François Ruffin est l'invité de Vincent Parizot
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir François Ruffin, le député de la Somme et candidat à l'élection présidentielle à une éventuelle primaire de la gauche en LFI. Et puis aussi, ce n'est pas un secret, grand fan de foot. Bonsoir François Ruffin. Bonsoir. Merci d'être avec nous en ligne de Bordeaux.
Merci à vous de m'accueillir.
Puisque vous êtes lancé dans une tournée des plages, une tournée d'été politique, vous avez lancé votre campagne. J'ai envie de dire, comme Marine Le Pen, maintenant vous savez qui sera votre adversaire et ça vous le savez depuis avant-hier maintenant.
Vous savez mon adversaire, je vais vous dire, mon premier adversaire c'est l'indifférence, c'est la résignation, c'est l'abattement, c'est le découragement. Mon premier adversaire c'est la finance, mais c'est surtout ça, c'est cette résignation qui gagne le cœur des gens. Hier soir, on jouait à la pétanque au ping les flots bleus et il y avait une aide-soignante en psychiatrie qui me disait, de toute façon moi je ne vais jamais voter, ça ne change rien. Et je lui dis, mais bon sang, si on a des congés payés, ce n'est pas tombé du ciel, c'est parce qu'il y a 90 ans, au moment du Front populaire, il y a des ouvriers qui ont occupé leurs usines, qui ont voté à gauche.
Et c'est comme ça qu'on a des congés payés dans notre pays, donc il ne faut pas en faire une fatalité. Mais voilà, mon premier et mon véritable adversaire, c'est cette résignation.
Ce n'est pas particulièrement Marine Le Pen qui, on le rappelle, après sa condamnation en appel, et son pourvoi en cassation qui suspend l'application de la peine, va échapper au bracelet, au moins à l'approche du premier tour.
J'ai à dire que là, il y a un seuil de décence qui a été dépassé. Est-ce qu'on imagine le général de Gaulle, non pas seulement mis en examen, mais condamné, condamné pour détournement de fonds, condamné pour emploi fictif, menant campagne devant les Français pour l'élection présidentielle ? Non. Et là, ce qu'elle a fait, il faut quand même le rappeler, c'est une distribution d'emplois fictifs à tout son entourage, à sa sœur, à sa belle-sœur, à son compagnon, à son chauffeur, à son quart du corps, jusqu'au majordome de son père, et des emplois fictifs pour un salaire qui n'était pas fictif, puisque c'était 10 000 euros par mois.
Et elle-même réclamait l'inéligibilité à vie, à vie, pour les politiques condamnées au cours de leur mandat. Et elle disait, les Français en ont marre des affaires. Ben oui, je crois que les Français en ont marre des affaires, mais c'est elle-même, maintenant, qui a été doublement condamnée.
Mais est-ce que ce n'est pas aux Français de juger François Ruffin ? Parce que les sondages qui sont effectués depuis mardi soir...
Je les laisse juger. Et vous savez, je suis démocrate. Et pour moi, c'est comme l'arbitre au foot. Le peuple a raison. Même quand il a tort, il a encore raison. Donc je les laisse juger, mais je suis convaincu qu'à la fin, ils diront, ben non, ce n'est pas acceptable. Vous savez, c'est un seuil d'acceptabilité qu'on est en train de... Pourquoi on est tombé si bas ? Moi, je pense que c'est parce que pendant 10 ans, finalement, la Macronie nous a habitués à ça. Auparavant, un ministre mis en examen s'est démissionné. Là, on en a eu 25 qui ont été pris dans les affaires, jusqu'au secrétaire général de l'Élysée, Alexis Collère, et il est resté en place.
Et on a eu Nicolas Sarkozy, ancien président de la République, triplement condamné et qui, pourtant, est reçu par Emmanuel Macron avec tous les honneurs à l'Élysée. Donc, en fait, on a laissé accepter un degré de corruption. Et c'est d'ailleurs ce que dit Transparency International, qui note que la France dégringole dans le classement de la corruption, qu'elle a perdu le contrôle de la corruption et qu'il y a face à ça une léthargie politique. Et moi, je viens pour qu'on sorte de cette léthargie politique.
– Replaçons-nous dans la perspective de la présidentielle du deuxième tour. Ce matin, Gabriel Attal disait sur RTL qu'il fera tout pour éviter un deuxième tour Mélenchon-Le Pen. Vous aussi ?
– Vous savez, moi, je ne suis pas dans les pronostics à un an de cette ligne d'arrivée. On est au point de départ, là. Donc, on a maintenant 10 mois pour faire campagne, pour aller voir les Français, pour les convaincre, pour leur parler. Moi, je viens leur parler de la corruption parce que, voilà, c'est le sujet du moment. Et je viens leur dire qu'on a une étape à franchir. Moi, je suis pour les congés payés pour tous.
Vous voyez que tous les Français puissent partir en vacances, qu'il n'y ait pas 3 millions d'enfants qui restent à quai, qu'on a eu un objectif ces dernières années, c'était plus de 100 millions de touristes étrangers, mais qu'on est là pour objectif 67 millions de vacanciers français. Il y a encore 40% des Français qui ne partent pas en vacances. Et ça, c'est pour se dire qu'on doit avoir un but qui n'est pas seulement « Ah, on ne veut pas de Le Pen, ah, on ne veut pas de Mélenchon », mais que les gens se disent « En 2032, on vivra mieux ».
Ce n'est pas un peu tard pour la gauche hors LFI ? Elle regarde passer les trains en ce moment. On sait que le PS a voté aujourd'hui. On n'a pas encore le résultat sur les conditions d'organisation d'une primaire. D'ailleurs, dont ses têtes d'affiche ne veulent pas vraiment. Alors, cette primaire de la gauche réunissant LFI, pour laquelle vous êtes candidat, elle aura lieu ou pas ? Et est-ce qu'il n'est pas déjà trop tard ?
Écoutez, moi, je la souhaite. Maintenant, je l'ai dit avec clarté. Si elle n'a pas lieu, j'y vais. Là, je suis convaincu que dans ce pays, il y a des gens qui ont à la fois envie d'une gauche combative et humaniste qui rallument de l'espoir pour demain, de vivre au mieux. Simplement de vivre au mieux. Je le dis, que tous les Français puissent partir en vacances, que tous les adolescents, tous les enfants puissent voir la mer et la montagne. Vous voyez, tout le monde a en tête cette catastrophe produite par Emmanuel Macron. Non seulement, il a fait 1 280 milliards de dettes publiques en plus, mais ça n'a même pas été pour des investissements.
Ça n'a même pas été pour des investissements sur le grand âge, pour accompagner les personnes âgées, pour faire qu'on ait des EHPAD ou des services à domicile qui tournent. Ça n'a même pas été pour l'industrie, puisqu'on est toujours en plancher de 10% de part de l'industrie dans notre pays. Et c'est encore moins des investissements contre le réchauffement climatique et pour y adapter notre pays. Donc voilà les défis que nous avons à relever.
Dans les temps à venir, les Français vont entendre des gens qui mettent des propositions sur la table, et qui, par exemple, en matière de corruption, oui, moi je viens de dire, s'en définit des avantages à vie des anciens présidents, qui nous coûtent 2 millions par an pour Sarkozy, 2 millions par an pour Hollande, et bientôt, c'est ça, 2 millions d'euros en plus pour Emmanuel Macron. Je viens ouvrir les oreilles des Français sur ces questions.
François Ruffin, tout autre chose, et excusez la trivialité de ma question, mais vous faites quoi ce soir ?
Je regarde le match. Mais vous savez, c'est presque... J'ai envie de lier les deux. Je pense que notre pays, il a une crise matérielle, plein de Français qui travaillent, qui travaillent dur, et pourtant qui ne vont pas partir en vacances, ou bien qui vont serrer le budget pendant ces deux mois d'été, et donc il y a un souci dans le porte-aux-nez, une crise matérielle, et il y a une crise spirituelle presque, qui est une crise de la fierté. Je pense que là, on est une équipe de France qui nous rend fiers. Quand on voit qu'elle joue, non seulement elle gagne, ce n'est pas seulement ça, mais qu'il y a du panache.
Olysees, Mbappé, Darkola, Dembélé, et puis quand ça patouille un peu, on nous sort doués, on a un luxe immense, et non seulement ils gagnent, mais ils incarnent une forme de beauté d'esthétique sur le terrain de foot, et de se dire qu'on se régale. Alors ce soir, en plus, ce ne sera pas le Paraguay, ce sera une vraie équipe de foot qu'on aura en face. Les Marocains, qui jouent très bien, qui ont un jeu ouvert, qui est tourné vers l'avant, qui ne va pas chercher à verrouiller tout derrière. Donc je pense qu'on va avoir un beau match et qu'on a de bonnes chances de remporter. Maintenant, le panache, ce n'est pas ni en politique, ni en football,
ce n'est pas toujours le panache qui l'emporte. C'est notable, remarquable, ce que vous dites là, parce que je sais, François Ruffin, que vous avez rêvé et connu vos plus grandes émotions d'enfants et d'ados avec Platini, Jires, Tigana. Vous avez longtemps juré que par cette équipe-là. Et je n'oublie pas Fernandez. Et Fernandez, mais ça veut dire qu'aujourd'hui, peut-être, vous avez trouvé une équipe de France encore plus belle.
En tout cas, rien ne remplace l'équipe de France de l'enfance, rien ne remplace les vacances de l'enfance, vous savez, mais l'adulte que je suis se régale à voir le jeu que l'équipe de France propose. Et oui, il y a une forme de magie sur le terrain de foot. On se demande ce qui va se passer. Et donc, oui, je me régale. Voilà, c'est un bonheur de voir ça.
Avec en plus une affiche France-Maroc qui dit beaucoup de choses sur les liens entre ces pays.
Je voyais un supporter marocain à la sortie de la Sommetion nationale. Voilà, il avait le maillot de foot du Maroc. Il dit, demain, ça sera le maillot de la France. Et sans doute qu'aujourd'hui, il veut apporter les deux maillots en même temps. Voilà. Que la fête soit totale et qu'il n'y ait pas de débordement, c'est important ? Bien sûr. C'est sur un terrain de foot. Et même quand on se chamaille sur un terrain de foot, c'est terminé quand il y a le coup de sifflet final. et en espérant que la France va l'emporter. Donc, allez les bleus ? Allez les bleus, voilà. Ne me demandez pas mon pronostic, c'est sympa.
Non, ben si, vous m'avez lancé là-dessus. Alors finalement, quand même, une petite idée ?
Moi, je dis 3-1 pour la France. Ah ben voilà. Ça va être un match ouvert, il va y avoir des buts et je dis 3-1 pour la France. C'est noté, François Réfin. Et on vous le rappellera si besoin. Voilà, ils sont aussi malables que mes pronostics politiques. Merci à vous.
François Ruffin