Pétition contre la loi Duplomb : les raisons d’un succès inédit
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Sur le site de l'Assemblée nationale, le compteur ne cesse de grimper. Plus d'un million trois cent mille signatures en à peine quelques jours, un record pour une pétition sur la plateforme. Lancée par une jeune étudiante de 23 ans, le texte demande l'abrogation de la loi Duplon, décrite comme une aberration scientifique. Elle représente une attaque frontale contre la santé publique, la biodiversité, la cohérence des politiques climatiques, la sécurité alimentaire et le bon sens. Le succès de la pétition pourrait déboucher sur un débat sans vote à l'Assemblée nationale, débat déjà relancé par la classe politique sur l'usage des pesticides.
Nous devons nous enorgueillir du fait que la France fait de la qualité et non pas de la quantité, qu'on garantisse le revenu des agriculteurs et non pas la rentabilité de l'agro-business. Il faut savoir que l'acétamipride c'est un produit qui atteint le système nerveux central des insectes et donc on le retrouve dans le système nerveux central des enfants. Enfin je veux dire, on joue à quoi là en fait ? On joue à quoi ? Au nom de quoi on fait ça ? Mais c'est hyper dangereux ce qu'on est en train de faire.
Cette pétition, elle est orchestrée, elle est savamment instrumentalisée par les réseaux d'extrême-gauche et les filles et verts principalement qui veulent s'en prendre à nos agriculteurs, qui considèrent que la concurrence déloyale qui les frappe est insignifiante, qui considèrent que Mme Rousseau, on n'en a rien à péter de leur rentabilité.
Au cœur des débats donc, un pesticide interdit en France depuis 2018 est à nouveau autorisé par la loi du plomb, l'acétamipride. C'est un insecticide dit tueur d'abeilles, plébiscité par les agriculteurs pour protéger les cultures de pétraves, de noisettes ou de pommes. Forcément, beaucoup ne voient pas d'un bon oeil cette pétition.
Aujourd'hui on a une minorité de personnes qui veulent se mettre contre et tant qu'on n'y est, pourquoi on ne ferait pas une loi, une pétition aussi contre les impôts, une pétition contre les charges, une pétition contre tout quoi. Elle est passée à l'Assemblée, elle est passée partout, je ne vois pas pourquoi maintenant on reculerait.
Passée à l'Assemblée, oui, mais sans débat. Au printemps, le bloc central est parvenu à contourner les milliers d'amendements de la gauche en expédiant le texte sans aucune discussion dans l'hémicycle.
Pour 316 contre 223, l'Assemblée nationale a adossé la proposition de loi.
Un vote express qui a ravivé les tensions entre les deux camps.
Ce que nous venons de voir est un précédent antidémocratique qui est extrêmement inquiétant puisque et la Macronie et la droite et l'extrême droite ont réinventé une nouvelle forme de 49-3.
Les gauches ont voulu jouer avec le Parlement, ils ont voulu truquer comme d'autres, la Macronie sait aussi le faire, de l'obstruction et ils ont perdu.
La loi du plomb divise aussi le monde agricole. D'un côté, les défenseurs du projet mené par la FNSEA, ils veulent la même réglementation que les pays de l'Union Européenne où l'acétamipride est autorisé.
Le sujet, c'est de ne pas nous mettre dans des impasses qui amènent les productions françaises dans le mur pour importer un peu plus chaque jour des productions qui viennent de l'étranger et qui viennent souvent produites dans des conditions qui sont moins disantes que les nôtres. C'est ça qu'il faut qu'on explique aux Français.
De l'autre, des exploitants plus proches de la Confédération Paysanne par exemple.
Franchement, que les gens qui s'abstiennent aujourd'hui, qui ne sont pas là ou qui vont voter pour cette loi, ne viennent pas se la ramener en parlant changement climatique, en parlant de attention il faut défendre l'agriculture française. Réellement, ils nous tirent une balle dans le pied et pas seulement à nous paysans et paysans mais en fait aux citoyens et citoyennes.
La loi finira sur la table du président de la République qui pourrait peut-être refuser de la promulguer, comme le demande l'opposition, au risque d'enflammer les campagnes.
Question téléspectateurs, Jérôme Fourquet, c'est Florence dans les Pyrénées-Atlantiques. Cette pétition est un remède à l'éco-anxiété absolue ressentie ces derniers mois. Le gouvernement doit l'entendre et l'accepter. C'est vrai que ce matin, Sandrine Rousseau faisait un lien direct avec l'explosion des cancers et même le jour du vote, il y avait l'activiste du collectif Cancer Colère, Fleur Bréteau, qui s'est levée dans l'Assemblée et qui a dit aux députés « Vous êtes des alliés du cancer et on le fera savoir », comme si ce pesticide était la cause de l'explosion des cas de cancer.
Alors, je ne suis pas spécialiste, mais sur celui-là en particulier, le principal reproche qui est fait, c'est l'impact sur notamment les abeilles et sur tous les pollinisateurs. Mais on a d'autres produits phytosanitaires qui ont, eux, des impacts sur la santé humaine. On a parlé, et pas uniquement pour ceux qui mangent et qui consomment les produits, mais aussi pour les agriculteurs eux-mêmes. Il y a un cancer qu'on appelle le cancer des arboriculteurs, qui a été beaucoup développé dans cette profession, parce que beaucoup d'entre eux utilisaient des produits phytosanitaires et qu'à force d'absorption ou d'ingestion de ces particules, ils ont développé des formes de cancer.
Donc, ce qu'on disait tout à l'heure, c'est qu'on a une extrême sensibilité de la population française aux questions de santé, mais beaucoup de Français aujourd'hui font le lien entre cette question de la santé et la question des atteintes à l'environnement, et la question de leur alimentation. On parlera tout à l'heure, je crois, des polluants éternels dans l'eau qu'on consomme. Et donc, c'est des sujets qui reviennent de plus en plus régulièrement. Rappelez-vous aussi tous les débats sur les OGM, par exemple. Et donc, ces sujets sont des mobilisateurs qui sont très, très puissants dans l'opinion.
Et puis, il y a eu une série de scandales qui se sont multipliés sur ces dernières années, qui rendent une partie de la population sensible à ces questions. Mais lorsque la téléspectatrice dit que c'est un remède à l'éco-anxiété, c'est exactement ce que je disais. C'est-à-dire qu'on a le sentiment aujourd'hui, et c'est un vrai sujet démocratique, que beaucoup d'aspérations individuelles ne sont plus du tout rencontrées dans la décision collective qui est prise dans les parlements. Alors, est-ce qu'on est dans le sentiment, dans le ressenti, parce que sans arrêt, les défenseurs de l'acétamipride disent que la science ne fait pas de lien sur le danger pour l'homme ?
Alors, oui, il y a un danger pour les abeilles, mais est-on sûr qu'il y a un danger pour l'homme avec l'acétamipride ? Et les agriculteurs disent, nous, on l'utilise, c'est bien la preuve qu'on a confiance. Alors, il faut rappeler que c'est un insecticide. Donc, sa mission première, c'est évidemment de tuer les insectes. Comment est-ce qu'il le fait ? Effectivement, en s'attaquant au système nerveux des insectes, et donc, notamment des abeilles. Et donc, bien entendu, il a eu une nocivité pour les insectes et aussi pour les abeilles. La grande question, c'est de savoir, effectivement, dans quelle mesure c'est dangereux pour l'homme.
Là-dessus, pour le moment, c'est encore un point d'interrogation. C'est-à-dire que, pour le moment, on a encore une absence de certitude sur les risques, en ce qui concerne notamment les cancers ou des maladies nerveuses. Et je crois que ce qui va inquiéter le plus les gens, c'est l'idée que ce soit un perturbateur endocrinien et que donc c'est une substance qui va se fixer sur les cheveux ou sur la peau et potentiellement, ça pourrait induire certains troubles nerveux ou alors des troubles en matière de fécondité. Là-dessus, pour être très clair, il y a des études complémentaires qui ont été demandées dont on n'a pas encore la réponse. On l'aura au mieux en 2026, peut-être après.
Et toute la question, c'est de savoir, est-ce que, globalement, on attend les résultats de ces études pour statuer définitivement ou est-ce qu'on applique un principe de précaution, ce qu'on avait fait jusqu'ici ? Alors, l'orée de l'avocat, est-ce que ce principe de précaution, seuls les Français doivent l'appliquer ou est-ce qu'il ne faudrait pas l'appliquer aussi aux produits que nous importons ?
C'est Laurent Duplomb, je le cite, qui dit « Cette contestation consiste à ne plus produire chez nous tout en fermant les yeux sur tout ce que l'on importe, puisque pour prendre l'exemple des noisettes, comme on ne peut plus les produire en France, puisqu'on ne peut plus utiliser cet insecticide, 95% des noisettes que nous consommons sont importées, notamment de Turquie. » Alors, on n'importe pas parce qu'on ne peut plus produire en France. Historiquement, on a toujours beaucoup importé de noisettes en France. Mais est-ce qu'on peut l'entendre, cet argument ? Alors, on peut l'entendre, en fait, on peut tout à fait entendre cet argument.
On peut aussi considérer que la France, en 2018, en interdisant des substances néonicotinoïdes, avait fait une loi pionnière sur le principe de précaution. Effectivement, sur tous les arguments que rappelait François Gemmène sur « on est certain de la toxicité de ces produits pour les insectes », il y a des très grosses incertitudes sur les impacts sur la santé humaine. Donc, partant de là, principe de précaution, soyons pionniers et faisons pression. D'ailleurs, ce que la France a fait, elle, le gouvernement a poussé au niveau européen pour que, justement, il y ait une révaluation. Alors, on n'a pas été entendu. Il est autorisé dans 26 pays sur 27. Absolument.
Pour l'instant, clairement, nous n'avons pas été entendus au niveau européen. Mais, justement, on pourrait se dire que c'est notre rôle d'avoir une position moteur au niveau européen pour pousser à la réévaluation et peut-être à l'interdiction de ces substances qui, effectivement, sont toxiques pour les écosystèmes. Et parce que…
Laurent Duplomb