SNCF : Jean-Pierre Farandou pense que "le record de 24 millions de billets vendus pendant l'été peut être battu"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour à toutes et à tous, ravi de vous retrouver depuis les rencontres économiques d'Aix-en-Provence. L'invité éco de France Info ce soir est le PDG de la SNCF, encore pour quelques mois, Jean-Pierre Farandou. Bonsoir.
Bonsoir.
On va aborder pas mal de sujets avec vous, l'ouverture à la concurrence, le financement du rail, la fin de votre mandat à la tête de la SNCF. Mais tout d'abord, c'est la quille à partir de ce soir pour des millions de Français, le début des vacances d'été. A la SNCF, vous avez prévu de faire rouler plus de 2400 trains tout au long du week-end, des TGV, des Wigo, des Intercités. 1,3 million de voyageurs sont attendus dans les gares. Est-ce que vous pensez battre un nouveau record en termes de billets vendus ?
Écoutez, pour le moment, les ventes sont très très bien parties, à la fois au mois de juin pour tout l'été. Oui, je pense que le record de 24 millions de billets vendus peut être battu. On pourrait terminer pas loin de 25 millions de billets vendus pendant l'été, dont 25 millions de personnes transportées pendant cet été. Les Français ont envie de prendre le train et on s'en réjouit. C'est un mode efficace, c'est un mode pratique, c'est un mode écologique. Et les Français nous le prouvent. Il n'y a jamais eu autant d'appétit des Français pour le train. On est absolument ravis de les aider à partir en vacances.
Vous avez vu, il fait extrêmement chaud ici à Aix-en-Provence. Vous avez renforcé le trafic tout l'été avec 800 trains, grandes lignes chaque jour en circulation. Mais est-ce que justement vous ne craignez pas que la chaleur ou les intempéries viennent perturber le trafic ? On a vu que ça a été le cas en début de semaine sur la ligne Paris-Milan notamment.
La chaleur ou plus largement le changement climatique est effectivement importante et vient percuter parfois la circulation des trains. Dans la Maurienne, on sait que c'est une inondation, les pluies diluviennes qui ont risselé un torrent qui est sorti de son lit et qui a amené un torrent de boue, qui a interrompu la circulation ferroviaire. Ça c'est une première chose, les intempéries, les inondations. Puis la chaleur, la chaleur c'est d'abord une gêne pour nos voyageurs. Ce n'est pas toujours très agréable de voyager quand il fait très chaud.
Mais les trains sont climatisés quand même.
Les trains sont climatisés, les climatisations souffrent parfois un petit peu parce qu'elles sont données à fond bien sûr pour maintenir la température la plus agréable possible à bord. Nos personnels aussi sont sollicités dans les trains, dans les gares ou dans les différents chantiers. Dilatation des rails, dilatation des caténaires, tout ça souffre. Alors on s'y prépare bien évidemment.
Mais vous vous y préparez mais c'est de plus en plus important chaque été.
Oui bien sûr. Plus la chaleur dure, plus elle monte en degré, plus elle dure dans le temps, plus effectivement nos installations sont mises à rue d'épreuve. Donc oui c'est quand même pour nous des moments compliqués. Et d'autant plus qu'il y a énormément de monde dans les trains comme on l'a dit. Mais bon, on est là pour faire face, on fait face, on se mobilise pour réussir les départs des Français.
L'avion est moins cher de 37% en moyenne sur les liaisons de province à province quand un changement de train est nécessaire. Et puis la voiture est moins cher de 30% en moyenne. Quand on part en famille, ce sont les résultats d'une étude comparative qui a été publiée cette semaine par l'association de défense de consommateurs UFC que choisir avec le réseau Action Climat. Est-ce que c'est normal que la voiture ou que l'avion soit parfois moins cher que le train ?
Il y a aussi des cas où le train est moins cher. Alors effectivement. Oui, il faut quand même le dire aussi. Il y a quand même des cas où le train est moins cher pour des trains directs sur des distances raisonnables par rapport à l'avion en particulier.
Et notamment en France.
Et notamment en France. C'est une bonne nouvelle parce qu'on a beaucoup de nos déplacements qui se passent en France sur des relations directes à partir de la région parisienne par exemple. Alors le prix du train, c'est un vieux débat. Le prix du TGV. Je ne pense pas qu'on parle du prix des TER et des trains en Ile-de-France qui est très raisonnable. Le prix du train, il couvre le coût du train. Et produire un train, faire circuler un train, ça coûte cher. Il y a le péage. Vous savez, c'est comme les autoroutes. On paie un péage pour faire circuler les trains qui est très élevé. C'est 40% du prix du train. Donc c'est beaucoup. Il y a les engins eux-mêmes qui coûtent très cher.
Un TGV9, c'est 35 millions d'euros. Donc bien sûr, ça se répercute dans le prix du train. Il y a les salaires des personnels. Et c'est normal de payer correctement les personnels. Il y a les taxes. Ça ne se sait pas, mais on paie 10% de TVA. Quand on additionne tous ces coûts-là, on arrive à un coût total. Il est normal que le TGV, qui est un service commercial, il n'y a pas de subvention, répercute dans son prix le coût de production.
Mais est-ce que c'est normal, Jean-Pierre Farandou, que l'avion, parfois, coûte moins cher que le train ?
Alors c'est parfois le moyen. Parfois, si c'est quelques prix sur des low cost, on sait très bien que parfois, tous les coûts ne sont pas pris en charge. Il y a les fameuses taxes sur les kérosènes, par exemple, où il n'y a pas de taxes, alors que nous, on paie tous les impôts. Voilà, on peut en discuter. Moi, ce que je vois quand même, c'est que les trains sont remplis, bien remplis. On fait attention à nos prix. Il y a les Ouigo. C'est fait pour. C'est notre réponse à ce que vous avez dit sur les familles qui prennent leur voiture, pour qu'ils aient une alternative raisonnable. Je rappelle que pour un enfant dans un Ouigo, c'est 5 euros, 10 euros. Ce n'est pas cher du tout.
Voilà, on est très attentif. On a pris la décision stratégique, d'ailleurs, qu'il y ait plus de Ouigo encore dans notre pays, puisqu'on va monter à 30% le nombre de places Ouigo dans l'offre TGV.
Une fois que vous aurez les trains Alstom que vous avez commandés, vous avez de nouveaux concurrents sur les lignes à grande vitesse, avec la RENFE qui a ouvert deux lignes Lyon-Barcelone et Marseille-Madrid, et les trains italiens, l'italienne sur Paris-Lyon et Paris-Marseille. Alors, ces deux compagnies concurrentes pratiquent des prix plus bas, en moyenne, que ceux de la SNCF, comment est-ce que c'est possible ?
Elles sont libres de leur politique commerciale. Vous voyez, là, je n'ai pas de commentaire à faire. Bon, nous, d'abord, on peut s'ajuster. C'est ce qu'on a fait entre Paris et Lyon. Voilà, nous sommes aussi, on est capables d'ajuster nos prix s'il le faut. Et sur Paris-Lyon, Trenitalia n'a pas beaucoup baissé les prix, parce qu'il faut qu'ils fassent attention aussi à leurs résultats. S'ils exploitent des trains en France pour perdre de l'argent, je ne suis pas sûr que leur actionnaire, l'État italien, soit complètement satisfait. Donc, Trenitalia devra aussi faire attention aux prix pratiqués pour qu'à la fin, leur exploitation soit rentable.
Voilà, donc, les concurrents aussi, le problème, c'est qu'eux n'ont pas de contraintes que nous avons. C'est-à-dire ? Par exemple, Trenitalia, ça n'arrête pas à Valence, ça n'arrête pas au Creusot. Nous, c'est des villes que nous desservons avec nos TGV. Ça nous coûte de l'argent. Ces arrêts intermédiaires, ce sont des contraintes d'aménagement du territoire qui, aujourd'hui, ne sont pas du tout prises en charge par des concurrents. On pense qu'il y a un problème d'équité, d'équité concurrentielle, et nous souhaitons qu'avec le gouvernement, on trouve les moyens de rendre équitable la manière dont on assure des missions d'aménagement du territoire avec la grande vitesse.
Et donc, ça veut dire qu'il faudrait que les concurrents qui exploitent ces lignes ne s'arrêtent, enfin, s'arrêtent tout au long du trajet ? C'est ce que vous préconisez, Jean-Pierre Farandou ?
Oui, par exemple, ça peut être une solution. C'est-à-dire qu'eux aussi, ils aient des contraintes d'arrêt intermédiaire comme nous, ou alors il faut s'acquitter d'une espèce de taxe d'aménagement du territoire pour compenser le fait qu'ils n'ont pas les mêmes missions de services publics que nous avons.
Alors, un de vos chevaux de bataille, Jean-Pierre Farandou, c'est le financement du réseau. Vous êtes particulièrement alarmiste sur l'état du réseau, avec, selon vous, un tiers des lignes qui sont quasiment, si j'ose dire, en état de délabrement. Est-ce que ce n'est pas un peu exagéré ?
Ce que je peux vous dire, c'est que si on n'arrive pas à trouver un milliard d'euros supplémentaires à partir de 2028, qui s'ajoute aux 3 milliards et demi qu'on a déjà décidé de mettre dans le renouvellement du réseau, on aura des problèmes, puisque c'est 4000 km de lignes sur environ 28 qui seront abîmés avec des pannes, des retards, des incidents, de l'irrégularité, enfin bref, tout ce que les gens n'aiment pas, ou des réductions de vitesse, parce que l'état de la ligne ne permettra pas de rouler à vitesse normale. Donc c'est très important.
Et si on ne fait toujours rien, en 2032, c'est 10 000 km de lignes qui seront pénalisés, quasiment 40% de grands réseaux nationaux, légués par nos anciens, et qu'on doit absolument maintenir en bon état.
Et donc ce sont des lignes en particulier qui sont dans cet état-là, des lignes que les gens empruntent, Paris-Clairmont, Paris-Limoges, enfin ce sont des lignes que les gens connaissent ?
Ce sont des lignes importantes, bien évidemment, un peu partout en France, c'est bien le réseau structurant, je ne parle même pas des petites lignes, de des certes fines du territoire, ce sont des lignes importantes qui, petit à petit, seront menacées, seront abîmées, ou la qualité de service baissera, si nous n'arrivons pas à trouver ce milliard d'euros supplémentaires, je le dis bien à partir de 2028, on n'est pas en train de peser sur le budget 26.
Mais c'est maintenant que ça se décide, à votre avis Jean-Pierre Farandou, il y a une conférence du financement qui est en train de se terminer, elle doit normalement décider comment est-ce qu'on finance justement le renouvellement et la modernisation du réseau ?
Effectivement, il y a une conférence de financement des infrastructures avec un vélo ferroviaire important qui est en train de se finaliser, je crois que le rapport de cette commission, de cette conférence, sera rendu la semaine prochaine au ministre des Transports. Oui, il faut décider maintenant, parce que ça aussi, peut-être les auditeurs ne l'ont pas en tête, mais pour organiser la circulation des trains et les travaux en 2028, c'est en septembre 2025 qu'il faudra décider, donc en septembre 2025, il faudra savoir si, oui ou non, nous avons ce milliard d'euros supplémentaires à partir de 2028.
Et notre réseau, il est plus délabré, il est plus ancien que celui de nos voisins européens ?
Notre réseau français, il est en moins bon état que nos voisins européens, il a 30 ans de moyenne d'âge, le réseau allemand a 18 ans, le réseau suisse 15 ans, mais ces 30 ans de moyenne, ça cache parfois des gros écarts. On a des rails qui ont plus de 100 ans dans l'Est de la France, on a des caténaires, vous savez ces fils qui conduisent de l'électricité pour alimenter les moteurs, notamment dans les Landes, qui ont plus de 70 ans. Et quand il fait très chaud, qu'on fait ce qu'on a dit, le cuivre est plus fragile et ça casse, ça crée des gros incidents où des milliers de voyageurs se retrouvent bloqués pendant des heures.
On ne demanderait pas mieux que de les changer ces caténaires, encore faut-il qu'on ait l'argent pour le faire.
Alors, Jean-Pierre Farandou, je vais vous souhaiter un bon anniversaire, puisque vous célébrez aujourd'hui vos 68 ans. Si j'en parle, c'est parce que 68 ans, c'est la limite d'âge pour être à la tête de la SNCF, sauf que vous allez rester quelques mois de plus, le temps que votre successeur soit nommé. Des rumeurs persistantes disent que l'ancien Premier ministre, aujourd'hui à la tête de la RATP, Jean Castex, va vous remplacer. Vous dites, vous, Jean-Pierre Farandou, que vous parlez cheminot première langue, vous avez fait toute votre carrière à la SNCF. Alors, quel que soit votre successeur, qu'est-ce que vous lui donneriez comme conseil si vous en aviez un seul à lui donner aujourd'hui ?
La SNCF, c'est un bout de la France, donc il faut aimer les Français qui se déplacent en train. Il faut aimer les cheminots qui, tous les jours, se lèvent tôt, travaillent la nuit, le week-end, pour faire rouler les trains, maintenir un réseau en bon état. Voilà, je crois qu'il faut beaucoup d'empathie dans ce métier-là. Et puis aussi, être courageux, parce qu'il y a des transformations à conduire. La concurrence est là, elle transforme en profondeur notre organisation, nos métiers. Il faut avoir cette volonté de transformer la SNCF en respectant son ADN d'intérêt général au service des territoires et au service des Français.
Merci beaucoup, Jean-Pierre Farandou, PDG de la SNCF, invité éco de France Info ce soir depuis les rencontres économiques d'Aix-en-Provence. Merci beaucoup.
Jean-Pierre Farandou