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interviewbrut· 13 juillet 2026 38 min

Nos dirigeants savaient… qu’ont-ils fait depuis 30 ans ?

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

À part tes maisons en surchauffe, milliers de morts, incendies massifs, nos dirigeants successifs connaissaient ces risques depuis plus de 30 ans.

0:06
Jacques Chirac

Notre maison brûle. Nous détruisons les conditions mêmes de notre survie. Nous sommes au bord d'un point de rupture.

0:14
Invité

Ce n'est pas l'avenir que nous voulons pour nos enfants.

0:17
Présentateur

Alors, qu'ont-ils vraiment fait ?

0:30
Jacques Chirac

Le réchauffement climatique est encore réversible. Lourde serait la responsabilité de ceux qui refuseraient de le combattre. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas.

0:44
Présentateur

Nous voici en août 2003. Pendant deux semaines, l'Europe et la France suffoquent.

0:48
Invité

Dans cet hôpital, pas de climatisation. Et dans les chambres, les températures dépassent les 35 degrés l'après-midi et les 30 degrés la nuit.

0:56
Présentateur

Comme un avant-goût de 2026, on dépasse les 35 degrés pendant plusieurs jours dans de nombreuses communes. À l'époque, la France n'a jamais enregistré de vagues de chaleur avec des températures aussi élevées et qui se maintiennent pendant autant de temps. Résultat, cette canicule tue environ 15 000 personnes en France.

1:12
Invité

La canicule fait un énorme choc parce qu'on se rend compte qu'on n'est pas du tout préparé à cet épisode.

1:17
Présentateur

À l'époque, Jacques Chirac est aux manettes depuis 1995. Dans les premières années de sa présidence, ses enjeux sont loin d'être une priorité consensuelle à la tête de l'État. Pourtant, plusieurs alertes sont déjà là. À la suite de nombreux autres travaux sort ce rapport international. Bon ok, la couverture, elle est assez rétro. Mais il décrit dès 1995 un risque d'augmentation de l'intensité et de la durée des vagues de chaleur.

1:41
Invité

Le constat était déjà très clair sur ce qui était observé et ce qui était projeté.

1:45
Présentateur

Vous avez bien entendu. Déjà il y a plus de 30 ans, il est écrit noir sur blanc que cela pourrait entraîner un accroissement des affections, c'est-à-dire des problèmes de santé, mais aussi de la mortalité. D'autres risques locaux sont mentionnés comme l'aggravation de sécheresse ou d'incendie. Mais ce deuxième rapport du GIEC apporte aussi une bonne nouvelle. Ces dommages extrêmes n'auraient rien d'une fatalité. Selon lui, on pourrait faire deux choses. Prendre des mesures d'adaptation et en complément diminuer drastiquement les rejets de gaz à effet de serre, comme le CO2 ou le méthane, par les humains.

Car ce rapport indique déjà que la multiplication de ces gaz devrait entraîner un réchauffement planétaire.

2:21
Invité

Quand on regarde le réchauffement moyen de la planète qu'on peut envisager, on en était déjà aux conclusions auxquelles on arrive aujourd'hui. Limiter le réchauffement, ça va être la condition clé pour éviter des risques très difficiles à gérer.

2:35
Présentateur

Sur cette deuxième partie de la solution, on va pouvoir comparer les bilans des différentes présidences à l'aide de ce graphique qui montre l'évolution des gaz à effet de serre pour la France, vous allez voir. En septembre 1996, Greenpeace, les Amis de la Terre et plusieurs autres associations françaises s'unissent au sein du réseau Action Climat pour pousser le gouvernement à l'action sur ces sujets.

2:53
Invité

Les gens ne comprenaient pas l'effet de serre. Ils confondaient complètement avec la couche d'ozone, c'était assez drôle. Je l'ai éprouvé moi-même en arrivant au cabinet de Lionel Josua. Il y a encore beaucoup de climato-sceptique dans le gouvernement et autour. Il faut juste penser à Claude Alec, par exemple, qui fait une grande campagne pour expliquer que ce n'est pas ça, que c'est le rayonnement solaire, c'est normal.

3:14
Présentateur

1997, premier déclic. Une délégation française se rend aux négociations internationales qui aboutissent sur le protocole de Kyoto. 38 pays industrialisés, dont les Etats-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, la Russie et la France, s'engagent pour la première fois à collectivement réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

3:31
Jacques Chirac

Nous avons établi notre prospérité sur une énergie abondante. Aujourd'hui, nous devons prendre conscience que toute ressource naturelle a un coût.

3:42
Présentateur

Et puis arrive la canicule de 2003.

3:45
Invité

Elle frappe évidemment les personnes âgées et isolées et les quartiers défavorisés. Il y a énormément de personnes qui meurent dans une impréparation totale. Je regarde les chiffres, c'est plus de 171% au Val-de-Marne, Seine-Saint-Denis, plus de 160%.

4:03
Présentateur

Selon Météo France, cette canicule a été rendue 200 fois plus probable à cause du réchauffement climatique. Sous les critiques, le ministère de la Santé établit par la suite un plan canicule. Il prévoit désormais un système d'alerte basé sur les données de Météo France avec quatre niveaux de vigilance. Du vert, pas de risque, jusqu'au rouge, canicule exceptionnel. Et au passage, le rouge, c'est une couleur qu'on a retrouvée dans presque toute la France en juin dernier. À sa création, l'idée de faciliter les déclenchements de mesures de prévention est la mobilisation des secours.

4:32
Invité

En fait, un des héritages de cette période, c'est d'avoir rafraîchi des espaces dans les maisons de retraite, les EHPAD. Mais il y a eu en fait un ensemble de retards, de difficultés à vraiment se préparer à l'aggravation des vagues de chaleur. On aurait dû à ce moment-là avoir de véritables plans d'adaptation. Ce qu'on a eu, c'est plutôt la gestion de l'urgence des vagues de chaleur. Et je crois qu'on n'a pas pris la mesure à ce moment-là de ce qui nous attendait.

4:58
Présentateur

C'est finalement en 2006 que sort la première stratégie nationale d'adaptation au changement climatique. Je ne vous cache pas que là aussi, la lecture 20 ans plus tard est assez édifiante. Le document mentionne déjà qu'il est urgent de mener des actions dans le domaine du bâtiment pour protéger les populations de la chaleur. Et éviter des catastrophes sanitaires comme celle de 2003. Mais aussi qu'il faudrait identifier les structures essentielles présentant une vulnérabilité et dont le dysfonctionnement pourrait provoquer une forte désorganisation. Comme les infrastructures électriques ou les chemins de fer.

Et outre des risques d'incendie, de sécheresse, la stratégie aborde également déjà la question de la climatisation. On y lit que les climats à leur disponible utilisent des gaz HFC, pire que le CO2 pour le climat, et consomment beaucoup d'énergie. Et on craint que leur multiplication ne cause des blackouts. Le document justifie donc d'y recourir exceptionnellement lorsque les autres techniques ne permettent pas d'obtenir des températures supportables. Pour les immeubles de bureaux, la stratégie met déjà en garde contre la multiplication des surfaces vitrées exposées au soleil qui peuvent entraîner des surchauffes en été. Revenons maintenant au gaz à effet de serre.

De ce côté-là, un premier plan climat est présenté, suivi en 2005 de la loi POP. C'est la première fois qu'on intègre dans la loi un objectif de diminution des rejets de gaz à effet de serre de 3% par an en moyenne pour atteindre une division par 4 d'ici 2050. On appelle ça le facteur 4 et c'est censé être aligné avec les recommandations du GIEC de l'époque. Ces baisses, elles doivent notamment passer par une sensibilisation aux économies d'énergie, le développement d'un réacteur nucléaire de nouvelle génération et le développement des énergies renouvelables.

A la fin de la présidence Jacques Chirac, quand on regarde l'évolution des émissions, celles-ci ont commencé à baisser, mais moins que les objectifs fixés.

6:37
Invité

Il n'y a pas rien eu de fait. Il y a eu une diminution assez claire parce qu'il y a eu toute une série de mesures faciles au départ. Il n'y avait pas trop d'action structurelle. Il n'y a jamais eu grand chose sur l'origine du problème. Il y avait quand même à l'époque l'idée que les impacts du changement climatique, c'était pour demain. C'était pour dans longtemps.

6:55
Présentateur

Autre obstacle, selon ces chercheurs, pendant une grande partie de cette période, de grandes compagnies pétrolières comme Total ont d'abord développé un lobbying contre les premières tentatives de politique de réduction des gaz à effet de serre, avant d'invoquer ensuite l'incertitude ou de minimiser l'urgence climatique. Et ça alors même que des documents montrent que plusieurs de ces compagnies étaient averties depuis au moins les années 1970-1980 des effets néfastes du réchauffement climatique. En 2007, un nouveau président arrive à l'Elysée. Pour sa première réunion à l'Elysée après son élection, Nicolas Sarkozy invite des scientifiques et des associations écologistes.

7:32
Invité

J'y ai été invité à l'Elysée. Il revenait de son week-end sur le yacht en Méditerranée. C'est le Grenelle de l'Environnement qui est lancé.

7:39
Jacques Chirac

Pour l'instant, l'étape est tout à fait historique, incontestablement.

7:43
Présentateur

Le président annonce alors le Grenelle de l'Environnement. Un processus inédit qui doit rassembler des représentants de l'État, des ONG environnementales, mais aussi des collectivités locales, des syndicats de travailleurs et des représentants d'entreprises ou d'agriculteurs. Parmi les priorités, les questions de santé et de pollution, la biodiversité, mais aussi le réchauffement climatique.

8:03
Invité

C'est la première fois qu'on a un mode de discussion de toutes les parties prenantes sur tous les sujets, puisque ça va de l'agriculture à l'énergie, au transport, etc.

8:13
Présentateur

Pour comprendre cette annonce, il faut revenir un an en arrière, en pleine campagne présidentielle. Courant 2006, la fondation Nicolas Hulot, qui s'appuie sur des experts comme Jean-Marc Jancovici par exemple, lance le pacte écologique pour que les candidats à la présidentielle s'engagent sur ces enjeux. Cette initiative, elle est soutenue par 730 000 signatures. En janvier 2007, 10 candidats et candidates à la présidentielle viennent signer le pacte, dont un certain Nicolas Sarkozy.

8:37
Jacques Chirac

Il suffit pas que vous disiez pour convaincre, c'est un dialogue. Vous avez vos préoccupations et votre expérience, j'ai la mienne. J'ai le devoir de parler aussi à des millions de Français.

8:47
Présentateur

Une fois élu, Nicolas Sarkozy lance donc le Grenelle de l'environnement. L'initiative est alors portée par les membres du gouvernement Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet.

8:55
Invité

J'étais en charge du volet climat avec mobilité, bâtiments, urbanisme et énergie. C'était passionnant et je pense que ça a été une très belle initiative.

9:06
Présentateur

Pendant des mois, les participants débattent et dessinent de nombreuses propositions.

9:10
Invité

La remise de ce rapport à monsieur le ministre d'État, donc sous forme de clé USB, c'est formidable. Je vais pouvoir le mettre comme ça. Voilà l'avenir de la planète autour du coup.

9:22
Présentateur

Plusieurs sont reprises par le gouvernement de Nicolas Sarkozy sous forme d'engagement.

9:26
Jacques Chirac

En tant que chef de l'État, vos propositions, je les fais miennes, je les porterai et je les mettrai en œuvre.

9:34
Présentateur

On parle notamment de rénover 800 000 logements sociaux énergivores et d'aider d'autres logements à mieux s'isoler.

De généraliser les bâtiments neufs basse consommation, de développer davantage les énergies renouvelables, de récupérer des eaux pluviales et des eaux usées et de pratiquer une irrigation raisonnée, de restaurer la nature en ville pour ses fonctions thermiques et anti-russeillement, de réduire l'impact des poids lourds avec une taxe à partir de 2012, d'augmenter la part du frais de ferroviaire de 25%, de développer le transport fluvial, de moderniser le réseau ferré et de créer 2000 km de nouvelles lignes grande vitesse ou encore d'encourager l'achat de véhicules moins polluants avec un bonus-malus. Et ça, ce n'est qu'un petit aperçu.

10:11
Jacques Chirac

Toutes les décisions publiques seront désormais arbitrées en intégrant leurs coûts pour le climat.

10:18
Présentateur

Une autre mesure qui fera ensuite grand bruit au moment des Gilets jaunes fait du chemin à cette époque. La taxe carbone. En juin 2009, Europe Ecologie Les Verts fait une poussée historique aux européennes. Nicolas Sarkozy décide alors de charger l'ancien ministre Michel Rocard de travailler sur cette fameuse taxe carbone. Cette idée n'est pas nouvelle. Elle figurait par exemple dans le pacte écologique de 2006.

10:37
Invité

Pour moi, effectivement, la taxe carbone est un tournant pour que les énergies renouvelables se développent, que l'efficacité énergétique ait vraiment un sens. Taxer les combustibles fossiles est une voie que les économistes recommandent, ou en tout cas envisagent.

10:50
Présentateur

Le pacte écologique mentionnait déjà la nécessité de mesures compensatoires pour les ménages les plus fragiles.

10:55
Invité

D'ailleurs, ça avait été très bien accepté puisque cette taxe carbone de Rocard avait dû être votée largement, pas le moins d'unanimité à l'Assemblée nationale. Mais vraiment des compensations par rapport aux ménages pour lesquels ça poserait vraiment un problème financier.

11:10
Présentateur

Fin décembre 2009, le Conseil constitutionnel censure la taxe. Selon l'institution, cette version crée une rupture de l'égalité devant l'impôt et devient contraire à l'objectif de lutte contre le réchauffement climatique. Et puis arrive mars 2010.

11:23
Jacques Chirac

Je voudrais d'ailleurs au point où j'en suis dire un mot de toutes ces questions d'environnement. Parce que là aussi, ça commence à bien faire. Je souhaite qu'on montre l'exemple, mais qu'on avance en regardant ce que font les autres.

11:38
Présentateur

A la fin du mandat, ce rapport liste plusieurs mesures qui sont repoussées, abandonnées, abrogées ou victimes de coupes budgétaires. Le réseau Action Climat parlera d'immense espoir suivi de déceptions profondes. En cherchant, on a trouvé plusieurs pistes d'explications à ce virage. Déjà, la crise financière de 2008 et l'échec des négociations internationales sur le climat à la COP15 de Copenhague en 2009. En 2010 sort aussi le livre L'imposture climatique, publié par l'ancien ministre Claude Allègre et vendu à plus de 100 000 exemplaires. Des journalistes et des scientifiques relèvent une falsification de données et de nombreuses approximations et erreurs factuelles.

À la même période, on constate une augmentation du doute sur le réchauffement climatique dans la population française. Enfin, de nombreuses mesures du Grenelle font face à l'opposition de groupes industriels ou du syndicat agricole FNSEA, au motif qu'elles pourraient peser sur la compétitivité de l'économie française.

12:31
Invité

C'est comme ça aussi que Sarkozy se rend compte qu'il n'a pas gagné des voix. Il dit « bon, j'arrête ». En réalité, il n'y aura pas vraiment beaucoup de moyens ni beaucoup d'objectifs contraignants. Il a semé des petites choses et puis après, il y a eu la crise économique et il est redevenu ce qu'il était avant, quelqu'un qui n'a jamais été engagé sur la question environnementale et encore moins sur la question climat.

12:51
Présentateur

À la fin du mandat, les émissions ont un peu baissé, mais cela correspond en partie aux effets de la crise de 2008. La trajectoire n'atteint pas celle des objectifs fixés. Pendant ce temps, qu'est devenue la question de l'adaptation aux fortes chaleurs notamment ? C'est en 2011, cinq ans après la première stratégie sur le sujet, que sort le premier plan national d'adaptation au changement climatique, le PNAC. Il avait le mérite d'exister. Je pense qu'il était trop général. Il n'y a pas vraiment de mesures concrètes. Alors, est-ce que ses successeurs seront à la hauteur des enjeux ? Une ministre de l'écologie démise de ses fonctions.

Nous sommes en 2013, un an après l'élection de François Hollande. Delphine Bateau doit quitter le gouvernement. En fait, le matin même, la ministre dénonçait le budget de son ministère en baisse de 7%. Pour certaines associations, c'est un mauvais signal. La même année, suite à la mobilisation des bonnets rouges en Bretagne, le gouvernement abandonne la taxe poids lourd ou éco-taxe décidée sous Nicolas Sarkozy. Mais par la suite, la présidence de François Hollande va être marquée par un autre événement, mondial cette fois. Assez tôt, plusieurs personnes convainquent le président d'accueillir à Paris la COP21 prévue trois ans plus tard.

13:56
Jacques Chirac

Il s'agit d'être capable de réussir. De réussir ce qui est le rendez-vous sûrement le plus essentiel que le monde s'est donné à lui-même.

14:07
Présentateur

Ce sommet doit être l'occasion d'importantes négociations entre pays pour trancher les différents internationaux sur le climat et peut-être fixer un nouveau cap. Pour presser les gouvernements à agir, les premières marches mondiales pour le climat font leurs apparitions. Elles rassemblent jusqu'à 600 000 personnes dans le monde en novembre 2015. Et puis s'ouvre la COP21. Pendant près de deux semaines, les différentes délégations mènent d'intenses négociations.

14:28
Invité

Tout le monde pariait sur l'échec. Vraiment tout le monde pariait sur l'échec. Donc on avance dans cette négociation avec une pression extraordinaire et surtout un sentiment très pessimiste quand même de tous les pays qui sont là parce qu'il y a eu plusieurs essais. Ces essais ont échoué.

14:46
Présentateur

Et le 12 décembre, un accord est finalement obtenu.

14:49
Invité

L'accord de Paris pour le climat est accepté. C'est un moment historique et je pense que je revivrai toute ma vie parce qu'il est d'une intensité incroyable.

15:04
Jacques Chirac

Vous avez été capable de dépasser vos intérêts légitimes pour trouver un accord et pas n'importe quel accord.

15:13
Présentateur

Les pays signataires conviennent de contenir leur réchauffement mondial nettement en dessous de 2 degrés par rapport au niveau pré-industriel tout en poursuivant l'action pour le limiter à 1,5 degré.

15:23
Invité

Ça a conduit à renforcer les cadres de politiques publiques européennes et français. C'est pas simplement comme au moment du protocole de Kyoto de réduire un peu les émissions de gaz à effet de serre mais de construire les conditions de ne plus contribuer au réchauffement en allant vers la neutralité carbone.

15:39
Présentateur

En fait, la neutralité carbone, c'est l'idée qu'on doit réduire nos émissions jusqu'à ce que les émissions restantes puissent être compensées par des puits de carbone. C'est-à-dire par exemple ce que les forêts ou les sols sont capables d'absorber.

15:50
Invité

Le problème de l'accord de Paris, c'est pas l'accord lui-même, il est bien construit, je le pense. Il a l'ambition qu'il faut par rapport au problème climatique. Le problème, c'est qu'il y a un fossé entre les objectifs affichés et la réalité.

16:02
Présentateur

S'il veut réussir, la lutte contre le réchauffement climatique doit être menée dans de nombreux pays. Notamment ceux qui émettent le plus de gaz à effet de serre comme la Chine, les Etats-Unis ou l'Inde. Mais cette lutte doit également être menée dans les pays représentant des niveaux plus faibles, comme la France.

16:16
Invité

Ceux qui partent de loin, les Etats-Unis par exemple, ils veulent atteindre beaucoup de chemin à faire. Ceux qui ont déjà fait une partie du chemin comme la France ont moins de chemin à faire. Donc ça c'est déjà un point important. La seule façon d'entraîner aussi au niveau planétaire, et c'est ce que nous reprochent d'ailleurs les pays en voie de développement, c'est effectivement de faire sa part.

16:34
Présentateur

Entre autres raisons parce que mi bout à bout, les pays représentant 1 à 2% des émissions représentent tous ensemble 37% en 2020, soit plus que n'importe quel autre pays. En France, toujours en 2015, est adoptée la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte, portée par la ministre Ségolène Royal. Une des nouveautés pour atteindre les objectifs, c'est la mise en place d'outils de planification dans le temps. L'une des composantes principales s'appelle la stratégie nationale bas carbone. Pour les gaz à effet de serre, un nouvel objectif intermédiaire de moins 40% en 2030 fait son apparition.

Et la stratégie fixe des budgets carbone, c'est-à-dire des paliers moyens d'émissions respectés, pour des périodes de 3 puis 5 ans. Pour ne citer que quelques autres mesures de la loi, il y a par exemple là encore la rénovation des bâtiments, l'installation de 7 millions de points de recharge pour les voitures électriques, la promotion de l'économie circulaire et le recyclage, ou encore l'instauration d'un chèque énergie pour aider les ménages modestes à payer leurs factures.

17:25
Jacques Chirac

La France elle-même veut être exemplaire. Nous devons stimuler encore davantage les énergies renouvelables.

17:32
Présentateur

Depuis le début des années 1990, le débat politique et médiatique est marqué par des oppositions entre nucléaire et renouvelable. Sous François Hollande, le gouvernement décide par exemple la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, entrée en service 40 ans plus tôt. Une décision qui sera validée et rendue effective sous la présidence suivante. Mais s'attaquer au réchauffement climatique, ça ne se résume pas à la question nucléaire versus renouvelable.

17:55
Invité

Renouvelable ou nucléaire, ça c'est le choix de technologie pour nous fournir le service. Ça, ça vient à la fin. La première chose à faire, c'est d'éviter en amont la demande dans toutes les ressources naturelles. Parce que quelle que soit la ressource que vous utilisez, il faut l'extraire, il faut la transformer. À chaque fois, il y a un impact environnemental.

18:11
Présentateur

De grandes quantités de gaz à effet de serre sont également rejetées par l'industrie et la construction, nos déchets, notre usage des bâtiments, notre agriculture ou encore nos transports. En cause principalement, il y a l'utilisation d'énergies fossiles comme le pétrole ou le gaz, mais aussi par exemple les rejets de dioxyde d'azote de certains engrais ou le méthane issu par exemple des vaches et des autres ruminants. Pour chacun de ces impacts, la grande majorité des scénarios proposent trois pistes qui peuvent prendre plus ou moins d'importance. D'abord, la sobriété, c'est-à-dire réduire nos consommations pour qu'elles se concentrent sur nos besoins.

Ensuite, l'efficacité, c'est-à-dire avoir des pratiques ou des équipements qui utilisent le moins d'énergie possible pour le même service rendu. Et ensuite, pour la consommation restante, des changements de technologie pour se tourner vers des options les plus bas carbone possibles. Et c'est à ce moment-là que l'électricité nucléaire comme l'électricité renouvelable peuvent être utiles. Alors, qu'est-ce que ça donne en 2017 à la fin du mandat de François Hollande ? Les émissions ont baissé en 2014 avant de repartir à la hausse.

19:09
Invité

On s'est constaté que le premier budget carbone n'avait pas été tenu, le deuxième a du coup été un peu revu à la baisse.

19:15
Présentateur

Ce quinquennat est aussi marqué par une lutte contre le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes près de Nantes. Un projet d'aéroport qui est alors soutenu par le gouvernement au nom du développement local. Ah oui, j'allais oublier une autre nouveauté. Vous savez, la taxe carbone dont on a parlé tout à l'heure et qui vise à accélérer la transition ? Eh bien, une nouvelle version a été décidée en 2013. Pour le diesel, son montant atteint par exemple 2,37 centimes par litre en 2015. Et ce montant est censé augmenter progressivement. On va y revenir. Printemps 2017. Une partie des Français ont le sentiment qu'un tournant est possible.

Emmanuel Macron, ancien ministre de l'économie sous François Hollande, vient d'être élu.

19:53
Invité

Je vais vous liser son livre écrit avant les présidentielles révolutions. Il parle vraiment du réchauffement climatique et on a l'impression qu'il va agir. Sur le climat, il n'y a pas de plan B. Car il n'y a pas de plan B. Make our planet great again.

20:11
Présentateur

Cette phrase choc, vous vous en souvenez peut-être. Emmanuel Macron répond au nouveau président des Etats-Unis, Donald Trump, qui annonçait quelques jours plus tôt le retrait de son pays de l'accord de Paris. Et dès le début du quinquennat, certains signaux sont envoyés, comme l'abandon de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou l'arrêt du projet de mine d'or industrielle en Guyane. Mais c'est surtout un choix en particulier qui surprend sur la scène politique. Nicolas Hulot devient alors ministre de la Transition écologique. Quelques mois plus tard, le nouveau ministre présente un plan climat.

Le but, respecter les nouveaux objectifs de l'accord de Paris et les nouvelles recommandations scientifiques. Et pour ça, fixer désormais comme objectif en 2050, la neutralité carbone. En 2050, les émissions restantes doivent donc être égales aux puits de carbone représentés par cette barre vert. Sur le papier, c'est une trajectoire ambitieuse. Et ça demande des transformations à grande échelle. Surtout que les scientifiques découvriront plus tard que les forêts françaises captent environ 20% de carbone en moins qu'avant. À l'été 2018, coup de tonnerre.

21:05
Invité

Je ne veux plus me mentir. Je ne veux pas donner l'illusion que ma présence au gouvernement signifie qu'on est à la hauteur sur ces enjeux-là. Et donc, je prends la décision de quitter le gouvernement. Aujourd'hui. Vous êtes sérieux, là ? Oui, je suis sérieux.

21:23
Présentateur

Il faut par ailleurs mentionner qu'en 2021, Nicolas Hulot est accusé de viol ou d'agression sexuelle par six femmes, dont une porte plainte. Cela s'ajoute à une plainte déposée en 2008 et restée pendant longtemps inconnue du grand public. Les faits dénoncés étant prescrits, les deux plaintes sont classées sans suite. Nicolas Hulot conteste ses accusations et quitte alors définitivement la vie publique. Nous voici au samedi 17 novembre 2018. Partout en France, des rangs-points sont occupés. Un mouvement inédit commence. Les gilets jaunes. L'une des étincelles, c'est la décision du gouvernement d'augmenter la taxe carbone dont je vous ai parlé tout à l'heure.

En fait, Nicolas Hulot considérait que son montant était insuffisant pour être véritablement efficace. Cette augmentation, elle contribue concrètement à une hausse des prix du carburant.

22:03
Invité

Ça a un impact réel pour ceux qui sont par exemple au SMIC. Ou juste au-dessus du SMIC. Et qui ont besoin de leur voiture pour se déplacer, pour aller travailler, etc. Et donc, il y a un rejet.

22:15
Présentateur

Ajoutons à ça un sentiment d'abandon, une défiance à l'égard des responsables politiques ou encore une demande de justice sociale.

22:25
Invité

Bon, il se trouve que c'est la panique au gouvernement devant le mouvement. Ils ont vraiment peur.

22:31
Présentateur

Face à l'ampleur du mouvement, le gouvernement annonce renoncer à l'augmentation de la taxe carbone pour l'année suivante et la retire du projet de loi de finances 2019.

22:38
Invité

C'est vrai qu'à partir du mouvement des Gilets jaunes, il y a eu cette idée, au fond, l'écologie, c'est impossible à vendre. Probablement, il y a une responsabilité en partie du mouvement écologiste qui n'a pas du tout intégré la justice sociale comme le point de départ. Je crois, et c'est pareil pour l'adaptation, il faut vraiment prendre en compte les personnes les plus modestes. Et généralement, c'est beaucoup plus difficile pour elles de s'adapter au réchauffement climatique, par exemple.

23:04
Présentateur

Alors que les manifestations des Gilets jaunes secouent la France, en 2018, le GIEC publie un rapport spécial sur les conséquences d'un réchauffement à 1,5 degré. Cette publication contribue à déclencher d'autres mobilisations mondiales ces fois-ci. Grève scolaire pour le climat et manifestation d'ampleur dans de nombreux pays, action de blocage. Le 13 octobre 2018, 130 000 personnes défilent en France. Cette manifestation est soutenue notamment par 19 youtubeurs avec une vidéo nommée « Il est encore temps » qui compte plus de 7 millions de vues. A travers l'affaire du siècle, plusieurs ONG attaquent l'État français en justice pour inaction climatique.

On va attaquer tout simplement l'État français en justice.

23:42
Invité

Pour inaction face au dérèglement climatique.

23:45
Présentateur

Et elle demande des actions à la hauteur des engagements. Une pétition de soutien devient la pétition la plus signée de l'histoire de France avec 2,3 millions de signatures. Sans compter qu'entre 2018 et 2019, de nouvelles vagues de chaleur exceptionnelles contribuent temporairement à la prise de conscience. Des méga-feux affectent aussi des régions comme l'Amazonie ou l'Australie.

24:03
Invité

Nous devons répondre à l'appel de la forêt qui brûle aujourd'hui en Amazonie.

24:07
Présentateur

En octobre 2019, c'est la création d'une convention citoyenne pour le climat. 150 citoyens et citoyennes tirés au sort chargés de répondre à une question. Comment, dans un esprit de justice sociale, réduire les émissions de gaz à effet de serre de la France de 40% d'ici 2030 ? À la tête de cette convention citoyenne, on retrouve notamment Laurence Toubierne.

24:26
Invité

J'avais un espoir et une crainte. Un espoir parce que j'étais persuadée que ce mouvement des Gilets jaunes n'était pas nécessairement un mouvement anti-environnement, mais en même temps une crainte parce que peut-être que ça allait nous exposer à la figure.

24:40
Présentateur

Emmanuel Macron promet alors de reprendre les propositions de la convention sans filtre, à l'exception de trois jokers. Après plusieurs mois de travail, la convention dévoile 149 propositions.

24:50
Invité

Quand on regarde les propositions des citoyens, elles sont extrêmement ambitieuses. Et si elles avaient été mises en place, elles auraient, je crois, permis à notre pays de rester sur une trajectoire qui, disons, correspondait à ce qui était affiché.

25:05
Présentateur

Certains sont évincés directement, comme l'abaissement de la vitesse à 110 km heure sur l'autoroute. D'autres sont reprises, mais plusieurs de façon partielle. Par exemple, l'interdiction des vols intérieurs quand les trajets en train ne dépassent pas 4 heures. Une mesure reprise, mais circonscrite au trajet de 2h30 en train et n'incluant pas des liaisons très fréquentées comme Lyon-Paris-Charles-de-Gaulle ou Orly-Bordeaux.

25:25
Invité

Le secteur de l'aviation, y compris l'administration, en disant, ne vous rendez pas compte, vous allez tuer des centaines de milliers d'emplois. Il y avait, je pense, une sous-estimation assez profonde du résultat et je pense que le gouvernement ne s'était pas préparé à ça. Et c'est vrai que le résultat était plutôt la transformation des citoyens que la maturation du gouvernement. Cela dit, il y a des mesures qui ont été prises.

25:45
Présentateur

Autre proposition rabotée, l'interdiction de la publicité pour les produits les plus polluants.

25:49
Invité

Chaque ministère a dit, c'est merveilleux les propositions des citoyens, sauf celles qui concernent mon ministère. Donc c'est à peu près ça tout le long. Et donc il ne reste pas beaucoup, peut-être 20% des mesures qui ont été mises en œuvre.

26:01
Présentateur

La Convention citoyenne inspire par ailleurs une nouvelle loi d'envergure. La loi Climat et Résilience portée par la ministre Barbara Pompili. Elle est adoptée et promulguée à l'été 2021. Ce timing coïncide avec la décision judiciaire dans l'Affaire du siècle. L'État est alors condamné pour carence fautive dans sa lutte contre le changement climatique. Du jamais vu. La loi Climat et Résilience, elle fixe notamment un objectif majeur. Le zéro artificialisation nette des sols d'ici 2050. A chaque fois qu'on bétonne un espace naturel, on réduit sa capacité à absorber l'eau et à rafraîchir l'air environnant. Ça peut aussi réduire des puits de carbone comme les forêts ou les prairies.

Le but ici est justement de trouver un équilibre entre surface artificialisée et sa compensation. Mais en 2024, le ministère publie une liste de 167 projets labellisés d'envergure nationale ou européenne, comme l'autoroute A69 par exemple, qui sont exemptées du dispositif. En 2026, un rapport de la Fondation pour la Nature et l'Homme révèle que des dizaines de milliers d'hectares ont été ignorés dans le calcul de départ de l'objectif zéro artificialisation nette. Ce qui pourrait conduire à bétonner 187 000 hectares entre 2021 et 2031 sur la surface du département de l'Essonne.

27:07
Invité

Jacques Chirac, il était pionnier dans la rhétorique. Je pense qu'il a fallu attendre Emmanuel Macron pour qu'on devienne à nouveau leader sur les mours. Parce que « make our planet great again » en réponse au retrait des États-Unis, de la décision de Trump de retirer les États-Unis de l'accord de Paris, c'était génial comme phrase. Mais après, derrière, il ne se passe pas grand-chose.

27:28
Présentateur

En 2018, Emmanuel Macron a créé le Haut Conseil pour le climat pour évaluer l'action de l'État sur ce sujet. Sur le projet de loi Climat et Résilience, le Haut Conseil note dès 2021 que les mesures ambitieuses sur le papier ne permettraient pas à la France de rattraper le retard dans la transition bas carbone et que le texte dans sa globalité n'offre pas suffisamment de vision stratégique de la décarbonation des différents secteurs. Pendant la campagne présidentielle, le président candidat promet que son second quinquennat sera écologique ou ne sera pas. Juste après sa réélection, il crée un secrétariat général à la planification écologique.

28:05
Invité

Si vous regardez la planification écologique, elle était très bien construite. C'est ce qu'il faut faire. Il faut avoir ses objectifs affichés à quelques années et s'y tenir.

28:12
Présentateur

Lors de ses voeux pour le nouvel an 2023, le président prononce une phrase restée dans les esprits.

28:17
Invité

Qui aurait pu prédire la vague d'inflation ainsi déclenchée ou la crise climatique aux effets spectaculaires encore cet été dans notre pays ?

28:25
Présentateur

En 2023, il change de posture en appelant à une pause réglementaire européenne sur les normes environnementales pour ne pas entraver la capacité à innover. Mais les effets du réchauffement climatique se font de plus en plus présents. Incendie historique à l'été 2022, sécheresse ou encore vagues de chaleur de plus en plus redondantes et intenses. Le gouvernement répond avec un nouveau plan. Le troisième plan national d'adaptation au changement climatique, le PNAC 3. Il est présenté en mars 2025 après de nombreux repas. Le gouvernement prend des engagements pour renforcer le confort d'été ou encore le développement de systèmes de rafraîchissement moins polluants.

Une cinquantaine de mesures sont annoncées. Le Haut Conseil pour le climat salue cette annonce mais liste plusieurs insuffisances.

29:03
Invité

Les logements neufs, ils sont conçus en utilisant la référence de la canicule de 2003. En fait, il y a toujours cette inertie. On va regarder vers l'événement record du passé sans se préparer aux événements records à venir dans un climat qui continue à se réchauffer. C'est bien d'avoir des plans d'adaptation mais encore faut-il d'abord les financer parce que ça demande certains investissements et puis en faire un suivi. C'est ça qu'on ne fait pas en France. C'est-à-dire qu'il y a des plans et puis après on oublie que l'adaptation elle est très souvent locale.

Ce n'est pas le même problème si vous êtes gérant d'une station de ski ou si vous êtes au Sable de l'Aune ou si vous avez des risques d'inondations sur votre territoire. Beaucoup de collectivités se sont investies mais souvent on n'a pas les moyens de prendre les mesures.

29:52
Présentateur

L'outil majeur de ce PNAC c'est le Fonds Vert censé soutenir les collectivités territoriales dans leur transition écologique et dans l'adaptation. Mais après des coupes budgétaires les dernières liées à la guerre au Moyen-Orient le Fonds Vert passe de 2,5 milliards d'euros en 2024 à 1,15 milliards en 2025 et finalement à 837 millions d'euros prévus dans le projet de loi de finances 2026. Plus largement dès 2023 les économistes Jean-Pisani Ferry et Selma Mafouz estimaient que la France devrait investir 25 à 34 milliards de dépenses publiques supplémentaires dans l'Action pour le Climat chaque année à l'horizon 2030. L'écart est donc de taille.

Le rapport propose que ce financement repose sur de l'endettement public et la taxation des plus hauts patrimoines.

30:31
Invité

Nous vivons, il faut avoir l'humilité de le regarder, une période totalement inédite. Nous nous sommes adaptés au réchauffement climatique mais on ne s'adapte pas à un pic qui n'a pas d'équivalent aujourd'hui en Europe et qui n'a jamais eu d'équivalent dans notre histoire, c'est-à-dire un pic caniculaire qui dure aussi longtemps et qui est à 15 degrés au-dessus des normales saisonnières.

30:51
Présentateur

Si on regarde l'évolution des gaz à effet de serre, ils ont globalement baissé, notamment pendant le Covid.

30:56
Invité

On avait souligné en fait dans les rapports du Haut Conseil pour le Climat qu'on avait atteint un rythme de baisse d'émissions de gaz à effet de serre dans les années 2022-2023 qui était vraiment celui à tenir dans la durée pour construire une décarbonation.

31:10
Présentateur

Le Haut Conseil pour le Climat a néanmoins souligné à plusieurs reprises qu'une partie de la baisse était conjoncturelle.

31:15
Invité

Crise sanitaire, confinement, ralentissement économique, guerre en Ukraine, choc d'inflation, à nouveau crise énergétique actuellement, ce qui rend en fait difficile d'arriver à discerner le rôle en fait des changements structurels dans le rythme de baisse d'émissions de gaz à effet de serre. Mais en fait, à partir de 2024, le cadre politique s'est affaibli. Il y a eu énormément d'incertitudes introduites sur les dispositifs, par exemple la prime Rénov' ou d'autres dispositifs. Ça n'a plus été porté comme une priorité nationale.

31:45
Présentateur

Dans un tout nouveau rapport qui vient de sortir début juillet 2026, ce même Haut Conseil décrit des baisses d'émissions insuffisantes pour 2025 qui ne font qu'augmenter les efforts nécessaires les années suivantes. Le rapport mentionne aussi un puits de carbone fragilisé par le changement climatique et des fragilités et reculs dans la mise en œuvre de l'action pour le climat.

32:03
Invité

La politique, je dirais, environnementale, climatique de la France s'est complètement affaissée.

32:09
Présentateur

Précisons que le graphique qu'on vous montre depuis le début, ce sont les gaz à effet de serre rejetés sur le territoire français. Mais voici ce que donne l'évolution si on ajoute les produits que nous importons de plus en plus depuis d'autres pays. Par ailleurs, dans la vidéo, on s'est beaucoup concentré sur les présidents et les ministres, mais la responsabilité incombe bien sûr aussi aux députés et aux sénateurs. Ce graphique montre par exemple pour le quinquennat en cours les groupes de députés qui ont le plus voté pour le maintien des énergies fossiles.

32:33
Invité

On est dans un système où le quinquennat, c'est 5 ans. Si vous avez envie d'être réélu, vous n'allez pas faire des politiques climatiques ambitieuses, vous n'allez pas vous attaquer aux causes. Si vous avez envie d'être réélu, vous allez faire un peu de vernis et puis c'est tout.

32:46
Présentateur

Cela fait donc plus de 30 ans que l'alerte a été donnée, que les dirigeants politiques annoncent des décisions, mais que les résultats sont jugés insuffisants par rapport aux enjeux. Mais alors, qu'est-ce qu'on pourrait faire de plus ? Après des périodes d'engouement, une partie des mesures prises ou à prendre sont finalement tour à tour jugées comme trop chères, trop difficiles à mettre en place ou moins prioritaires par rapport à d'autres sujets. Pourtant, sans action supplémentaire, les conséquences pourraient être encore bien pires que ce qu'on a connu.

33:14
Invité

Souvent, c'est réactif uniquement centré sur un aléa en se disant « je me prépare au cas où le même événement revienne ». Plutôt que d'anticiper multiples aléas et de construire les conditions d'être résilients, pas uniquement dans l'immédiat, mais à l'échelle des prochains 5, 10, 15, 20 ans.

33:30
Présentateur

Pendant toute cette période, les projections se sont largement affinées pour la France. D'ici 2050, avec plus 2,7 degrés en France, on projette par exemple 5 fois plus de vagues de chaleur, un mois en plus de sol sec et jusqu'à 60 jours de risque incendie élevé dans le sud. D'ici la fin du siècle, avec plus 4 degrés, ce serait 10 fois plus de vagues de chaleur et environ 2 mois de sécheresse des sols. La ville de Lille pourrait avoir le climat de Bilbao et Marseille, celui de Séville, ce qui correspond à environ 3 degrés dans le monde. Et ça, c'est la trajectoire sur laquelle on se dirige actuellement.

34:02
Invité

Là, on frôle, on dépasse les 40 degrés. On aura des vagues de chaleur qui dépasseront les 45, voire 50 degrés ponctuellement. Mais ce sont vraiment des conséquences sur la santé des populations, mais aussi, moi, ça me touche beaucoup sur la nature qui nous entoure, sur la faune, la flore. Les animaux domestiques, mais aussi les animaux sauvages sont extrêmement touchés. C'est vraiment jouer avec le feu.

34:23
Présentateur

A l'échelle mondiale, la hausse de la température moyenne a déjà atteint plus 1,4 degré en 2025 par rapport à la moyenne 1850-1900. Les personnalités qu'on a interviewées nous ont tout affirmé la nécessité et la possibilité d'aller plus loin dans l'action. Voici quelques exemples de ce qu'on pourrait faire pour mieux s'adapter.

34:38
Invité

Les quatre points clés de la canicule 2026, ce que j'apprendrai qui reste, c'est en fait que les écoles soient des lieux sûrs où on puisse apprendre dans de bonnes conditions, notamment parce que les enfants d'aujourd'hui vont être exposés de manière disproportionnée à des événements extrêmes tout au long de leur vie. Ensuite, la deuxième chose, c'est bien sûr l'accès au système et aux services de santé avec notamment la chaleur et leur résilience. La troisième chose, et que ce soit pour les écoles, les logements, c'est en fait améliorer les normes de confort thermique, y compris avec des critères objectifs de température par exemple.

Et puis c'est la même chose pour la santé au travail et avec l'exposition à la chaleur, pour des métiers physiques en extérieur, mais aussi pour des gens qui ont une activité en atmosphère chaude pour mettre en place des réponses adaptées dans chaque contexte, chaque secteur d'activité.

35:27
Présentateur

Du côté de la réduction des gaz à effet de serre, là aussi de nombreuses pistes d'action existent.

35:31
Invité

Il n'y a pas beaucoup de solutions miracles, mais il y a diminué l'usage de la voiture parce que ça réchauffe, en tout cas les voitures essence, effectivement végétaliser tout, débétonner tout, tout ce qu'on peut, surtout arrêter de mettre des routes en plus. Il faudra se remettre sur une trajectoire qui nous permette d'atteindre les objectifs que nous affichons dans la loi. A priori, atteindre l'autorité carbone, c'est plutôt une meilleure qualité de vie dans la mesure où les combustibles aussi nous apportent de l'énergie, mais ils nous apportent aussi pas mal de pollution. Donc il n'y a vraiment pas de raison de le refuser ce monde.

Il y a une mesure simple, facile à comprendre par tout le monde qui imposerait de changer l'organisation de notre monde, de notre économie. C'est de supprimer toutes les subventions qui vont à l'économie fossile. Dans le cas de la France, ça a été estimé à ces subventions à 64 milliards de dollars par le FMI. Et à ce moment-là, il faut qu'on crée avec ça l'économie du 21e siècle qui va être défossilisée.

36:26
Présentateur

Sur le climat, on peut ajouter qu'on peut chacun et chacune participer à ces transformations. En adaptant notre logement, en réduisant notre usage de l'avion, notre impact de voitures thermiques, notre consommation de viande, nos besoins en chauffage au fuel et au gaz ou encore en agissant collectivement. Tout ça, bien sûr, en fonction des moyens et des possibilités de chacun et chacune. Les entreprises les plus polluantes ont également des marges de manœuvre plus importantes. Les élus nationaux, eux, disposent d'outils législatifs, incitatifs et fiscaux qui permettent des actions à plus grande échelle.

36:53
Invité

Je ne vois pas comment on peut entraîner un pays si nos leaders politiques ne sont pas à la hauteur, n'ont pas cette ambition en termes d'adaptation, certes, mais surtout aussi de lutte contre le réchauffement climatique. Je suis toujours extrêmement gênée de réduire la réflexion sur l'adaptation à la question de la climatisation. C'est important de la mettre en œuvre, mais en fait, ça ne résoudra pas les problèmes de sécheresse des sols ou de conditions propices aux incendies ou l'état des écosystèmes terrestres et marins.

C'est pour ça qu'en fait, c'est important de comprendre que la décarbonation, c'est quelque chose qui est essentiel pour éviter un changement climatique de plus en plus dangereux.

37:33
Présentateur

Alors merci d'avoir regardé cette vidéo. Vu la richesse des enjeux, c'est forcément une synthèse simplifiée. On pourrait par exemple faire un bilan pour d'autres pays ou se pencher sur les différentes options d'électricité décarbonée ou encore sur le rôle de l'Union européenne dans tout ça. Merci aux personnes interviewées qui nous ont donné plein d'informations passionnantes que nous n'avons pas pu garder malheureusement. Et justement, si vous avez des retours et des questions en commentaire, on essaiera de vous dire ce que ces personnes au cœur du sujet nous ont répondu sur tel ou tel point. N'hésitez pas non plus à liker ou partager la vidéo si elle vous a intéressé.

C'est super important pour nous. Enfin, un grand merci à Inès qui a co-écrit cette vidéo et à toutes les équipes mentionnées ici. Toutes nos sources sont sous la vidéo YouTube et on vous dit à très bientôt.