Discours de Marine Tondelier lors du Conseil fédéral - samedi 1er juillet 2023
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Mes chers amis, ce que nous vivons depuis la mort tragique de Naël, mercredi matin, est humainement éprouvant et politiquement inédit. Je vous propose que nous débutions ce moment d'échange et de réflexion sur l'actualité des derniers jours par un moment de recueil humain pour Naël, pour sa maman, pour sa grand-mère, pour ses amis et ses proches, pour celles et ceux qui s'identifient à lui, « Partageons ensemble une minute de silence ». Je vous remercie. Qui était censé vous protéger, qui est censé représenter l'ordre, la paix, comme l'expliquent les expressions « maintien de l'ordre » et « gardien de la paix ». Alors au drame individuel s'ajoute un enjeu politique.
Au Conseil fédéral, nous avons souhaité prendre le temps de ce discours pour que l'on pose ensemble les questions politiques qu'un tel drame soulève. 24 heures après la mort de Naël, Emmanuel Macron s'est exprimé pour dire que c'était, je cite, « inexplicable » et « inexcusable ». Nous, écologistes, ne sommes pas d'accord. Naël est effectivement inexcusable. Elle est par contre loin d'être inexplicable. Elle s'inscrit de fait dans un continuum. Un continuum de violences policières disproportionnées. La police qui s'oppose bien souvent, ou ralentit l'émergence de la vérité, une entrave dans le jargon.
En 1961, des Algériens furent tués par balles afin de stopper leur manifestation, passent en fait un boycott aux seuls Algériens. Dans un contexte de guerre d'indépendance algérienne, des coups de bidule portés par les agents, parfois même après leur... Des dizaines d'autres furent jetés dans la Seine, après avoir été jetés au sol et recouverts par les amas de corps. Même Roger Ruyol, inspecteur général de l'administration, il a trois, je rappelle qu'en mars 1955, il avait suggéré que la police judiciaire d'Algérie soit autorisée à utiliser certaines tortures, et en particulier celles avec un tuyau d'eau et de l'électricité.
Même lui, du convenir à demi-mot, du caractère inédit de cette répression. Aucun policier engagé le 17 octobre n'a été relevé de ses fonctions. Ils ont repris leur travail, comme si de rien n'était. Seule une petite minorité des Algériens blessés furent transportées à l'hôpital. C'est sûrement l'histoire de Malika Yazid, 8 ans. Le 24 juin 1973, cité des transits des Grous, à Freyne, des gendarmes cherchent un Algérien de 14 ans, son frère, Hydra, des gens envoyés en hôpital psychiatrique pour vol de mobilettes. Malika, qui jouait en bas de l'immeuble, court dans la chambre pour prévenir son frère que la police le recherche. Des gendarmes entrent alors dans l'appartement.
L'un d'eux lui met une gifle, l'emmène dans sa chambre pour la fermer, la porte et l'interroger. Elle ressortira dans le coma, elle mourra. Vous connaissez aussi, bien sûr, l'histoire de Malika Ousekine. Jeune étudiante de 22 ans à l'École supérieure des professions immobilières, il décède le 6 décembre 1986 d'un arrêt cardiaque provoqué par les coups de matraque qui lui ont été portés par deux agents des forces de l'ordre. Le seul témoin direct de la scène à l'époque, Paul Bézelon, fonctionnaire au ministère des Finances, résident au 20 rue Monsieur le Prince, au cœur du quartier latin, il décrira ainsi les faits. Je rentrais chez moi.
Au moment de fermer la porte, après avoir composé le code, je vois le visage affolé d'un jeune homme. Je le fais passer. Je veux refermer la porte. Mes deux policiers s'engouffrent dans le bol, se précipitent vers le type réfugié au fond, le frappent avec une violence incroyable. Il est tombé, ils ont continué à frapper, à coups de matraque, deux pieds dans le ventre et dans le dos. La victime se tente tenter de crier, je n'ai rien fait, je n'ai rien fait. Vous connaissez aussi l'histoire plus récente d'Adama Traoré. Sept ans après, la défenseur des droits Claire Hédon vient de rendre son verdict ce lundi.
Elle recommande que des poursuites disciplinaires soient engagées à l'encontre des gendarmes qui ont procédé à son interpellation en juillet 2016, ainsi qu'à un gendarme qui était en charge de la coordination des secours. Il leur est reproché d'avoir, je cite, « manqué à leur devoir de protection » en n'ayant pas pris le soin de préparer et de faciliter l'arrivée des pompiers. Les causes de ces blessures n'en sont pas évoquées dans ce rapport, mais la reconnaissance du manque de secours est un pas supplémentaire vers la vérité qui en appellera sûrement d'autres.
Nous les connaissons, ces histoires, nous en connaissons malheureusement bien d'autres, et je n'oublie pas celles dont on ne parle pas, faute d'images et d'intérêts de notre société pour ces abandonnés de la République. Non, la mort de Naël n'est pas un drame isolé qui n'impliquerait que la responsabilité d'un unique policier. Acceptons d'ailleurs une conséquence simple, les poursuites et les sanctions contre le policier en question, les appels au calme, non, ne suffiront pas.
Tant que ces problèmes structurels de rapport entre la police et la population, de racisme systémique, de manque de transparence, d'inégalité criante, de reconnaissance du poids de la colonisation dont nous sommes encore loin de mesurer toutes les conséquences, malgré les indépendances, tant que toutes ces questions ne seront pas posées, débattues, solutionnées collectivement, non, il n'y aura pas de justice, pas de vérité, et donc pas de... ça n'est évidemment pas le premier, et s'il est bonne rémise en œuvre, ce ne sera évidemment pas le dernier. Il intervient dans un contexte politique que vous connaissez.
En 2017, sous le gouvernement Cazeneuve, le Parlement a adopté une loi qui créait l'article de sécurité intérieure. L'objectif, alors, était d'encadrer l'usage de la force flétale par la police et la gendarmerie. A l'époque, les députés écologistes, dont Sergio Coronado, que je vois ici au premier rang, mais aussi André Chassaigne, chez les communistes, et Pouria Amir Chahy, avaient voté contre. Ils avaient alerté sur les dérives probables que ce texte engendrerait. Malheureusement, ils avaient raison. Malheureusement, ils n'ont pas été écoutés. Pire, cette mesure floue, appliquée de manière biaisée par une circulaire adressée aux policiers.
Les conséquences en ont été renseignées par des chercheurs indépendants, et le politologue Sébastien Rocher a par exemple établi que, depuis l'entrée en vigueur de cette disposition, on a enregistré chaque année. Surtout, 5 fois plus de personnes tuées démontrent bien que la façon des personnes ont été tuées par des tirs sur des refus d'obtempérer depuis 18 mois en France seulement. En Allemagne, non pas sur les 18 derniers mois, mais sur les 10 dernières années, il n'y en a eu qu'un, deux morts pour le même motif.
Donc oui, on doit le dire simplement, et c'est le premier problème politique que pose ce drame, nous avons un problème en France avec la façon dont sont gérés les refus d'obtempérer. Nous l'avons dit, nous l'avons redit, les députés écologistes ont même déposé une proposition de loi sur ce sujet en décembre, et 16 personnes tuées par des policiers, dont parfois une passagère, en 18 mois, ce n'est pas un petit problème, ce n'est pas un détail, ce n'est pas une statistique. C'est bien notre contrat social qui est profondément attaqué, quand ceux qui ont le mandat de nous protéger font l'inverse. Sur ce point donc, les choses sont très claires. La loi va devoir changer.
La loi va devoir changer sur ce point et sur d'autres. Nous le savons, tout le monde l'a compris, même ceux qui ne le souhaitent pas jusqu'ici au gouvernement. Les syndicats majoritaires de policiers aussi manifestement l'ont compris, et je pense que ce n'est pas l'unique explication, mais que c'est en partie en riposte à ce sentiment de perdre la main sur une disposition qu'ils ont inspirée, sans en démordre, qu'ils ont décidé hier de rédiger le communiqué inacceptable, dont vous avez peut-être pris connaissance dans l'après-midi. Un communiqué d'Alliance et de l'UNSA Police, qui emploie les mots suivants pour parler des jeunes, souvent des enfants, qui sont dans la rue depuis mercredi.
Je cite, « Hors de sauvage, nuisible, j'en passe ». Comment voulez-vous que la confiance s'est meilleure dans ce cas ? Ils disent aussi, noir sur blanc, qu'ils vont rentrer, je cite, « en résistance ». Un appel à la guerre civile, en somme. Rappelons que ce groupement syndical a réalisé en 2022 le score de 49,5% lors des dernières élections professionnelles. Les mots, le ton employé révèlent clairement que oui, si ce ne sont pas eux les représentants majoritaires de la police, il y a un problème systémique, et ça le mérite de clarifier clairement qui est ou non dans le champ républicain.
Le deuxième problème que nous avons, et que notre société a toujours eu du mal à adresser, c'est le racisme. Les personnes qui meurent, suite à des refus d'obtempérer, sont quasiment toujours, oui toujours, des personnes racisées. Les statistiques précises n'existent pas, mais si on fait une recherche des cas renseignés dans la presse, ce que la commission anti-racisme de LV a pris le temps de faire, et je les en remercie, c'est le constat que l'on fait. Il y a un problème de racisme dans la police. Nier cette réalité, se cacher systématiquement derrière des comportements individuels, est une forme de négation du politique. Oui, il y a un problème de racisme dans la police.
Cela ne veut évidemment pas dire que tous les policiers sont racistes, racistes, mais il y a bien un problème de racisme dans la police. Je vais répéter trois fois en 30 secondes, mais il va falloir vous y habituer, parce que nous continuerons à le dire et à le répéter, tant que ce sera le cas, que cela plaise ou non. On va continuer à le dire, parce que cela a été démontré maintes et maintes fois, les jeunes raffidés ont davantage de chances d'être ciblés par des contrôles intempestifs et souvent injustifiés. La collègue du front de mer a rappelé ce matin cette statistique. Un homme a pas plus de chances de se faire contrôler s'il est racisé que s'il a une à la peau blanche.
Et ce, dès le collège. Contrôle qui par ailleurs se passe mal, beaucoup trop souvent, utilisation du titoiement, humiliation inutile. Alors comment voulez-vous que cette jeunesse ait confiance dans la police ? Certains nous répondent que dire cela, c'est d'être antiflique. Je pense au contraire que c'est lucide et que c'est s'attaquer de front au problème pour le résoudre plutôt que de laisser pourrir ou plutôt prospérer, comme c'est le cas depuis des années. On nous renvoie aussi que la police est une institution mixte, donc elle ne peut pas être raciste. Oui, la mixité progrève dans les rangs de la police, c'est vrai. Mais cela ne protège pas cette institution du racisme, loin de là.
On se souvient d'échanges sur des messageries instantanées internes à la profession, qui avaient fuité et démontré toute l'ampleur du racisme que subissent au quotidien certains policiers racisés. Comme nous l'avons toujours fait, nous continuerons à leur apporter notre soutien, comme à toutes celles et ceux qui subissent des discriminations au quotidien, d'ailleurs. Le troisième problème politique posé par ce drame tient à la nature du débat public. Déjà, comment expliquer qu'après la mort violente d'un enfant, il ne soit pas possible de dialoguer, d'avoir un moment d'unité, d'empathie, de communion, de reconnaissance de la souffrance.
Il faut mesurer ce que cela contient de danger que d'être incapable d'y parvenir. J'étais avant-hier à Nanterre pour la marche blanche en hommage à elle, avec Sabrina Sébailly, députée de la circonscription de Nanterre, avec nos élus municipaux de Nanterre, avec Francesca Paschini, députée de la circonscription voisine d'Anière, et avec Patrick Cheymovitch, maire de la commune voisine de Colombes, et puis, évidemment, de très nombreux autres élus et militants, eux, élués. Nous avons pu voir l'immense dignité de la foule qui marchait, et j'ai aussi mesuré l'intensité de l'incompréhension et de la colère.
La foule était composée de femmes et d'hommes, de toutes les générations, de tous les âges. Cette colère se révèle face à cette injustice particulière, et ça aussi, il va falloir le dire, le répéter, jusqu'à ce que les conséquences soient tirées et les solutions trouvées. Cette colère planchée racine dans des décennies d'abandon et de mépris. Alors oui, cette colère, elle est légitime, et pourtant, les responsables politiques qui sont au pouvoir ne sont pas capables d'organiser des conditions du recueillement collectif.
Éric Dupond-Moretti, Gérald Darmanin, ont par exemple dit après à l'apaisement, mais pour, dans la phrase d'après, jeter de l'huile sur le feu en accusant leurs opposants politiques d'être complices, voire même co-responsables, des violences et des dégradations. Dans le même temps, ils refusent toute possibilité de compréhension de la colère et de la souffrance, de la jeunesse, et plus largement, de quartiers entiers qui ont été abandonnés. Nous le disons depuis le début, le calme, ça ne se décrète pas, ça se décrète pas. Nous y prendrons toute notre part, avec responsabilité, pour obtenir le calme, avec détermination, pour exiger des réponses politiques, car là, on n'irait pas sans l'autre.
Mais, c'est aussi un autre problème dans le débat public, nous n'avons pas la possibilité, ne serait-ce que de poser les problèmes auxquels nous sommes confrontés, sans être caricaturés. Les débats sérieux ont du mal à pouvoir être posés et menés dans ce pays, nous le déplorons, c'est une profonde crise démocratique que nous traversons. Lorsque l'on dit, par exemple, depuis des mois, voire des années, que l'on devrait collectivement, dans le calme, la rationalité, prendre le temps d'examiner la question de doctrine de maintien de l'ordre, qu'on devrait questionner la loi de 2017, ce que, d'ailleurs, reconnaît toute la presse étrangère, que nous renvoie-t-on ?
Lorsque l'on dit que oui, il faut beaucoup plus de formation initiale et continue pour les policiers, parce qu'aujourd'hui, ils n'ont pas les moyens de mener à bien leur mission, lorsque l'on insiste sur le fait que la désescalade, ça s'apprend, comme de nombreux pays voisins le font. Lorsque l'on pense que des solutions concrètes et simples existent, comme les caméras piétons, les récépicis de contrôle d'identité, oui, lorsque nous posons ces questions, que nous proposons ces solutions, que nous répondons, qu'on défeisterait la police. Voire même, certains ose dire, qu'on voudrait, je cite, « casser le public ».
La caricature permanente de son opposition politique ne peut rien apporter de bon. Ce que demandent les écologistes, c'est très simple, c'est la désescalade. Concrètement, qu'est-ce que cela signifie ? Il ne se s'agit pas de justifier la façon dont cette colère s'exprime, évidemment. Casser des services publics, ça n'est pas acceptable. Casser quoi que ce soit d'ailleurs, nous l'avons toujours dit, nous qui avons toujours, par ailleurs, prôné la non-violence, en toutes circonstances, mais sommes également adeptes de la désobéissance civile.
Mais oui, il faut reconnaître que cette colère et cette souffrance, elles sont légitimes, et qu'il nous faut analyser, discuter, débattre des causes de cette crise. C'est d'ailleurs ce que nous allons faire juste cet après-midi. Nous ne pensons pas que c'est uniquement en multipliant le nombre de policiers dans la rue qu'on résoudra cet immense problème de société. C'est nécessaire, évidemment, mais pas suffisant. Et ce n'est d'ailleurs pas leur rang de service, chacun se rend bien compte depuis plusieurs nuits à quel point cela les expose, eux-mêmes, en première ligne, à des risques réels.
Je voudrais d'ailleurs que nous ayons aussi une pensée, voire des applaudissements, pour les sapeurs-pompiers, les agents publics, les journalistes, les policiers, et les citoyens blessés ces derniers jours. Les commerçants qui ont été touchés, et dont les commerces, pour certains, on le sait, ne redémarreront jamais, nous demandons d'ailleurs au gouvernement de leur débloquer des aides en urgence et en conséquence. Vous pouvez applaudir aussi les commerces. Et puis une pensée aussi, évidemment, même si on parle très peu de dans la presse, pour les deux personnes mortes hier, la première à Cayenne, en Guyane, la seconde à Petit-Queuville, en Normandie.
Évidemment, je voulais aussi adresser un gros message de soutien aux élus locaux des villes concernées, qui se retrouvent depuis plusieurs nuits en première ligne. Depuis des années, ils, elles, se battent pour proposer à leurs concitoyens des établissements et des services publics de qualité. Ils, elles, voient, depuis trois nuits, ce travail littéralement, partir en fumée. Tout cela n'est qu'un dimanche gâché. Alors, je voulais qu'on les applaudisse aussi. Parti de la nuit sur le terrain, à tenter de garantir la sécurité des personnes, des biens, et en particulier des services publics.
Plusieurs d'entre eux ont vu leur mairie saccagée ou brûlée, comme Christian Béthéry, dont la mairie d'Arcueil a été dévastée. À Colombes, à Lyon, dans sa métropole, à Strasbourg, Grenoble, Poitiers, Besançon, Bordeaux, Tours, nous pourrions aussi citer toutes les villes où nous avons des élus écologistes. Il et elle ont fait tout ce qu'ils pouvaient, comme les maires et les élus des autres partis d'ailleurs. Il et elle ont fait tout ce qu'ils pouvaient, mais rappelons-nous, le maintien de l'ordre n'est pas de leur responsabilité, c'est celle de l'État.
Nos parlementaires font aussi un travail incroyable, et on entendra Sabrina Sébailly, députée de la circonscription, dans laquelle habitait Naël. Elle est sur le terrain jour et nuit, depuis mercredi, soutenant toutes celles et ceux qui peuvent aider, avec Francesca Paschini, députée de la circonscription voisine. Les écologistes sont depuis mercredi sur le terrain, aux côtés des populations, de toutes les populations. Mais ces violences aussi condamnables qu'elles soient ne doivent pas nous imposer l'économie de prendre du recul, de réfléchir, car c'est aussi notre responsabilité politique. Et c'est une question éminemment politique que de comprendre ce que dit cette violence.
Je me poserai toujours à cette phrase de celui qui pourrait concourir au prix du politique le plus irresponsable, et qui disait, certes, dans un autre domaine, « Expliquer, c'est déjà un peu vouloir excuser. » Vous l'avez reconnu ? Je suis sûre qu'il vous manque. Il s'agit de Manuel Valls. Je vois que vous aimez toujours autant. Il disait donc « Expliquer, c'est déjà vouloir un peu excuser. » Non, expliquer et excuser, ça n'est pas du tout la même chose. Et oui, les mots ont un sens. Si vous n'expliquez pas les choses, comment voulez-vous les comprendre, les prévenir et les empêcher ?
Alors oui, on a raison de rappeler que ce sont des services publics qui sont utilisés par les plus défavorisés qui sont dévastés, des services essentiels, ou encore des bureaux d'élus, celui de la présidente de notre conseil fédéral, Nadine Erati, là par exemple, était dans la nuit de jeudi à vendredi à Gentilly. Des élus, il faut l'applaudir aussi, ce sont les espaces de travail des élus qui ne comptent pas leurs heures et pas leurs engagements qui ont été saccagés. Et des agents de services publics qui sont effrayés ou dégoûtés, on les comprend aussi quand on connaît la difficulté de leurs tâches quotidiennes.
On ne peut pas accepter cela et on le condamne, comme on a toujours condamné les violences et les destructions. Évidemment que nous appelons au calme, même si nous partageons la colère, nous appelons au calme, mais nous devons trouver les voies pour comprendre, non des plaisants à Manuel Valls. Et puis, il y a un quatrième problème politique sur lequel nous n'avons pas entendu un seul mot du gouvernement en quatre jours. C'est l'immense abandon depuis des décennies dans lequel vivent des millions de Français des quartiers les plus défavorisés. On les appelle souvent les quartiers prioritaires ou politiques de la ville.
Et cette qualification est ce qu'elle a encore un sens lorsqu'on sait à quel point les politiques de la ville ont été réduites à peau de chagrin ces dernières années. Les mairies, même lorsqu'elles sont bien intentionnées et se démènent, ont vu leur dotation de fonctionnement de l'État diminuer de façon drastique et réduisant année après année la possibilité de financer la présence et l'accompagnement dans ces quartiers les plus difficiles. Il y a aussi des réussites qui méritent d'être soulignées tant tout est fait pour les rendre impossibles.
Il y a aussi besoin d'un grand débat public avec comme préalable premièrement que ce débat intègre ce que l'on a appris grâce aux chercheurs et aux penseurs de la pensée décoloniale. Deuxièmement, que ce débat reconnaisse que la ségrégation, oui, existe en France. Lutter contre les discriminations, investir massivement dans la construction et la rénovation des logements, en priorité ceux des quartiers difficiles. Je rappelle que seulement 7% des logements sociaux ont pu bénéficier d'une rénovation thermique de prix de Grenade de l'environnement en 2007, oui, il y a 15 ans.
Développer prioritairement les transports en commun dans les quartiers les plus défavorisés pour les désenclaver, construire des espaces verts, maintenir et développer des services publics de proximité, repenser l'accès aux soins en créant des maisons de santé pluridisciplinaires et en réorganisant la médecine de l'île. Nous devons faire tout cela et augmenter la part du budget dédiée à l'accompagnement humain de la politique de la ville, y compris dans les budgets en rue, pour accompagner les initiatives et les projets, notamment l'éducation populaire qui fourmille dans les quartiers populaires et sont portés par leurs habitants et leurs habitantes.
Et puis, il faudrait fixer une priorité parmi les priorités, j'ai nommé l'école. Nous connaissons l'ampleur de cette tâche, les mairies écologistes y travaillent tous les jours, mais leurs efforts locaux ne sauraient suffire. Le pays tout entier doit s'approprier cet enjeu. Nous ne répondrons pas, et ce sera long, à la crise profonde, sans un investissement massif dans l'école, qui est seul à même de faire revivre l'égalité des chances, fondement de notre pacte social. En conclusion, la crise que nous vivons a des racines profondes et anciennes. Nous en avons bien conscience.
Nous, écologistes, devons porter une voix singulière, ce que nous avons fait depuis quelques jours et que nous continuerons à faire. Avec nos élus locaux, nos parlementaires, notre parti politique, ces commissions, ces militants, assureront leur rôle de parti politique grâce à vous toutes et tous. Nous continuerons à être concrets dans les solutions que nous proposons, car le travail des écologistes sur le terrain, dans les assemblées, les commissions du parti nous mettent aujourd'hui en position de partager les réponses précises aux immenses problèmes que relève la crise actuelle.
Nous serons à la disposition de celles et ceux qui souhaitent y travailler pour le faire, en commun, évidemment. J'avais prévu aujourd'hui de vous parler des états généraux de l'écologie, du rapport du Haut Conseil pour le climat, de la dissolution des soulèvements de la terre, de la criminalisation du mouvement écologiste, mais je pense que nous aurons d'autres occasions de le faire, y compris plus tard cet après-midi.
Et puis, je pense surtout qu'il fallait prendre le temps de se concentrer plutôt sur l'actualité grave et inédite que traverse notre pays et qui nécessitera d'ailleurs bien d'autres échanges entre nous que ce Conseil fédéral au jour de l'été, par exemple, et dans tous les espaces que vous souhaiterez ailleurs. J'ai également été moins longue que d'habitude parce que je souhaitais qu'on puisse également prendre la parole et je demande de venir de rejoindre à Sabrina Sebailly, députée, qui est membre du Comité de pilotage des états généraux de l'écologie. Merci. Merci. Merci. Sous-titrage Société Radio-Canada
Marine Tondelier