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InterviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 12 août 2026 41 minComplaisantActualité / polémiqueImmigration & asileJustice

Chirinne Ardakani. L’avocate franco-iranienne est l’invitée des Matins

Au micro : Julie Gacon Source d'origine 5 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 24 %Attaque 28 %Défensif 48 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:24OuverteRéponse directe

    Quelles sont les dernières nouvelles que vous avez d'elle ?

  • 2:20OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qu'il s'est passé ce jour-là ? Qui Nargaz Mohamadi venait-elle pleurer ?

  • 4:18OuverteRéponse directe

    Comment expliquer que cette prix Nobel n'ait pas été condamnée à mort ?

  • 6:14OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'il est aussi question de la façon dont le régime iranien considère les femmes ?

  • 9:02OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que vous avez ressenti, Chérine Ardakani, qui provoque chez vous cette urgence-là de fonder une association ?

  • 12:14OuverteRéponse partielle

    Est-ce que vous, quand vous êtes allée en Iran, vous avez pu assister à ce genre de manifestation ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:28Invité politiqueFait
    « Car de nouveau, il n'y a plus que les gardiens de la Révolution, que l'on dirait toujours les mêmes depuis des lustres seulement plus vus à chaque fois. »
  • 0:41Invité politiqueFait
    « Proposition que les responsables du régime islamique ont refusé dimanche. »
  • 1:58Invité politiqueChiffre
    « En tout, sur les vingt dernières années, ça fait dix ans. Enfin, elle a purgé dix ans de prison, plus de douze ans de prison. »
  • 4:34Invité politiqueChiffre
    « 975 personnes exécutées en 2024, 1639 au moins l'année dernière »
  • 6:34Invité politiqueFait
    « la caractéristique de ce régime, qui est misogyne, qui institue ce que d'aucuns appellent et d'aucune l'apartheid de genre »
  • 6:53Invité politiqueFait
    « elles ne peuvent pas accéder à toutes les fonctions politiques, elles ne peuvent pas être juges »
  • 7:04Invité politiqueFait
    « le fait de ne pas pouvoir, par exemple, voyager en dehors de l'autorisation de son époux »
  • 8:31Invité politiqueFait
    « La plupart du temps, l'exécution se déroule au moment de la prière de l'Aubé. D'abord, on donne 74 coups de fouet. »
  • 9:23Invité politiqueFait
    « morte sous les coups de la police des mœurs. »
  • 14:24Invité politiqueFait
    « La guerre Iran-Irak, puisque à l'époque, la jeune république islamique de Khomeini, fraîchement installée en 1979, a connu, dès 1980, cette infâme guerre avec Saddam Hussein, qui a fait des millions de morts de part et d'autre. »
  • 22:05Invité politiqueFait
    « la ville d'Aouaz et de Bandar Abos et plus au sud, le port de Boucher, qui donne sur la mer, ont été frappés. »
  • 28:08Invité politiqueFait
    « Yosra Mouadi qui a été condamnée il y a deux jours à 15 ans de prison pour avoir précisément pris des clichés des manifestants le 8 et le 9 janvier dernier »
  • 30:17Invité politiqueChiffre
    « il y a évidemment plus de 3000 civils non combattants des écoles qui ont été frappées, des hôpitaux qui ont été frappées »
  • 33:26Invité politiqueFait
    « l'interdiction absolue du recours à la force, le droit des civils de vivre et que non nous ne devions pas tuer des civils non combattants, et le droit des peuples à l'autodétermination »
  • 33:52Invité politiqueFait
    « ce travail de collecte de preuves des exactions du régime »
  • 34:16PrésentateurFait
    « les journalistes qui ont documenté les crimes de l'état iranien »
  • 34:26PrésentateurFait
    « la find finding mission qui est un mécanisme d'enquête des Nations Unies qui depuis 2022 recueille ces preuves »
  • 35:30PrésentateurFait
    « vous opposez une résistance que vous qualifiez aussi de féministe »
  • 35:48PrésentateurFait
    « un slogan qui m'apparaissait tout à fait indiqué l'axe du mal M-A-L-E qui va de Trump à Netanyahou en passant par Roménie »
  • 36:10PrésentateurFait
    « un virilisme d'Etat qui se manifeste »
  • 37:24Invité politiqueFait
    « la guerre de 12 jours entre Israël et l'Iran en juin 2025 fut de ce point de vue un cas d'école du patriarcat en bande organisée »
  • 37:48Invité politiqueFait
    « vous défendiez aussi des auteurs d'infractions sexuelles »
  • 38:10PrésentateurFait
    « j'ai fait le choix en conscience de défendre les auteurs d'infractions sexuelles »
  • 39:00Invité politiqueFait
    « vous demandez notamment à la France de reconnaître pour l'Iran la criminalisation de l'apartheid de genre »
  • 39:05Invité politiqueFait
    « c'est aussi ce que défend Nargis Mohamedi prix Nobel de la paix »
  • 40:20PrésentateurFait
    « Betty Lashgar qui est une militante pour le droit des femmes féministes marocaines qui depuis un an est incarcérée dans les prisons marocaines pour avoir dit Dieu lesbienne sur un t-shirt »

Temps de parole

  • Locuteur 468 %
  • Invité politique29 %
  • Locuteur 52 %

≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Culture Les matins d'été, Julie Gacon

0:06
Invité politique

On voudrait parler des femmes iraniennes, mais on ne voit plus que des barbes. Des barbes socratiques, radicales, des barbes fluides ou hirsutes, ou des barbes qui sortent comme des pousses pâles dans la mort de leur figure, pour reprendre les mots d'Hemingway. Car de nouveau, il n'y a plus que les gardiens de la Révolution, que l'on dirait toujours les mêmes depuis des lustres seulement plus vus à chaque fois. C'est une illusion puisque certains ont été tués ces dernières semaines, visées par les Etats-Unis et Israël. N'empêche qu'ils prennent toute la place quand il s'agit de parler de l'Iran, du détroit d'Hormuz et des propositions pour le rouvrir faites par Donald Trump.

Proposition que les responsables du régime islamique ont refusé dimanche. En décembre-janvier, et tant de fois auparavant, des dizaines de milliers d'Iraniens et surtout d'Iraniennes l'ont pourtant dit, elles l'ont crié, elles veulent redevenir actrices de leur destin. Comment ne pas les oublier, les oublier et les défendre ? Bonjour Chirine Ardakhani. Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous dans les Matins d'été. Vous êtes avocate en droit des étrangers et en droit pénal, présidente de l'association Iran Justice que vous avez fondée en 2022 après la mort de Massagina Amini. Vous êtes née à Paris de parents iraniens. Votre père d'ailleurs vit toujours en Iran. On en parlera tout à l'heure.

Chirine Ardakhani, vous défendez de nombreuses femmes emprisonnées aujourd'hui en Iran, dont la prix Nobel de la paix Nargaz Mohamadi. Quelles sont les dernières nouvelles que vous avez d'elle ?

1:27
Locuteur 4

Eh bien Nargaz Mohamadi est très affaiblie après avoir passé le plus clair de son temps en détention. Elle est désormais en libération sous-conscient. Elle se remet progressivement de ses émotions après avoir failli perdre la vie. Parce qu'il faut reprendre ses forces pour continuer la lutte contre ce régime impitoyable.

1:49
Invité politique

Elle a été condamnée en février à six années de prison pour atteinte à la sécurité nationale, un an et demi d'emprisonnement pour propagande contre le système islamique de l'Iran. En tout, sur les vingt dernières années, ça fait dix ans. Enfin, elle a purgé dix ans de prison, plus de douze ans de prison. Nargaz Mohamadi, elle avait été arrêtée en 2005 lors d'une cérémonie funéraire. Et c'est vrai que depuis la mort de Massagina Amini en 2022, Chirine Ardakhani, les funérailles, les cérémonies de deuil sont devenues des lieux de révolte. Comme si le deuil était aussi devenu un langage de révolte. Qu'est-ce qu'il s'est passé ce jour-là ? Qui, Nargaz Mohamadi, venait-elle pleurer ?

2:24
Locuteur 4

Nargaz Mohamadi venait pleurer un jeune manifestant, puisque, vous l'avez dit, les funérailles, c'est une grande tradition. Pas que pour les Iraniens, plus largement dans le monde indo-iranien. C'est un lieu de révolte. Nargaz Mohamadi était venu sur la tombe de ce jeune homme, professer un discours contre la dictature, qui aujourd'hui est une dictature théocratique, militarisée, misogyne, comme elle l'appelle. Elle appelle ça le gouvernement religieux autoritaire. Et elle a été interpellée, mais entre-temps, elle a écopé d'autres peines, et notamment sa dernière peine, en 2019.

Elle a d'ailleurs passé le plus clair de son temps en détention, et pendant le mouvement Femmes-Vie-Liberté, en 2022, suite au féminicide de Gina Massahamini, elle était en détention politique. Et elle était dans le quartier des femmes, ce quartier de résistance, où vous côtoyez des intellectuels censurés, des militantes pour le droit des femmes, des journalistes aussi, mais qui restent un lieu de résistance. Et Nargaz Mohamadi, et ses camarades, je crois, n'ont pas démérité dans ce quartier.

3:35
Invité politique

Dans ce quartier, qui rassemble des opposantes, qui forment des clans hétéroclites, il y a des moudjahidines du peuple, des journalistes, vous le disiez, des Kurdes, des monarchistes favorables à un retour au pouvoir de la dynastie par la vie, des environnementalistes avec des cultures, des statuts sociaux, des habitudes différentes. Elle a pu y croiser, d'ailleurs, à Évin Cécile Collère, que vous avez aussi défendue.

3:54
Locuteur 4

Tout à fait. Qui était otage d'État, puisque la République islamique d'Iran se caractérise, aussi par cette pratique absolument détestable, qui consiste à rançonner les vies humaines, et notamment des ressortissants étrangers, qui sont pris littéralement en otage, comme gage d'une politique internationale de terreur. Et je me réjouis que Cécile Collère et Jacques Paris ont pu nous retrouver en avril dernier.

4:18
Invité politique

Comment expliquer, chez Rinarda Kani, et je vous prie d'excuser cette question qui peut paraître indélicate, mais il s'agit de comprendre comment ce régime considère les femmes, comment expliquer que cette prix Nobel de la peine, Arges Mohamadi, n'ait pas été condamnée à la peine de mort, parce que le régime iranien a la main très leste, 975 personnes exécutées en 2024, 1639 au moins l'année dernière, autant de corps inertes, pendus, exposés ensuite à des grues de chantier, ce sont surtout des corps d'hommes. Pourquoi ?

4:47
Locuteur 4

La République islamique d'Iran est maître dans la terreur, mais aussi dans la guerre psychologique. Il n'y a pas d'automaticité dans la peine de mort. Et pourquoi des figures telles que Arges Mohamadi, mais comme d'autres, je pense notamment à l'avocate Nasrin Sotoudé, tributaire du prix Sakharov, pourquoi est-ce que certaines personnalités pourraient apparaître comme faisant l'objet d'une clémence et de la faveur du régime ? Ce n'est pas du tout le cas. Le régime sait que la mobilisation internationale, la pression internationale, le fait de décerner un certain nombre de prix pour la liberté, dans la diplomatie des droits humains, ça compte.

Et donc, la main lourde va en priorité s'abattre sur des jeunes garçons issus de milieux très populaires, en réalité, qui ne bénéficient pas d'un fort soutien international. Et donc, y compris dans cet outil qui permet de faire taire les voix dissidentes, on va frapper les plus vulnérables, les plus marginalisés. On va frapper les Baïs, qui sont une communauté religieuse persécutée en Iran. On va frapper les Kurdes au Kurdistan. Donc, on a cette peine de mort, encore une fois, qui est un outil de discrimination et de ségrégation, qui touche les plus faibles.

6:02
Invité politique

Alors qu'elle, Nargaz Mohamadi, a son prix Nobel de la paix, alors qu'il ne la protège de pas grand-chose en Iran, puisque vous nous racontiez ses conditions de détention, et sa fatigue, sa grande fatigue aujourd'hui. Mais est-ce qu'il est aussi question de la façon dont le régime iranien considère les femmes, y compris celles qui se sont battues pendant le mouvement Femmes-Vie-Liberté ? Il y a les opposants politiques, ce sont les hommes. Et puis, il y a les émeutières, ce sont les femmes.

6:30
Locuteur 4

Bon, si vous voulez, évidemment que la caractéristique de ce régime, qui est misogyne, qui institue ce que d'aucuns appellent et d'aucune l'apartheid de genre, c'est-à-dire un système de lois patriarcales qui vont instaurer une ségrégation des femmes dans tous les domaines de leur vie économique, sociale, politique. Elles sont évidemment entravées, elles ne peuvent pas accéder à toutes les fonctions politiques, elles ne peuvent pas être juges, leur témoignage vaut deux fois moins en justice, elles sont spoliées dans leur héritage, dans les lois de la filiation, elles sont désavantagées.

On a un certain nombre d'interdictions économiques, le fait de ne pas pouvoir, par exemple, voyager en dehors de l'autorisation de son époux et plus largement du code de la famille qui correspondait d'ailleurs, jusque dans les années 80-90, parfois certaines femmes ici en France pouvaient connaître, eh bien ces femmes-là ne sont pas considérées comme étant des outils ou en tout cas des vecteurs politiques, c'est-à-dire qu'on leur dénie même leur qualité d'opposante politique, on va venir minimiser leurs gestes de dissidence et en minimisant leurs gestes de dissidence, on dit finalement vous ne comptez pas.

Et donc le fait de ne pas les condamner à mort, quoique tout de même, je dis cela mais pour l'année 2026, on a un record des exécutions et des pendaisons, y compris parmi les femmes. On avait eu dans les années 80 un certain nombre de dissidentes politiques, souvent qui étaient placées de la gauche radicale, communiste, eh bien qui avaient été condamnées à mort et on a vu que cette année, de nouveau, des femmes avaient été exécutées. Donc on voit bien que cette ambivalence du régime à l'égard de la dissidence des femmes, eh bien se fracture face à la réalité tout de même de ces jeunes femmes qui ont pris très tôt la rue en 2022 et de nouveau en janvier 2026.

8:16
Invité politique

Ces corps qui sont ensuite exhibés sur leur potence d'aluminium et d'acier au carrefour des grands axes de Téhéran, d'Ispahan ou de Shiraz, une mise en scène de la mise à mort, une mise en scène de la cruauté avec un rituel précis. La plupart du temps, l'exécution se déroule au moment de la prière de l'Aubé. D'abord, on donne 74 coups de fouet. Chéri Nardakani, vous avez fondé l'association Iran Justice en 2022, peu de temps après la mort de Gina Massahamini. Et vous avez suivi à ce moment-là, comme tant d'autres, en particulier les iraniennes de la diaspora.

Vous avez vu sur les réseaux sociaux les images de ces femmes qui grimpent sur des voitures, qui agitent leur foulard en l'air, puis qui y mettent le feu. Ces corps qui incarnent une résistance et que tant d'autres femmes, en les imitant, ont perpétué jour après jour, révolte après révolte. Qu'est-ce que vous avez ressenti, Chéri Nardakani, qui provoque chez vous cette urgence-là de fonder une association ? Vous étiez ou êtes un maillon de cette chaîne-là, même à des milliers de kilomètres de distance.

9:16
Locuteur 4

Alors déjà, je vais vous donner une anecdote. Au moment où Gina Massahamini est morte, le 16 septembre dernier, morte sous les coups de la police des mœurs. Donc c'est une femme qui est tuée par un État. Et par les forces légitimes de cet État, elle va tomber sous les coups d'une police et d'une police spéciale, puisqu'elle est chargée de faire respecter une loi sur le corps des femmes qui va leur imposer non seulement une façon de se vêtir, mais aussi, en définitive, de penser dans une société, d'inter-réagir avec les autres. Et moi, je me trouvais à ce moment-là dans une audience, je plaidais, et je plaidais pour un agresseur, c'est-à-dire un homme qui avait agressé une femme.

Et voilà que cette femme-là aurait pu mourir sous les coups de son époux. Je sors de l'audience, et là, une alerte qui arrive sur mon smartphone. Cette femme, Gina Massahamini, morte des coups de cette police. Et à ce moment-là, je me suis dit, mais comment est-ce possible qu'il existe partout dans le monde ? Et je crois que c'est l'universalité de la féminitude pour reprendre cette condition des femmes, qui est le malheur d'être femme. Des femmes meurent d'être femmes. Et je crois qu'automatiquement, il s'est passé quelque chose chez moi, une forme d'identification qui allait au-delà même, le fait que je sois iranienne. C'est de se dire, comment c'est encore possible aujourd'hui en France ?

Et donc, tout de suite vient la question de l'imputabilité. Qui est responsable de cette mort ? Quels sont les mécanismes qui sont responsables de cela ? Les lois, bien sûr, les lois patriarcales dans cet État, mais aussi les mécanismes qui font qu'on ne peut pas aujourd'hui demander vérité et justice pour Gina Massahamini, parce que l'État iranien continue de refuser de reconnaître les faits. Voilà, continue d'expliquer que c'est une femme qui était fragile, qui avait des antécédents médicaux et qui est morte toute seule. Voilà. Et donc, cette exigence de vérité et de justice, pour reconstituer ce qui s'est passé, eh bien, je crois que ça dépasse plus largement le cas de Gina Massahamini.

Et c'est une quête pour le peuple iranien aujourd'hui. Vérité et justice pour tous les morts.

11:18
Invité politique

Un mois après le début des soulèvements de l'année 2022 en Iran, la revue iranienne Haras publie un texte écrit par une manifestante et traduit pour la revue Ballast par l'anthropologue Shora Makaremi. Cette jeune femme s'adresse à son compagnon. Elle raconte le jour où les manifestations sont arrivées dans sa ville. Les tout premiers instants, écrit-elle, il était étrange d'être là, dans la rue, entourée de manifestants et manifestantes que j'avais observées à travers l'écran de mon téléphone, que j'avais admirées, dont j'avais pleuré la témérité. Je regardais autour de moi et j'essayais de synchroniser les images de la rue et sa réalité.

L'espace de la rue n'était plus effrayant, mais banal. Tout était ordinaire, même quand des hommes armés de matraques, de fusils et de tasers attaquaient pour nous disperser. La douleur que j'avais imaginée en regardant les vidéos n'était pas là. L'expérience de la rue suspendait jusqu'à la pensée de la mort. C'est ce que voient les spectateurs, des gens prêts à mourir. Non, nous ne sommes pas prêts. Nous en avons fini avec la pensée de la mort. Est-ce que vous, chérie Nardakani, quand vous êtes allée, les dernières fois que vous êtes allée en Iran, vous avez pu assister à ce genre de manifestation ? Ou est-ce que c'était déjà trop tard, vous ne pouviez plus y aller à ce moment-là ?

12:27
Locuteur 4

La dernière fois que je suis allée en Iran, c'était en 2019. À l'époque, c'était Ebrahim Raisi qui était le président. Vous avez connu son sort malheureux, puisqu'il est mort dans un accident d'hélicoptère. C'était déjà un tournant extrêmement sécuritaire. Ebrahim Raisi était un dur. Et les ressortissants binationaux, tels que moi, étaient déjà défavorablement admis en Iran. C'est la dernière fois que j'ai pu m'y rendre. La répression était évidemment au plus haut, mais surtout, les conditions économiques étaient déjà extrêmement défavorables. Et les Iraniens souffraient beaucoup de la hausse des prix, si bien que l'atmosphère n'était pas tout à fait propice.

Et peu après, les manifestations de 2019, contre les prix de l'énergie, ont amené à ces mobilisations. Mais il faut bien comprendre que quand vous êtes binational, le simple fait de vous trouver dans ces manifestations-là peut vous valoir à vous des ennuis, mais aussi à ceux qui vous accompagnent, qui peuvent aussitôt être accusés de collaboration avec des États occidentaux ennemis. Et évidemment, il faut prendre des précautions. Même quand on se trouve en Iran avec une binationalité telle que moi, on essaye de faire en sorte de se tenir plus ou moins un carreau pour ne pas inquiéter ceux de nos proches qui pourraient être en difficulté.

13:49
Invité politique

Vous avez une binationalité parce que vous êtes né en France, deux parents iraniens, exilés après la révolution islamique. Comment est-ce qu'ils s'étaient rencontrés, votre père et votre mère ?

13:58
Locuteur 4

Comme beaucoup d'Iraniens, hélas. Et ce que j'ai appris, c'est qu'en fait, on devient iranien en souffrant ou en aimant. Il y a deux façons de comprendre son iranité. Soit vous souffrez ensemble, soit vous tombez éperdument amoureux. D'ailleurs, d'un amour fou, comme les Iraniens peuvent en connaître. Et mes parents étaient soignants, tous les deux. Mon papa était chirurgien et ma maman était infirmière. Et ils se sont rencontrés à la guerre. Je suis un enfant de la guerre.

La guerre Iran-Irak, puisque à l'époque, la jeune république islamique de Khomeini, fraîchement installée en 1979, a connu, dès 1980, cette infâme guerre avec Saddam Hussein, qui a fait des millions de morts de part et d'autre. Une guerre extrêmement sanglante. Et qui a d'ailleurs vu le sud de l'Iran, la région du Shoukhouz Eston, qui est une région qui concentre toutes les infrastructures pétrolières du pays, extrêmement riche, qui a été bombardée, sans relâche, jour et nuit, pendant presque huit ans. Et c'est dans ce contexte que mes parents, malgré tout, se sont rencontrés et aimés.

15:00
Invité politique

Parce que votre père était chirurgien et votre mère infirmière. Ils se sont donc rencontrés sur le front, où ils étaient envoyés pour soigner les blessés. Ils avaient participé tous les deux au soulèvement à la révolution de 1989. De 79, pardon.

15:13
Locuteur 4

Ma mère n'était pas une grande militante politique. C'était une femme qui estimait que sa condition de femme l'avait entravée. Et donc, elle avait une revanche à prendre sur la vie. Et c'est par son travail. C'était la première femme lettrée de sa famille. Plus de dix enfants. C'était la première à accéder à l'éducation supérieure, à l'enseignement supérieur. Et c'est par sa force de travail, se mettre au service des autres, qu'elle m'a finalement fait une leçon de féminisme. En revanche, mon père était un intellectuel engagé, effectivement, plutôt de gauche.

Et malheureusement, il a constaté cette révolution volée par les forces islamistes qui, arrivées à peine au pouvoir, ont liquidé littéralement les forces laïques, les forces progressistes non islamistes. Et je crois qu'il ne s'en est jamais totalement remis.

16:03
Invité politique

Votre mère part seule d'abord pour Paris. Votre père finit par la rejoindre. Mais il ne veut pas rester. Son diplôme de chirurgien est reconnu. Mais ce n'est pas pareil d'exercer en France qu'en Iran. Donc, votre mère reste seule à Paris, enceinte de vous. Est-ce que vous allez souvent voir votre père quand vous êtes enfant, puis adolescente ? Et est-ce que surtout, vous allez voir l'Iran, ce pays où vous avez vos racines ?

16:25
Locuteur 4

Vous avez effectivement souligné un point intéressant. C'est la question de l'exil et de l'exil au féminin. Je crois que les femmes vivent l'exil différemment. Ma mère a tout reconstruit. Elle a dû réapprendre une langue, cette langue qui était la langue pour elle de la liberté, le français, la langue du go. Mon père n'a pas bien vécu le déclassement professionnel. Et pourtant, il n'était pas égaux dans l'exil. Mon père était francophone. Ma mère ne l'était pas. Mon père était un intellectuel, un érudit. C'était moins le cas de ma maman. Et pour autant, cette perte professionnelle a été difficilement vécue par mon père. Et je me souviens de cette phrase.

Ma mère qui disait, « Mais tu sais, Chérine, au fond, un homme peut retourner vivre en République islamique parce qu'il y a le tyran du dehors. Mais pour les femmes, sous la République islamique, il y a aussi le tyran du dedans. Donc, on n'est pas égaux face à cette dictature théocratique. Et donc, effectivement, c'est dans ce contexte que je suis née. Et très rapidement, je suis entourée de femmes autour de moi, les copines de ma maman. Et je me suis rendue compte, effectivement, que ces femmes étaient évidemment très courageuses. Et j'ai rencontré de nouveau ce pays, le pays qui est le pays de mes parents. Et puis, il y a eu une rupture aussi à l'adolescence.

Il m'était très difficile de retourner en Iran par rapport aux entraves qui pesaient sur la jeune femme que j'étais. Et j'avais beaucoup de révoltes en y retournant peu à peu.

17:49
Invité politique

Alors, pour parler de l'exil, on voulait vous proposer d'écouter les mots de Mina Cavani, comédienne née à Téhéran, dans ce spectacle qui s'est donné au Bouffe du Nord à Paris cette année.

17:59
Locuteur 2

Maintenant que je n'ai plus rien, aidez-moi. Maintenant que j'ai tout perdu, c'est vous qui êtes familier de cet endroit. Moi, j'en suis l'étrangère. Je suis celle qui a fui et qui a raison d'avoir fui. Je ne vous connais pas. Vous, vous ne risquez rien. Vous savez d'où je viens et où je vais. Vous connaissez ces rues. Vous connaissez ces heures. Vous connaissez vos plans. Moi, je ne connais rien. Moi, je risque tout devant vous. Je ne sais plus mon sexe. Je suis comme un homme travesti en femme, une femme travestie en homme.

19:02
Invité politique

La comédienne Mina Cavani, dans son spectacle La Maison Noire, bien que vous soyez née en France, Chérin Ardacani, est-ce que ces mots vous touchent particulièrement ?

19:14
Locuteur 4

Oui, ces mots me touchent parce que je crois que ça dit quelque chose de la condition des femmes qui est une éternelle lutte pour se désentraver des chaînes partout quand on est une femme, quand on est exilée, qui plus est. Et Mina Cavani, par ailleurs, qui est une comédienne très talentueuse, le sait d'autant plus qu'elle a dû, elle aussi, quitter son pays pour pouvoir exercer sa profession, pour être artiste, après avoir été censurée et condamnée pour avoir joué, notamment, dans un certain nombre de films qui ont été jugés impies. Et oui, je crois que c'est une lutte perpétuelle.

19:57
Invité politique

Vous défendez aussi des femmes en exil. Elles vous contactent ?

20:01
Locuteur 4

Oui, je défends un certain nombre de femmes puisque lorsque le soulèvement de Gina Massahamini, Femmes, Vie, Liberté, est arrivé à son paroxysme, il y a des femmes, des journalistes, des militantes pour les droits humains qui ont mis leur vie en jeu et se posaient la question pour elles de quitter, à contre-coeur d'ailleurs, ce pays pour lesquels elles s'étaient tant battues, et la question de leur porter assistance et secours en les mettant dans des conditions pour pouvoir demander notamment des visas humanitaires s'est posée.

Et d'ailleurs, nous avons vu là, malheureusement, qu'un certain nombre de discours qui, au premier chef, pourraient apparaître en solidarité avec les femmes iraniennes, se heurtaient à un mur parfois très réaliste où les demandes de visas étaient refusées. Et donc, ça pose aussi la question de la solidarité nécessaire avec ces femmes qui fuient dans des conditions parfois comparables notamment aux Afghans, et la nécessité de les accueillir pour qu'elles trouvent un refuge en France. Et ça passe évidemment par un accueil inconditionnel.

21:04
Invité politique

Votre père, lui, vit toujours dans la ville d'Aouaz, une ville du sud-ouest de l'Iran, proche de la frontière avec l'Irak, ville bombardée par les Etats-Unis il y a un mois. On vous retrouve plus tard pour en parler. Chine Rina Dacani, vous restez avec nous. Il est 8h.

21:20
Présentateur

7h-9h, les matins d'été, Julie Gacon.

21:23
Invité politique

Nous sommes toujours avec notre invitée, Chine Rina Dacani, avocate en droit des étrangers et en droit pénal, président de l'association Iran Justice, fondée en 2022 après la mort de Gina Massahamini. Nous avons parlé tout à l'heure des femmes d'Iran que vous défendez, que vous suivez, que vous lisez, que vous accompagnez en pensée et dans le cœur, comme si vous étiez vous-même d'ailleurs un maillon de cette chaîne-là, ces corps qui incarnent une résistance perpétuée de soulèvement en soulèvement. Avez-vous, chérie Rina Dacani, des nouvelles de votre père qui vit en Iran dans la ville d'Aouaz, une ville du sud-ouest du pays, qui est proche de la frontière avec l'Irak ?

Les forces d'Amé états-uniennes s'en rapprochent en juillet. Est-ce qu'elles ont frappé ?

22:04
Locuteur 4

Oui, la ville d'Aouaz et de Bandar Abos et plus au sud, le port de Boucher, qui donne sur la mer, ont été frappés. Comme jadis, je l'ai dit, la guerre Iran-Irak, les peuples du sud ont payé un lourd tribut de cette guerre et de nouveau, la guerre n'a jamais quitté les peuples du sud, la guerre n'a jamais quitté mon père d'ailleurs qui en a beaucoup souffert et donc on assiste dans les villes à des ruines. Téhéran a été beaucoup frappé aussi, c'est une nouveauté par rapport aux conflits précédents. Les Téhéranais, d'une certaine façon, n'ont jamais connu d'expérience de la guerre comme les populations du sud.

Il faut comprendre que les infrastructures pétrolières et les richesses du pays sont concentrées dans le Huzeston qui est une région qui attire toutes les convoitises et donc mon père se trouve là.

22:58
Invité politique

Et en juillet, quand vous saviez que les forces états-uniennes souhaitaient bombarder cette région, vous lui avez écrit une lettre à votre père et vous l'avez apportée pour nous la lire. Est-ce que vous voulez bien ?

23:10
Locuteur 4

Oui, je vais lire cette petite lettre. Par pitié, quitte cet endroit, ce n'est pas raisonnable. Les Américains bombarderont encore cette nuit. Rien n'y fait. Supplications, chantage affectif, menaces coercitives. Mon père ne bougera pas de là. Au diable, ce boulevard saturé de peicons rafistolés, de renaux bas de gamme, de mobilettes surchargées, de toutes sortes de cargaisons brinques ballantes, agneaux vivants leurs derniers instants, bobines de gaz incouples et leurs enfants. Au diable, ces devantures exsangues, ces ampoules lumineuses défectueuses, ces états bordéliques aux bijoux de toques et de brocs.

Au diable, ces vieux qui vendent dans leurs échoppes minuscules toutes sortes d'objets inutiles, ces enfants rachitiques qui apostrophent les passants pour leur vendre quelques mouchoirs. Au diable, cet air pétrolé qui brûle les poumons, les pluies acides qui font des boutons, les tempêtes de sable qui arrachent des larmes mécaniques. Au diable, les chiens errants, les portraits d'adolescents morts, les sous-sols de la banque nadérie où on amputait sans anesthésie et à la chaîne, les enfants soldats envoyés s'exploser la cervelle au paradis de Khomeini.

Au diable, les raffineries, les fumées toxiques, les oléoducs qui bordent la route, les ouvriers, les parcoulons piqueniquent le soir, les arabes d'Iran, les perses d'Iran, au diable mon père, mon père ne bougera pas de là, sur ce boulevard, il y a l'éclat de rire de ma mère, ma première glace à l'eau, le vagabond à qui on donne chaque matin de l'eau et du pain.

24:55
Invité politique

Cette ville d'Aouaz qui est donc la ville de votre père Shirin Ardakani où vous parlez de ces sous-sols de la banque Naderay où on amputait sans anesthésie les enfants soldats envoyés s'exploser la cervelle au paradis de Rouméneille, les balles du dictateur, des dictateurs ou les bombes de l'étranger. Shirin Ardakani, vous qui nous avez raconté tout à l'heure votre combat sans relâche pour les droits des femmes en Iran, que font les bombardements des Etats-Unis et d'Israël à cette lutte si chèrement payées par les femmes et aussi par les hommes d'Iran ? Est-ce qu'ils sont ces bombardements un encouragement ou une dévastation plus grande encore ? Est-ce qu'il faut à tout prix choisir ?

25:34
Locuteur 4

Le sentiment que la mort est à tous les carrefours pour les Iraniens, quelle que soit la main qui les tue, celle du dictateur, de la potence, de la peine de mort qui continue de s'abattre chaque jour. Les exécutions atteignent leur paroxysme. Mais s'ils survivent, eh bien voilà que les bombes s'abattent sur les toits de leur maison. Et donc on a vraiment le sentiment aujourd'hui que les Iraniens sont sans cesse déshumanisés et avec cette opération assez infâme qui consiste à présenter la guerre comme une entreprise des libérations. La guerre est une infamie. La guerre est une infamie. Je crois que nous le savons. Mais il faut le rappeler, la guerre n'a jamais sauvé personne.

Et aujourd'hui, les Iraniens se trouvent en proie à une désespérance qui est celle de se dire au fond, il n'y a plus d'issue. Et nous n'avons en définitive que le droit de mourir. Et ça, c'est insupportable. Parce qu'on peut vivre, on peut continuer de se battre, mais quand on n'a plus d'espoir, c'est difficile de gagner une révolution. Et donc je crois que cette infamie qu'est la guerre, dont toutes nos familles sont marquées, sont traumatisées par la guerre. Moi, je suis issue, je l'ai dit, je suis le produit de la guerre. Et on ne s'en remet jamais totalement. Et vous avez des générations d'enfants qui continueront de vivre les traumatismes de leurs parents.

Voilà, donc c'est une infamie, il faut le rappeler. Et vous savez, moi j'ai été frappée de la façon dont on a déshumanisé les Iraniens. Parce qu'en 2022, en 2023, en 2024, j'intervenais dans les médias. Et puis alors, on vantait effectivement ces femmes qui se soulevaient dans le mouvement Femmes et Libertés. Et voilà que parfois, ceux qui avaient loué leur courage, nous expliquaient qu'au fond, je reprends cette expression infâme, on ne fait pas d'omelette sans casser deux oeufs. Au fond, que ces femmes-là, ce seraient des dommages collatéraux parce qu'il y aurait une raison supérieure qui pourrait justifier la guerre.

Et donc voyez à quel point, très rapidement, on se retrouve privés de notre humanité quand la guerre sert une narration qui n'est jamais l'allié des peuples. Voilà. Donc le dictateur utilise aujourd'hui la guerre contre l'ennemi extérieur pour venir justifier de nouveau une répression, une traque des dissidents. Évidemment, la République islamique n'a pas besoin de prétexte pour participer à cela.

Mais il faut bien dire que la récente condamnation, je prends cet exemple de cette photo journaliste Yosra Mouadi qui a été condamnée il y a deux jours à 15 ans de prison pour avoir précisément pris des clichés des manifestants le 8 et le 9 janvier dernier et bien a été condamnée pour collaboration avec un État belligérant ennemi. Vous voyez ? Et donc cette guerre vient nourrir ces délires qui sont des délires sécuritaires de la République islamique. Donc non, la guerre n'aide pas les peuples en lutte pour leur auto-détermination.

28:34
Invité politique

Et la République islamique qui sait très bien d'ailleurs extorquer des aveux sous la torture et certains se découvrent après des heures et des heures de supplice tout d'un coup collaborateurs des États-Unis ou d'Israël.

Lorsque les premiers bombardements états-uniens et israéliens ont plu sur l'Iran, le romancier Djavaheri dans Libération écrivait c'est ainsi que nous sommes réduits à regarder le ciel d'où est censé tomber notre salut nous attendons la délivrance du ciel alors même que la terre se défait sous nos pieds la société iranienne aspire à redevenir actrice de son destin on le disait à Shirin Ardakhani mais l'actualité encore et on l'a entendu dans les journaux et y compris dans les matins d'été hier on parle encore en ce moment de l'Iran par les déclarations de ses dirigeants hier on évoquait dans les enjeux le refus par les gardiens de la révolution des propositions faites par Donald Trump pour ouvrir le détroit d'Hormuz comment ne pas oublier les iraniens les iraniennes la société alors que ce sont à nouveau ces visages-là les visages des gardiens de la révolution qui s'affichent partout et on écoute ce qu'ils ont à dire à Donald Trump et on entend ce qu'ils ont à rétorquer pas à proposer en l'occurrence mais ce sont eux qu'on écoute

29:42
Locuteur 4

oui ce sont eux qu'on écoute mais parce que la guerre je l'ai dit tout à l'heure et bien donne la place à ceux des belligérants et donc on voit que la guerre est un spectacle et dans ce spectacle et bien les oubliés ce sont les populations civiles les populations civiles qui paient le plus lourd tribut parce qu'aujourd'hui on passe sous silence qu'il y a des civils aujourd'hui qui sont visés par ces frappes les frappes ne s'abattent jamais que sur les mollas les frappes ne s'abattent jamais que sur les casernes des militaires c'est une fable qu'on vient expliquer il y a évidemment plus de 3000 civils non combattants des écoles qui ont été frappées des hôpitaux qui ont été frappées des infrastructures civiles tout cela et bien ça porte des qualifications ce sont évidemment des crimes de guerre ce sont des crimes contre l'humanité et voyez la façon avec laquelle à raison nous nous émouvons lorsque et bien Vladimir Poutine autre criminel de guerre et contre l'humanité et bien procède à des crimes de guerre mais il faut aussi avec la même énergie pouvoir condamner lorsqu'elle est le fait et bien des Etats-Unis et d'Israël en Iran et bien au-delà d'ailleurs au Moyen-Orient en Palestine évidemment au Liban où il y a eu des millions de déplacés forcés dans le cadre et bien de ces guerres et donc finalement moi ça me rappelle ce poète Garous Abdelmalekian qui disait finalement c'est une malédiction d'être né au Moyen-Orient parce que vous n'avez finalement que le choix entre le dictateur ou bien les guerres impériales et je crois qu'il faut aujourd'hui dénoncer cela les Iraniens les Libanais les Palestiniens n'ont pas moins le droit de connaître la paix et la liberté

31:27
Invité politique

Pendant que vous vous échinez vous à collecter des preuves des exactions commises par le régime iranien contre sa propre population le droit international est bafoué partout à Gaza en Cisjordanie au Liban en Ukraine où est-ce que vous continuez à trouver la ressource en vous pour vous battre tous les jours et emmener avec vous d'ailleurs un certain nombre de personnes et puis question suivante quelles preuves vous essayez de collecter sur place

31:54
Locuteur 4

vous savez mon travail il a changé depuis 2022 en 2022 l'objectif d'Iran Justice était de documenter les crimes d'état commis par la république islamique d'Iran vous l'avez dit les exactions les aveux forcés les arrestations arbitraires les pendaisons qui se poursuivaient les attaques généralisées à l'encontre de la population civile lorsqu'on ouvre le feu contre des manifestants à grande échelle que les gens sont tués et bien c'est un crime contre l'humanité et voilà que nous nous sommes trouvés dans une séquence absolument inédite où je me suis retrouvée à faire le plaidoyer même pour le droit international c'est à dire que l'objet de notre association petit à petit s'est déplacé on se retrouvait plus à collecter des preuves pour traduire en justice les criminels mais à défendre même l'idée que cette démarche était nécessaire et qu'il n'y avait pas d'autre chemin que le droit international parce que voyez la petite musique qui s'est instaurée depuis 4 ans est qu'au fond c'est la loi de la brutalité c'est la loi du rapport de force de la réelle politique qui devrait s'imposer je refuse cette idée c'est une impasse il n'y a pas de chemin possible en dehors du droit la charte des Nations Unies en 1945 est un progrès de l'humanité c'est un progrès de l'humanité parce que 3% de la population civile mondiale au sortir d'une extermination épouvantable des civils de la Shoah et plus encore des forces qui ont combattu le fascisme et bien c'était un progrès de l'humanité parce que pour la première fois nous avons acté que l'ordre international reposait sur autre chose que la brutalité qu'il y avait là trois principes fondamentaux l'interdiction absolue du recours à la force le droit des civils de vivre et que non nous ne devions pas tuer des civils non combattants et le droit des peuples à l'autodétermination c'est un progrès de l'humanité il faut le sauvegarder il faut se défendre et soit si nous sommes les derniers et bien nous continuerons de le faire

33:44
Invité politique

et vous continuez quand même ce travail ce sont deux directions différentes que vous avez prises vous dites la nature de votre travail a changé néanmoins vous continuez ce travail de collecte de preuves des exactions du régime et ça consiste en quoi à la fois cette collecte et ces preuves

33:58
Locuteur 4

une collecte de témoignages évidemment de ceux qui subissent la répression qui parfois trouve refuge en France et c'est j'insiste la solidarité nécessaire avec les peuples en lutte pour la démocratie c'est pas simplement une solidarité qui n'est pas attachée à des effets concrets il faut accueillir les journalistes qui ont documenté les crimes de l'état iranien parce que ce sont autant de matériaux qui sont ensuite mis à disposition à la fois des juristes mais aussi des mécanismes internationaux la find finding mission qui est un mécanisme d'enquête des Nations Unies qui depuis 2022 recueille ces preuves et moi je ne désespère pas il y a un chemin possible ces criminels contre l'humanité doivent être poursuivis devant les juridictions internationales et peu m'importe aujourd'hui que ces juridictions internationales sont malmenées sont délégitimisées par les mêmes d'ailleurs qui bafouent le droit international évidemment Trump ne reconnaît pas la cour pénale internationale incite les états à se désengager nous l'avons vu ces derniers temps refuse à la cour ces financements et bien visent des juges de la cour pénale internationale les visent par des sanctions nous l'avons vu de la même façon Netanyahou ne reconnaît pas aujourd'hui la légitimité de cette juridiction pas davantage d'ailleurs que les dignitaires iraniens et bien nous nous devons nous battre pour rappeler que ces juridictions internationales ont vocation à traduire les criminels un jour en justice et nous ne devons pas et bien ménager nos efforts

35:25
Invité politique

au conflit armé en général Chirine Redakani vous opposez une résistance que vous qualifiez aussi de féministe de tous les mouvements sociaux pourquoi celui-ci vous paraît-il aujourd'hui le cas le plus pertinent pour vous opposer à la violence illégitime

35:41
Locuteur 4

j'étais dans la manifestation du 8 mars et voilà que j'ai vu sur une pancarpe un slogan qui m'apparaissait tout à fait indiqué l'axe du mal M-A-L-E qui va de Trump à Netanyahou en passant par Roménie ça me semblait tout à fait à propos parce que c'est vrai sans essentialiser aujourd'hui les forces à l'oeuvre les forces destructrices celles de la guerre et bien force est de constater qu'il y a un virilisme d'Etat qui se manifeste tout à l'heure notre ami chroniqueur a parlé de ce mouvement de chef de clan je crois qu'il y a aujourd'hui un lien absolument net entre cette hiérarchie de la violence virile au plus haut sommet de l'Etat le ressort d'un certain nombre de mouvements qui sont des mouvements misogynes qui sont des mouvements d'ailleurs religieux pour la plupart on voit cette percée aux Etats-Unis avec des fondamentalismes qui sont par ailleurs misogynes on le voit aussi en Israël avec ces ultra-hortes qui veulent finalement des lieux de non-mixité avec les femmes évidemment en République islamique d'Iran et je crois que ces mouvements qui sont des mouvements aujourd'hui masculinistes qui sont des mouvements qui veulent qu'ils s'en prennent aux femmes mais aussi aux peuples par cet ordre de destruction doivent être combattus et partout sont combattus par des mouvements anti-guerre de résistance féministe parce que je crois que c'est ça au fond le moteur de ces luttes les libertés pour les femmes mais aussi pour les peuples voilà donc je crois que ce chemin qui est un chemin non-violent qui est celui du respect du droit d'arracher des droits nouveaux et bien est celui que j'ai trouvé du côté des mouvements féministes

37:23
Invité politique

la guerre de 12 jours entre Israël et l'Iran en juin 2025 fut de ce point de vue un cas d'école du patriarcat en bande organisée écrivez-vous dans la revue La Déferlante il y a quelques semaines à part peut-être Catherine Lagrande et Cléopâtre bien que Cléopâtre ne soit pas à l'origine des guerres civiles romaines peu de femmes ont lancé des guerres et vous nous invitez aussi à réfléchir à cette question-là avocate de la défense en droit pénal vous nous disiez tout à l'heure que vous défendiez aussi des auteurs d'infractions sexuelles qu'est-ce que alors là on s'éloigne du droit international mais qu'est-ce que vous en attendez et en apprenez vous la j'allais dire militante féministe je ne sais pas s'il faut le dire comme ça

38:01
Locuteur 4

moi je milite pour les droits humains je milite pour les droits humains partout tout le temps et j'ai fait le choix en conscience de défendre les auteurs d'infractions sexuelles c'est ma façon à moi de reconnecter à mon humanité parce que je cherche à comprendre non pas à excuser mais à comprendre ce qui pousse un homme à commettre un acte un féminicide un crime de nature sexuelle et je crois que c'est ma façon à moi de me dire qu'il faut mener ce combat dans tous les interstices de cette lutte et j'invite les femmes mes consoeurs féministes à prendre la défense pénale il faut des féministes à ces endroits là il ne faut pas laisser la défense pénale féministe à ceux de nos confrères qui parfois jettent en pâture les partis civils à l'audience vont de nouveau victimiser des femmes qui ont trouvé le courage de parler donc que moi je revendique de me trouver à cette place là je crois qu'une défense pénale intransigeante est possible sans sacrifier les victimes de ces crimes

38:59
Invité politique

vous demandez notamment à la France de reconnaître pour l'Iran la criminalisation de l'apartheid de genre c'est aussi ce que défend Nargis Mohamedi prix Nobel de la paix que vous défendez on en parlait tout à l'heure avant le journal de 8h et on termine en écoutant sa voix

39:12
Locuteur 5

ceci est un appel à l'action les femmes en Iran et en Afghanistan sont en première ligne d'une bataille universelle contre un apartheid de genre elles risquent tout pour reprendre des droits qui n'auraient jamais dû leur être retirés leur combat n'est pas seulement le leur c'est le nôtre leur résistance prouve qu'aucun régime aucun pouvoir aucune oppression ne peut réduire les femmes au silence mais les mots seuls ne suffisent pas désormais il est temps d'agir nous devons construire une véritable solidarité pas seulement théorique mais dans la détermination dans l'action pour un réel changement

40:00
Invité politique

Nargis Mohamedi en mars 2025 quand vous défendez une femme comme elle Shirin Ardakani est-ce que vous la défendez elle ou est-ce que vous défendez sa cause ?

40:10
Locuteur 4

c'est assez contre-intuitif pour une avocate qui pour la première fois épouse la cause de sa cliente pour défendre des dissidentes et des dissidents incarcérés d'ailleurs je profite Betty Lashgar qui est une militante pour le droit des femmes féministes marocaines qui depuis un an est incarcérée dans les prisons marocaines pour avoir dit Dieu lesbienne sur un t-shirt et je pense évidemment à elle et la mobilisation doit aussi se poursuivre pour Betty Lashgar lorsqu'on défend des dissidentes politiques lorsqu'on défend des militantes féministes évidemment qu'il faut porter leur message et c'est le meilleur moyen de les défendre et donc évidemment que je ne peux que me solidariser avec la lutte de ces iraniennes qui demandent à ce que les lois patriarcales les lois de ségrégation qui infériorisent les femmes soient reconnues comme un crime contre l'humanité et donc j'appelle à ce que l'état français dans le cadre d'une diplomatie féministe œuvre en ce sens

41:03
Invité politique

Merci Shirin Radakani présidente d'Iran Justice avocate en droit des étrangers en droit pénal vous êtes aussi la co-autrice d'un ouvrage collectif qui s'appelle Des iraniennes femmes vie liberté 1979-2024 paru aux éditions des femmes Antoinette Fouque merci beaucoup d'avoir été avec nous Merci