Tg Stan à Avignon : le rire politique de Poquelin
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
C'est l'histoire de quatre jeunes comédiens flamands qui se rencontrent en 1986 au conservatoire d'Anvers en Belgique et ne se quittent plus, même refus du dogmatisme, même soif de servir les textes avant tout et de revenir aux règles les plus essentielles du théâtre. Rien ne se passe en coulisses, pas de metteur en scène. Leur compagnie a 26 ans désormais et un nom bizarre, le STAN, abréviation de Stop Thinking About Names. Ils sont à Avignon à partir d'aujourd'hui jusqu'au 25 juillet avec 1, 2, 3, POCLIN. Une sorte de best-of de presque 5 heures assez déjanté et très drôle du répertoire de Molière. Et je salue Damien Descraver qui est en ligne depuis Avignon. Bonjour à vous.
Je vous salue.
Vous êtes l'un des fondateurs de ce collectif flamand TG STAN. Molière, ça fait trois fois déjà, troisième spectacle. Pourquoi revenir à lui encore une fois et comment s'est faite votre rencontre avec Molière ?
Mais ce ne sera jamais la dernière fois, je crois. Pour moi, il fait encore un peu la nuit. J'ai fermé les rideaux. Il était 4 heures quand je suis allé dormir. Mais c'est un grand honneur de vous pouvoir parler. L'honneur est pour nous. Oui, avec le POCLIN, c'était d'antan que l'Amérique avait la guerre avec Iran-Iraq. Et on se demandait comment réagir dans ce monde cruel et qu'on j'entend le journal. Ça n'a pas changé. Et on voulait vraiment divertir. Et on a choisi de jouer des farces. Et les farces qu'on a jouées maintenant, hier soir, c'est le médecin malgré lui. C'est le mariage forcé. C'est l'avare. Et on joue aussi le malade imaginaire, entre autres.
On étudie Molière à l'école, en Belgique flamande ?
Non, chez nous pas. Mais ce qui est incroyable, on a quand même pas mal joué en France. Les gens, les lycéens, tous les gens sont vraiment au courant. On connaît les classiques. Et c'est quelque chose d'exceptionnel. Chez nous, on ne peut pas dire qu'on a des classiques. C'est la différence entre la Belgique et la France.
Comment vous décririez le comique de Molière ? Qu'est-ce qui vous fait rire chez lui ?
J'espère bien que vous allez rire. Ça me fait rire énormément. Je crois que c'est le grand maître de la comédie. Mais surtout du rire jaune aussi. On ne peut pas s'imaginer qu'il veut pour le roi. Il attaque la noblesse, la bourgeoisie, les mœurs. Il est là pour nous faire l'autodérision, de nous apprendre de ne pas se prendre trop au sérieux. Il se moque des médecins, il se moque du mariage. Et ce que moi et l'équipe Stan aime beaucoup, c'est qu'ils choisissent la partie des valants, des servants, des servantes, qui sont beaucoup plus malins que leurs maîtres.
C'est amusant que vous disiez ça parce que j'allais vous parler du mariage forcé avec un personnage central qui est Sganarelle, qui est le servant le plus malin habituellement dans beaucoup de pièces de Molière, mais qui là est promis à une jeune femme à qui il explique qu'il fera ce qu'il voudra de lui à partir du moment où ils seront mariés et qui prend peur parce qu'elle lui explique que c'est tout l'inverse.
Oui, et ça c'est très incroyable. Il prend assez vite peur du mariage et il essaie de s'échapper. Et le fait qu'on a maintenant le luxe de montrer différentes pièces de Molière pendant une longue marathon, on voit les systèmes, on voit les structures, on voit des façons où M. Molière écrit les choses et on peut voir des miroirs. C'est très intéressant de voir qu'il y a des systématiques là-dedans qui sont des variations sur les mêmes thèmes. Et ça c'est quelque chose, quand on aime ça, parce que je peux m'imaginer que pour beaucoup de gens c'est trop long. Pour moi, entre autres, je trouve que c'est très très long. J'aime surtout les pièces un peu plus courtes.
Mais voilà, on y est et on le fait avec grand plaisir. Ce que je voulais aussi dire, le fait qu'on adore M. Molière, M. Pauclin, comme on l'appelle, c'est aussi parce que c'était un comédien qui jouait avec ses copains et qui était là au milieu d'eux. Et ça c'est quelque chose qu'on sent quand on lit ses pièces, qu'il écrit pour des gens qui aiment jouer.
Et alors, vous reprenez en partie cet esprit-là dans la scénographie, il n'y a pas de coulisses, on assiste à tout, on met les costumes sur scène, il doit y avoir un souffleur, je ne l'ai pas vu dans la captation, mais je pense qu'il y a un souffleur.
Non, on change de souffleur tout le temps, quand quelqu'un est libre, il va souffler, ça tourne tout le temps et tout est visible, tout est là, tous nos fautes, toutes les erreurs, tout est là. Hier, on a fait pas mal d'erreurs.
Ah bon ? Bon, mais en fait, il y a même assez peu de répétitions, mais en revanche, le moment important, c'est le moment de l'écriture, où vous êtes tous ensemble. Expliquez-nous comment il se construit, ce spectacle, qui dure plus de quatre heures, avec une sorte de best-of, de texte de Molière. Comment vous faites ?
Oui, ce n'est pas vraiment le best-of. Tout est best-of chez Louis, mais on s'est vus autour de la table pour le premier spectacle. D'ailleurs, c'était d'abord le misanthrope, mais c'était avant. Moi, je n'étais pas dans ce spectacle. Et on a recommencé d'étudier Molière, et on s'est dit, on va essayer de lire tout, et on va faire des comptes rendus des pièces, et on va essayer de se convaincre qu'est-ce qu'il faut jouer maintenant. Et alors, après le comité de lecture, on a essayé de se convaincre, et c'est trop difficile, parce qu'en fait, toutes les pièces sont incroyables.
Mais il y a une sorte de comité de lecture, vous dites, et vous...
Ce sont les comédiens, qui se rencontrent et qui font la lecture. Ce n'est pas possible de lire tout. Moi, j'en ai lu une trentaine, mais alors on a fait des comptes rendus, et on a essayé de se convaincre. Maintenant, c'est le moment de jouer. C'est fax qu'on ne jouait pas beaucoup. Chez nous, on n'a jamais joué, en Flandre, le métier Magrédit, les gens ne connaissent pas ça. Ou je canterais le cocu imaginaire qu'on a joué, les gens ne connaissent pas ça. Et alors, on a aussi fait une compilation parce qu'on avait tant de bons dialogues et ça s'appelle « Les égotistes ». Et je dis toujours, c'est une pièce que Molière aurait écrite après sa mort.
C'est un texte avec des morceaux de « Les femmes savantes », « L'école des femmes critiques sur l'école des... » Je m'entends moi-même. Ça, c'est terrible. Ça doit être terrible pour les gens de m'entendre et de m'écouter.
Tout va bien, tout va bien. Rassurez-vous, Damien Descraeveur.
Il nous reste quelques minutes. Pas de metteur en scène.
Ça, ça vous ramène, c'est carrément le théâtre antique. Ça permet quoi de différent ?
Le fait qu'on est là sur des traiteaux, que les gens sont trifrontal, il y a trois côtés qu'on joue. Ici, la carrière de Bourbon, c'est assez impressionnant. C'est un lieu très particulier.
Pardonnez-moi, je vous coupe, mais pour préciser, la carrière dont vous parlez, c'est à 15 kilomètres d'Avignon, en pleine nature. Oui, oui. C'est vous qui souhaitiez jouer là ? C'est vous qui avez demandé à jouer là ?
Oui, je connaissais le lieu parce que c'était Peter Brook qui a fait le marabarata, mais ce n'était pas mon choix. Mais c'était un grand honneur que le directeur du festival nous a proposé ce lieu. Alors oui, c'est quelque chose, ce sont les éléments, c'est le vent, c'est le soleil, c'est immense. C'est quelque chose, il faut vraiment bien s'adapter pour comprendre les directions, il faut des micros. C'est énorme, ce lieu.
Alors, on l'a dit, ça dure un peu plus de quatre heures, mais alors les gens se lèvent, vont faire un tour, reviennent, cinq heures même. Ça, ça vous va aussi, ça fait partie du... C'est ce que vous souhaitiez, expliquez-nous.
Oui, absolument. Ce n'est pas juste. Oui, pas obligés de rester assis, si on veut aller boire quelque chose ou on peut faire pipi, on revient, ça ne nous gêne pas du tout. C'est un long spectacle, c'est une manière de vivre le spectacle pendant cinq heures presque.
Et c'est une approche totalement différente qui évidemment casse un peu les codes, mais ça va beaucoup plus loin et j'invite tous ceux qui nous écoutent à se pencher sur ce collectif TG Stan. Vous êtes à Avignon ce soir jusqu'au 25 juillet. Merci beaucoup, Damien Descraver.
C'est moi un grand honneur. Merci. Vive la culture, vive France Culture.
Je ne vous dis pas merde mais le courrier, comme on dit en France.
Je prends. Au revoir. Sous-titrage Société Radio-Canada