Interview "Découverte" : 4 agents du CSI 93 en examen hier - 03/07
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« Quatre policiers qui ont été mis en examen après 96 heures de garde à vue, soupçonnés d'avoir raquetté des délinquants et notamment des trafiquants de drogue, de leur avoir extorqué d'importantes sommes d'argent, d'avoir pendant des mois monté de fausses procédures. »
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« Ils sont mis en examen pour faux et usage de faux pour certains violences volontaires en réunion ou vol. »
- 0:41InvitéFait
« Deux autres policiers ont été libérés, également placés en garde à vue ont été libérés. »
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« En audition, les fonctionnaires nient ou minimisent les faits. »
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« il y a environ 80 personnes qui a dérapé »
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« ils sont assez jeunes, ils ont entre 30 et 40 ans »
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« ils amènent eux-mêmes la drogue, en fait, pour piéger soi-disant des dealers »
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« la plupart du temps, quand on regarde ce qui se passe dans les conseils de discipline, ils font quand même ça pour l'argent »
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« l'argent facile »
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« il y a une cache de drogue qui a été découverte pas très loin du parking de la compagnie »
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« cette compagnie a été créée dans ce département après les fameuses violences urbaines au début des années 2000 »
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« le pouvoir, c'était Nicolas Sarkozy qui était au ministère de l'Intérieur à l'époque »
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« une centaine de bonshommes »
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« au départ, ce sont des gens triés sur le volet normalement qui viennent là-dedans »
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« la préfecture a décidé de dissoudre l'intégralité de la compagnie »
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Il est 7h moins le quart. Frédéric Ploquin, bonjour. Bonjour. Frédéric, merci d'être avec nous. Grand reporter, co-auteur du livre Gang de flics, la folle dérive des ripoux de Lyon, Nouveau Monde édition. Là, nous parlons de flics, de policiers de Seine-Saint-Denis. Quatre policiers qui ont été mis en examen après 96 heures de garde à vue, soupçonnés d'avoir raquetté des délinquants et notamment des trafiquants de drogue, de leur avoir extorqué d'importantes sommes d'argent, d'avoir pendant des mois monté de fausses procédures. Ils sont mis en examen pour faux et usage de faux pour certains violences volontaires en réunion ou vol.
Deux autres policiers ont été libérés, également placés en garde à vue ont été libérés. En audition, les fonctionnaires nient ou minimisent les faits. Frédéric Ploquin, on ne va pas entrer dans les faits parce que vous ne les connaissez pas en détail, moi non plus, Frédéric Ploquin, mais des ripoux dans la police, ce n'est pas nouveau.
Bien sûr. Mais malheureusement, tous les ripoux sont. Sauf que là, on a un peu l'impression, je vais essayer d'asseoir ces accusations, mais on a l'impression de se retrouver au fin fond d'une banlieue de Buenos Aires, au fin fond de l'Argentine, avec des gars en dérive complète. Sauf qu'on n'est pas en Argentine, on est à deux pas du périphérique, à deux pas de la capitale, dans un département, il faut quand même le rappeler, qui est probablement un des départements les plus criminogènes de France, où donc la police, a priori, devrait probablement être la plus exemplaire. Et c'est là qu'apparemment,
cette petite équipe, parce que ce n'est pas toute la compagnie,
il y a environ 80 personnes qui a dérapé. C'est toujours comme ça, c'est une petite équipe. Il faut vous imaginer, ces gars, ils sont toute la journée dans leur voiture, lâchés, si je puis dire, d'une certaine manière, c'est-à-dire sans chef, sans supérieur. Ils circulent dans ce très, très grand département, et ils voient, en gros, je ne dirais pas des dealers à tous les coins de cité, mais pratiquement. Et ils ne reviennent qu'après leur vacation, à la fin de la journée. Donc, d'une certaine façon, il y a déjà un premier problème qu'on voit, c'est l'absence de hiérarchie sur le terrain. On a l'impression qu'ils sont un peu...
Et puis, Frédéric, les tentations sont là, évidemment, à portée de main, si je puis dire.
Alors, il y a deux choses, j'ai l'impression que... Moi, j'y vais souvent dans ce département, et je parle aussi bien qu'avec des policiers, et j'ai l'impression que ces policiers, je ne sais pas ce qu'il s'est passé dans leur tête, est-ce qu'ils ont été... Bon, ils sont assez jeunes, ils ont entre 30 et 40 ans, est-ce qu'ils ont été mal formés ? Ça, c'est possible. Je rappelle quand même que le niveau de recrutement ces derniers temps dans la police a considérablement baissé, comme ailleurs. Première chose, ensuite, il y a peut-être, à un moment donné, quand vous leur parlez, vous sentez leur impuissance. C'est-à-dire qu'ils sont... Ça commence parfois comme ça.
Ils se sentent impuissants à arrêter, parce que c'est compliqué d'arrêter des voyous, d'arrêter des dealers. D'ailleurs, il faut son enquête avant de renvoyer un dealer devant la justice. Oui. Donc on a l'impression que, notamment pour ces faits là où ils balancent comme ça, ils amènent eux-mêmes la drogue, en fait, pour piéger soi-disant des dealers. Ils amènent eux-mêmes la drogue. Donc on a l'impression qu'ils n'y arrivent pas, qu'ils sont impuissants, et qu'à un moment donné, ils disent, bon, bah, si c'est comme ça, c'est nous qui allons faire justice, se faire justice. Alors ils commencent à... Ils donnent des coups, ils amènent la drogue pour piéger des gens. Et ça commence comme ça.
Et après, après, il faut quand même parler de la principale moteur du ripoux. Ça peut pas être... Il fait pas ça pour s'amuser, le policier. Il sait que sa carrière est en danger. Ils font souvent, la plupart du temps, quand on regarde ce qui se passe dans les conseils de discipline, ils font quand même ça pour l'argent. Et l'argent, moi j'ai envie de le rappeler quand même, l'argent aujourd'hui... La police républicaine n'est plus considérée. Ces gens, ils se sentent plus considérés. Ils se sentent mis en cause en permanence par tout le monde, etc. Qu'est-ce qui reste comme valeur, comme chose à laquelle s'accrocher, c'est le pognon.
Et ils voient dans ces quartiers qu'il y a des gens qui ont de l'argent. Et quelque part... Moi j'ai connu des ripoux qui basculaient uniquement parce qu'ils avaient une double vie, une maîtresse à entretenir, uniquement pour ça. Et que leur salaire ne suffisait pas. Donc là, ils se disent, voilà, l'argent facile. Et il y a la drogue. Faut aussi le dire, on a affaire à des policiers qui ont à peu près l'âge moyen du consommateur de stupéfiants en France. Là c'est facile. Au lieu d'aller faire ses courses au pied de la cité avec un petit billet, on confisque. On confisque, on ramène au service parce que je rappelle qu'il y a une... Là, apparemment, c'est démontré.
Il y a une cache de drogue qui a été découverte pas très loin du parking de la compagnie. Voilà, ça va quand même assez loin.
Alors une compagnie de sécurisation et d'intervention, qu'est-ce qu'une compagnie de sécurisation et d'intervention en Saint-Saint-Denis ? Cette compagnie, vous le disiez, 80-85 hommes à peu près. Oui.
Mais il faut le rappeler, effectivement, cette compagnie a été créée dans ce département après les fameuses violences urbaines au début des années 2000, je le rappelle. Donc il y avait eu des émeutes extrêmement fortes. Et là, le pouvoir, c'était Nicolas Sarkozy qui était au ministère de l'Intérieur à l'époque, se dit, bon, ces émeutiers attaquent nos commissariats. On va regrouper dans une espèce de centre de bâtiment unique au niveau du département une centaine de bonshommes. on va les suréquiper, les surarmer. Donc au départ, il faut le rappeler, parce que je crois que ça a aussi son importance, ce sont des gens qui rejoignent cette compagnie qui sont triés sur le volet.
C'est pour ça qu'il y en a aujourd'hui d'ailleurs qui pleurent et qui râlent parce qu'on leur casse leur outil de travail puisque la préfecture a décidé de dissoudre l'intégralité de la compagnie. Mais au départ, ce sont des gens triés sur le volet normalement qui viennent là-dedans pour répondre en cas d'émeute. Je le rappelle quand même, même si les médias ne sont pas toujours dessus, que des petites émeutes en Seine-Saint-Denis, c'est parfois tous les week-ends, ce n'est pas tous les jours facile. Donc on les suréquipe. Donc ils ne sont pas faits au départ particulièrement pour traquer les voyous.
Mais pour traquer les voyous et pour les côtoyer d'une certaine manière, parce que quand on est policier et qu'on est derrière les voyous, on les côtoie, il faut être hyper solide. Il est éminemment, on va dire, corrupteur. Et on a vu des grands flics dans l'histoire de la police française basculer à leurs contacts à cause de leur, entre guillemets, attractivité.
Merci Frédéric Ploquin, grand porteur, co-auteur du livre à lire. Gang de flics, la folle dérive des ripots de Lyon au Nouveau Monde, édition pour comprendre comment un policier peut basculer.