EN FRANCE, TOUJOURS PLUS D'ENFANTS DORMENT DANS LA RUE
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Chapitres
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« On a vu arriver énormément de nourrissons en 2019. Avant ça pouvait arriver une fois, deux fois mais là on a eu quand même, moi j’ai compté 85 enfants de moins de six semaines sur l’année 2019. »
- 7:00Chiffre
« À Paris, au moins 700 enfants dorment chaque soir dans la rue. »
- 9:00Fait
« Une personne avec enfant à la rue trouvait une solution le soir-même venu. Donc il se passe quelque chose, on est devant le mur si vous voulez. »
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C’est une autre France la nuit dehors quand vous voyez des bébés des nourrissons des enfants dormir à même le sol dans la rue. Oui on est en colère, oui. Cette femme qui témoigne anonymement dort dans la rue depuis quatre mois avec son mari et ses deux enfants.
La cadette a seulement deux ans et demi. Journaliste algérienne, elle a quitté son pays pour soigner son fils de huit ans, atteint d’un diabète aigu. Mais un mois à peine après son arrivée, elle s’est retrouvée à la rue avec toute sa famille.
Alors à l’approche de l’hiver, elle doit tout faire pour garder ses enfants en sécurité. J’appelle, j’appelle le 115 des fois à trois heures du matin, à deux heures du matin, à minuit. Je ne les harcèle pas souvent mais quand il fait froid là je n’arrête pas d’appeler.
Ils raccrochent ils me disent il n’y a pas de place et je rappelle. Pour dire comme quoi vraiment on a besoin d’être au chaud. Les enfants qui ont besoin d’être au chaud.
Mais il n’y a rien, il n’y a rien qui se fait. Je demande à leur père de les prendre dans les métros des fois parce qu’il fait chaud. Ces jours-ci de grève il y a beaucoup de métro qui sont fermés donc les stations sont fermées.
Ça complique beaucoup plus les choses. Donc ils sont dans les bus des fois. Ils prennent un bus pour aller n’importe où, juste pour prendre le bus et revenir.
Hier on a fait la même chose. Ils ont tourné des heures et des heures dans le même bus pour que les enfants n’aient pas froid. Pour ses enfants, et particulièrement son fils malade, vivre dans la rue est une expérience traumatisante.
Mon fils n’a pas accepté cette situation. Je pense qu’il a honte de cette situation, il se cache beaucoup le visage quand il voit les gens qui nous regardent dormir dans la rue. Ça le frustre beaucoup et ça le met mal à l’aise.
Le seul répit pour cette famille, c’est l’espace solidarité insertion de Bonne Nouvelle. On est un lieu d’accueil pour familles sans abri. Donc toutes les familles qui viennent ici ça veut dire qu’elles ont passé la nuit dehors ou dans les espaces qu’elles arrivent à trouver pour se mettre à l’abri.
Grosso modo c’est les hôpitaux, les gares, les métros, elles passent pas mal de temps dans les gares. Il y en a qui sont dans des halles dans des caves, les mosquées, les églises. Comme les 15 autres ESI de la capitale, l’accueil de Bonne Nouvelle permet aux personnes en grande précarité de retrouver un peu de confort : douche, machine à laver et nourriture.
L’occasion aussi pour les familles d’échanger, pour rompre la solitude. Ça permet aussi ce moment-là aux parents et enfants de souffler, de respirer un peu, les uns des autres. Moi j’ai assisté à des rencontres super émouvantes avec des gamins qui se disaient : « Ah t’as dormi à quel hôpital ?
Moi j’ai dormi à tel hôpital » et tout. Ils se rencontraient là-dessus et puis c’est des enfants donc ça les empêchait pas de s’amuser quoi. Mais dans cet accueil de jour, la fréquentation a doublé en deux ans.
En cause : l’augmentation du nombre de familles sans-abri. Les dispositifs d’accueil sont débordés et Clotilde a constaté une nouveauté dramatique cette année. On a vu arriver énormément de nourrissons en 2019.
Avant ça pouvait arriver une fois, deux fois mais là on a eu quand même, moi j’ai compté 85 enfants de moins de six semaines sur l’année 2019, donc 85 fois un enfant différent, qui a moins de six semaines, qui est enregistré ici. Comment on peut ne pas les prioriser ? On est obligés de les prioriser.
Nombre de places insuffisant dans les centres d’accueil, manque de moyens pour les associations, les défaillances de l’hébergement d’urgence frappent de plein fouet les enfants. À la Fondation Abbé Pierre, qui lutte contre le mal-logement, Christophe Robert dresse le même constat. On voit bien qu’on est dans une situation de tension extrême.
Et la situation des enfants à la rue, ou des familles avec enfants à la rue, des femmes qui sortent de maternité sans solution et qu’on garde à la maternité parce qu’on a bien conscience dans le secteur hospitalier que si on leur dit de quitter la maternité ils vont se retrouver à la rue. C’est un phénomène, d’une ampleur aujourd’hui, que nous n’avons jamais connue auparavant. Je vous assure qu’il y a dix ans, une personne avec enfant à la rue trouvait une solution le soir-même venu.
Donc il se passe quelque chose, on est devant le mur si vous voulez. C’est pas que le mur approche, c’est qu’on y est. Quand on laisse des centaines d’enfants à la rue, dormir alors qu’on sait très bien et qu’ils ont sollicité une aide, ça veut dire qu’on est bien tombés bas.
Et donc je crois qu’il faut une prise de conscience collective. Une prise de conscience qui semble faire défaut aux responsables politiques. Depuis plusieurs années, les politique sociales et sanitaires se sont dégradées.
Résultat : les efforts investis dans l’hébergement d’urgence restent insuffisants. On ne peut pas dire que rien n’a été fait dans le domaine de l’hébergement d’urgence, mais ça ne peut pas être un palliatif éternel à l’absence des autres politiques, c’est ça qui est en train de se passer. C’est ça qui se passe depuis une dizaine d’années.
Absence de réponse de la politique migratoire, absence de réponses suffisantes en matière de prévention des expulsions locatives, en matière d’accompagnement santé des personnes avec des difficultés psychiques, en matière d’aides publiques aux ressources, des APL, de l’assurance chômage, etc. Des politiques publiques inefficaces, qui ont des conséquences dramatiques. A Paris, au moins 700 enfants dorment chaque soir dans la rue.
Emmanuel Macron