Bruno Le Maire : "Nous pouvons et nous devons éviter les coupures électriques cet hiver"
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Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique. Questions et réactions au 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. Bruno Le Maire, bonjour. Bonjour Nicolas Demorand. Bonjour. Et merci d'être au micro d'Inter. Vous revenez des Etats-Unis où vous avez accompagné le président de la République dans cette visite d'Etat qui a produit son lot de belles photos, d'embrassades, de beaux discours sur l'amitié franco-américaine. Mais au-delà, sur le fond des désaccords économiques et industriels majeurs que vous aviez vous-même pointés ces dernières semaines, on a du mal à comprendre à quoi a servi la visite.
Chacun a campé sur ses positions. Pour quel résultat donc ?
C'est une visite qui a aussi produit son lot de solutions économiques. Et de ce point de vue-là, je considère que la visite du président de la République aux Etats-Unis a été une visite décisive. D'abord parce qu'elle nous a permis de réaffirmer que nous partagions avec les Etats-Unis un même objectif économique stratégique, qui est la souveraineté sur notre industrie décarbonée. Il y a une nouvelle industrie décarbonée qui se met en place. Ça suppose de l'hydrogène, ça suppose des panneaux solaires, ça suppose des éoliennes, des batteries électriques. Nous voulons, les Etats-Unis comme l'Europe, comme la France, produire nous-mêmes.
C'est bien essentiel pour la décarbonation de notre économie. Le tout, c'est que ça se fasse dans des conditions de concurrence équitable.
Alors justement, qu'est-ce que vous avez obtenu ? Vous dites que cette rencontre, ce voyage était décisif. Au cœur de la visite figurait le sujet de l'IRA, ce plan anti-inflation de Joe Biden, vaste plan de subvention fiscale accordé aux industriels américains pour accélérer la transition énergétique. Sur ce plan, les mots d'Emmanuel Macron avaient été très durs. Il avait parlé d'un plan super agressif. Les choix qui sont faits par les Américains sont des choix qui vont fragmenter l'Occident. Ça, c'était les mots d'Emmanuel Macron avant sa visite d'Etat.
Donc, il est allé voir, il a dit ça à Joe Biden, qui lui a répondu « Les Etats-Unis ne s'excusent pas, je ne m'excuse pas, je garde mon plan ». Donc, quelles sont les avancées ?
La première avancée, c'est une prise de conscience. Et je pense qu'Emmanuel Macron a eu raison de frapper fort, de dire les choses, comme on se dit entre amis, avec fermeté et avec clarté. Ce n'est pas « Houston, nous avons un problème », c'est « Washington, nous avons un problème ». Votre plan, tel que vous le mettez en œuvre, il peut menacer l'industrie européenne. Donc, il serait bien que dans sa mise en œuvre, on ne va pas contester une législation américaine, comme on n'attendrait pas des Etats-Unis, qu'il conteste une législation française ou européenne.
Mais dans la mise en œuvre de ce plan, il y a un certain nombre de décisions qui peuvent être prises, et nous avons commencé à en parler avec la secrétaire américaine au Trésor, Jayeth Lillen, qui permettent de limiter l'impact sur l'industrie européenne.
Alors, par exemple, expliquez-nous concrètement.
Il y a trois types de décisions très concrètes qui peuvent être prises, et sur lesquelles nous avons ouvert un travail et ouvert une discussion avec nos amis américains. C'est bien à ça qu'a servi cette visite. Premier élément, regarder si des biens européens peuvent être inclus dans le bénéfice des dispositions de cet Inflation Reduction Act. Vous produiriez, par exemple, des batteries électriques en France ou en Allemagne, puisque nous avons créé notre propre filière de batterie électrique. Elles sont montées sur des véhicules qui sont vendus aux Etats-Unis. Et bien, malgré tout, elles peuvent disposer des avantages fiscaux qui sont mis en place au titre de la législation américaine.
Et on va regarder sur tous les produits industriels verts s'ils peuvent bénéficier, effectivement, de cette législation américaine.
Mais ça, on le saura quand ?
C'est un chantier où il faut regarder produit par produit, industrie par industrie. Donc, ça prendra un certain temps. Mais le Président de la République a fixé un calendrier début 2023. J'ai eu des entretiens tout vendredi avec l'administration américaine. Nous sommes en relation étroite avec notre partenaire allemand. J'ai eu Robert Abeck, le ministre de l'économie allemand, longuement au téléphone ce week-end pour ajuster justement cette position sur ce premier volet de négociation. Le deuxième, c'est éviter une course aux subventions.
Et là, nous sommes tombés d'accord, Washington comme Paris, pour dire que ce n'est dans l'intérêt de personne que d'avoir toujours plus de subventions au détriment des finances publiques des États. Donc, nous allons comparer nos dispositifs. Il y a des crédits d'impôt aux États-Unis. Il y a des subventions en Europe. Parce que je rappelle que l'Europe a quand même changé. Elle apporte des aides d'État pour créer ces nouvelles filières industrielles. Nous allons nous assurer que les montants sont comparables.
Pardon, là on vous cite Bruno Le Maire. Excusez-moi, vous dites aujourd'hui les subventions que les États-Unis proposent aux entreprises sont 4 à 10 fois supérieures que ce qu'on leur propose en Europe.
Elles sont plus élevées, elles sont plus rapides.
Et bien donc quoi ? Ils ne vont pas baisser les subventions.
Mais pour le moment, les décès à l'application de la loi ne sont pas fixés. C'est dans cette discussion que nous devons regarder ce que représentent ces crédits d'impôt. Qu'est-ce que les États-Unis sont prêts à faire sur ce sujet ? Et de nous, notre côté, que nous soyons aussi capables d'avoir un sursaut européen pour dire nous avons commencé à changer, nous avons mis en place des aides d'État. C'est ces fameux PIEC, ces projets d'intérêt collectif européen. Ils sont trop lents à mettre en œuvre, deux ans. Ils ne sont peut-être pas suffisants, c'est ce qu'a dit Thierry Breton. Il faudra peut-être les augmenter. C'est le deuxième sujet de discussion que nous allons ouvrir.
Le troisième qui est très important, c'est de dire, et ça, ça a été parfaitement reconnu, il peut y avoir, une fois tous les deux ans, tous les trois ans, un projet industriel absolument stratégique pour une nation européenne. Dans ce cas-là, il faut que nous en parlions ensemble. Et que les États-Unis préservent ce projet. Exemple, lorsque l'entreprise Global Fundries américaine, qui fait des semi-conducteurs, investit massivement en France sur le site de STMicro à Grenoble, pour plusieurs milliards d'euros, c'est un projet stratégique pour la France. Entre alliés, on ne touche pas à un projet stratégique. Mais pourquoi l'Europe ne fait pas la même chose que Joe Biden ?
Excusez-moi de vous poser la question de manière aussi simple. C'est une excellente question. Est-ce que Joe Biden n'a pas raison de défendre son industrie ? Est-ce qu'il n'a pas raison de vouloir qu'on produise américains, de mettre le paquet pour ça ? Où est le mal dans cette démarche ? Ah mais il n'y a pas de mal. Et pourquoi ? Est-ce que l'Europe ne fait pas la même chose ?
Je pense que c'était l'intérêt aussi de cette discussion de se dire que nous sommes parfaitement alignés Washington et Paris sur l'objectif stratégique de long terme. Et quand on est aligné sur l'objectif stratégique de long terme, en général, on trouve les solutions de court terme. Être souverain sur notre industrie décarbonée et produire en Europe ou aux Etats-Unis les biens qui sont nécessaires à cette décarbonation.
C'est des mots à ce stade. Moi, si je suis une entreprise qui veut produire des batteries et que Joe Biden me donne dix fois plus que ce que me donne l'Union Européenne, je vais aux Etats-Unis ou non ?
C'est un excellent exemple que vous prenez. Il y a trois ans, il n'y avait pas une batterie électrique qui était produite en France ou en Europe. Nous avons, avec le ministre de l'économie allemande de l'époque, Peter Altmaier, pris des décisions, demandé des subventions à l'Union Européenne. L'Union Européenne a enfin changé de cap et dit oui, on va accorder des aides d'Etat. Nous avons mis plusieurs milliards d'euros sur la table. Nous allons ouvrir des usines de batteries électriques en France comme en Allemagne et nous allons réduire notre dépendance par rapport à la Chine parce que c'est bien l'objectif, être indépendant par rapport à la Chine. Comment est-ce que nous le faisons ?
Par des subventions qui, je le redis, mettent deux ans à arriver. Il faut qu'on accélère. Et donc l'objectif, Nicolas Demorand, pour répondre à votre question, n'est pas simplement de prendre conscience. C'est déjà fait. Ce n'est pas de mettre en place de nouveaux instruments. Nous avons déjà mis en place de nouveaux instruments. C'est de simplifier, d'accélérer et de massifier les instruments de soutien à l'industrie européenne.
Mais quand vous dites massifier, ça veut dire qu'il y ait plus d'argent.
Mais ça veut dire que la Banque Européenne d'Investissement doit être mobilisée. Ça veut dire qu'il faut mettre en place plutôt des marchés de capitaux pour pouvoir financer les PME ou les entreprises qui décarbonent leur économie. Il faut que nous puissions mobiliser l'épargne des Européens pour bâtir l'économie décarbonée européenne. Est-ce que vous dites ce matin qu'il nous faut un IRA européen ? Je vous dis qu'il faut un IRA européen. Je vous dis qu'il faut un sursaut européen. Qui bloque sur l'IRA européen ? Aujourd'hui, plus personne ne bloque. Que la prise de conscience a eu lieu il y a au moins 3 ou 4 ans.
Que nous avons, avec Emmanuel Macron, participé à cette prise de conscience européenne. Mais qu'au bout de 3 ou 4 ans, l'IRA nous oblige à nous réveiller. Ce que nous avons fait, eh bien, ce que nous avons fait n'est pas suffisant au niveau européen. Il faut, avec beaucoup plus de force et des instruments financiers beaucoup plus puissants, défendre notre industrie européenne. Il ne faut pas avoir peur de mettre rapidement en place une taxe carbone aux frontières pour éviter les fuites carbone et pour éviter qu'on réimporte des produits carbonés qui sont moins chers alors que nous reproduisons sur notre sol des produits décarbonés.
Il ne faut pas hésiter à augmenter le montant des aides financières qui sont nécessaires. Et il ne faut pas hésiter à prononcer ce mot de préférence européenne. Dans les marchés publics, dans les achats publics, qu'on préfère un produit européen à un produit importé, ça devrait être naturel.
Puisque vous parlez de souveraineté, l'Allemagne va vendre le port de Hambourg à l'entreprise chinoise Costco. Vous en pensez quoi, Bruno Le Maire ?
J'en pense que c'est un choix souverain de l'Allemagne. Je n'ai pas commenté les choix souverains de l'Allemagne. Chacun est libre de ses décisions.
Vous parlez de préférence européenne et ils vont vendre un port stratégique aux chinois.
Mais ça ne m'empêche pas de rappeler la préférence européenne et de dire qu'il est indispensable d'accélérer dans ce domaine-là. Nous avons déjà, avec Robert Abeck, le ministre de l'Économie, proposé une nouvelle politique industrielle européenne qui affirme cette préférence européenne. Nous l'avons fait il y a quelques jours.
Vous pouvez dire que c'est sans crédité.
Mais nous l'avons fait et assalamé sur les lanceurs spatiaux. Nous l'avons réaffirmé que lorsqu'on lance un satellite, il faut préférer Ariane ou l'italienne Vega à SpaceX ou à Falcon 9. Et nous travaillons actuellement, avec Robert Abeck, à de nouvelles avancées sur cette politique industrielle. D'ici quelques semaines, je pense que nous pourrons, avec le ministre de l'Économie allemande, faire à nouveau des propositions pour défendre l'industrie européenne.
C'est vrai qu'il y a une volonté, on l'entend dans votre bouche, et elle ne date pas d'aujourd'hui. Mais s'il y a une filière de batterie électrique, c'est parce qu'on a pris le taureau par les camps, quand il y a une filière hydrojette, même chose. J'entends bien, mais quand on entend qu'un port stratégique comme celui d'Ambourg va être vendu aux Chinois, on a l'impression que ça casse complètement l'idée de... Non, je ne sais pas, pas de commentaire, vous allez me dire, mais on voit dans vos yeux que vous n'en pensez pas moins.
Parfois, le silence est dehors.
Voilà, on a compris.
Retour en France, Bruno Le Maire, nous recevions jeudi dernier le PDG de la coopérative de supermarchés Système-U, Dominique Schellcher. Il nous disait qu'il s'attendait à des coupures de courant dans ces supermarchés, avec toutes les conséquences possibles sur la chaîne du froid. On parlait très concrètement de ces choses-là avec lui. Qu'est-ce que vous lui dites ce matin ? Vos supermarchés sont protégés, ou alors, oui, il va falloir que vous vous organisiez, au cas par cas, s'il y a malheureusement des coupures d'électricité ?
Nous, nous ferons tout pour qu'il n'y ait pas de coupures d'électricité cet hiver. Ça dépend de nous tous, collectivement, de la réduction de notre consommation d'électricité et d'énergie, les ménages, les entreprises, les administrations, tout le monde. C'est, je pense, un engagement collectif qui doit nous permettre d'aboutir à cette réduction de consommation d'énergie. Nous avons demandé à EDF, quand j'ai reçu le président d'EDF, Luc Raymond, de faire tout le nécessaire pour que les réacteurs nucléaires tournent à pleine puissance au début de l'année prochaine.
Et je sais, je peux en témoigner que les salariés d'EDF, les ouvriers, les ingénieurs, sont totalement mobilisés pour remettre en état les réacteurs nucléaires qui doivent l'être. Et avec ces décisions, avec cet engagement collectif, nous pouvons éviter les coupures en hiver. Et je vais vous dire, nous devons tout faire pour les éviter. Parce qu'elles sont très pénalisantes pour les ménages, elles sont très pénalisantes pour les services publics, et elles sont très pénalisantes pour notre éducation.
Olivier Piéchazic nous disait tout à l'heure qu'il y avait 37 réacteurs qui marchaient ce matin. C'est-à-dire qu'on est enfin, si je veux dire, descendu en dessous des 20 réacteurs en panne sur les 56 que compte la France.
Oui, je pense que nous sommes dans la bonne direction, mais une nation doit être capable de mobilisation collective. Et la nation française est capable de mobilisation collective pour réduire sa consommation, remettre en état sa production, et donc tenir cet objectif qui doit être notre objectif collectif, aucune coupure d'électricité cet hiver.
A ce micro, Jordan Bardella a jugé le plan gouvernemental sur l'électricité extrêmement inquiétant. Il dit, dans la 7ème puissance mondiale, on est en train de nous expliquer qu'on va potentiellement couper le générateur d'électricité. Et il accuse le gouvernement d'avoir organisé le sabordage de notre filière nucléaire depuis maintenant 5 à 10 ans, et mis la France dans une situation de précarité énergétique qui fait davantage penser au tiers monde qu'aux pays développés. Qu'est-ce que vous répondez à cette critique ?
Mais c'est toute la mesure du Rassemblement National qui adore jouer avec les peurs des Français. Après, je rappelle que Marine Le Pen s'était prononcée contre le nucléaire il y a quelques années, donc qu'elle soit un peu cohérente par rapport à ses positions. Nous, contrairement à Marine Le Pen, nous ne sommes pas contre l'énergie nucléaire, nous la relançons. Le Président de la République a annoncé la production.
Vous aussi, vous avez tergiversé, Bruno Le Maire, avec tout mon respect.
Je n'ai jamais tergiversé sur l'importance du nucléaire dans notre pays.
On va fermer 14 réacteurs, on a fermé Fessenheim, ça c'était au début du premier mandat. Vous avez changé.
Je pense n'avoir jamais changé, y compris sur Fessenheim et sur l'énergie nucléaire.
Certes, à titre personnel.
Quant à la majorité et au Président de la République, ils ont été les premiers à demander la réouverture de six réacteurs nucléaires. La production de six réacteurs nucléaires. Nous travaillons sur des réacteurs de petits et de moyennes puissances. Nous avons créé une université des métiers du nucléaire. Nous relançons la filière nucléaire comme ça n'a jamais été fait depuis plusieurs décennies. Donc nous n'avons pas le choix à recevoir de Marine Le Pen et du Rassemblement National qui avaient appelé, je le rappelle, à abandonner le nucléaire et qui sont amis de la Russie, qui nous privent de l'énergie et qui mettent donc toute l'Europe dans une situation difficile.
L'inflation se stabilise à 6,2% en novembre sur un an. Chiffre inchangé par rapport au mois précédent selon les estimations provisoires de l'INSEE. En zone euro, on note un reflux de l'inflation pour la première fois depuis un an et demi. 10% sur un an contre 10,6% en octobre. Est-ce que le pic inflationniste est atteint, Bruno Le Maire, ou est-il encore devant nous ? Il n'est pas encore passé.
Ce pic inflationniste, qui dure déjà depuis plusieurs semaines, durera encore quelques mois. En revanche, quand on regarde...
Donc ça va continuer à augmenter pendant quelques mois ?
Oui, ça continuera à augmenter encore pendant quelques mois. En revanche, quand nous regardons le prix de certaines matières premières, matières premières agricoles, le blé, matières premières industrielles, le cobalt, le zinc, l'aluminium, on voit s'amorcer une décrue qui doit pouvoir se transmettre au prix à la consommation vers la mi-2023. Ça veut dire que dans le courant de l'année 2023, je confirme que notre estimation est que l'inflation devrait commencer à refluer. Moi, je veux vraiment essayer d'ouvrir une perspective pour nos compatrières, parce que je sais à quel point c'est difficile, quand on fait ces courses, d'avoir une augmentation à deux chiffres sur les prix alimentaires.
À deux chiffres qui va atteindre... Pardon, sur les prix alimentaires, on parle de 20% d'augmentation des produits alimentaires en janvier. Est-ce que vous nous confirmez ces chiffres-là ?
J'ai parfaitement conscience qu'il y a des augmentations à deux chiffres sur les prix alimentaires.
Non, non, pas à deux chiffres. À deux chiffres, on en est à 12% aujourd'hui. Mais est-ce que ça va monter à 20% ?
Ça peut monter davantage. Je ne peux pas vous donner de chiffres précis. Ça peut monter davantage dans les semaines qui viennent. Je veux simplement que nos compatrières puissent se projeter et se dire que ça ne va pas monter comme ça jusqu'à l'infini. que ce que nous mettons en place comme politique budgétaire, comme politique monétaire avec la BCE, doit nous permettre de faire refluer les prix à partir de la mi-2023. Et c'est évidemment pour nous un objectif stratégique.
En attendant, le beurre va coûter 20% de plus en janvier.
C'est bien pour ça qu'on a maintenu les aides. C'est bien pour ça qu'on maintient un bouclier tarifaire sur l'électricité et sur le gaz. C'est parce que les ménages n'ont qu'un seul budget. Et qu'être protégé, comme nous l'avons fait depuis plusieurs mois, sur l'augmentation des prix d'énergie, ça nous permet, je le rappelle, d'avoir encore le niveau d'inflation le plus faible de la zone euro.
Il y a un domaine où l'inflation se porte bien. Ce sont les revenus des patrons du CAC 40, Bruno Le Maire. Selon une étude de ProxInvest, la rémunération des patrons du CAC a bondi de 52% en 2021 avec des records historiques pour chaque composante de ses revenus. Salaire fixe, bonus, jetons, avantages en nature, stocks, options, etc. L'économiste Daniel Cohen dit que la bonne politique, d'un point de vue strictement théorique, serait de taxer les plus riches et de subventionner les plus pauvres avec, au bout du compte, un jeu à somme nulle. C'est ce que nous ne parvenons pas à faire actuellement, d'une certaine manière, par idéologie. Il a tort. Oui, il a tort.
Pourquoi ? Parce que nous sommes le pays qui, parmi les grands pays développés, taxe déjà le plus les très hauts revenus. C'est quasiment 60% quand vous faites l'impôt sur le revenu, la surtaxe qui est imposée sur les plus hauts revenus, la CSG, vous arrivez à quasiment 60%. Donc je ne pense pas que la solution soit dans l'augmentation jusqu'à l'infini des impôts. Je pense que la solution est dans la décence commune des grands chefs d'entreprise. Je le redis, je l'ai dit à plusieurs reprises. Je pense que surtout dans ces moments qui sont difficiles pour beaucoup de nos compatriotes. Ils sont décents, là ?
Je considère qu'il y a des rémunérations qui peuvent choquer, qui peuvent paraître indécentes dans un temps où beaucoup de nos compatriotes souffrent. Et qu'on ne peut pas s'abstraire de la collectivité à laquelle on appartient. On ne peut pas s'abstraire de la nation à laquelle on appartient. Donc vous comptez sur leur responsabilité, c'est ça ? Oui, je demande.
Et vous constatez qu'après avoir compté sur la décence commune toute l'année dernière, est-ce que vous avez l'impression qu'il y a eu des efforts faits ?
Je pense que nous avons pris un certain nombre de mesures déjà pour faire la transparence sur ces écarts de rémunération. C'est la loi Pacte. Je pense que les paroles politiques pèsent. Et je continue à parier sur la responsabilité des uns et des autres. Oui, la décence commune doit s'appliquer à tous, y compris aux rémunérations les plus élevées. Et puis après, moi ce qui m'importe le plus, c'est que les salariés soient mieux rémunérés. C'est tout le débat sur le partage de la valeur que nous avons ouvert avec le parti majoritaire, qui amènera des solutions très concrètes pour les salariés en début d'année 2023.
Parce que la décence commune, c'est aussi faire en sorte que les salariés soient mieux rémunérés pour leur travail.
Sur l'application de France Inter, question de Moalik. Comment dire que vous écoutez les Français quand la réforme des retraites annoncée ne fait aucun compromis sur l'âge de départ à la retraite ?
Nous verrons ce que donnera le débat parlementaire. Le principe démocratique, c'est que la majorité propose, qu'ensuite il y ait un débat entre les forces majoritaires, les forces d'opposition au Sénat et à l'Assemblée nationale, et qu'au bout de cela résulte un texte qui sera le fruit de ce dialogue. Mais cette réforme des retraites, je veux dire simplement à quel point elle est essentielle. Je veux dire à tous les jeunes qui nous écoutent. Est-ce que vous voulez avoir une retraite par répartition ? Oui ou non ? On ne peut pas maintenir un système de retraite par répartition quand on accumule 100 milliards d'euros de dettes d'ici quelques années. Ça n'est absolument pas tenable.
Dites-le à Laurent Berger qui affirme il y a quelques jours qu'il n'y a aucune avancée sociale dans ce que prépare le gouvernement, estimant que s'il y a un report de l'âge légal, la CFDT s'y opposera par tous les moyens.
Nous verrons les avancées que proposera la Première Ministre qui doit présenter le texte le 15 décembre. Je pense que nous aurons un texte qui sera un texte équilibré. Mais sur le fond de l'objectif, préserver notre système de retraite par répartition, qui aujourd'hui accumule les déficits et donc des dettes qui seront insoutenables. Faire en sorte que tous, nous puissions travailler un peu plus pour financer notre modèle social. Celui dont vous parliez tout à l'heure, vous dites qu'il faut protéger les plus faibles, il faut des hôpitaux qui tournent bien, il faut un système éducatif, on rémunère mieux les enseignants. Mais je suis d'accord avec tout cela. Mais il faut le payer.
Et pour le payer, il faut que nous acceptions tous, collectivement, de travailler un peu plus. C'est ça l'objectif de cette réforme.
Un mot rapide, toujours sur l'application d'un terme. Mireille, lors de la campagne présidentielle, le président de la République a dit qu'il allait augmenter l'abattement fiscal sur les droits de succession. Qu'en est-il ?
L'idée, la proposition sera mise en œuvre durant le quinquennat. Mais par esprit de responsabilité, nous avons estimé qu'aujourd'hui, nous n'avions pas les moyens d'engager cette réforme qui est coûteuse pour les finances publiques. Nous devons faire attention à nos finances publiques.
Donc c'est une promesse de candidature.
C'est une promesse qui sera tenue, mais on peut décaler une promesse quand on estime que les finances publiques ne nous le permettent pas. Comme on l'a fait aussi sur les impôts de production, on a dit que nous allions supprimer la contribution à la valeur ajoutée. On devait le faire en une seule fois, on va le faire finalement en deux fois pour ménager nos finances publiques.
Trois questions d'actualité, réponses rapides s'il vous plaît, Bruno Le Maire. Sur l'affaire McKinsey relancée récemment par la justice, vous avez affirmé le week-end dernier qu'il y avait eu des abus et des dérives du gouvernement dans le recours à ses cabinets de conseil privés. Le lendemain, à notre antenne, Olivier Véran, vous répondez pas du tout, il n'y a pas de dérive, pas d'abus. Je ne sais même pas ce que c'est qu'une dérive ou un abus. Alors vous, vous ne savez pas ce que c'est que les super profils, lui, ce n'est pas ce que c'est qu'une dérive ou un abus sur McKinsey. Il y a deux lignes au gouvernement, il y a eu dérive ou pas ? Abus ou pas ?
Non, il y a une seule ligne, je pense qu'elle a été rappelée il y a assez longtemps par le président de l'époque qui était Jean Castex, par le président de la République, pour dire que parfois, par facilité, ou Dieu le fait rappel à son administration, on faisait appel à des cabinets de conseil. Et que nous étions allés trop loin dans cette facilité. Donc nous l'avons corrigé, c'est la ligne qui a été fixée et je l'applique.
Vous persistez qu'il y a eu des abus et des dérives ? Les mots que vous avez dit, vous les maintenez ?
C'est surtout les décisions que j'ai prises pour réduire l'utilisation des cabinets de conseil au ministère de l'économie et des finances. Le recours a été réduit de 35%.
Valérie Pécresse menace de suspendre des paiements concernant la préparation du Grand Paris Express et des JO. Si le gouvernement ne fait pas de gestes pour éviter une trop forte hausse des prix des transports en commun de la région Île-de-France, le passe-navigo, comme les tickets de métro augmenteront de 20% sans aide de l'État. Que lui répondez-vous ce matin ? Que l'État ne fera aucun geste ? Que les usagers des transports vont payer l'addition ?
Non, je lui réponds que la responsabilité des transports d'Île-de-France, c'est la région. Donc on ne peut pas nous demander de décentraliser les décisions, ce qui a été fait pour les transports régionaux, et de recentraliser les déficits quand tout d'un coup il y a des déficits. Donc c'est à la présidente de la région Île-de-France, qui je le rappelle, est la région la plus riche de France, de trouver les solutions budgétaires.
Elle dit qu'elle ne les a pas.
Mais c'est à elle de trouver une fois encore, elle est responsable des transports en Île-de-France. Moi je suis comptable de l'argent public et de l'argent de tous les Français. C'est bien elle, je crois, qui nous avait reproché de cramer la caisse. La caisse, c'est la caisse de tous les Français. Ce n'est pas la caisse de l'Île-de-France. Donc c'est compliqué pour moi d'aller expliquer à quelqu'un qui habite à Nantes, à Nevers ou à Romorantin que je vais prendre de l'argent public qui lui appartient aussi pour aider la région la plus riche de France.
Un mot sur la ville de Paris. On entend vos collègues Gabriel Attal ou Clément Beaune surenchérir sur la gestion de la ville de Paris d'Anne Hidalgo. Clément Beaune dit « une mise sous tutelle n'est pas exclue ». Est-ce que vous pensez comme lui ?
Je pense en tout cas que le courrier qu'a adressé Anne Hidalgo à tous les habitants de Paris est indigne de la maire de Paris. Pourquoi ? Parce que faire reporter sur l'État, dans une grande diatribe contre l'État, son absence de soutien, la responsabilité de la mauvaise gestion de Paris, je trouve que c'est indigne. Surtout quand l'État a toujours été au rendez-vous des demandes de la ville de Paris pour les soutenir quand la ville de Paris avait besoin de soutien.
Et un dernier mot sur cet entretien croisé avec Michel Onfray. dans lequel Michel Houellebecq déclare qu'en France, quand des territoires entiers seront sous contrôle islamiste, il y aura des attentats, des fusillades dans des mosquées, des cafés fréquentés par des musulmans, bref, des bataclans à l'envers sur le grand remplacement. Il dit que ce n'est pas une théorie mais un fait que l'Europe sera emportée par ce cataclysme. Quant à De Gaulle, pour son comportement envers les harkis, il méritait d'être fusillé. Que dites-vous à votre ami ce matin, Bruno Le Maire, qu'il a perdu la raison ?
Non, je dis que Michel Houellebecq est un écrivain, que je laisse à un écrivain sa liberté de penser. Pour ma part, je suis responsable politique. Donc j'agis, je décide et je laisse à Michel Houellebecq la responsabilité de ses propos.
Bon, merci.
Bruno Le Maire