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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous !· 11 mai 2026 22 min

Michel Barnier : « Trump veut voir terminer ce conflit, il a besoin de le terminer »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Michel Barnier

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Michel Barnier, merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes ancien Premier ministre et vous êtes actuellement député de la droite républicaine de Paris. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale représentée par Stéphane Vernet de Ouest France. Bonjour Stéphane.

0:26
Présentateur

Bonjour Auriane, Michel Barnier, bonjour. Bonjour.

0:28
Michel Barnier

Michel Barnier, on va commencer par revenir sur le conflit au Moyen-Orient, mais également sur la place que doit avoir l'Europe et les conséquences de ce conflit sur l'Europe. L'Iran, tout d'abord, qui menace la France de manière inédite, averti d'une réponse décisive et immédiate de son armée en cas de déploiement français dans le détroit d'Hormuz. Comment vous jugez cette menace ?

0:49
Locuteur non identifié

Regardez ce conflit depuis maintenant qu'il a commencé, il y a plusieurs semaines, il est fait de menaces, de revirements, de déclarations erratiques du président des États-Unis, d'une résistance, d'une résilience du régime iranien qui continue à massacrer et à martyriser son peuple à l'intérieur, mais à être assez solide à l'extérieur. Donc il faut garder son calme, je crois, et continuer à voir quel rôle, non pas seulement la France toute seule avec son porte-avions et ses navires, mais avec les autres Européens, je pense notamment aux Anglais, peut tenir dans cette région pour le moment venu. Et ce moment-là, on n'est pas venu, il faudra assesser le feu, jouer un rôle de stabilisation.

1:32
Michel Barnier

Emmanuel Macron a répondu hier soir, il n'a jamais été question d'un déploiement, mais on se tient près, dit-il, il veut permettre de manière concertée d'assurer la reprise du trafic maritime. Vous soutenez sa position ? Oui, c'est ce que je viens de dire.

1:45
Locuteur non identifié

Le moment venu, le président de la République a dit le moment n'est pas venu. Mais il y a une réunion demain déjà avec le Royaume-Uni ? Mais ce n'est pas la première fois qu'il y a une réunion. Regardez cette idée du club des volontaires ou de la coalition des volontaires est une bonne idée, que je soutiens, à la fois pour encourager la paix en Europe et soutenir l'Ukraine, continuer à soutenir l'Ukraine qui en a besoin.

Et le Kazakhstan est trop prêt, comme le dit le chef de l'État, à intervenir pour préserver la fluidité, la circulation libre du droit d'Hormuz et sans doute aussi continuer à jouer le rôle qui est le nôtre d'allier et de soutien à certains pays du Golfe, avec lesquels je pense aux Émirats.

2:28
Michel Barnier

De quelle manière la France pourrait intervenir le Charles de Gaulle et prépositionner ? Quelles doivent être, selon vous, les modalités d'intervention de la France ?

2:35
Locuteur non identifié

Déjà dans le passé, je pense à des opérations communes, des Européens contre la piraterie au large de la corne d'Afrique. On a déjà monté des opérations en commun avec des bateaux, un commandement unique. On peut imaginer une opération comme celle-là.

2:49
Présentateur

Vous avez cité, M. Barnier, les déclarations erratiques de Donald Trump. Elles ne cessent de se succéder. Est-ce qu'on peut dire aujourd'hui que les Américains sont totalement tenus en échec dans cette affaire, aussi bien militairement que diplomatiquement ?

3:01
Locuteur non identifié

Les Américains ont mené une opération extrêmement brutale et solitaire avec la coopération d'Israël, sans nous demander notre avis. J'ai dit d'ailleurs dans les premières heures après ce début d'intervention que le régime iranien était plus solide qu'on le croit, avec cette double strate de dirigeants qui se remplacent les uns les autres, et puis aussi de services de sécurité qui sont impitoyables. Oui, je pense que ce n'est pas du tout ce qu'avait imaginé M. Trump, que de voir se poursuivre ce conflit et ce régime durer comme il dure.

3:43
Présentateur

Est-ce qu'il peut retirer ses troupes aujourd'hui sans donner l'impression d'avoir totalement perdu la face ?

3:46
Locuteur non identifié

Ce qui est clair, c'est que M. Trump veut terminer ce conflit. Il a besoin de le terminer, si possible sur ce qu'il appellera un succès, mais on en est loin, notamment en raison des élections de mid-terme qui arrivent et qu'il peut perdre.

3:59
Présentateur

Tout le paradoxe, c'est qu'on a l'impression que ce sont les Iraniens qui ont les clés du jeu en main. Oui, parce qu'ils ont ce verrou. Ils ont ce verrou. Donner une porte de sortie honorable, en fait.

4:07
Locuteur non identifié

Ils ont ce verrou qui est celui du détroit d'Hormuz et qui est un levier pour déstabiliser l'économie du monde. On le voit bien, y compris chez nous, avec l'augmentation du prix du pétrole.

4:18
Présentateur

Et est-ce que les alliés des Américains dans le Golfe peuvent accepter que cette guerre se poursuive indéfiniment, en fait ?

4:24
Locuteur non identifié

Je crois que M. Trump cherche un prétexte ou une raison pour terminer ce conflit. Est-ce que c'est lié à l'uragnement richi ? Est-ce que c'est lié à la destruction de nouvelles installations logistiques ou nucléaires ? Je ne peux pas le dire aujourd'hui. En tout cas, il cherche un prétexte ou une raison d'arrêter ce conflit, je pense.

4:40
Michel Barnier

Quelle leçon doit attirer l'Europe, justement, de ce conflit et du positionnement de Donald Trump ? L'Europe, Tanguy, doit prendre fin. C'est ce qu'a dit Raphaël Luxman il y a quelques jours pour appeler à ne plus dépendre militairement des États-Unis. C'est la bonne expression ?

4:53
Locuteur non identifié

Quelle leçon doit-on tirer de tous ces conflits qui nous entourent ? L'un qui est très proche, je recommande de ne pas l'oublier, la formidable résistance du peuple ukrainien, de l'armée ukrainienne qui fait reculer. On le voit depuis quelques semaines, les Russes. Et puis, ce nouveau conflit déclenché par les États-Unis et Israël. La leçon qu'on doit tirer, c'est qu'il faut réduire nos dépendances. Dans tous les domaines, on avait déjà dit ça, et je pense ça, d'après le conflit ukrainien, la dépendance en matière d'alimentation à l'égard de deux grands pays qui sont des producteurs de céréales et d'engrais, la dépendance en matière d'énergie, la dépendance en matière de sécurité.

Et il faut amplifier. Et c'est un moment de vérité pour l'Europe, je réponds à votre question. Un moment de vérité où nous devons savoir si on reste un supermarché, et on voit bien que ça ne suffit pas, ou si on se donne les moyens d'être une puissance, un acteur global. Qu'est-ce qui fait une puissance ?

5:46
Michel Barnier

– Mais ce que vous dites, c'est exactement ce qu'a dit Emmanuel Macron, il y a déjà cinq ans. Pourquoi on n'arrive pas, justement, à transformer les mots en actes ?

5:56
Locuteur non identifié

– Il ne faut pas seulement des incantations ou des discours, il faut une action continue et commune. L'Europe, ce n'est pas la France toute seule ou l'Allemagne toute seule. On ne veut pas faire une Europe française, on veut que la France reste européenne. En tout cas, c'est ma conviction, la France doit rester européenne, mais travailler avec les autres. Dans cette Europe, on ne décide plus de certains sujets tout seul, ce ne sont pas les autres qui décident pour nous, on décide avec les autres.

Donc ça prend du temps, parce que, précisément, nous ne sommes pas un État fédéral, on ne veut pas l'être, il n'y a pas un État européen, il n'y a pas une nation européenne, il n'y a pas un seul pays européen. Il y a 27 pays qui sont respectables les uns et les autres et qui doivent mutualiser et travailler ensemble. Je dis, qu'est-ce qui fait qu'on est un acteur ou qu'on n'est pas un acteur global qui compte vis-à-vis des Chinois, des Américains ou des Russes ? C'est une économie, y compris une économie technologique, c'est une monnaie, c'est une défense et une politique étrangère. On voit bien qu'on n'y est pas encore.

Et c'est le moment d'y arriver, non pas d'un seul coup, mais comme le disait Jean Monnet, on était le 9 mai, il y a quelques heures, pas à pas.

7:02
Michel Barnier

– Mais et avec qui ? Est-ce que la relance franco-allemand, ce qu'on appelait autrefois le moteur franco-allemand, aujourd'hui, il est encore vraiment un moteur ?

7:11
Locuteur non identifié

– Il y a des ratés dans ce moteur, si je puis dire. Et je n'ai jamais pensé que le tandem franco-allemand était la seule chose qui comptait. Il est de moins en moins suffisant et de plus en plus nécessaire, si je puis dire. De moins en moins nécessaire, de plus en plus nécessaire et de moins en moins suffisant. Il y a les autres pays qui comptent, l'Italie, l'Espagne, la Pologne, tous les pays comptent, y compris les plus petits en Europe. Vous me dites, avec qui on fait ? Ça dépend pour quoi faire. S'il s'agit de consolider le marché unique, on est 27. La monnaie unique, j'espère qu'on sera 27 un jour.

S'il s'agit de politiques en angers de défense, je pense qu'on doit établir un autre format. Et moi, je suis partisan d'un Conseil européen de sécurité et de défense qui regrouperait, en dehors des institutions européennes actuelles, les pays volontaires, on en parlait tout à l'heure, y inclut des pays qui ne sont pas ou qui ne sont plus dans l'Union européenne, comme l'Angleterre, qui compte beaucoup, ou la Norvège, qui n'en fait pas partie, l'Ukraine.

Un cadre intergouvernemental qui se réapproprierait la stratégie, la politique de défense, la sécurité, peut-être même des sujets d'investissement stratégique en commun, comme les technologies de rupture, l'intelligence artificielle, le quantique. Tous ces pays se mettraient ensemble dans une coalition des volontaires, j'appelle ça un Conseil de sécurité et de défense. Tout le monde devrait pouvoir y en faire partie. En tout cas, les pays qui ont un engagement le plus marqué pour la défense devraient diriger ce Conseil européen de sécurité et de défense.

8:39
Michel Barnier

– Mais qui serait quoi ? Une sorte de pilier européen de l'OTAN, qui rentrerait en concurrence avec l'OTAN ?

8:42
Locuteur non identifié

– Oui, précisément dont il s'agit, c'est-à-dire de européaniser l'OTAN et faire que le pays européen soit dirigé par les Européens.

8:50
Présentateur

– Ça se ferait forcément avec les Britanniques. Vous avez vu les résultats des élections locales au Royaume-Uni dernièrement. Donc, Kerstheimer est fragilisé. On disait le pays, comment on passe, qu'il y avait la volonté des Britanniques de revenir au sein de l'Union européenne. Ce résultat-là a l'air de démentir cette hypothèse. Comment est-ce que vous lisez les choses ?

9:10
Locuteur non identifié

– Il s'agit d'une élection locale. M. Starmer garde une très grande majorité absolue au Parlement, à la Chambre des communes, mais c'est un très lourd avertissement pour lui. Sans doute lié à des problèmes, il a reconnu même des erreurs dans la politique intérieure, la gestion des questions liées au pouvoir d'achat des Britanniques, l'immigration qui continue. Moi, je continue à penser, j'ai géré le Brexit du côté européen pendant 4 ans et demi, que c'est une formidable erreur et une faute contre l'intérêt national britannique, le Brexit, que d'avoir quitté le marché unique et l'Union douanière.

Je ne peux pas dire à ceux qui nous écoutent que les Britanniques pouvaient, il y a 10 ans, quitter l'Union européenne et rester dans le marché unique et l'Union douanière. Ils ont voulu tout quitter. Les Norvégiens sont dans le marché unique, mais ils ne sont pas dans l'Union européenne. Donc, ils ont tout quitté avec des conséquences lourdes. Ça ne veut pas dire que tout est lié, que toutes les difficultés sont liées au Brexit, mais je suis convaincu que toutes les difficultés britanniques sont plus graves à cause du Brexit.

10:09
Michel Barnier

D'autant que le parti anti-migrants a fait des scores très élevés dans les zones les plus pauvres, ces zones qui précisément avaient voté en faveur du Brexit.

10:16
Locuteur non identifié

Ce vote que je considère insensé, mais permettez-moi de tirer la leçon que j'ai déjà tirée quand j'ai écrit et décrit cette longue négociation. C'est un avertissement pour nous. Il y a des événements improbables, le Brexit était improbable, il est contraire à l'intérêt national britannique, mais qui se produisent. Et je crois qu'il faut faire tout en France pour que des événements improbables ne se produisent pas.

10:39
Michel Barnier

– Dans notre pays ?

10:40
Locuteur non identifié

– Oui, chez nous, je parle de ça.

10:41
Michel Barnier

– De quelle manière ?

10:42
Locuteur non identifié

– Par exemple, l'élection d'un président de la République qui viendrait de l'extrême droite et qui serait, comme l'est Mme Le Pen et M. Barra là, sur la ligne de M. Farage, qui sont ses amis, qui seraient anti-européens.

10:55
Michel Barnier

– Mais pour vous, le Brexit, ça a ouvert la voie à la montée des populismes en Europe ?

10:59
Locuteur non identifié

– Non, on voit bien, regardez ce qui vient de se passer en Hongrie et ce qui s'est passé depuis le Brexit en Pologne, que des pays qui avaient choisi à un moment le nationalisme et le populisme y ont renoncé parce que c'est une impasse et c'est un mensonge. Mais le temps de s'apercevoir que c'est un mensonge, parfois, j'ai fait beaucoup de dégâts. En tout cas, il n'y a pas de fatalité à la montée du populisme. C'est clairement ce que je pense et ce qui justifie mon combat aujourd'hui dans ma famille politique et dans cette idée de rassembler derrière un seul candidat aux élections présidentielles.

11:30
Michel Barnier

– Et on va en parler justement, sauf que le RN, à l'heure actuelle, il est toujours en tête dans les sondages. Qui peut l'arrêter ?

11:36
Locuteur non identifié

– Mais ce qu'il arrêtera, c'est une proposition différente, je l'espère, de la droite républicaine et du centre, ensemble, sur un programme de redressement et de rassemblant du pays, de réforme du pays.

11:48
Michel Barnier

– Programme sur lequel vous travaillez, vous travaillez à un projet, vous appelez les Français et contribuez, vous êtes candidat.

11:53
Locuteur non identifié

– Non, il ne s'agit pas de mettre les personnes avant le programme. Moi, je me bats pour l'unité de projet et l'unité qui va avec des personnes le moment venu. Et ce n'est pas le sujet maintenant.

12:04
Michel Barnier

– Et ces personnes ne peuvent pas être vous ?

12:05
Locuteur non identifié

– Ce n'est pas le sujet maintenant de la candidature de tel ou tel. Il y a déjà beaucoup de candidats, franchement. Je pense même qu'il y en a un peu trop.

12:11
Michel Barnier

– Mais quand on travaille à un projet, Michel Barnier, c'est pour finir par le porté.

12:14
Locuteur non identifié

– Non, je veux être utile, je veux être utile et je l'ai toujours dit. – Mais de quelle manière ? – Je le suis par exemple en travaillant à ce programme Bâtir Ensemble 2027, auquel tous ceux qui nous écoutent peuvent contribuer. Il est sur un site particulier, Bâtir Ensemble 2027. On peut y contribuer, on a reçu des milliers de contributions de réactions. et je vais publier à la mi-juin une version 2, adaptée, corrigée, augmentée. Je travaille avec beaucoup de parlementaires, de ce qu'on appelait le socle commun, même si ça ne s'appelait plus comme ça, c'est-à-dire des mouvements centristes et des républicains.

Parce que je pense qu'il faut à la fois éviter les mots qui fâchent, il y a trop de mots qui fâchent actuellement, d'anathèmes des uns contre les autres.

12:51
Michel Barnier

– Y compris de la part de Bruno Retailleur ?

12:52
Locuteur non identifié

– De la part de tout le monde, il y a des anathèmes. Je pense qu'on devra tous travailler ensemble. Nous savons tous qu'après l'élection présidentielle, il faudra gagner les élections. L'égislative, permettez-moi de vous conseiller, à vous qui êtes journaliste, de ne pas oublier cette échéance très importante. On le voit bien actuellement. On a un président qui n'a pas de majorité absolue. Donc il faudra un président, un nouveau président, qui ait une majorité absolue.

13:16
Présentateur

– Tout le monde doit travailler ensemble, tout le monde le dit. Mais en même temps, qu'est-ce qu'on observe en ce moment ? On a l'impression que les partis dits de gouvernement sont au bord de l'implosion. Regardez, au sein des Républicains, vous avez David Lysnard qui est parti. Mais chez Renaissance, vous avez Elisabeth Borne qui est restée à Renaissance mais qui a quitté le bureau exécutif. Boris Vallaud a fait la même chose au sein du Parti socialiste. Ce n'est pas l'union à laquelle on assiste, c'est une espèce de grande désagrégation.

13:37
Locuteur non identifié

– Je pense que je regrette beaucoup cette situation. Je pense qu'il aurait été bien préférable, dès le début, il y a quelques mois, de se mettre d'accord sur un processus pour avoir un seul candidat. Ce n'est pas ce qui a été fait. On a choisi chacun d'être dans son couloir, Renaissance, Horizons, les Républicains. Laissant ce temps, pendant quelques mois, jusqu'à l'automne, de la décantation où chacun défend son projet, les Républicains dont je fais partie ont procédé à un vote démocratique, des militants, je respecte ce vote, je suis loyal à l'égard de ce vote, en même temps, je suis libre.

14:10
Michel Barnier

– Vous le respectez, mais vous n'avez pas voté, vous, pour Bruno Retailleau.

14:13
Locuteur non identifié

Vous avez préféré voter pour une primaire ouverte. Pour qu'il y ait une élection plus ouverte sous forme d'une primaire.

14:18
Michel Barnier

– Ça veut dire que Bruno Retailleau, ce n'est pas le bon candidat pour les LR ?

14:21
Locuteur non identifié

– Je ne dis pas ça, je ne veux pas non plus personnaliser. Ce qui m'intéresse, c'est que le candidat des Républicains soit capable de rassembler les mots et les idées pour rassembler au-delà des Républicains, et notamment des électeurs du centre.

14:33
Michel Barnier

– Pardon, on rassemble jusqu'où ? Le rassemblement, pour vous, il doit aller jusqu'où ? – Est-ce que vous dites, comme Laurent Wauquiez, il faut aller regarder jusqu'à ce qu'il n'a pas ?

14:43
Locuteur non identifié

– Je ne dis pas, comme M. Wauquiez, qu'il faut regarder qu'à droite. Je pense même qu'il faut faire le contraire et être précisément dans une fierté et d'assumer le fait que nous sommes une droite décomplexée, une droite républicaine, comme je l'ai démontré quand j'étais Premier ministre, et travailler avec les élus et les citoyens du centre, des centres, c'est ça dont je parle.

15:07
Michel Barnier

– Des centres, ça veut dire centre-gauche aussi ?

15:09
Locuteur non identifié

– J'ai dit les centres, tous les mouvements centristes, non, il y a plusieurs centristes, il y a plusieurs mouvements centristes, mais je ne vais pas… – Mais il s'arrête où le centre ? Il s'arrête à Hervé Marseille

15:17
Michel Barnier

ou il faut aussi aller regarder du côté de Raphaël Guzman ?

15:19
Locuteur non identifié

– Non, il s'arrête à Hervé Marseille et à ceux avec lesquels nous avons travaillé quand j'étais Premier ministre. Vous avez trois formations, Horizon, Renaissance, le Modem, d'autres formations qui comptent, et surtout les électeurs, pensez un peu aux électeurs, on a des appareils politiques qui sont assez…

15:35
Michel Barnier

– Que ça suffira face à la montée du Rassemblement national ? C'est-à-dire, vous n'aurez pas besoin des électeurs de centre-gauche, des électeurs sociodémocrates aussi pour gagner ?

15:43
Locuteur non identifié

– Une élection présidentielle, c'est la rencontre d'un homme ou d'une femme avec le peuple, on ne va pas trier les électeurs.

15:49
Michel Barnier

– Non mais il faut leur parler à ces électeurs. Quel message vous leur envoyez ?

15:52
Locuteur non identifié

– Il faut leur parler de sécurité au quotidien, il faut leur parler de maîtrise de l'immigration, il faut leur parler de réduction du déficit, et je suis bien passé pour me souvenir de la difficulté de réduire le déficit qui est pourtant d'intérêt national, que réduire la dette de 3200 milliards d'euros qui pèse sur les épaules de nos enfants, et sur lesquels nous avons une attitude irresponsable de mon point de vue. Il faut leur parler d'éducation, de santé, il faut leur parler d'Europe, c'est tout ça que j'ai essayé de mettre dans ce projet Bâtir Ensemble, lisez-le attentivement.

16:22
Michel Barnier

– Mais on le lit, juste une question Michel-Barni, parce qu'on a bien compris que vous vouliez un candidat commun de la droite et du centre, juste maintenant que votre parti a refusé la primaire ouverte, on le désigne comment ce candidat ?

16:32
Locuteur non identifié

– Il faudra laisser le temps de cette décantation, peut-être les sondages, les réflexions des uns et des autres vont y aider, la lucidité aussi peut être autour de la table au moment venu, parce qu'on sait bien qu'à quelques mois d'une élection présidentielle, sans doute à la fin de l'année, qui sera en mesure d'être dans la compétition.

16:50
Michel Barnier

– Donc c'est quoi, ce sont les sondages ? La primaire, ce seront les sondages ?

16:53
Locuteur non identifié

– Je pense que tous ces candidats devront, chacun ayant mené sa route dans son couloir, défendu son projet, ses sensibilités, j'espère que chacun, ce à quoi j'appelle, essaiera d'éviter les mots qui fâchent, de jeter des anathèmes ou des exclusives, tous ces candidats devront se retrouver un jour ou l'autre.

17:11
Michel Barnier

– Mais ça veut dire, par exemple, si on se place à l'instant T, vous pourriez vous soutenir Edouard Philippe, qui à l'heure actuelle est le mieux placé dans les sondages ?

17:16
Locuteur non identifié

– Mais ne me demandez pas de dire maintenant ce que nous serons peut-être amenés à faire les uns ou les autres à la fin de l'année, ça peut être le contraire, ça peut être les amis d'Edouard Philippe qui soutiennent un candidat des Républicains, nous verrons bien, c'est trop tôt pour le dire, je regrette cette division, je regrette cet éparpillement, laissons-le se dérouler, c'est ce que j'appelle la décantation, et puis nous verrons bien, et en attendant, on peut travailler sur les idées, parce qu'au bout de la route, quel que soit le président de la République, j'espère qu'il sera de notre camp, la droite républicaine et le centre, il devra avoir une majorité absolue, de notre droite et du centre, ce n'est pas acquis d'avance, il devra convaincre les électeurs et mener un programme qui exigera du courage et de la volonté.

17:54
Présentateur

– Juste un mot, est-ce que vous avez écouté le discours d'Edouard Philippe à ses cadres d'Horizon, hier à Reims ? – Oui, je l'ai écouté. – Il a parlé d'un grand meeting de lancement de campagne le 5 juillet à Paris, par exemple, est-ce qu'on vous verra ce type de rassemblement ?

18:06
Locuteur non identifié

– Non, le 5 juillet c'est beaucoup trop tôt, chacun est dans son couloir, et donc les Républicains, leur candidat, Bruno Retailleau, Edouard Philippe est candidat d'Horizon, parce que là où je peux être utile, ce n'est pas en étant dans un meeting, c'est en travaillant à l'unité, en rassemblant, en réunissant des députés, des sénateurs, des élus locaux, de toutes ces formations politiques, et de démontrer ensemble, comme d'ailleurs des électeurs nous l'ont démontré, et nous l'ont demandé aux élections municipales. Qu'est-ce qu'ils nous ont demandé ? Dans toutes les communes qu'on a gagnées, on n'a pas toujours gagné quand on était unis, on a toujours perdu quand on était désunis.

Eh bien dans toutes les communes qu'on a gagné, des milliers de communes ont basculé vers la droite et le centre, les électeurs ont montré qu'ils étaient capables de travailler ensemble, ils nous ont dit unissez-vous là-haut à Paris, et occupez-vous de nos problèmes. Et les problèmes, on en a parlé madame, ce sont les problèmes de sécurité, d'immigration, de redressement des comptes, mettre de l'ordre dans la rue.

18:59
Michel Barnier

Et de pouvoir d'achat à l'heure actuelle. Les Français, le problème c'est le pouvoir d'achat, et c'est notamment la flambée des prix du carburant, Stéphane.

19:05
Présentateur

Le gouvernement a publié un décret ce week-end pour venir en aide aux entreprises du BTP, avec une remise sous condition de 20 centimes sur le Génère. Est-ce que ces aides ciblées auront-elles un impact sur les finances publiques ?

19:16
Locuteur non identifié

Je crois que le gouvernement a raison d'être attentif à ne pas laisser les portes ouvertes, les vannes s'ouvrir, parce qu'on n'a plus d'argent. On n'a plus les moyens d'aider tout le monde. On n'a plus les moyens, donc il faut dire la vérité. C'est une manière de gouverner aussi que de dire la vérité aux citoyens qui sont capables de l'entendre. Néanmoins, certaines professions, les agriculteurs, les pêcheurs, les aides-soignants, les personnes de la santé, les transports ont besoin d'être ciblées. C'est ce que fait le gouvernement, je crois que c'est correct.

19:42
Michel Barnier

Suffisamment ? Ou il en faut plus ?

19:44
Locuteur non identifié

Tous ceux qui sont concernés vous diront qu'il en faut plus. Il faut faire attention.

19:49
Michel Barnier

Mais vous, ils connaissez bien l'état des finances publiques. Qu'est-ce que vous dites ?

19:51
Locuteur non identifié

Il n'y a plus d'argent, donc il faut faire attention.

19:53
Michel Barnier

Donc on ne peut pas faire plus.

19:53
Présentateur

Le problème, c'est que la crise dure. Quand le Rassemblement national, par exemple, demande à renoncer à appliquer les certificats d'économie d'énergie ou à baisser la TVA sur les carburants, c'est une bonne ou une mauvaise idée ?

20:03
Locuteur non identifié

On peut toujours demander plus d'argent, diminuer les taxes. Je pense que ce qui a été demandé aux entreprises aussi, notamment de grandes entreprises comme Total, de stabiliser leurs prix et de bloquer leurs prix, ce sont de bonnes méthodes.

20:15
Michel Barnier

Un dernier mot là-dessus. Est-ce qu'il faut une commission d'enquête parlementaire sur cette flambée des prix du carburant ?

20:19
Locuteur non identifié

Moi, je pense que oui. Je pense que, ne serait-ce que pour établir les faits, éviter la démagogie ou montrer le coût de la démagogie aussi. Antoine Vermorel, qui est député de mon parti, a fait cette proposition. Je pense que c'est une bonne proposition. Vous savez, une commission d'enquête, si elle est bien menée, ça n'a pas toujours été le cas. Parlez du jeu visuel public ? Oui. Il faut éviter de malmener les institutions. Mais une commission d'enquête, c'est un outil de contrôle des députés. Je suis revenu à l'Assemblée nationale et je vois l'importance de ces outils de contrôle, des questions écrites, des questions râles, et aussi des commissions d'enquête.

Et c'est un moment de démocratie et d'explication publique.

20:58
Michel Barnier

Mais est-ce que vous j'ai qu'il y a eu un manque de transparence dans la part du gouvernement, si vous demandez une commission d'enquête ?

21:02
Locuteur non identifié

Je ne vous ai pas dit ça, mais comme il y a plein de choses qui se disent sur l'argent qu'on met de côté. Par exemple, l'État se fait sans doute, avec la TVA et certaines autres taxes, des surplus de recettes. Moi, je pense que ces surplus de recettes devraient être utilisés pour encourager l'électrification, notamment les personnes les plus fragiles, les plus modestes, pour les aider à obtenir des véhicules électriques. Voilà, ça, c'est une possibilité. Mais une commission d'enquête, c'est un moment de démocratie et d'explication.

21:29
Michel Barnier

Et justement, l'électrification, c'est la une de West France, Stéphane, ce matin. Pourquoi les ventes de voitures électriques sont en plein boom ? C'était la une de votre journal. Merci beaucoup, Stéphane. Et merci, Michel Barnier. Merci d'avoir été notre invité ce matin.