Face à Face : Arnaud Rousseau - 16/10
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Questions et réponses
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- 0:20OuverteRéponse directe
Bonjour Arnaud Rousseau. Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions.
- 0:26OuverteRéponse directe
Vous êtes le président de la FNSEA, le premier syndicat agricole. Et c'est l'autre crise qui couvre, celle des agriculteurs.
- 0:33OuverteRéponse directe
Certains ne le voient peut-être pas arriver, mais ça va péter très fort. Voilà ce que dit l'entourage du premier ministre.
- 0:45RelanceRéponse partielle
Il l'a déclaré, l'a-t-il prouvé qu'il allait vous aider pour que vous puissiez vous en sortir avant l'élection présidentielle ?
- 1:48OuverteRéponse directe
Arnaud Rousseau, le problème, c'est la trésorerie.
- 1:51OuverteRéponse directe
Évidemment, c'est aussi le résultat de la question de la sécheresse, de la question des incendies, de ce que vous vivez aujourd'hui concrètement.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:54Invité politiqueFait
« En tous les cas, la prise de conscience du premier ministre est factuelle. »
- 1:06Invité politiqueFait
« Il y a eu un plan d'urgence qui est annoncé, souvenez-vous, à la fin de l'été, dans lequel on a annoncé un certain nombre de mesures. »
- 1:35Invité politiqueFait
« 'est un plan de rebond qui ne verra le jour que s'il y a un budget. »
- 3:01Invité politiqueFait
« Nous avons très envie de découvrir ce qu'il va mettre dans le pacte Gennevard, puisque c'est ainsi qu'il a appelé ce plan. »
- 3:36Invité politiqueFait
« Par exemple, dans la loi d'orientation agricole de mars 2025, il y avait un article qui a été voté par les parlementaires qui est une aide au relais. »
- 4:01Invité politiqueFait
« Cet article de loi voté en mars 2025, il n'a même pas de décret d'application. »
- 4:52Invité politiqueFait
« La ministre, Mme Genevard l'a rappelée il y a quelques jours, de l'agriculture, nécessite que ce qui a été promis soit tenu. »
- 5:10Invité politiqueFait
« Le plan d'urgence annoncé à la fin de l'été devrait arriver dans quelques jours, nous dit-on, fin octobre. »
- 5:29Invité politiqueChiffre
« Nous avons une aide de 15 centimes. »
- 6:33Invité politiqueFait
« Le gasoil non routier a fait plus que doubler dans les fermes. »
- 7:21Invité politiqueFait
« Le budget tel qu'il est annoncé par la Commission n'est pas au rendez-vous. »
- 7:27Invité politiqueChiffre
« Aujourd'hui, les aides de la PAC, ça représente de l'ordre de 130 euros par Français et par an, versés aux agriculteurs français pour contribuer à produire une alimentation parmi les plus sûrs de la planète. »
- 7:47Invité politiqueFait
« Le Président de la République, M. Macron, a dit « Je ferai en sorte qu'il ne manque pas un centime. » »
- 11:08Invité politiqueFait
« La ministre a annoncé par exemple le prêt à taux zéro. »
- 12:27Invité politiqueFait
« Par exemple, l'abattement de la taxe sur le foncier non bâti. »
- 12:45Invité politiqueFait
« Les aides au GNR, elles viennent soulager les trésoreries. »
- 12:52Invité politiqueFait
« Il y a eu, nous l'avons demandé, un prêt à taux zéro. »
- 13:44Invité politiqueFait
« La réponse à ce stade, c'est non. »
- 17:08Invité politiqueChiffre
« C'est 45% dans la grande distribution et tout le reste est hors foyer. »
- 17:49Invité politiqueChiffre
« Sur 100 euros dans un cadier de supermarché, c'est 7 à 8 euros dans la poche de l'agriculteur. »
Temps de parole
- Arnaud Rousseau60 %
- Présentateur36 %
- ?3 %
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Vous
écoutez
RMC,
RMC jusqu'à 9h, Apolline Matin, face à face, Apolline de Malherbe. 8h29 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Arnaud Rousseau.
Bonjour Apolline de Malherbe.
Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes le président de la FNSEA, le premier syndicat agricole. Et c'est l'autre crise qui couvre, celle des agriculteurs. Certains ne le voient peut-être pas arriver, mais ça va péter très fort. Voilà ce que dit l'entourage du premier ministre. L'agriculture française ne peut pas attendre l'élection présidentielle. Sébastien Lecornu a déclaré cela. Il l'a déclaré, l'a-t-il prouvé qu'il allait vous aider pour que vous puissiez vous en sortir avant l'élection présidentielle
? En
tous les cas, la prise de conscience du premier ministre est factuelle. Il l'a rappelé, il a fait des annonces hier. Ce qui compte pour les agriculteurs aujourd'hui, c'est que les choses très concrètement prennent forme dans leur corps de fer. Il y
a
eu un plan d'urgence qui est annoncé, souvenez-vous, à la fin de l'été, dans lequel on a annoncé un certain nombre de mesures. Ce matin,
dans
ma ferme, sur mon compte en banque, est arrivé l'argent de la politique agricole commune. Donc ça, c'est ce matin. Ça, c'est la PAC ? C'est la politique agricole commune, absolument. C'est de l'argent qui est arrivé de Bruxelles, même si la France y contribue. Et ensuite, il y a tout un tas de mesures que nous attendons dans les jours prochains. Donc la prise de conscience est là. Mais ce qui compte maintenant, c'est la transformation de l'essai. Ce dont il a parlé hier,
c
'est un plan de rebond qui ne verra le jour que s'il y a un budget. Or, chacun comprend que dans le contexte actuel, nous n'y sommes pas. Nous,
ce
que nous voulons, c'est travailler à des solutions pour essayer de construire un avenir. Mais la réalité d'une exploitation aujourd'hui, c'est la trésorerie.
Arnaud Rousseau, le problème, c
'est
la trésorerie. On va y revenir. Évidemment, c'est aussi le résultat de la question de la sécheresse, de la question des incendies, de ce que vous vivez aujourd'hui concrètement. Vous devriez semer, mais la plupart des semis sont repoussés parce que la terre est trop sèche. Il y a effectivement des problèmes aussi d'inflation. Inflation avec des gens qui se restreignent.
Et là, je pense aux autres, à ceux qui ne sont pas agriculteurs, qui aimeraient bien acheter les produits de votre agriculture, mais qui n'osent même plus y penser, et qui renoncent, les chiffres de l'inflation et les chiffres du pouvoir d'achat vont aussi dans le sens de moins de viande, moins de produits français, parce qu'ils n'ont pas les moyens. Comment on fait pour trouver la solution, à la fois pour la consommation et pour les agriculteurs ? Mais si on s'arrête sur ce plan de relance, il y a eu un peu plus d'un milliard à la fin d'été, et là, on nous annonce en effet 500 à 700 millions de rallonges
en
fonction du budget. Ça servirait à quoi ? Ça irait où ?
Alors, je ne sais pas vous répondre, Pauline de Malière, puisque cette annonce de 500 à 700 millions, d'abord, 200 millions d'écarts pour nous, c'est beaucoup.
Oui, je vous
avoue que je me suis dit, quand on peut dire à la louche 500 à 700 millions, dans un moment où chaque euro compte, j'ai un peu du mal à comprendre. Alors,
je ne sais pas vous répondre ce matin. En revanche, on considère que c'est une nouvelle intéressante, qu'on veut travailler. D'ailleurs, le Premier ministre a dit qu'il nous recevrait mi-octobre. Nous y sommes. Donc, nous avons très envie de découvrir ce qu'il va mettre dans le pacte Gennevard, puisque c'est ainsi qu'il a appelé ce plan. En
fait, vous avez
l'enveloppe, mais vous ne savez pas à quoi ça correspond.
Pardon, mais au moment où on se parle, on n'a même pas l'enveloppe. Si nous avons un budget, et ça nous permet de dire que nous avons besoin d'un budget, c'est ce que nous disons tous les hivers à la même époque, puisque la crise agricole ne date pas simplement de cet été, c'est que nous avons besoin d'un budget avant la présidentielle pour apporter un certain nombre de réponses. Nous voulons construire ce plan, nous avons besoin que ce soit concret pour que rapidement, les choses arrivent. Pourquoi je vous dis ça ? Parce que, par exemple, dans la loi d'orientation agricole de mars 2025, il y avait un article qui a été voté par les parlementaires qui est une aide au relais.
Vous savez, quand vous êtes éreinté, vous êtes fatigué, vous n'en pouvez plus, vous êtes au bout du rouleau,
ce
qui est le cas dans beaucoup d'exploitations aujourd'hui, vous avez la possibilité, quand vous avez 59 ans, d'avoir une aide au relais qui vous permet de transmettre votre exploitation, de préparer l'avenir. Eh bien, vous voyez, cet article de loi voté en mars 2025, il n'a même pas de décret d'application. Il y a un an et demi.
Non,
c'est-à-dire,
ça fait un an et demi, et c'est resté totalement théorique.
C'est resté totalement théorique. Il n'y a pas de décret d'application, il n
'y a
pas de finance. Donc, vous voyez qu'à la fois, on a envie de construire l'avenir, mais qu'en même temps, quand il y
a
eu des engagements, des lois votées par les parlementaires, il y a un an et demi, on n'a même pas le décret d'application.
C'est
saisissant, parce que ce qui vous arrive à vous, ça arrive dans tous les domaines. C'est-à-dire qu'en fait, il
y a
un décalage total entre les annonces et la réalité. Dans le réel, ça n'a pas atteint le mur du réel.
Nous voulons travailler à des solutions pour l'agriculture, mais les annonces ne suffisent pas. Nous avons besoin d'un budget. Nous faisons le constat qu'un certain nombre d'éléments qui ont été construits dans des lois agricoles depuis près de trois ans ne trouvent pas de débouchés. Et je le redis, la situation, y compris psychologique, et la ministre, Mme Genevard l'a rappelée il
y
a quelques jours, de l'agriculture, nécessite que ce qui a été promis soit tenu.
Vous m'avez dit que vous aviez touché les aides de la PAC, que ça y est, elles sont sur le compte en banque des agriculteurs. Les aides, en revanche, du gouvernement, c'est-à
-dire
les aides françaises, ça, vous ne les avez pas touchées ?
Alors,
le plan d'urgence annoncé à la fin de l'été devrait arriver dans quelques jours, nous dit-on, fin octobre. Donc, au moment où je vous parle, ça n'est pas le cas, mais ça devrait arriver. Nous avons commencé à toucher les aides sur le gasoil, puisque vous parliez de la situation, mais le gasoil, par exemple, au même titre que les Français, nous nous mettons dans nos tracteurs du gasoil non routier, du GNR, ce GNR a beaucoup augmenté. Nous avons une aide de 15 centimes. Cette aide, elle est versée trop doucement. Alors, il y
a
un peu de rattrapage maintenant, mais ça a été très long.
L'aide de mai, pour les routiers notamment, elle n'a été perçue que fin septembre. Est-ce que c'est à peu près les mêmes délais pour vous, les agriculteurs ?
Oui, absolument. Nous avions maintenant les aides d'avril, puisque ça a commencé en avril, sont quasiment totalement payées. Les aides de mai sont bien avancées. Mais, par exemple, pour juin, nous ne sommes qu'à 70% et pour juillet, nous ne sommes pas encore au rendez-vous. Donc, vous voyez, ça, ça tarde trop. Je le redis,
le sujet numéro 1, c'est la trésorerie. Et puis,
il y a Total, qui, sur le GNR comme sur le reste, dit « je vais encore plus plafonner ». Est-ce que ça vous paraît à la hauteur, là aussi
?
C
'est une très bonne nouvelle, puisque le PDG de Total, M. Pouyanné, a annoncé qu'il aiderait aussi le monde agricole avec, à partir du 1er novembre, une baisse de 20 centimes. C'est une très bonne nouvelle, parce que tout ce qui contribue à réduire nos charges va dans le bon sens. Mais je le dis, le gasoil non routier a fait plus que doubler dans les fermes. Nous ne pouvons pas nous passer de mettre du carburant dans nos tracteurs. Et donc, c'est une aide bien reçue. Moi, je remercie le président, le PDG de Total Énergie pour ce geste. Mais il faut aller encore plus loin tant les charges sont importantes.
Arnaud Rousseau, la colère, il y a la France et il y a l'Union européenne. Il y a eu, ces dernières années, de nombreuses colères agricoles, non seulement en France, mais aussi partout en Europe, avec vos collègues des autres pays qui convergeaient vers Bruxelles. En ce moment même, il y a le money time européen, comme on dit, c'est-à
-dire
le moment où, justement, on négocie le budget européen. Si ça se passe mal, ça pourrait plonger nos agriculteurs dans une très, très forte mobilisation. Voilà ce que dit le cabinet, aussi, non seulement le vôtre, mais aussi de la ministre de l'Agriculture, qui sait que c'est aussi là que ça se joue. Qu'est-ce que vous attendez de Bruxelles
? D
'abord, on est déjà dans une situation difficile, parce que le budget tel qu'il est annoncé par la Commission n'est pas au rendez-vous. Pour la France, simplement pour que les gens aient conscience, aujourd'hui, les aides de la PAC, ça représente de l'ordre de 130 euros par Français et par an, versés aux agriculteurs français pour contribuer à produire une alimentation parmi les plus sûrs de la planète. Et là, on a une amputation de l'ordre de 13 à 15%,
et
nous n'avons pas de sécurisation de la totalité du budget. Le Président de la République, M. Macron, a dit « Je ferai en sorte qu'il ne manque pas un centime. » Mais aujourd'hui, avec nos collègues européens, nous ne sommes pas satisfaits de la sécurisation qui est apportée à cette politique. Et je peux vous annoncer que nous sommes en train de discuter pour nous mobiliser à Bruxelles en novembre ou en décembre, au moment des conseils des ministres et des chefs de gouvernement, parce que nous voulons redire que pour l'Europe, la question de la PAC, de la politique agricole commune, c'est la colonne vertébrale.
Et que si demain, nous réduisons l'ambition de cette politique, le risque, c'est de voir encore plus d'importations. Je vous rappelle qu'aujourd'hui, à peu près un tiers de ce que nous consommons en France est importé. Tout le monde a conscience que la France est un grand pays agricole. Elle l'est de moins en moins.
On va y revenir sur cette question de la consommation et des produits français. Mais quand vous dites, je vous annonce qu'on réfléchit à cette mobilisation, est-ce que ça veut dire que vous envisagez une nouvelle marge des agriculteurs, c'est-à-dire concrètement des tracteurs vers Bruxelles, voire même des blocages en France ?
Oui, absolument. Je peux vous dire que nous avons la ferme volonté et l'ensemble de mes homologues européens, des syndicats agricoles, étaient réunis hier en Suède, à Stockholm, et qu'il y a une volonté, rapidement, de pouvoir élaborer une action à Bruxelles, dont la forme n'est pas définie encore aujourd'hui, parce qu'il nous paraît important, comme nous l'avions fait il y a quelques mois sur le Mercosur, de redire que, sur cette question de l'alimentation européenne, de la politique agricole commune, il n'est pas question de lâcher du terrain.
Donc, vous pourriez, je repense aux images de l'année dernière, de tracteurs devant la Commission européenne à Bruxelles, ça avait viré quand même à l'empoignade, est-ce que vous vous dites s'il le faut, on recommence ? Absolument,
je suis absolument déterminé, et encore une fois, avec un certain nombre de nos collègues européens, à réfléchir à la manière dont nous pouvons dire à la Commission qu'il n'est pas question de reculer sur ce point. Vous avez parlé de Money Time, c'est maintenant qu'il faut agir pour redire que les agriculteurs européens n'entendent pas réduire l'ambition.
Deux points, un sur l'Union européenne parce qu'elle est en train de remettre en cause un de nos patrimoines français de l'agriculture, l'andouille de Guémenet, j'y reviendrai dans un instant, mais sur la question des mobilisations, la mobilisation de demain, journée de mobilisation, à l'appel à l'origine des Gilets jaunes, mais désormais poursuivi par les syndicats, un certain nombre de partis de gauche et les lycéens, est-ce que vous estimez que les agriculteurs doivent être aux côtés de cette mobilisation demain ?
En tous les cas, pour ce qui concerne la fesseur, nous n'y serons pas pour une raison assez simple, c'est que c'est la pleine période du boulot dans nos champs. Nous sommes en ce moment en train de récolter le peu de maïs que l'été nous a laissé, nous sommes en train de semer nos céréales, nous sommes en train de récolter nos betteraves, les éleveurs essaient de se battre pour trouver des fourrages et donc le mois d'octobre, comme tous les ans, si je puis dire, est un mois où les agriculteurs sont au travail. Mais la question se pose...
Mais est-ce que vous êtes
en solidarité ?
C'est
-à
-dire
que vous dites qu'on n'y sera pas parce qu
'on
sera dans nos champs, mais est-ce que vous estimez qu'il y a et qu'il faut qu'il y ait une forme de convergence des luttes pour reprendre l'expression d'un certain nombre de parties
? Ça n'est pas aujourd'hui les solutions que nous portons. Nous comprenons que les lycéens puissent avoir un certain nombre de revendications que d'autres corps de métier. J'ai eu un échange il
y
a quelques minutes avec des gens du bâtiment qui nous disent aujourd'hui que dans la promotion immobilière c'est une catastrophe. Eh bien, il y a aujourd'hui tout un tas de métiers qui sont en forte difficulté. Mais pour ce qui nous concerne, nous avons des revendications très claires. Je vous ai parlé du vol européen. Je vous ai parlé de la nécessité de rendre concrets les aides. Il y a eu quelques avancées. La ministre a annoncé par exemple le prêt à taux zéro. Mais demain, le 17, nous ne serons pas...
Contrairement à la coordination rurale, autre syndicat, la Confédération paysanne qui sera sur place.
Oui, encore une fois, chacun fait ce qu'il veut. Nous, nos revendications sont des revendications agricoles. Nous portons un projet très clair. Nous voulons renouveler les générations. Nous voulons nous battre pour le revenu des agriculteurs. Ces sujets-là de convergence, vous
savez,
il y a déjà du chaos en agriculture et beaucoup d'étapes psychologiques difficiles. Pour nous, ce n
'est
pas le chaos demain
qu'il y a la solution. Ils sont à bout, les
agriculteurs
?
Mais bien sûr qu'ils sont à bout. Vous savez, quand vous n'avez pas rentré vos fourrages, quand vous avez un tas de factures sur le coin du bureau, c'est difficile d'envisager l'avenir. Et donc, le sujet pour nous, c'est à la fois de trouver les solutions immédiates et puis d'essayer de se projeter parce qu'il va bien falloir qu'on essaie de se construire un avenir. En revanche, nous avons besoin que les engagements pris soient tenus. Et je vous ai pris cet exemple très concret de l'aide au rebond. Nous avons besoin que les engagements pris soient tenus.
Et je suis très frappée par effectivement le décalage entre les promesses qu
'on
vous a fait et la réalité ensuite tangible de ces promesses. L'an dernier, vous avez obtenu combien et ça a servi à quoi ? Moi, j'aimerais comprendre où va quand on vous dit une enveloppe, quand récemment ils disent il y
a
une enveloppe d'un milliard.
Ça
va où concrètement
?
Alors, il y avait dans cette enveloppe un certain nombre de choses. Il y a des choses très concrètes qui se mettent en oeuvre. Par exemple, l'abattement de la taxe sur le foncier non bâti. Les agriculteurs, les propriétaires de terres payent une taxe sur le foncier non bâti qui finance les communes, les collectivités. Cette taxe, elle a été réduite dans de nombreux endroits et le propriétaire doit l'imputer à l'exploitant à tout ou partie. Donc ça, c'est très concret. C'est maintenant. Les aides au GNR, elles viennent soulager les trésoreries. Je dois soulager parce que le prix du carburant reste élevé. Il y a eu, nous l'avons demandé, un prêt à taux zéro. On va voir s'il se met en place.
Mais en tous les cas, ce qui est nécessaire pour financer les cycles d'exploitation. Il y a eu 200 millions qui ont été mis au plus près du terrain qui est une enveloppe qui n'est pas suffisante mais qui va être distribuée
dans ce qui vient. On vous avait
promis aussi de vous soulager d'un certain nombre de normes qui parfois vous rendent très périlleux et difficile l'agrandissement des exploitations. On pense notamment à cette fameuse histoire des œufs, des poulaillers et de la question de... On vous oblige à adapter la manière dont vous exploitez les poules pondeuses pour faire simple, avec plus de plein air, avec moins de cages. Ça oblige à des adaptations du bâti sauf que pour adapter le bâti, si j'ai bien compris, parfois vous en avez pour des années entre les arbitrages, les décisions des uns et des autres, les documents que vous devez et les recours. Est-ce que ça, très concrètement, ça avance ?
La
réponse à ce stade, c'est non. Mais nous avons dans la loi d'urgence agricole un certain nombre de décrets qui vont nous permettre sur la question de l'eau, sur la question
des bâtiments d'avancée. Mais vous parlez toujours au
futur.
Je parle au futur parce que je crois vous avoir dit que c'était non au moment où on se parlait. Mais moi, mon boulot, c'est d'essayer de se projeter. Donc nous avons un texte de loi qui a été voté cet été qui prévoit un certain nombre d'avancées.
Mais qui ne sont pas encore appliquées.
Nous n'avons pas que vous voulez construire un poulailler aujourd'hui. Mais c'est pire que ça, Pauline Demanier. Vous avez parlé des cages, par exemple.
Il
n
'y a
plus de cages en France, très peu. Elles ont été vendues il
y
a une dizaine d'années, notamment aux Ukrainiens qui aujourd'hui nous importent des oeufs produits en cage qu'on leur a vendus il
y
a dix ans à des prix et dans des conditions de production qui ne respectent pas nos standards. Voilà les sujets qui héritent profondément les agriculteurs.
C
'est-à
-dire
qu'à la fois, vous n'arrivez pas, vous, à faire un nouveau poulailler
? On
va préciser des choses. Au moment du début de la guerre en Ukraine, une des manières d'aider les Ukrainiens a été précisément de lever les barrières douanières pour qu'ils puissent, puisqu'ils n'avaient plus accès aux marchés russes, en gros, pour qu'ils puissent écouler leurs marchandises vers nous, pays de l'Ouest. Mais avec des conséquences qui sont qu'effectivement, là-bas, il y a des gigafactories de poulaillers et on se retrouve avec des chiffres, je ne
sais
pas s'ils sont vérifiables, mais qui disent que près d'un poulet sur deux qui est consommé en France et de toute façon importé est majoritairement d'Ukraine.
Oui, c
'est exact, d'Ukraine et d'ailleurs...
Mais avec
des normes qui,
donc, pour vous, ne sont
absolument pas les mêmes que nous.
Donc,
forcément moins chères. Vous ne pouvez
pas... Factuellement, et c'est la raison pour laquelle, à la fois, nous avons besoin de réaffirmer une vision pour l'agriculture. Vous savez, quand on parle de souveraineté alimentaire, et c'est ça qui compte au-delà des Ukrainiens, c'est qu'on puisse réaffirmer de la cohérence quand on dit qu'on veut avoir une agriculture parmi les plus durables pour défendre l'environnement, pour protéger l'environnement, pour défendre et
protéger le consommateur. Est-ce que vous demandez
à ce que ces accords avec l'Ukraine soient revus
? Non,
mais surtout, on demande à ce que les règles qu'on nous demande soient respectées quand il s'agit d'importation. Nous l'avons dit pour le
maire de sûr. Donc,
importer, ok, mais aux mêmes normes que nous.
Mais dans les standards qui sont ceux qu'on impose aux agriculteurs européens. D'ailleurs, vous avez noté que concernant le Brésil, la Commission européenne... Oui,
ils ont fini par se rendre
compte
que ce n'était
pas terrible
finalement ce qu'on importait du Brésil.
Il faut de la cohérence. Nous avons besoin de rester dans un monde ouvert, mais il faut qu
'on
lutte. L'objectif, Apolline de Maillard, c'est de ne pas perdre notre souveraineté et notre appareil productif français.
Le problème,
c
'est
la souveraineté, mais le problème, c'est aussi le pouvoir d'achat. Ici même, le 3 septembre, je vous ai reçu, vous me disiez qu'il allait falloir accepter un peu d'inflation alimentaire parce que le problème,
c
'est que sinon, quand on tire les prix vers le bas, c'est vous, les agriculteurs, qui allez en crever, c'était votre mot. On a eu hier les chiffres de l'inflation, 3,1%. On sait et on voit, et la plupart des grands distributeurs le disent, que l'inflation, elle va encore augmenter. Est-ce qu'au moins, au moins, on peut se consoler en se disant qu'une part de cela va dans vos poches ?
Alors, c
'est
ce qu
'on
veut vérifier parce que moi, je veux aussi que l'effort consenti puisse bénéficier à la production. Je vous parle de l'appareil productif français. Donc, nous avons un certain nombre d'échanges avec nos partenaires de l'industrie agroalimentaire, de la grande distribution, de la restauration, ce qu'on appelle hors foyer, de tout ce que les Français consomment au restaurant d'entreprise, dans la cantine des enfants.
Oui, parce qu'il
y a
ce qu'on achète et on vérifie l'origine, mais il y a ce qu'il y
a
dans nos assiettes
et
on n'est pas tout à fait sûr.
Absolument. En gros, pour vous donner les chiffres, c'est 45% dans la grande distribution et tout le reste est hors foyer. Et ça, on a besoin de vérifier que les centimes additionnels que les Français consentent à payer et parfois de manière très difficile, vous l'avez dit, et nous en sommes conscients. Bénéficier la production. Je dois voir très prochainement le président de la Fédération du Commerce et de
la
Distribution, Alexandre Bompard, pour discuter de la répartition parce que ceux qui comptent à la fin...
Vous
avez l'impression qu'il y
a
quand même une petite entourloupe
?
Dans tous les cas, il y a à certains endroits des doutes.
À
certains endroits des doutes, très clairement.
On
ne peut pas...
Dans le
trio agriculteur, industriel, distributeur, à un moment, il y a de l'argent qui se dilue.
Oui, mais bien sûr, je rappelle le chiffre. Sur 100 euros dans un cadier de supermarché, c'est 7 à 8 euros dans la poche de l'agriculteur. Alors, je ne dis pas que le reste, il n
'y a
pas de la logistique, de la valeur ajoutée et des
biens.
Vous faites la matière première. C
'est
un vieux débat. Mais aujourd'hui, face à cette inflation alimentaire et à cette difficulté pour un certain nombre de nos compatriots de se nourrir, il faut s'assurer que l'effort consenti bénéficie. À ceux qui
en ont besoin, je parle des agriculteurs. Dans la
campagne présidentielle actuelle, avez-vous le sentiment ? Je sais que vous rencontrez petit à petit la plupart... Vous allez les voir tous, d'ailleurs, les candidats à
l
'élection présidentielle.
Oui,
c'est le souhait de rencontrer l
'ensemble des candidats. Y
compris Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon,
vous voyez tout le monde. Vous
estimez qu'il faut les alerter sur votre situation ? Est-ce qu'ils répondent présent
?
D'abord, il faut les alerter. J'ai la faiblesse de penser que pour ne pas aujourd'hui voir la difficulté du monde agricole, c'est difficile. Mais surtout, ce qui nous intéresse, c'est les solutions qu'ils entendent mettre en place. Comment ils entendent construire un projet viable pour l'agriculture, pour les agriculteurs, pour le renouvellement des générations, pour le revenu. Et c'est tout ça l'enjeu. Et j'ajoute que nous avons, nous, à l'EFNESOA, produit un document dans lequel nous portons nos positions. Donc, ce n
'est
pas seulement les entendre, c'est aussi porter notre ambition.
Est
-ce que vous allez réussir à sauver l'andouille de Guéméné
?
Écoutez, l'andouille de Guéméné comme tous les signes de qualité. Vous savez, nous, on est attachés à ce qui fait la singularité française.
pourrait remettre en cause la façon dont est préparée l'andouille de Guéméné. Parce que pour préparer l'andouille de Guéméné, il faut la technique dite du fumage. Or, le fumage est de plus en plus interdit. Progressivement, on ne peut plus acheter de thé fumé, par exemple, dans l'Union Européenne. Et ça pourrait remettre en cause la fabrique même de l'andouille de Guéméné. Alors, la ministre de l'Agriculture hier a dit que c'était en particulier un fabricant dont le taux était légèrement au-dessus de celui qui est accepté. Mais est-ce que concrètement, vous avez le sentiment qu'un certain nombre aux traditions pourraient être supprimées par ça ?
Est-ce que l'andouille de Guéméné va quand même résister ?
Mais qui peut accepter la pleine de Malherbe que de Bruxelles, on édicte des normes et qu'il nous fasse renoncer à notre identité, à notre histoire ? Vous savez, les choses sont simples. Ou il y a un problème de santé publique. C'est dangereux pour le consommateur. Et là, il faut prendre des décisions, sans hésiter.
Ou
alors, on nous fout la paix. Les sujets sur le lait, au lait cru, dans les fromages, ce sujet spécifique de l'andouille de Guéméné
libère des hydrocarbures aromatiques polycycliques qui pourraient être cancéreux.
Très
bien. Je redis, où il y a un problème de santé publique et il ne faut pas trembler et il faut prendre des décisions. Moi, je consomme une andouille de Guéméné et je prends du plaisir. Je ne veux pas mettre ma vie en danger. Donc, où il y a un problème de danger et il faut prendre des décisions. Enfin, ne nous cachons pas derrière des mots qui pourraient faire craindre. Voilà.
Je
vous ai parlé du lait cru, qu'il y
a
un vieux débat sur lequel... Voilà. C'est notre histoire. Il faut un moment que ces normes qui nous pourrissent la vie puissent faire en sorte de nous protéger quand c'est nécessaire mais cessons en permanence que ce soit Bruxelles qui explique à chaque Français comment il doit vivre et la manière dont il doit vivre. Nous sommes attachés à nos traditions culinières. Vous savez, il y a beaucoup de Français sous signe de qualité, de produits français agricoles sous signe de qualité que les Français adorent et dont nous avons besoin.
Merci beaucoup, Arnaud Rousseau, président de la FNSEA. Vous avez dit que vous alliez voir Sébastien Lecornu. Vous avez une date ?
Je n'ai pas de date au moment où je vous parle mais je l'attends. Il avait parlé mieux que nous sommes le 16. Ça devrait ne pas...
Oui, ça y est, on commence à basculer dans la deuxième partie. Merci Arnaud Rousseau d'avoir répondu à mes questions. Il est 8h50 sur RMC et BFM TV.