Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewyoutube.com· 25 septembre 2018 25 min

Gérald Darmanin répond aux questions du Grand Entretien de France Inter

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le ministre de l'Action et des Comptes Publics, vos questions 01 45 24 7000, les réseaux sociaux, l'application France Inter. Gérald Darmanin, bonjour. Bonjour. Le budget a donc été présenté hier, l'exercice a été compliqué par une croissance moins forte que prévu. Le sujet est technique, très technique, mais un budget, c'est aussi un message politique. Alors, est-ce que vous pourriez nous décrire en quelques mots simples la philosophie de ce budget 2019 son principe directeur ?

0:31
Gérald Darmanin

D'abord, c'est un budget pour le travail, qui encourage ceux qui travaillent, ceux qui vont reprendre du travail et qui aide ceux qui veulent reprendre du travail. Donc, nous augmentons tout ce qui concerne le travail, les heures supplémentaires, la prime d'activité, le forfait social, la participation. Nous mettons aussi beaucoup d'argent, c'est le plan Pénicaud qui trouve sa concrétisation sur la formation, 2 milliards et demi pour former les chômeurs, pour qu'ils puissent changer de métier. Et puis, c'est un budget également pour les entreprises, parce que nous pensons que c'est elles qui créent le travail.

Nous baissons très fortement les charges pour les entreprises, 20 milliards de baisse pour faire très vite. Notamment, désormais, l'année prochaine, les entreprises embaucheront à zéro charge sur le SMIC. C'est un budget social, quand on vous entend définir la première partie ? C'est un budget social, parce qu'il protège ceux qui sont les plus pauvres. Le plan Pauvreté trouve sa concrétisation, on augmente le minimum vieillesse, on augmente l'allocation adultes handicapés, mais c'est aussi un budget social, parce qu'il aide ceux qui cherchent du travail. Et je crois que l'un des plus grands drames sociaux aujourd'hui, c'est le chômage. Et le but de ce gouvernement, c'est de le faire baisser.

1:27
Invité

Le budget, c'est un budget gilet pare-balles, nous disait Dominique Seuil il y a quelques instants. C'est-à-dire un budget utile, mais pas éclatant. L'éditorialiste du Monde, Françoise Fresseau, écrit hier, « C'est un budget qui marque la fin des rêves. Le pari de départ a échoué. L'élection d'un jeune président pro-business n'a pas ramené la prospérité comme par miracle. C'est donc un budget de retour au réel. Est-ce que vous acceptez ces qualificatifs ? »

1:51
Gérald Darmanin

C'est une opinion que je respecte, mais je ne la partage absolument pas. Nous avons une croissance qui est de 1,7. C'est la plus grande croissance que nous connaissons, de même que celle de l'année dernière, si j'ose dire, avec 2,3. Les prochaines, nous espérons encore 1,7. C'est la première fois depuis 20 ans que la France n'a pas connu une croissance au-dessus de 1,5 trois années de suite.

2:08
Invité

Oui, mais c'est moins que nos voisins européens.

2:10
Gérald Darmanin

C'est vrai, Mme Salamé, vous avez tout à fait raison. Nous sommes encore en dessous de la moyenne européenne, mais nous sommes en dessous de la moyenne européenne pour beaucoup de choses. Pour la dette, pour le déficit, pour la dépense publique, même si nous commençons à corriger ces erreurs. Mais Paris ne s'est pas fait en un jour. Nous avons des chiffres qui s'améliorent, mais je crois que derrière ces milliards et ces pourcentages qui n'intéressent pas beaucoup les Français, ce qui compte, c'est que nous fassions des choses pour eux.

C'est que la transformation voulue par le président de la République, dans plein de champs, à commencer par l'économie, c'est-à-dire la baisse des impôts, soit réelle. Et ils vont le voir dès le mois d'octobre. Baisse des cotisations, baisse de la taxe d'habitation, dès le mois d'octobre, les Français le verront.

2:43
Invité

Alors pardon, les chiffres sont tétuants, on va essayer de ne pas trop donner de chiffres ce matin parce que ça fait tourner la tête. Mais vous annoncez 6 milliards d'euros de baisse d'impôt, de pouvoir d'achat en plus pour les Français. L'OFCE dit que ce n'est pas ça, parce que vous oubliez dans votre calcul de retirer le casigel des allocations et des pensions de retraite, ce qui ferait, selon l'OFCE, l'Observatoire français des conjonctures économiques, une augmentation de 3,5 milliards de pouvoir d'achat et non de 6 milliards. Qui se trompe de calculette, juste pour savoir ?

3:11
Gérald Darmanin

Alors, je ne partage pas l'opinion de l'OFCE puisque là, ce que nous parlons, c'est que nous parlons des impôts. Après, il y a la question des prestations, c'est la différence entre donner de l'argent aux personnes et ne pas retirer des recettes à l'État. Il y a bien 6 milliards en net de baisse d'impôt. Donc, si je peux rapidement les parler, il y a une tranche de taxe d'habitation, autour de 3,5 milliards. Il y a les baisses des cotisations à effet plein, autour de 4 milliards. Il y a les heures supplémentaires. Il y a les mesures de correction que le Premier ministre a annoncées chez vous. Et puis, vous avez des augmentations d'impôts.

C'est des augmentations d'impôts qui touchent le comportement des gens, le tabac ou le diesel. Tout ça, ça fait bien 6 milliards net. Puis après, vous avez les prestations. Le fait de revaloriser légèrement les retraites, notamment, c'est 3 milliards d'économies sur l'État comme sur la sécurité sociale. Mais l'État dépense aussi beaucoup de prestations. Il augmente le minimum d'IS, l'allocation du handicapé. Il augmente également la prime d'activité. Ce qui fait que ces allocations, si j'ose dire, s'équilibrent.

4:06
Invité

Donc, vous maintenez ce chiffre de 6 milliards de baisse d'impôt.

4:08
Gérald Darmanin

Oui, et l'OFCE dit 3,5 milliards, 4. Entre 4 et 6 milliards, c'est effectivement 2 milliards, c'est beaucoup d'argent. Mais ce qui est important, c'est que chacun constate que le gouvernement, pour la première fois depuis 2008, baisse massivement les impôts des Français.

4:20
Présentateur

Le Haut Conseil des Finances Publiques, en revanche, Gérald Darmanin, estime que le compte n'y est pas sur les dépenses structurelles, sur la réduction du train de vie de l'État. Vous supprimez 4000 emplois de fonctionnaires. Est-ce suffisant pour complaire au Haut Conseil et respecter vos engagements ?

4:38
Gérald Darmanin

Le Haut Conseil des Finances Publiques, qui est grosso modo la Cour des Comptes, si j'ose dire, avec des économistes en plus, qui donne un jugement, a déjà qualifié que le budget, deux années de suite, était crédible. Et ça, c'est un point très important. Les hypothèses sont crédibles et les inscriptions budgétaires sont crédibles. Mon prédécesseur avait présenté un budget qui avait été jugé en partie insincère. Et ça, c'est terrible pour nos financeurs, c'est terrible pour notre dette et c'est terrible pour notre crédibilité. Sur les déficits structurels.

Ce qu'a dit le Haut Conseil, c'est qu'effectivement, il a considéré que l'ajustement structurel, c'est-à-dire ce qui, grosso modo, pourrait structurellement changer la structure de notre budget, ne va pas assez loin. Pour être extrêmement technique, il dit qu'il faudrait faire 0,5 sur les traités européens et nous faisons 0,3. C'est vrai. Et nous l'avons dit, et nous l'avons dit dès la programmation des 5 ans du quinquennat d'Emmanuel Macron, l'année dernière à la Commission, à la Cour des Comptes, ainsi qu'au Parlement. Pourquoi nous prenons le temps, si j'ose dire, de faire des efforts, mais de faire des efforts à la hauteur de ce que les Français peuvent, si j'ose dire, subir ?

C'est parce que nous faisons des réformes en même temps structurelles très importantes. Il dit donc que c'est la croissance ? Nous ne pensons pas ça. Nous pensons que les réformes que nous avons enclenchées, qui sont très importantes, la réforme du Code du Travail, la réforme de la fiscalité, la réforme de la SNCF, on a l'impression que tout ça est passé, mais c'est effectivement... Ils ne l'ont pas vu ? Je ne sais pas qu'ils ne l'ont pas vu, c'est qu'il est bon de le rappeler. Ma grand-mère disait que gâteau avalé n'avait plus de goût, il faut peut-être regarder les choses un petit peu. Et est-ce que justement gâteau avalé n'a plus de goût, pour reprendre les mots de votre grand-mère ?

Ce n'était pas si facile que ça, il y a encore des réformes qui arrivent.

6:01
Invité

Est-ce que le problème, c'est une parenthèse, mais c'est intéressant, on en parlait hier avec Jean-Luc Bourlange, est-ce que justement le problème, vous dites ça passe, ça passe à l'as, on fait nos réformes et finalement elle n'imprime pas. Est-ce qu'il n'y a pas un problème de rythme de réforme ? Vous en sortiez quasiment une par jour et on ne retient pas.

6:14
Gérald Darmanin

Mais ce qui compte, ce n'est pas regarder la course du 110 mètres au bout du 15e mètre et puis du 2e mètre, il faut regarder à la fin. Les sondages sont intéressants, les critiques le sont tout autant, il faut, comme dirait le ministre de l'Intérieur, être humble vis-à-vis de ce que nous faisons. C'est difficile de gérer les affaires de la France. Emmanuel Macron a été élu en même temps, si j'ose dire, que 11 millions de voix pour Mme Le Pen. Donc il n'y a pas de cocorico à dire. Mais ce qui est vrai, c'est que nous devons avoir le contrepartie des réformes et des efforts que nous avons demandé aux Français. Et ces réformes et ces contreparties arrivent à leur concrétisation.

Il y a un premier train de réforme qui a été fait l'année dernière. Il y en a un deuxième, l'audiovisuel public, la réforme de l'assurance chômage, la réforme du service public de l'emploi, la réforme des réseaux à l'étranger, la réforme que nous portons sur les retraites, la réforme de la fonction publique. C'est des réformes qui attendent les Français maintenant et qui donneront demain, je l'espère, des fruits de la croissance.

7:04
Invité

Est-ce que vous maintenez l'objectif de déficit zéro à la fin du mandat ?

7:08
Gérald Darmanin

Oui, c'est un objectif que nous devons tous avoir. C'est d'avoir le déficit le plus réduit possible, zéro si c'est possible. Maintenant, je pense que le bonheur n'est pas à 0,1 et le malheur à moins 0,1. Ce qui compte, c'est que nous respections les traités européens et que notre pays, structurellement, ne soit pas en déficit.

7:23
Présentateur

Gérald Darmanin, la mission transition énergétique est solidaire par 1078 postes. Dans ce budget, est-ce qu'il y avait trop de monde pour travailler au changement de civilisation qu'appelle la crise climatique ?

7:35
Gérald Darmanin

Mais dans le même temps, la mission écologique avait négocié Nicolas Hulot, lorsque je l'ai rencontré plusieurs fois, avec qui je travaillais extrêmement bien, a gagné 1 milliard d'euros. C'est-à-dire que nous avons à la fois, en l'occurrence, 811 postes pour l'écologie, si vous me le permettez. Après, il y a des opérateurs, mais on ne va pas rentrer dans un détail, même si derrière ça, il y a des postes d'agents publics, évidemment. Le Figaro 10 078. Oui, je l'entends, mais il se trouve que j'ai présenté vous-même les choses dont vous donnez le chiffre. Mais sur le principe.

Le budget hier, sur le principe, nous avons préféré de changer les missions de l'État, les améliorer, utiliser la technologie. Quand je prends l'exemple, Sébastien Lecornu pourra parler mieux que moi, de Météo France, ce que nous faisons, c'est que nous dépensons beaucoup d'argent à Météo France pour acheter des supercalculateurs, c'est-à-dire des ordinateurs qui permettent extrêmement efficacement, qui coûtent beaucoup d'argent pour pouvoir prévoir les aléas climatiques. Effectivement, quand vous mettez beaucoup d'argent dans ce genre de machine, dans ce genre d'ordinateur, vous pouvez vous permettre d'avoir des missions différentes pour un certain nombre d'agents publics.

Donc, il y a un milliard d'augmentation de crédit pour l'écologie en un an. C'est une augmentation sans précédent depuis la création de l'environnement par le président Giscard d'Estaing. Et en même temps, effectivement, des économies de mission, si j'ose dire, de services publics.

8:42
Invité

Est-ce que vous confirmez, ça n'a pas été très clair hier, est-ce que vous confirmez que la suppression de la taxe d'habitation pour les 20% des ménages les plus aisés est différée ? Et est-elle différée jusqu'à quand ?

8:51
Gérald Darmanin

Non, non, la suppression de la taxe d'habitation sera faite dans le quinquennat pour toutes les résidences principales. C'est une promesse du président de la République.

8:57
Invité

Dès cette année, pour les 20% les plus aisés ?

8:59
Gérald Darmanin

Le président de la République a dit d'ici la fin du quinquennat, nous avons par tranche, on l'a toujours dit, ça a toujours été les chroniques budgétaires, on a fait un tiers l'année dernière, on fait le deuxième tiers cette année, le troisième tiers en 2020.

9:08
Invité

Donc les 20% les plus aisés, ils payent leur taxe d'habitation l'année prochaine ?

9:11
Gérald Darmanin

Exactement, et entre 2021 et 2022, elle sera supprimée pour l'intégralité pour les résidences principales.

9:16
Invité

Vous n'avez pas décidé si c'était 2021, 2022 pour les 20% les plus aisés ?

9:20
Gérald Darmanin

Ce sera le budget de 2020 que nous présenterons, puisque le budget 2022 sera le budget de l'année présidentielle, et donc les Français ne verront pas cette suppression d'impôts s'il est arrivé. Allez-vous instaurer l'éco-taxe pour les poids lourds ? C'est une discussion que nous avons avec François de Rugy et Elisabeth Borne, dans le cas de la loi mobilité, les arbitrages ne sont pas rendus par le Premier ministre. Vous y êtes favorable ? Je n'ai pas d'autre opinion que celle du Premier ministre. Ça veut dire quoi ça ?

Ça veut dire que lorsque j'ai des opinions, je les donne au sein du gouvernement, je les donne au Premier ministre, à la fin il y a des arbitrages, je respecte la discipline, parfois j'en gagne, parfois j'en perds, c'est comme ça, c'est normal, c'est une équipe, et le Premier ministre donnera son arbitrage.

9:53
Invité

Sur les taxes, une éventuelle taxe sur les tablettes, sur l'achat des tablettes, c'était une idée de Christophe Castaner, est-ce que vous avez un avis ou pas ?

10:00
Gérald Darmanin

Alors, si je me permets de penser à ce qu'a dit Christophe Castaner, c'était qu'il y avait la redevance télé qui posait un certain nombre de sujets de financement de l'audiovisuel public, et moi j'ai avant tout dit qu'on va d'abord faire les missions du service public, notamment de l'audiovisuel public, et après on regardera les recettes. Jusqu'à présent on faisait les recettes, et après on se demandait comment on dépensait. Donc d'abord on fait la réforme de l'audiovisuel public, qui n'est pas facile, je crois que France Inter le sait, et c'est courageux que de la faire comme à France Télévisions.

La seule difficulté, c'est que moi je ne suis pas favorable par principe à des nouvelles taxes, et je crois que le président de la République non plus.

10:29
Invité

Donc on n'augmente pas la redevance télé, et surtout ceux qui n'ont pas de télé chez eux ne payent pas la redevance, contrairement à ce qu'a dit Françoise Nyssen.

10:37
Gérald Darmanin

Exactement, moi je ne suis pas favorable à augmenter des taxes, et je ne suis pas favorable à la création de nouvelles taxes.

10:41
Présentateur

La suppression de l'ISF, là on revient à l'an dernier, devait permettre à ceux qui le payaient d'investir dans l'économie française, Gérald Darmanin, cette bascule a rapporté combien ? Avez-vous un chiffre ?

10:53
Gérald Darmanin

Alors on peut penser, c'est cette année que l'ISF est supprimée, on l'a voté au budget l'année dernière, et comme la taxe d'habitation, c'est cette année que les gens qui payaient l'ISF ne le payent plus. Est-ce que vous avez des indications ? Oui, à peu près, alors ce que je peux vous dire c'est qu'il y avait à peu près 4 milliards d'euros de recettes que faisait l'ISF, on a créé un impôt qui s'est substitué sur la fortune immobilière, qui devait rapporter 800 millions, qui finalement rapportera autour d'un milliard 100 millions, donc un petit peu plus que prévu, donc on peut dire qu'il y a 3 milliards de recettes en moins par la suppression de l'ISF.

11:23
Invité

Est-ce que vous avez un mécanisme pour vous assurer que ces 3 milliards de cadeaux aux très très riches vont aller dans l'économie, vous seront redistribués dans l'économie, et n'iront pas pour acheter un nouveau yacht ?

11:33
Gérald Darmanin

Mais pour d'abord c'est une vision très caricaturale des choses, et par ailleurs, excusez-moi de vous dire, je ne pense pas qu'on ait fait des cadeaux aux très très riches, on a fait des cadeaux à l'emploi et on a fait des cadeaux au travail et à l'entreprise. Madame Salamé, moi je suis élu d'une zone particulière qui est celle du bassin textile du nord de la France. Tourcoing. Exactement, ceux qui auparavant avaient le capital et qui faisaient travailler les ouvriers des communes, effectivement de Tourcoing, de Roubaix, ils sont partis de l'autre côté de la Belgique. Là où il y avait peu de yachts, il faut bien le dire, en Belgique, je pense que le nombre de yachts est assez limité.

Par contre, il y a beaucoup de résidents ISF qui y sont partis. Ils sont revenus ou pas, de l'autre côté de la frontière ? On a supprimé l'impôt l'année dernière, M. Demorand, c'est cette année qu'il ne le paye pas. Donc je veux bien qu'on évalue et je pense que c'est très important d'évaluer.

12:20
Invité

Est-ce que vous avez un mécanisme pour évaluer cela, pour évaluer où va l'argent ?

12:23
Gérald Darmanin

D'abord c'est le travail premier du Parlement, Améline Monchalin souhaite évaluer l'exécutif, et notamment les recettes et les dépenses du budget de l'État, c'est tout à fait juste. Et dès l'année prochaine, avec Bruno Le Maire, nous nous sommes engagés à ce que le Parlement est livre ouvert pour pouvoir évaluer dans l'opposition comme dans la majorité. Je suis sûr, c'est une politique qui marchera.

12:40
Invité

Une dernière question avant les questions d'auditeurs, si vous le voulez bien, sur le geste pour les entreprises. Plus de 18 milliards d'euros de baisse de charge aux entreprises. Est-ce que là aussi vous avez un mécanisme pour être sûr que cet argent sera réinvesti dans l'entreprise, pour les salariés notamment ?

12:57
Gérald Darmanin

Eh bien c'est un fait, puisque aujourd'hui le CICE va être transformé l'année prochaine en baisse de charge. C'est ce que demandaient toutes les entreprises lorsqu'on les rencontrait, voilà encore un an et demi, deux ans. Et le fait, madame Salamé, de les faire en baisse de charge et puis en subvention, excusez-moi ce mot très rapide pour ne pas être trop technique, c'est justement la garantie que ça aille aux salariés, à l'embauche. Zéro charge sur le SMIC. L'année prochaine, le gouvernement ne pourra être jugé de rien, si j'ose dire, dans la non-embauche de personne, puisque ce sera zéro charge patronale sur le SMIC.

Je pense que c'est extrêmement important et oui, c'est en direct pour les salariés.

13:30
Présentateur

Je donne la parole et salut Delphine au standard de France Inter. Bonjour, bienvenue.

13:35
Auditeur

Bonjour, merci à tous. Bonjour monsieur Darmanin.

13:39
Gérald Darmanin

Bonjour madame.

13:40
Auditeur

Je rebondis sur ce que madame Salamé et monsieur Deboran viennent de dire. Vous dites que vous avez donné, pour parler de ruissellement, vous avez donné aux riches. Vous avez donné aux entreprises, force est de constater que ça ne fonctionne pas. Pourquoi ne pas revenir à une bonne vieille politique de stimulation de la demande keynésienne ?

14:08
Présentateur

Merci Delphine pour cette question. Le ruissellement ne marche pas. Il faut rappeler Keynes. Gérald Darmanin.

14:15
Gérald Darmanin

D'abord, je voulais dire à madame que Keynes était libéral, donc je ne crois pas que votre question l'était vraiment. Deuxièmement, vous confondez riches et entreprises. Je connais beaucoup de ces entreprises qui ne sont pas riches et je connais beaucoup de riches qui ne mettent pas l'argent dans leur entreprise. Le but du jeu, c'est qu'ils le fassent. C'est pour ça qu'on préfère moins taxer le capital que l'immobilier. On pourra revenir sur cette question importante économique. Et puis troisièmement, madame, l'ISF a été supprimé cette année.

On l'a voté dans le budget l'année dernière, mais c'est cette année, comme la taxe d'habitation, sans doute, que vous n'allez pas payer au mois d'octobre quand vous allez recevoir votre lettre des impôts cette semaine ou la semaine prochaine. C'est cette année qu'on libère, si j'ose dire, le capital. Et le capital, il doit aller vers l'économie productive. Et en effet, ce qui ne marche pas, madame, c'est les années précédentes. L'ISF, personne ne nous l'a copié. Aucun pays européen ne nous l'a copié. Et nous avons l'industrie, sans doute, la plus touchée, alors que nous étions le territoire industriel par excellence avec l'Angleterre.

15:05
Présentateur

La France peut avoir raison contre tout le monde, l'argument est réversible.

15:11
Gérald Darmanin

C'est vrai, mais à 9,5% du chômage, manifestement, elle n'a pas eu raison, la France.

15:14
Présentateur

Espérons alors que la suppression de l'ISF aura baissé le chômage.

15:17
Gérald Darmanin

Et mon cœur de patriote, M. Demorand, en est d'ailleurs blessé. Moi, par nature, je souhaite le mieux pour mon pays, et quelles que soient ses solutions.

15:24
Présentateur

Jean-Paul est au standard, bonjour et bienvenue.

15:27
Auditeur

Oui, bonjour M. Demorand, bonjour M. le ministre.

15:29
Gérald Darmanin

Bonjour M.

15:30
Auditeur

Je voulais vous poser deux questions, mais je sais que d'autres auditeurs vous en poseront une, dont je n'en poserai qu'une seule. Vous avez usé de tout votre poids, de toute votre influence, pour la mise en place au 1er janvier 2019 du prélèvement à la source. Si jamais, je ne le souhaite pas, mais si jamais ce prélèvement faisait un flop, comme Louvois, comme les cartes grises informatisées, comme plus ou moins Parcoursup, j'espère que vous saurez assumer vos responsabilités et que vous présenterez immédiatement votre démission, bien entendu.

16:04
Présentateur

Merci Jean-Paul pour cette question. Vous avez une magnifique voix de radio. Gérald Darmanin vous répond.

16:08
Gérald Darmanin

Alors, je sens un petit espoir dans la part de Jean-Paul que je démissionne au mois de janvier. Je serai peut-être... On viendrait sur France Inter. Voilà, exactement. J'ai vu que c'était effectivement la pratique. Non, je voudrais dire d'abord que je prends la chose extrêmement sérieuse. Il n'y a pas une question de victoire ou de défaite. Le président de la République a confirmé une grande réforme de trésorerie pour les Français. C'est un impôt qui sera plus simple à payer au mois de janvier. Je ne reviendrai pas, on y a beaucoup parlé, même si je suis sûr que votre antenne n'en reparlera plus le mois de janvier arrivera.

Mais je voudrais dire à Jean-Paul d'abord que je suis à la disposition du président de la République. Je ne confonds pas sur la Ve République les pouvoirs. Je ne suis que ministre d'un gouvernement élu par un président au suffrage universel. Le jour où il considère que je n'ai plus sa confiance, où il considère que je n'ai pas été un bon ministre, il se séparera de moi et c'est ce qu'attend le peuple français et il aura bien raison. Tout ce que je peux vous dire, c'est que tous les jours j'y travaille et l'administration fiscale a su faire l'impôt en ligne, a su faire la déclaration pré-remplie et elle saura faire, parce qu'elle est très professionnelle, l'impôt à la source.

17:03
Invité

Quelques questions d'actualité, Gérald Darmanin, si vous le permettez. L'Aquarius est en route vers Marseille. Elle demande à la France de la laisser accoster à titre exceptionnel. Est-ce que la France doit laisser accoster l'Aquarius ?

17:13
Gérald Darmanin

La France doit respecter les traités européens et les règles européennes. Donc l'Aquarius est proche de Malte, me semble-t-il, jusqu'à présent. Et c'est Malte qui doit l'accueillir. Si demain le Premier ministre considérait, parce qu'il en a les informations, que le bateau avec des migrants est proche des côtes françaises, il faut que la France accueille évidemment ces populations migrantes.

17:29
Présentateur

Ça n'est pas tranché encore ?

17:31
Gérald Darmanin

Non, parce que la règle européenne, elle a été rappelée par le Premier ministre, et c'est très important qu'on respecte tous collectivement les règles, sinon les démagogiques, les démagogues, allez on va faire vite, excusez-moi, de l'Italie ont raison, et je pense qu'il ne faut pas donner raison à M. Salvini. C'est très dangereux pour la démocratie et pour les règles de droit.

17:47
Présentateur

En tergiversant ainsi sur l'Aquarius depuis des mois, est-ce que finalement M. Salvini n'a pas de fait raison, vous pouvez dire le contraire, mais il a réussi en tout cas à cadrer ce débat-là et à le rendre impossible ?

18:00
Gérald Darmanin

Il y a une jolie phrase, me semble-t-il, qu'elle est de Paul Valéry, c'est que les triomphes de la démagogie sont imminentes, mais que ses ruines sont éternels. Donc il faut faire attention, les victoires à l'apyrus parfois emmènent les peuples, et des grands peuples comme le peuple italien, à une déroute morale.

18:13
Invité

Manuel Valls devrait se déclarer ce soir au municipal de Barcelone, est-ce qu'il doit démissionner de son mandat de député d'Evry ?

18:19
Gérald Darmanin

Moi d'abord j'ai beaucoup d'estime pour Manuel Valls, je fais partie du pouvoir exécutif, je ne donne pas mon avis sur le pouvoir parlementaire, et si Manuel Valls va effectivement être candidat à Barcelone, je ne sais pas si j'ai le droit de le soutenir, je n'étends pas un citoyen espagnol, mais je trouve que ça ne manque pas de panache. Ce serait un bon maire pour les Catalans ? Je connais peu Barcelone, donc je ne donne pas mon avis, si ce n'est que je trouve que Manuel Valls de manière générale est quelqu'un que l'Europe et la République a la chance d'avoir parmi ses rangs.

18:46
Invité

Des mots de quelqu'un, un de vos collègues au gouvernement, nous sommes peu nombreux à pouvoir encore lui parler à Emmanuel Macron, si tout le monde se prosterne devant lui, il finira par s'isoler, car par nature l'Elysée isole. C'est Gérard Collomb qui a dit ça dans La Dépêche. Vous en pensez quoi de ces mots-là ?

19:03
Gérald Darmanin

Je pense qu'il est toujours bon de dire ce que l'on pense fondamentalement au président de la République et au Premier ministre, même si ce n'est pas facile, parce que la fonction en impose, si j'ose dire. Et il est vrai que des gens qui connaissent encore mieux le président de la République, d'avant, peut-être lui parlent encore plus directement, et c'est tant mieux.

19:17
Invité

Est-ce qu'il a tendance à être isolé, le président de la République, comme dit Gérard Collomb ?

19:22
Gérald Darmanin

Je ne suis pas très objectif, mais ce que je peux vous dire, c'est que moi, quand je parle au président de la République, quand il me donne la chance de pouvoir lui parler ou d'avoir un échange direct avec lui, c'est toujours direct et c'est toujours extrêmement franc. Et d'ailleurs, ça va dans les deux sens. Il est extrêmement franc vis-à-vis de son interlocuteur. Je n'ai pas du tout l'impression qu'il est isolé ou qu'il n'est pas humble. J'ai plutôt l'impression qu'il est habité par sa fonction et qu'il demande le meilleur de lui-même et de nous-mêmes. Et je pense que c'est très bien.

19:45
Présentateur

Un mot, Léa, puis le standard.

19:46
Invité

Gérard Collomb a donc la tentation de retourner à Lyon. Il l'a annoncé dans l'Express. Manuel Vasse a la tentation de Barcelone. Est-ce que Gérald Darmanin a la tentation de Tourcoing ? Est-ce que vous serez candidat au municipal ?

19:56
Gérald Darmanin

Je serai candidat aux élections municipales. Je n'ai pas encore dit à quelle position. Je peux très bien soutenir la liste. Il y a 53, non, soit la liste de la commune où je suis encore élu. J'y suis extrêmement attaché. Et nous verrons avec l'équipe municipale. Je pense pour ma part qu'un an et demi, c'est un peu loin. D'abord, l'équipe municipale doit encore réaliser un certain nombre de projets. Puis à la fin, il faut qu'elle soit en possibilité de présenter un projet. Parce qu'être candidat pour être candidat, ça n'a pas beaucoup d'intérêt, me semble-t-il. Ce qui est important, c'est de présenter un projet pour les habitants. Et notamment pour Tourcoing.

Et on aura ça, je pense, cette discussion dans les temps voulus. Et je ne pense pas que ce soit sur France Inter que je le dirais.

20:28
Invité

Ah, ça vous manque ?

20:29
Gérald Darmanin

Le projet de Tourcoing, je ne sais pas si vous intéressez, c'est toute une émission sur le projet de Tourcoing à France Inter. Ce serait bien pour Tourcoing, mais à mon avis, un peu en deçà de l'écoute nationale.

20:37
Présentateur

Geneviève est au standard. Bonjour et bienvenue, vous avez la parole.

20:42
Auditeur

Oui, bonjour, bonjour, monsieur le ministre. Bonjour madame. Ma question est assez simple. Comment on vit avec 850 euros par mois de retraite ? Et mon propos, c'est aussi de trouver qu'il y a un fort cynisme dans les propos du gouvernement en général et en particulier. Et la dimension d'humanité, d'humain là-dedans, elle me paraît complètement galvaudée. Et le mode de gestion, le mode de formatage qui est dans tous les secteurs, et notamment le soin, me paraît quand même grignoter la part d'humain. Alors je sais bien qu'il faut faire des réformes, mais comment on fait, justement, avec une retraite ? Et je ne suis pas la seule, je pense.

21:21
Présentateur

C'est le montant de votre pension, 860 euros par mois, Geneviève ?

21:25
Auditeur

Exactement, voilà. Et donc, je n'ai pas de reversion, puisque je n'étais pas mariée avec mon compagnon, etc., etc. C'est la vie, voilà. Et donc, il faut faire face à un loyer, enfin, à ce que tout le monde doit faire face. Il n'y a rien d'extraordinaire là-dedans. Ce qui me paraît quand même, moi, dramatique, c'est cette manière d'injonction par rapport au discours, quoi. C'est-à-dire, il n'y a plus de part d'humain, il n'y a plus de circulation, il n'y a plus de propos. On parle de communication, de très beaux mots, mais qui ne sont... c'est creux. Ça sonne creux, quoi.

22:00
Présentateur

Restez en ligne, Geneviève, restez en ligne. Gérald Darmanin vous répond et dialogue éventuellement avec vous.

22:07
Gérald Darmanin

Bonjour, madame. Vous avez raison. On ne vit pas, le mot est dur, mais on vit très mal avec 860 euros par mois. Et c'est justement ce que pensent le président de la République et le gouvernement. Parce que vous êtes typiquement le genre de personne, madame, qui va connaître une augmentation de sa retraite. C'est pour cela, d'ailleurs, que nous faisons une partie de petite revalorisation pour les retraites moins modestes que la vôtre. On va dire ça comme ça. Ils ne sont pas riches, les gens à qui on demande cet effort. Mais c'est pour augmenter les minimums IS, les retraites à moins de 1000 euros, qui vont connaître 100 euros d'augmentation. D'ailleurs, ce ne sera pas non plus extraordinaire.

Moi, je l'entends bien. Passer de 800 euros à 900 euros, ce ne sera pas extraordinaire à la fin du quinquennat. Il y a le reste à charge zéro. Madame, ce que veut le président de la République, et nous le mettons en place dès ce budget, c'est que pour les questions auditives dentaires, enfin, les questions sanitaires que vous évoquez, reste à charge soit zéro. C'est la complémentaire à 1 euro par jour. Je pense que c'est une différence très importante avec peut-être ce que vous vivez actuellement. C'est le fait, peut-être, madame, que demain, vous aurez une maladie, je ne vous souhaite évidemment pas, dégénérative, comme beaucoup de Français qui vont connaître ces difficultés.

Il n'y a pas de cinquième risque en France. Il n'y a pas d'accueil à la hauteur du défi français d'Alzheimer. Et c'est ce que nous faisons avec Agnès Buzyn. Donc, toutes ces réformes, madame, je m'en excuse d'ailleurs par avance si vous considérez qu'elles ne relèvent que de la communication, parce que ça veut dire qu'on l'explique mal. Et donc, je vous le répète bien volontiers.

23:23
Présentateur

Elle est encore là, Geneviève. On va lui demander si vos arguments trouvent grâce à ses oreilles.

23:29
Auditeur

Je vais me permettre de vous dire, le problème de la communication, c'est qu'en général, quand elle est en haut lieu, elle est très bien faite et elle est très induite et très formatée. C'est que moi, je n'ai pas les mêmes moyens que vous pour vous répondre. Donc, à la limite, notre discours est un peu caduque, parce que ma position, avec cette modeste retraite et tout ce qui va avec, mais je ne suis pas seule. Et je tiens bien à dire que je ne suis pas seule.

Votre discours, tiens, il peut tenir sur le plan politique, mais dans la conversation de salon, mais dans la réalité du quotidien, votre auteur empêche d'entendre une forme de réalité, que ce soit pour les petits retraités et pour le soin, puisqu'en l'occurrence, le soin est très lié à l'âge, on va dire ça comme ça, et qu'il n'y a pas que ça. C'est-à-dire cette auteur qui ne prendrait pas en compte une réalité du terrain. Alors, je ne dis pas qu'on peut prendre toutes les réalités en compte.

24:19
Gérald Darmanin

Mais au moins celles que vous décrivez. Merci, Geneviève Gérald Darmanin. Oui, si je peux me permettre, madame, j'entends votre colère et je n'ai pas du tout votre vie, et donc de ce point de vue, je ne me permettrai pas de juger. Mais je ne crois pas qu'il existe des ministres qui vivent dans un monde éterré, et puis un peuple français qui ne pourrait pas leur parler. Moi, madame, mon père a la même situation financière que vous voyez, parce que vous me touchez en le disant. Je ne crois pas que je vis dans un monde éterré. Madame Salamé évoque Tourcoing, on ne peut pas dire que ce soit la ville la plus riche de France.

J'y retourne extrêmement souvent, trois fois par semaine, le week-end notamment. J'ai des gens à portée de baffe, si vous me permettez, qui savent tout à fait m'engueuler lorsqu'ils considèrent que je ne fais pas des choses tout à fait efficaces. Je pense que les élus, bien sûr, ont des vies différentes que ceux qu'ils essayent d'aider. C'est une évidence absolue, c'est la vie qui l'a voulu. Mais ils ne sont pas dans un monde éloigné et ne regardent pas de leur vitre fumée seulement ou de la TGV première classe, la vie des Français. On se sent extrêmement concerné, sinon je ne pense pas que l'on ferait ça, quel que soit nos bords politiques.

25:15
Présentateur

Merci Gérald Darmanin, ministre de l'Action et des Comptes Publics, d'avoir été au micro de France Inter ce matin. Merci.

25:21
Locuteur

Merci. Merci. Merci. Merci.