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Discours / meetingÉlysée (sur YouTube)· 20 septembre 2021 79 minAutoproduitFond programmatiqueInstitutions & électionsJusticeSolidarités & famille

Réception consacrée à la mémoire des Harkis

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:30Président de la RépubliqueFait
    « depuis 2017, sous votre impulsion, le gouvernement a accompli d'importants progrès sur le chemin de la reconnaissance et de la connaissance. »
  • 3:30Président de la RépubliqueChiffre
    « Les soutiens que nous accordons aux anciens harkis ont augmenté de manière significative et inédite, et un fonds de solidarité pour la deuxième génération a été créé. »
  • 5:20Serge CarelFait
    « La France avait promis qu'aucun soldat harki ne resterait en Algérie au lendemain des accords d'Évian, le 19 mars 1962. »
  • 5:40Serge CarelFait
    « Seuls quelques " Justes parmi les Justes " prirent sur eux de rapatrier leurs harkis et leurs familles en France, où ils furent parqués dans des camps entourés de barbelés. »
  • 6:00Serge CarelFait
    « Cinquante neuf ans après, les harkis demandent reconnaissance et réparation, une reconnaissance de vérité capable d'éduquer l'esprit de l'opinion publique. »
  • 7:00Dalila KerchoucheFait
    « Imaginez qu'à la fin d'un conflit, notre gouvernement abandonne 150 000 de nos soldats, nos pères, nos frères, qu'il les désarme et qu'il les livre à l'ennemi d'hier après les avoir déchus de leur nationalité. »
  • 7:20Dalila KerchoucheChiffre
    « Imaginez que 70 000 d'entre eux soient torturés et massacrés sans que l'État français intervienne. »
  • 7:40Dalila KerchoucheChiffre
    « Imaginez que le gouvernement ouvre d'immenses camps sur le sol français, certains aussi grands que la ville de Perpignan, pour parquer les 45 000 rescapés de ces massacres. »
  • 10:20Dalila KerchoucheFait
    « Les harkis sont avant tout des Français victimes d'un terrible abus de confiance. »
  • 10:40Dalila KerchoucheFait
    « Le drame des harkis est le plus grand scandale d'État de la France postcoloniale. »
  • 11:40Dalila KerchoucheChiffre
    « Dans ma famille, sept de mes ancêtres directs sont morts pour la France. Et dans la grande famille des Béni-Boudouane, c'est plus d'un millier de morts pour la France depuis 1843. »
  • 13:40HamoumouFait
    « Jacques Chirac, le président Jacques Chirac, le 25 septembre 2001 - c'était la première journée d'hommage aux Harkis - déclarait, je cite : "les massacres commis en 1962, frappant les militaires comme les civils, les femmes comme les enfants, laisseront pour toujours l'empreinte irréparable de la barbarie. Ils doivent être reconnus. La France, en quittant le sol algérien, n'a pas pu les empêcher, elle n'a pas su sauver ses enfants." »
  • 14:20HamoumouFait
    « En avril 2012, avant les élections, Nicolas Sarkozy a déclaré au Camp de Rivesaltes, je cite : " la France se devait de protéger les Harkis ". Elle ne l'a pas fait. »
  • 15:00HamoumouFait
    « François Hollande, le 25 septembre 2016, a déclaré : "je reconnais la responsabilité des gouvernements français dans l'accueil, dans les conditions d'accueil inhumaines des familles transférées dans les camps en France." »
  • 17:00Président de la RépubliqueFait
    « Les Harkis ont été, ont toujours été et sont des Français, par le sang versé, les combats choisis et leur naissance, à chaque fois. »
  • 18:00Président de la RépubliqueFait
    « Entre l'hiver et le printemps 1962 la France, elle, a tergiversé pour ouvrir ses portes aux Harkis avec un premier " oui " pour une poignée d'entre eux, une dizaine de milliers, puis un refus par peur d'infiltration terroriste. »
  • 18:40Président de la RépubliqueFait
    « Il y eut même des familles de Harkis parquées dans des prisons, oui des prisons. »
  • 19:40Président de la RépubliqueFait
    « Ce fut le terrible sort des Harkis exclus, assujettis, empêchés, Français toujours, bannis de leur sol natal, bafoués sur leur sol d'accueil. »
  • 20:40Président de la RépubliqueFait
    « Je dis aux Harkis et à leurs enfants à voix haute et solennelle que la République a alors contracté à leur égard une dette. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Monsieur le Président de la République, Mesdames, Messieurs les parlementaires, anciens harkis, anciens membres des formations supplétives, Mesdames, Messieurs. La reconnaissance de ceux qui ont servi la France, le respect de la parole donnée, la vôtre, Monsieur le Président de la République, l'exigence de la vérité, voici ce qui nous réunit aujourd'hui. L'histoire des harkis fait partie intégrante de celle de notre nation, comme celle de tous ceux qui ont servi sous le drapeau français.

Elle ne doit être ni tue ni oubliée. C'est l'honneur de notre pays d'y revenir ce matin, sans déni et sans tabou. Cette histoire est celle de la fidélité d'une abnégation dans l'engagement.

C'est une histoire qui a laissé aussi des blessures vives. Monsieur le Président de la République, depuis 2017, sous votre impulsion, le gouvernement a accompli d'importants progrès sur le chemin de la reconnaissance et de la connaissance. Ce chemin a été éclairé par le rapport du préfet Ceaux " Aux harkis la France reconnaissante ".

Il est avant tout celui de la valorisation des lieux de la mémoire harki, de la connaissance de l'histoire et de la transmission mémorielle. Le ministère des Armées s'y est attelé avec, dans les anciens camps et hameaux, des actions déterminées, et a également travaillé dans la transmission auprès des publics scolaires. Vous avez également souhaité que nous progressions sur la réparation.

Ce fut fait. Les soutiens que nous accordons aux anciens harkis ont augmenté de manière significative et inédite, et un fonds de solidarité pour la deuxième génération a été créé. Monsieur le Président de la République, vous souhaitez prolonger le travail de reconnaissance et approfondir l'oeuvre de réparation et de solidarité en faveur des anciens harkis et de leurs enfants.

Je me réjouis de cette nouvelle étape, et je vais laisser maintenant la parole aux porteurs de cette mémoire, de ces mémoires. J'appelle immédiatement à côté de moi Monsieur Serge Carel. Merci, Monsieur le Président de la République et Madame la Ministre, de me donner la parole.

Monsieur le Président de la République, Madame la Ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, Monsieur le Grand Chancelier, Madame la Directrice générale de l'ONAC VG, Mesdames et Messieurs les parlementaires, Mesdames et Messieurs. L'abandon des supplétifs de l'armée française en Algérie, le drame harki. La France avait promis qu'aucun soldat harki ne resterait en Algérie au lendemain des accords d'Évian, le 19 mars 1962.

La guerre civile qui suivit et les décisions du gouvernement du général de Gaulle, comme le télégramme de Monsieur Messmer du 12 mai 1962 intimant l'ordre de désarmer et d'abandonner les harkis et leurs familles, démontrèrent tout le contraire. Seuls quelques " Justes parmi les Justes " prirent sur eux de rapatrier leurs harkis et leurs familles en France, où ils furent parqués dans des camps entourés de barbelés, loin des villes, pour faire assurer leur sécurité par des militaires. Cinquante neuf ans après, les harkis demandent reconnaissance et réparation, une reconnaissance de vérité capable d'éduquer l'esprit de l'opinion publique, tant français qu'étranger.

Une reconnaissance qui passera par des historiens et des chercheurs produisant un important travail scientifique, à la fois impartial dans les faits et détaché de toutes considérations de propagande ou de démagogie politique. Une réparation de notre pays envers ses anciens combattants par l'expression sans cesse renouvelée, par des commémorations dignes, et non par la célébration d'une date comme le 19 mars 1962, totalement mensongère quant à la fin des hostilités et la vengeance aveugle et barbare du FLN. Une réparation de dignité de vie par des mesures permettant matériellement et moralement de se sentir valorisés et accompagnés pour avoir servi loyalement et fidèlement leur pays natal, la France.

Nous, soldats harkis, soldats de la France, sommes pleinement reconnaissants au président de la République, Monsieur Emmanuel Macron, de l'intérêt qu'il manifeste à nos attentes en nous recevant et en portant une très grande attention sur les mesures que nous exposons et revendiquons depuis notre exode vers la métropole. Bien des chefs d'État ont tenté d'apporter des réponses durant leur exercice au pouvoir sans que cela apporte une véritable reconnaissance sur le plan historique, ni une réparation à la hauteur du déshonneur et de l'indignité nationale engendrés par les décisions subies par les harkis. Mesdames et Messieurs, il semble bien que, pour la première fois, une volonté ferme empreinte de vérité guide notre actuel président.

Merci de votre attention. Vive la République, vive la France ! Merci, Madame la Ministre.

Merci, Monsieur Carel. J'appelle Madame Dalila Kerchouche. Monsieur le Président, Madame la Ministre, bonjour à tous.

Je suis Dalila Kerchouche, grand reporter, écrivain, auteure du livre " Mon père, ce harki " et scénariste, auteure du film " Harkis ", la seule fiction jamais dédiée à ce drame. Imaginez qu'à la fin d'un conflit, notre gouvernement abandonne 150 000 de nos soldats, nos pères, nos frères, qu'il les désarme et qu'il les livre à l'ennemi d'hier après les avoir déchus de leur nationalité. Imaginez que 70 000 d'entre eux soient torturés et massacrés sans que l'État français intervienne.

Imaginez que le gouvernement ouvre d'immenses camps sur le sol français, certains aussi grands que la ville de Perpignan, pour parquer les 45 000 rescapés de ces massacres. Imaginez qu'ensuite certains y restent pendant plus de 25 ans avec leurs femmes et leurs enfants. Ce n'est pas une dystopie, c'est la réalité, ce sont les faits.

Quand on remplace le mot harki par le mot français, ce qu'ils sont, on réalise que ce drame dépasse l'entendement. Le drame des harkis est irréparable. Commençons déjà par l'admettre.

L'admettre, c'est reconnaître sa gravité. L'admettre, c'est reconnaître l'gnominie. Les harkis sont avant tout des Français victimes d'un terrible abus de confiance.

À la fin de la guerre d'Algérie, ils ont été trahis par l'État français, puis effacés de la mémoire collective. Pire encore, leur fidélité à la France leur a été reprochée. Le gouvernement du général de Gaulle leur a fait porter sa culpabilité, celle qu'il n'a pas eu le courage d'assumer tant il était englué dans sa mauvaise conscience coloniale.

C'est aujourd'hui une vérité établie : le drame des harkis est le plus grand scandale d'État de la France postcoloniale. Pour Simone Veil, la tragédie de ces familles entières abandonnées laisse une tache indélébile sur notre histoire contemporaine. Dans ma famille, sept de mes ancêtres directs sont morts pour la France.

Et dans la grande famille des Béni-Boudouane, c'est plus d'un millier de morts pour la France depuis 1843. Les harkis, c'est aussi et surtout plus d'un siècle d'engagement militaire de soldats musulmans au service de la France. Nombre d'entre eux, comme mon grand-père, étaient d'anciens soldats indigènes de la guerre de Crimée, de la guerre du Tonkin, de la Grande Guerre et de la Seconde Guerre mondiale.

Sur tous les conflits où la France était présente, nous étions. Les harkis font partie intégrante de l'histoire de France. Et tout ça pourquoi ?

Pour que ma famille se retrouve internée pendant 12 ans dans des camps en dehors de tout cadre légal. Leur seul crime : avoir servi loyalement le drapeau français. Je suis née derrière les barbelés du camp de Bias, dans le Lot-et-Garonne, et ces barbelés, je les ai toujours dans la tête.

Le camp de Bias était une ancienne prison, une enceinte grillagée fermée la nuit par un haut portail cadenassé. Pour les familles de harkis, c'était le bout du bout. Il était surnommé le mouroir des harkis.

Mille familles françaises y étaient enfermées, brimées, humiliées, sous l'autorité d'un chef de camp, fonctionnaire de l'État français. Mille familles coupées du monde et privées de leurs droits. Mille familles plongées dans un système totalitaire.

À Paris, le ministre des Rapatriés, François Missoffe, nous a traités de " déchets ". À Bias, nous étions réduits au silence. Parler, c'était risquer les brimades et les mesures de rétorsion, c'est-à-dire l'enlèvement des enfants et/ou l'internement des pères à l'hôpital psychiatrique d'Agen.

Alentour, personne ne soupçonnait ce qui se passait derrière ces hauts murs grillagés. Une chape de silence nous reléguait dans l'oubli, le néant, l'inhumanité. Ma famille est sortie du camp en 1974, traumatisée, marginalisée, meurtrie à jamais.

Il y avait Bias, mais il y avait aussi Rivesaltes, Saint-Maurice l'Ardoise et les 75 hameaux de forestage. Les derniers camps ont fermé à la fin des années 80. Le drame des harkis est irréparable.

Rien ne me rendra mon frère Mohamed, qui s'est suicidé à 35 ans parce qu'il a passé toute son enfance derrière les barbelés du camp de Bias. Rien ne réparera la douleur de ces milliers de familles lourdement traumatisées dont les enfants brisés hantent aujourd'hui les couloirs des hôpitaux psychiatriques. Je vous parle des vivants, mais je voudrais aussi vous parler des morts, des bébés morts dans les camps.

Depuis dix ans, on découvre des cimetières d'enfants aux abords de certains camps. Ces bébés sont morts de froid, de malnutrition, de défaut de soins et de maladies infantiles que l'on savait guérir, et cela dans la France prospère des Trente Glorieuses. Pire encore, ils n'ont pas été enterrés dans les cimetières communaux, non, ils ont été enfouis dans des terrains vagues comme des animaux, parce qu'il n'y avait pas de place dans les cimetières français pour les bébés des harkis.

Même morts, nous étions indésirables. Pourquoi un tel mépris ? L'analyse est glaçante : La politique de ségrégation officielle instaurée dès 1962, reconnue par un délégué interministériel aux rapatriés dans les années 80 sous François Mitterrand.

L'internement illégal de milliers de familles françaises dont une majorité d'enfants. Une administration d'exception créée pour gérer ces camps de la honte. Et tout cela dans un mutisme coupable des autorités de l'époque.

Elles ont bafoué les valeurs républicaines pendant des décennies. Au nom de quoi ? Je l'ignore.

Ma mère est morte il y a deux ans, et mon père l'a rejointe cet été. Ils sont partis tous les deux sans savoir pourquoi ils ont été enfermés si longtemps derrière des barbelés. Et quand mes enfants, aujourd'hui, me questionnent sur les raisons de ce drame, je ne sais pas quoi leur répondre.

Jusqu'à présent, aucun président n'a donné de sens à ce " crime de bureau ". Aucun président n'a établi les responsabilités des donneurs d'ordre de cette mécanique effroyable. Ce drame souille notre démocratie.

Le contrat de confiance entre l'État et ses citoyens a été rompu. La nation, aujourd'hui, doit aux Français un examen de conscience sincère, authentique, exigeant et approfondi sur le drame des harkis. Car il y a une faute morale.

Par son ampleur et sa longévité, ce drame touche à l'honneur de la France. Voilà pourquoi je demande la création d'une commission Justice et vérité pour la reconnaissance et la réparation du drame des harkis. Le drame des harkis est irréparable, mais nous devons l'assumer pour réparer les vivants, pour rendre hommage.

Pour réparer les vivants, il faut d'abord rendre hommage aux derniers harkis et à leurs femmes qui ont tant porté, parce que dans dix ans, ils ne seront plus là. Nous devons aussi, pour réparer les vivants, libérer les générations futures de cet héritage de larmes et de souffrance. Il faut aussi permettre aux descendants de harkis de prendre la place qu'ils méritent dans la société française, que la nation soit fière de nous comme nous sommes fiers d'elle.

Car malgré tout ce qu'ils ont enduré, mes parents m'ont toujours transmis l'amour de la France. Les harkis sont toujours restés fidèles aux valeurs françaises. Transmettre leur histoire, c'est transmettre une immense leçon de citoyenneté, de dignité et de résilience pour toute notre société.

Honorer les harkis, reconnaître les fautes commises à leur égard, c'est honorer la France. Comme mes ancêtres, fille de harkis, je choisis la France qui se grandit à assumer son passé. Je vous remercie.

Merci, Madame Kerchouche. Je donne la parole à madame Claire Houd. Monsieur le Président, mes chers amis, Madame la Ministre.

Merci de nous recevoir ici dans la maison de la République, la maison de tous les Français, que nos parents, nos grands-parents et nous-mêmes sommes et n'avons cessé d'être. Je souhaiterais saisir cette occasion pour honorer en ce lieu la mémoire de tout nos harkis disparus, qui ont essayé de s'organiser, au moyen d'associations nécessairement nombreuses tant les dommages sont grands, pour que histoire et justice riment. Ils sont partis trop tôt, sans voir ce jour qui nous réunit sous les auspices du premier magistrat de France que vous êtes, Monsieur le Président de la République.

J'ai notamment une pensée particulière pour notre ami feu Abdelkrim Klech, qui a milité sans relâche au détriment de sa santé et de sa vie pour qu'une juste loi de reconnaissance et de réparation du préjudice subi par les harkis puisse voir le jour. Nous lui devons aujourd'hui notre gratitude car il n'est de justice sans mémoire. Paix à son âme.

Monsieur le Président, comme sur bien des sujets qui préoccupent les Français, sur celui des harkis et de leurs préjudices, vous avez pris le temps de la concertation, rencontré des harkis de toute la France et même d'outre mer, leurs épouses, veuves, divorcées, leurs enfants et petits-enfants. Vous avez beaucoup écouté, avec l'empathie que je vous connais, et la détermination qui est la vôtre de regarder en face cette histoire encore peu connue, trop peu connue de nos concitoyens. Une histoire compliquée tant elle ravive les blessures des deux côtés de la Méditerranée.

Serge et Dalila, mes amis, se sont exprimés avec éloquence et émotion. Notre histoire commune, ses stigmates, et la nécessité d'une loi de reconnaissance dont nous parlera Mohand, de reconnaissance et de réparation pour que l'avenir soit à la hauteur de cette reconnaissance. L'avenir, c'est notre jeunesse, nos enfants.

Comment expliquer à mon enfant que, 60 ans plus tard, le mot harki, devenu une injure qu'on ne punit pas assez, n'est pas un héritage dont il faut avoir honte. Au-delà de l'enfermement arbitraire qu'ils ont subi après leur rapatriement, souvent in extremis, d'Algérie, affaiblis par la guerre et ses horreurs, par le déracinement et la culpabilité de l'abandon de leurs familles restées cachées ou finalement massacrées en Algérie, nos parents ont vu leurs enfants naître et grandir derrière des barbelés, sur une terre dont ils ne connaissaient ni le climat, ni les codes, ni la loi. Ils ont essayé de faire de leur mieux en envoyant leurs enfants à l'école de la République, quand ces derniers y avaient accès.

Leurs espoirs ont été souvent déçus. En effet, ils ont regardé, impuissants et démunis, leurs enfants se débattre face à l'isolement intellectuel, n'étant pas à même de les aider eux-mêmes. Plus tard, ils les verront se cogner, une fois sur le marché du travail, à de nombreuses portes fermées par la discrimination, le racisme, le plafond de verre.

Une double peine pour eux, une perte de chances certaine pour leurs enfants. Qu'ils aient transité par les camps ou qu'ils y soient nés, qu'ils aient grandi dans les hameaux de forestage ou dans les cités de transit de type Sonacotra, ces enfants constituent pour la majeure partie d'entre eux, à de rares exceptions près, la génération sacrifiée. Allant d'échec en échec, entre drogue, prison, hôpital psychiatrique et suicide, ils ne s'en sont pas sortis !

Chaque famille de Harkis, dans cette salle, reconnaîtra l'un des siens dans ce triste tableau. Il faut dire ces mots, il ne faut plus les taire. D'autres, à force de résilience et de courage, l'inné prenant le pas sur l'acquis, ont pu montrer le chemin à leurs cadets, en réussissant leurs études, seul biais d'intégration, croyaient-ils.

Mais là encore, Monsieur le Président, la France n'a pas su tirer parti de cette jeunesse française, résiliente et courageuse, pour bâtir son modèle d'intégration, en positionnant notamment ses réussites bilingues, pour la plupart, dans des corps diplomatiques, dans la sécurité, dans l'Éducation nationale, dans le commerce international. Elle n'a pas su ériger en modèle d'intégration, pour toutes les générations à venir, quelle qu'en soit l'origine, cette jeunesse qui n'aspirait qu'à contribuer à la richesse et au rayonnement de la France, en France et à l'étranger. N'est-il pas temps d'en finir avec ces rendez-vous ratés de la Nation, Monsieur le Président ?

Une loi de réparation, au-delà de consacrer les manquements commis par la France à l'endroit des Harkis, et le préjudice qui en découla, doit également être un message d'espoir adressé à nos enfants et aux générations à venir, d'où qu'elles viennent, car les peuples qui ignorent leur histoire sont condamnés à la revivre, disait [INAUDIBLE]. Je pense aujourd'hui à nos parents disparus, nos pères, ces Harkis modestes et courageux, nos mères, ces épouses silencieuses et résilientes et où qu'il soit, particulièrement à mon père, ce militant de la justice pour les Harkis, droit et fier, je dis : papa, les lettres au président de la République, que tu me dictais lorsque j'étais enfant semblent enfin être arrivées à bon port. Une réponse ne devrait plus se faire tarder, ne devrait plus se faire attendre.

Merci. Je vais passer la parole à Monsieur Hamoumou. Monsieur le Président, Madame la Ministre, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Messieurs les Officiers, en vos rangs et qualités, chers Présidents d'associations, chers amis, je vais être plus bref puisqu'un certain nombre de choses ont déjà été dites et je ne vais pas vous les redire.

Je voudrais tout d'abord, même si certains l'ont déjà fait, remercier Monsieur le Président de l'honneur que vous faites à nos communautés de destin, pour reprendre le joli terme de Dominique Schnapper, en recevant vous-même, président de la République en exercice, à l'Élysée, dans ce lieu si symbolique de notre République, de nombreuses personnes qui se sont battues pour cette histoire, pour la vérité, pour l'honneur des harkis. Et j'ai, comme [INAUDIBLE], une pensée pour toutes celles et tous ceux qui sont morts avant de pouvoir vivre ce moment fort, de M'Hamed Laradji à Abdelkrim, en passant par Monsieur [INAUDIBLE] ? et bien d'autres.

Il ne faut pas commencer à citer parce qu'évidemment on en oublie, mais on pense tous à eux. Ils sont tous là aujourd'hui. Alors, le 10 mai dernier, suite à ma demande, vous nous avez fait l'honneur, Monsieur le Président, de nous recevoir à l'Élysée tous les quatre.

Vous avez écouté longuement, avec une grande attention. Je vous avais exposé les attentes des adhérents de l'association qui je crois, regroupe les préoccupations de beaucoup présents ici. Et le week-end dernier, ces 150 personnes réunies en convention, représentant une quarantaine d'associations, qui ont approuvé à l'unanimité les conclusions d'une convention que je vais vous résumer.

Tout d'abord, deux constats : depuis vingt ans, tous les présidents de la République ont reconnu la réalité de l'abandon des harkis en 1962, comme l'ont évoqué Serge et Dalila. Certains sont allés plus loin, reconnaissant la responsabilité des gouvernants de l'époque. Mais le deuxième constat est qu'aucun de ces présidents ne l'a reconnu par une loi.

Jacques Chirac, le président Jacques Chirac, le 25 septembre 2001 - c'était la première journée d'hommage aux Harkis - déclarait, je cite : "les massacres commis en 1962, frappant les militaires comme les civils, les femmes comme les enfants, laisseront pour toujours l'empreinte irréparable de la barbarie. Ils doivent être reconnus. La France, en quittant le sol algérien, n'a pas pu les empêcher, elle n'a pas su sauver ses enfants." Fin de citation.

On pourrait discuter sur "elle n'a pas pu les empêcher". L'Armée française était sur place, je crois qu'elle aurait pu les empêcher, mais des ordres ont été donnés, de non-intervention. En avril 2012, avant les élections, Nicolas Sarkozy a déclaré au Camp de Rivesaltes, je cite : " la France se devait de protéger les Harkis ".

Elle ne l'a pas fait. La France porte cette responsabilité devant l'Histoire." C'est donc, Monsieur le Président, devant l'Histoire, que vous allez peut-être prendre une décision.

Plus récemment, votre prédécesseur, François Hollande, le 25 septembre 2016, a déclaré : "je reconnais la responsabilité des gouvernements français dans l'accueil, dans les conditions d'accueil inhumaines des familles transférées dans les camps en France. Telle est la position de la France." Alors certains se disent : mais après toutes ces déclarations, ces reconnaissances par des présidents de la République, pourquoi demander une reconnaissance par une loi ?

Eh bien au moins pour cinq raisons. La première, d'abord, pour changer de logique, pour sortir de la compassion et des mesures sociales et aller vers la vérité et la justice. Deuxièmement, parce qu'une loi votée par les représentants de la Nation sera un hommage de toute la Nation.

Troisièmement, parce que cette loi, en reconnaissant les responsabilités de l'État vis-à-vis des Harkis, au sens générique du terme, qui englobe aussi les familles de bachagas, de fonctionnaires, de militaires de carrière, d'élus qui avaient continué à servir la France, et qui pour ça ont été menacés. Eh bien, vis-à-vis de ces Harkis, au sens générique du terme, cette loi engagera le droit à réparation, l'évaluation des préjudices. Il faut reconnaître par la loi qu'il y a eu des ordres d'abandon.

Plus personne ne les conteste. Serge a cité tout à l'heure les télégrammes du 12 mai du 16 mai, respectivement de Pierre Messmer et de Louis Joxe, qui demandaient tout simplement à ce qu'on ne rapatrie pas les Harkis, en tout cas, pas tous les Harkis, et comme vous le savez, certains Harkis embarqués contre ces ordres ont été renvoyés de Marseille vers Alger, où ils ont été tués. Voilà !

Il faut reconnaître ces abandons, ce refus d'assistance, de non-assistance à personne en danger, l'accueil indigne de ceux qui ont pu trouver refuge en métropole, souvent grâce à des officiers, comme mon ami le général Meyer, qui ont choisi l'indiscipline plutôt que le déshonneur. Quatrièmement, cela suppose que la loi prévoie une commission d'évaluation de tous les préjudices, de toutes les personnes victimes de cette gestion irresponsable, je pèse mes mots, en tout cas sur le plan humanitaire, de la fin du conflit, et donc évidemment prévoir un fonds d'indemnisation. Mais de grâce, ne parlons pas de montants avant même l'évaluation du préjudice.

Cela n'empêche pas, bien sûr, en attendant cette commission et cette évaluation, qu'on prévoie des fonds pour augmenter très substantiellement, par exemple, l'allocation de reconnaissance pour les anciens Harkis qui sont âgés. Mais attention, ceci ne doit pas être un solde de tout compte. C'est simplement une sorte d'avance, en attendant l'évaluation, par la Commission, des préjudices et une réparation digne de ce nom.

Et évidemment, cette loi, ce que ne font pas les discours présidentiels, lèvera la prescription quadriennale, qui permettra à ceux qui ne sont pas contents de l'évaluation faite par la Commission, d'aller devant les tribunaux pour plaider leur cas particulier. Aujourd'hui, comme vous le savez, on oppose cette prescription quadriennale à tous ceux qui saisissent la justice. Alors bien sûr, Dalila l'a dit, je ne vais pas m'étendre là-dessus, mais c'est évident, disons-le clairement : aucune somme ne peut réparer l'irréparable.

Aucune somme ne rendra vie aux nouveau-nés morts de froid dans les camps de Bourg-Lastic, Saint-Maurice, Rivesaltes et les autres. Aucune somme ne compensera toutes les années d'enfermement, de jeunesse volée, de réussite entravée. Mais la vérité, gravée dans une loi de reconnaissance des préjudices, et de réparation, la vérité peut permettre à toutes les personnes que cette guerre a meurtris, et cela va bien au-delà des anciens Harkis, de se reconstruire.

Elle permettra aussi à notre pays de se réconcilier avec lui-même, en faisant communauté avec toutes ses composantes, avec ses vivants et avec ses morts. Alors, je vous le dis, Monsieur le Président, beaucoup disent qu'il est illusoire d'espérer le vote d'une loi, en raison du calendrier législatif, car il reste peu de niches parlementaires et beaucoup de textes en attente, c'est un fait. J'ai pu en discuter avec la plupart des présidents de groupes parlementaires qui sont favorables à une loi mais qui disent : ça va être compliqué si ce n'est pas un projet de loi porté par le gouvernement.

Il y a aussi, vous le savez, des résistances de ceux qui craignent que cela va coûter cher, de ceux qui pensent que cela va gêner l'Algérie, parce que parler d'abandon, c'est aussi évoquer les massacres qui s'ensuivirent. Parfois, il y a même les réticences de ceux qui, piégés par l'illusion biographique, pour reprendre Bourdieu, ont peur d'écorner le mythe d'un de Gaulle, génial décolonisateur. J'ai donc conscience de la difficulté de vous demander d'aller plus loin que vos prédécesseurs, en proposant une loi de reconnaissance, de responsabilité et de réparation.

Si c'était simple, cela aurait été fait depuis longtemps. Alors j'ai conscience, effectivement, de ces difficultés objectives, mais j'ai des raisons subjectives d'espérer, parce que d'abord, comme disait Zola, "lorsque la vérité est en marche rien ne l'arrête" . Ensuite, parce que je vous ai entendu dire, ici-même, avec sincérité, il y a deux ans, que la France n'avait pas été à la bonne hauteur et qu'il fallait, je vous cite : "poursuivre le travail de réparation" .

On vous a vu aussi avoir le courage de reconnaître des pages sombres de notre histoire, sur la guerre d'Algérie, sur le Rwanda, sur les essais nucléaires en Polynésie. Alors oui, nous avons un espoir que vous serez celui qui, soixante ans après, mettra fin à une certaine hypocrisie, qui consiste à reconnaître l'abandon dans les discours, mais à le refuser dans une loi. Aujourd'hui, l'opinion publique est prête.

Rendre justice à ceux qui ont choisi de rester français. Redisons-le aux journalistes : avant 62, l'Algérie, c'était la France. Donc il n'y a pas des Algériens qui ont choisi la France, il y a des Français qui ont décidé de le rester.

Rendre justice à ceux qui ont choisi de rester Français au péril de leur vie ne peut être que bien accueilli par la majorité des Français, dont beaucoup ont parfois le sentiment qu'on traite mieux ceux qui brûlent notre drapeau que ceux qui se sont sacrifiés pour lui. Les parlementaires sont prêts à transcender les clivages partisans, comprenant qu'il s'agit d'une question de justice et d'honneur, qui doit dépasser les polémiques politiques ou historiques. Cette loi traduirait donc la capacité de notre Nation à regarder toute son histoire, ses pages glorieuses comme ses pages sombres.

Pour terminer, je note qu'en 93 déjà, il y a un quart de siècle, Dominique Schnapper, qui regrette de ne pouvoir être là, la fille de l'illustre Raymond Aron, dans la préface d'un livre que vous connaissez, a écrit : "l'épisode des Harkis constitue une des pages honteuses de l'Histoire de France, comme l'ont été l'instauration du statut des juifs ou la rafle du Vél' d'Hiv'. Les fautes refoulées et les mensonges empoisonnent la vie publique dans une démocratie. Ce que les juifs ont demandé, les enfants de Harkis pourraient aussi le demander, au nom de leurs pères silencieux, qui ignoraient la langue des médias, et au nom de la vérité.

Le temps presse, les survivants vieillissent et vont bientôt mourir." C'était en 93 ! Donc aujourd'hui, le temps presse encore plus, Monsieur le Président.

Alors oui je vous demande, Monsieur le Président, de proposer très vite un projet de loi de reconnaissance du manquement de la France à ses responsabilités, et d'engager une procédure de réparation au nom de la vérité, de la justice et des valeurs de notre République. Merci. Merci !

Monsieur le président de la République. Merci à tous les quatre et à vous, Madame la Ministre, je ne suis pas sûr que ce que je vais dire soit exactement un hommage aux Harkis, donc je vais retirer cette plaque. Vous avez rendu hommage vous-même, à vos pères, vos frères.

Je vais essayer qu'ensemble, on passe une étape collective. Donc à dessein, je vais enlever cette plaque. Et si j'ai voulu que vous soyez tous et toutes ici réunis, c'est justement parce que je suis convaincu que cette page de notre histoire vaut mieux qu'un hommage un jour chaque année qui lui est réservé.

Madame la Ministre, merci beaucoup pour votre travail et vos mots, aujourd'hui. Mesdames et Messieurs les Députés, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, Monsieur le Grand Chancelier de la Légion d'Honneur, Mesdames, Messieurs les Élus, Messieurs les Officiers généraux, Madame la Directrice générale de l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre, Mesdames et Messieurs les Présidents de fondations et associations mémorielles ou d'entraide, Mesdames et Messieurs les Universitaires, Historiens, Experts, cher Benjamin en particulier, Mesdames et Messieurs. L'histoire des Harkis est grande et douloureuse.

Elle est grande parce que c'est une histoire de soldats, une histoire d'honneur, une histoire de Françaises et de Français, et l'histoire des Français. Elle est douloureuse et vos mots à tous les quatre l'ont montré, parce que c'est l'histoire d'une déchirure. Déchirure entre deux pays, déchirure avec votre terre natale, déchirure avec vos familles restées en Algérie, vos amis, vos langues, vos cultures et traditions, mais toujours déchirure entre Français.

C'est la tragédie d'une fidélité bafouée plusieurs fois, par les massacres en Algérie, par l'exclusion en France, puis par le déni et refus de reconnaissance. Votre histoire, c'est la nôtre et elle est désormais bien établie. Elle a été dite, écrite par vous-même, par les témoins, par les historiens, mais elle reste trop mal connue des Français.

C'est pourquoi j'ai fixé ce rendez-vous. Ce n'est pas un rendez-vous avec les Harkis, c'est un rendez-vous avec la vérité, avec la France, avec une part de nous. Et je le dis aujourd'hui, avant la journée du 25, parce que je sais combien ce que nous sommes en train de nous dire va réveiller de débats multiples et dits temps de notre histoire avec la guerre d'Algérie.

J'assume pleinement que la France reconnaisse la multitude de ses mémoires et de ses destins avec cette guerre. Ces histoires sont parallèles, elles sont parfois irréconciliables. Elles sont, pour certaines, incomparables les unes entre les autres, mais il nous faut les assumer tous et reconnaître chacune, pour pouvoir avancer et vivre ensemble.

Je ne jugerai pas devant vous aujourd'hui le choix des dirigeants d'alors. Ce n'est pas le rôle d'un président de la République. C'est le rôle des historiens et c'est leur rôle de pouvoir le faire librement.

Et je ne sais pas dire ce que j'aurais fait à leur place. Cette guerre, d'indépendance pour les uns, civile pour les autres, a bousculé en profondeur notre pays et tant et tant de générations, et il s'est passé alors, entre Françaises et Français, ce décret entre Athènes et Sparte, celui du silence et du devoir d'oubli, pour pouvoir simplement continuer de vivre ensemble, ne plus dire, refuser de se souvenir, d'ouvrir chaque sujet. Et vos histoires, que vous avez rappelées et vos colères qui s'expriment et continuent de s'exprimer disent combien ces moments, aujourd'hui, nous devons avoir le courage de les rouvrir, de dire et d'assumer, mais sans que cela enlève quoi que ce soit aux autres mémoires et sans que cela nous conduise à devoir comparer les destins ou avoir un système d'équivalence.

Mais chacun doit maintenant savoir s'écouter, reconnaître et donner une place, la place qui lui revient, à chaque mémoire, dans la vie de notre Nation. Vos aïeux avaient servi la France pendant la Première Guerre mondiale, vos grands-pères et vos pères l'avaient servi pendant la Seconde, vous ici, parmi nous, cher Serge, ou vos pères, l'ont servi durant la guerre d'Algérie, et quelles que soient les raisons de leur engagement sous notre drapeau, les Harkis ont prêté leurs forces, ont versé leur sang, ont donné leur vie pour la France, entre 1914 et 1918, 39 et 45, 54 et 62. Ils furent près de 200 000 à porter nos couleurs.

Ils étaient interprètes, éclaireurs, pisteurs, guerriers, montaient la garde, tenaient des positions, sécurisaient des points stratégiques, parfois des villages entiers ou des espaces immenses. Ils combattaient, dans l'Atlas, dans les Aurès, en Kabylie, en ville comme à la campagne, partout en Algérie. les Harkis ont rendu des services éminents à la France, ils ont servi la France.

Ils ont tout risqué, leurs biens, leur vie, celle de leurs familles, et beaucoup ont tout perdu. La France a des devoirs à l'égard de ceux qui la servent la défendent. Les Harkis ont été, ont toujours été et sont des Français, par le sang versé, les combats choisis et leur naissance, à chaque fois.

Or, après la guerre d'Algérie, la France a manqué à ses devoirs envers les Harkis, leurs femmes, leurs enfants. Le 19 mars 1962, c'était la fin des combats, le soulagement pour beaucoup, l'angoisse pour tant d'autres, le début du calvaire pour les Harkis, la cruauté des représailles, l'exil ou la mort. La plupart n'eurent pas le choix.

Même s'il est des officiers qui ont tenu leur serment de fidélité à l'égard de leurs hommes, ce fut le cas du général François Meyer que j'élève aujourd'hui à la dignité de Grand Croix de la Légion d'honneur qui désobéit afin de faire embarquer pour la France des dizaines d'hommes et de familles ; du lieutenant Yves Durand, qui accompagna sa harka jusqu'à Ongles dans les Alpes-de-Haute-Provence ou d'André Wurmser qui défendit les Harkis toute sa vie. J'adresse le salut de la France à ces hommes lucides et fidèles. Ils eurent la grandeur d'âme et la bonté de coeur qui manqua alors à notre pays.

Entre l'hiver et le printemps 1962 la France, elle, a tergiversé pour ouvrir ses portes aux Harkis avec un premier " oui " pour une poignée d'entre eux, une dizaine de milliers, puis un refus par peur d'infiltration terroriste d'un bord ou de l'autre, avec interdiction à quiconque de les aider. Enfin, et c'est l'honneur de Georges Pompidou, la décision formelle de les accueillir. Il ne s'agit pas ici, comme je le disais, de juger les décideurs d'alors.

Ce n'est pas mon rôle. C'est le travail de mémoire et d'histoire des universitaires, des historiens. Mais les faits sont là, têtus, cruels.

Cet accueil ne fut pas digne et la moitié des Harkis rapatriés fut reléguée parfois des années dans des camps et des hameaux de forestage. Il y eut même des familles de Harkis parquées dans des prisons, oui des prisons. Ils avaient dû quitter une terre qui était la leur et celle de leurs ancêtres, la terre qui abritait leurs maisons, leurs biens, leurs traditions, la terre où ils avaient construit leur vie et forgé leurs espérances parce qu'ils avaient porté les armes de la France.

Et voilà qu'ils trouvaient dans ce pays qu'ils avaient servi, notre pays, leur pays, non pas un asile mais un carcan, non pas l'hospitalité mais l'hostilité, les barreaux et les barbelés, les couvre-feux, le rationnement, le froid, la faim, la promiscuité, la maladie, l'exclusion, l'arbitraire et le racisme, au mépris de toutes les valeurs qui fondent la France, au mépris du droit, au mépris de toute justice. Les portes de l'école de la République fermées à leurs enfants, à vos enfants, à vous, au mépris de l'avenir. Ce dont je parle était les années 1960 et 1970 et c'était en France.

Ce fut le terrible sort des Harkis exclus, assujettis, empêchés, Français toujours, bannis de leur sol natal, bafoués sur leur sol d'accueil. Pour vous et pour vos familles, ce fut un abandon, un abandon de la République française reconnue depuis 2001, vous l'avez rappelé à l'instant, et jusqu'aux responsabilités reconnues en septembre 2016. Tous mes prédécesseurs se sont exprimés depuis 2001 sur ce sujet.

Mais, je vous le dis, pour la France, la France des lumières et des droits de l'homme, ce fut pire : un manquement à elle-même, à ce qu'elle veut être, à ce qu'elle doit être. Oui, en privant les anciens combattants, leurs femmes, leurs enfants de leurs libertés fondamentales, en n'offrant pas à leurs enfants la même éducation qu'à tous les jeunes Français, en ne voulant pas reconnaître malgré vos combats, malgré le travail d'histoire et tant de lettres dictées, la France leur a lâché la main et leur a tourné le dos. Face à ceux qui l'avaient loyalement servi, notre pays n'a été fidèle ni à son histoire ni à ses valeurs.

C'est pourquoi aujourd'hui, au nom de la France, je dis aux Harkis et à leurs enfants à voix haute et solennelle que la République a alors contracté à leur égard une dette. Aux combattants, je veux dire notre reconnaissance. Nous n'oublierons pas.

Aux combattants abandonnés, à leurs familles qui ont subi les camps, la prison, le déni, je demande pardon. Nous n'oublierons pas. Depuis, la République s'est ressaisie.

Elle a reconnu les sacrifices consentis et les souffrances infligées. Le temps des non-dits, le temps du déni était révolu. La France s'est engagée aux côtés des Harkis sur la voie de la vérité et de la justice.

Elle a agi, voté des lois, aidé, soutenu, entamé un travail de mémoire que nous avons intensifié ces dernières années. Elle honore les Harkis et leurs enfants, leur histoire, leur résilience, leur combat. Et, aujourd'hui encore, je remettrai dans quelques instants les insignes de nos ordres nationaux de la Légion d'honneur et du mérite à Monsieur Salah Abdelkrim qui a versé son sang pour la France et qui a été cité deux fois au combat, à Madame Bornia Tarall, fille de Harkis, qui s'est engagée sans relâche pour la diversité et l'égalité des chances et l'identité.

Et il s'agit désormais de réparer autant qu'il est possible ces déchirures, déchirures de l'histoire que vous portez dans votre chair. Le souvenir des Harkis, l'honneur des Harkis doit être gravé dans la mémoire nationale. Cette histoire, nous la racontons, nous l'enseignons et nous continuerons d'en panser les plaies tant qu'elles ne seront pas refermées par des paroles de vérité, des gestes de mémoire et des actes de justice.

C'est pourquoi le gouvernement portera avant la fin de l'année un projet visant à inscrire dans le marbre de nos lois la reconnaissance et la réparation à l'égard des Harkis. Je m'y engage. Cette loi n'aura pas vocation à dire ce qu'est l'histoire ou la vérité parce que je crois profondément que ce n'est pas le rôle d'une loi.

C'est le travail des historiens, une fois encore. Je vous entends depuis tout à l'heure, Madame, parler à voix haute, y compris quand celles et ceux qui défendent vos causes sont là et c'est pour cela aussi, je sais que les colères sont irréconciliables mais, si vous m'autorisez...

Madame, ce que je veux vous dire, mais vous êtes là. Aujourd'hui je suis là et moi je vous dis ce que mon coeur, comment il est blessé mon coeur. Et il n'y a pas que mon coeur, il y a le coeur de tout le monde.

De ceux qui sont morts, de ceux qui se sont suicidés. On est ici comme des mendiants. On en a marre d'être insultés !

Je vous connais. Moi, je vous connais. Je vous ai préparé un courrier aussi.

Mais dans ce que vous exprimez, Madame, ce qu'exprime Monsieur...

Monsieur Macron, vous m'avez fait des promesses. Oui. Je ne fais pas de promesses en l'air mais il y a quelque chose...

Si vous permettez une seconde...

Venez, venez mais vous voyez juste il y a quelque chose. Non, asseyez-vous. Ce que je voudrais vous faire comprendre c'est que, y compris entre vous, ce que vous avez dit, je sais. [ INAUDIBLE ] dans le vent, dans la tempête, est-ce qu'il y a une reconnaissance pour moi ?

Je suis une marguerite dans les champs, abandonnée. Vous êtes là, Madame, et je suis là devant vous. Vous savez, j'ai été élevée dans les camps.

Mais, ce que je voudrais vous faire comprendre à vous, parce que je vous entends depuis tout à l'heure, Madame. Vous vous exprimez à chaque fois que l'un de vos collègues s'exprime. Vous n'écoutez pas tellement et vous dites votre colère et, je vous connais aussi, vous faites pareil.

Monsieur le président, c'est parce que ces dames [ INAUDIBLE ]. Je vais finir, mais je le fais avec beaucoup d'affection et de respect. Mais, ce que je voudrais vous dire, je continue, d'accord ?

Ce qui s'est passé et que nous décrivons depuis tout à l'heure, qui a été dit et que j'essaie d'exprimer avec les mots qui sont les miens, c'est la singularité de ce que vous avez vécu dans l'histoire de France et de la République. Mais cette singularité, elle a été aussi marquée par des divisions profondes. Et, cela m'a frappé à chaque fois que je suis allé au contact de vous sur le terrain, le fait que vous ne vous reconnaissiez pas les uns les autres dans vos combats.

Mais mais ce faisant, je le dis très sincèrement et c'est vrai de tous les combats mémoriels qui ont été menés par plusieurs qui sont là et qui portent aussi d'autres mémoires, d'autres combats d'oubli, chaque histoire est singulière. Ce que vous décrivez, Madame et qui est bouleversant est singulier mais est-ce plus respectable ? Est-ce plus respectable, plus important, plus fort, plus juste que la douleur de votre voisin de devant ou que celle de Serge Carel qui s'est battu et a été abandonné sur le terrain, que d'autres pour justifier de crier plus fort ?

Pas forcément. Votre force est aussi dans le respect des mémoires des uns et des autres. Et donc, ce que je voudrais vous faire aussi toucher du doigt, c'est qu'il y a quelque chose d'épuisant pour certains qui mènent vos propres combats et vous défendent de considérer que, plus fort que la reconnaissance ou le chemin que nous faisons ensemble et qui ne répare pas ce qui s'est passé, qui ne pourra pas le réparer, il y a aussi la capacité, à un moment donné, d'essayer d'accepter collectivement que la colère se projette en goût de l'avenir.

Il n'y a aucun mot qui réparera vos brûlures et ce que vous avez vécu. Il n'y en a aucun Madame, vous avez raison, mais il y a par contre...

Je ne pourrais rien faire à cela et je ne peux pas, par des mots, réparer 40 ans, que dis-je 60 ans, de la vie de notre nation. Mais nous devons tous ensemble faire ce chemin de là où nous sommes, avec les injustices subies pour essayer de réconcilier et d'avancer et donc, pour poursuivre, je disais que nous porterons, le gouvernement portera et Madame la ministre en orchestrera les travaux avec un travail, et je sais que nos députés et sénateurs qui sont ici présents livreront un texte de loi de reconnaissance et de réparation. Je le disais, ce texte n'a pas vocation à dire ce qu'est l'histoire, ce n'est pas le travail d'un texte de loi.

Cela fut parfois fait. Je pense que ce n'est pas le rôle d'une loi et, parce que je ne veux pas non plus qu'on rentre dans une concurrence mémorielle sur ce sujet, pourquoi parce que je sais très bien ce que vont me dire les rapatriés, les appelés, nos militaires. Ce n'est pas à une loi en quelque sorte de venir ici faire le lit de l'histoire, ce n'est pas vrai.

Ce n'est pas ça le rôle d'une loi. Ce qui est vrai, c'est qu'il y a une singularité pour ce qui est des Harkis. C'est l'abandon militaire et c'est ensuite l'abandon et la maltraitance des familles sur notre sol.

Ça, c'est une spécificité et donc la reconnaissance de ces deux faits qui sont des caractéristiques historiquement établies, qui sont des singularités de la question harkie doit être mise dans cette loi. Et cette loi aura vocation, c'est son objet principal et c'est ce qui justifie un texte de loi, à mettre en place une commission nationale adossée au service de l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre et qui supervisera le processus de recueil de leurs témoignages et de réparation. Sur ce sujet, je serai clair, il s'agit de réparer d'abord pour la première génération et de pouvoir revaloriser les allocations pour les anciens combattants et leurs veuves.

C'est un devoir. Pourquoi ? Parce que là aussi ils furent moins bien traités que les autres et c'est un fait établi.

Ensuite il s'agit de recueillir les témoignages et de réparer pour la deuxième génération qui a eu à vivre les camps, qui a eu à vivre les hameaux de forestage ou les foyers dans des conditions de vie indignes et l'absence d'accès à l'école pour les enfants. Et, je le dis aussi là de manière très claire, il ne s'agit pas d'établir des réparations pour d'autres qui ont vécu dans d'autres situations parce que les cas sont aussi individuels. Il ne s'agit pas d'établir des réparations pour les générations suivantes ou pour des femmes et des hommes qui n'ont pas eu à vivre les mêmes conditions parce que sinon nous ouvririons des situations qui là aussi en quelque sorte ne seraient pas justes par rapport à ce que la République a eu à connaître.

Je touche encore du coeur de la singularité, aujourd'hui, de ce dont nous parlons. Par contre je pense que cette commission de réparation a vocation aussi à traiter de la question des enfants et petits-enfants pour leur éducation et leur accès à l'égalité des chances. Vous l'avez dit, aucune réparation pécuniaire ne réparera ce qui s'est passé.

Il y a des réparations à établir parce qu'en l'espèce il s'agit de la République française. C'est aussi une des singularités de la question harkie. Ce n'est pas une parenthèse de notre histoire.

C'est la République qui a fait tout ça jusqu'à récemment et donc elle doit en assumer les conditions de réparation pour celles et ceux qui ont eu à le connaître. Mais nous devons aussi accompagner dans la formation des enfants et des petits-enfants les familles qui le souhaitent et aux côtés desquelles nous devons nous trouver. C'est l'honneur des Harkis que de s'être battus pour la France et de s'être pleinement intégrés dans la communauté nationale par le sang, par le travail, malgré les obstacles et les embûches, en lui apportant des richesses, les talents qui sont les siens.

Une harka, littéralement c'est un groupe mobile. Le harki, littéralement c'est celui qui avance. Aujourd'hui, les filles et les fils de Harkis sont officiers, sous-officiers, professeurs, historiens, avocats, magistrats, cadres supérieurs, journalistes, diplomates, maires, peintres, écrivains, cinéastes, artisans, commerçants.

Ce sont des destins français exemplaires et ils sont notre fierté. Et à cet égard, que l'on m'entende bien ce matin, partout dans le pays, quand on insulte un Harki, on insulte la France. Pendant des décennies, vous avez vécu dans un pays où ce que vous êtes était une insulte et est encore une insulte dans beaucoup d'endroits de la République.

Et, pendant des décennies, vous avez quitté un sol où l'obsession des dirigeants jusqu'à aujourd'hui était et est encore de ne pas vous laisser revenir, y compris pour vous recueillir sur la tombe de vos parents et grands-parents. Et il y a quelque chose de l'apatride mémoriel et de justice dans ce qu'est la condition des Harkis. C'est ce qui fait cette singularité dans la République.

Et c'est aujourd'hui ce que je veux qu'ensemble nous puissions réparer. Nous ne réparerons pas chaque destin, je le mesure, parce qu'il y a quelque chose d'inconsolable dans ce que vous avez pu vivre, chacune et chacun d'entre vous. Mais nous avons à rebâtir, pour vous-mêmes et pour ce qu'est la nation française, une justice qui redonne à chacun sa place : la juste part de la mémoire, la réparation de ce qui a été subi et la juste fierté de ce que vous êtes.

C'est pourquoi c'est l'honneur de la France de reconnaître et de réparer ses manquements, d'accompagner et de soutenir ceux qui l'ont défendue, d'accorder la vérité et la gratitude de la République française à ses enfants qui l'ont servie et qui ont souffert. Enfin ! Mais ce chemin, ce parcours de reconnaissance, continuera à prendre du temps, je le sais, et il nous faudra beaucoup d'humilité.

Mais, par cette loi, je veux que nous puissions écrire un moment qui permettra enfin à des familles, des enfants, des petits-enfants d'être reconnus, restaurés dans leur dignité et fiers d'être ceux qu'ils sont, d'être français. Vive la République et vive la France ! Général François Meyer, au nom de la République française, nous vous élevons à la dignité de Grand Croix de l'Ordre national du mérite.

Monsieur Salah Abdelkrim, au nom de la République française, nous vous faisons chevalier de la Légion d'honneur. Madame Bornia Tarall, au nom de la République française, nous vous faisons chevalier de l'Ordre national du mérite. Merci à vous.

Monsieur le président, s'il vous plaît. Je viendrai à vous. Je vais passer un temps avec chacune et chacun d'entre vous, ne vous inquiétez pas.