Fabien Roussel : "Si pour rejeter cette réforme il faut bloquer le pays, mettons-nous-y tous ensemble"
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France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9-30. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le secrétaire national du Parti communiste français, député du Nord. Vos questions, amis auditeurs, vos réactions au 01-45-24-7000 et sur l'application de France Inter. Fabien Roussel, bonjour.
Bonjour et meilleur vœu à vos auditeurs, vos auditrices.
Et à vous aussi, bienvenue sur Inter, après demain jeudi, c'est la journée de mobilisation intersyndicale contre la réforme des retraites. Lors de la présentation de vos vœux, vous avez exhorté à ne pas prendre cette journée, cette manifestation, comme toutes les manifestations que vous avez connues, car selon vous l'enjeu en est énorme et déterminant. Alors espérez-vous le grand soir, jeudi, une mobilisation forte et dense dans les rues, ou craignez-vous que la lassitude et la résignation l'emportent chez les Français ?
D'abord, oui, l'enjeu de cette manifestation du 19 est énorme, important. La mobilisation, elle est déterminante. Et je m'adresse à tous ces Français, les jeunes, les retraités, les salariés, du privé comme du public. Je m'adresse à eux pour leur dire que ceux qui craignent pour leur retraite, ceux qui ne veulent pas de cette réforme, c'est dès, dès jeudi, qu'ils doivent venir manifester pour que, dès jeudi, dès la première mobilisation, nous envoyons un message fort, énorme, au gouvernement, au président de la République, pour lui dire « Nous ne voulons pas de cette réforme des retraites qui prévoit de nous faire travailler 2 à 3 ans de plus. » Nous n'en voulons pas.
Et puis, franchement, il y a un ras-le-bol généralisé. J'entends de partout, ça monte, la réforme des retraites et la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Mais la crise énergétique, les factures qui s'amoncèlent, le prix de l'essence qui augmente. Les raffineries ne sont pas en grève, à ce que je sache. On va en reparler, mais tout ça, c'est une succession de mauvaises nouvelles, de coups durs. Ce sont toujours les mêmes qui payent, jusqu'aux classes moyennes. Et on sent une France à deux vitesses et ça craque, c'est tout.
Fabien Roussel, les ministres se relaient depuis quelques jours dans les médias pour dire en substance « La mobilisation, oui, c'est un droit, mais il ne faut pas bloquer le pays. » Vous, vous dites quoi ? Si pour bloquer cette réforme, il faut bloquer le pays, eh bien, il faut bloquer le pays ?
D'abord, la poignée de Français qui provoquent et bloquent le pays, c'est le gouvernement. C'est cette poignée de ministres dont une partie sont des millionnaires. Ils ne sont pas concernés par la réforme. Ils ont tous une assurance vie, eux. Et c'est cette poignée-là qui met le pays à feu et à sang avec une réforme en pleine période de crise, en pleine période de difficulté pour les entreprises, les artisans, les salariés, pour tout le monde. C'est lui qui provoque la France. Et donc, si, pour rejeter cette réforme, il faut bloquer le pays, eh bien, mettons-nous tous ensemble, une bonne fois pour toutes, que ce soit fort et que ce soit rapide, et qu'on leur dise « on n'en veut pas !
» Donc, il faut bloquer le pays. Et qu'ils remisent sa réforme au placard.
Il faut bloquer le pays après deux ans de Covid, après la plus longue grève, etc.
Non, mais dites-moi, madame Salamé, c'est qui qui provoque ? C'est qui qui reçoit les syndicats qui ont tous dit unanimement « nous ne voulons pas de mesures d'âge ? » Nous voulons des progrès pour la réforme des retraites, mais pas de mesures d'âge qui nous fait travailler plus longtemps. Qu'ont dit les forces de gauche écologistes qui ont été reçues, et y compris des responsables du centre, même des députés de la majorité ? Qu'est-ce qu'ils disent ? Ils disent « pas de mesures d'âge, pas de mesures qui vont durcir la retraite des Français ». Et donc, si le gouvernement n'a que deux oreilles droites, et qu'il n'entende pas, c'est eux le problème, c'est pas nous quand même.
Quels sont nos moyens de résistance ? Quels sont nos moyens pour dire non quand il n'a refusé d'écouter les propositions que nous mettons sur la table ?
C'était dans son programme présidentiel, vous le savez.
Non, mais vous rigolez ou quoi ?
Ah non, je rigole pas, c'était dans son programme présidentiel.
Non, mais si au second tour, il fait ce résultat-là, c'est pas parce qu'on soutenait ce qu'il a mis dans sa réforme, dans son programme. Oui, mais son score au premier tour ! C'est d'abord parce que nous ne voulions pas, c'est parce que, d'accord, et 70% qui n'ont pas voté pour lui. Donc la moindre des choses, quand on voit que la démocratie va mal dans notre pays, quand on voit qu'il y a 13 millions d'abstentionnistes présidentiels, 26 aux législatives, la moindre des choses, c'est de se soucier de la démocratie, du dialogue avec les Français.
Pourquoi n'ouvre-t-il pas un grand débat dans le pays sur la réforme des retraites pendant 6 mois, conclu par un référendum à la fin, projet contre projet ? C'est un référendum, là, aujourd'hui. Mais c'est justement éviter le blocage du pays, discuter de cette réforme des retraites dans les usines, sur son lieu de travail, dans les facs.
Au Parlement, il y aura une discussion, non ?
Mais on ne peut pas en parler avec les Français sur les autres propositions que nous mettons sur la table pour réformer la retraite, pour augmenter les pensions, pour prendre en compte les carrières longues, les carrières hachées, pour réparer les inégalités femmes-hommes ?
À ce stade, prenons un certain nombre d'éléments. Fabien Roussel, le gouvernement dit que cette réforme des retraites n'est pas injuste, qu'elle va permettre, pour commencer, d'assurer 1 200 euros bruts de pension à tous les retraités ayant une carrière complète, et que ça, c'est un véritable acquis. Cet argument, cet argument-là, sur ce sujet-là, est-ce que vous l'entendez ?
Ce que j'entends, c'est que le minimum contributif à 1 200 euros pour une carrière complète, il faut le préciser, il ne faut pas que les Français croient que la promesse du gouvernement va s'adresser à tous les retraités, c'est ceux qui ont une carrière complète et qui touchent aujourd'hui 1 100 euros à peu près, ils vont avoir 100 euros de plus. Tant mieux ! Cette disposition, elle existe déjà dans la loi. Donc il n'y a pas besoin de faire une réforme des retraites. Elle existe déjà depuis la loi Fillon de 2010. Il suffit de l'appliquer, tout simplement. En plus, il faut que le gouvernement détaille un petit peu sa proposition.
Est-ce que c'est 1 200 euros avec la retraite du régime général plus la complémentaire ou c'est que le régime général ? Ce n'est pas la même non plus. Donc, regardons. Nous, ce que nous disons, c'est que pour financer ce minimum contributif à 1 200 euros, il n'y a pas besoin d'allonger le départ en retraite de ceux qui ont déjà travaillé 40, 42 ans, comme c'est le cas aujourd'hui. Pas besoin. Enfin, vous imaginez, on parle même de gamins de 14 ans. Dans les propositions, dans les exemples du gouvernement, on parle de gamins qui commencent à travailler à 14 ans et qui vont devoir enchaîner 44 annuités, 44 annuités de travail pour avoir le droit à une retraite.
Ça veut dire partir à 58 ans.
Oui, mais pour cela, il ne faut pas qu'ils aient 1 à 2 à 3 ans de chômage parce que sinon, ils vont bosser la moitié de leur vie, 50 ans de leur vie passée au travail.
Vous écriviez dans une tribune publiée dans Le Monde en septembre dernier « Je me bats pour une société qui se fixe comme horizon de garantir un emploi, une formation, un salaire à chacun de ses concitoyens et je m'inscris en faux contre ceux qui théorisent la fin du travail ». Vous disiez aussi « Je ne suis pas la gauche du RSA, je ne suis pas la gauche des allocs ». Avec François Ruffin, vous êtes un des rares à gauche qui place la valeur travail au centre des valeurs les plus importantes pour fédérer la société. De ce point de vue-là, vous partagez la même philosophie qu'Emmanuel Macron qui avait cité le mot « travail » 17 fois dans ses voeux le 31 décembre dernier.
Non mais ce n'est pas le tout de le citer. Il faut y mettre du contenu. Tout le monde est pour le travail.
Tout le monde n'est pas pour le travail.
Non, c'est vrai. À gauche notamment. C'est vrai, il y a des fléministes. Il y a ceux qui sont pour la flemme.
Elle appréciera.
Non, tout le monde n'est pas pour mettre le même contenu que nous mettons nous au travail. D'ailleurs, sur la réforme des retraites, ce que nous disons nous, de bon salaire, c'est une bonne retraite. Et donc la première chose à faire, c'est d'augmenter les salaires, au moins qu'ils soient indexés au niveau de l'inflation et qu'ils évoluent au même niveau que l'inflation. 1% de hausse de salaire, c'est pour tout le monde. C'est 2 milliards de cotisations qui rentrent dans les caisses de l'État. Et donc, quand je vois les salariés de Schneider Electric, on va leur reprocher de faire grève à eux. 15 000 salariés en France, ils se battent pour avoir 100 euros minimum d'augmentation.
Leur entreprise leur propose 2% des clopinettes quand l'inflation est à 6 ou 7. Mais les salariés n'ont pas d'autre choix que de se mobiliser et de défendre leur travail et de défendre leur salaire. Macron, il cite 17 fois le travail et derrière, il distribue des primes. Macron, il cite le travail et derrière, le gouvernement distribue des primes d'activité pour compenser ce que des grands groupes ne payent pas. Des primes qui ne cotisent pas sur les retraites. Et après, on dit qu'il y a un déficit. Aujourd'hui, notre système de retraite est de moins en moins financé par l'emploi et les salaires. C'est bien ça le problème. C'est pour ça que la gauche fait des propositions.
Et que je défends le travail et les salaires.
Et comment vous financez votre volonté d'une retraite à 60 ans, Fabien Roussel ?
Eh bien, avec une série de propositions. D'abord, je viens de parler des salaires, de l'emploi et des salaires. C'est la base pour faire en sorte de financer notre protection sociale. Et puis ensuite, à l'argument de ceux qui disent, on vit plus longtemps et donc on doit travailler plus longtemps. Non, on vit plus longtemps. Il y a moins d'actifs pour financer les retraites, certes. Mais nous produisons plus de richesses et donc élargissons l'assiette de financement de notre protection sociale. Allons chercher des recettes nouvelles, des ressources nouvelles.
Donc en augmentant les impôts.
Et donc, mais vous dites augmenter les impôts. Moi, je dis, faisons participer le capital. Pourquoi faire toujours peser sur les travailleurs, les classes moyennes, les classes populaires, la financement de leur protection sociale ? Mais je vous donne un exemple, Léa Salamé. Plus de 300 milliards d'euros de revenus financiers par an. Ça, c'est le coût du capital. Des revenus financiers. Dedans, je mets les 82 milliards d'euros de dividendes. Je mets les plus-values boursières. Je mets tout ça dedans. Des revenus financiers. 300 milliards. Pour certains, pour les riches, notamment. Je parle pas que les milliardaires, les riches.
Ces revenus financiers, ces dividendes, ces plus-values boursières, c'est leur salaire. Voilà. Nous, on touche un salaire tous les mois, c'est le même. Eux, c'est ça. C'est des dividendes. Ça cotise pas sur les retraites. Il y a des impôts dessus. Mais ça cotise pas pour les retraites. Pourquoi il n'y a pas une cotisation employeur de 11% ? Comme sur vos salaires, comme sur le mien. 11% sur 300 milliards, c'est 30 milliards qui rentrent. C'est le double de ce que je cherche le gouvernement. Enfin, posons ces questions-là. Posons la question aux salariés. Est-ce qu'un salarié ne préférerait pas cotiser 10 euros de plus, lui ou l'employeur ?
De plus, pour financer une bonne réforme des retraites, plutôt que de travailler deux ans de plus ? Mettons ça en débat. Mais moi, je suis pour ce débat. Qu'il soit sain et démocratique. Et d'ailleurs, vous savez ce qui se passe ? Moi, j'en ai rencontré des ouvriers dans ma circo. Ils me disent, M. Roussel, de toute façon, moi, je travaille dans le bâtiment. Travailler jusqu'à 64 ans, c'est pas possible. Ce que je vais faire, je vais mettre 50 euros par mois dans une assurance pour pouvoir partir plus tôt. Est-ce que ce n'est pas ça ce que recherche le gouvernement ? Est-ce que ce n'est pas de demander, justement, de pousser les Français à aller vers une retraite par capitalisation ?
Je pense à ceux qui ont Bac plus 4, Bac plus 5, des professeurs, des enseignants, des métiers qui ont nécessité des diplômes et qui sont rentrés tard dans la vie active, à 23-24 ans. Mais eux, ils se disent, on ne va pas travailler. Et on ne va pas travailler 43 ans derrière, jusqu'à 66-67 ans. Donc, ils vont aller vers la retraite par capitalisation. Et ça, c'est un des projets du gouvernement. Nous n'en voulons pas.
On passe au standard inter. Didier nous y attend. Didier qui nous appelle d'Angers. Soyez le bienvenu. Bonjour.
Oui, bonjour à tous. On vous écoute. Ma question était de savoir ce que pensait M. Roussel de la manifestation de samedi, qui, à mon sens, risquait d'être une manifestation improductive. Il y aura sans doute moins de monde que celle de jeudi, qui est une manifestation des gens qui travaillent. Et donc, une manifestation de samedi qui va être une manifestation politique, où il risque aussi d'y avoir peut-être des erreurs. Donc, ça sera, à mon avis, improductif pour le poids que doivent donner ces actes, ces manifestations.
Bien compris, bien compris Didier. Fabien Roussel va vous répondre. Mani, mobilisation intersyndicale jeudi. Et une marche samedi 21 à l'appel de la France insoumise. Comment répondez-vous à la question de notre auditeur, Fabien Roussel ?
Mettons le paquet sur le 19. Sur jeudi. Sur jeudi. Parce que, c'est pour ça que l'enjeu est véritablement que beaucoup, beaucoup, beaucoup de monde soit présent jeudi. Après, la France insoumise et des organisations de jeunesse ont fait le choix de maintenir cette mobilisation le 21.
Vous allez manifester le 21 ou pas, vous ?
Non, parce que, comme je vous le dis, nous, au Parti communiste français, mais pas que nous, parce qu'on en a parlé avec les autres forces politiques à gauche, avec l'EPS, avec l'EVER, nos organisations politiques font le choix aujourd'hui de soutenir d'abord les mobilisations contre la réforme des retraites, à l'appel de l'intersyndicale, et de mettre le paquet sur ces mobilisations. Après, c'est le choix des organisations de jeunesse. Et les jeunes sont tellement impactés par cette réforme de retraite, l'enjeu, c'est qu'elles appellent à manifester, à soutenir les mobilisations de l'intersyndicale.
Sur l'appli d'Inter, Philippe vous dit la chose suivante, votre retrait de la manif du 21 janvier, celle de la France insoumise, donc vous fait apparaître comme un gosse capricieux qui veut se démarquer du grand frère. Le grand frère, ça doit être Jean-Luc Mélenchon, j'imagine. Que répondez-vous à Philippe, notre auditeur ?
Mais je laisse forcément le libre choix à chacun de participer à toutes les mobilisations. Et moi, que des organisations de jeunesse décident de se mobiliser, d'organiser leurs propres manifs, de leur côté, je respecte tellement. J'ai moi-même été un jeune militant quand j'étais au lycée, et donc j'ai fait ça. Donc je ne leur reproche pas de le faire. Je dis que moi je n'y participerai pas pour concentrer l'effort sur les manifs contre la réforme des retraites.
Vous avez déclaré ce dimanche, dans le journal du dimanche, la gauche façon Mélenchon a atteint un plafond de verre, ça veut dire quoi ?
Bon, ça c'est un autre sujet. Je répondais à une question du journaliste sur Jean-Luc Mélenchon. Ce que je souhaite, c'est que la gauche l'emporte, que la gauche représente une alternative, que la gauche puisse conquérir les cœurs de toutes celles et ceux qu'elle n'a pas su conquérir, y compris aux présidentielles, et encore moins aux législatives. Où nous étions unis, pourtant, 26 millions d'abstentionnistes. Le total des voix de gauche aux élections législatives, c'est 24%.
La gauche, façon Mélenchon, a atteint un plafond de verre, ça veut dire quoi ?
Ça veut dire que, depuis 10 ans, la gauche, quels que soient ses choix, unis ou pas, elle plafonne à 30%. 24% en législatif, 30% en présidentiel avec des candidatures séparées. C'est la faute de Mélenchon ? On voit bien que l'enjeu...
Ce n'est pas votre faute à vous, au PS, au vert ?
Je m'inclus dedans.
Parce que là, vous nommez Jean-Luc Mélenchon, c'est quand même celui qui a fait 22%, par contre.
Oui, mais je m'inclus dedans, Madame Salamé, mais on peut refaire la même la fois prochaine, et plafonner au même résultat, et ne pas avancer. Moi, mon inquiétude, c'est que beaucoup de Français ne se retrouvent pas dans les propositions que porte la gauche, et c'est la raison pour laquelle je souhaite que le Parti communiste français se renforce, représente lui aussi une alternative, avec les propositions que nous mettons sur la table, que nous nous renforcions, que toutes les forces de gauche se renforcent, et que demain, nous puissions former une majorité, que nous soyons majoritaires dans le pays. Et l'objet aujourd'hui, c'est d'être unis sur la réforme des retraites, justement.
Et nous avons besoin de cette victoire.
Même sur ça, vous n'êtes pas unis ?
Mais si. Pour représenter une alternative. Nous, demain, voilà ce que nous ferons au gouvernement en matière de réforme de retraite. Je souhaite. Je souhaite que la France, que nous puissions proposer aux Français, à la France, un pacte, justement. Et que nous puissions leur dire, voilà ce que nous, nous mettrons en œuvre. Mais à part ça, la NUP, c'est fini.
A part ça, la NUP, c'est fini. Ça a été un moment de l'année dernière, et aujourd'hui, c'est terminé. Mais non, mais la nouvelle union populaire,
écologique et sociale, la NUP, c'est pas l'alpha et l'oméga de nos rassemblements, d'abord. Ça nous permet aujourd'hui de travailler ensemble. Mais si cet accord électoral n'avait pas existé, on travaillerait quand même ensemble aujourd'hui sur cette réforme des retraites. Donc, voyons plus loin. Voyons plus grand. Voyons la victoire. Cherchons-la. C'est ça l'enjeu. Et donc, voyons ce qui nous a empêchés d'aller au-delà de ces 30%. Voyons pourquoi nous n'avons pas réussi à empêcher l'élection de 89 députés d'extrême droite. Pourquoi Marine Le Pen continue d'avoir plus d'électeurs qui votent pour ses candidats et elle, et pas nous ?
Donc, on a besoin de se poser ces questions et de se remettre tous en question.
Peut-être Fabien Roussel, parce que vous n'êtes pas d'accord sur tout et notamment sur des points essentiels. Prenons le nucléaire. Le projet de loi d'accélération du nucléaire qui vise à favoriser la construction de nouveaux réacteurs arrive aujourd'hui au Sénat, puis à l'Assemblée nationale. Vous n'allez pas voter pareil. Vous, vous allez voter le texte ? Vous allez voter le texte ? Oui, bien sûr. Les Verts vont voter contre. Les Insoumiens, ce n'est pas encore.
Oui, et je pense d'ailleurs que cette question énergétique, cette atteinte à notre souveraineté énergétique est une question qui est pour moi extrêmement grave et importante. Ce que vivent les Français, ceux que je rencontre en ce moment, me le disent depuis des semaines et des semaines. Pour eux, c'est même plus préoccupant que la réforme des retraites pratiquement. C'est une atteinte grave à notre économie, à notre souveraineté nationale. Je rencontre des Français qui me disent « Je suis locataire d'un HLM, ma facture, elle passe de 28 euros à 150 euros par mois et j'ai 400 euros de régule de charge à payer. Monsieur Roussel, je ne pourrai pas. Comment je fais ?
» J'ai rencontré une boulangère de ma circonscription dont la facture d'électricité va augmenter, écoutez bien, de 38 000 euros, 38 000 euros de plus à payer en 2023. Elle me dit « Comment je fais ? » Elle a plus de 10 salariés. Elle ne rentre pas dans les filets de sécurité du gouvernement, des filets de sécurité pleins de trous. Bref, aujourd'hui, on a un pays, comme me l'a dit une dame de chez moi, ce n'est plus la fin du monde, c'est la fin d'un monde. Un monde qui protège, un monde qui nous grandit, un monde qui nous fait avancer ensemble. Aujourd'hui, la France se tire mondise.
C'est une France à deux vitesses qui se construit, avec des petits chèques pour nous, pour les pauvres, les classes moyennes même, et puis les super riches qui continuent de se gaver. Eh bien, ce monde-là, nous n'en voulons plus, nous voulons construire un monde de progrès et de justice. Et c'est tout l'enjeu de ce qui se passe en ce moment, et sur le nucléaire. Nous voulons construire. Nous voulons retrouver notre souveraineté en matière énergétique. Nous avons suffisamment de capacités de production énergétique pour garantir à chacun l'électricité la moins chère, la plus stable et la plus décarbonée d'Europe.
Guy Austandard, Guy des Côtes d'Armor, on vous écoute, bonjour.
Oui, bonjour. Je suis vétérinaire rural, donc en parlant de formule de ruralité, vous avez pris une position, je ne suis pas non plus opposant, ni opposé à la chasse, au contraire, mais vous avez pris une position quand même très extrême, en, je ne vais pas dire vous accoquinant avec l'accélération nationale des chasseurs, mais enfin, vous avez eu une position qui n'était pas équivoque, donc par rapport aux dirigeants de la chasse, qui n'est pas actuellement très, très... Une position minoritaire, vous voulez... Populiste, mais minoritaire, qui est très populiste, mais qui n'est pas très populaire, voilà.
Alors, vous voulez savoir quelle est la position exacte de Fabien Roussel sur la chasse, c'est ça ? La vote, et votre position. Merci beaucoup, Guy, pour cette question. Fabien Roussel vous répond. Bonjour, Guy. Écoutez, moi, je reprendrai votre formule,
ni opposant, ni opposé. Je suis pour le dialogue. Je suis un homme de dialogue. Et cette France qui interdit tout, et je ne m'y retrouve pas. Il y a suffisamment de place dans nos forêts pour que tout le monde s'y retrouve. Je suis moi-même randonneur, joggeur et pêcheur à la ligne, et donc à Saint-Amant-les-Eaux. Je souhaite pouvoir pratiquer mes activités de loisirs dans la forêt de Saint-Amant, une des plus grandes de France. Et je sais que ceux qui pratiquent la chasse là, ou dans d'autres lieux, souhaitent pouvoir pratiquer aussi cette activité qui permet de réguler la population de sangliers. Je le précise. Trouvons les moyens de vivre ensemble. Et c'est mon souhait.
Et moi, je souhaite donc construire ces espaces de dialogue pour continuer à pratiquer la nature tous ensemble.
Le débat sur l'uniforme obligatoire à l'école est revenu sur la table avec la proposition de loi RN et le soutien de Brigitte Macron. Vous en pensez quoi, vous, l'uniforme à l'école ?
Écoutez, avant de parler d'uniforme à l'école, mettons des professeurs, formons des enseignants, faisons en sorte qu'un prof absent au bout de deux jours soit remplacé au lieu d'attendre trois semaines, comme c'est le cas aujourd'hui. Faisons en sorte que nos lycées, nos collèges, nos écoles soient chauffés au lieu de se retrouver dans des écoles à qui on coupe l'électricité pour faire des économies de chauffage. Dans la région, dans mon département du Nord, la facture énergétique des collèges, c'est 140 millions d'euros supplémentaires que va devoir payer le département sans un sou de plus de la part de l'État.
Vous ne pensez pas que c'est un problème autrement plus important que de parler des uniformes ? Ils sont coupés du monde. Mais enfin, Mme Macron, elle est coupée du monde. Elle vit hors sol dans son palais à l'Elysée ou dans son palais de Brégançon. Elle a été prof. Elle a été prof dans le privé. Elle ne connaît pas le peuple. Elle ne connaît pas les Français. Elle ne connaît pas l'école publique. Elle ferait bien d'aller faire un stage dans un lycée, dans un collège, dans une école de Seine-Saint-Denis ou du Nord dans la ruralité pour savoir ce qu'est la réalité de l'école publique qui est dévastée, abîmée, en lambeaux.
Et elle nous parle de vêtements uniques quand il manque de matériel scolaire, quand il manque de chauffage. Mais c'est indécent, indécent.
Une dernière question de François-Xavier à Vannes qui vous demande si vous êtes partisan du fait que la France livre des chars Leclerc à l'Ukraine.
Je vois évoluer la situation de semaine en semaine et tout cela m'inquiète profondément. Mais profondément. J'attends l'audition du ministre Lecornu, le ministre des Armées, en commission défense où je siège la semaine prochaine pour parler de la politique de la France et je souhaite que l'on ait ce débat à l'Assemblée nationale et que nous en parlions tous ensemble avec l'ensemble des éléments. Ce que je constate, c'est qu'aujourd'hui, les tabous se lèvent de plus en plus. Au départ, l'OTAN refusait l'engrenage de la guerre et l'escalade et donc ne voulait pas livrer d'armes lourdes. Et c'était une position.
Aujourd'hui, je vois que ça évolue avec l'Angleterre qui décide d'envoyer des chars lourds. Et la France va faire quoi ? L'Allemagne se pose la même question et la France se pose aussi la question d'un engrillage supplémentaire. Mon avis, c'est que plutôt que d'envoyer des armes lourdes, je préférerais que l'on envoie des messages de cessez-le-feu et d'ouverture de négociations. Ce message d'appel à un cessez-le-feu et à l'ouverture de négociations, aujourd'hui, ne perçoit pas... Mais justement...
Vous avez entendu Poutine dire oui à un cessez-le-feu ?
Et vous avez entendu depuis quand... Vous avez entendu des pays membres de l'OTAN, des pays de l'Union Européenne appeler à un cessez-le-feu ? On n'en parle plus aujourd'hui. Et donc, de mettre autour d'une table l'ensemble des protagonistes, arrêter de faire pleuvoir les bombes sur des civils, faire en sorte que les armes cessent. On va arriver à un an. Un an de guerre. 6 millions de réfugiés ukrainiens. Nous devons être aux côtés des Ukrainiens, du peuple ukrainien. Nous avons un devoir de solidarité et d'aide pour faire reculer Poutine, pour que l'Ukraine retrouve son intégrité. Il demande des armes. Et nous, nous demandons un cessez-le-feu.
Merci Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français, député du Nord. Merci. Merci d'avoir été à notre micro ce matin. Merci.
Fabien Roussel