"Nous ne pouvons pas accepter d'aller au gouvernement si nous ne pouvons pas agir", juge Marine Le Pen
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France Inter. Législative 2024. Nicolas Demorand. Et avec Yael Gauze, nous recevons ce matin la députée Rassemblement National du Pas-de-Calais, réélue dès le premier tour dimanche soir. Questions et réactions, amis auditeurs, amis auditrices, au 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. Marine Le Pen, bonjour. Bonjour. Et bienvenue à ce micro. Beaucoup de questions à vous poser ce matin dans la perspective de cet entre-deux-tours sur vos ambitions en nombre de députés dimanche prochain sur le front républicain qui s'est levé dès dimanche soir pour vous faire barrage et sur des éléments de votre programme.
Mais un mot rétrospectif pour commencer, le Rassemblement National a fait près de 29% des voix dimanche soir, 33% quand on ajoute vos alliés siotistes. Au vu de ces résultats, diriez-vous qu'Emmanuel Macron a eu raison de dissoudre l'Assemblée Nationale ? Remerciez-vous le Président de la République de l'avoir fait ?
Le Président de la République a eu une sorte de pulsion démocratique en prononçant la dissolution, en se rendant compte qu'il y avait une volonté très forte exprimée de changement d'ailleurs par les Français lors des élections européennes. Bon, il s'est vite repris, je vous rassure. Il fait tout aujourd'hui pour tenter de contrer précisément le processus démocratique.
Il y a eu un appel au peuple.
C'est la Constitution qui l'oblige à faire ça. En réalité, quand on est face à une crise politique et que le Coran du Président de la République fait deux fois moins de voix que l'opposition, il y a un moment donné où il n'y a qu'une seule solution, c'est de revenir au peuple. C'est ce que souhaitait le général de Gaulle. Donc je vous dis, il a eu une pulsion démocratique. Un moment donné, il s'est dit, tiens, nous allons revenir au peuple. Et puis, en réalité, encore une fois, il s'est vite repris parce qu'aujourd'hui, il est en train de tout faire pour tenter d'empêcher en réalité le peuple de pouvoir s'exprimer.
Et même, il envisage, si le peuple s'exprime en envoyant une majorité de députés Rassemblement National, d'empêcher le Rassemblement National de gouverner en faisant toute une série, semble-t-il, en envisageant toute une série de nominations à l'intérieur de l'État.
On va y revenir sur tout ça, mais un mot déjà pour commencer sur la ligne Jordan Bardella. Pas de matignon sans majorité absolue. Cette ligne-là est-elle toujours valable ce matin ?
Mais bien entendu. Il est évident que nous ne pouvons pas accepter d'aller au gouvernement si nous ne pouvons pas agir. Ce que nous demandent nos électeurs, c'est de changer la politique qui est menée. Mais si on ne peut pas la changer, et si on accepte d'aller au gouvernement uniquement pour être assis dans un fauteuil de ministres, mais pour ne pas pouvoir agir, ce serait, je crois, la pire des trahisons que nous pourrions faire à l'égard de nos électeurs.
Vous croyez vraiment ? Ce n'est pas un message beaucoup plus simple de dire que vous avez peut-être simplement peur de gouverner ? Vous pourriez trouver des majorités, vous pourriez en construire, non ?
Non, mais ce propos est ridicule. Enfin, écoutez, ça fait 40 ans que je me bats en politique. Vous croyez que je continuerai à me battre au bout de toutes ces années, tout en ne voulant pas aller au pouvoir ? Non, nous souhaitons y aller. Nous souhaitons gouverner, que les choses soient extrêmement claires. Et effectivement, si nous sommes à quelques députés de la majorité, nous tenterons d'aller les chercher.
Hier, à ce micro, Louis Elio, vice-président du RN, disait qu'il y avait un seuil où c'est gouvernable. 250 ? 260 ? 270 députés ?
Mais ce propos n'a pas de sens. La question, c'est, à partir du moment où nous avons, par exemple, 270 députés, il nous en faut 19 de plus, on va aller voir les autres et on va leur dire, est-ce que vous êtes prêts à participer avec nous d'une nouvelle majorité pour une nouvelle politique ? Oui ou non ? Est-ce que vous êtes prêts à voter la confiance ? Est-ce que vous êtes prêts à voter le budget ?
Les autres, c'est qui les autres ?
C'est un certain nombre de députés. Des députés, par exemple, d'hiver droite, d'hiver gauche, LR, quelques LR, qui ont exprimé par le passé une proximité avec nos options. Et si nous avons, à ce moment-là, une majorité, alors oui, bien entendu, nous irons faire ce pour quoi les électeurs nous ont élus.
Pour faciliter ça, est-ce que vous appelez à vous désister, le RN, dans certaines situations où vous arrivez troisième en triangulaire, au profit de candidats de droite ? Est-ce que cette situation existe ? Est-ce que vous allez vous désister avant 18h ce soir ?
Est-ce que vous comprenez que le désistement et les consignes de vote sont le pire des mépris, en réalité, à l'égard des électeurs ? Moi, je suis désolée de vous dire, mais je considère que mes électeurs sont intelligents. Et donc, et qu'ils sont libres. Et s'il y a un isoloir, c'est précisément parce que les électeurs doivent pouvoir faire ce qu'ils souhaitent, en leur âme et conscience, déterminer eux-mêmes ce qui leur apparaît. Le meilleur vote dans un second tour.
Mais dans 62 circonscriptions, vous êtes désisté, de facto, pour des candidats siotistes.
Non, non, monsieur. On ne se désiste pas pour des candidats. On fait une coalition électorale. Et donc, tout ça est transparent à l'égard des électeurs. Et c'est bien pour ça que je vous dis que, lorsque l'on fait des coalitions électorales, il faut les faire dès le premier tour.
Mais venir dire, comme le fait le président de la République, que la NUPES2, c'est l'antiparlementarisme, l'antisémitisme, le communautarisme, il y a 15 jours, pour aujourd'hui, 15 jours plus tard, venir appeler à voter massivement pour eux, venir expliquer que monsieur Guiraud, qui considère que les fillettes voilées sont des petites femmes, que madame Rima Hassan, qui développe toutes les poncifs mensongers antisémites les plus épouvantables qu'on puisse connaître, que monsieur Mélenchon, qui trouve rigolo d'en appeler au meurtre des policiers, sont mieux, sont plus raisonnables que Jordan Bardella, que Marine Le Pen, que Laure Lavalette, que Sébastien Chenu. Mais enfin, ça n'a aucun sens.
Et donc, moi je pense que cette élection, c'est une élection d'émancipation du peuple français. Justement, ce que le peuple est venu dire, c'est arrêter de nous donner des leçons de morale, arrêter de nous dire où il faut voter, comment il faut penser. C'est ça qu'ils ont dit au premier tour. Et je souhaite qu'ils le disent aussi au second tour, parce que c'est la clé en fait du changement de la politique qu'ils subissent depuis maintenant sept ans.
Marine Le Pen, les Français ont besoin d'identifier d'autres figures que le seul Jordan Bardella, que les figures que vous venez de nommer. Qui formerait l'exécutif RN ? Qui serait par exemple à Bercy ? Vous le savez, on est dans une situation économique compliquée. Les finances publiques sont dans le rouge. Qui dirigera, dirigerait les finances de la France ?
Jordan Bardella le sait, je le sais aussi, et vous le serez lorsque nous aurons gagné.
Quel est son profil alors ?
C'est le profil de quelqu'un, comme tous ceux qui seront ministres d'ailleurs, compétents, qui connaissent le fonctionnement de l'État, qui dans son profil a eu précisément à faire avec les finances publiques, avec les entreprises.
C'est un portrait robot ou vous l'avez déjà ?
Oui, on l'a déjà.
Le gouvernement est prêt ? Oui, il est prêt. Il y a une liste ? Combien de ministres ?
Encore une fois, vous savez très bien que jusqu'au dernier moment, ces choses-là peuvent bouger, mais ce gouvernement sera complet, il sera compétent, il sera constitué en même temps de gens du Rassemblement national, en même temps de gens qui ont participé avec nous du combat électoral du premier tour et donc du deuxième, et des gens de la société civile qui rongent leurs freins depuis des années.
Est-ce que vous serez dedans ?
Non, non, non. Qui rongent leurs freins depuis des années parce qu'ils voient la France en train de s'effondrer, qu'ils savent qu'il y a d'autres mesures à mettre en œuvre pour la sortie de l'ornière et qui, de fait, viendront nous rejoindre dans ce moment qui sera extraordinaire et qui est faisable ? Moi, je vois l'entreprise de démoralisation de nos électeurs depuis deux jours où sur tous les plateaux, on explique que c'est fini, c'est pas faisable, la majorité absolue. Bien entendu que c'est faisable. Nous sommes arrivés en tête dans 258 circonscriptions. Et nous avons déjà fait élire 40 députés. Donc, bien entendu, elle est faisable, cette majorité absolue.
Pourriez-vous être présidente de l'Assemblée nationale ?
Non, je l'ai dit, je ne serai pas présidente de l'Assemblée nationale. Je serai à la tête du groupe de députés parce qu'encore une fois, dans un gouvernement de cohabitation, le Premier ministre tire sa légitimité directement des élections, directement du peuple, directement donc des députés que le peuple a élus.
Nicolas Sarkozy disait de Jordan Bardella dans le JDD que Jordan Bardella a deux problèmes, je le cite, un manque d'expérience puisqu'il n'a jamais été en situation de gérer quoi que ce soit. Et il ajoutait le second problème, la gestion de Marine Le Pen. Vous gérez-vous. Il pense au rapport compliqué entre un Premier ministre et la patronne du groupe à l'Assemblée. Est-ce que Bardella Le Pen, ça peut tanguer aussi ?
Je ne crois pas du tout. Je pense que peut-être M. Sarkozy projette sur nous les défauts de sa propre famille politique. Nous sommes absolument sur la même lignée avec Jordan. Et en plus, personnellement, nous nous entendons remarquablement bien. Et vous avez pu voir, je pense, depuis maintenant plus de deux ans, que Jordan est totalement libre de ses prises de position, de la manière dont il mène, notamment le mouvement. Il sera demain totalement libre de la manière dont il mène le gouvernement. Je suis très respectueuse, moi.
Vous ne serez pas une Première ministre des institutions.
Je ne serai pas du tout une Première ministre bis. Je serai la présidente du groupe majoritaire à l'Assemblée nationale.
Là, vous faites comme si un gouvernement était imminent avec vous, mais vous pouvez compter, vous pouvez chiffrer. Entre les électeurs de gauche, ceux du centre, ceux des LR non-ciotistes, ça fait près de 19 millions de Français qui ne veulent pas du RN pour diriger la France. Pour lesquels l'RN, ça ne passe toujours pas. Comment vous réagissez à ça ? 19 millions de Français qui ont mis un bulletin non-RN dans l'Une.
Mais ce que vous dites est problématique au regard de la démocratie. Je vous le dis très nettement. Pourquoi ? Parce qu'on a un mode de scrutin, figurez-vous. Et ce mode de scrutin, il a toujours été accepté par tout le monde, sauf quand le RN peut gagner. C'est ça l'idée ? Non mais j'ai bien compris d'ailleurs que c'est ça l'idée. Bon, la réalité, nous avons un mode de scrutin majoritaire à deux tours et jamais personne, vous m'entendez bien, jamais personne n'a obtenu la majorité de députés de l'Assemblée nationale en ayant la majorité des voix. Ça n'existe pas. Ça, c'est la présidentielle.
Et la présidentielle, elle arrivera en son temps, je l'espère tout à fait honnêtement, le plus vite possible. C'est-à-dire qu'il y a une démission d'Emmanuel Macron ? Oui, c'est possible, potentiellement, oui. Vous la réclamerez ? Non, je ne la réclame pas. Mais il pourrait considérer qu'il ne souhaite pas continuer dans cette situation de cohabitation. Et s'il décide de démissionner, nous partirons dans cette bataille présidentielle avec, là encore, beaucoup d'enthousiasme.
On avait parlé par le passé de cohabitation de velours pour décrire celle entre François Mitterrand et Édouard Balladur. Quel mot pour décrire une éventuelle cohabitation Jordan Bardella et Emmanuel Macron ?
Ceci dépend du comportement d'Emmanuel Macron. Pas du vote. En réalité, non. Je l'ai répété, nous sommes respectueux de la Constitution. Toute la Constitution, rien que la Constitution. Si Jordan Bardella est Premier ministre et qu'il aura été élu pour déterminer la politique de la nation, il ne trahira pas ses électeurs. Par conséquent, il mènera la politique pour laquelle nous avons été élus. C'est extrêmement clair. Maintenant, comment se comportera le président de la République ?
Moi, quand je lis, encore une fois, qu'il existe des rumeurs comme quoi le président de la République envisagerait, demain, c'est-à-dire à quatre jours du second tour, de nommer le directeur général de la police nationale, alors qu'il devait rester jusqu'à la fin des JO et le directeur de la gendarmerie nationale, c'est-à-dire des dizaines de préfets et toute une série de gens dont l'objectif serait de bloquer, d'empêcher, en réalité, Jordan Bardella de gouverner le pays comme il le souhaite, je me dis que c'est une forme de coup d'État administratif. Le cas échéant, le cas échéant d'État administratif.
Écoutez, quand vous voulez contrer le vote des électeurs, le résultat des élections, en nommant des gens à vous pour qu'ils vous empêchent, à l'intérieur de l'État, de pouvoir mener la politique que les Français veulent, je suis désolé, je ne sais pas comment vous appelez ça, moi j'appelle ça un coup d'État administratif. Donc j'espère que ceci relève uniquement de la rumeur, ce qui est possible, vous savez, il y a beaucoup de rumeurs qui courent, en ce moment, il faut être prudent. Mais j'espère, parce que déjà mercredi dernier, il y a eu énormément de nominations qui ont été faites, bien plus que lors d'un conseil des ministres traditionnel.
Le cas échéant, vous déferriez ces nominations ?
Oui, pour pouvoir, encore une fois, dans la mesure du possible, pour pouvoir, encore une fois, gouverner. Je trouve quand même que, pour des gens qui donnent des leçons de démocratie à la terre entière, je trouve que c'est quand même étonnant d'agir de cette manière-là. Dans ces cas-là, il ne fallait pas dissoudre. Je veux dire, si on mène une dissolution en disant que, en fait, la dissolution ne peut pas entraîner l'arrivée au pouvoir de votre adversaire, on ne procède pas à une dissolution, ou alors on la respecte.
Allez, on file au standard d'Inter. Martine nous y attend. Bonjour et bienvenue. Bonjour tout le monde. Bonjour. Alors, je voudrais dire, le RN est contre l'Europe, contre l'Ukraine. Orban et Poutine se frottent les mains. La guerre est à notre porte. Vous allez favoriser une nouvelle guerre mondiale. Il ne manque que Donald Trump au tableau. J'aimerais que les électeurs aient conscience de ce danger.
Merci, madame, pour ce tract, mais en l'espèce...
Voilà. Elle a le droit de penser, Martine, ce qu'elle veut. Bien sûr, oui. Et vous, Marine Le Pen, de lui répondre ce que vous voulez, évidemment.
Bien sûr, mais je crois que vous commettez une erreur d'analyse totale. Le seul qui, en réalité, était sur le point d'engager une guerre, c'est Emmanuel Macron. C'est Emmanuel Macron qui souhaitait engager des militaires français au péril de leur vie, sur le territoire ukrainien. Et c'est lui qui souhaitait, enfin, qui, en réalité, mettait en œuvre une forme d'escalade dans ce conflit. Au contraire, l'élection d'une majorité de députés rassemblement national permettra de ne pas entrer en guerre. Puisque Jordan Barlet a dit, de la manière la plus claire qui soit, qu'il était opposé à l'envoi de troupes sur le sol ukrainien. Ça ne veut pas dire qu'on arrête d'aider l'Ukraine, madame.
Parce que nous sommes pour la formation de militaires ukrainiens sur le territoire français, comme nous l'avons fait, en Pologne, comme nous l'avons fait. Nous sommes pour aider l'Ukraine de toutes les manières possibles, avec cette limite que nous ne souhaitons pas de troupes françaises en Ukraine, et nous ne souhaitons pas l'envoi d'armes de longue portée qui pourraient entraîner précisément un conflit mondial.
Jordan Bardella à Matignon reparle à Vladimir Poutine.
Mais là, pour le coup, on est dans le domaine de la diplomatie qui relève du président de la République. Ah, ça n'est plus honorifique, alors. Ça n'est plus honorifique. Vous vous trompez, en fait. Je crois qu'il faut reliser la Constitution, je vous assure. C'est notre loi. Bon, suprême, elle est fondamentalement importante. La question était, est-ce que, comme chef des armées, Emmanuel Macron peut envoyer des troupes en Ukraine ? La réponse est non. Voilà, c'est clair. C'est la Constitution. La réponse est non. C'est le Premier ministre qui, en l'espèce, détermine l'envoi de troupes à l'étranger. Voilà, je n'ai fait que répondre dans le périmètre de la Constitution.
Le Premier ministre hongrois, Victor Orban, appelle à une alliance des Patriotes pour l'Europe faire un groupe nouveau des nationalistes au Parlement européen. Qu'allez-vous lui répondre ? Allez-vous le rejoindre ?
Pour l'instant, Jordan Bardella, qui est le président du mouvement, ça ne vous a pas échappé, est engagé, comme nous, dans une élection nationale qui est fondamentale. Et donc, je pense qu'il regardera, et nous regarderons, l'ensemble des hypothèses qui sont sur la table après les élections françaises. Pourquoi ne pas lui répondre maintenant ? Mais pourquoi pas maintenant ? Parce qu'on est à un moment charnière, pardon monsieur. Parce que vous avez peur qu'on dise que vous êtes pro-russe à la fin ? Non, mais... Non, mais... Pourquoi attendre la réponse ? Vous avez dit qu'on était pro-russe 2 500 000 fois en l'espace de quelques mois.
Alors, une fois de plus, une fois de moins, excusez-moi, ça ne changera pas grand-chose, ce sera toujours aussi faux par ailleurs, mais ce ne sera pas une nouveauté, ni faire preuve d'une grande imagination. Non, c'est que nous sommes concentrés sur une élection qui est fondamentale pour l'avenir du pays. La question, c'est est-ce qu'on perd encore 3 ans ? Ou est-ce qu'on gagne 3 ans sur la politique qui a été menée par Emmanuel Macron ? Et qui pourrait, si les Français ne se mobilisent pas, eh bien, continuer encore pendant de très longs et très difficiles mois.
Un mot sur le voile qui était l'une de vos mesures fortes en 2022. Vous souhaitiez interdire le port du voile dans l'espace public. Ce serait pour quand, Marine Le Pen ?
Je pense qu'il est nécessaire d'avoir la légitimité d'une présidentielle, d'une élection à la présidence de la République, pour engager le processus qui viserait à mettre en place la loi contre les idéologies islamistes dont le voile n'est qu'une toute petite partie. Je sais que vous focalisez absolument là-dessus, mais dont le voile n'est qu'une toute petite partie. La réalité que nous disons au effort depuis longtemps, c'est qu'il y a une poussée du fondamentalisme islamiste dans notre pays qui est couvert, il faut bien le dire, par une partie de la classe politique et qui est un danger majeur pour nos libertés. Et quand, encore une fois, je le répète, j'entends M.
Guiraud de la France Insoumise nous dire que le voilement des fillettes est parfaitement légitime parce que ce sont des petites femmes, mais je trouve ça épouvantable. Je veux dire, ça nous met tous au bord de la nausée et ce sont pour ces gens-là qu'Emmanuel Macron appelle les électeurs à se déplacer aux urnes. Ce sont ces gens-là qu'Emmanuel Macron veut faire élire demain massivement contre les candidats du Rassemblement National.
Donc ce sera 2027 et ce sera quoi ? Des amendes pour ceux qui en portent ?
Mais c'est toujours pareil, si vous voulez. Quand il y a une loi, tout le monde est censé la respecter. Quand il y a une loi pour dire qu'il faut que vous mettiez votre ceinture de sécurité, vous mettez votre ceinture de sécurité. Dans un pays, on respecte la loi parce que la loi est l'expression de la volonté populaire.
Et donc, amende ?
Oui, potentiellement une amende, oui. Je ne vois pas ce qu'il y a de scandaleux.
Jordane Bardella avait, pendant le premier tour, parlé de ces fameux postes stratégiques qui seraient interdits aux binationaux selon une liste définie plus tard par décret. Cette mesure est toujours d'actualité ?
Non, pas par décret.
Ça, c'est Sébastien Chenu par décret.
Non, c'était par la loi. Mais c'est une liste d'une trentaine de postes. C'est dérisoire. D'ailleurs, à chaque fois qu'on parle de ce sujet, parce que ça vous obsède, vous parlez tous de ça, on ne voit même plus quelles sont les grandes politiques que nous proposons aux Français. En réalité, les grandes options ont disparu pour ces sujets qui sont tout à fait microscopiques. Et à chaque fois, vous terminez en disant « mais ça se fait déjà ». Donc, en réalité, vous nous reprochez de donner une base légale à quelque chose qui se fait déjà sans que ça ait une base légale. Je suis désolé, mais pour le coup, les plus corrects dans l'affaire, ce sont ceux qui veulent donner une base légale.
On mesure simplement l'écart entre les quelques postes qui ont été décrits et ce projet de loi référendaire sur l'immigration que vous avez défendu, Marine Le Pen, en janvier 2024 à l'Assemblée nationale, où il était écrit que la loi pourra interdire l'accès à des emplois dans l'administration, des entreprises publiques et des personnes morales chargées d'une mission de service public aux personnes qui possèdent la nationalité d'un autre État. C'est donc extrêmement large. Ce n'est pas simplement quelques personnes.
Mais bien sûr que non.
Ou alors ce texte est caduque.
Je l'ai dit. En réalité, la loi a vocation à évoluer et à être remise sur la table à chaque fois que la France se retrouve en conflit géopolitique avec un pays. Aujourd'hui, nous sommes en conflit latent avec la Russie. Il est évident qu'on ne va pas mettre à la tête, encore une fois, de la commission de la sûreté nucléaire. Voilà, par principe de précaution, un franco-russe. Mais encore une fois, vous dites que ça existe déjà. Et ça existe dans beaucoup de pays, d'ailleurs.
Il faut que ceux qui nous écoutent sachent qu'il y a des interdictions partielles de double nationalité en Allemagne jusqu'en juin 2024, en Autriche, en Ukraine, et qu'il y a des interdictions totales en Géorgie, au Japon, en Inde, à Taïwan. Ce sont des choses qui existent. Nous sommes, nous, pour une vision beaucoup plus large de l'acceptation de la double nationalité avec cette petite réserve d'un principe de précaution en fonction des pays avec lesquels nous sommes en conflit.
Dernière question. Le Rennes est à Matignon dans une semaine. Politique-fiction. Vous privatisez France 2, France Inter, l'audiovisuel public et quand ?
Oui, on va commencer à réfléchir, effectivement, à cette privatisation parce que nous, nous pensons que dans une grande démocratie, l'État ne peut pas avoir la mainmise sur une partie très importante des médias. Et que le meilleur moyen d'être libre, c'est précisément de ne pas appartenir dans son financement, ne pas dépendre dans son financement d'un gouvernement. Mais, là encore, je regrette que nous ne puissions pas développer la vision qui est la nôtre. Il y a deux choix très importants que les Français doivent faire. Il y a des choix très importants en matière d'immigration, en matière de maîtrise de l'insécurité. Là, je vous parle
des chaînes publiques précisément. Oui, j'ai compris. Tout le monde pourrait les racheter ?
Tout le monde nous pose la question.
C'est normal. Tout le monde pourrait les racheter ? Oui.
C'est normal parce qu'on est sur le service public. Vous voulez savoir ? Si vous voulez, on en parle dehors. Mais je ne suis pas sûr que ce soit fondamentalement la raison du vote des Français. Il y a 15 millions d'auditeurs qui écoutent Radio France tous les jours. Donc, ça mérite plus qu'une conversation de couloir. Mais il n'y a absolument aucune raison pour que vous ne soyez pas aussi performant, aussi neutre que vous l'êtes d'habitude en dépendant non pas de l'État qui vous paye que d'un groupe privé. Ou alors, vous êtes en train de me dire que BFM TV, les journalistes sont tenus, que RTL, les journalistes sont tenus. Je ne crois pas que vous alliez dépasser cette ligne-là.
L'audiovisuel public a des missions qui sont particulières. Voilà, c'est ce qui fait sa singularité et la singularité de son mode de financement.
Oui, vous avez raison. Mais est-ce qu'il y a une énorme différence entre la manière dont fonctionne TFA aujourd'hui et France 2 ? Je ne suis pas tout à fait sûr. Maintenant, il faut conserver, vous avez raison, pour les régions, je crois, une gestion régionale. Mais ça, c'est dans un cahier des charges. Et il faut garder la voix de la France à l'étranger pour pouvoir s'adresser à l'ensemble de nos compatriotes par télévision ou par radio qui sont à l'étranger.
Merci Marine Le Pen d'avoir été au micro de France Inter.
Marine Le Pen