeline géant qui connecte directement la Russie à l'Allemagne pour ensuite nous abreuver en gaz je rappelle que 40% du gaz consommé en Europe provient de Gazprom c'est aussi une façon et ça on voit déjà que le conflit ukrainien était là c'est une façon de contourner le pipeline qui passait par l'Ukraine et la Russie de verser des droits de passage à l'Ukraine donc pour ça ils ont vraiment embauché Gerhard Schröder pour faire ce militantisme là pro Nord Stream il y a eu énormément de suspicions de corruption en tout cas de chaises tournantes dans le sens où juste après avoir perdu les actions législatives au début des années 2000 Gerhard Schröder s'est retrouvé à la tête du conseil de surveillance du pipeline Nord Stream et il est toujours à la tête de ce conseil de surveillance une autre pratique qu'utilise Gazprom et qui est encore une fois un peu plus basée en France c'est le mécénat culturel en fait on se rend compte qu'à chaque fois qu'il y a un grand contrat gazier encore une fois qu'il y a avec les pipelines Nord Stream il y a une grande exposition qui a lieu soit au Louvre soit avec l'Uni ou soit un échange d'oeuvres d'art qui a lieu entre le Louvre et le musée du Kremlin qui se met en place même quand il y a eu la première visite de Vladimir Poutine à Versailles en 2017 quand Macron l'a accueilli il y avait une grande exposition à Versailles qui était sponsorisée par Gazprom et par Total sur Pierre Legrand qui est vraiment le grand star russe qui a créé Saint-Pétersbourg qui est la ville d'origine de Vladimir Poutine

31:04
Présentateur

Samuel Morin si on observe les choses avec cynisme on a évoqué le réchauffement climatique vous nous avez dit tout à l'heure qu'indubitablement ce réchauffement auquel on assiste aujourd'hui avec des épisodes météorologiques comme cette canicule cette plume de chaleur il était lié à des mécanismes tels que ceux qu'on décrit avec Gazprom est-ce que l'on pourrait imaginer que la Russie soit encouragée à agir de la sorte parce que finalement cela pourrait l'arranger d'avoir une grande partie de son territoire qui se réchaufferait c'est un discours qu'on a entendu par exemple le fait que la Sibérie devienne une région plus tempérée ça n'est pas quelque chose qui embête finalement la Russie Samuel Morin

31:48
Invité

non sur ce sujet là les rapports du GIEC qui sont parus encore récemment celui notamment sur les impacts l'adaptation les vulnérabilités qui est paru justement le 28 février dernier est très clair sur le fait qu'il peut y avoir de façon temporaire des bénéfices à un réchauffement notamment pour la question de l'agriculture dans certaines régions et c'est en partie le cas en Sibérie mais ce bénéfice n'est que temporaire et finalement il est infime par rapport aux dommages par rapport aux conséquences néfastes de ce changement et quelque part la Russie qui fait partie du GIEC encore une fois le GIEC c'est une structure intergouvernementale dont la Russie fait partie et les rapports du GIEC sont très clairs et sont adoptés dans leur résumé en présence de tous les représentants des pays membres du GIEC sur le fait que les risques sont très grands y compris sur le territoire du nord de l'Eurasie et donc de la Russie concernant les déstabilisations induites par le dégel du pergélisol du permafrost qui a des conséquences sur les infrastructures qui a des conséquences sur les écosystèmes la faune la flore qui a des conséquences potentiellement en cascade en termes d'émissions de gaz à effet de serre par cette déstabilisation de ces sols gelés qui le sont de moins en moins sous l'effet du réchauffement donc non je crois qu'aujourd'hui il faudrait non seulement être cynique mais dans une attitude de déni assez prononcée pour considérer que le changement climatique a des conséquences un temps soit peu favorables sur quelque territoire que ce soit à la surface terrestre

33:22
Présentateur

j'imagine directement et indirectement parce que le réchauffement climatique de par ses conséquences même s'il pourrait mais je parle évidemment sous votre contrôle Samuel Morin s'il pouvait par exemple faire en sorte que la Sibérie ne soit pas emprisonnée par les glaces aussi longtemps ou de manière aussi radicale et bien il y aurait des conséquences pour la Russie du fait du réchauffement climatique

33:46
Invité

oui oui mais en fait la Sibérie n'est pas une calotte polaire la Sibérie est un vaste espace couvert de forêts et de prairies et de tourbières et de zones de sol gelé qui est soumis à la présence de la neige une partie de l'année cette neige est en recul notamment au printemps et donc ça ça a des conséquences sur l'hydrologie en fait de cette région le débit des fleuves sont modifiés la disponibilité des ressources en eau sont modifiées on assiste aussi à de plus en plus de vagues de chaleur y compris dans cette région du monde avec des conséquences également sur les ressources en eau mais aussi sur des feux de forêt et de végétation qui sont dramatiques dans cette région du monde avec des conséquences évidemment pour la faune et la flore locale et certaines activités humaines mais qui sont aussi des facteurs qui contribuent à injecter des quantités de gaz d'effet de serre importantes dans l'atmosphère et qui amplifient d'autant ce réchauffement donc il n'y a vraiment aucun motif de se réjouir concernant le réchauffement et ses conséquences y compris dans les régions froides c'est pas parce que des régions froides se réchauffent que c'est une bonne nouvelle ni pour elle ni pour le reste de la planète

34:49
Présentateur

Michael Coria on a parlé de Gazprom alors Gazprom n'est pas la seule entreprise à polluer d'ailleurs pour vous si je suis votre raisonnement celui que vous développez dans Criminel Climatique le livre que vous publiez aux éditions de la découverte Gazprom est médaille de bronze seulement il y a une médaille d'or c'est Saoudi Aramco qui est selon vous la firme la plus émettrice de carbone de la planète et China Energy qui est en seconde position si vous pouviez nous présenter ces deux entreprises

35:21
Invité

oui bon il y a Saoudi Aramco qui est vraiment de très loin le premier pollueur mondial c'est à peu près 2 milliards de tonnes de CO2 bon c'est 4 fois émise ce qu'aimait la France chaque année grande entreprise saoudienne 70% des dividendes de l'état saoudien proviennent de Saoudi Aramco donc c'est pour voir encore une fois vraiment le lien entre cette entreprise là et l'état c'est surtout l'entreprise la plus rentable au monde en fait en 2018 elle a fait 110 milliards de dollars de bénéfices depuis quelques mois c'est devenu aussi l'entreprise la plus riche au monde en fait devant un pôle c'est ça qui est assez terrible c'est à dire qu'à l'heure de l'urgence climatique l'entreprise la plus rentable au monde c'est une entreprise prétolière

36:05
Présentateur

juste pour que les choses soient très claires pour nos auditeurs quand vous dites que c'est l'entreprise la plus polluante c'est parce que donc celle-ci vend du pétrole notamment et le pétrole provoque de l'effet de serre mais aussi parce que vous expliquez Michael Correa que le fait d'extraire ce pétrole il y a toute une série d'effets secondaires qui sont antérieurs à la consommation même de ce pétrole dans le réservoir par exemple de nos voitures

36:31
Invité

oui de toute façon il y a les activités d'extraction et de transport aussi qui font qu'il y a énormément de gaz à effet de serre ça ça se fait beaucoup dans le gaz on est en train de se rendre compte ça c'est un nouvel angle mort de la crise climatique encore une fois c'est l'agence internationale de l'énergie les rapports du GIEC ont un peu insisté encore une fois dernièrement on voit qu'il y a énormément de fuite de méthane qui est un gaz à effet de serre on va dire 80 fois plus puissant sur une période donnée que le CO2 il y a énormément de fuite de ce gaz là qui a un effet on va dire pour la planète extrêmement nocif oui donc oui ça va c'est pas que la consommation c'est pas que brûler en fin de chaîne le pétrole le gaz ou le charbon c'est aussi toute la production et tout le transport en amont qui est extrêmement climaticide

37:12
Présentateur

et puis China Energy

37:13
Invité

China Energy complètement inconnu du grand public qui est le premier producteur mondial de charbon on parie encore une fois une entreprise d'état qui a été pilotée par le parti communiste chinois pour faire simple c'est une entreprise qui possède à travers le monde ça je l'explique un peu dans le livre il y a toute une stratégie de néocolonialisme fossile on va dire en Asie du Sud-Est et notamment sur le continent africain d'implanter des centrales au charbon China Energy détient à peu près 500 unités de production électrique à partir de charbon et c'est aussi l'entreprise qui a une cinquantaine d'exploitations minières à travers le monde encore une fois c'est au nord de la Chine mais aussi là elle est en train d'ouvrir deux énormes exploitations minières charbonnières en Australie donc encore une fois ça a complètement un contresens de toutes les recommandations scientifiques mais alors

38:00
Présentateur

là aussi en termes de réserves fossiles parce que bien souvent on a dit et parfois même on s'est en quelque sorte rassuré en disant que de toute façon les énergies fossiles auraient une fin et que cette fin

38:12
Invité

approchait très prochainement oui bon en fait j'ai l'impression que c'est depuis le début des années 2000 qu'on nous dit dans 10 ans il y a le pic de pétrole dans 10 ans il y a le pic de pétrole au fait il y a toujours des stratégies de ces entreprises pour repousser ça pour donner un exemple avec Sordia Ramco il y a encore une fois et ça c'est encore une fois un angle mort de la lutte climatique on est en train de l'apercevoir on est en train de trouver une nouvelle voie de valorisation du pétrole qui est le plastique au fait il y a 14% à peu près du pétrole et du gaz qu'ils sont aujourd'hui consommés dans le monde pour produire du plastique il y a eu un signal très fort de la part d'Amin Nasser qui est le PDG d'Aramco en 2018 qui a dit on va investir 100 milliards de dollars dans les années qui viennent dans le plastique ça c'est vrai que tous les marchés se sont dit ça c'est quelque chose ça veut dire qu'on peut miser dans l'avenir à l'avenir par rapport à ça Patrick Pouyanné le PDG de Total l'a aidé aussi encore il n'y a pas si longtemps que grâce au plastique le pétrole avait encore de beaux jours devant lui il a vraiment dit ça texto effectivement aujourd'hui il y a toute une ça se matérialise aussi très concrètement sur la planète c'est qu'on est en train de construire des méga raffineries pour continuer à inonder le monde de plastique sachant qu'il y a encore des marchés émergents assez gigantesques en Europe du Nord enfin un Américain on va dire du Nord consomme à peu près 100 kg de plastique par an un Indien c'est 10 et un Chinois c'est 40 donc pour eux il y a encore des marges pour pouvoir nous inonder de plastique et une finie de pétrole et puis il y a aussi toute une nouvelle technologie je l'explique dans le bouquin qui est en train de mettre en place Saudi Aramco qui s'appelle le Crude Oil to Chemicals le COTC pareil tous les analystes financiers disent que c'est un procédé révolutionnaire qui va permettre en gros de doubler la rentabilité d'un barrel de pétrole en gros c'est avant avec un barrel de pétrole on arrivait à faire à peu près 20% de plastique avec cette technologie on pourra faire 70% de plastique donc ils arrivent toujours à trouver grâce aux nouvelles technologies notamment grâce à l'innovation des façons de prolonger cette encore une fois cette ère du carbone

40:10
Présentateur

et peut-être là aussi parce que le pic de pétrole on l'évoquait pour 2030 2040 on sait que l'une des stratégies alors pas nécessairement des pétroliers mais on l'a vu pour des industries polluantes par exemple pour l'industrie du tabac on sait que l'un des artifices qui a été utilisé par ces pollueurs ou par ces industries qui vendent des poisons a consisté toujours à dire que les nuisances provoquées directement ou indirectement par ces entreprises et bien ne pouvaient pas être mesurées aussi facilement qu'on le pensait et que les choses étaient plus compliquées que cela le fait que pour le pétrole il y ait eu différents discours sur le pétrole sur le gaz sur le fait que certaines de ces entreprises se présentaient comme des entreprises c'est enverdi tout cela ça participe de ce qu'on appelle en bon français le greenwashing

41:04
Invité

oui effectivement c'est la nouvelle alors ça c'est même pas moi qui le dit c'est Laurence Tubiana qui l'a encore dit durant la COP26 à Glasgow en novembre dernier qui dit que le greenwashing était la nouvelle pratique pour perpétuer l'inaction climatique et effectivement il y a toute une stratégie assez massive de greenwashing qui est mise en place je pense une des pratiques les plus absurdes ou les plus abscondes en tout cas c'est vraiment ce qu'on appelle la compensation de carbone c'est de dire ok on continue à polluer et à mettre du carbone en extrayant du pétrole etc à côté on va mettre en place des dispositifs qui vont absorber ce carbone là la solution qui est de plus en plus avancée aujourd'hui c'est de planter des arbres tout simplement alors Aramco communique beaucoup là dessus ils disent qu'ils ont planté plusieurs millions de palais de tuviers notamment ils appellent ça des guerriers en première ligne de la guerre climatique bon l'arnaque est que encore une fois on est dans une urgence climatique extrême l'horizon c'est à peu près 200 encore une fois 2030 un palais de tuviers par exemple c'est à peu près 50 à 60 ans pour que ça vienne à maturité pour que ça absorbe le carbone Total aussi mis énormément là dessus là depuis fin 2021 en fait ils ont 40 000 hectares de terre en république du Congo 40 000 hectares c'est 4 fois la surface de Paris où ils disent qu'ils vont planter 40 millions d'acacias qui vont permettre d'absorber le carbone qu'est Métotale au fait quand on fait les calculs c'est ridicule par rapport à ce qu'est Métotale l'entreprise comme Total elle émet autant que l'ensemble des français chaque année on fait les calculs ça va être un micro pourcentage que ces arbres pourront peut-être absorber à maturité d'ici 30-40 ans ce sera beaucoup trop tard ça reste quand même une vaste une vaste fumisterie

42:45
Présentateur

Samuel Morin aujourd'hui dans les différents scénarios que vous développez cette canicule cette plume de chaleur que l'on voit aujourd'hui en France à laquelle on assiste jusqu'à la fin de cette semaine est-ce qu'elle participe des scénarios les plus noirs j'imagine que vous avez différentes trajectoires en termes de température aujourd'hui dans quel scénario se situe-t-on ?

43:13
Invité

en fait aujourd'hui on se suit dans le scénario qu'on est en train de vivre en fait

43:16
Présentateur

bien sûr mais si on le prolonge si on le prolonge parce que le GIEC a formulé différents scénarios d'augmentation des températures aujourd'hui sait-on donc dans les différentes gradations où nous en sommes ?

43:30
Invité

alors en fait les scénarios ils sont principalement formulés en termes de trajectoire d'émissions de gaz à effet de serre on a pu constater et donc les scénarios qui sont aujourd'hui les plus favorables pour le climat c'est des scénarios dans lesquels on atteint la neutralité carbone à peu près à la moitié du 21ème siècle c'est-à-dire qu'il faut dans ces scénarios qui sont les plus confiants dans les capacités humaines de réduire les émissions 30 à 40 ans pour arriver à réduire totalement les émissions les émissions humaines et arriver à réabsorber en quelque sorte une partie des émissions résiduelles celles qu'on ne saura pas totalement mettre à zéro et donc dans ces scénarios-là on a des projections à l'échange de la moitié du 21ème siècle qui nous montrent un doublement des canicules donc une poursuite du réchauffement de quasiment 1 degré dans les prochaines décennies dans ce scénario qui est aujourd'hui le plus favorable les scénarios pour lesquels les émissions se poursuivent à un rythme élevé tout au long du 21ème siècle nous emmène vers des réchauffements de 4-5 degrés supplémentaires d'ici la fin du 21ème siècle avec évidemment en cascade des conséquences beaucoup plus fortes que dans les scénarios où on atteint une certaine stabilité climatique c'est-à-dire en fait le climat se stabilisera peu ou prou à l'exception de la montée du niveau des mers et du devenir des calottes polaires mais par exemple la température planétaire se stabilisera peu ou prou le jour où l'humanité arrêtera de rajouter des molécules de gaz à effet de serre de dioxyde de carbone dans l'atmosphère donc il ne s'agit pas quelque part de se décourager mais réduire les émissions c'est indispensable si on veut limiter l'ampleur de l'augmentation mais on arrivera à stabiliser l'état du système climatique dans une certaine mesure le jour où ces émissions seront à zéro et donc pour répondre à votre question sur les scénarios aujourd'hui à l'échelle de l'ensemble de l'humanité les émissions ne baissent pas ou baissent de façon de façon minime donc en fait on est sur un scénario aujourd'hui où les émissions à l'échelle de l'humanité ne baissent pas ou baissent dans des proportions infimes sans commune mesure avec l'ampleur des baisses à accomplir si on veut se donner des chances d'atteindre la neutralité carbone en milieu du 21ème siècle Michael Corré oui non juste pour ajouter là c'est le dernier on a ça depuis quelques semaines à peine on sait qu'on a à peu près on est déjà à plus de 50% de chance de dépasser les 1,5 degré en 2030 en gros sachant que c'est vraiment l'horizon que se sont fixés les accords de Paris en 2015 après il faut quand même insister il y a un discours qui est vraiment effectivement à l'échelle mondiale les gaz à effet de serre ne diminuent pas mais on sait que si on arrête dès aujourd'hui déjà les énergies fossiles enfin on peut s'en sortir en fait on peut s'en sortir c'est juste qu'aujourd'hui et c'est vrai que c'est quelque chose qui est en train de monter de plus en plus on parle quand même beaucoup de transition énergétique de transition énergétique et de transition écologique le temps presse tellement qu'aujourd'hui on pourrait c'est peut-être même plus approprié de parler de transition il faut vraiment faire une rupture radicale j'ai envie de dire par rapport au temps qu'ils n'ont à ce moment en tout cas une rupture radicale c'est-à-dire ?

c'est-à-dire d'arrêter stricto sensu tout de suite les énergies fossiles et de couper ces satanés robinets de gaz, pétrole et charbon en tout cas de se donner un horizon au moins peut-être d'ici 5 ans de toute façon l'horizon c'est 2030 et on sait qu'on y arrivera enfin ça va être vraiment extrêmement compliqué donc il y a vraiment cette dimension vraiment on va dire de beaucoup plus radicale que ce terme là de transition qui est aujourd'hui beaucoup hésité aussi dans le greenwashing pour se dire on a 2030 voire 2050 maintenant pour essayer de basculer dans un autre système mais en tout cas c'est possible il faut toujours qu'on garde en tête que de toute façon la séance tout le monde que si on arrête justement ces émissions le climat peut s'en remettre assez facilement

47:01
Présentateur

bref on est dans un scénario qui est très éloigné de celui que poursuivent ces entreprises que vous évoquez Michael Correa dans Criminal Climatique le livre que vous publiez aux éditions de La Découverte merci Samuel Morin d'avoir été en duplex avec nous je rappelle que vous êtes chercheur à Météo France directeur du CNRM le laboratoire commun à Météo France et au CNRS Merci d'avoir regardé cette vidéo !

Canicule : le changement climatique derrière la météo · Pourquijevote